• Suicides par imitation

    Suicides par imitation
    (D’après un article paru en 1833)
     
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    On attribue, en général, à la volonté une puissance presque indéfinie sur les actions ; on admet que l’homme peut toujours, par la seule force de sa conscience, maîtriser les penchants qui le portent à commettre tel ou tel acte, quelles que soient les causes extérieures qui agissent sur lui. Cette croyance, cependant, est souvent contrariée par une foule de faits. Ainsi, dans les exemples qui suivent, on voit l’imitation, que l’on peut mettre au nombre des causes du crime, donner lieu à de fréquents suicides. On pourra en tirer cette conséquence, que les législateurs-moralistes ne doivent pas seulement s’appliquer à trouver des raisons solides et à donner de bons conseils, mais encore à écarter les causes matérielles dont l’influence pourrait empêcher les effets de ces raisons et de ces conseils.

    La volonté de l’homme a de la force, sans doute, mais à condition qu’on ne la place pas dans des circonstances assez puissantes pour dominer cette force. L’expérience enseigne, souvent aux dépens de quelques-uns, à mesurer la valeur de ces circonstances ; la raison peut les prévoir, c’est alors à elle de les éviter.

    • Un soldat de l’Hôtel des Invalides se pendit à un poteau, et fut, peu de temps après, imité par douze de ses camarades. La contagion ne cessa que quand on eut arraché le fatal poteau.
    • Napoléon fit brûler une guérite dans laquelle plusieurs soldats s’étaient donné la mort.
    • Dans un régiment en garnison à Malte, les suicides se succédaient d’une manière effrayante ; le commandant, après avoir vainement essayé plusieurs moyens, résolut de refuser désormais aux suicides la sépulture selon les rites chrétiens. L’esprit d’imitation cessa tout à coup.
    • A une certaine époque, les femmes de Lyon furent possédées de l’envie de se détruire en se jetant dans le puits de cette ville.
    • En 1813, dans le petit village de Saint-Pierre-Monzeau, dans le Valais, une femme se pendit ; un grand nombre d’autres suivirent son exemple, et si les autorités civiles n’étaient intervenues, la contagion aurait pu se répandre indéfiniment.
    • A une séance de l’Académie de médecine, M. Esquirol cita six exemples d’individus tourmentés du désir de tuer leurs enfants, et cela depuis le crime de la fille Cornier.
    • On croira difficilement qu’il ait existé à Berlin un club du suicide destiné à propager cette funeste manie ; le fait est pourtant positif. Cette société était composée de six personnes, qui avouaient hautement l’intention de se détruire, et cherchaient, par tous les moyens, à faire des prosélytes. On se moqua de leur folie ; mais trois suicides eurent lieu, conformément aux principes de la société, et à la fin tous les six prouvèrent leur bonne foi ; le dernier se tua en 1817.

      Un club du suicide a également existé à Paris. On y comptait douze personnes ; le règlement portait qu’on élirait tous les ans celui des membres qui se donnerait la mort.

     

     

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