• TRAITÉ DE LA VRAIE DÉVOTION À LA SAINTE VIERGE.

    TRAITÉ DE LA VRAIE DÉVOTION À LA SAINTE VIERGE.

    Message par Michael le Mer 11 Mai 2011 - 6:35

     

    Nous sommes à Jésus-Christ et à Marie en qualité d'esclaves.



    68. Seconde vérité. Il faut conclure de ce que Jésus-Christ est à notre égard, que nous ne sommes point à nous mais tout entiers à Lui, comme ses membres et ses esclaves qu'il a achetés infiniment cher, au prix de tout son sang.
    Avant le baptême nous étions au diable comme ses esclaves.
    Le baptême nous a rendus les véritables esclaves de Jésus-Christ, qui ne doivent vivre, travailler et mourir que pour fructifier pour ce Dieu-homme, le glorifier en notre corps, et le faire régner en notre âme, parce que nous sommes sa conquête, son peuple acquis et son héritage.
    C'est pour la même raison que le Saint-Esprit nous compare :
    1° à des arbres plantés le long des eaux de la grâce, dans le champ de l'Eglise, qui doivent donner leurs fruits en leur temps,
    2° ou aux branches d'une vigne dont Jésus-Christ est le cep, qui doivent rapporter de bons raisins,
    3° à un troupeau dont Jésus-Christ est le pasteur, qui se doit multiplier et donner du lait,
    4° a une bonne terre dont Dieu est le laboureur, et dans laquelle la semence se multiplie et rapporte au centuple.
    Jésus-Christ a donné sa malédiction au figuier infructueux, et porté condamnation contre le serviteur inutile qui n'avait pas fait valoir son talent.
    Tout cela nous prouve que Jésus-Christ veut recevoir quelques fruits de nos chétives personnes, à savoir nos bonnes œuvres qui lui appartiennent uniquement.
    " Creati in operibus boni in Christo Jesus " - Créés dans les bonnes œuvres en Jésus-Christ. " Ces paroles du Saint-Esprit montrent que Jésus-Christ est l'unique principe et doit être l'unique fin de toutes nos bonnes œuvres, et que nous devons Le servir non seulement comme des serviteurs à gages, mais comme des esclaves d'amour.




    69. Il y a deux manières ici-bas d'appartenir à un autre et de dépendre de son autorité : la simple servitude et l'esclavage, ce qui fait ce que nous appelons un serviteur et un esclave.
    Par la servitude commune chez les chrétiens, un homme s'engage à en servir un autre pendant un certain temps, moyennant un certain gage ou une telle récompense.
    Par l'esclavage, un homme est entièrement dépendant d'un autre pour toute sa vie, et doit servir son maître, sans en prétendre aucun gage ni récompense.




    70. Il y a trois sortes d'esclavages : un esclavage de nature, un esclavage de contrainte et un esclavage de volonté.
    Toutes les créatures sont esclaves de Dieu en la première manière : " Domini est terra et plenitudo ejus - Au Seigneur appartient la terre avec tout ce qu'elle renferme. "
    Les démons et les damnés sont esclaves en la seconde, les justes et les saints le sont en la troisième. L'esclavage de volonté est le plus parfait, le plus glorieux à Dieu, qui regarde le cœur et qui demande le cœur.
    Par cet esclavage de la volonté amoureuse on fait choix, par dessus toutes choses, de Dieu et de son service, quand même la nature n'y obligerait pas.




    71. Il y a une totale différence entre un serviteur et un esclave.
    Un serviteur ne donne pas tout ce qu'il est et tout ce qu'il possède et tout ce qu'il peut acquérir à son maître. Mais l'esclave se donne tout entier, tout ce qu'il possède et tout ce qu'il peut acquérir, à son maître sans aucune exception.
    Le serviteur exige des gages pour les services qu'il rend à son maître, mais l'esclave n'en peut rien exiger, quelque assiduité, quelque industrie, quelque force qu'il ait à travailler.
    Le serviteur peut quitter son maître quand il voudra, ou du moins quand le temps de son service sera expiré, mais l'esclave n'est pas en droit de quitter son maître quand il voudra.
    Enfin, le serviteur n'est que pour un temps au service d'un maître, et l'esclave pour toujours.




    72. Il n'y a rien parmi les hommes qui nous fasse plus appartenir à un autre que l'esclavage.
    Il n'y a rien aussi parmi les chrétiens qui nous fasse plus absolument appartenir à Jésus-Christ et à sa sainte Mère que l'esclavage de volonté, selon l'exemple de Jésus-Christ même, qui a pris la forme d'esclave pour notre amour : "Formam servi accipiens," et de la sainte Vierge qui s'est dite la servante et l'esclave du Seigneur.
    L'Apôtre s'appelle par honneur " Servus Christi." Les chrétiens sont appelés plusieurs fois dans l' Ecriture Sainte " servi Christi," lequel mot de servus ne signifiait autrefois qu'un esclave parce qu'il n'y avait point encore de serviteurs comme ceux d'aujourd'hui, les maîtres n'étant servis que par des esclaves ou affranchis.
    Le Catéchisme du Concile de Trente, pour ne laisser aucun doute que nous ne soyons esclaves de Jésus-Christ, s'exprime par un terme sans équivoque en nous appelant " mancipia Christi " : esclaves de Jésus-Christ.




    73. Je dis que nous devons être à Jésus-Christ et le servir, non seulement comme des serviteurs mercenaires, mais comme des esclaves amoureux, qui, par l' effet d'un grand amour se donnent et se livrent à le servir en qualité d'esclaves, pour le seul honneur de lui appartenir.
    Avant le baptême, nous étions esclaves du diable.
    Le baptême nous a rendus esclaves de Jésus-Christ.
    Il faut que les chrétiens soient esclaves du diable ou de Jésus-Christ.




    74. Ce que je dis absolument de Jésus-Christ, je le dis relativement de la sainte Vierge.
    Jésus-Christ, l'ayant choisie comme compagne indissoluble de sa vie, de sa mort, de sa gloire et de sa puissance au ciel et sur la terre, lui a donné par grâce, relativement à sa Majesté, les mêmes droits et privilèges qu' il possède par nature :
    " Quidquid Deo convenit per naturam, Mariae convenit per gratiam…- Tout ce qui convient à Dieu par nature, convient à Marie par grâce ",disent les saints. Car ayant tous deux la même volonté et la même puissance, ils n'ont tous deux que les mêmes sujets, serviteurs et esclaves.




    75. On peut donc se dire et se faire l'esclave amoureux de la très sainte Vierge, afin d'être par là plus parfaitement esclave de Jésus-Christ.
    La sainte Vierge est le moyen dont Notre-Seigneur s'est servi pour venir à nous. C'est aussi le moyen dont nous devons nous servir pour aller à Lui.
    Car elle n'est pas comme les autres créatures qui pourraient nous éloigner de Dieu plutôt que de nous en approcher, mais la plus forte inclination de Marie est de nous unir à Jésus-Christ, son Fils.
    Et la plus forte inclination du Fils est que l'on vienne à Lui par sa sainte Mère.
    Et c'est Lui faire honneur et plaisir, comme ce serait faire honneur et plaisir à un roi si, pour devenir plus parfaitement son sujet et son esclave, on se faisait esclave de la reine.




    76. De plus, si la sainte Vierge est la Reine et souveraine du ciel et de la terre, n'a-t-elle pas autant de sujets et d'esclaves qu'il y a de créatures ? N'est-il pas raisonnable que parmi tant d'esclaves de contrainte, il y en ait qui le soient par amour ?
    Quoi ! les hommes et les démons auraient leurs esclaves volontaires et Marie n'en aurait point ?




    77. Si on ne veut pas qu'on se dise esclave de la sainte Vierge, qu'importe ! Qu'on se fasse esclave de Jésus-Christ ! C'est l'être aussi de la sainte Vierge, puisque Jésus est le fruit et la gloire de Marie.
    C'est ce qu'on fait parfaitement par la dévotion dont nous parlerons par la suite.
     

    Nous devons nous vider de ce qu'il y a de mauvais en nous.
     

    78. Troisième vérité. Nos meilleures actions sont ordinairement souillées et corrompues par le mauvais fond qui est en nous. Quand on met de l'eau nette et claire dans un récipient qui sent mauvais, ou du vin dans une tonneau dont le dedans est gâté, l'eau claire et le bon vin en sont gâtés et en prennent aisément la mauvaise odeur.
    De même quand Dieu met dans notre âme, gâtée par le péché originel et actuel, ses grâces et rosées célestes, ou le vin délicieux de son amour, ses dons sont ordinairement souillés et gâtés par le mauvais levain et le mauvais fond que le péché a laissés chez nous.
    Nos actions, même des vertus les plus sublimes, s'en sentent.
    Il est donc d'une très grande importance, pour acquérir la perfection, qui ne s'acquiert que par l'union à Jésus-Christ, de nous vider de ce qu'il y a de mauvais en nous, autrement, Notre-Seigneur qui est infiniment pur et qui hait la moindre souillure dans l'âme, nous rejettera de devant ses yeux et ne s'unira point à nous.



    79. Pour nous vider de nous-mêmes, il faut premièrement bien connaître, par la lumière du Saint-Esprit, notre mauvais fond, notre incapacité à tout bien utile au salut, notre faiblesse en toutes choses, notre inconstance en tous temps, notre indignité de toute grâce, et notre iniquité en tout lieu.
    Le péché de notre premier père nous a tous presqu'entièrement gâtés, aigris et corrompus, comme le levain aigrit et corrompt la pâte où il est mis.
    Les péchés actuels que nous avons commis, soit mortels, soit véniels, quelque pardonnés qu'ils soient, ont augmenté notre concupiscence, notre faiblesse, notre inconstance et notre corruption, et ont laissé de mauvais restes dans notre âme.
    Nos corps sont si corrompus qu'ils sont appelés par le Saint-Esprit :corps du péché, conçus dans le péché et seulement capables de tout péché, corps sujets à mille et mille maladies, qui se corrompent de jour en jour.
    Notre âme, unie à notre corps, est devenue si charnelle, qu'elle est appelée chair : " Toute chair avait corrompu sa voie ".
    Nous n'avons pour partage que l'orgueil et l'aveuglement dans l'esprit, l'endurcissement dans le cœur, la faiblesse et l'inconstance dans l'âme, la concupiscence, les passions révoltées et les maladies dans le corps.
    Nous sommes naturellement plus orgueilleux que des paons, plus attachés à la terre que des crapauds, plus vilains que des boucs, plus envieux que des serpents, plus gourmands que des cochons, plus colères que des tigres et plus paresseux que des tortues, plus faibles que des roseaux et plus inconstants que des girouettes.
    Nous n'avons dans notre fond que le néant et le péché, et ne méritons que l'ire de Dieu et l'enfer éternel.




    80. Après cela, faut-il s'étonner si Notre-Seigneur a dit que celui qui voulait le suivre devait renoncer à soi-même et haïr son âme ; que celui qui aimerait son âme la perdrait et que celui qui la haïrait la sauverait ?
    Cette Sagesse infinie, qui ne donne pas des commandements sans raison, ne nous ordonne de nous haïr nous-mêmes que parce que nous sommes grandement dignes de haine. Rien de si digne d'amour que Dieu, rien de si digne de haine que nous-mêmes.



    81. Secondement, pour nous vider de nous-mêmes, il nous faut tous les jours mourir à nous-mêmes.
    C'est à dire qu'il faut renoncer aux opérations des puissances de notre âme et des sens du corps, qu'il faut voir comme si on ne voyait point, entendre comme si on n'entendait point, se servir des choses de ce monde comme si on ne s'en servait point, ce que saint Paul appelle " mourir tous les jours - Quotidie morior ".
    "Si le grain de froment tombant à terre ne meurt, il demeure seul et ne produit point de fruit qui soit bon
    ."
    Si nous ne mourons à nous-mêmes et si nos dévotions les plus saintes ne nous portent à cette mort nécessaire et féconde, nous ne porterons point de fruit qui vaille, nos dévotions nous deviendront inutiles, toutes nos œuvres de justice seront souillées par notre amour-propre et notre propre volonté, ce qui fera que Dieu aura en abomination les plus grands sacrifices et les meilleures actions que nous puissions faire. A notre mort, nous nous trouverons les mains vides de vertus et de mérites, et nous n'aurons pas une étincelle du pur Amour, qui n'est communiqué qu'aux âmes mortes à elles-mêmes dont la vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu.




    82. Troisièmement, il faut choisir, parmi toutes les dévotions à la très sainte Vierge, celle qui nous porte le plus à cette mort à nous-mêmes, comme étant la meilleure et la plus sanctifiante.
    Car il ne faut pas croire que tout ce qui reluit soit or, et que tout ce qui est doux soit miel, et que tout ce qui est aisé à faire et pratiqué du plus grand nombre soit le plus sanctifiant.
    Comme il y a des secrets de nature pour faire en peu de temps et à peu de frais des opérations naturelles, de même dans l'ordre de la grâce il y a des secrets pour faire en peu de temps, avec douceur et facilité, des opérations surnaturelles, se vider de soi-même, se remplir de Dieu et devenir parfait.
     

    Nous avons besoin d'un médiateur auprès du Médiateur même qui est Jésus-Christ.


    83. Quatrième vérité. Il est plus parfait parce qu'il est plus humble, de ne pas approcher de Dieu par nous-mêmes, sans prendre un médiateur.
    Notre fond, comme je viens de montrer, étant si corrompu, si nous nous appuyons sur nos propres travaux, industries, préparations, pour arriver à Dieu et Lui plaire, il est certain que toutes nos justices seront souillées, ou de peu de poids devant Dieu, pour l'engager à s'unir à nous et à nous exaucer.
    Car ce n'est pas sans raison que Dieu nous a donné des médiateurs auprès de sa Majesté : il a vu notre indignité et incapacité, il a eu pitié de nous, et, pour nous donner accès à ses miséricordes, il nous a pourvu d'intercesseurs puissants auprès de Lui.
    En sorte que, négliger ces médiateurs et s'approcher directement de sa sainteté sans aucune recommandation, c'est manquer d'humilité, c'est manquer de respect envers un Dieu si haut et si saint. C'est moins faire de cas de ce Roi des rois, qu'on ne le ferait d'un roi ou d'un prince de la terre.




    84. Notre Seigneur est notre avocat et notre médiateur de Rédemption auprès de Dieu le Père.
    C'est par Lui que nous devons prier avec toute l'Eglise triomphante et militante.
    C'est par Lui que nous avons accès auprès de sa Majesté, et nous ne devons jamais paraître devant Elle qu'appuyés et revêtus des mérites de Jésus, comme le petit Jacob de peaux de chevreaux devant son père Isaac, pour recevoir sa bénédiction.




    85. Mais n'avons-nous point besoin d'un médiateur auprès du Médiateur même ?
    Notre pureté est-elle assez grande pour nous unir directement à Lui, et par nous-mêmes ?
    N'est-il pas Dieu, en toutes choses égal à son Père, et par conséquent le Saint des saints, aussi digne de respect que son Père ?
    Si, par charité infinie, il s'est fait notre caution et notre médiateur auprès de Dieu son Père, pour l'apaiser et lui payer ce que nous lui devions, faut-il pour cela que nous ayons moins de respect et de crainte pour sa majesté et sa sainteté ?
    Disons donc hardiment, avec saint Bernard, que nous avons besoin d'un médiateur auprès du Médiateur même, et que la divine Marie est celle qui est la plus capable de remplir cet office charitable.
    C'est par elle que Jésus-Christ nous est venu, et c'est par elle que nous devons aller à Lui.
    Si nous craignons d'aller directement à Jésus-Christ notre Dieu, soit à cause de sa grandeur infinie, soit à cause de notre bassesse et de nos péchés, implorons hardiment l'aide et l'intercession de Marie notre Mère.
    Elle est bonne, elle est tendre, il n'y a rien en elle d'austère ni de rebutant, rien de trop sublime et de trop brillant. En la voyant, nous voyons notre pure nature.
    Elle n'est pas le soleil qui, par la vivacité de ses rayons, pourrait nous éblouir à cause de notre faiblesse, mais elle est belle et douce comme la lune, qui reçoit sa lumière du soleil et la tempère pour la rendre conforme à notre petite portée.
    Elle est si charitable qu'elle ne rebute personne de ceux qui demandent son intercession, quelques pécheurs qu'ils soient.
    Car, comme disent les saints, il n'a jamais été ouï dire, depuis que le monde est monde, qu'aucun de ceux qui ont eu recours à la sainte Vierge avec confiance et persévérance, ait été rebuté.
    Elle est si puissante que jamais elle n'a été refusée dans ses demandes.
    Elle n'a qu'à se montrer devant son Fils pour le prier, aussitôt il accorde, aussitôt il reçoit.
    Il est toujours amoureusement vaincu par les prières de sa très sainte Mère.




    86. Tout ceci est tiré de saint Bernard et de saint Bonaventure, en sorte que, selon eux, nous avons trois degrés à monter pour aller à Dieu :
    Le premier, qui est plus proche de nous et le plus conforme à notre capacité, est Marie.
    Le second est Jésus-Christ, et le troisième est Dieu le Père.
    Pour aller à Jésus, il faut aller à Marie, c'est notre médiatrice d'intercession.
    Pour aller au Père éternel, il faut aller à Jésus, c'est notre médiateur de Rédemption.
    Or par la dévotion que je dirai ci-après, c'est l'ordre qu'on garde parfaitement.

     

    Il nous est très difficile de conserver les grâces et les trésors reçus de Dieu




    87. Cinquième vérité. Il nous est très difficile, vu notre faiblesse et fragilité, de conserver en nous les grâces et les trésors que nous avons reçu de Dieu :

    1° Parce que nous avons ce trésor, qui vaut mieux que le ciel et la terre, dans des vases fragiles, dans un corps corruptible, dans une âme faible et inconstante, qu'un rien trouble et abat

    2° Parce que les démons, qui sont de fins larrons, veulent nous surprendre pour nous voler et nous dévaliser.
    Ils épient jour et nuit le moment favorable pour cela. Ils tournoient incessamment pour nous dévorer, et nous enlever, en un moment, par un péché, tout ce que nous avons pu gagner de grâces et de mérites en plusieurs années.
    Leur malice, leur expérience, leurs ruses et leur nombre doivent nous faire infiniment craindre ce malheur, vu que des personnes plus pleines de grâces, plus riches en vertus, plus fondées en expérience et plus élevées en sainteté, ont été surprises, volées et pillées.



    88. Ah ! combien a-t-on vu de cèdres du Liban et d'étoiles du firmament tomber misérablement et perdre toute leur hauteur et leur clarté en peu de temps !
    D'où est venu cet étrange changement ?
    Ce n'a pas été faute de grâce, qui ne manque à personne, mais faute d'humilité.
    Ils se sont crus plus forts et suffisants qu'ils n'étaient, ils se sont crus capables de garder leurs trésors, ils se sont fiés et appuyés sur eux-mêmes.
    Ils ont cru leur maison assez sûre, et leurs coffres assez forts pour garder le précieux trésor de la grâce, et c'est à cause de cet appui imperceptible qu'ils avaient en eux-mêmes (quoiqu'il leur semblât qu'ils s'appuyaient uniquement sur la grâce de Dieu ), que le Seigneur très juste a permis qu'ils soient volés en les délaissant à eux-mêmes.
    Hélas ! s'ils avaient connu la dévotion admirable que je montrerai par la suite, ils auraient confié leur trésor à une Vierge puissante et fidèle, qui le leur aurait gardé comme son bien propre, et même s'en serait fait un devoir de justice.



    89. Il est difficile de persévérer dans la justice à cause de la corruption étrange du monde.
    Le monde est maintenant si corrompu, qu'il est comme nécessaire que les cœurs religieux en soient souillés, sinon par sa boue, du moins par sa poussière.
    En sorte que c'est une espèce de miracle quand une personne demeure ferme au milieu de ce torrent impétueux sans en être entraînée, au milieu de cette mer orageuse sans être submergée, au milieu de cet air empesté sans en être endommagée.
    C'est la Vierge uniquement fidèle qui fait ce miracle à l'égard de ceux et celles qui la servent de la belle manière.

    90. Ces cinq vérités présupposées, il faut maintenant plus que jamais faire un bon choix de la vraie dévotion à la sainte Vierge. Car il y en a de fausses qu'il est facile de prendre pour des vraies !
    Le diable, comme un faux monnayeur et un trompeur fin et expérimenté, a déjà tant trompé et damné d'âmes par une fausse dévotion à la sainte Vierge, qu'il se sert tous les jours de son expérience diabolique pour en damner beaucoup d'autres, en les amusant et endormant dans le péché, sous prétexte de quelques prières mal dites et de quelques pratiques extérieures qu'il leur inspire.
    Comme un faux monnayeur ne contrefait ordinairement que l'or et l'argent, et fort rarement les autres métaux, parce qu'ils n'en valent pas la peine, ainsi l'esprit malin ne contrefait pas tant les autres dévotions que celles de Jésus et de Marie, la dévotion à la sainte communion et à la très sainte Vierge, parce qu'elles sont l'or et l'argent parmi les métaux.


    91. Il est donc très important de connaître les fausses dévotions à la très sainte Vierge pour les éviter, et la véritable pour l'embrasser.
    En outre, parmi tant de pratiques de la vraie dévotion à la sainte Vierge, il faut choisir celle qui est la plus parfaite, la plus agréable à la sainte Vierge, la plus glorieuse à Dieu et la plus sanctifiante pour nous, afin de nous y attacher.
     
     
    1.FAUX DÉVOTS ET FAUSSES DÉVOTIONS À LA SAINTE VIERGE


    92. Je trouve sept sortes de faux dévots et de fausses dévotions à la sainte Vierge.
    1° les dévots critiques
    2° les dévots scrupuleux
    3° les dévots extérieurs
    4° les dévots présomptueux
    5° les dévots inconstants
    6° les dévots hypocrites
    7° les dévots intéressés

    Les dévots critiques


    93. Les dévots critiques sont pour l'ordinaire des savants orgueilleux, des esprits forts et suffisants, qui ont au fond quelque dévotion à la sainte Vierge, mais qui critiquent presque toutes les pratiques de dévotion à la sainte Vierge que les gens simples rendent simplement et saintement à cette bonne Mère, parce qu'elles ne reviennent pas à leur fantaisie.
    Ils révoquent en doute tous les miracles et histoires rapportées par des auteurs dignes de foi, ou tirés des chroniques des ordres religieux, qui font foi des miséricordes et de la puissance de la très sainte Vierge.
    Ils ne sauraient voir qu'avec peine des gens simples et humbles à genoux devant un autel ou image de la sainte Vierge, et ils les accusent même d'idolâtrie, comme s'ils adoraient le bois ou la pierre.
    Ils disent que, pour eux, ils n'aiment point ces dévotions extérieures et qu'ils n'ont pas l'esprit si faible que d'ajouter foi à tant de contes et historiettes qu'on débite sur la sainte Vierge.
    Quand on leur rapporte les louanges admirables que les saints donnent à la sainte Vierge, ou ils répondent qu'ils ont parlé en orateurs, par exagération, ou ils donnent une mauvaise explication à leurs paroles.
    Ces sortes de faux dévots et de gens orgueilleux et mondains sont beaucoup à craindre et ils font un tort infini à la dévotion à la très sainte Vierge, et en éloignent les peuples d'une manière efficace, sous prétexte d'en détruire les abus.


    Les dévots scrupuleux



    94. Les dévots scrupuleux sont des gens qui craignent de déshonorer le Fils en honorant la Mère, d'abaisser l'un en élevant l'autre.
    Ils ne sauraient souffrir qu'on donne à la sainte Vierge les louanges très justes que lui ont données les saints Pères.
    Ils ne souffrent qu'avec peine qu'il y ait plus de monde à genoux devant un autel de Marie que devant le Saint Sacrement, comme si l'un était contraire à l'autre !
    Comme si ceux qui prient la sainte Vierge ne priaient pas Jésus-Christ par elle !
    Ils ne veulent pas qu'on parle si souvent de la sainte Vierge, qu'on s'adresse si souvent à elle.
    Voici quelques sentences qui leur sont ordinaires : À quoi bon tant de chapelets, tant de confréries et de dévotions extérieures à la sainte Vierge ? Il y a en cela bien de l'ignorance. C'est faire une mômerie de notre religion ! Parlez-moi de ceux qui sont dévots à Jésus-Christ ! Il faut recourir à Jésus-Christ, il est notre unique médiateur, il faut prêcher Jésus-Christ, voilà le solide !
    Ce qu'ils disent est vrai en un sens, mais par rapport à l'application qu'ils en font, pour empêcher la dévotion à la très sainte Vierge, c'est un fin piège du malin, et très dangereux, sous prétexte d'un plus grand bien.
    On n'honore jamais plus Jésus-Christ que lorsqu'on honore la très sainte Vierge, puisqu'on ne va à elle que pour trouver Jésus.





    95. La sainte Église, avec le Saint-Esprit, bénit la sainte Vierge la première, et Jésus-Christ le second :
    " Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui Jesus. Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de tes entrailles est béni ". Non pas parce que la sainte Vierge serait plus que Jésus-Christ ou égale à lui, ce serait une hérésie intolérable, mais c'est que pour bénir plus parfaitement Jésus-Christ il faut auparavant bénir Marie.


    Les dévots extérieurs.



    96. Les dévots extérieurs sont des personnes qui font consister toute la dévotion à la très sainte Vierge en des pratiques extérieures, qui ne goûtent que l'extérieur de la dévotion , parce qu'ils n'ont point d'esprit intérieur.
    Ils diront force chapelets à la hâte, entendront plusieurs messes sans attention, iront aux processions sans dévotion, se mettront de toutes les confréries sans amendement de leur vie, sans violence à leurs passions et sans imitation des vertus de cette Vierge très sainte.
    Ils n'aiment que le sensible de la dévotion, sans en goûter le solide. S'ils n'ont pas de consolations sensibles dans leurs pratiques, ils croient qu'ils ne font plus rien, ils se détraquent, ils quittent tout, ou ils font tout à bâton rompu !
    Le monde est plein de ces sortes de dévots extérieurs, et il n'y a pas de gens plus critiques des personnes d'oraison, qui s'appliquent à l'intérieur comme à l'essentiel, sans mépriser l'extérieur de modestie qui accompagne toujours la vraie dévotion.


    Les dévots présomptueux





    97. Les dévots présomptueux sont des pécheurs abandonnés à leurs passions, ou des amateurs du monde, qui, sous le beau nom de chrétiens et de dévots à la sainte Vierge, cachent ou l'orgueil, ou l'avarice, ou l'impureté, ou l'ivrognerie, ou la colère, ou le jurement, ou la médisance, ou l'injustice etc.
    Ils dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes, sans se faire beaucoup de violence pour se corriger, sous prétexte qu'ils sont dévots à la sainte Vierge.
    Ils se promettent que Dieu leur pardonnera, qu'ils ne mourront pas sans confession, et qu'ils ne seront pas damnés, parce qu'ils disent leur chapelet, parce qu'il jeûnent le samedi, parce qu'ils sont de la confrérie du saint Rosaire ou du Scapulaire etc.
    Quand on leur dit que leur dévotion n'est qu'une illusion du diable et qu'une présomption pernicieuse capable de les perdre, ils ne veulent pas le croire.
    Ils disent que Dieu est bon et miséricordieux, qu'il ne nous a pas faits pour nous damner, qu'il n'y a homme qui ne pèche, qu'ils ne mourront point sans confession, qu'un bon peccavi, à la mort, suffit.
    De plus qu'ils sont dévots à la sainte Vierge, qu'ils portent le scapulaire, qu'ils disent tous les jours, sans reproche et sans vanité sept Pater et sept Ave en son honneur, qu'ils disent même quelquefois le chapelet et l'office de la sainte Vierge, qu'il jeûnent etc.
    Pour confirmer ce qu'ils disent et s'aveugler davantage, ils apportent quelques histoires qu'ils ont entendues ou lues en des livres, vraies ou fausses peu importe, qui font foi que des personnes mortes en péché mortel, sans confession, parce qu'elles avaient pendant leur vie dit quelques prières ou fait quelques pratiques de dévotion à la sainte Vierge, ou ont été ressuscitées pour se confesser, ou leur âme a demeuré miraculeusement dans leur corps jusqu'à la confession, ou, par la miséricorde de la Vierge, ont obtenu de Dieu, à leur mort, la contrition et le pardon de leurs péchés, et par là ont été sauvées, et qu'ainsi ils espèrent la même chose !

    98. Rien n'est si damnable, dans le christianisme, que cette présomption diabolique, : car, peut-on dire avec vérité qu'on aime et qu'on honore la sainte Vierge, lorsque par ses péchés, on pique, on perce, on crucifie et on outrage impitoyablement Jésus-Christ son Fils ?
    Si Marie se faisait un loi de sauver par sa miséricorde ces sortes de gens, elle autoriserait le crime, elle aiderait à crucifier et outrager son Fils ! Qui l'oserait jamais penser ?


    99. Je dis qu'abuser ainsi de la dévotion à la très sainte Vierge, qui, après la dévotion à Notre-Seigneur au très Saint Sacrement, est la plus sainte et la plus solide, c'est commettre un horrible sacrilège, qui après le sacrilège de l'indigne communion est le plus grand et le moins pardonnable.
    J'avoue que pour être vraiment dévot à la sainte Vierge, il n'est pas absolument nécessaire d'être si saint qu'on évite tout péché, quoiqu'il le fût à souhaiter.
    Mais il faut du moins : Premièrement être dans une sincère résolution d'éviter au moins tout péché mortel qui outrage la Mère aussi bien que le Fils. Secondement, se faire violence pour éviter le péché. Troisièmement réciter le chapelet, le saint rosaire ou autres prières, jeûner le samedi etc …


    100. Cela est merveilleusement utile à la conversion d'un pécheur, même endurci .
    Et si mon lecteur est tel, je le lui conseille, quand bien même il aurait un pied dans l'abîme, mais à condition qu'il ne pratique ces bonnes œuvres que dans l'intention d'obtenir de Dieu, par l'intercession de la sainte Vierge, la grâce de la contrition et du pardon de ses péchés.
    Ainsi que la grâce de vaincre ses mauvaises habitudes, et ne pas demeurer paisiblement dans l'état du péché contre les remords de sa conscience, l'exemple de Jésus-Christ et des saints et les maximes de l'Évangile.

    Les dévots inconstants.

    101 Les dévots inconstants sont ceux qui sont dévots à la sainte Vierge par intervalles et par boutades : tantôt ils sont fervents et tantôt tièdes. Tantôt ils paraissent prêts de tout faire pour son service, et puis, peu après, ils ne sont plus les mêmes.
    Ils embrasseront d'abord toutes les dévotions de la sainte Vierge : ils se mettront de ses confréries, et puis ils n'en pratiquent point les règles avec fidélité.
    Ils changent comme la lune, et Marie les met sous ses pieds avec le croissant, parce qu'ils sont changeants et indignes d'être comptés parmi les serviteurs de cette Vierge fidèle, lesquels ont la fidélité et la constance en partage.
    Il vaut mieux ne pas se charger de tant de prières et pratiques de dévotion, et en faire peu avec amour et fidélité, malgré le monde, le diable et la chair.

    Les dévots hypocrites.

    102. Il y a encore de faux dévots à la sainte Vierge, qui sont des dévotshypocrites, qui couvrent leurs péchés et leurs mauvaises habitudes sous le manteau de cette Vierge fidèle, afin de passer aux yeux des hommes pour ce qu'ils ne sont pas.

    Les dévots intéressés.


    103. Il y a encore des dévots intéressés, qui ne recourent à la sainte Vierge que pour gagner quelque procès, pour éviter quelque péril, pour guérir d'une maladie, ou pour quelqu'autre besoin de cette sorte, sans quoi ils l'oublieraient.
    Et les uns et les autres sont de faux dévots, qui ne sont point de mise devant Dieu ni sa sainte Mère.



    104. Prenons donc bien garde d'être du nombre des dévotscritiques, qui ne croient rien et critiquent tout; des dévotsscrupuleux, qui craignent d'être trop dévots à la sainte Vierge, par respect pour Jésus-Christ; des dévots extérieurs, qui font consister toute leur dévotion en des pratiques extérieures; des dévots présomptueux, qui, sous prétexte de leur fausse dévotion à la sainte Vierge, croupissent dans leurs péchés; des dévotsinconstants, qui, par légèreté changent leurs pratiques de dévotion, ou les quittent tout à fait à la moindre tentation; des dévots hypocrites, qui se mettent des confréries et portent les livrées de la sainte Vierge, afin de passer pour bons; et enfin des dévots intéressés, qui n'ont recours à la sainte Vierge que pour être délivrés des maux du corps ou obtenir des biens temporels.

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