• Sept parcelles de luberon...........René Char (1907 - 1988)

    Sept parcelles de luberon

    Sept parcelles de luberon

    I

    Couchés en terre de douleur,
    Mordus des grillons, des enfants,
    Tombés de soleils vieillissants,
    Doux fruits de la
    Brémonde.

    Dans un bel arbre sans essaim,
    Vous languissez de communion,
    Vous éclatez de division,
    Jeunesse, voyante nuée.

    Ton naufrage n'a rien laissé
    Qu'un gouvernail pour notre cœur,
    Un rocher creux pour notre peur,
    O
    Buoux, barque maltraitée!

    Tels des mélèzes grandissants,
    Au-dessus des conjurations,



    Vous êtes le calque du vent,
    Mes jours, muraille d'incendie.

    *

    C'était près.
    En pays heureux. Élevant sa plainte au délice,
    Je frottai le trait de ses hanches
    Contre les ergots de tes branches,
    Romarin, lande butinée.

    *

    De mon logis, pierre après pierre,
    J'endure la démolition.
    Seul sut l'exacte dimension
    Le dévot, d'un soir, de la mort.

    L'hiver se plaisait en
    Provence
    Sous le regard gris des
    Vaudois;
    Le bûcher a fondu la neige,
    L'eau glissa bouillante au torrent.

    Avec un astre de misère,
    Le sang à sécher est trop lent.
    Massif de mes deuils, tu gouvernes :
    Je n'ai jamais rêvé de toi.

    II

    Traversée

    Sur la route qui plonge au loin
    Ne s'élève plus un cheval.
    La ravinée dépite un couple;
    Puis l'herbe, d'une basse branche,
    Se donne un toit, et le lui tend.
    Sous la fleur rose des bruyères
    Ne sanglote pas le chagrin.
    Buses, milans, martres, ratiers,
    Et les funèbres farandoles,
    Se tiennent aux endroits sauvages.
    Le seigle trace la frontière
    Entre la fougère et l'appel.
    Lâcher un passé négligeable.
    Que faut-il,

    La barre du printemps au front,
    Pour que le nuage s'endorme
    Sans rouler au bord de nos yeux?
    Que manque-t-il,
    Bonheur d'être et galop éteint,
    Hache enfoncée entre les deux?
    Bats-toi, souffrant!
    Va-t'en, captif!
    La transpiration des bouchers
    Hypnotise encore
    Mérindol.

    *******************************

    Naissance: 14 juin 1907 L'Isle-sur-la-Sorgue
    Décès: 19 février 1988 (à 80 ans) Paris

    René Charest un poète et résistant français.

    Né en 1907 à L'Isle sur la Sorgue, René Char adhère à 22 ans au mouvement surréaliste. Il signe un recueil en commun avec Breton et Eluard mais reprend bien vite son indépendance en 1934. Son oeuvre sera désormais celle d'un solitaire et d'un homme d'action en prise avec son temps : en 1937, il dédie son Placard pour un chemin des écoliers aux 'enfants d'Espagne'. Démobilisé en 1940, il entre presque aussitôt dans la Résistance sous le nom de guerre d'Alexandre. Cette expérience sera relatée dans 'Les Feuillets d'Hypnos' (1946). Après la Libération, 'Seuls demeurent' (1945), somme des temps de guerre, est suivi du 'Poème pulvérisé' (1947), de 'Fureur et mystère' (1948) et des 'Matinaux' (1950) qui ont' mission d'éveiller', au sortir de la réclusion, aux mille ruisseaux de la vie diurne. Sa poésie est abrupte, hermétique. Tout son travail résidait dans l'épuration de ses phrases jusqu'à les réduire à de fulgurants instantanés.

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