• Le Glouton

    La Légende Du Glouton (Légende Micmac)

    Qu’on l’appelle le glouton ou le carcajou, voilà une bête peu sympathique qu’on n’aime pas voir rôder près de nous. Le glouton est un animal charognard en voie de disparition aujourd’hui, mais il n’en a pas toujours été ainsi.

    *********


    Les Micmacs appellent cette bête Kek-oua-gou. Selon eux, le principal plaisir du glouton n’est pas de manger, mais plutôt de jouer des tours. Il y a plusieurs années, deux vieilles femmes l’ont appris à leurs dépens. Elles étaient parties faire de la cueillette en forêt. À la nuit tombée, elles s’installèrent près d’un abri qu’elles avaient construit, dans une clairière. L’automne était déjà bien avancé, il faisait froid, et les vieilles décidèrent de faire un feu pour se réchauffer. Elles s’endormirent rapidement, blotties l’une près de l’autre, au bord du feu, toutes vêtues et leurs mocassins aux pieds.

    Le glouton ne tarda pas à surgir près d’elles… En ricanant, il prit une branche et poussa la braise vers le mocassin de l’une des dormeuses. Un tison s’enflamma. La vieille se réveilla en hurlant de douleur. Elle plongea son pied dans une marmite d’eau posée près du feu et se mit à crier contre sa compagne. « Tu devrais avoir honte! Tu ne sais donc pas dormir ? Tu as failli causer ma mort ! » Pendant que son amie, mal éveillée, tentait en vain de se défendre, le glouton ricanait dans son coin…

    Après une longue dispute, les deux femmes finirent par se rendormir. Le glouton bondit sur l’occasion ! Il revint près du feu, joua de nouveau dans la braise et poussa cette fois un gros tison vers le pied de la deuxième femme. Tout comme son amie peu de temps avant, celle-ci se réveilla sous le coup de la douleur et se mit à hurler ! Elle plongea son pied dans l’eau de la marmite et manifesta sa colère contre sa compagne... « C’est bien la peine de m’insulter! C’est toi qui ne sais pas dormir! Tu m’as blessée… Tu aurais pu me tuer ! » L’autre vieille, encore ensommeillée, protesta mollement d’abord, puis plus férocement. Dans la forêt, on n’entendait plus que les cris des vieilles femmes. Elles étaient si fâchées qu’elles en vinrent même aux coups, l’une frappant l’épaule de l’autre, l’autre ripostant en lui tirant les cheveux. Le glouton regardait la scène, enchanté, et il riait, il riait… Il était si fier de son coup qu’il n’arrivait plus à arrêter de rire. Et il rit tant et si bien que la peau recouvrant ses côtes se déchira soudain. La bête se mit à crier de douleur à son tour. Les deux vieilles femmes cessèrent leur dispute et aperçurent le glouton… Elles comprirent rapidement quel vilain tour on leur avait joué. Elles se précipitèrent sur lui et le frappèrent si fort qu’il tomba à leurs pieds. Le croyant mort, elles décidèrent de le faire cuire pour le manger et de l’écorcher pour suspendre sa peau dans leur campement. La peau leur rappellerait toujours qu’on doit avoir des preuves avant d’accuser qui que ce soit.

    La chaleur de l’eau bouillante ranima le glouton, qui recouvra ses forces maléfiques et réussit à sortir de la marmite. Il se précipita sur sa peau, qu’il décrocha à toute vitesse, et s’enfuit dans la forêt en courant le plus longtemps possible. Quand il s’arrêta enfin, il voulut enfiler sa peau. Il s’aperçut que sa chair était devenue plus foncée, à cause de la chaleur du feu, et aussi que son corps avait rétréci. La peau ne lui allait plus tout à fait. Elle formait ici et là des plis hideux.

    Depuis ce jour, l’homme n’a cessé de persécuter cette redoutable bête et les Micmacs demeurent méfiants quand d’étranges événements se produisent en forêt… Leurs soupçons vont toujours d’abord vers le glouton.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • La Légende Du Jour...La Dame Blanche...

    La Légende Du Jour...La Dame Blanche...

    Source  : L’appellation dame blanche est donnée à des mythes ou à des apparitions de natures diverses. Il peut s’agir soit d’entités surnaturelles tenant les rôles de fées, de sorcières, de lavandières de la nuit ou d’annonciatrices de mort prochaine, soit de fantômes de femmes décédées lorsqu’il s’agit de spectreshantant des châteaux ou d’auto-stoppeuses fantômes.

    Quelles que soient leurs formes, les légendes des dames blanches se retrouvent un peu partout en Europe et en Amérique du Nord.

    **************

    Voici La Légende De la Dame Blanche

    Connaissez-vous la chute Montmorency, sur la Côte-de-Beaupré, tout près de Québec ? Au fil des ans, plusieurs personnes ont juré y avoir vu, quand la nuit tombe, une silhouette féminine, fine et blanche. C’est celle de Mathilde Robin, morte en 1759. Ou plutôt, celle du fantôme de cette femme qu’on appelle désormais : la Dame blanche…

    Remontons le fil du temps jusqu’en 1759 : Mathilde vit sur la Côte-de-Beaupré. Elle est pleinement heureuse : à la fin de l’été, elle épousera le beau Louis, celui qui fait battre son cœur. Mathilde a cousu elle-même sa robe de mariée, blanche, comme il se doit. Quelques rumeurs planent sur Québec, comme quoi les Anglais voudraient s’emparer de la ville, mais Mathilde n’y prête pas trop attention. Rien ne peut assombrir son bonheur… Rien, sauf la guerre. Car le 31 juillet, tout bascule. Des cris retentissent soudain : les Anglais sont là, au pied de la chute ! Ils veulent prendre Québec aux mains de la France ! Les femmes et les enfants se réfugient dans la forêt pour attendre la fin des combats. Les hommes vont prêter main-forte aux soldats français. Le courageux Louis embrasse Mathilde et promet de revenir rapidement.

    La Bataille de la chute Montmorency dure quelques jours. Quand elle cesse enfin, malgré le triste tableau des soldats des deux camps morts ici et là, des cris de joie montent dans le ciel de Québec... Les Français ont gagné ! Victoire ! Les hommes regagnent la forêt pour retrouver leurs proches. Le cœur serré, Mathilde attend. Louis ne revient pas. Presque tous sont de retour, maintenant… et Mathilde attend, encore et encore.

    Un commandant lui apprend la terrible nouvelle: Louis est mort au combat. Il ne reviendra pas. Folle de douleur, elle court vers sa maison, enfile sa robe de mariée blanche, pose son voile sur ses cheveux. Mathilde Robin se dirige ensuite vers la chute où son fiancé et elle aimaient tant se promener.

    Cette chute au pied de laquelle Louis a péri. La pleine lune éclaire sa silhouette fragile. Mathilde ouvre largement les bras en croix. Dans un dernier gémissement de douleur, elle se laisse tomber dans les eaux tumultueuses de la chute Montmorency. On dit que son voile fut emporté par le vent et qu’il se déposa sur les rochers. Quand les gens de la Côte-de-Beaupré passèrent devant, le lendemain, une nouvelle cascade était apparue. On l’appela le Voile de la mariée. Elle est toujours là, juste à gauche de la chute.

    Aujourd’hui, deux siècles et demi plus tard, si vous passez par la chute Montmorency, la nuit, vous apercevrez sans doute une frêle jeune fille vêtue d’une longue robe blanche. C’est le fantôme de Mathilde, la Dame blanche. Il arrive même qu’on l’entende gémir jusque sur l’île d’Orléans. Si vous la voyez, ne l’approchez pas trop… On raconte que tous ceux qui ont tenté de toucher à la robe de la belle Mathilde ont connu une mort brutale quelques jours plus tard… Alors contentez-vous de regarder, de loin, le Voile de la mariée et cette Dame blanche, qui pleure pour toujours la mort de son fiancé.

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • La princesse de lumière resplendissante

    28006_princesse.jpg

    Kaguya-hime «princesse de lumière resplendissante»), est un personnage d'un conte folklorique japonais datant du X e siècle, appelé également Taketori no Monogatari, Le conte du coupeur de bambou) ou Kaguya-hime no Monogatari , Le conte de la princesse Kaguya). Ce conte est considéré comme le narratif japonais le plus ancien. Le texte, en prose, est écrit entièrement en kana, dans une langue très simple et il est en réalité composé de sept contes. L'-auteur est anonyme mais on date sa rédaction entre 850 et 950. Cette ancienne légende est également illustrée dans un emakimono par Kose Ômi et calligraphiée par Ki no- Tsurayuki.

    Un jour un vieux coupeur de bambou sans descendants, Taketori-no-Okina , «le vieillard qui récolte le bambou»), trouve une mystérieuse plante de bambou reluisante. La coupant, il trouve à l'intérieur un bébé de la taille de son pouce. Heureux de trouver une si belle petite fille, lui et sa femme l'élèvent comme si elle était leur propre enfant, l'appelant Kaguya-hime , « princesse lumineuse»). Depuis, quand il coupe un bambou il trouve une pépite d'or. Il devient vite riche, et Kaguyahime grandit d'un bébé minuscule à une femme de taille normale et de beauté resplendissante. Au début Taketori-no-Okina essaie de la cacher des autres, mais avec le temps les nouvelles de sa beauté se répandent.

    Finalement, cinq princes viennent chez Taketori no Okina pour demander Kaguya-hime en mariage. Ces princes convainquent Taketori-no-Okina de demander à la réticente Kaguya-hime de choisir parmi eux. Pour ce faire, Kaguyahime donne des tâches impossibles aux princes. Elle épousera celui qui peut lui apporter un objet précis.

    La même nuit, Taketori-no-Okina dit à chacun des cinq princes ce qu'ils doivent rapporter. Le premier doit rapporter le bol en pierre utilisé par le Bouddha pendant qu'il mendiait; le second, une branche à joyaux de l'Île de Hôrai; le troisième, la robe légendaire du rat qui habite Le montagne de Chine; le quatrième, un joyau coloré du cou d'un dragon; et le cinquième, le cypraea de hirondelle.
    Se rendant compte que la tâche était impossible, le premier prince revient avec un bol très cher, mais Kaguya-hime se rend compte de sa supercherie quand elle voit que le bol ne luit pas d'une lueur sainte. Deux autres princes essaient également de la tromper avec des faux et échouent. Le quatrième renonce pendant un orage, et le cinquième meurt en essayant de prendre l'objet.
    Ensuite, l'empereur du Japon, mikado, vient voir l'étrangement belle Kaguya-hime et en tombe amoureux; il propose de l'épouser. Bien qu'il ne soit pas soumis aux tâches impossibles des princes, Kaguya-hime refuse sa demande en mariage, lui disant qu'elle n'est pas de ce pays et ne peut donc pas aller au palais avec lui. Elle reste en contact avec l'empereur mais continue à refuser ses demandes de mariage.

    Cet été-là, elle pleure à chaque fois qu'elle voit la pleine lune. Elle n'est pas capable de dire à ses parents adoptifs ce qui ne va pas, malgré tout leur amour pour elle. Son comportement devient de plus en plus erratique jusqu'à ce qu'elle révèle qu'elle n'est pas de ce monde et qu'elle doit retourner parmi les siens sur la Lune. Dans certaines versions du conte elle fut envoyée sur Terre comme punition temporaire pour un crime qu'elle aurait commis, tandis que dans d'autres elle y fut envoyée pour la maintenir en sécurité pendant une guerre céleste.

    Le jour de son retour approchant, l'empereur envoie des gardes patrouiller autour de chez elle pour la protéger du peuple de la Lune, mais quand une ambassade d'« êtres célestes» arrive à la porte de la maison de Taketori-no-Okino, les gardes sont aveuglés par une étrange lumière. Kaguya-hime annonce que, bien qu'elle aime ses amis sur Terre, elle doit retourner sur la Lune avec les siens. Elle écrit des mots tristes pleins de regrets à ses parents et à l'empereur, puis donne à ses parents sa robe en souvenir. Elle goûte un peu d'élixir d'immortalité, l'attache à sa lettre à l'empereur, et le donne à un garde. En la lui donnant, on lui met une robe de plumes et toute sa tristesse et compassion pour le peuple de la Terre disparaît.

    Son entourage céleste ramène Kaguya-hime à Tsuki-no-Mitako contre son gré, laissant ses parents adoptifs en pleurs. Ses parents adoptifs deviennent très tristes et tombent bientôt malades. Le garde retourne chez l'empereur avec les objets que Kaguya-hime lui a laissé dans son dernier acte mortel et raconte ce qui s'est passé. L'empereur lit sa lettre et en est ému. Il demande à ses domestiques quel est le mont le plus près du Ciel; l'un d'eux répond le Grand Mont de la province de Suruga. L'empereur ordonne à ses hommes d'apporter la lettre au sommet du mont et l'y incinérer, avec l'espoir que son message parviendrait à la princesse lointaine. Les hommes sont aussi commandés de brûler le pot d'élixir d'immortalité parce qu'il ne désire pas vivre éternellement sans pouvoir la voir. La légende dit que le mot pour « immortalité », fushi ou fUji devint le nom de la montagne, le mont Fuji. Il est dit aussi que les kanji du mont, littéralement « montagne abondante en guerriers », dérive de l'armée de l'empereur gravissant le mont pour faire ce qu'il avait commandé. Il est dit que la fumée de l'incinération des objets continue aujourd'hui (bien que le mont Fuji ne soit plus aussi actif de nos jours).

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Les souhaits ridicules

    Les souhaits ridicules........Les Contes de Perrault (1697)

     

    Il était une fois un pauvre bûcheron
    Qui, las de sa pénible vie,
    Avait, disait-il, grand envie
    De s’aller reposer aux bords de l’Achéron :
    Représentant, dans sa douleur profonde,
    Que, depuis qu’il était au monde,
    Le ciel cruel n’avait jamais
    Voulu remplir un seul de ses souhaits.

    Un jour que, dans le bois, il se mit à se plaindre,
    A lui, la foudre en main, Jupiter apparut ;
    On aurait peine à bien dépeindre
    La peur que le bonhomme en eut.
    Je ne veux rien, dit-il, en se jetant par terre ;
    Point de souhaits, point de tonnerre,
    Seigneur, demeurons but à but.

    — Cesse d’avoir aucune crainte ;
    Je viens, dit Jupiter, touché de ta complainte,
    Te faire voir le tort que tu me fais.
    Écoute donc : je te promets,
    Moi qui du monde entier suis le souverain maître,
    D’exaucer pleinement les trois premiers souhaits
    Que tu voudras former sur quoi que ce puisse être ;
    Vois ce qui peut te rendre heureux,
    Vois ce qui peut te satisfaire ;
    Et, comme ton bonheur dépend tout de tes vœux,
    Songes-y bien avant que de les faire. »

    A ces mots, Jupiter dans les cieux remonta ;
    Et le gai bûcheron, embrassant sa falourde.
    Pour retourner chez lui sur son dos la jeta.
    Cette charge jamais ne lui parut moins lourde.

     

    « Il ne faut pas, disait-il en trottant,
    Dans tout ceci rien faire à la légère ;
    Il faut, le cas est important,
    En prendre avis de notre ménagère.

    Çà, dit-il, en entrant sous son toit de fougère,
    Faisons, Fanchon, grand feu, grand chère,
    Nous sommes riches à jamais.
    Et nous n’avons qu’à faire des souhaits. »
    Là-dessus, tout au long, le fait il lui raconte.
    A ce récit, l’épouse, vive et prompte,
    Forma dans son esprit mille vastes projets ;
    Mais, considérant l’importance
    De s’y conduire avec prudence :
    « Biaise, mon cher ami, dit-elle à son époux,
    Ne gâtons rien par notre impatience ,
    Examinons bien entre nous
    Ce qu’il faut faire en pareille occurrence ;
    Remettons à demain notre premier souhait.
    Et consultons notre chevet.
    — Je l’entends bien ainsi, dit le bonhomme Biaise ;
    Mais, va tirer du vin derrière ces fagots. »
    A son retour, il but ; et, goûtant à son aise,
    Près d’un grand feu, la douceur du repos,
    Il dit, en s’appuyant sur le dos de sa chaise :
    « Pendant que nous avons une si bonne braise,
    Qu’une aune de boudin viendrait bien à propos ! »

    A peine acheva-t-il de prononcer ces mots.
    Que sa femme aperçut, grandement étonnée,
    Un boudin fort long, qui, partant
    D’un des coins de la cheminée.
    S’approchait d’elle en serpentant.
    Elle fit un cri dans l’instant ;
    Mais, jugeant que cette aventure
    Avait pour cause le souhait
    Que, par bêtise toute pure,
    Son homme imprudent avait fait.
    Il n’est point de pouille et d’injure
    Que, de dépit et de courroux,
    Elle ne dit au pauvre époux.

     

    « Quand on peut, disait-elle, obtenir un empire,
    De l’or, des perles, des rubis,
    Des diamants, de beaux habits.
    Est-ce alors du boudin qu’il faut que l’on désire ?
    — Eh bien ! j’ai tort, dit-il ; j’ai mal placé mon choix,
    J’ai commis une faute énorme,
    Je ferai mieux une autre fois.
    — Bon, bon, dit-elle, attendez-moi sous l’orme.
    Pour faire un tel souhait, il faut être bien bœuf ! »
    L’époux, plus d’une fois, emporté de colère,
    Pensa faire tout bas le souhait d’être veuf.
    Et peut-être, entre nous, ne pouvait-il mieux faire.
    « Les hommes, disait-il, pour souffrir sont bien nés !
    Peste soit du boudin, et du boudin encore !
    Plût à Dieu, maudite pécore,
    Qu’il te pendît au bout du nez » !

    La prière aussitôt du ciel fut écoutée ;
    Et, dès que le mari la parole lâcha,
    Au nez de l’épouse irritée
    L’aune de boudin s’attacha.
    Ce prodige imprévu grandement le fâcha.
    Fanchon n’était pas laide ; elle avait bonne grâce,
    Et, pour dire sans fard la vérité du fait,
    Cet ornement en cette place
    Ne faisait pas un bon effet,
    Si ce n’est qu’en pendant sur le bas du visage,
    Il l’empêchait de parler aisément ;
    Pour un époux, merveilleux avantage,
    Et si grand, qu’il pensa, dans cet heureux moment,
    Ne souhaiter rien davantage !

    « Je pourrais bien, disait-il à part soi,
    Après un malheur si funeste,
    Avec le souhait qui me reste,
    Tout d’un plein saut me faire roi.
    Rien n’égale, il est vrai, la grandeur souveraine ;
    Mais encore faut il songer
    Comment serait faite la reine,
    Et dans quelle douleur ce serait la plonger,

     

    De l’aller placer sur un trône
    Avec un nez plus long qu’une aune.
    Il faut l’écouter sur cela,
    Et qu’elle-même elle soit la maîtresse
    De devenir une grande princesse,
    En conservant l’horrible nez qu’elle a,
    Ou de demeurer bûcheronne
    Avec un nez comme une autre personne,
    Et tel qu’elle l’avait avant ce malheur-là. »

    La chose bien examinée,
    Quoiqu’elle sût d’un sceptre et la force et l’effet,
    Et que, quand on est couronnée,
    On a toujours le nez bien fait ;
    Comme au désir de plaire il n’est rien qui ne cède,
    Elle aima mieux garder son bavolet
    Que d’être reine et d’être laide.

    Ainsi le bûcheron ne changea point d’état.
    Ne devint point grand potentat,
    D’écus ne remplit point sa bourse ;
    Trop heureux d’employer son souhait qui restait,
    Faible bonheur, pauvre ressource !
    A remettre sa femme en l’état qu’elle était.

    Bien est donc vrai qu’aux hommes misérables,
    Aveugles, imprudents, inquiets, variables,
    Pas n’appartient de faire des souhaits ;
    Et que peu d’entre eux sont capables
    De bien user des dons que le ciel leur a faits.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • "La Grenade" conte Zen ?...

    "La Grenade" conte Zen ?...


    Comme je vivais jadis dans le cœur d’une grenade, j’entendis une graine dire :
    « Un jour je deviendrai un arbre, et le vent chantera dans mes
    branches, et le soleil dansera sur mes feuilles, et je serai un arbre
    puissant et beau durant toutes les saisons. »

    Puis une autre graine dit : » Quand j’étais aussi jeune que vous, je
    nourrissais des rêves semblables. Mais maintenant que je suis à même de
    peser et de mesurer toute chose, je me rends compte que tous mes espoirs
    étaient vains. »

    Et une troisième graine dit aussi : « Je ne vois rien en nous qui promette un avenir brillant ; »

    Et une quatrième graine dit : « Sans un grand avenir, piètre vie que la nôtre. »

    Et une cinquième dit : « Pourquoi nous disputer sur ce que nous serons, alors que nous ignorons même ce qui nous sommes. »

    Mais une sixième répliqua : « Quoi que nous soyons, nous continuerons d’être ! »

    Et une septième dit : « Je forme des idées claires sur l’avenir, mais je ne peux les exprimer par des mots. »

    Puis une huitième parla et une neuvième et une dixième et toutes les autres
    graines parlèrent à la fois, et je ne pouvais plus rien comprendre dans
    cette confusion de voix.

    Et ainsi, je déménageai ce jour-là dans le cœur d’un coing, où les graines étaient peu nombreuses et presque silencieuses.

    Khalil Gibran.
    -------
    Conte Zen, c'est "ma participation ajoutée" à ce texte remarquable de Khalil Gibran.

    « Sois zen » est devenu synonyme de « Calme-toi; une sorte de  « Lâche prise »...

    Lâcher prise, c'est comprendre que rien n'est permanent ou solide et que tout est en perpétuel changement.

    L'auteur est né à Bcharré au Liban en 1883 ; poète et peintre libanais il est décédé en 1931 à New York,
    il est surtout connu pour son livre "Le prophète".
    On a comparé Gibran à William Blake et il est appelé par l’écrivain Alexandre Najjar le « Victor Hugo libanais ».
    Il était chrétien catholique de rite maronite.

    Ses dernières années furent marquées par la maladie et les sollicitations
    mondaines suscitées par sa gloire, car Gibran le Libanais était devenu
    un écrivain américain exprimant des intérêts universels. Outre la
    rencontre de l’Orient et de l’Occident, ce poète incarne surtout
    l’acharnement d’un homme à être un vivant.

    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique