• Jessy

    Il y avait à Londres, sous le règne d'Elizabeth, un savant nommé Bog, qui était foin célèbre, sous le nom de Bogus, pour un traité des Erreurs humaines, que personne ne connaissait.

    Bogus, qui y travaillait depuis vingt-cinq ans, n'en avait encore rien publié ; mais son manuscrit, mis au net et rangé sur des tablettes dans l'embrasure d'une fenêtre, ne comprenait pas moins de dix volumes in-folio. Le premier traitait de l'erreur de naître, principe de toutes les autres. On voyait dans les suivants les erreurs des petits garçons et des petites filles, des adolescents, des hommes mûrs et des vieillards, et celles des personnages des diverses professions, tels que : hommes d'État, marchands, soldats, cuisiniers, publicistes, etc. Les derniers volumes, encore imparfaits, comprenaient les erreurs de la république, qui résultent de toutes les erreurs individuelles et professionnelles. Et tel était l'enchaînement des idées, dans ce bel ouvrage, qu'on ne pouvait retrancher une page sans détruire tout le reste. Les démonstrations sortaient les unes des autres, et il résultait certainement de la dernière que le mal est l'essence de la vie et que, si la vie est une quantité, on peut affirmer avec une précision mathématique qu'il y a autant de mal que de vie sur la terre.

    Bogus n'avait pas fait l'erreur de se marier. Il vivait dans sa maisonnette seul avec une vieille gouvernante nommée Kat, c'est-à-dire Catherine, et qu'il appelait Clausentina, parce qu'elle était de Southampton.

    La soeur du philosophe, d'un esprit moins transcendant que celui de son frère, avait, d'erreur en erreur, aimé un marchand de draps de la Cité, épousé ce marchand et mis au monde une petite fille nommée Jessy.

    Sa dernière erreur avait été de mourir après dix ans de ménage, et de causer ainsi la mort du marchand de draps, qui ne put lui survivre. Bogus recueillit chez lui l'orpheline, par pitié, et aussi dans l'espoir qu'elle lui fournirait un bon exemplaire des erreurs enfantines.

    Elle avait alors six ans. Pendant les huit premiers jours qu'elle fut chez le docteur, elle pleura et ne dit rien. Le matin du neuvième, elle dit à Bog :
    « J'ai vu maman ; elle était toute blanche ; elle avait des fleurs dans un pli de sa robe ; elle les a répandues sur mon lit, mais je ne les ai pas retrouvées ce matin. Donne-les moi, dis, les fleurs de maman. »
    Bog nota cette erreur, mais il reconnut, dans le commentaire qu'il en fit, que c'était une erreur innocente et en quelque sorte gracieuse.

    A quelque temps de là, Jessy dit à Bog :
    « Oncle Bog, tu es vieux, tu es laid ; mais je t'aime bien et il faut bien m'aimer. »

    Bog prit sa plume ; mais, reconnaissant, après quelque contention d'esprit, qu'il n'avait plus l'air très jeune et qu'il n'avait jamais été très beau, il ne nota pas la parole de l'enfant. Seulement il dit :
    « Pourquoi faut-il t'aimer, Jessy ?
    - Parce que je suis petite. »
    « Est-il vrai, se demanda Bog, est-il vrai qu'il faille aimer les petits ? il se pourrait ; car, dans le fait, ils ont grand besoin qu'on les aime. Par là s'excuserait la commune erreur des mères qui donnent à leurs petits enfants leur lait et leur amour. C'est un chapitre de mon traité qu'il va falloir reprendre. »

    Le matin de sa fête, le docteur, en entrant dans la salle où étaient ses livres et ses papiers et qu'il nommait sa librairie, sentit une bonne odeur et vit un pot d'oeillets sur le rebord de sa fenêtre.

    C'étaient trois fleurs, mais trois fleurs écarlates que la lumière caressait joyeusement. Et tout riait dans la docte salle : le vieux fauteuil de tapisserie, la table de noyer ; les dos antiques des bouquins riaient dans leur veau fauve, dans leur parchemin et dans leur peau de truie. Bogus, desséché comme eux, se mit comme eux à sourire. Jessy lui dit en l'embrassant :
    « Vois, oncle Bog, vois : ici, c'est le ciel (et elle montrait, à travers les vitres lamées de plomb, le bleu léger de l'air) ; puis, plus bas, c'est la terre, la terre fleurie (et elle montrait le pot d'oeillets) ; puis, au-dessous, les gros livres noirs, c'est l'enfer. »

    Ces gros livres noirs étaient précisément les dix tomes du traité des Erreurs humaines, rangés sous la fenêtre, dans l'embrasure. Cette erreur de Jessy rappela au docteur son oeuvre, qu'il négligeait depuis quelque temps pour se promener dans les rues et dans les parcs avec sa nièce. L'enfant découvrait mille choses aimables et les faisait découvrir en même temps à Bogus, qui n'avait guère de sa vie mis le nez dehors. Il rouvrit ses manuscrits, mais il ne se reconnut plus dans son ouvrage, où il n'y avait ni fleurs ni Jessy.

    Par bonheur, la philosophie lui vint en aide en lui suggérant cette idée transcendante que Jessy n'était bonne à rien. Il s'attacha d'autant plus solidement à cette vérité, qu'elle était nécessaire à l'économie de son oeuvre.

    Un jour qu'il méditait sur ce sujet, il trouva Jessy qui, dans la librairie, enfilait une aiguille devant la fenêtre où étaient les oeillets. Il lui demanda ce qu'elle voulait coudre. Jessy lui répondit :
    « Tu ne sais donc pas, oncle Bog, que les hirondelles sont parties ? »

    Bogus n'en savait rien, la chose n'étant ni dans Pline ni dans Avicenne. Jessy continua :
    « C'est Kat qui m'a dit hier...
    - Kat ? s'écria Bogus, cette enfant veut parler de la respectable Clausentina !
    - Kat m'a dit hier : "Les hirondelles sont parties cette année plus tôt que de coutume ; cela nous présage un hiver précoce et rigoureux." Voilà ce que m'a dit Kat. Et puis j'ai vu maman en robe blanche, avec une clarté dans les cheveux ; seulement elle n'avait pas de fleurs comme l'autre fois. Elle m'a dit : "Jessy, il faudra tirer du coffre la houppelande fourrée de l'oncle Bog et la réparer si elle est en mauvais état." Je me suis éveillée et, sitôt levée, j'ai tiré la houppelande du coffre ; et, comme elle a craqué en plusieurs endroits, je vais la recoudre. »

    L'hiver vint et fut tel que l'avaient prédit les hirondelles. Bogus, dans sa houppelande, les pieds au feu, cherchait à raccommoder certains chapitres de son traité. Mais, à chaque fois qu'il parvenait à concilier ses nouvelles expériences avec la théorie du mal universel, Jessy brouillait ses idées en lui apportant un pot de bonne bière, ou seulement en montrant ses yeux et son sourire.

    Quand revint l'été, ils firent, l'oncle et la nièce, des promenades dans les champs. Jessy en rapportait des herbes qu'il lui nommait et qu'elle classait, le soir, selon leurs propriétés. Elle montrait, dans ces promenades, un esprit juste et une âme charmante. Or, un soir, comme elle étalait sur la table les herbes cueillies dans le jour, elle dit à Bogus :
    « Maintenant, oncle Bog, je connais par leur nom toutes les plantes que tu m'as montrées. Voici celles qui guérissent et celles qui consolent. Je veux les garder, pour les reconnaître toujours et les faire connaître à d'autres. Il me faudrait un gros livre pour les sécher dedans.
    - Prends celui-ci », dit Bog.
    Et il lui montra le tome premier du traité des Erreurs humaines.

    Quand le volume eut une plante à chaque feuillet, on prit le suivant, et, en trois étés, le chef-d'oeuvre du docteur fut complètement changé en herbier.

    Anatole France (1844-1924), Le livre de mon ami

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  • Hôte inconnu

    Hôte inconnu

    Esprit-Saint, comment te nommer, toi qui te caches tant, toi qui n'as pas de visage, toi qui n'es ni le Père, ni le Fils mais leur amour ?

    Je ne t’appellerai pas « Consolateur », car c’est un mot qui s’est dévalué dans nos langues.

    Tu es bien davantage : tu es le repos dans le travail.

    Tu réunis en toi ores choses qui s’opposent.

    Tu es présent jusque dans mes sensations pour les purifier, et jusque dans mes penséespour leur donner une chair.

    Les mots dont on te désigne sont ceux qui m'ont toujours séduit :Esprit de vérité, Esprit d'amour.

    Toi qui les unis en toi, donne-moi de chercher à les unir en moi.

    Esprit-Saint, toi qui es l'inspirateur de tout ce qui commence,toi qui donnes la patience dans les retards, toi qui nous aides à recommencer sans cesse,toi qui nous permets de finir, sois l'hôte invisible, l'hôte inconnu de toute l'histoire humaine !

    Toi qui es la douceur de ce qui est fort et la force de ce qui est doux, toi qui agis dans le secret desprofondeurs, toi qui sais ce qui est en nos cœurs un espoir déçu, un amour trahi, une séparationentre ceux qui se sont aimés, toi qui sais combien il est plus difficile de réconcilier que de concilier,toi qui as si bien fait ce qui fut fait, refais ce qui a été défait.

    Toi qui sais qu’il y a des mots qui ne se prononcent pas, toi qui es la voix de nos silences,le gémissement de nos prières, sois notre recréateur ! 

    Viens, Esprit Créateur, recréateur !

     

     

    Jean Guitton

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  • Esprit-Saint, maître de l’impossible .

    Esprit-Saint, maître de l’impossible ...

    Sois en nous l'Esprit qui fait sans cesse une humanité nouvelle, qui recrée nos libertés quand elles se défont, qui maintient l'espérance au cœur même des violences qui ne désespère d'aucun homme, pas même de ceux qui n'attendent plus rien de Dieu. Donne-nous à chacun de trouver notre place dans ce grand corps du Christ et de consacrer tout notre être à sa croissance, pour que le monde ait la Vie, la Vraie Vie, celle que l'on trouve en perdant la sienne, avec toi, grâce à toi,

    Ô maître de l'impossible ! 

    Amen !

     

    Bruno Leroy 

    (éducateur de rue)

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  • Ouvre mes yeux ..

    Ouvre mes yeux ...

    Seigneur, que de chaque instant du jour
    je goûte tout le suc.
    Merci si cet instant est du miel,
    merci s'il est amer.
    Seigneur, fais de mon corps
    le serviteur de mon esprit ;
    mets, je t'en prie, l'harmonie entre eux.

    Dans les relations de tous les jours avec mes proches,
    donne-moi la patience et beaucoup d'humour ;
    toi, tu es patient avec moi et tu dois rire souvent
    de mon manque de sérénité.
    Ouvre mes yeux aux beautés des choses qui m'entourent
    et donne-moi de ne jamais les détruire.
    Ouvre mes oreilles aux chants du monde,
    et quand ils sont cris de douleur,
    donne-moi, là où je suis, le pouvoir d'aider
    à atténuer les souffrances des hommes.
    Seigneur, quand mon corps qui va vers son destin
    commence à me quitter,
    fais grandir en moi l'être immortel
    qui vivra près de toi.

    Gabrielle de Waele

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  • La langue de Molière

    La langue de Molière......

    Comment pourrait-on écrire cette phrase:

     « Dans une main, j'ai un VER de terre et dans l'autre, un VERRE d'eau. J'ouvre les deux mains et... les deux VER.... (?!) tombent. »

     Comment faudrait-il écrire: « VER................... », à votre avis

       Alors ? mais il y a mieux....

       On appelle ceci des « Homographes » non homophones, car ces mots s'écrivent de la même façon mais se prononcent autrement suivant le sens....

      Pauvres étrangers qui apprennent le français !

     En français : deux mots composés des mêmes lettres se  prononcent toujours de la même façon !

     En êtes-vous bien sûr ? Et bien non.`

     Voici quelques exemples d’homographes de prononciations différentes ! (Homographes non homophones)  .....  

     Sortant de l’abbaye où les poules du couvent couvent, je vis ces vis.

    Nous portions nos portions, lorsque mes fils ont  cassé les fils.

    Je suis content qu’ils vous content cette histoire.

    Mon premier fils est de l’Est, il est fier et l’on peut s’y fier, ils n’ont pas un caractère violent et ne violent pas leurs promesses, leurs femmes se parent de fleurs pour leur parent.

    Elles ne se négligent pas, je suis plus négligent.

    Elles excellent à composer unexcellent repas avec des poissons qui affluent de l’affluent.

    Il convient qu’elles convient leurs amis, elles expédient une lettre pour les inviter, c’est un bon expédient.

    Il serait bien que nouséditions cette histoire pour en réaliser de belles éditions.  

    Voyons aussi aussi quelques exemples d’homographes de même prononciation  (Homographes homophones) :

     

       Cette dame qui dame le sol Je vais d'abord te dire qu'elle est d'abord agréable.

    À Calais, où je calais ma voiture, le moussegrattait la mousse de la coque. Le bruit dérangea une grue, elle alla se percher sur la grue.

    On ne badine pas avec une badine en mangeant des éclairs au chocolat à la lueur des éclairs.

    En découvrant le palais royal, il en eut le palais asséché, je ne pense pas qu'il faille relever la faille de mon raisonnement.  

     Voici l'exemple le plus extraordinaire de la langue française ! (mot de sens différent mais de prononciation identique)

      le ver allait vers le verre vert et non vers la chaussure devair gris argenté.

     

    > À propos, je n'ai pas réussi à trouver la solution de la première phrase .....

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  • La foi en D.ieu

    Lois relatives aux fondements de la Torah, chapitre premier

    **********

    1. Le fondement de tous les fondements et le pilier de toutes les sciences est d’être conscient qu’il est une Existence Première qui fait venir toute chose à l’existence. Toute chose existante du Ciel et de la Terre, ou intermédiaire, n’est venue à l’existence qu’en vertu de la réalité de Son existence.

    2. Si l’on considérait qu’Il n’existe pas, rien d’autre ne pourrait exister.

    3. Si l’on supposait que tous les autres êtres sont inexistants, Lui seul continuerait d’exister ; leur non-existence n’impliquerait pas Sa non-existence. Car tous les êtres ont besoin de Lui, mais Lui, béni soit-Il n’a pas besoin d’eux, ni d’aucun eux. C’est pourquoi, Sa réalité est différente de celle de chacun d’eux.

    4. C’est ce que le prophète entend quand il dit : « L’Eternel D.ieu est vrai » ; Lui seul est réel, et aucun autre n’a une réalité semblable à la Sienne. C’est [cette idée] que la Torah exprime [dans le verset] : « Il n’est rien d’autre que Lui », c'est-à-dire « il n’est pas d’existence autre que Lui qui est réelle comme Lui ».

    5. Cette existence est le D.ieu du monde, et maître de la Terre entière ; Il dirige la sphère avec une force infinie et illimité, force qui est ininterrompue. En effet, la sphère tourne sans cesse, et il est impossible qu’elle tourne sans cause qui la fasse tourner ; c’est Lui, béni soit-Il, qui la fait tourner, sans main, et sans corps.

    6. Reconnaître cela est un commandement positif, comme il est dit : « Je suis l’Eternel ton D.ieu ». Qui imagine qu’il existe un autre dieu hormis Lui transgresse un commandement négatif, comme il est dit : « Tu n’auras point d’autre dieu devant Moi », et nie [le principe] essentiel [du judaïsme], car [cette doctrine] est le principe de base dont tout dépend.

    7. Ce D.ieu est Un. Il n’est pas deux ou plus, mais Un ; Son unité est différente de toute unité existante en le monde, c'est-à-dire qu’il n’est pas Un comme une catégorie générale qui inclus plusieurs entité, ni Un à la manière d’un corps qui est divisé en différentes parties et dimensions. [Son] Unité ne trouve pas d’exemple dans le monde. S’il y avait une pluralité de dieux, ils auraient un corps et une forme, car toutes les entités semblables ne se distinguent que par les attributs liés au corps et aux formes. Et si le Créateur avait un corps et une forme, il aurait une fin et une limite, car il est impossible qu’un corps soit infini. Et tout [être] dont le corps est fini et limité, sa force est également finie et limitée. Or, notre D.ieu, béni soit Son Nom, possède une force infinie et incessante, puisque la sphère continue de tourner, Sa force n’est pas une force corporelle. Et étant donné qu’Il n’est pas un corps, les propriétés du corps qui créent la division et la séparation ne Lui sont pas associées. Par conséquent, il est impossible qu’Il soit autre qu’Un. La connaissance de ce concept est un commandement positif, comme il est dit : « l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est Un ».

    8. [Cette doctrine, à savoir] que le Saint béni soit-Il n’a pas de corps, ni de forme, est exprimée dans la Torah et les prophètes, comme il est dit : « que l’Eternel est D.ieu, dans les Cieux en haut et ici-bas sur Terre » ; or, un corps ne peut se trouver en deux endroits en même temps. Et il est dit : « car vous n’avez vu aucune image », et il est dit : « À qui m’assimileriez-vous, à qui ressemblerai-Je ? » ; or, s’il avait un corps, il ressemblerait aux autres corps.

    9. Puisqu’il en est ainsi, quel est donc le sens des expressions mentionnées dans la Torah : « Sous ses pieds », « écrites du doigt de D.ieu », « la main de l’Eternel », « yeux de l’Eternel », « oreilles de l’Eternel », et [expressions] semblables ? Toutes [ces expressions] sont adaptées à [la sagacité de] l’esprit humain, qui ne perçoit que le corporel. La Torah s’est exprimée dans la langage de l’homme, et toutes [ces expressions] sont des métaphores, comme il est dit : « J’aiguiserai l’éclair de Mon glaive » ; Porte-t-Il un glaive et tue-t-Il avec un glaive ? [Ce terme] est donc employé allégoriquement, et ainsi, toutes [ces phrases sont à comprendre] dans le même esprit. La preuve en est qu’un prophète dit avoir aperçu le Saint Béni soit-Il ayant « un vêtement blanc comme la neige », et un autre [dit L’avoir vu avec] « des vêtements teints de rouge de Boçra ». Moïse lui-même Le vit sur la mer comme un vaillant faisant la guerre, et au Sinaï, comme un ministre officiant enveloppé [de son châle de prière] ; [tout cela] indique qu’il n’a pas ni silhouette, ni forme. Ces [images ne] sont [que] des visions prophétiques. Mais l’[existence de D.ieu tel qu’Il est] véritablement, l’esprit humain n’est pas à même de la saisir et de la rechercher. Tel est le sens du verset : « Peux-tu, en cherchant, trouver D.ieu, trouver la perfection du Tout-Puissant ? »

    10. Que Moïse voulut-il donc percevoir, quand il dit : « Monte-moi, de grâce, Ta gloire » ? Il voulut appréhender la réalité de l’existence du Saint béni soit-Il, de manière à l’intérioriser dans son esprit ; comme l’on connaît un homme, dont on a vu le visage et dont on a l’image gravée dans l’esprit, ce qui fait qu’on le distingue des autres personnes, ainsi, Moïse voulu [connaître l’existence de D.ieu] de manière à ce que Son existence soit distinct en son esprit des autres [formes d’]existence, au point de connaître la réalité de Son existence, telle qu’elle est. [D.ieu,] Béni soit-Il, lui répondit qu’il n’est pas dans le pouvoir de l’être humain vivant, fait d’un corps et d’une âme, de saisir pleinement cette réalité. [Néanmoins,] le Saint béni soit-Il lui révéla ce auquel personne n’avait eu accès auparavant – et n’aura jamais accès par la suite – jusqu’à ce qu’il perçut un tant soit peu la réalité de Son existence. Dans son esprit, le Saint béni soit-Il fut distinct des autres êtres, comme l’on pourrait distinguer un homme que l’on a vu de dos – et dont on a embrassé [du regard] tout le corps et les vêtements – d’un autre homme. C’est à cela que l’Ecriture fait allusion, dans le verset : « Tu Me verras par derrière, mais Ma face ne peut être vue ».

    11. Attendu qu’il est évident qu’Il n’a pas de corps et de forme, il est également clair qu’aucun attribut propre au corps ne lui est approprié : ni lien ni séparation, ni lieu ni mesure, ni montée ni descente, ni gauche, ni droite, ni devant ni derrière, ni position assise ou debout. Il n’est pas [non] sur un plan temporel pour avoir un début et une fin, et un nombre d’années. Il n’est sujet à aucun changement, car il n’est aucun facteur qui ne lui cause de changement. Il n’est sujet ni à la mort, ni à la vie semblable à la vie du corps. Il n’est pas [définissable en termes d’]ineptie ou de sagesse semblable à la sagesse humaine. [Il n’a] ni sommeil ni lever, ni colère ni rire, ni joie ni tristesse, ni silence ni parole semblable à l’expression humaine. Telle est la sentence des sages : « il n’y a en haut ni position assise ou debout, ni séparation ni lien ».

    12. Ceci étant, les expressions [susmentionnées] du pentateuque et des livres des prophètes sont toutes métaphoriques et rhétoriques. Par exemple, « Celui qui siège dans les cieux rira », « Ils m’ont mis en colère avec leurs vanités », « comme l’Eternel s’était plu », et [expressions] semblables. À ce propos, les sages ont dit : « La Torah s’exprime dans le langage de l’homme ». Et de même, il est dit : « Est-ce Moi qu’ils mettent en colère », et il est dit : « Moi, l’Eternel, Je n’ai pas changé » ; or, s’Il était parfois en colère et parfois allègre, ce serait un changement. Tous ces états n’existent que chez les êtres physiques obscurs et bas, qui résident dans les maisons d’argiles, et ont leurs fondements dans la poussière. Mais Lui, béni soit-Il est élevé et exalté au-dessus de tout ceci.

    Extrait du "Livre de la Connaissance",
    premier livre du Michné Torah de Maïmonide

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  • Y a-t-il une vie après la vie?

    Les Juifs croient-ils en l’au-delà?

    Y a-t-il une vie après la vie? Les Juifs croient-ils en l’au-delà?

    Réponse:

    Il n’y a rien après la vie, parce que la vie ne s’arrête jamais. Elle s’élève seulement de plus en plus haut. L’âme est libérée du corps et retourne plus près de sa source qu’elle ne l’a jamais été.

    La Torah l’exprime de nombreuses fois. Par exemple, lorsqu’elle décrit la mort d’Abraham en disant qu’il va « reposer avec ses pères » et dans autres expressions similaires. Le Talmud discute des expériences de plusieurs personnes ayant fait le grand voyage et qui en sont revenues. Des ouvrages juifs classiques tels que Maavar Yabokdécrivent le processus de l’entrée dans le monde supérieur de la vie comme étant un reflet de l’expérience de l’âme telle qu’elle se trouvait dans le corps: si l’âme s’est enracinée dans les plaisirs matériels, elle éprouve la douleur de s’en arracher afin de pouvoir éprouver le plaisir infiniment plus élevé de la délectation dans la lumière divine. Si elle est souillée et blessée par des actions qui l’ont séparée de sa vraie identité ici-bas, et doit alors être nettoyée et guérie.

    D’un autre côté, les bonnes actions et la sagesse qu’elle a acquises dans sa mission ici-bas la protègent dans son voyage vers le haut. C’est un voyage pour lequel il vaut mieux avoir une très bonne combinaison spatiale.

    Le Zohar nous dit que sans l’intercession des âmes pures en-haut, notre monde ne pourrait pas subsister ne serait-ce qu’un instant. Notre vie est fortement impactée par le travail de nos ancêtres dans cet autre monde. Grand-mère veille toujours sur vous.

    Pourquoi des âmes qui se délectent de la lumière divine en-haut devraient-elles se soucier de ce qui se passe dans notre vie terrestre ici-bas ? Parce que là-haut, elles ressentent la vérité qu’il est si facile de négliger ici-bas, à savoir que c’est dans ce bas monde matériel que se joue le dessein pour lequel D.ieu a créé tout ce qui existe.

    C’est également pourquoi, lors du dénouement final, toutes les âmes reviendront dans un corps physique dans ce monde.

     

    http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/2921597/jewish/Y-a-t-il-une-vie-aprs-la-vie.ht

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  • Les"Chuetas" de Majorque ou les Juifs Malgré eux

    Les"Chuetas" de Majorque ou les Juifs Malgré eux, par Jean-Marc Thorbois

    Les « Chuetas » de Majorque ou les Juifs Malgré euxJuif.org | 7 Mars 2011

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        Majorque ! Pour beaucoup ce nom évoque l'exotisme à la porte, les vacances et le tourisme de masse. Les agences de voyage en vantent le charme et la beauté. Pour les amateurs d'histoire, il évoque le séjour de quelques personnalités historiques célèbres tels le musicien Frédéric Chopin et la romancière qui signait " George Sand ". Pourtant, parmi les centaines de milliers de touristes qui s'y pressent chaque année, bien peu savent que l'île de Majorque est le théâtre d'une anomalie historique unique au monde: la persistance jusqu'à nos jours d'une communauté de descendants de juifs convertis de force au catholicisme en 1435: les Chuetas. Ce sont des " juifs malgré eux ".

         A l'inverse des Marranes du Portugal, qu'évoquait un de nos récents numéros, ils n'ont gardé aucune tradition abâtardie du judaïsme de leurs pères si ce n'est qu'ils pratiquaient jusqu'à il y a peu d'étranges coutumes qu'eux-mêmes étaient incapables d'expliquer et qui se transmettaient de génération en génération sans explication aucune. On peut donc parler à leur endroit de " crypto-juifs " (juifs cachés). Juifs, les Chuetas ont cessé de l'être depuis 1691, date des derniers autodafés (actes de foi: cérémonies religieuses solennelles au terme desquelles les condamnés étaient " relaxés au bras séculier " pour être brûlés vifs). Aujourd'hui les descendants des " Chuetas " sont de bons catholiques, ou, pour la majorité des jeunes, indifférents à toute forme de religion, et pourtant on continue dans l'île à les appeler " les Juifs ", " nous avons même eu un maire juif " disait un chauffeur de taxi ! L'existence des " Chuetas " jusqu'à nos jours semble justifier la thèse célèbre de J.P. Sartre selon laquelle, est juif celui que les autres considèrent comme tel. Cette thèse, un peu courte, convient en tout cas aux Chuetas: il ne sont restés juifs que parce que les autres l'ont voulu ainsi.

     

    Condamnés à l'ignominie pour l'éternité, eux et leurs descendants

         Le mot " Chuetas " est une injure. En vieux Majorcan cela signifie " porc ". C'est le nom donné aux descendants des 15 condamnés du dernier autodafé de 1691. Pour le malheur de leurs descendants, le hasard voulut que le Sambenito, vêtement d'infamie que tout condamné portait lors de la cérémonie de l'autodafé, que ces quinze malheureux avaient porté lors de cette procession, fut accroché avec leur nom dans le cloître d'une des églises de la ville: Santo Domingo. Quinze patronymes furent ainsi désignés à la vindicte publique qui atteignit tous ceux qui avaient le malheur de porter ces noms maudits jusqu'à il y a un peut plus de vingt ans ! Il s'agit des familles: Aguilo, Arbona, Bonin, Cortès, Forteza, Fuster, Marti, Miro, Pino, Pomaro, Segura, Tarengi, Valenti, Vallemora et Walls. Bien que les Sambenitos aient été détruits en 1813, jusque vers 1970, tous les Majorcans qui portaient un des ces quinze noms étaient appelés " Chuetas " et subissaient un dure discrimination. Un jésuite avait aussi contribué à cette transmission de la haine de génération en génération, il s'agissait du père Garau, un des inquisiteurs des autodafés de 1691, qui avait donné une relation tendancieuse de ce qu'il appelait " la grande conspiration " dans un livre qui porte le titre provocateur de la " fe triumfante " (la foi triomphante). Ce livre fut pendant plusieurs générations le best-seller de Majorque et connut plusieurs rééditions qui contribuèrent à perpétuer de génération en génération l'anti-chuetisme. Il existe donc à Majorque un antisémitisme très particulier qui ne s'exerce pas contre les Juifs venus de l'extérieur et authentiquement juifs - comme les Juifs ashkénazes qui s'établirent dans l'île ces dernières décennies - mais uniquement à l'encontre des descendants de quinze familles de crypto-juifs qui au 17ème siècle tentèrent vainement de revenir au judaïsme, descendants qui aujourd'hui ne sont plus juifs en rien et qui ne veulent pas l'être ! A l'heure actuelle, il y aurait à Majorque environ 300 familles de " Chuetas " et il fallut attendre l'expansion touristique des années 60-70 pour que prenne fin l'anti-chuestisme. Ce sentiment avait été un moyen de contrôle social lié à la fameuse " pureté de sang " dont se targuaient les nobles espagnols. Cet ostracisme qui durant des siècles frappa les " Chuetas " considérés dans l'île comme de véritables parias, relégués dans une sorte de ghetto, " la Call " de Palma, condamnés à l'endogamie (mariage entre cousins) et soumis à mille vexations, a permis à cette étonnante communauté de subsister jusqu'à nos jours.

     

    La branche morte du Judaïsme

        Bien que bons catholiques, les " Chuetas " n'avaient pas le droit d'étudier dans les séminaires et donc de devenir prêtres et quand enfin cette interdiction fut levée, ces prêtres au sang impur dont les ancêtres " avaient tué le Christ " étaient interdits de prédication dans la cathédrale de Palma et dans d'autres églises de la ville ! En 1936, un rabbin érudit américain, Baruch Braunstein, entreprit des recherches sur les Juifs de Majorque et découvrit dans les archives de l'Inquisition à Madrid le double des listes de tous les Juifs de Majorque inquiétés par l'Inquisition. Ce livre fut traduit plus tard en espagnol et en catalan et publié à Majorque où il fit l'effet d'une bombe: 120 autres noms étaient ajoutés à la liste des quinze " Chuetas ": notamment ceux des familles majorquines qui durant des siècles avaient pris grand soin de camoufler leurs origines juives en faisant disparaître jusqu'au archives de l'Inquisition qui auraient porté atteinte à la " pureté de leur sang ". Il n'y avait dès lors pour ainsi dire plus aucune famille de l'île qui pouvait se prétendre " pure " de tout sang juif ! La publication de ce livre en 1965 porta un coup décisif à l'anti-chuetisme dont l'inanité apparut alors au grand jour. Sous l'influence du tourisme de masse, les esprits avaient changé; une ère nouvelle de tolérance et de pluralisme s'ouvrait ...

         Aujourd'hui l'aventure des Chuetas s'achève. N'étant plus frappés d'ostracisme, les derniers descendants des condamnés de 1691 s'unissent par mariage avec des non-Chuetas notamment et s'assimilent rapidement dans la société majorquine moderne selon ce que fut depuis 1691 le voeu de leurs ancêtres. La plupart d'entre eux sont totalement indifférents par rapport à leurs origines. Les derniers Chuetas sont trop éloignés du judaïsme pour penser y revenir et, même s'ils vibrent à l'épopée de l'Israël moderne dont ils se sentent proches et qui leur a redonné une légitime fierté, nul ne songe sérieusement à revenir en Israël. Il n'existe à cette règle jusqu'ici qu'une seule exception: " Nous sommes la branche morte du judaïsme " nous disait l'un d'entre eux. L'anti-chuetisme étant mort, les Chuetas n'ont plus d'avenir: ils n'existaient que par cette haine anachronique ! Avant que ne s'achève définitivement l'épopée des Chuetas et qu'elle ne soit recouverte par la poussière de l'histoire, nous avons tenu à rencontrer les derniers représentants de cette communauté. C'est le résultat de cette enquête effectuée à Majorque que nous publions dans ce numéro qui fait suite ainsi à celui consacré aux Marranes du Portugal. Nous tenons à particulièrement à remercier ici tous les amis majorcans, Chuetas ou non, qui ont rendu possible cette enquête, notamment: José Mendez Gonzalez et son épouse Margarita, Antonio Cadaves Marti et tous les autres qui nous ont si aimablement ouvert toutes grandes les portes de leur foyer pour partager avec les étrangers que nous étions les derniers secrets des Chuetas.

     

    Une visite à

    Majorque juive

         Polleça, Inca, Benisalem, Soller, sont de coquets petits villages typiquement majorcans. Quelques familles de Chuetas y résident. Mais la majorité d'entre eux vit à Palma, la capitale, et plus particulièrement dans la " Call ": l'ancien ghetto de Palma. On y accède à partir de la " plaza d'Espagne ", centre de la ville et rendez-vous de tous les Majorcans. Une statue du Roi Jaime 1er qui conquit l'île au XIVème siècle s'y dresse. Depuis la " plaza d'Espagne ", des ruelles étroites sillonnées par des calèches transportant des touristes au travers du vieux Palma donnent accès à la " Call " et débouchent sur une place typique des villes d'Espagne entourée d'arcades: la plaza Mayor que bordent des cafés aux terrasses desquels les touristes sont attablés. C'est dans l'angle Nord-Ouest de cette place que se dressait autrefois le sinistre palais de l'Inquisition qui fut détruit et rasé par la foule majorquine en 1813 quand le vent de la liberté apporté par les Français de Napoléon balaya l'île. On y brûla alors les archives du Saint-Office et tout ce qui pouvait rappeler la barbare institution. Aujourd'hui, seule une rue adossée à cet angle évoque le souvenir de cet orgueilleux palais: " la rue de l'Inquisition ". C'est en dessous de la place actuelle que se trouvaient les sinistres cachots où tant de malheureux subirent les horreurs de la torture et vécurent leurs dernières heures avant l'ultime supplice. De la plaza Mayor on gagne l'église Santa Eulalia que les Majorcans appellent " l'église des Chuetas " et qui est encore fréquentée jusqu'à ce jour par leurs descendants. Là, leurs ancêtres au XVème siècle abjurèrent en masse le judaïsme et furent baptisés. L'église Santa Eulalia donne directement accès à la " Calle de la Plateria " (la rue de l'Argenterie) que les Majorcans appellent aussi " rue des Juifs ". Les ancêtres des Chuetas y pratiquaient déjà le métier d'orfèvre dont les juifs avaient le monopole et que leurs descendants exercent encore. Sur le plan socio-économique les Chuetas ont continué à pratiquer les métiers traditionnels des juifs. Au Moyen Age, les Juifs avaient développé à Majorque une célèbre école de cartographie dont le plus célèbre représentant était Isaac Cresques, dont les cartes rendirent possibles les voyages de Christophe Colomb.

     

    La rue des Juifs

     

        Les noms des luxueuses boutiques de la Calle de la Plateria ne laissent aucun doute sur les origines de leurs propriétaires: Benjamin Miro, Bonin, Marti, Fuster, etc. Nous entrons dans l'une des bijouteries: un homme de petite taille nous accueille. Nous demandons à voir les étoiles de David qui ornent toutes les devantures de la rue de l'argenterie, montrant qu'apparemment on s'est réconcilié avec ses origines. Nous engageons la conversation sur le judaïsme et Israël. La méfiance de notre hôte grandit pour se changer en inquiétude quand nous lui demandons:

    - Etes-vous juif ?

    - Non ! Nous sommes catholiques !

    - Oui, mais ça fait longtemps !

        Je lui parle de mon enquête auprès des Marranes du Portugal il y a un an et de mes projets quand aux juifs de Majorque. Rassuré, notre hôte admet alors son intérêt pour Israël qu'il a visité à plusieurs reprises.

    -  Comment vous sentez-vous là-bas ?

    - Chez moi ! répond-il, bien qu'il soit hors de question que les Chuetas aillent s'y installer ! Mais j'aime ce pays et ce qui le touche me touche !

    - Etes-vous l'objet de discriminations à cause de vos origines ?

    - Plus maintenant ! Tout le monde sait qui nous sommes. Un des descendants des inquisiteurs de Majorque est même notre ami, les temps ont changé !

    Quand nous prenons congé, notre hôte sur le pas de la porte me glisse à l'oreille alors que je m'excuse de l'avoir dérangé:

    - Il n'y a pas à s'excuser, cette maison est la vôtre quand vous voulez !

    Je le regarde: il a les larmes aux yeux !

         Plus loin, une autre bijouterie porte le nom de " Miro ", nous y entrons. Une jeune femme nous reçoit et nous engageons avec elle le même type de discussion. Plus jeune que notre hôte précédent, elle ne fait aucune difficulté pour admettre ses origines chuetas. Elle aussi a visité Israël plusieurs fois. Elle a même été ici à Majorque interviewée par la télévision israélienne qui effectuait un reportage sur les Juifs de l'île dans le cadre du 500ème anniversaire de l'expulsion des Juifs d'Espagne, il y a deux ans. Elle aime Israël, s'y sent à l'aise mais n'envisage pas de s'y installer: " Je suis catholique de religion mais juive de race, déclare-t-elle, mais sur le plan de la foi je suis athée ! ".

        La rue de la " juderia " (de la juiverie) nous conduit vers les emplacements des anciennes synagogues où se dressent maintenant des églises: celle de Monte Sion (le Mont Sion), celle du " temple ".

     

    La Via Dolorosa des Chuetas

         Quant à la cathédrale de Palma, elle est construite sur l'emplacement de l'ancienne mosquée dont elle a gardé quelque peu le style bien qu'une énorme rosace en forme d'étoile de David la décore. A l'intérieur, au milieu des richesses éblouissantes qu'elle abrite, on trouve des objets confisqués aux différentes synagogues de la ville, notamment des ornements précieux pour Thora. Les caractères hébraïques qui y étaient initialement gravés ont été effacés " pour ne pas souiller ce lieu saint chrétien ". Elle donne sur la magnifique baie de Palma et sur le front de mer. Non loin de là se trouvent les " bains turcs " qui ne sont rien d'autre que l'ancien mikvé (bain rituel de la communauté juive disparue).

         Le front de mer où déambulent insouciants les touristes n'est autre que le chemin que prenaient les sinistres processions des autodafés qui se rendaient au lieu du supplice situé place Gomila. Il faut un effort d'imagination pour réaliser que sur cette vaste promenade où se balancent nonchalamment des centaines de bateaux face aux hôtels de luxe se dressaient autrefois les bûchers situés sur l'arrière des actuels hôtels de luxe. La place Gomila, lieu des exécutions, était jusqu'à y a peu le centre de tous les plaisirs de la capitale de l'île. Elle est aujourd'hui presque désertée par les touristes qui se sont transportés plus loin. Je m'arrête longuement sur ce site encore ornementé de néons défraîchis et contemple la magnifique vue qui s'étend à mes pieds, vue que les malheureux condamnés emportaient avec eux dans l'au-delà comme ultime vision de cette vallée des larmes ... Pas la moindre plaque commémorative n'évoque les drames qui s'y déroulèrent ... Au loin le château de Bellver (Belle-Vue) dresse sa masse imposante. Là, les Juifs pourchassés tentèrent de se réfugier lors des pogroms qui marquèrent le crépuscule des Juifs de Majorque. Insouciants et ignorants, les touristes vont et viennent

      

    A table avec les Chuetas

         Le soir, nous nous retrouvons dans le foyer de nos amis Gonzalez qui ont rassemblé quelques amis marranes pour s'entretenir avec nous. José Mendez Gonzalez n'est pas lui-même Chueta, c'est un Marrane originaire d'Alicante, sur le continent, mais il a épousé Margarita Arbona Nicolau qui, elle, est une authentique " Chueta ", elle a d'ailleurs deux oncles ecclésiastiques dont l'un est évêque ! José et Margarita ont invité Antonio Marti, lui aussi authentique Chueta et Monola Aguilo dont le frère Nicolas est le seul " Chueta " à être retourné en Israël. Manola a 36 ans, ses parents tenaient une mercerie dans la Call de Palma. Manola se souvient quand enfant, sa grand-mère lui racontait comment son grand-père avait dû s'enfuir par les toits pour échapper un soir à la populace déchaînée et comment elle-même dans sa jeunesse ne pouvait sortir de la " Cal " sans essuyer une volée de pierres. " Mais elle ne se révoltait pas, nous dit Manola, cela faisait partie de l'ordre des choses ! Moi-même je ne me souviens pas d'avoir subi des vexations à cause de mes origines. D'ailleurs, nous les jeunes, à l'inverse de la génération précédente, nous sommes fiers d'être  Chuetas ".  Manola a mal vécu, tout comme ses parents, le départ de son frère pour Israël: " D'ailleurs après son départ, mon père a brûlé tous les documents ancestraux qui prouvaient que nous étions juifs. Il avait peur que d'autres de ses enfants suivent le même chemin que Nicolas ! Il avait peur qu'à cause de cela son commerce périclite ! ".

         Comment Manola se situe-t-elle par rapport à Israël ? Elle a visité ce pays quand son frère était dans un kibboutz religieux: " J'y ai, avec surprise, retrouvé des coutumes que ma grand-mère pratiquait et c'est alors seulement que je me suis rendu compte que c'étaient des coutumes juives ". Car, comme tous les Chuetas, Manola a été élevée dans la religion catholique la plus stricte et ne connaissait absolument rien du judaïsme: " Ainsi nous nous lavions les mains avant chaque repas, même si nos venions de prendre une douche comme je l'ai vu faire au kibboutz. Le vendredi, jour de jeûne des catholiques, nous ne mangions pas de porc et à Pâques nous mangions des gâteaux de pain sans levain etc ... " Mais Manola, en forte réaction contre son frère, n'a pas aimé Israël. " Les juifs ne se sont jamais préoccupés des Chuetas ! " Pourtant son mari, - qui n'est pas juif ni chueta - porte une étoile de David autour du cou. Les autres jeunes Chuetas n'ont pas grand-chose à dire: " Le seul sentiment que j'ai, déclare Antonio, c'est d'être chueta ". " Je le suis dans ma chair ! Israël est la 2ème patrie " déclare un autre. L'anti-chuetisme a-t-il disparu ? Oui, mais çà et là il en reste encore quelques traces. Par exemple l'ancien maire, un cousin de Manola, a reçu des lettres d'insultes pendant son mandat parce que " juif ". Un autre jeune d'environ 25 ans se souvient qu'il y a encore une dizaine d'années, au collège, on l'injuriait parce que " Chueta ". Mais cela n'est plus que le vestige d'un passé irrémédiablement révolu sur lequel la majorité des Majorcans cherche à jeter un voile pudique, peut-être trop pudique

     

    Mes ancêtres ont été brûlé par

    l'Inquisition

         Au nord de l'île de Majorque, la petite ville de Pollença fut la capitale romaine de Majorque. D'imposantes ruines en témoignent encore non loin d'une plage justement réputée. Depuis le 17ème siècle, quelques familles de Chuetas y avaient établi leur résidence, parmi eux Llorenc Cortès qui consacre sa retraite à des recherches historiques et généalogiques sur les origines de sa famille. De ce fait, Llorenc Cortès est un des rares Chuetas qui ait une mémoire. Il nous a reçus fort aimablement chez lui lors de notre enquête à Majorque. Voici l'essentiel de cet entretien:

        "- Je suis un descendant des juifs majorcans. Je le sais parce que je suis Chueta, mais je ne me considère pas comme juif. J'ai fait des recherches approfondies sur les origines de ma famille, depuis le moment où toute une génération a été condamnée par l'Inquisition au 17ème siècle. Une de mes ancêtres fut brûlée lors de l'autodafé de 1679. Elle s'appelait Cortès comme moi. Tout ses biens ont été confisqués. Son fils a lui aussi été brûlé ainsi qu'un autre de ses proches quelques années après, en 1691. Il se nommait Bartolome. Ce sont des personnages bien connus grâce aux Sambenitos et au livre du père Garau " la foi triomphante ". Tout ce que je sais de ce passé, je l'ai appris par mes recherches. Je n'ai reçu aucune tradition de ma famille. Comme chez tous les Chuetas, il n'y pas de tradition familiale. Au contraire, les parents font tout ce qui est possible pour cacher ces choses à leurs enfants car jusqu'à il y a peu on en avait honte. Ils ont peur que ça recommence ! A fortiori, on n'enseigne rien aux enfants sur le judaïsme. La seule chose que nous savons, c'est que nous descendons des juifs à cause de nos patronymes. Normalement un Chueta se rendait compte qu'il était Chueta à l'école vers l'âge de 6 ou 7 ans, quand on commençait à l'insulter. L'enfant revenait alors à la maison et disait à ses parents: " les autres enfants m'ont battu et m'ont traité de Chueta ". Alors le père prenait l'enfant à part et lui disait qu'il descendait des juifs: " Jésus et les apôtres étaient juifs, nous descendons du même peuple qu'eux et nous le savons, tandis que les autres ne le savent pas ! ". Jusqu'en 1950 c'est vraiment un sujet tabou. Il n'y avait pas même de véritable littérature sur ce sujet si ce n'est deux vieux livres. C'est tout ce qu'on pouvait savoir sur les Chuetas !

    - Comment s'est développé votre intérêt pour ce sujet ?

    - A Pollença nous avons eu la chance de vivre dans un village très libéral et je n'ai eu pratiquement jamais à souffrir de discrimination à cause de mes origines. Nous étions ici 30 ou 40 familles de Chuetas. Mais très jeune, j'ai eu entre les mains un livre de Blasco Ibanez, un romancier bien connu, qui avait écrit un roman su Majorque où il parlait des Chuetas. Aussi, après avoir lu ce livre, j'ai voulu en savoir plus; sachant que moi-même j'étais Chueta j'ai voulu savoir ce qui était arrivé à mes ancêtres. J'avais alors 8 ans. Au collège, vers l'âge de 13 ans, j'avais deux professeurs chuetas. J'avais entendu parler d'un ouvrage sur ce sujet écrit par le père Garau qui se nommait " la foi triomphante ". Ce livre avait d'abord été largement diffusé par l'église catholique puis, avec l'avènement des idées nouvelles, la hiérarchie avait compris que ce livre risquait de lui faire plus de mal que de bien. Aussi dès qu'on savait qu'une famille possédait ce livre, elle recevait la visite d'un prêtre qui l'invitait à le brûler " car ça ne vous fera pas de bien, ni à l'église, ni au peuple ". Je me souviens même d'un camarade au collège qui a été puni pour avoir refuser de se défaire d'un exemplaire de ce livre qu'il possédait. Ce livre, je le savais, était dans la bibliothèque du collège et j'ai demandé à un des professeurs chuetas de me le prêter, pensant qu'en tant que Chueta lui-même, il serait plus accommodant. Il m'a répondu: " Tu es trop jeune pour lire un tel livre, si tu le lisait maintenant tu perdrais la foi ! " J'ai tellement insisté qu'il a fini par céder. J'ai lu le livre et j'en ai reçu un vrai choc. Surtout quand j'ai lu le récit des exécutions où le père Garau se permettait de se moquer et d'insulter les condamnés. J'ai été particulièrement choqué quand il déclare que lors de l'exécution de Rafale Walls " dès que le feu a atteint son ventre, ses tripes se sont répandues par terre ". Effectivement, à partir de ce jour, j'ai perdu la foi et suis devenu agnostique ! Mais j'ai désiré en savoir plus. En outre, c'était l'époque de la 2ème Guerre Mondiale. Chez nous le soir, les Chuetas de la ville se rassemblaient et discutaient de l'évolution de la situation et notamment du sort qui nous serait réservé, à nous, les Chuetas si les Allemands entraient en Espagne.

    - Avez-vous souffert en tant que Chueta ?

    - Oui, mais assez peu ! Un peu à l'école et au lycée. J'ai eu aussi la chance d'aller au premier collège laïc créé dans l'île, à la fin du siècle dernier, ici même à Pollença et qui avait formé plusieurs générations de gens marqués par les idées libérales en sorte que Pollença est devenu un des villages les plus libéraux de l'île.

    - Comment voyez-vous Israël et vos relations avec le peuple juif ?

    - C'est une relation qui est définitivement coupée. Mais mon intérêt pour les Chuetas m'a toutefois conduit à m'intéresser à Israël et au judaïsme. J'ai pris contact avec les juifs de Palma et suis allé à plusieurs reprises à la synagogue. En fait mon coeur est juif si j'étais plus jeune je crois que j'irais m'établir en Israël et retournerais à mes racines. Mais c'est un intérêt uniquement historique. Je suis aussi allé en Israël à plusieurs reprises et les nombreux souvenirs d'Israël que vous voyez chez moi viennent de ces voyages. Vous en trouverez peu de semblables dans les maisons des Chuetas de Majorque au milieu desquels je suis un peu une exception. J'ai même été invité par les Télévisions israéliennes pour un festival à Jérusalem après avoir reçu ici Dan Scemama qui est venu faire un reportage dans l'île.

    - Comment voyez-vous l'Etat d'Israël?

    - Lors de la guerre des Six Jours, ce fut pour moi une grande joie que la victoire d'Israël. D'ailleurs, tous les Chuetas ici ont réagi de la même manière car, tous, nous sommes attachés à ce peuple ! Mais le peuple d'Israël ne s'intéresse pas à nous ! Bien qu'on m'ait dit qu'on commence à parler des Chuetas dans les écoles d'Israël ! Un jour, deux rabbins sont venus ici: Isaac Toledano et Elihahou Avihaïl. Eux aussi m'ont posé la question de savoir comment je voyais Israël, mais il est complètement utopique de penser que les Chuetas puissent revenir à leurs racines juives: nous en sommes trop loin ! Quelqu'un a dit que les Chuetas sont la " branche morte d'Israël ". La plupart des Chuetas sont complètement indifférents maintenant à ces choses parmi la jeune génération, tels mes propres enfants qui sont mariés avec des non-Chuetas et s'assimilent.

    - Y a-t-il un changement d'attitude des Majorcans par rapport aux Chuetas?

    - Bien sûr, et énorme ! Aujourd'hui les descendants des Chuetas, selon mes recherches, sont entre 25.000 et 30.000 dans la seule île de Majorque, mais tout le monde ici sait que presque toutes les familles de l'île ont du sang juif ! Les Majorcans s'intéressent donc énormément à ces problèmes. Tous les éditeurs de Majorque éditent des livres sur ces questions parce que c'est un chapitre de l'histoire locale. J'ai fait des recherches sur mon arbre généalogique et nous sommes la 14ème génération de Chuetas. C'est parfois très difficile à reconstituer parce que les Chuetas se mariaient entre cousins et portaient les mêmes noms. Par exemple, je crois que mon nom Cortès vient de " Cohen " (prêtre) car quand les juifs se convertissaient ils prenaient le nom d'un des nobles de l'île le plus proche du nom juif. Cohen-Cortès c'est très proche. Je vais publier un livre sur l'histoire de ma famille, fruit de toutes mes recherches. J'espère que cela contribuera quelque peu à conserver une mémoire retrouvée.

    - A-t-il existé à Majorque un Judéo-Christianisme chueta?

    -  Je suis un des descendants des Chuetas, mais au-delà je suis un des descendants des premiers hébreux chrétiens qui arrivèrent dans l'île et qui étaient disciples de Jésus de Nazareth. Parmi les juifs qui vinrent s'établir dans l'île dans les années 50 après Jésus-Christ, un petit nombre était disciple de Rabbi Jésus. Ils sont arrivés ici comme esclaves d'un riche romain très peu de temps après la mort de Jésus. Ils avaient vu, connu et entendu le Maître car ils étaient ses contemporains. En fait, à cette époque on ne les appelait pas " chrétiens " mais " nazaréens ". Ils se sont transmis l'enseignement de Jésus de père en fils jusqu'à moi. Au début de ce siècle, il ne restait plus que deux ou trois familles que j'ai connues mais qui vivaient dans une terrible crainte. On se transmettait dans ces familles de père en fils un christianisme simple, de forme orale, parce que cette tradition orale existait avant même que le Nouveau Testament soit écrit ". L'homme qui tient ces surprenants propos est un vieillard de 77 ans qui se nomme Cayetano Marti. Il est le guide spirituel de quelques dizaines de personnes qu'il a groupées dans ce qu'il nomme " l'église du pauvre charpentier de Nazareth , qui n'a ni prêtres, ni pasteurs, ni temple, ni rite ". Cayetano a créé cette église après une longue recherche spirituelle qui l'a amené à fréquenter de très nombreux milieux religieux, notamment les témoins de Jéhova, les Quakers, les Baptistes, etc. A partir de ce qu'il avait reçu de ses pères et de ses propres réflexions, il a élaboré ce qu'il présente comme un retour au christianisme primitif tel que Jésus et les apôtres le pratiquaient. Le vieillard est affable et nous reçoit avec beaucoup de chaleur dans son appartement du 4ème étage où se pressent entre 20 et 30 jeunes Chuetas et non-Chuetas. Fièrement, Cayetano nous montre les nombreuses coupures de journaux, interviews et reportages effectués sur " l'église du pauvre charpentier de Nazareth " par différents journaux majorcans et même espagnols, preuve qu'il est connu comme nous aurons d'ailleurs l'occasion de le constater en parlant avec les Majorcans.

     

    Un Christianisme abâtardi de

    type marrane?

        Selon ce qu'il affirme, Cayetano a reçu de son grand-père des éléments d'un christianisme " simple " qui mettait l'accent essentiellement sur la pauvreté et la valeur du travail. Son grand-père lui a aussi enseigné la " règle d'or ": ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas que l'on nous fît, et les deux commandements du " bon Maître de Nazareth ": aimer Dieu de tout son coeur et son prochain comme soi-même. Plus tard, Cayetano s'est rendu compte que quelques familles partageaient la même foi. " Toute ma vie, déclare-t-il, j'ai travaillé dans le bâtiment et cela dès l'âge de 9 ans. Officiellement, surtout sous Franco, nous étions catholiques comme au temps de l'Inquisition. Un jour je me suis dit: je vais déchirer ce voile de terreur. Mais les autres avaient peur des autorités mais surtout de l'église catholique qui continuait alors à dominer l'Espagne par l'intermédiaire de Franco. Nous n'étions pas persécutés, mais comme Chuetas nous subissions des insultes, on nous faisait remarquer notre nez, on nous traitait de " Chuetas ", de "Juifs " et on nous disait: " Vous avez tué Jésus ". A l'âge de 15 ou 16 ans, j'ai décidé de réagir et avec les familles qui partageaient notre point de vue, nous avons commencé des réunions auxquelles se sont bientôt joints des voisins non-chuetas Là dessus la guerre civile a éclaté et les deux familles de Chuetas, judéo-chrétiens, se sont enfuies en France et je les ai complètement perdues de vue. C'étaient ceux qui étaient en accord avec ce christianisme simple. Des prêtres jésuites ont alors tenté de m'acheter, puis un pasteur méthodiste a voulu m'envoyer étudier dans un séminaire, des rabbins ont voulu m'envoyer en Israël avec des groupes de jeunes Chuetas, puis les fascistes franquistes ont aussi tenté de me récupérer. Moi je voulais être comme Jésus qui, selon notre tradition orale, travaillait comme charpentier et quand il y avait pas de travail, gardait les moutons. Nous ne sommes contre personne et sommes prêts à respecter les prêtres de toutes les religions ".

         Cayetano s'est aussi intéressé à la peinture. C'est ainsi qu'il a enseigné son art à des jeunes, puis il leur a fait part des ses idées. En 1987, le groupe est sorti de sa semi-clandestinité et, dès lors, est très actif sur la scène majorquine par de nombreuses interventions, auprès des journaux notamment. A leur sujet les avis sont un peu partagés. Certains, semble-t-il, voient en eux une secte, pour d'autres " ils ne font de mal à personne ", " il vaut mieux que les jeunes soient là plutôt qu'à se droguer ! " Mais on considère - non sans raison - que Cayetano a des idées bizarres. Un universitaire que nous avons interrogé s'est penché sur le groupe : " Il est difficile, déclarait-il, de faire la différence exacte entre la tradition qu'il a reçue de ses pères et les idées personnelles qui sont les siennes sur le plan religieux. Ses idées religieuses ne m'intéressent pas dans la mesure où elles sont peu ou prou ce que prônent la plupart des philosophies et des religions, mais ce qui m'intéresse chez Cayetano, ce sont ses expériences de Marrane et sa mémoire ". Peut-on remonter jusqu'aux origines du christianisme à Majorque ? La question reste ouverte et est d'autant plus difficile à cerner qu'il n'y a aucun document datant de cette période. Combien d'adeptes, Cayetano a-t-il ? Il est très vague là-dessus, il y en aurait dans toute l'île, notamment à Inca et même sur le continent. Un vendredi sur deux, une trentaine de personnes se rassemblent dans la maison de l'un d'entre eux pour une réunion informelle où l'on discute d'un thème choisi.

     

    Une référence à Jésus a subsisté parmi les descendants des Juifs de Majorque hors du Catholicisme

         Cayetano rejette la pleine inspiration du Nouveau Testament, il préfère se référer à sa tradition orale et fait états d'incidents et d'anecdotes de la vie de Jésus, inconnus dans les évangiles canoniques ou apocryphes, tel celui où Jésus aide une femme à porter jusque chez elle un lourd fardeau, ou bien donne à Pierre une leçon d'humilité en lui faisant déposer un légume devant la porte de chaque maison où le propriétaire est orgueilleux, mais surtout devant sa propre maison, à lui, Pierre. " Je n'ai pas abandonné le judaïsme car Jésus ne l'a pas fait, affirme Cayetano, mais il a tenté de le nettoyer. Avec mes amis, j'ai spiritualisé les coutumes d'Israël. Le seul rite que nous ayons est la Sainte-Cène qui se célèbre en famille. Quand j'étais enfant, mes parents exigeaient que je me lave les mains avant les repas, comme on le fait parmi les juifs religieux. Je continue à exiger cela de ma petite-fille. Nous aussi, le vendredi, nous ne mangions pas de viande de porc. Avant de cuire le pain, nous avions des rites particuliers. Nous mangions des gâteaux en forme d'étoile de David ainsi que le pain tressé, la " Hala ". La soupe majorquine est un plat typiquement juif qui s'est répandu dans toute la population et dont on trouve la description dans les livres de cuisine juifs, etc ... " La prédication de Cayetano a eu quelque impact sur les jeunes Chuetas qui voient par ce biais un moyen de revenir à leurs racines sans pour autant renier la foi en Jésus-Christ. La plupart vont alors se faire rayer des listes de baptêmes catholiques. A l'Evêché de Palma, on renâcle bien un peu, mais en général, on finit par donner le certificat de radiation: " Mais nous aimons Jésus parce qu'il était de notre race ! " Selon Cayetano, Ramon Lull, lui-même célébrité locale, aurait été d'origine juive et même aurait partagé la foi qu'il propage maintenant. Une forme abâtardie du christianisme primitif aurait-elle donc subsisté à Majorque, des origines jusqu'à nos jours ? La réalité est sans doute plus complexe ! Pour ce qui est de l'enseignement de Cayetano, les idées personnelles qu'il a glanées à de multiples sources ont nettement pris le pas sur ce qu'il affirme avoir reçu de ses ancêtres. On y trouve pêle-mêle l'influence de la christologie des témoins de Jéhovah, la non organisation des Quakers, un peu de Kabbale, d'ésotérisme et peu d'enseignement véritablement biblique et évangélique, en sorte qu'on ne saurait y voir un véritable retour au christianisme primitif. Le christianisme " simple " reçu de ses ancêtres est-il une synthèse de type marrane contre le christianisme officiel dont les descendants des juifs étaient imprégnés ? On sait que les Luthériens ont aussi fréquenté l'île à l'époque des grands autodafés. Après le drame de 1691, quelques familles chuetas n'ont-elles pas tenté une synthèse de toutes ces choses ? Malgré le fait qu'il y a là un étrange mélange fort éloigné de l'Evangile, ce qui demeure intéressant c'est qu'il semble qu'ai subsisté depuis si longtemps au milieu des Chuetas une référence à Jésus-Christ en dehors du catholicisme. Pour nous, bien sûr, seul ce qui est biblique est acceptable, il ne saurait dès lors être question d'avaliser ni encore moins de recommander tout ce qui se fait et se dit chez Cayetano Marti.

     - Qui sont les Chuetas ? D'où viennent-ils ?

    - L'histoire des juifs de Majorque est très spéciale en ce que, lors de l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492, il n'y avait plus ici de juifs à expulser pour la bonne raison qu'officiellement ils s'étaient tous convertis au catholicisme ! L'île avait été conquise par le roi Jaime 1er en 1299 et il y avait déjà une importante communauté juive que le roi a protégée et confirmée dans ses privilèges. Les choses changent en 1478 quand est introduite dans l'île l'Inquisition espagnole. C'est pour les Rois Catholiques un instrument de contrôle social, plus politique que religieux.

    - Pourquoi les Juifs sont-ils soudain devenus un problèmes?

    - Dans l'état nouveau centralisé, les juifs représentaient un refus de se fondre dans la masse; ce que voulaient les Rois Catholiques, c'était un état uniforme, centralisé et moderne. Avec les musulmans, les juifs étaient un groupe ayant une forte identité culturelle et religieuse.

    - D'où venaient les Juifs de Majorque?

    - C'est difficile à dire ! En fait, il y a une filiation. On passe des juifs aux " conversos ", c'est-à-dire aux juifs convertis au catholicisme, puis des " converdos " aux " Chuetas " qui sont les descendants des " conversos ". Pour ce qui concerne les juifs, il y a deux dates importantes: l'année 70, la chute de Jérusalem et l'année 623. Il n'y a pas de doute que les juifs se dispersèrent sur le pourtour de la Méditerranée et la population juive des Baléares date sans doute de cette époque, mais il n'y a aucun document écrit. Le premier document date de 417. C'est une lettre de l'évêque de Minorque Sevère qui explique comment il a converti tous les juifs de son diocèse, à la suite d'affrontements qui ont opposé juifs et chrétiens dans l'île. Cette lettre nous dit que le rabbin de Minorque avait de la famille à Majorque, il y avait donc des juifs dans l'île, au moins au 5ème siècle ! Il y avait un ghetto: la " Call " dans ces deux îles ! Il y a même une tradition qui veut que Paul soit venu à Majorque, mais je pense que ce n'est rien qu'une tradition! S'il y avait des juifs en 416, cela signifie que les arabes les y ont trouvés lors de leur conquête de l'île. Ils ont fait du commerce jusqu'au 11ème siècle et leur rôle commercial était vital. Les marchands juifs jouissaient d'une grande liberté, leur situation était bonne et leur nombre a dû s'accroître durant cette période.

    - Et lors de la reconquête?

    - Je pense qu'au début les rois voulaient plus ou moins conserver le statu quo parce que c'était leur intérêt. Pour cela les rois leur ont accordé des privilèges que jalousèrent les autres habitants de l'île, ce qui déclencha des pogroms contre la Call. Effrayés par ces attaques, tous les juifs finirent par se convertir pour avoir la paix. Dès lors, les juifs devenus catholiques relevèrent de l'Inquisition qui aura une grande activité jusqu'en 1523. Mais la plupart des condamnés, à cette époque, sont brûlés en effigie, ce qui signifie qu'ils ont réussi à s'échapper certainement avec l'accord tacite de l'Inquisition ce qui est donc le pendant de l'expulsion des juifs en Espagne. Ici, on ne peut expulser des juifs: officiellement, il n'y en a plus, alors on expulse les " conversos ". C'est une expulsion déguisée de gens officiellement convertis en 1425.

    - Pourquoi s'étaient-ils convertis?

    - Il y a eu 2 conversions de masse: une en 1391, qui suit une série de pogroms contre la Call, puis une autre en 1425. Celle de 1391 est la conséquence de l'ordre social qui prévalait dans l'île. En 1435, un rabbin fut accusé d'avoir fait subir à un de ses esclaves maure le supplices infligés à Jésus. Les principaux responsables de la communauté juive sont condamnés à la décapitation. Pour sauver leurs chefs, les juifs acceptent donc de se convertir en masse. Mais ce qu'il faut dire, c'est que quand un juif se convertissait, il devait changer de nom. En général, il prenait celui de son parrain. A l'époque c'était un honneur pour un noble de parrainer un juif converti et de lui donner son nom, de sorte que les " nouveaux chrétiens " de Majorque eurent bientôt les noms des nobles de la cité. Dès lors, il y eut pour un même patronyme deux lignées: une qui était descendante de juifs et l'autre qui était descendante de nobles. Quand naquit en Espagne le mythe de la pureté de sang, les nobles majorcans furent dans une situation difficile car on pouvait croire à leur patronyme qu'ils étaient juifs et donc n'avaient pas de sang pur ! C'est ce qui se produit notamment au 17ème siècle. C'est pourquoi au 17ème siècle le fait qu'il ne reste plus que 14 ou 15 noms est pour les nobles une aubaine. En faisant retomber sur ces 14 et sur eux-seuls tout l'opprobre des descendants de juifs, les nobles et les autres font ainsi oublier leurs propres origines juives. L'autodafé de 1691 était religieux mais la reproduction du racisme anti-chueta jusqu'à notre siècle est due au rôle décisif de la noblesse majorquine.

    - Comment?

    - Les choses tournent autour de la question de la " pureté de sang ". Par exemple, c'est la noblesse qui a financé les différentes rééditions de la " foi triomphante " du père Garau pour qu'on garde la mémoire des événements de 1691. Quand le feu de la haine avait tendance à s'éteindre, les nobles remettaient de " l'huile sur le feu " par une réédition de la " foi triomphante ". En outre, sans le savoir, les Chuetas pratiquaient des rites juifs qu'eux-mêmes ne pouvaient expliquer. Par exemple, ils ne mangeaient pas de langouste interdite par la Thora et autres lois alimentaires semblables ! Certains faisaient de la charcuterie de viande de boeuf. Au 17ème siècle, des marchands descendants de juifs voyageant dans le monde entier rencontraient des juifs là où ils se rendaient et ont sous influence cherché à revenir au judaïsme. Ils ont introduit des livres à Majorque et ont créé des groupes de judaïsants qui pratiquaient un curieux mélange: ils égorgeaient les animaux de façon rituelle etc... Finalement en 1630 est arrivé à Majorque un juif âgé d'environ 17 ans qui parlait espagnol. Cela a semblé suspect à l'Inquisition car, en principe depuis 1492, il ne restait plus de juifs en Espagne. Il a été jugé et brûlé. Alors a commencé une véritable chasse aux Marranes dans l'île. On a trouvé en particulier un groupe de Marranes qui se rassemblait dans un jardin pour prier. Petit à petit, ils ont fini par être tous arrêtés et jetés en prison. Mais ils ont imploré le pardon des autorités et ont été relaxés. Quelques années plus tard, un autre groupe d'environ 200 personnes a tenté de fuir l'île en bateau, mais ils ont dû faire demi-tour à cause du mauvais temps. Cette fois 23 membres de ce groupe ont refusé de revenir au catholicisme et se sont déclarés ouvertement juifs, ils ont été brûlés vifs. Aujourd'hui la question chueta n'est plus qu'une question archéologique. L'anti-chuetisme a disparu, c'est absurde d'affirmer le contraire. Leur aventure est maintenant terminée. La génération des Chuetas est bien la dernière.

    - Comment vous qui n'êtes pas Chueta vous êtes-vous intéressé

    à ce sujet ?

    - Quand j'étais enfant, j'avais une tante qui avait épousé mon oncle et, lui, était Chueta. Et quand cette tante venait chez moi, ma mère me recommandait d'éviter d'employer le mot " Chueta " pour ne pas l'offenser. Puis j'en ai fait le sujet de la thèse et je me suis passionné pour le sujet.

     

    DE MAJORQUE A JERUSALEM

    NICOLAS AGUILO DEVENU

    NISSAN BEN ABRAHAM

    RETROUVE SES RACINES

         C'est à Shilo, première capitale d'Israël du temps des Juges, aujourd'hui " territoires occupés " que nous avons rencontré Nissan Ben Abraham. C'est un authentique Chueta qui a décidé de revenir aux sources et qui est allé jusqu'au bout de sa démarche en revenant non seulement au judaïsme, mais aussi dans la terre d'Israël. Il retrace ici, pour nous, l'essentiel de sa démarche peu commune.

         " J'ai commencé à savoir que j'étais juif vers l'âge de 10 ans. Mon père fut un des premiers " Chuetas " à se marier avec un catholique. C'était il y a 35 ans.

         A cette époque encore c'était un événement exceptionnel. Avant cela les " Chuetas " se mariaient entre eux, car pour un catholique épouser une " Chueta " c'était se souiller et vice versa. J'ai d'abord découvert qu'il y avait des Chuetas " et que c'était quelque chose de mauvais. C'est un mot qu'on utilise comme un injure. Mais à cette époque je ne savais pas que j'étais l'un d'eux ! Un jour que je passais avec ma mère dans une des rues de Majorque qui se nomme " rue Yehuda Cresques ", scientifique juif de renom , j'ai dit à ma mère: " Ne ris pas, car toi aussi tu en es un ! "  Elle croyait que je savais, mais pour moi ce fut un terrible choc ! Pendant des mois je n'ai pu me défaire de cette pensée. Bien sûr, c'était le genre de sujet qu'on évitait soigneusement à la maison, comme dans la plupart des autres familles " Chuetas ". Bien sûr à l'école, j'avais déjà été alerté plusieurs fois. Mon père et mon grand-père avaient beaucoup souffert dans leur jeune âge, au point que tous les enfants " Chuetas " devaient se rendre à l'école, en groupes, escortés de deux prêtres pour que les autres enfants ne leur jettent pas des pierres ! Sans aller jusqu'à ces extrémités, j'ai souffert à l'école à cause de mon nom.

         Au début, quand on m'injuriait je ne comprenais pas ce que ça s'adressait à moi, et petit à petit j'ai réalisé que c'était moi qu'on traitait de " Chueta ", alors j'ai commencé à comprendre ! C'est un antisémitisme d'un genre très particulier".

     

    A la recherche de mes racines

         "Après plusieurs mois de réflexion à la suite de la découverte de mes origines, j'ai commencé à chercher mes racines notamment dans des livres sur le judaïsme. A cette époque, il n'y en avait pas beaucoup ! A Majorque, il existe une toute petite communauté juive ashkénazes qui s'est constituée en 1970 quand la liberté religieuse est venue en Espagne. J'ai cherché dans toutes les bibliothèques disponibles des livres sur le judaïsme. J'en ai seulement trouvé 2 dont un comprenait quelques prières juives dont les 18 bénédictions et l'alphabet hébreu. J'ai soigneusement copié ces prières et l'alphabet, et je me suis mis à les apprendre. Au début, ma démarche n'était pas religieuse, mais nationale: je voulais m'identifier à mon peuple. Je continuais à aller à l'église comme c'est de coutume chez les " Chuetas ". Ce n'est que petit à petit que j'ai commencé à évoluer. Par exemple, j'ai commencé à ne plus utiliser d'argent le shabbat etc ... non par souci religieux mais national. Plus tard, je suis tombé sur une méthode " assimil " d'hébreu biblique en anglais. Je n'avais pas étudié l'anglais à l'école mais le français. J'avais à cette époque quelque chose comme 12 ans. Je devais traduire phrase par phrase à l'aide d'un dictionnaire. J'ai pris contact avec la communauté juive de Majorque et je me suis mis à fréquenter la synagogue, semaine après semaine. La première fois que j'y suis allé, je l'ai signalé incidemment à mes parents qui n'ont pas répliqué. Ils ne savaient pas que j'avais l'intention d'y retourner chaque semaine. Nous habitions au 7ème étage d'un immeuble, et un jour j'ai rencontré mes parents au pied de l'ascenseur, ma mère m'a demandé:

    - " Pourquoi n'étais-tu pas à l'école samedi dernier ?

    - Parce qu'il y avait une prière spéciale à la synagogue, ai-je répondu.

    - Et pourquoi n'étais-tu pas non plus à l'école la semaine d'avant ?

    - Parce qu'il y avait une prière spéciale à la synagogue ! "

    Alors elle m'a dit:

    - " Pourquoi vas-tu à la synagogue plutôt qu'à l'école ?

    Je leur ai dit que c'est parce que je m'identifiais totalement à Israël. Ce fut pour eux un choc, surtout pour mon père".

     

    J'ai décidé d'aller m'établir

    en Israël

     

        "Ils sont montés me parler dans ma chambre, je leur ai montré mes livres. En outre, tout cet été-là, j'ai eu avec mon père des conversations très profondes sur les questions religieuses. C'était beaucoup plus facile pour ma mère car, pour elle, de toute façon elle avait épousé un juif; qu'il soit pratiquant ou non, en fin de compte, importait peu. Mon père, lui, avait certainement réfléchi à ces choses quand il était jeune et même s'il n'avait pas grand choix, il avait opté résolument pour le catholicisme et il avait été conséquent avec ses choix. Dès lors, avec lui, les relations sont devenues difficiles. Ca a un peu changer après la naissance de notre premier enfant, il est venu le voir en Israël, il est revenu une deuxième fois après, et petit à petit, je crois qu'il a fini par se faire à l'idée que j'avais choisi cette voie-là ... Un jour, je suis tombé sur la revue de l'Alliance Israélite Mondiale qui publiait la lettre d'un enfant juif qui remerciait le Président des Etats-Unis pour l'aide apportée à Israël. Cela m'a donné l'idée d'écrire moi aussi en espérant que ma lettre serait publiée et que, par ce moyen, j'obtiendrais les livres qui me manquaient. J'avais alors 17 ans. Quelques mois sont passés sans réponse. Puis un jour, une lettre est arrivée, puis deux, puis 10. En fait, en un mois une centaine de lettres me sont parvenues de jeunes en Israël. J'ai commencé par recevoir 4 lettres écrites en hébreu sans ponctuation. Cela a été très dur pour moi, il a fallu que je traduise chaque phrase avec un dictionnaire. Quand j'arrivais à la fin de la phrase, je ne me souvenais même plus du début ! Que s'était-il passé ? L'Alliance Israélite Mondiale avait fait parvenir ma lette au grand quotidien du soir " Maariv " qui l'avait publiée invitant les lecteurs à m'écrire. Certains se sont mis à m'écrire chaque semaine sans même attendre de réponse. J'avais entendu parler d'Israël, j'avais lu pas mal de livres, mais j'ai commencé à demander à mes correspondants si on pouvait être un bon juif sans connaître la Thora et le Talmud. Certains m'ont répondu en disant: " Non, on ne peut pas être un bon juif sans connaître ces choses, aussi viens en Israël et étudie ", d'autres disaient: " Si, on peut être un bon juif sans connaître la Thora et le Talmud, l'essentiel c'est que tu viennes vivre en Israël ! " Ne sachant trop que penser, j'ai constaté qu'ils disaient tous que la place d'un juif est en Israël, aussi ai-je décidé que j'irais vivre là-bas. J'ai attendu pour cela d'avoir terminé mon service militaire en Espagne. Alors, j'ai fait part de ma décision à mes parents. Ils ont pensé que c'était une idée d'un moment jusqu'à ce que j'obtienne mon passeport pour Israël. Pour nous tous, ce fut un moment très difficile. Pour mes parents cela va sans dire, mais pour moi aussi, car être juif à côté de la maison c'est autre chose que d'être juif de l'autre côté de la Méditerranée. Je suis parti entre Rosh Hashana et Yom Kippour en 1977. Je suis d'abord allé dans un kibboutz religieux dans la vallée de Beit Shean. Quand je me suis marié, j'ai quitté le kibboutz et suis venu habiter à Jérusalem avant de venir ici à Shilo, première capitale d'Israël, par idéalisme pour contribuer à ce grand mouvement qui a débuté il y a 50 et même 100 ans et qui pousse les juifs du monde entier à revenir en Israël. Je crois que les événements actuels ne pourront pas remettre en question durablement ce mouvement et le sionisme perdurera malgré le processus en cours".

         A Majorque il y a de nombreux Marranes qui s'intéressent énormément au judaïsme sur le plan culturel, ils se sentent partie du peuple d'Israël, mais faire ce que j'ai fait, ça c'est difficile pour eux !

        Ils viennent ici en touristes, ils font même des dons, mais 600 ans d'Inquisition ont fait là-bas de terribles ravages en sorte qu'ils restent Marranes.

         Il y a deux ans, en 1992 - 500ème anniversaire de l'expulsion des juifs d'Espagne - Nicolas Aguilo devenu Nissan Ben Abraham, le marrane revenu aux sources, allumait la flamme qui commémorait la lutte des juifs d'Espagne contre l'Inquisition lors du 44ème anniversaire de l'indépendance d'Israël, la patrie retrouvée. De Majorque à Jérusalem, après un voyage de 500 ans, la boucle est bouclée. Le dernier des " Chuetas " était revenu à la maison, signe indiscutable que l'exil touche à sa fin et que le temps est proche ... et preuve que même à Majorque, dans les " îles de la mer " des ossements complètement secs et qui ne pouvaient revivre sortent des tombeaux des Nations et reviennent reprendre vie sur l'ancienne terre d'Israël.

     

    Source : Jean-Marc Thorbois pour Sefarad.org

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  • Je continuerai

    Je continuerai

    Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir.
    Je continuerai à aimer, même si les autres distillent la haine.
    Je continuerai à construire, même si les autres détruisent.
    Je continuerai à parler de paix, même au milieu d’une guerre.
    Je continuerai à illuminer, même au milieu de l’obscurité.

    Je continuerai à semer, même si les autres piétinent la récolte.

    Et je continuerai à crier, même si les autres se taisent.
    Et je dessinerai des sourires sur des visages en larmes.
    Et j’apporterai le soulagement, quand on verra la douleur.
    Et j’offrirai des motifs de joie là où il n’y a que tristesse.
    J’inviterai à marcher celui qui a décidé de s’arrêter…
    Et je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés. »

     

    Abbé Pierre

    http://www.philosophie-poeme.com/beaux-textes-philosophiques-et-spirituels-c27514900

     

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