• C'est pour toi maintenant que j'écris...

    C'est pour toi maintenant que j'écris...   .........©Lysdesaron..

    T'en peux plus parfois quand l'angoisse te saisit.
    Tu te demande quel sera ton avenir,
    Durant ces nuits où tu ne peux dormir.
    Le jour, tu sembles rire mais dire que tu es heureux
    Serait mentir ...
    T'arrête pas dans le silence de gémir,
    Et pourtant tu résistes !
    Dans ce gouffre profond,
    T'aimerait sortir avant de toucher le fond ...
    Tu te protèges derrière un mur de silence,
    Qui te rend triste mais quelle importance...
    Ta douleur est trop profonde,
    Pour croire encore.
    T'a peur de mourir même si tu le dis pas,
    Mais quand l'angoisse est là,
    Tu voudrais qu'elle s'en aille,
    Tant çà te fait mal dans l'âme.
    Y'a quelqu'un qui te regarde,
    Sur toi Ses yeux s'attardent.
    C'est l'être le plus pur, le plus beau,
    Le plus attachant, c'est mon héros.
    Il s'appelle Jésus-Christ, le Fils de Dieu,
    Il est venu pour toi, obéissant au Père.
    Acceptant de payer le prix de Sa vie,
    S'offrant en sacrifice,
    Pour que tu vives dans Sa paix.
    Va dans un lieu secret,
    Là où tu seras seul(e) avec Lui.
    Ouvre lui ton coeur,
    Confie toi au Seigneur.
    Sa voix retentira avec puissance,
    Pour te donner cette assurance,
    Qu'Il t'aime et que tu es Son enfant.
    Donne lui ta vie à présent,
    Où que tu sois, qui que tu sois,
    Il te prendra dans Ses bras
    Et te guidera pas à pas.
    Il t'élèvera sur un rocher,
    Et sera toujours à tes côtés.
    Dieu t'aime mon ami(e)
    Entends Son cri !!!
    Assez de larmes dans ta vie,
    Il est temps de te donner à Lui.
    Ce ne sera pas toujours rose,
    Mais ce sera plus facile car Il te donnera la force
    De surmonter les épreuves,
    Et une couronne d'or te sera réservée dans Son palais.
    Tu seras vêtu d'un habit blanc,
    Et pour toujours tu chanteras Ses louanges.

    ©Lysdesaron

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  • Que ta route soit notre chemin

    Que ta route soit notre chemin ...François Chagneau

    Reste avec nous, Seigneur, nous te le demandons.
    Que ta route demeure notre chemin.
    Nous avons besoin que tu sois là car nous vivons de ta présence,
    et nous sommes ce que tu es.
    Tu es tellement tout ce que nous cherchons obscurément dans notre nuit,
    tu es tellement la force qui donne à notre lutte
    la certitude d'une victoire de l'amour.

     

    Reste avec nous, Seigneur, et ne va pas plus loin.
    il est encore si proche, cet unique moment où nous t'avons rencontré,
    où tu semblais nous attendre, quand nous te cherchions.
    Tu ne nous as pas tout dit, et nous voudrions tant te connaître un peu mieux,
    profiter que tu es là pour être encore dans la paix.
    Si tu t'en vas encore, il nous faudra reprendre cette quête sans fin
    qui seule répondra à la profondeur de notre vide.

    Reste avec nous Seigneur, car pour nous tous les jours,
    il se fait vraiment tard.



    François Chagneau

     

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    27 décembre. Saint Jean, Apôtre et Evangéliste.

     

    Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres."
    Précepte favori de saint Jean.

    " Comme évangéliste, saint Jean a été un oracle de vérité ; comme apôtre, il a été un modèle de fidélité ; comme disciple de Jésus, il a été un modèle de charité."
    Du Jarry. Essais de panégyriques.


    Notre Seigneur Jésus-Christ entouré de Notre Dame et de saint Jean.

    Rogier van der Weyden. XVe.

    **********

    Après Etienne, le premier des Martyrs, Jean, l'Apôtre et l'Evangéliste, assiste le plus près à la crèche du Seigneur. Il était juste que la première place fût réservée à celui qui a aimé l'Emmanuel jusqu'à verser son sang pour son service ; car, comme le dit le Sauveur lui-même, il n'est point de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime (Johan. XV, 13.) ; et le Martyre a toujours été considéré par l'Eglise comme le dernier effort de la charité, ayant même la vertu de justifier le pécheur dans un second Baptême. Mais après le sacrifice du sang, le plus noble, le plus courageux, celui qui gagne par-dessus tout le cœur de l'Epoux des âmes, c'est le sacrifice de la virginité. Or, de même que saint Etienne est reconnu pour le type des Martyrs, saint Jean nous apparaît comme le Prince des Vierges. Le Martyre a valu à Etienne la couronne et la palme ; la Virginité a mérité à Jean des prérogatives sublimes, qui, en même temps qu'elles démontrent le prix de la chasteté, placent aussi ce Disciple parmi les principaux membres de l'humanité.

    Jean eut l'honneur de naître du sang de David, dans la famille même de la très pure Marie ; il fut donc parent de notre Seigneur, selon la chair. Un tel honneur lui fut commun avec saint Jacques le Majeur, son frère, fils de Zébédée comme lui ; avec saint Jacques le Mineur et saint Jude, fils d'Alphée ; mais, dans la fleur de sa jeunesse, Jean laissa, non seulement sa barque et ses filets, non seulement son père, mais sa fiancée, au moment de célébrer de chastes noces. Il suivit le Christ et ne regarda pas en arrière ; c'est pourquoi la tendresse particulière du cœur de Jésus lui fut acquise ; et tandis que les autres étaient Disciples et Apôtres, il fut l'Ami du Fils de Dieu. La raison de cette rare prédilection fut donc, ainsi que le proclame l'Eglise, le sacrifice de virginité que Jean offrit à l'Homme-Dieu. Or, il convient de relever ici, au jour de sa fête, les grâces et les prérogatives qui ont découlé pour lui de l'heureux avantage de cette amitié céleste.


    Saint Jean. Simone Martini. XIVe.

    *********

    Ce seul mot du saint Evangile : " le Disciple que Jésus aimait ", en dit plus, dans son admirable concision, que tous les commentaires. Pierre, sans doute, a été choisi pour être le Chef des autres Apôtres et le fondement de l'Eglise ; il a été plus honoré ; mais Jean a été plus aimé. Pierre a reçu l'ordre d'aimer plus que les autres ; il a pu répondre au Christ, par trois fois, qu'il en était ainsi ; cependant, Jean a été plus aimé du Christ que Pierre lui-même, parce qu'il convenait que la virginité fût honorée.

    La chasteté des sens et du cœur a la vertu d'approcher de Dieu l'homme qui la conserve, et d'attirer Dieu vers lui ; c'est pourquoi, dans le moment solennel de la dernière Cène, de cette Cène féconde qui devait se renouveler sur l'autel jusqu'à la fin des temps, pour ranimer la vie dans les âmes et guérir leurs blessures, Jean fut placé auprès de Jésus lui-même, et non seulement il eut cet honneur insigne, mais dans ces derniers épanchements de l'amour du Rédempteur, ce fils de sa tendresse osa reposer sa tête sur la poitrine de l'Homme-Dieu. Ce fut alors qu'il puisa, à leur source divine, la lumière et l'amour ; et cette faveur, qui était déjà une récompense, devint le principe de deux grâces signalées qui recommandent spécialement saint Jean à l'admiration de toute l'Eglise.


    Déposition avec Notre Dame et saint Jean - Panneau central.

    Quentin Massys. Anvers. Flandres. XVe.

    **********

    En effet, la Sagesse divine ayant voulu manifester le mystère du Verbe, et confier à l'écriture des secrets que jusqu'alors aucune plume humaine n'avait été appelée à raconter, Jean fut choisi pour ce grand œuvre. Pierre était mort sur la croix, Paul avait livré sa tête au glaive, les autres Apôtres avaient successivement scellé leur témoignage de leur sang ; Jean restait seul debout, au milieu de l'Eglise ; et déjà l'hérésie, blasphémant l'enseignement apostolique, cherchait à anéantir le Verbe divin, et ne voulait plus le reconnaître pour le Fils de Dieu, consubstantiel au Père.

    Jean fut invité par les Eglises à parler, et il le fit dans un langage tout du ciel. Son divin Maître lui avait réservé, à lui, pur de toute souillure, d'écrire de sa main mortelle des mystères que ses frères n'avaient été appelés qu'à enseigner : le Verbe, Dieu éternel, et ce même Verbe fait chair pour le salut de l'homme. Par là il s'éleva, comme l'Aigle, jusqu'au divin Soleil ; il le contempla sans en être ébloui, parce que la pureté de son âme et de ses sens l'avait rendu digne d'entrer en rapport avec la Lumière incréée. Si Moïse, après avoir conversé avec le Seigneur dans la nuée, se retira de ces divins entretiens le font orné de merveilleux rayons, combien radieuse devait être la face vénérable de Jean, qui s'était appuyée sur le Cœur même de Jésus, où, comme parle l'Apôtre, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science (Col. II, 3.) ! combien lumineux ses écrits ! combien divin son enseignement ! Aussi, ce type sublime de l'Aigle montré par Ezéchiel, et confirmé par saint Jean lui-même dans sa Révélation, lui a-t-il été appliqué par l'Eglise, avec le beau nom de Théologien que lui donne toute la tradition.


    Saint Jean. Alessandro Algardi. XVIIe.

    ****

    A cette première récompense qui consiste dans la pénétration des mystères, le Sauveur joignit pour son bien-aimé Disciple une effusion d'amour inaccoutumée, parce que la chasteté, en désintéressant l'homme des affections grossières et égoïstes, l'élève à un amour plus pur et plus généreux. Jean avait recueilli dans son cœur les discours de Jésus : il en fit part à l'Eglise, et surtout il révéla le divin Sermon de la Cène, où s'épanche l'âme du Rédempteur, qui, ayant aimé les siens, les aima jusqu'à la fin (Johan. XIII, 1.). Il écrivit des Epîtres, et ce fut pour dire aux hommes que Dieu est amour (I Johan. IV, 8.) ; que celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu (Ibid.) ; que la charité bannit la crainte (Ibid. 18.). Jusqu'à la fin de sa vie, jusque dans les jours de son extrême vieillesse, il insista sur l'amour que les hommes se doivent les uns aux autres, à l'exemple du Dieu qui les a aimés ; et de même qu'il avait annoncé plus clairement que les autres la divinité et la splendeur du Verbe, ainsi plus que les autres se montra-t-il l'Apôtre de cette infinie charité que l'Emmanuel est venu allumer sur la terre.

    Mais le Seigneur lui réservait un don véritablement digne du Disciple vierge et bien-aimé. En mourant sur la croix, Jésus laissait Marie sur la terre ; déjà, depuis plusieurs années, Joseph avait rendu son âme au Seigneur. Qui veillerait donc sur un si sacré dépôt ? qui serait digne de le recevoir ? Jésus enverrait-il ses Anges pour garder et consoler sa Mère : Car quel homme sur la terre mériterait un tel honneur ? Du haut de sa croix, le Sauveur aperçut le disciple vierge ; tout est fixé : Jean sera un fils pour Marie, Marie sera une mère pour Jean ; la chasteté du disciple l'a rendu digne de recevoir un legs si glorieux. Ainsi, suivant la belle remarque de saint Pierre Damien, " Pierre recevra en dépôt l'Eglise, Mère des hommes ; mais Jean recevra Marie, Mère de Dieu ". Il la gardera comme son bien, il remplacera auprès d'elle son divin Ami ; il l'aimera comme sa propre mère ; il en sera aimé comme un fils.


    Retable de saint Jean. Panneau central. Notre Dame et son divin Enfant avec saint Jean-Baptiste et saint Jean.

    Hans Memling. XVe.

    *****

    Environné de tant de lumière, réchauffé par tant d'amour, nous étonnerons-nous que Jean soit devenu l'ornement de la terre, la gloire de l'Eglise ? Aussi, comptez, si vous pouvez, ses titres ; énumérez ses qualités. Parent du Christ par Marie, Apôtre, Vierge, Ami de l'Epoux, Aigle divin, Théologien sacré, Docteur de la Charité, fils de Marie, il est encore Evangéliste par le récit qu'il nous a laissé de la vie de son Maître et Ami ; Ecrivain sacré par ses trois Epîtres inspirées de l'Esprit-Saint ; Prophète par sa mystérieuse Apocalypse, qui renferme les secrets du temps et de l'éternité. Que lui a-t-il donc manqué ? La palme du Martyre ? On ne le saurait dire ; car, s'il n'a pas consommé son sacrifice, il a néanmoins bu le calice de son Maître lorsque, après une cruelle flagellation, il fut plongé dans l'huile bouillante, devant la Porte-Latine, à Rome. Jean fut donc Martyr de désir et d'intention, sinon d'effet ; et si le Seigneur, qui le voulait conserver dans son Eglise comme un monument de son estime pour la chasteté et des honneurs qu'il réserve à cette vertu arrêta miraculeusement l'effet d'un affreux supplice, le cœur de Jean n'en avait pas moins accepté le Martyre dans toute son étendue.

    Tel est le compagnon d'Etienne, près du berceau dans lequel nous honorons l'Enfant divin. Si le Proto-martyr éclate par la pourpre de son sang, la blancheur virginale du fils adoptif de Marie n'est-elle pas éblouissante au-dessus de celle de la neige ? Les lis de Jean ne peuvent-ils pas marier leur innocent éclat à la vermeille splendeur des roses de la couronne d'Etienne ? Chantons donc gloire au Roi nouveau-né, dont la cour brille de si riantes et de si fraîches couleurs. Cette céleste compagnie s'est formée sous nos yeux. D'abord nous avons vu Marie et Joseph seuls dans l'étable auprès de la crèche ; l'armée des Anges a bientôt paru avec ses mélodieuses cohortes ; les bergers sont venus ensuite avec leurs cœurs humbles et simples ; puis, voici Etienne le Couronné, Jean le Disciple chéri ; et en attendant les Mages, d'autres viendront bientôt accroître l'éclat de la pompe, et réjouir de plus en plus nos cœurs. Quelle Naissance que celle de notre Dieu ! Si humble qu'elle paraisse, combien elle est divine ! Et quel Roi de la terre, quel Empereur a jamais eu autour de son splendide berceau des honneurs pareils à ceux de l'Enfant de Bethléhem ?


    Saint Jean. Diego Velasquez. XVIIe.

    *****

    Unissons nos hommages à ceux qu'il reçoit de tous ces heureux membres de sa cour ; et si nous avons hier ranimé notre foi, à la vue des palmes sanglantes d'Etienne, aujourd'hui réveillons en nous l'amour de la chasteté, à l'odeur des célestes parfums que nous envoient les fleurs de la virginale couronne de l'Ami du Christ.

    Jean, dernier survivant de la première génération chrétienne, se trouvait à Rome au temps où la persécution de Domitien était dans son fort. Le fait paraît incontestable, seules les circonstances qui l'accompagnèrent demeurent dans le vague. Il faut donc s'en tenir à ce que nous savons et laisser dans l'oubli qu'elles méritent les fantaisies légendaires dora on a entouré le martyre du vieil apôtre. Il paraît avoir souffert vers l'endroit où exista plus tard la porte Latine, laquelle ne reçut ce nom que dans l'enceinte d'Aurélien commencée en 271. A la suite de cet événement miraculeux, l'administration romaine déporta Jean dans l'île de Patmos.


    Ebouillantement de saint Jean. Bartolommeo Di Giovanni. XVe.

    Jean veut dire grâce de Dieu, ou en qui est la grâce, ou auquel la grâce a été donnée, ou auquel un don a été fait de la part de Dieu.

    ***********

    De là quatre privilèges de saint Jean :

    - Le premier fut l’amitié particulière de Notre Seigneur Jésus-Christ. En effet, le Sauveur aima saint Jean plus que les autres apôtres et lui donna de plus grandes marques d'affection et de familiarité. Il veut donc dire grâce de Dieu parce qu'il fut gracieux à Dieu. Il paraît même qu'il a été aimé plus que Pierre. Mais il y a amour de coeur et démonstration de cet amour. On trouve deux sortes de démonstrations d'amour : l’une qui consiste dans la démonstration de la familiarité, et l’autre dans les bienfaits accordés. Il aima Jean et Pierre également. Mais quant à l’amour de démonstration, il aima mieux saint Jean, et quant aux bienfaits donnés, il préféra Pierre.

    - Le second privilège est la parole de la chair ; en effet, saint Jean a été choisi vierge par le Seigneur ; alors en lui est la grâce, c'est-à-dire la grâce de la pureté virginale, puisqu'il voulait se marier quand Notre Seigneur Jésus-Christ l’appela
    (c'est l’opinion de Bède, Sermon des Jean ; de Rupert, Sur Saint Jean, ch. I ; de saint Thomas d'Aquin, t. II, p. 186 ; de sainte Gertrude en ses Révélations, liv. IV, c. IV.).

    - Le troisième privilège, c'est la révélation des mystères : en effet, il lui a été donné de connaître beaucoup de mystères, par exemple, ce qui concerne la divinité du Verbe et la fin du monde.

    - Le quatrième privilège, c'est d'avoir été chargé du soin de la mère de Dieu : alors on, peut dire qu'il a reçu un don de Dieu. Et c'était le plus grand présent que le Seigneur put faire que de lui,confier le soin de sa mère. Sa vie a été écrite par Miletus
    (le livre de Miletus a été publié en dernier lieu à Leipsig, par Heine, 1848. Il est reproduit ici en majeure partie), évêque de Laodicée, et abrégée par Isidore dans son livre De la naissance, de la vie et de la mort des Saints Pères.


    L'Immaculée Conception et saint Jean. El Greco. XVIe.

    ****

    Jean, apôtre et évangéliste, le bien-aimé du Seigneur, avait été élu alors qu'il était encore vierge. Après la Pentecôte, et quand les apôtres se furent séparés, il partit pour l’Asie, où il fonda un grand nombre d'églises. L'empereur Domitien, qui entendit parler de lui, le fit venir et jeter dans une cuve d'huile bouillante, à la porte Latine. Il en sortit sain et entier, parce qu'il avait vécu affranchi de la corruption de la chair (Tertullien, Prescriptions, ch. XXXVI).

    L'empereur ayant su que Jean n'en continuait pas moins à prêcher, le relégua en exil dans l’île inhabitée de Pathmos et où le saint écrivit l’Apocalypse. Cette année-là, l’empereur fut tué en haine de sa grande cruauté et tous ses actes furent annulés par le sénat ; en sorte que saint Jean, qui avait été bien injustement déporté dans cette île, revint à Ephèse, où il fut reçu avec grand honneur par tous les fidèles qui se pressèrent au-devant de lui en disant :
    " Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur."
    Il entrait dans la ville, comme on portait en terre Drusiane qui l’aimait beaucoup et qui aspirait ardemment son arrivée. Les parents, les veuves et les orphelins lui dirent :
    " Saint Jean, c'est Drusiane que nous allons inhumer ; toujours elle souscrivait à vos avis, et nous nourrissait tous ; elle souhaitait vivement votre arrivée, en disant " Ô si j'avais le bonheur de voir l’apôtre de Dieu avant de mourir !" Voici que vous arrivez et elle n'a pu vous voir."
    Alors Jean ordonna de déposer le brancard et de délier le cadavre :
    " Drusiane, dit-il, que mon Seigneur Jésus-Christ te ressuscite, lève-toi, va dans ta maison et me prépare de la nourriture."
    Elle se leva aussitôt, et s'empressa d'exécuter l’ordre de l’apôtre, tellement qu'il. lui semblait qu'il l’avait réveillée et non pas ressuscitée.


    Saint Jean et la coupe de Poison. Alonso Cano. XVIIe.

    ****

    Le lendemain, Craton le philosophe convoqua le peuple sur la place, pour lui apprendre comment on devait mépriser ce monde. Il avait fait acheter à deux frères très riches, du produit de leur patrimoine, des pierres précieuses qu'il fit briser en présence de l’assemblée.
    L'apôtre vint à passer par là et appelant le philosophe auprès de lui, il condamna cette manière de mépriser le monde par trois raisons :
    1. il est loué par les hommes, mais il est réprouvé par le jugement de Dieu ;
    2. ce mépris ne guérit pas le vice ; il est donc inutile, comme est inutile le médicament qui ne guérit point le malade ;
    3. ce mépris est méritoire pour celui qui donne ses biens aux pauvres. Comme le Seigneur dit au jeune homme :
    " Allez vendre tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres." Craton lui dit :
    " Si vraiment ton Dieu est le maître, et qu'il veuille que le prix de ces pierreries soit donné aux pauvres, fais qu'elles redeviennent entières, afin que, de ta part, cette oeuvre tourne à sa gloire, comme j'ai agi pour obtenir de la renommée auprès des. hommes."

    Alors saint Jean, rassemblant dans sa main les fragments de ces pierres, fit une prière, et elles redevinrent entières comme devant. Aussitôt le philosophe ainsi que les deux jeunes gens crurent, et vendirent les pierreries, dont ils distribuèrent le prix aux pauvres.

    Deux, autres jeunes tiens d'une famille honorable imitèrent l’exemple des précédents, vendirent tout ce qu'ils avaient, et après l’avoir donné aux pauvres, ils suivirent l’apôtre. Mais un jour qu'ils voyaient leurs serviteurs revêtus de riches et brillants vêtements, tandis qu'il ne leur restait qu'un seul habit, ils furent pris de tristesse. Saint Jean, qui s'en aperçut à leur physionomie, envoya chercher sur le bord de la mer des bâtons et des cailloux qu'il changea en or et en pierres fines. Par l’ordre de l’apôtre, ils les montrèrent pendant sept jours à tous les orfèvres et à tous les lapidaires ; à leur retour ils racontèrent que ceux-ci n'avaient jamais vu d'or plus pur ni des, pierreries si précieuses ; et il leur dit :
    " Allez racheter vos terres que vous avez vendues, parce que vous avez perdu les richesses du ciel ; brillez comme des fleurs afin de vous faner comme elles ; soyez riches dans le temps pour que vous soyez mendiants dans l’éternité."


    Saint Jean à Patmos. Grandes heures d'Etienne Chevalier.

    Jean Fouquet. XVe.

    ****

    Alors l’apôtre parla plus souvent encore contre les richesses, et montra que pour six raisons, nous devions être préservés de l’appétit immodéré de la fortune :
    - la première tirée de l’Ecriture, dans le récit du riche en sa table que Dieu réprouva, et du pauvre Lazare que Dieu élut ;
    - la seconde puisée dans la nature, qui nous fait venir pauvres et nus, et mourir sans richesses ;
    - la troisième prise de la créature : le soleil, la lune, les astres, la pluie, l’air étant communs à tous et partagés entre tous sans préférence, tous les biens devraient donc être en commun chez les hommes ;
    - la quatrième, est la fortune. Il dit alors que le riche devient l’esclave de l’argent et du diable ; de l’argent, parce qu'il ne possède pas les richesses, mais que ce sont elles qui le possèdent ; du diable, parce que, d'après l’évangile, celui qui aime l’argent est l’esclave de Mammon ;
    - la cinquième est l’inquiétude : ceux qui possèdent ont jour et nuit des soucis, soit pour acquérir, soit pour conserver ;
    - la sixième, ce sont les risques et périls auxquels sont exposées les richesses ; d'où résultent deux sortes de maux : ici-bas, l’orgueil ; dans l’éternité, la damnation éternelle : perte de deux sortes de biens : ceux de la grâce, dans la vie présente ceux de la gloire éternelle, dans la vie future.


    Saint Jean à Patmos. Hans Baldung. XVIe.

    *********

    Au milieu de cette discussion contre les richesses, voici, qu'on portait en terre un jeune homme mort trente jours après son mariage. Sa mère, sa veuve et les autres qui le pleuraient, vinrent se jeter aux pieds de l’apôtre et le prier de le ressusciter comme Drusiane au nom du Seigneur. Après avoir pleuré beaucoup et avoir prié, Jean ressuscita à l'l’instant le jeune homme auquel il ordonna de raconter à ces deux disciples quel châtiment ils avaient encouru et quelle gloire ils avaient perdue. Celui-ci raconta alors bien des faits, qu'il, avait vus sur la gloire du paradis, et sur les peines de l’enfer.
    Et il ajouta :
    " Malheureux que vous êtes, j'ai vu vos anges dans les pleurs et les démons dans la joie ; puis il leur dit, qu'ils avaient perdu les palais éternels construits des pierreries brillantes, resplendissant d'une clarté merveilleuse, remplis de banquets copieux, pleins de délices, et d'une joie, d'une gloire interminables."

    Il raconta huit peines de l’enfer qui sont renfermées dans ces deux vers :
    " Vers et ténèbres, tourment, froid et feu,
    Présence du démon, foule de criminels, pleurs."


    Alors celui qui avait été ressuscité se joignit aux deux disciples qui se prosternèrent aux pieds de l’apôtre et le conjurèrent de leur faire miséricorde.
    L'apôtre leur dit :
    " Faites pénitence trente jours pendant lesquels priez que ces bâtons et ces pierres reviennent dans leur état naturel."
    Quand ils eurent exécuté cet ordre, il leur dit :
    " Allez porter ces bâtons et ces pierres où vous les avez pris."

    Ils le firent ; les bâtons et les pierres redevinrent alors ce qu'ils étaient, et les jeunes gens recouvrèrent la grâce de toutes les vertus, qu'ils avaient possédées auparavant.


    Saint Jean à Patmos. Jérôme Bosch. XVe.

    ***********

    Après que Jean eut prêché par toute l’Asie, les adorateurs de Jules excitèrent une sédition parmi le peuple et traînèrent le saint à un temple de Diane pour le forcer à sacrifier. Jean leur proposa cette alternative ou qu'en invoquant Diane, ils fissent crouler l’église de Notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'alors il sacrifierait aux idoles ; ou qu'après avoir lui-même invoqué Notre Seigneur Jésus-Christ, il renverserait le temple de Diane et alors eux-mêmes crussent en Notre Seigneur Jésus-Christ.
    La majorité accueillit la proposition et tous sortirent du temple ; l’apôtre fit sa prière et le temple croula jusque dans ses fondations et l’image de Diane fut réduite en pièces.
    Mais le pontife des idoles, Aristodème, excita une affreuse sédition dans le peuple ; une partie se préparait à se ruer contre l’autre. L'apôtre lui dit :
    " Que veux-tu que je fasse pour te fléchir ?
    - Si tu veux, répondit Aristodème, que je croie en ton Dieu, je te donnerai du poison à boire, et si tu n'en ressens pas les atteintes, ton Seigneur sera évidemment le vrai Dieu."

    L'apôtre reprit :
    " Fais ce que tu voudras.
    - Je veux, dit Aristodème, que tu en voies mourir d'autres auparavant afin que ta crainte augmente."

    Aristodème alla demander au proconsul deux condamnés à mort, auxquels, en présence de tous, il donna du poison. A peine l’eurent-ils pris qu'ils rendirent l’âme.
    Alors l’apôtre prit la coupe et se fortifiant du signe de la croix, il avala tout le poison sans éprouver aucun mal, ce qui porta tous les assistants à louer Dieu.
    Aristodème dit encore :
    " Il me reste un doute, mais si tu ressuscites ceux qui sont morts du poison, je croirai indubitablement."
    Alors l’apôtre lui donna sa tunique :
    " Pourquoi, lui dit-il, m’as-tu donné ta tunique ?
    - C'est, lui répondit saint Jean, afin que tu sois tellement confus que tu brises avec ton infidélité.
    - Est-ce que ta tunique me fera croire ?
    - Va la mettre sur les corps de ceux qui sont morts et dis : " l'apôtre de Notre Seigneur Jésus-Christ m’a envoyé vers vous pour vous ressusciter " au nom de Jésus-Christ "."

    Il l’eut à peine fait que sur-le-champ ils ressuscitèrent.
    Alors l’apôtre baptisa au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ le pontife et le proconsul qui crurent, eux et toute leur famille ; ils élevèrent ensuite une église en l’honneur de saint Jean.


    Saint Jean à Patmos. Hans Burgkmair. XVIe.

    *****

    Saint Clément d'Alexandrie rapporte, dans le IVe livre de l’Histoire ecclésiastique(Clément d'Alexandrie, Quis dives, ch. XLII ; Eusèbe, l. III., ch. XXIII ; Saint Chrysostome, ad Theodos lapsum, liv. I, ch. II.), que l’apôtre convertit un jeune homme beau, mais fier, et le confia à un évêque à titre de dépôt. Peu de temps après, le jeune homme abandonne l’évêque et se met à la-tête d'une bande de voleurs. Or quand l’apôtre revint, il réclama son dépôt à l’évêque.
    Celui-ci croit qu'il est question d'argent et reste assez étonné. L'apôtre lui dit :
    " C'est ce jeune homme que je vous réclame ; c'est celui que je vous avais recommandé d'une manière si pressante.
    - Père saint, répondit l’évêque, il est mort quant à l’âme et il reste sur une telle montagne avec des larrons dont il est lui-même le chef."

    En entendant ces paroles, saint Jean déchire ses vêtements, se frappe la tête avec les poings :
    " J'ai trouvé là un bon gardien de l’âme d'un frère, ajouta-t-il !"
    Il se fait aussitôt préparer un cheval et court avec intrépidité vers la montagne. Le jeune homme, l’ayant reconnu, fut couvert de honte et s'enfuit aussitôt sur son cheval.
    L'apôtre oublie son âge, pique son coursier de ses éperons et crie après le fuyard :
    " Bien-aimé fils, qu'as-tu à fuir devant un père et un vieillard sans défense ? Ne crains pas, mon fils ; je rendrai compte de toi à Notre Seigneur Jésus-Christ, et bien certainement je mourrai volontiers pour toi, comme Notre Seigneur Jésus-Christ est mort pour nous. Reviens, mon fils, reviens ; c'est le Seigneur qui m’envoie."
    En entendant cela, le brigand fut tout contrit, revint et pleura à chaudes larmes. L'apôtre se jeta à ses pieds et se mit à embrasser sa main comme si elle eût déjà été purifiée par la pénitence : il jeûna et pria pour lui, obtint sa grâce et par la suite il l’ordonna évêque.


    Vision de saint Jean. Jacobello Alberegno. XIVe.

    *****

    On lit encore dans l’Histoire ecclésiastique (Eusèbe, liv. IV, ch. XIV ; Saint Irénée, Advers. Haeres, liv. III, ch. III ; Théodor., liv. II.) et dans la glose sur la seconde épître canonique de saint Jean, que ce saint étant entré à Ephèse pour prendre un bain, il y vit Cérinthe l’hérétique et qu'il se retira vite en disant :
    " Fuyons d'ici, de peur que l’établissement ne croule sur nous ; Cérinthe, l’ennemi de la vérité, s'y baigne."

    Cassien (XXIVe conférence, ch. XXI.), au livre de ses conférences, raconte qu'un homme apporta une perdrix vivante à saint Jean. Le saint la caressait et la flattait pour l’apprivoiser. Un enfant témoin de cela dit en riant à ses camarades :
    " Voyez comme ce vieillard joue avec un petit oiseau comme ferait un enfant."
    Saint Jean devina ce qui se passait, appela l’enfant qui lui dit :
    " C'est donc vous qui êtes Jean qui faites cela et qu'on dit si saint ?"
    Jean lui demanda ce qu'il tenait à la main. Il lui, répondit qu'il avait un arc :
    " Et qu'en fais-tu ?
    - C'est pour tuer des oiseaux et des bêtes.
    - Comment ?"

    Alors l’enfant banda son arc et le tint ainsi à la main. Comme l’apôtre ne lui disait rien, le jeune homme débanda son arc :
    " Pourquoi donc, mon fils, lui dit Jean, as-tu débandé ton arc ?
    - C'est que si je le tenais plus longtemps tendu, il deviendrait trop mou pour lancer les flèches."

    Alors l’apôtre dit :
    " Il en est de même de l’infirmité humaine, elle s'affaiblirait dans la contemplation, si en restant toujours fermement occupée, sa fragilité ne prenait pas quelques instants de relâche. Vois l’aigle ; il vole plus haut que tous les oiseaux, il regarde fixement le soleil, et cependant, par la nécessité de sa nature, il descend sur la terre. Ainsi l’esprit de l’homme, qui se relâche un peu de la contemplation, se porte avec plus d'ardeur vers les choses célestes, en renouvelant souvent ses essais."


    Saint Jean. Domenico Ghirlandaio. Cathédrale de Sienne. XVe.

    *****

    Saint Jérôme (Sur l'épître aux Galates) assure que saint Jean vécut à Ephèse jusqu'à une extrême vieillesse ; c'était avec, difficulté que ses disciples le portaient à bras à l’église ; il ne pouvait dire que quelques mots, et à chaque pause il répétait :
    " Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres."
    Enfin étonnés de ce qu’il disait toujours la même chose, les frères qui étaient avec lui, lui demandèrent :
    " Maître, pourquoi répétez-vous toujours les mêmes paroles ?"
    Il leur répondit que c'était le commandement du Seigneur ; et que si on l’observait, cela suffisait.

    Hélinand rapporte (il est probable que le bienheureux Jacques de Voragine, auteur de ces lignes extraites de La légende dorée, possédait le commencement de la chronique d'Hélinand, dans les ouvrages duquel nous n'avons pas rencontré trace de ce fait ; on sait qu'il ne nous reste de son histoire qu'à partir de l’année 634, au livre XLV) aussi que quand saint Jean l’évangéliste entreprit d'écrire son évangile, il indiqua un jeûne par avance, afin de demander dans la prière d'écrire que son livre soit digne du sujet. Il se retira, dit-on, dans un lieu solitaire pour écrire la parole de Dieu, et qu'il pria que tandis qu'il vaquerait à ce travail, il ne fût gêné ni par la pluie ni par le vent. Les éléments, dit-on, respectent encore aujourd'hui, en ce lieu, les prières de l’apôtre.


    Saint Jean. Andrea del Castagno. Fresque de l'église Saint-Zaccharie de Venise. XVe.

    *****

    A l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans et l’an soixante-sept, selon Isidore (De ortu et obitu Patrum, ch. LXXII.), après la passion du Seigneur, Notre Seigneur Jésus-Christ lui apparut avec ses disciples et lui dit :
    " Viens avec moi, mon bien-aimé, il est temps de t'asseoir à ma table avec tes frères."
    Jean se leva et voulut marcher. Le seigneur lui dit :
    " Tu viendras auprès de moi dimanche."
    Or le dimanche arrivé ; tout le peuple se réunit à l’Eglise qui avait été dédiée en son nom. Dès le chant des oiseaux, il se mit à prêcher, exhorta les chrétiens à être fermes dans la foi et fervents à pratiquer les commandements de Dieu. Puis il fit creuser une fosse carrée vis-à-vis l’autel et en jeter la terre hors de l’église. Il descendit dans la fosse, et les bras étendus, il dit à Dieu :
    " Seigneur Jésus-Christ, vous m’avez invité à votre festin ; je viens vous remercier de l’honneur que vous m’avez fait ; je sais que c'est de tout coeur, que j'ai soupiré après vous."
    Sa prière finie, il fut environné d'une si grande lumière que personne ne put le regarder. Quand la lumière eut disparu, on trouva la fosse pleine de manne, et jusqu'aujourd'hui il se forme de la manne en ce lieu, de telle sorte qu'au fond de la fosse, il paraît sourdre un sable fin comme on voit l’eau jaillir d'une fontaine (saint Augustin, sur Saint Jean, homélie 424 ; Grégoire de Tours, Gloria M., liv. I, ch. XXX ; Itinerarium Willebaudi, en l’an 745).


    Saint Jean à Patmos. Alonso Cano. XVIIe.

    ***********

    Saint Edmond, roi d'Angleterre, n'a jamais rien refusé à quelqu'un qui lui adressait une demande au nom de saint Jean l’Evangéliste. Un pèlerin lui demanda donc un jour l’aumône avec importunité au nom de saint Jean l’évangéliste ; alors que son camérier était absent. Le roi ; qui n'avait rien sous la main qu'un anneau de prix le lui donna. Plusieurs jours après, un soldat anglais, qui était outre-mer, fut chargé de remettre au roi l’anneau de la part du même pèlerin qui lui dit :
    " Celui à qui et pour l’amour duquel vous avez donné cet anneau, vous le renvoie."
    On vit clairement par là que c'était saint Jean qui lui était apparu sous la figure d'un pèlerin. Isidore, dans son livre De la naissance, de la vie et de la mort des Saints Pères, dit ces mots :
    " Jean a changé en or les branches d'arbres des forêts, les pierres du rivage en pierreries, des fragments de perles cassées redevinrent entières ; à son ordre une veuve fut ressuscitée ; il fit rappeler l’âme dans le corps d'un jeune homme ; il but un poison mortel et échappa au danger, enfin il rendit à la vie ceux qui avaient bu de ce poison et qui avaient été tués."

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  • PRIÈRE POUR LES CHAGRINS.

     

    Mon Dieu, ayez pitié de moi, car je souffre. Donnez-moi la force de souffrir sans murmurer, d’accepter les peines que vous m’envoyez, de vous offrir ces peines en punition du mal que j’ai fait ; ne permettez pas que j’oublie que je suis dans ce monde pour souffrir et pour me rendre digne par mes vertus d’entrer dans le Paradis où je n’aurais plus jamais aucune peine, aucun chagrin, et où je serai éternellement heureux avec les Anges et avec les Saints.

    ******

    Livre de messe des petits enfants

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  • PRIÈRE POUR LES MALADIES.

     

    Mon Dieu, vous voulez que je sois malade ; j’accepte ce que vous m’envoyez ; en souffrant avec patience l’ennui et la douleur, je me ferai pardonner mes péchés passés. Donnez-moi du courage, mon Dieu ! Donnez-moi de la patience ! Donnez-moi de la douceur ! Et donnez-moi aussi de la reconnaissance pour ceux qui me soignent !

    ***************

    Comtesse de Ségur..Livre de messe des petits enfants

    Romancière — Littérature enfantine

    (1799 – 1874)

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  • ANGELUS.

    ANGELUS......Comtesse de Ségur

    L’Angelus est une prière qui se dit le matin, à midi, et le soir au coucher du soleil. On dit :

    Angelus Domini nuntiavit Mariæ, et concepit de Spiritu Sancto.

    Ave, Maria, etc.

    Ecce ancilla Domini ; fiat mihi secundum verbum tuum.

    L’Ange du Seigneur a annoncé à Marie, et elle a conçu par l’opération du Saint-Esprit.

    Je vous salue, Marie, etc. (comme à la prière du matin).

    Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole.

     

    Ave, Maria, etc.

    Et Verbum caro factum est, et habitavit in nobis.

    Ave, Maria, etc.

    Je vous salue, Marie, etc.

    Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous.

    Je vous salue, Marie, etc.

     

    oremus.

    Gratiam tuam, quæsumus, Domine, mentibus nostris infunde, ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per Passionem ejus et Crucem ad Resurrectionis gloriam perducamur. Per cumdem Christum

    prières.Seigneur, nous vous supplions de répandre votre sainte grâce dans nos âmes ; afin qu’après avoir connu, par la voix de l’Ange, l’Incarnation de votre Fils Jésus-Christ, nous puissions arriver un jour à la gloire de la Résurrection qu’il a voulu nous procurer par Dominum nostrum.

    Amen.

    sa Passion et par sa croix. Par le même Jésus-Christ, Notre-Seigneur.

    Ainsi soit-il.

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  • Béatitudes (version moderne)

     

    Note de JM Bonheur : C'est une version moderne, plus facile à lire de nos jours mais moins précise,
    des Béatitudes prononcées par Jésus-Christ telles que Saint Matthieu les rapporte.

    *******

    Heureux celui qui, en tout, a un coeur de pauvre,
    l'amour de Dieu est son royaume.

    Heureux celui qui est doux et humble de coeur,
    Dieu vraiment le porte en son coeur.

    Heureux celui qui, par amour, a de la peine,
    l'amour de Dieu coule en ses veines.

    Heureux celui qui a faim et soif de justice,
    c'est Dieu qui lui fera justice.

    Heureux celui qui ne cesse de pardonner,
    la sérénité de Dieu lui est donnée.

    Heureux celui qui voit tout d'un regard d'enfant,
    car il voit Dieu dès à présent.

    Heureux celui qui, dans la paix, conduit sa vie,
    car c'est en fils de Dieu qu'il vit.

    Heureux celui qui souffre pour le service des autres,
    son royaume, Seigneur, est le tien.

    Anonyme

    http://www.bonheurpourtous.com/

     

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  • Pape Francisco prend une décision controversée qui déchaîne la colère de certains au Vatican ...

    Pape Francisco prend une décision.......

    Le pape Francisco représente un changement positif pour l'Eglise catholique et a été très bien accueilli dans toutes ses déclarations, même incroyants. Il a maintenu une posture aujourd'hui très sensible et proche de la réalité, le renforcement du rôle de l'Église en tant que médiateur.

     

    Cette fois, il a dit le rejet si forte à la collection qui effectuent certaines églises célèbrent les sacrements, comme les baptêmes, communions, confirmations et mariages. Il a dit que le salut ou précieux ou vous pouvez payer avec de l'argent. Il a également invité tous les paroissiens à avoir le courage de dire aux prêtres qui est un péché s'ils voient dans les églises une liste de prix.

    Pape Francisco prend une décision.......

    Vous ne pouvez pas voir ou accepter que quelque chose de si important de maintenir une vie chrétienne comme le sont les sacrements ont un coût. Priceless participer aux célébrations de l'église et pour une raison quelconque il devrait y avoir l'ambition économique par des prêtres. Il est un droit pour les chrétiens et les portes de l'église doit toujours être ouvert et sans frais.

    Pape Francisco prend une décision.......

    3 Particulièrement remarquable autre de ses paroles sur ce sujet: «Jésus chassa les marchands du temple de vouloir transformer la maison de prière dans une caverne de voleurs." Il a également exprimé comme un message aux prêtres: "Il y a 2 choses que Dieu ne pardonnera pas, on est un avare et un autre prêtre est un prêtre qui ne sert pas ses fidèles et maltraite"

     

     

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  • L’Œuvre du Christ

    L’Œuvre du Christ.....André Van Hasselt..

    LE POËTE.


    Seigneur, voici la nuit. Quand direz-vous à l’aube :
    — « Monte, et verse la vie et la lumière au globe ? » —
    Seigneur, voici la nuit. Quand direz-vous au jour :
    — « Monte, et viens éclairer l’œuvre de mon amour ? » —
    Car le monde, ô Seigneur, a quitté votre route.
    Il chemine à travers les ténèbres du doute

     

    Et cherche, en tâtonnant dans son obscurité,
    De quel côté du ciel luira la vérité.
    L’homme, hélas ! déviant des traces de Moïse,
    Ne sait plus le chemin de la terre promise,
    Et ses pieds sont rentrés au désert des aïeux.
    L’éclair du Sinaï s’est éteint dans ses yeux.
    Des tables de la loi les lettres effacées
    Ne lui traduisent plus, ô Seigneur, vos pensées.
    Votre code oublié qui nous le refera ?

    UNE VOIX.


    Mon Christ avec son sang un jour le récrira.


    LE POËTE.


    Dans le ciel, dont le dôme a les monts pour pilastres,
    O pâtres chaldéens, que vous disent les astres ?
    La nuit, livre étoile de constellations,
    A-t-elle un nouveau mot à dire aux nations ?
    Vous, familiers avec cette algèbre éclatante,
    Pâtres, que lisez-vous, au seuil de votre tente,
    Sur ces pages d’azur, où chaque soir écrit
    Toutes ces lettres d’or dont vous savez l’esprit ?
    Vous, dont les yeux, d’Isis pénétrant tous les voiles,

     

    Comprennent ce que dit la langue des étoiles,
    Que savez-vous du jour que Dieu nous a promis ?



    LES PÂTRES.


    Quand il s’allumera, nous serons endormis.


    LE POËTE.


    Fleuves sacrés, ô Nil aimé des pyramides,
    Qui vois l’ibis divin hanter tes bords humides ;
    Araxe, dont l’Abouz laisse en paix de ses flancs,
    Comme un guerrier blessé, couler les flots sanglants ;
    Oxus, que profana le coursier d’Alexandre ;
    Euphrate, où tant de rois déchus ont vu descendre
    Leurs trônes tour à tour de leur base arrachés ;
    Gange, qui dans tes eaux laves tous les péchés
    Et verses sans relâche aux amphores des brames
    Tes ondes que Wishnou sillonna de ses rames ;
    Depuis quatre mille ans, fleuves mélodieux,
    Vous étanchez la soif des sages et des dieux.
    Quel secret entendu sur vos rives antiques
    Murmurent à la nuit vos roseaux prophétiques ?
    Quels mots mystérieux chuchotez-vous tout bas ?



    LES FLEUVES.


    Poète, nous rêvons, mais nous ne parlons pas.
     

    LE POËTE.


    Sommets religieux, montagnes, promontoires,
    Caps devenus autels, rochers expiatoires,
    Ararat, où Noé de l’arche descendit,
    Sauvant ce qui restait du genre humain maudit ;
    Himalaya, qui vois les choses inconnues
    Que l’azur éternel nous cache dans les nues ;
    Sinaï, que gravit Moïse avec sa foi
    Pour en descendre avec les tables de la loi ;
    Horeb, que Raphidim avec effroi contemple ;
    Liban, où Salomon prit les cèdres du temple ;
    Etna, qui sers de phare aux voiles des marins
    Et dardes vers les cieux tes éclairs souterrains ;
    Pinde, où montent les pieds des grands visionnaires ;
    Alpes, qu’incessamment sillonnent les tonnerres ;
    Caucase, où Prométhée a senti, deux mille ans,
    Les ongles des vautours lui tenailler les flancs ;
    De l’œuvre du Seigneur, vous témoins solitaires,
    Dites, que savez-vous, ô montagnes austères,
    Du Sauveur que la voix des siècles nous prédit ?


    LE CAUCASE.


    Moi seul, avec les yeux de mon hôte maudit,
    Moi seul, un soir, parmi le morne crépuscule,

     

    J’ai vu le Rédempteur. — N’était-ce pas Hercule ?


    LE POËTE.


    O villes, autrefois ruches pleines de bruit,
    Mais que le soc du temps déracine et détruit ;
    Babylone, Palmyre, Ecbatane, ô ruines,
    Où les siècles obscurs entassent leurs bruines ;
    Ninive, dont le Tigre a baisé les remparts ;
    Memphis, qui vois tes murs crouler de toutes parts ;
    Thèbes, dont les grands sphinx aux mornes attitudes,
    Hôtes silencieux des vastes solitudes,
    Ont toujours quelque énigme à poser aux déserts ;
    Karnak, qui dors couché dans tes longs roseaux verts ;
    Tyr, qui, couvrant les mers des voiles de tes flottes,
    A tous les points du globe envoyais tes pilotes,
    Que savez-vous du jour nouveau qui doit venir ?


    LES VILLES ANTIQUES.


    Nous sommes le passé. Dieu seul sait l’avenir.


    LE POËTE.
    Grèce qui ne vis plus, Rome qui vis encore,
    De son lustre éternel la gloire vous décore.

     

    Vous avez dominé le monde tour à tour,
    L’une ayant son génie, et l’autre, son épée.
    Tous les peuples liront votre double épopée,
    Dont les siècles avec leur immortel burin
    Gravent les chants rivaux sur leur livre d’airain.
    Grèce, mère des dieux et mère des poètes,
    Tu sais tous les secrets de leurs lèvres muettes.
    Or, puisque ton oreille a retenu, dit-on,
    Ce que pensait Socrate et que rêvait Platon,
    A-t-elle aussi gardé quelque note étouffée
    Des hymnes de Linus et des rhythmes d’Orphée,
    Rhapsodes inspirés, Pindares inconnus,
    Dont les noms jusqu’à nous à peine sont venus,
    Et qu’Homère, architecte illustre de sa gloire,
    Des grands blocs de ses vers bâtissant ton histoire,
    Absorba dans son nom, jour qui s’épanouit,
    Comme fait le soleil des astres de la nuit ?
    Le vieux Trophonius que dit-il dans son antre
    Et Delphes dans sa grotte où nul profane n’entre ?
    Prophète végétal qui parlait autrefois,
    Le chêne de Dodone a-t-il perdu la voix ?
    Didyme comprend-il les strophes incertaines
    Que chante au vent du soir le flot de ses fontaines,
    Et Samos entend-il encore sur ses monts
    Les tonnerres d’Héré gronder quand nous dormons ?



    LA GRÈCE.
    Mes oracles éteints, d’où l’esprit se retire,
    Se sont tous endormis, ne sachant plus que dire.
    Ils gardent le silence, et j’interroge en vain
    Les bouches qui parlaient sur le trépied divin.


    LE POÈTE.


    Rome, pour mesurer la carte de la terre,
    Ta main n’a qu’à lâcher ton aigle militaire.
    Rien qu’à ton nom les rois tremblent dans leurs palais.
    Ainsi qu’un oiseleur, tu tiens dans tes filets
    Toutes les nations, vassales de ton glaive.
    Plus de pouvoir humain qui de toi ne relève,
    Et le monde a compris que tu tiens sous le ciel
    Une des royautés prédites par Daniel.
    L’univers pour toi seule enfante ses largesses.
    Les siècles à tes pieds entassent leurs sagesses,
    Et sur ton Capitole, Olympe radieux,
    Ton génie éternel accueille tous les dieux.
    Quand ils parlent entre eux, que disent-ils, ô Rome,
    Des temps où l’on verra le Verbe se faire homme,
    Et parmi les vivants apparaître celui
    Dont l’image aux yeux seuls des prophètes a lui ?

     

    ROME.


    Mon Olympe est muet. Mais demande à Virgile
    Dans quel mythe il a vu rayonner l’Évangile,
    Et si dans le Sauveur quelque jour je verrai
    Le symbole futur de Saturne et de Rhé.
    Puis interroge encor la sibylle de Cume,
    Dont l’esprit lumineux sous l’erreur, sombre écume,
    Voit couler ce flot pur qu’on nomme vérité,
    Et discerne, à travers toute nuit, la clarté.

    LE POÈTE.


    Cependant l’heure est proche, et l’aube du Messie,
    L’aube du jour marqué dans toute prophétie,
    Est près de dévoiler ses rayons éclatants
    Et de réaliser les promesses des temps.
    Quand le silence a clos la bouche des oracles,
    Le Seigneur va parler par la voix des miracles
    Et se montrer au monde, ainsi qu’il est écrit,
    Vivant et sous les traits de son fils Jésus-Christ.
    Il veut renouveler son pacte avec la terre
    Et compléter la loi que sur ta cime austère
    Il écrivit, autel où Moïse monta,
    Sinaï, — marchepied du sombre Golgotha !

     


      Bethléem, Bethléem, que de cités célèbres,
    Où la nuit morne étend son manteau de ténèbres
    Et dont le souvenir, dans l’ombre enseveli,
    S’enfonce chaque jour plus avant dans l’oubli :
    Capitales d’empire et têtes de royaumes,
    Que couvrent aujourd’hui les sables ou les chaumes ;
    Centres éblouissants où, de tous les humains,
    Ainsi qu’à leur vrai but, convergeaient les chemins ;
    Carrefours où venaient se rencontrer des races
    Dont l’histoire elle-même en vain cherche les traces ;
    Abreuvoirs dont les flots, depuis longtemps taris,
    D’âge en âge épandaient la sagesse aux esprits ;
    Vaste enchevêtrement de marbre et de porphyre ;
    Palais auxquels des monts entiers n’ont pu suffire ;
    Enceintes de granit aux immenses contours,
    Qui remplissaient les airs de dômes et de tours ;
    Citadelles d’airain où fourmillait naguère
    Un monde de soldats avec leurs chars de guerre
    Et qui, dans leurs remparts, comme en une prison,
    Enfermant le soleil de tout un horizon,
    Entassaient dans les cieux leurs murs inabordables
    Et prolongeaient sans fin leurs lignes formidables ;
    Forteresses de gloire ou foyers de clarté,
    Si grands qu’on les eût dits faits pour l’éternité !
    Pourtant que reste-t-il de leur splendeur passée ?

     

    L’une est un rêve éteint, l’autre, une ombre effacée :
    Ruines que la nuit remplit de ses sanglots,
    Le désert de son sable, et la mer de ses flots,
    Ou qui, débris obscurs d’édifices momies,
    Reposent au linceul du néant endormies ;
    Ports détruits qui, le long de leurs môles déserts,
    Regardent l’algue en paix lisser ses cheveux verts ;
    Cadavres enfouis dans le limon des fleuves ;
    Villes mornes pleurant, le soir, comme des veuves ;
    Sépulcres écroulés, que parfois, en rêvant,
    On fouille, sans plus rien y trouver de vivant,
    Ou qui n’ont plus gardé de place sur la terre
    Et dont le nom lui-même est pour nous un mystère !

      O Bethléem, mais tant qu’on verra dans les cieux
    Les chars des astres d’or rouler sur leurs essieux
    Et le soleil tracer, dans sa route première,
    Du soc de ses rayons ses sillons de lumière,
    Ton nom sera sacré, ton nom sera béni.
    Les temps le rediront dans leur hymne infini.
    Les bouches des petits et les lèvres des sages
    Se le répéteront à travers tous les âges ;
    Car, du monde chrétien vrai centre et vrai milieu,
    D’une étable tu vas faire un palais à Dieu !

    Regarde, ô Bethléem ! Que vois-tu dans la nue ?
     

    BETHLÉEM.


    Je vois monter au ciel une étoile inconnue.
    L’homme, depuis le jour de la création,
    N’a pas vu resplendir de constellation
    Plus brillante parmi les lumières sans nombre
    Dont l’ange de la nuit jonche les champs de l’ombre,
    Chemin de perles d’or, sables de diamant
    Que le pied du Seigneur foule au bleu firmament.

    LE POÈTE.


    Écoute, ô Bethléem ! Qu’entends-tu dans la nue ?


    BETHLÉEM.


    J’entends venir du ciel une voix inconnue.
    Ni l’oiseau printanier qui, dans les bois ombreux,
    Égrène au vent des nuits ses rhythmes amoureux,
    Ni les psaumes, tissus de strophes merveilleuses,
    Qu’entonne au soir le chœur de mes brunes veilleuses,
    Ni les chants que mes luths soupirent quelquefois,
    O poëte, ne sont plus doux que cette voix.


    CHŒUR DES ANGES.


    O monde, prête-nous l’oreille ; car nous sommes
             Toute la vérité.

     

    Gloire à Dieu dans le ciel ! Paix sur la terre aux hommes
             De bonne volonté !

    Pour les peuples voici qu’à l’horizon se love
             Le soleil inconnu.
    La concorde et l’amour remplaceront le glaive ;
             Car le Christ est venu.

    La promesse des temps enfin se réalise,
             Et Dieu reprend son tour.
    Le temple obscur s’écroule et fait place à l’Église,
             Comme la nuit au jour.

    Pour le monde, épuisé par trop de luttes vaines,
             Les portes vont s’ouvrir,
    Les portes de la vie, où n’entrent point les haines, —
             Et la mort va mourir !


                                 * * *


                         À BETHLÉEM.

    Ainsi chantait le chœur invisible des anges,
    Et, l’oreille attentive à ces strophes étranges,
    Les pâtres qui veillaient leurs troupeaux dans les champs
    Se demandaient entre eux d’où venaient ces doux chants,
    Mais ne se doutaient pas, troupe de Dieu choisie,

     

    Ni que le ciel fit luire aux humbles, ses élus,
    L’aube qu’on attendait, mais qu’on n’espérait plus.
    C’est le roi du salut, bergers, qui vient de naître,
    Et c’est vous qui deviez avant tous le connaître,
    Vous, premiers courtisans de cette royauté
    Qui vient reconquérir l’homme à l’éternité.
    Il a pris pour palais une étable de chaume.
    Or, les faibles étant les forts de son royaume,
    Entrez au sanctuaire obscur, mais fortuné,
    Où le promis des temps, le Sauveur nouveau-né,
    Vagit dans le berceau qu’il s’est fait d’une crèche,
    N’ayant pour oreiller qu’un peu de paille fraîche ;
    Car le vagissement de cet enfant vermeil
    Réveillera le monde entier de son sommeil.
    Tous les morts l’entendront dans leur sépulcre sombre,
    Et les vivants plus morts que les hôtes de l’ombre.
    Sur leurs trônes sanglants les rois l’écouteront,
    Et les autels usés des faux dieux trembleront.

      Ce que les voix d’en haut vous ont dit, fils des chaumes,
    Les royaumes le vont redisant aux royaumes.
    Les étoiles du ciel le savent. Les déserts
    L’apprennent aux vautours qui traversent les airs.
    La fleur des champs en parle aux fleurs des hautes cimes.
    L’Océan réjoui l’entend dans ses abîmes,

     

    Et les fleuves, roulant aux mers leurs grandes eaux,
    S’entretiennent du Christ avec leurs longs roseaux.
    Dans l’idiome obscur dont se servent les bouches
    Des antres conversant avec les monts farouches,
    Dans le bruit des forêts, dans le bruit des torrents
    Et des vents, ces chasseurs des nuages errants,
    Toute langue répète, ou chante ou balbutie
    Ce nom de l’Oint de Dieu, c’est-à-dire Messie.
    Car la nature entière a compris l’inconnu,
    Et senti que le jour du salut est venu,
    Aube des temps nouveaux, promis à nos ancêtres
    Et que Diraient en vain les docteurs et les prêtres,
    Pharisiens qui n’ont, par les yeux de leurs clercs,
    Jamais sondé l’esprit des textes les plus clairs.


                                 * * *


    LES VOIX.


    LA NUIT.

    Tracez votre aire au ciel, ô bâtons des augures,
    Et dites ce qu’on voit sous mes voûtes obscures.

    LES DEVINS.
    De l’Orient voici venir vers Israël
    Un astre que jamais on n’a vu dans le ciel.


    L’ÉTOILE DE BETHLÉEM.


    Mages, où vont vos pas ?


    LES MAGES.


                                          Nous allons reconnaître
    Dans son berceau l’enfant divin qui vient de naître.
    L’Orient par nos mains lui porte ses présents.


    GASPAR.


    Moi, j’ai la myrrhe.



    MELCHIOR.


                                       Et moi, j’ai l’or.

    BALTHASAR.


                                                                         Et moi, l’encens.



    LES ROIS.


    Il est le roi des rois.


    LES BERGERS.


                                          Et le pasteur des hommes.
    Le pré de son troupeau, c’est la terre où nous sommes.


    LES TEMPLES PAÏENS.


    Pour lui faire un cortège immense et radieux
    Nous voulons lui prêter le peuple de nos dieux.


    L’ÉGLISE FUTURE.


    Taillés par les sculpteurs, coulés par les orfèvres,
    La vue à leurs yeux manque et la voix à leurs lèvres.
    Ce peuple aveugle et sourd, fait de marbre ou d’airain,
    Peut-il entendre ou voir le maître souverain ?




    UN ROCHER DE SYÈNE.


    Pour bâtir son palais, j’ai des blocs de porphyre.


    LA TERRE.


    A son palais le monde entier ne peut suffire.

    BABYLONE.


    Je forgerai son sceptre orné de diamants.


    UN MARAIS.


    Son sceptre croit parmi mes longs roseaux dormants.


    DAMAS.


    De son glaive royal, en ma forge bruyante,
    Mes mains aiguiseront la lame flamboyante.
     

    LES PROPHÈTES.


    Pour dominer le monde et pour vaincre l’enfer,
    Sa parole suffit et vaut mieux que le fer.


    ECTABANE ET SUSE.


    Pour daller sa demeure aux salles spacieuses,
    Nous avons des monceaux de pierres précieuses.


    LA HARPE DE DAVID.


    Mieux que dans un palais bâti d’or et d’azur
    Il aime à séjourner dans un cœur droit et pur.


    THÈBES.


    J’ai cent griffons taillés en marbre vert et jaune ;
    Ils iront s’accroupir aux marches de son trône.


    L’AVENIR.


    Ton peuple de griffons, garde-le. Ce seront
    Les siècles devant lui qui se prosterneront.


    PERSÉPOLIS.


    Son trône sera fait d’onyx aux veines blanches.


    UN ARBRE.


    Moi, je le lui ferai d’une croix à deux branches.

     


    MEMPHIS.


    Allons, mes argentiers, combien faut-il encor
    De temps pour ciseler son diadème d’or ?


    UN BUISSON.


    Moi, je tresse déjà sa couronne d’épines.


    TYR.


    Pour teindre sa tunique aux royales crépines,
    Mes cuviers sont remplis de pourpre éblouissant.


    LE GOLGOTHA.


    Et moi, je lui ferai sa pourpre de son sang.

    LES COTEAUX D’ENGADDI.


    Nos vignes, pour remplir les coupes de sa table,
    Garderont le trésor de leur jus délectable,
    Et nos grappes seront plus douces que le miel.


    L’EPONGE DU CALVAIRE.


    Son breuvage sera fait d’absinthe et de fiel.


    CHÉOPS.


    Vers mon Nil paternel si, mort, il veut descendre,
    Ma grande pyramide accueillera sa cendre ;

     

    Memnon lui chantera son cantique de deuil,
    Et tous mes sphinx feront cortège A son cercueil.


    LE SÉPULCRE DE JOSEPH D’ARIMATHIE.


    Pyramides que l’homme éleva dans l’espace,
    Écueils que bat le flot du simoun quand il passe,
    Tombeaux qui rassemblez, depuis plus de mille ans,
    Des générations de princes dans vos flancs,
    Cavernes de lions couronnés et d’hyènes,
    Antres des Sésostris et des races anciennes,
    Monuments qui dressez vos sommets au ciel bleu.
    Vous êtes trop étroits pour contenir un Dieu !


                                 * * *

    LE POËTE.


    Donc le Messie est né qu’entrevit l’œil des sages,
    Comme un astre attendu, dans la brume des Ages,
    Aube des temps meilleurs que nous avions rêvés.
    Car il fallait un Dieu pour vider l’ossuaire.
    Où lé Lazare humain dormait dans son suaire,
    Et pour crier aux morts : « Levez-vous et vivez ! »

                                    *

    Seigneur, ta créature en ses routes funèbres,
    Loin des sentiers du ciel, marchait par les ténèbres ;

     

    Elle allait tâtonnant sans trouver son chemin ;
    Et, l’oreille fermée à toute prophétie,
    Nul ne se demandait quand le jour du Messie
    S’allumerait aux cieux, dans mille ans ou demain.

                                    *

    Dans la foule des dieux dont l’Olympe s’encombre
    L’homme ne voyait plus rayonner ta grande ombre
    Ni ton nom, ce soleil vivant qui resplendit.
    Il ne respirait plus que le doute et les haines,
    A la glèbe du mal rivé par mille chaînes,
    Ainsi que Prométhée au Caucase maudit.

                                    *

    L’éternité pour lui n’était qu’un mot sonore,
    Qu’un sommeil sans réveil, qu’une nuit sans aurore ;
    L’âme, rien qu’un démon fait pour servir les sens.
    Et dans les cœurs, pareils aux landes infertiles,
    Tous les vices grouillaient, ces sinistres reptiles,
    Toutes les passions, ces monstres rugissants.

                                    *

    La nef des nations allait à la dérive,
    Comme un vaisseau perdu qui cherche en vain la rive
    Où le phare sauveur doit lui montrer le port.
    Du Sinaï muet les échos centenaires

     

    Avaient depuis longtemps oublié tes tonnerres.
    Dans la mort tous les yeux ne voyaient que la mort.

                                    *

    Mais nous sommes au bout du désert où chemine
    L’humanité qu’enfin ton aurore illumine.
    Au puits de vérité sa soif va s’étancher.
    L’homme est près de sortir de ses sentiers arides,
    Ou de trouver, au moins, dans les sables torrides,
    Sous les palmiers d’Horeb, l’eau vive du rocher.

                                    *

    Car le Christ c’est l’amour, et le Christ c’est la vie.
    Vers le but dont parfois notre marche dévie
    Il est le vrai sentier, il est le droit chemin.
    Il est la vérité, le fanal, la lumière,
    Le foyer du palais, l’âtre de la chaumière,
    Le refuge vivant de tout le genre humain ;

                                    *

    La demeure éternelle où le ciel réalise
    Le Temple, ce symbole incomplet de l’Église ;
    Le toit du voyageur, le baume qui guérit,
    L’abri toujours ouvert, la bouche qui console,
    L’ancre d’or du salut, l’étoile et la boussole
    De tous les naufragés du cœur et de l’esprit !


                                 * * *

    Dieu fait homme pour mieux te faire entendre aux hommes,
    Va maintenant, ô Christ, sur la terre où nous sommes
    Préparer le froment de toute vérité,
    Et forge-nous la clé de ton éternité.
    Au milieu des docteurs, dont l’âme te contemple,
    Confonds, enfant encor, la sagesse du Temple.
    Puis, dans ton saint silence enferme-toi, rêvant
    Au langage sacré qui parle dans le vent
    Et concertant, ô Maître, avec la solitude
    Le plan médiateur dont tu fais ton étude.
    Dans l’âpre Sahara, domaine des typhons,
    Recueille en ton esprit tous ces versets profonds
    Que trace le désert sur ses pages de sable
    Et dont tu comprends seul le texte insaisissable.
    Dans le livre éternel des vallons et des champs,
    Où la nature écrit ses emblèmes touchants,
    O moissonneur divin, rassemble ces symboles
    Que tu ressèmeras plus tard en paraboles
    Dans le cœur fécondé des générations, —
    Comme le laboureur dans le lit des sillons
    Jette la graine, espoir de sa moisson future, —
    Et dont tout l’avenir fera sa nourriture ;
    Puis, sur les pas de Jean, ton précurseur humain,

     

    Dans la foule apparais, ta lumière à la main.
    Esprit que tout l’esprit de ton Père accompagne,
    Gravissant le trépied du désert, la montagne,
    Parle à la multitude attentive à ta voix,
    Femmes, enfants, vieillards accourus à la fois
    Pour entendre ta bouche, où le ciel se révèle,
    Annoncer le matin de la Bonne Nouvelle
    Et l’accomplissement de tout ce qu’a promis
    Le passé prophétique aux peuples endormis.
    Fais entrer dans la nuit de toutes les prunelles
    Le jour des vérités, ces splendeurs éternelles.
    Ressuscite l’amour au fond de tous les cœurs.
    Éclaire les esprits pleins de doutes moqueurs.
    Explique-leur le sens de cette vie obscure,
    De la vie éternelle incomplète figure.
    Des chaînes du péché brise tous les anneaux.
    Au bord de tout abîme allume tes fanaux.
    Ouvre, pour l’introduire en ton royaume immense,
    A tout le genre humain les bras de ta clémence.
    Fais tomber, en passant, de leur vieux piédestal
    Le mensonge des dieux de marbre ou de métal,
    Et dans le fond obscur des âmes apparaître
    La lumière qu’enfin le siècle doit connaître.
    Que s’il reste des cœurs par l’erreur endurcis,
    Ou des yeux par la nuit du vieux monde obscurcis,

     

    Aux peuples dont l’oreille est fermée aux oracles,
    Parle, ô Maître divin, la langue des miracles.
    Guéris, en les touchant simplement de tes mains,
    Les infirmes couchés au bord de tes chemins ;
    Fais parler les muets et rends aux sourds l’ouïe ;
    Rouvre à l’aveugle obscur sa prunelle éblouie,
    Et fais sortir vivant Lazare, ton ami,
    De la tombe où sa chair quatre jours a dormi,
    Symbole universel de la race des hommes
    Que ta main doit tirer du sépulcre où nous sommes,
    Pour la conduire un jour dans la sainte cité
    Que le ciel a construite en son éternité.
    Puis, de tous nos péchés victime expiatoire,
    Sois la dérision du Temple et du prétoire.
    Plus grand que tous les dieux faits de marbre ou d’airain,
    Confirme par ton sang ton verbe souverain,
    Et, pour que l’avenir tout entier se remplisse
    Du cri du Golgotha, témoin de ton supplice,
    A tes bourreaux, vainqueur triomphant de la mort,
    O Christ, lègue un pardon plus grand que leur remord !


                                 * * *


    LE CALVAIRE.



    LE POÈTE.

    Colombes du Cédar, qui nichez sur les branches,
    Ouvrez au vent du Sud, ouvrez vos ailes blanches.
    Mon œil parcourt en vain tout le grand désert nu.
    Le Maître savez-vous ce qu’il est devenu ?



    LES COLOMBES.


    O poète, en ce jour solennel des azymes,
    Pour la dernière fois, avec ses douze intimes,
    Au banquet de la pâque il est allé s’asseoir :
    Et déjà le soleil décline vers le soir.
    Voilà qu’il rompt le pain et qu’il bénit la coupe.
    Puis, voulant tout entier s’offrir au pieux groupe,
    Il dit, de cet accent à tous les cœurs si cher :
    « Buvez, voilà mon sang ; mangez, voilà ma chair. »


    LE POÈTE.


    Étoiles de la nuit, prunelles éclatantes,
    Que les pâtres, assis sur le seuil de leurs tentes,
    Regardent rayonner dans l’infini des cieux,
    Que voyez-vous dans l’ombre, étoiles, de vos yeux ?


    LES ÉTOILES.


    Au mont des Oliviers le vent nocturne pleure.
    On entend sangloter les arbres qu’il effleure ;
    Car le Sauveur est là sur l’herbe prosterné,
    De sombres visions partout environné.
    D’un calice sanglant à ses yeux dans l’espace
    Le fantôme obstiné toujours passe et repasse.
    Lui, le cœur plein d’angoisse et de larmes, il sent
    Ruisseler de son front une sueur de sang,
    Et, pendant que la brise en ses cheveux se joue,
    Le baiser de Judas frissonner sur sa joue.
    Puis encore là-bas il voit à l’horizon
    Les torches apparaître avec la trahison.


    LE POËTE.


    Éperviers du Carmel, fils des régions hautes
    Où s’accrochent les nids dont vous êtes les hôtes,
    Savez-vous, éperviers aux yeux fauves et gris,
    Pourquoi Jérusalem élève au ciel ces cris ?


    LES ÉPERVIERS.


    Le Temple est dans la joie et la ville est en fête,
    Et les toits des maisons se peuplent jusqu’au faite

     

    Pour voir passer le Christ qui monte lentement,
    Ployant sous le fardeau de sa croix par moment,
    Le chemin du Calvaire ; et de toutes les bouches
    Sortent des cris de haine et des rires farouches.
    Les lances des soldats le poussent en avant.
    Les bourreaux à travers la foule au flot mouvant
    Le traînent, et le sang sur tout son corps ruisselle,
    Et sa marche épuisée à chaque instant chancelle,
    Et partout l’on entend cette rumeur courir :
    « Voyons comment ce Dieu s’y prendra pour mourir ! »


    LE POËTE.


    Vautours, dont l’Abarim, sur ses crêtes chenues,
    Voit se baigner le vol immense dans les nues,
    Pourquoi regagnez-vous vos aires, et pourquoi
    Frissonnez-vous d’horreur et tremblez-vous d’effroi ?



    LBS VAUTOURS.


    Cachez-nous dans vos plis, ô voiles des nuées !
    Nous avons vu le Christ, au milieu des huées,
    Du rocher du supplice atteindre le sommet.
    O démence ! Est-ce bien le ciel qui la permet ?
    La foule autour de lui gronde comme un orage,
    Et lui jette l’insulte et lui jette l’outrage,
    Et les marteaux sanglants et les clous inhumains
    L’attachent sur la croix par les pieds et les mains.
     


    LE POËTE.


    Aigles, que Garizim voit, sur ses larges faites,
    Tout joyeux accourir au souffle des tempêtes
    Et vous jouer avec les flammes de l’éclair,
    Pourquoi reculez-vous au plus profond de l’air ?



    LES AIGLES.


    Nous avons sur la croix, —― spectacle qui nous navre, —
    Vu le Sauveur cloué, pâle comme un cadavre,
    Priant pour ses bourreaux et les deux bras ouverts
    Comme s’il y voulait serrer tout l’univers.
    On dirait que déjà l’homme se transfigure.
    Une lueur céleste éclaire sa figure.
    Son sang est un manteau de pourpre, puis encor
    Les dards de sa couronne ont l’air de rayons d’or.

    LE POËTE.


    O cèdres du Liban, dont les cimes sacrées
    Jettent vers l’Orient vos ombres vénérées,
    Écoutez ! écoutez ! Ne l’entendez-vous pas
    Ce sanglot ou ce cri qui s’élève là-bas ?

    LES CÈDRES.


    Un souffle d’épouvante et d’horreur nous effleure,
    Et nous ne savons pas pourquoi, devançant l’heure,

     

    Déjà la nuit déroule au ciel son voile obscur
    Et couvre du manteau des ténèbres l’azur.
    Le sol tremble. O mon Dieu ! qu’est-ce donc qui se passe ?
    De sinistres clartés par moments dans l’espace
    Se montrent, et voilà vibrer dans l’infini
    Ce cri lugubre : « Eli, lamma sabacthani ! »

    LE POËTE.


    Palmiers, que Réphaïm balance sur ses roches,
    Du drame du Calvaire, ô vous témoins plus proches,
    Vous devez mieux le voir que les cèdres dormants
    Dont le Liban revêt ses noirs escarpements.



    LES PALMIERS.


    Dans les airs où la nuit vide ses urnes d’ombre
    Le jour a disparu comme une nef qui sombre,
    Les ténèbres ayant submergé son flambeau.
    On entend tressaillir les morts dans leur tombeau ;
    Et, spectateurs muets du deuil de la nature,
    Les fantômes des saints quittent leur sépulture,
    Pâles et demandant ce que les hommes font
    Pour les troubler ainsi dans leur sommeil profond.


                                 * * *

    LES LARMES DU MONDE.


    « Il est mort ! Il est mort ! » gémit la voix des nues.
    « Est-ce pour voir ce deuil que nous sommes venues
    « Du Nord et du Midi vers l’Orient vermeil,
    « Et que, de tous les cieux hôtesses radieuses,
    « Nous avons revêtu nos robes merveilleuses
              « Que dore le soleil ? »

                                    *

    « Il est mort ! Il est mort ! » se lamentent les arbres,
    Les saules inclinés qui pleurent sur les marbres,
    Le cèdre qui dans l’air tord ses bras effarés,
    Les palmiers étoiles pour qui Dieu fit l’espace,
    Et les oliviers verts d’où la brise qui passe
    Fait sortir des sanglots sourds et désespérés.

                                    *

    « Il est mort ! Il est mort ! » disent, en leurs voyages,
    Les aigles éperdus dans l’ombre des nuages,
    Et le tigre qui fuit vers son antre sanglant,
    Et le lion, saisi d’une terreur profonde,
    Qui tressaille, croyant sentir trembler le monde
              Sous son pied chancelant.

                                    *

     « Il est mort ! Il est mort ! » répond tout ce qui souffre.
    « Nous étions dans la nuit, nous marchions vers le gouffre.
    « Mais nos péchés le Christ les a tous expiés.
    « Et voilà qu’il nous quitte avec nos espérances.
    « Comme hier, nous faut-il aux ronces des souffrances
    « Ensanglanter nos cœurs et déchirer nos pieds ? »


                                 * * *

    LE POÈTE.


    Non, le Christ n’est pas mort ; car le Christ est la vie.
    Il est la vérité que l’homme crucifie.
    Le temple de son corps que vous croyez détruit,
    Vous, verrez dans trois jours qu’il l’aura reconstruit.
    Non, le Christ n’est pas mort sur cette croix qui saigne.
    Son verbe est éternel ainsi que l’est son règne.
    Sa parole vivante à jamais restera
    La fontaine où la soif des cœurs s’abreuvera.
    Non, le Christ n’est pas mort. — A l’heure où le soir tombe,
    Enfermez sa dépouille humaine dans la tombe ;
    Scellez, comme sur ceux qui pour toujours s’en vont,
    De grands blocs de granit son sépulcre profond ;
    Des soldats apostés de peur qu’on ne l’enlève,
    Devant son noir caveau faites veiller le glaive, —
    Quand, du troisième jour, ainsi qu’il l’a prédit,
    L’aube se lèvera sur le Temple interdit,

    Le sanhédrin, debout devant la crypte ouverte,
    En vain le cherchera dans sa tombe déserte.
    Il en sera sorti, vivant et radieux,
    Pour retourner, vainqueur de la mort, dans les cieux.


                                 * * *

    LA RENCONTRE DE DEUX REMORDS.



    Voici la nuit dans l’ombre allumer ses étoiles.
    Les tentes du désert ont déployé leurs toiles,
    Et près de ses chameaux, marcheurs aux pieds calleux,
    Le voyageur étend ses membres anguleux ;
    Car il ne comprend rien aux lugubres murmures
    Que le palmier lui jette avec ses dattes mûres.
    A travers le silence il entend seulement
    Quelque lion rugir de moment en moment,
    Mais rugir de terreur plutôt que de colère,
    A l’horizon lointain qu’un peu de lune éclaire.
    Puis le désert s’endort ; car il est innocent,
    N’ayant pas, ô Seigneur, mis sa lèvre à ton sang.
    Pendant qu’ainsi, couché dans son manteau de sable,
    Il sommeille, rêvant son rêve insaisissable, —
    Le peuple meurtrier sur son chevet aussi
    Se couche, mais troublé d’un sinistre souci.
    Car l’on entend des voix gémir dans les ténèbres.
    Pilate croit ouïr partout des cris funèbres,

     

    Et tout le sanhédrin veille dans la stupeur,
    Demandant au remords s’il ressemble à la peur.
    Dans son lit de cailloux le lourd Cédron sanglote,
    Et la brise nocturne, où pleure la hulotte,
    Semble un gémissement de deuil. — En ce moment
    La porte de Ghennat s’entr’ouvre lentement,
    Et du côté du mont, témoin du grand mystère,
    On voit marcher obscurs dans la nuit solitaire
    Deux hommes. Où vont-ils, fantômes ténébreux,
    Mornes et n’osant pas se regarder entre eux ?
    Enveloppés du noir manteau que tisse l’ombre,
    On dirait deux esprits sortis d’un rêve sombre.
    Seuls les astres du ciel éclairent leur chemin.
    L’un tremble, quoique ayant un bâton à la main,
    Et l’autre par instants frémit, sinistre et blême,
    Comme s’il contemplait quelque spectre en lui-même.
    Étranges voyageurs, qui sait où vont leurs pas ?
    Les échos aux rochers le demandent tout bas,
    Et la brise, en passant par les rameaux des palmes,
    Murmure : « Je l’ignore » aux arbres verts et calmes.
    Sont-ce des messagers de la Mort qui s’en vont
    Voir comment un Dieu dort dans son cercueil profond,
    Ou si tous les gardiens apostés sur sa pierre
    Sous l’aile du sommeil ont fermé leur paupière ?
    Qui sait ? Les sentiers même où cheminent leurs pas

     

    Vous diraient, s’ils parlaient : « Nous ne le savons pas. »
    Au pied du Golgotha, tous deux font halte ensemble.
    L’un ayant un instant regardé l’autre, il semble
    Que le même frisson les secoue à la fois,
    Et leur rende la vue et leur rende la voix.
    — « Ahasvérus ! » dit l’un. — « Judas ! » lui répond l’autre.


    JUDAS.


    Salut au juif errant !


    AHASVÉRUS.


                                        Salut au faux apôtre !



    JUDAS.


    Hélas ! marqués tous deux du même signe au front.



    AHASVÉRUS.


    L’épouvante et l’effroi des races qui viendront.



    JUDAS.


    Frère, comme ta main tremble en ma main glacée.
    Et comme de terreur ta chair est hérissée !



    AHASVÉRUS.


    Frère, et toi tu frémis comme un arbre des monts
    Qui tressaille dans l’ombre au souffle des démons.
     

    JUDAS.


    Aussi, vois-tu, depuis la porte du prétoire,
    J’ai refait, cette nuit, la route expiatoire,
    Et suivi pas à pas tout le chemin sanglant
    Que le Christ arpenta de son pied chancelant.
    Pèlerinage affreux ! Car, sur toutes les pierres
    Et sur tous les cailloux semés dans les ornières,
    Ayant peur de moi-même et d’horreur frémissant,
    J’ai cherché, j’ai trouvé les traces de son sang.
    Le long du noir sentier j’en ai compté les gouttes.
    De mes lèvres J’aurais voulu les baiser toutes ;
    Et, dans l’obscurité, je les ai par moments
    Cru voir étinceler comme des diamants.
    Et maintenant autour de moi tout semble rouge.
    Du rocher immobile au nuage qui bouge,
    Tout prend cette couleur, ton lugubre et profond.
    Tout est rouge partout où mes prunelles vont.
    Tout est rouge. On dirait que les étoiles mornes
    Sont des taches de sang dans l’espace sans bornes ;
    Et, quand je rentre en moi, Je vois dans mon esprit
    Ruisseler à grands flots le sang de Jésus-Christ.
    Hélas ! fut-il Jamais de vision pareille ?
    J’ai son sang dans les yeux !....

     

    AHASVÉRUS.


                                                  Moi, sa voix dans l’oreille !
    Lorsque Pilate, aux yeux des Juifs et des Romains,
    Eut cru laver sa honte en se lavant les mains,
    Et, dans la lâcheté cherchant une complice,
    Eut livré le Sauveur des hommes au supplice,
    Tout le peuple cria : « Mort au Nazaréen ! »
    Le Christ restait muet et ne répondait rien,
    Cependant ses bourreaux l’entraînent, et la foule
    Le suit en l’outrageant et le frappe et le foule.
    Lui marche résigné dans l’insulte et l’affront.
    La couronne d’épine ensanglante son front.
    Le manteau dérisoire ouvert sur ses épaules,
    Il fléchit par moments sous les fouets et les gaules,
    Traînant le lourd fardeau de sa croix et celui
    Des péchés des humains qu’il a pris tous sur lui.
    Oh ! je le vois encor sur le seuil de ma porte
    S’arrêter, succombant sous l’arbre entier qu’il porte.
    Comme il est là, je crie, inspiré par Satan :
    « Ne souille pas le seuil de ma maison. Va-t’en !
    « Marche et suis ton chemin ! » Et tristement il lève
    Vers moi ses yeux sereins et calmes, comme un rêve
    De ceux à qui le ciel montre ses visions.
    J’y cherche des éclairs, et j’y vois des rayons.

     

    Un seul instant, son doux regard sur moi se pose,
    Et lui, pâle, s’appuie au seuil et se repose.
    Mais l’esprit du démon ressaisit mon esprit,
    Et je répète : « Marche, et va-t’en, Jésus-Christ ! »
    Alors, se relevant de la pierre sanglante
    Où vient de s’affaisser sa force chancelante,
    Il reprend le fardeau de sa croix et me dit :
    « Homme au cœur sans pitié, que ton seuil soit maudit !
    « Mes pieds et mes genoux achèveront la roule
    « Que mon sang doit marquer en coulant goutte à goutte,
    « Pour que tout l’avenir retrouve au Golgotha
    « La colline où le Fils de l’Homme s’arrêta.
    « Mais toi, tu marcheras, cœur impie et sévère,
    « Jusqu’à la un des temps, sans trouver ton Calvaire,
    « Et vers ton Golgotha des siècles tout entiers
    « Verront tes pieds user les cailloux des sentiers ! »
    Puis il passe. — Et je vois, dans ce moment suprême,
    O terreur ! ma maison se fermer d’elle-même !...
    Je vois crouler mon seuil !... De ma porte aux ais roux
    J’entends l’éternité fermer les lourds verrous !..
    Les siècles vont remplir de toiles d’araignées
    Mes fenêtres toujours d’un doux soleil baignées.
    La cigogne, en allant visiter les déserts,
    Ne regardera plus mon toit du haut des airs,
    Et l’escalier de ma terrasse au nord bâtie

     

    N’y verra plus monter que la ronce et l’ortie.
    Car j’éprouve un affreux besoin de vivre, puis
    Je ne sais quelle horreur de rester où Je suis.
    Où que j’aille, une force invincible m’entraîne.
    Si tranquille que soit la nuit et si sereine,
    Son silence lui-même a des cris et des voix
    Qui m’assaillent de tous les côtés à la fois.
    « Marche ! » me dit sans cesse une langue inconnue.
    « Marche ! » me dit le vent. « Marche ! » me dit la nue.
    Les arbres, les buissons, jusqu’au torrent fuyant,
    Tous semblent des échos de ce mot effrayant,
    Et je vais...


    JUDAS.
                                    Où mes pieds ne voudraient pas te suivre.



    AHASVÉRUS.


    Où donc vas-tu ?



    JUDAS

                       Je vais mourir.


    AHASVÉRUS.


                       Et je vais vivre !

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