• Sommeil de Plomb ......................... Louis Aragon 1897 - 1982

    Sommeil de Plomb

     Sommeil de Plomb ......................... Louis Aragon

    Le dormeur éveillé regarde la vie avec des yeux de petit enfant

    Dormeur quel nuage obscurcit l'azur de ton front

    L'homme secoue une tête plus pesante que
    Forage

    Il voudrait jouer aux quatre coins mais il ne peut
    Il est tout seul

    La balie du soleil en vavn s'offre à lui

    En vain les cerceaux des ponts

    En vain

    Henri
    IV l'invite à chat perché

    Le monde eoule à ses pieds et les passants ont toujours le même visage

    Les plus pressés paraissent plus jeunes et les plus vieux paressent

    A la voir on ne croirait pas la ville en carton ni le soir

    Faux comme les prunelles des femmes et des amis les meilleurs

    Quel danger je cours
    Immobile contre le parapet de l'univers

    Si j'allais me prendre à ce ehromo l'aspect des maisons à huit heures

    d'été

    Vertige le décor devient le visage de la vie

    La face de cette fille que j'ai tant aimée

    Pour ses mains ses yeux faits et sa stupidité

    Comme tu mentais bien paysage de l'amour

    Il y avait cette place au creux de ton épaule

    Et les frissons qui glissaient comme une eau sur ma figure

    Courroux courroux mais tu chantais à voix lasse comme la plus

    innocente

    Et tu ne trouvais que des consonnes sourdes

    Des sons issus du sang pour nommer les lèvres les caresses

    Tout ce qui dansait entre deux corps comme la flamme du désir

    Un bourdonnement de mouches sur les fruits signifiait moi-même

    Et quand j'étais trop las tu laissais avec à propos pendre un bras mûr

    Il peut sans peine sommeiller

    Il n'est pas mort
    Il bouge dans un monde plus mou

    Ne me parlez pas de la lumière du soleil

    J'attends que renaisse la dame du souvenir

    Un grand trou s'est fait dans ma mémoire

    Un lac où
    Von peut se noyer mais non pas boire

    Aucun remords ne t'éveille et tu sens le lit sous tes reins

    Jusqu'à ce que ce dernier appui s'affaisse et que tu t'enfonces dans le

    vide

    Au pays souterrain du songe

    Alors je retombe en enfance

    Les livres sont rouges et dorés sur tranche

    Il n'y a qu'un avenir tout simple

    Là-bas entre les lianes des forêts bien connues

    On fait du feu avec des morceaux de bois sec et la boussole permet

    de s'orienter

    Pourvu que les porteurs ne se révoltent pas

    Pourvu que les dormeurs ne se réveillent pas

    Mon corps je t'appelle du nom que les bouches ont perdu depuis

    la création du monde

    Mon corps mon corps c'est une danse rouge c'est un mausolée un tir

    aux pigeons un geyser

    Plus jamais je ne tirerai ce jeune homme des bras des forêts

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