• J'ose glisser sur ton douteux empire

    J'ose glisser sur ton douteux empire
    Dieu enjonché, pour y dire ton los* ;
    Reçoy moy donc, et repousse les flots 
    Qui troubleroient ce que je te veux dire. 

    Si tu m'entends, et comme je desire 
    Tu me reçois sur le bleu de ton dos, 
    Et tient mon pin en tes doigts si bien clos 
    Que despecé sous ton onde il ne vire :

    Je te promets sur terre de retour 
    Un petit temps, et le rens de son tour 
    Tel que le pin qui coupe ton eschine :

    Et si ne veux qu'on y die pour toy 
    Service nul que celuy que je doy 
    Ores sonner sur ton onde divine.

    (*) louange
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  • Espritz qui voletez sur le bruict que bourdonne

    Espritz qui voletez sur le bruict que bourdonne 
    Le fleuve recourbé qui de son viste cours 
    Leche presque le tour de ceste ville, ou l'ours 
    Qui fut premier trouvé le redouté nom donne :

    Si devot quelque fois vostre troupe mignonne 
    J'honore de mes vers, et sur les legers tours 
    Que le soir vous tournez, de mes divers discours 
    De son trist' enroüé pour contrebruict j'entonne 

    Priez pour moy le Dieu qui se sied de costé 
    Sur le moite surjon de ce fleuve irrité, 
    Qu'il cesse un peu le bruict qui trouble mes oreilles, 

    Ores que je vous veux estrener de ces vers, 
    Puis escoute benin mille discours divers 
    Que je force sortir d'une nuict de mes veilles.
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  • Le lever

    Le lever.............Alfred de MUSSET 1810 - 1857

    Assez dormir, ma belle !
    Ta cavale isabelle
    Hennit sous tes balcons.
    Vois tes piqueurs alertes,
    Et sur leurs manches vertes
    Les pieds noirs des faucons.

    Vois écuyers et pages,
    En galants équipages,
    Sans rochet ni pourpoint,
    Têtes chaperonnées,
    Traîner les haquenées,
    Leur arbalète au poing.

    Vois bondir dans les herbes
    Les lévriers superbes,
    Les chiens trapus crier.
    En chasse, et chasse heureuse !
    Allons, mon amoureuse,
    Le pied dans l'étrier !

    Et d'abord, sous la moire,
    Avec ce bras d'ivoire
    Enfermons ce beau sein,
    Dont la forme divine,
    Pour que l'oeil la devine,
    Reste aux plis du coussin.

    Oh ! sur ton front qui penche,
    J'aime à voir ta main blanche
    Peigner tes cheveux noirs ;
    Beaux cheveux qu'on rassemble
    Les matins, et qu'ensemble
    Nous défaisons les soirs !

    Allons, mon intrépide,
    Ta cavale rapide
    Frappe du pied le sol,
    Et ton bouffon balance,
    Comme un soldat sa lance,
    Son joyeux parasol !

    Mets ton écharpe blonde
    Sur ton épaule ronde,
    Sur ton corsage d'or,
    Et je vais, ma charmante,
    T'emporter dans ta mante,
    Comme un enfant qui dort !
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  • L'Amour de l'Amour

    I

    Aimez bien vos amours ; aimez l'amour qui rêve
    Une rose à la lèvre et des fleurs dans les yeux ;
    C'est lui que vous cherchez quand votre avril se lève,
    Lui dont reste un parfum quand vos ans se font vieux.

    Aimez l'amour qui joue au soleil des peintures,
    Sous l'azur de la Grèce, autour de ses autels,
    Et qui déroule au ciel la tresse et les ceintures,
    Ou qui vide un carquois sur des coeurs immortels.

    Aimez l'amour qui parle avec la lenteur basse
    Des Ave Maria chuchotés sous l'arceau ;
    C'est lui que vous priez quand votre tête est lasse,
    Lui dont la voix vous rend le rythme du berceau.

    Aimez l'amour que Dieu souffla sur notre fange,
    Aimez l'amour aveugle, allumant son flambeau,
    Aimez l'amour rêvé qui ressemble à notre ange,
    Aimez l'amour promis aux cendres du tombeau !

    Aimez l'antique amour du règne de Saturne,
    Aimez le dieu charmant, aimez le dieu caché,
    Qui suspendait, ainsi qu'un papillon nocturne,
    Un baiser invisible aux lèvres de Psyché !

    Car c'est lui dont la terre appelle encore la flamme,
    Lui dont la caravane humaine allait rêvant,
    Et qui, triste d'errer, cherchant toujours une âme,
    Gémissait dans la lyre et pleurait dans le vent.

    Il revient ; le voici : son aurore éternelle
    A frémi comme un monde au ventre de la nuit,
    C'est le commencement des rumeurs de son aile ;
    Il veille sur le sage, et la vierge le suit.

    Le songe que le jour dissipe au coeur des femmes,
    C'est ce Dieu. Le soupir qui traverse les bois,
    C'est ce Dieu. C'est ce Dieu qui tord les oriflammes
    Sur les mâts des vaisseaux et des faîtes des toits.

    Il palpite toujours sous les tentes de toile,
    Au fond de tous les cris et de tous les secrets ;
    C'est lui que les lions contemplent dans l'étoile ;
    L'oiseau le chante au loup qui le hurle aux forêts.

    La source le pleurait, car il sera la mousse,
    Et l'arbre le nommait, car il sera le fruit,
    Et l'aube l'attendait, lui, l'épouvante douce
    Qui fera reculer toute ombre et toute nuit.

    Le voici qui retourne à nous, son règne est proche,
    Aimez l'amour, riez ! Aimez l'amour, chantez !
    Et que l'écho des bois s'éveille dans la roche,
    Amour dans les déserts, amour dans les cités !

    Amour sur l'Océan, amour sur les collines !
    Amour dans les grands lys qui montent des vallons !
    Amour dans la parole et les brises câlines !
    Amour dans la prière et sur les violons !

    Amour dans tous les coeurs et sur toutes les lèvres !
    Amour dans tous les bras, amour dans tous les doigts !
    Amour dans tous les seins et dans toutes les fièvres !
    Amour dans tous les yeux et dans toutes les voix !

    Amour dans chaque ville : ouvrez-vous, citadelles !
    Amour dans les chantiers : travailleurs, à genoux !
    Amour dans les couvents : anges, battez des ailes !
    Amour dans les prisons : murs noirs, écroulez-vous !

    II

    Mais adorez l'Amour terrible qui demeure
    Dans l'éblouissement des futures Sions,
    Et dont la plaie, ouverte encor, saigne à toute heure
    Sur la croix, dont les bras s'ouvrent aux nations.
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  • Les quatre saisons - L'été

    Les quatre saisons - L'été..............Charles CROS 1842 - 1888

    En été les lis et les roses
    Jalousaient ses tons et ses poses,

    La nuit, par l'odeur des tilleuls
    Nous nous en sommes allés seuls.

    L'odeur de son corps, sur la mousse,
    Est plus enivrante et plus douce.

    En revenant le long des blés,
    Nous étions tous deux bien troublés.

    Comme les blés que le vent frôle,
    Elle ployait sur mon épaule.
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  • Les quatre saisons - Le printemps

    Au printemps, c'est dans les bois nus
    Qu'un jour nous nous sommes connus.

    Les bourgeons poussaient vapeur verte.
    L'amour fut une découverte.

    Grâce aux lilas, grâce aux muguets,
    De rêveurs nous devînmes gais.

    Sous la glycine et le cytise,
    Tous deux seuls, que faut-il qu'on dise ?

    Nous n'aurions rien dit, réséda,
    Sans ton parfum qui nous aida.
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  • Les quatre saisons - L'hiver

    C'est l'hiver. Le charbon de terre
    Flambe en ma chambre solitaire.

    La neige tombe sur les toits.
    Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !

    Même sillage aux cheminées
    Qu'en ses tresses disséminées.

    Au bal, chacun jette, poli,
    Les mots féroces de l'oubli,

    L'eau qui chantait s'est prise en glace,
    Amour, quel ennui te remplace !
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  • Les tombeaux

    Au pied de ces coteaux, où, loin du bruit des cours, 
    Sans crainte, sans désirs, je coule d'heureux jours, 
    Où des vaines grandeurs je connais le mensonge, 
    Où tout, jusqu'à la vie, à mes yeux est un songe, 
    S'élève un édifice, asile de mortels 
    Aux larmes dévoués, consacrés aux autels.
    Une épaisse forêt, de la demeure sainte, 
    Aux profanes regards cache l'austère enceinte ;
    L'aspect de ce séjour, sombre, majestueux, 
    Suspend des passions le choc impétueux, 
    Et portant dans nos coeurs une atteinte profonde, 
    Il y peint le néant des plaisirs de ce monde.

    Leur temple, vaste, simple, et des temps respecté,
    Inspire la terreur par son obscurité ;
    Là, cent tombeaux, pareils aux livres des Prophètes,
    Sont des lois de la mort les tristes interprètes :
    Ces marbres éloquents, monuments de l'orgueil,
    Ne renferment, ainsi que le plus vil cercueil,
    Qu'une froide poussière, autrefois animée,
    Et qu'enivrait sans cesse une vaine fumée.
    De ces lieux sont bannis l'ambition, l'espoir,
    La dure servitude, et l'odieux pouvoir ; 
    Là, d'un repos égal, jouissent l'opulence, 
    La pauvreté, le rang, le savoir, l'ignorance. 
    Orgueilleux ! c'est ici que la mort vous attend ; 
    Connaissez-vous... peut-être il n'est plus qu'un instant :
    Coeurs faibles ! qui craignez son trait inévitable, 
    Osez voir, sans frémir, ce séjour redoutable ; 
    Parcourez ces tombeaux, venez, suivez mes pas, 
    Et préparez vos yeux aux horreurs du trépas.

    Quel est ce monument dont la blancheur extrême 
    De la tendre innocence est sans doute l'emblème ? 
    C'est celui d'un enfant qu'un destin fortuné
    Enleva de ce monde aussitôt qu'il fut né.
    Il goûta seulement la coupe de la vie ; 
    Mais sentant sa liqueur d'amertume suivie, 
    Il détourna la tête, et, regardant les cieux, 
    À l'instant pour toujours il referma les yeux. 
    Mère ! sèche tes pleurs, cet enfant dans la gloire
    Jouira sans combats des fruits de la victoire.

    Ici sont renfermés l'espoir et la douleur 
    D'un père qui gémit sous le poids du malheur. 
    Il demande son fils, l'appui de sa vieillesse, 
    L'unique rejeton de sa haute noblesse ; 
    Il le demande en vain : l'impitoyable mort 
    Au midi de ses jours a terminé son sort. 
    Sa couche nuptiale était déjà parée ; 
    À marcher aux autels l'amante préparée 
    Attendait son amant pour lui donner sa foi, 
    Mais la fête se change en funèbre convoi. 
    Calme-toi, jeune Elvire ! insensible à tes larmes, 
    Dans les bras de la mort, Iphis brave tes charmes.

    Quels sont les attributs de cet autre tombeau ?
    Dans un ruisseau de pleurs l'Amour plonge un flambeau ;
    On voit à ses côtés les Grâces gémissantes
    Baisser un triste front, et des mains languissantes :
    La jeunesse éplorée, et les jeux éperdus, 
    Semblent encor chercher la beauté qui n'est plus. 
    Quelle main oserait en tracer la peinture ? 
    Hortense fut, hélas ! l'orgueil de la nature. 
    Mais de cette beauté, fière de ses attraits, 
    Osons ouvrir la tombe et contempler les traits. 
    Ô ciel !... de tant d'éclat... quel changement funeste !... 
    Une masse putride est tout ce qu'il en reste ; 
    Vous frémissez... ainsi nos corps, dans ce séjour, 
    D'insectes dévorants seront couverts un jour. 
    Hommes vains et distraits ! quelle trace sensible 
    Laisse dans vos esprits ce spectacle terrible ? 
    La même, hélas ! qu'empreint le dard qui fend les airs 
    Ou le vaisseau léger qui sillonne les mers.

    Des sépulcres des grands, voici la sombre entrée. 
    De quelle horreur votre âme est-elle pénétrée ? 
    Tout est tranquille ici ; suivons ces pâles feux ; 
    Le silence et la mort règnent seuls en ces lieux. 
    La terreur qui les suit, errante sous ces voûtes, 
    Ne peut nous en cacher les ténébreuses routes. 
    Descendons, parcourons ces tombeaux souterrains, 
    Où, séparés encor du reste des humains, 
    Ces grands, dont le vulgaire adorait l'existence,
    Ont voulu conserver leur triste préséance. 
    De l'humaine grandeur pitoyables débris ! 
    Eh ! que sont devenus ces superbes lambris, 
    Ces plaisirs, ces honneurs, ces immenses richesses, 
    Ces hommages profonds... ou plutôt ces bassesses ?... 
    Grands ! votre éclat, semblable à ces feux de la nuit, 
    Brille un moment, nous trompe, et soudain se détruit.

    À l'obscure clarté de ces lampes funèbres, 
    Sur ces marbres inscrits voyons leurs noms célèbres ; 
    Lisons : "Ci-gît le grand..." Brisez-vous, imposteurs ! 
    Eh quoi ! des os en poudre ont encor des flatteurs !... 
    Je l'ai vu de trop près : dédaigneux et bizarre, 
    Il fut à la fois haut, rampant, prodigue, avare,
    Sans vertus, sans talents, et, dévoré d'ennui, 
    Il cherchait le plaisir qui fuyait loin de lui. 
    De cet autre, ô regrets ! l'épitaphe est sincère ; 
    Il fut des malheureux, le protecteur, le père ; 
    Affable, juste, vrai, rempli d'humanité, 
    Il prévint les soupirs de l'humble adversité :
    La patrie anima son zèle, son courage, 
    Soub... , il eut enfin tes vertus en partage. 
    Des vrais grands, par ces traits, connaissons tout le prix, 
    Mais leurs fantômes vains sont dignes de mépris.

    Dans ces lieux, un moment, recueille-toi, mon âme !... 
    Tombeaux ! votre éloquence, avec un trait de flamme,
    A gravé dans mon coeur le néant des plaisirs ; 
    Cessons donc ici-bas de fixer nos désirs, 
    Tout n'est qu'illusion, d'illusions suivie, 
    Et ce n'est qu'à la mort où commence la vie.
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  • La méridienne du lion

    La méridienne du lion............

    Le lion dort, seul sous sa voûte. 
    Il dort de ce puissant sommeil 
    De la sieste, auquel s'ajoute, 
    Comme un poids sombre, le soleil.

    Les déserts, qui de loin écoutent, 
    Respirent ; le maître est rentré. 
    Car les solitudes redoutent 
    Ce promeneur démesuré.

    Son souffle soulève son ventre ; 
    Son oeil de brume est submergé, 
    Il dort sur le pavé de l'antre, 
    Formidablement allongé.

    La paix est sur son grand visage, 
    Et l'oubli même, car il dort. 
    Il a l'altier sourcil du sage 
    Et l'ongle tranquille du fort.

    Midi sèche l'eau des citernes ; 
    Rien du sommeil ne le distrait ; 
    Sa gueule ressemble aux cavernes, 
    Et sa crinière à la forêt.

    Il entrevoit des monts difformes, 
    Des Ossas et des Pélions, 
    A travers les songes énormes 
    Que peuvent faire les lions.

    Tout se tait sur la roche plate 
    Où ses pas tout à l'heure erraient. 
    S'il remuait sa grosse patte, 
    Que de mouches s'envoleraient !
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