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  • Pour une absente

    Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir,
    Immobile, oublieux des rafales d'automne
    Qui font les frondaisons se rouiller et jaunir
    Et de la mer roulant sa plainte monotone ;
    Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir.

    Le demi-jour filtrant des étoffes tendues
    Sera doux et propice à mon coeur nonchalant,
    Quand je l'évoquerai du fond des étendues,
    Et sa voix emplira d'un hymne grave et lent
    Le demi-jour filtrant des étoffes tendues.

    J'aurai la vision chère devant les yeux :
    Le souffle parfumé de l'ineffable Absente
    Flottera pour moi seul dans l'air silencieux
    Subtil comme une odeur de fraise dans la sente ;
    J'aurai la vision chère devant les yeux.

    Et je dirai tout bas ma tendresse latente ;
    Ô coeur lâche, tremblant et révolté, je veux
    Que ton intime amour se révèle et la tente :
    Tu te résigneras à l'effroi des aveux
    Et je dirai tout bas ma tendresse latente.
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  • Le Théâtre du Sage

    (Lettre XI)

    [...] Sous l'étage de l'air est l'étage de l'onde,
    Ample et riche ornement de la scène du monde,
    Où du grand artisan la grandeur se fait voir
    Comme dans un mobile et liquide miroir,
    Qui, tantôt en repos, et tantôt en tourmente,
    Sa clémence et son ire aux humains représente.

    Qu'il est plaisant à voir, quand les flots aplanis
    Et comme un marbre égal au niveau réunis
    Paraissent une glace ondoyante et fidèle,
    Qui se change en rubis sous l'aurore nouvelle !
    Le soleil vient après, qui fait de ses rayons,
    Sur ce mobile champ, mille rares crayons.
    Pour ne point apporter de trouble à son ouvrage
    Et recevoir à plein les traits de son image,
    L'élément s'aplatit et prête à ses pinceaux,
    Sans rides et sans plis, la surface des eaux.
    Là, de soi-même il fait une ardente figure
    Qui montre deux soleils aux yeux de la nature.
    Les pilotes surpris de leur égalité
    Ont peine à distinguer le vrai de l'unité ;
    Et l'on dirait, à voir les arbres du rivage
    S'incliner à tous deux et battre leur feuillage,
    Que l'amour naturel qu'ils ont pour le soleil
    Les porte encore à faire honneur à son pareil.

    Les poissons, d'autre part, accourent à la foule
    A ce nouveau soleil qui s'allumant s'écoule ;
    Les miroirs naturels dont ils sont écaillés
    Brillent à la lueur de leurs dos émaillés,
    Et les plis qui sur eux en cercles s'arrondissent
    La nuance et l'éclat au loin en réfléchissent.
    [...]

    La terre est mise au centre, et fait le fondement
    Dans le corps de ce vaste et riche bâtiment.
    Mais quoique la moins noble elle n'ait en partage
    Que les ameublements qui sont du bas étage,
    Elle a de quoi pourtant et se faire admirer,
    Et de son grand structeur* la puissance adorer.

    Qui ne l'admirerait, cette masse immobile,
    Qui sans gond, sans pivot, sans support et sans pile,
    De poussière formée, et suspendue en l'air,
    Des vents toujours battue, et des flots de la mer,
    Ferme à l'assaut des vents, ferme à l'assaut de l'onde,
    Subsiste de son poids dans le vide du monde ?
    Mais qui n'adorerait le structeur tout-puissant
    Qui sans matériaux, sans outils bâtissant,
    A si bien aligné le plan de cette masse,
    L'a si bien sur un point affermie en sa place,
    A pris avec tant d'art de ses dimensions
    L'exalte symétrie et les proportions,
    Et l'a dans l'air assise, en si juste distance,
    Du cercle qui la ceint de sa circonférence,
    Qu'également partout à ses points répondant
    Et d'un égal aspect le ciel la regardant,
    Elle en reçoit aussi, d'une influence égale,
    Qui jamais ne s'épuise et vient sans intervalle,
    L'Esprit qui de son sein, par ses veines, s'épand
    Et quoique vierge, mère et nourrice la rend. [...]

    (*) constructeur
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  • De la vie champêtre

    De la vie champêtre..................

    (Lettre X)

    [...] Tantôt il, aime à voir la pourpre de la rose,
    Sous le jour renaissant, pompeusement éclose,
    Disputer de la force et de l'éclat du teint
    Avecque le rayon du soleil qui la peint.
    Et tantôt son plaisir est de voir la nuance
    Que cent diverses fleurs font de leur alliance
    Sur le vivant émail d'une planche à fond vert,
    Où chacun à l'envi se produit et se perd.

    Étendu quelquefois à l'ombre d'une treille,
    Où le silence dort, où le zéphyre veille,
    Il aime à comparer le murmure des eaux
    Au concert inégal d'une troupe d'oiseaux.

    Près de là cependant quelque innocent Tityre
    Par la voix des roseaux, que son haleine inspire,
    D'Amarille se plaint, qui rit en l'écoutant
    Et laisse à décider leurs querelles au vent ;
    Le vent, plus humain qu'elle, à sa plainte s'arrête ;
    Son troupeau pour l'ouïr semble lever la tête,
    Et le tronc des peupliers, quand sa voix se tairait,
    Confident de sa peine, en chiffre en parlerait.

    Reposant d'autres fois au bord d'une rivière,
    Qui se fait de son lit une longue carrière
    Et sert comme d'un bain, où le soleil de jour,
    Où la lune de nuit se baignent tour à tour,
    Il aime à voir nager les coulantes images
    Des arbres, des troupeaux, des oiseaux, des nuages.
    Il se plait à compter du regard en rêvant
    Les cercles et les plis qui se font sous le vent ;
    Et voyant comme l'eau roule sans retenue
    Vers l'immense bassin d'où sa source est venue,
    Que ni l'abri des bois, ni le vert de ses bords,
    Ni des guérets voisins les jaunissants trésors,
    Ni même les palais qui couronnent sa rive
    Ne peuvent un moment la retenir captive,
    Qu'elle coule toujours et va sans s'arrêter,
    Tant que son poids la peut par sa pente porter :

    Ainsi, dit-il, nos jours, ainsi nos ans s'écoulent,
    Et la mort est le terme où leurs cercles nous roulent.
    Tous les temps, tous les lieux mènent à cette fin.
    Comme on y va le soir, on y va le matin ;
    Les monts les plus hautains, les plus basses vallées
    Vers ce gîte fatal ont d'égales allées.
    [...]

    Et puis, voyant nager sur la face des eaux
    Les images du ciel, des arbres, des oiseaux,
    Il est ainsi, dit-il, des plaisirs de ce monde,
    Ce ne sont que portraits représentés sur l'onde ;
    Tout en est inconstant, tout en est imposteur ;
    Tout n'est que faux-semblant et que trompeuse fleur ;
    Le fond en est liquide et l'image changeante ;
    Elle coule et se perd dès qu'elle se présente ;
    Sans que le vent la trouble et qu'il souffle dessus,
    Elle passe avec l'onde et ne retourne plus,
    Et les hommes trompés de ces ombres mobiles,
    De ces charmes tissus d'images volatiles,
    Délaissant le vrai Bien, le vrai Beau, le vrai Grand,
    Abandonnent leurs coeurs et leurs esprits au vent,
    Et, comme papillons errant à l'aventure,
    Courent à la couleur, se paissent de figure. [...]
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  • Carte de la Cour

    Carte de la Cour.................Pierre LE MOYNE 1602 - 1671

    (Lettre IV)

    [...] L'Artifice à l'entrée avecque l'Imposture
    Loge dans un château d'étrange architecture.
    Là, de la cime au fondement,
    Tout porte à faux, tout se dément.
    En vain la face en est éclatante et pompeuse,
    Son éclat éblouit, et sa pompe est trompeuse.
    Partout le feint s'y voit, pour le vrai supposé ;
    Pierres, marbres, métaux, tout est là déguisé ;
    Et tout ce qui se fait ailleurs par la nature
    Est là l'effet de la peinture.

    Les hôtes de ce logement,
    Raffinés en déguisement,
    Autant de fois y changent de visage
    Qu'ils y changent de personnage ;
    Et les grands comme les petits,
    Toujours masqués et toujours travestis,
    Dans le plus sérieux des hautes affaires,
    Comédiens jurés, perpétuels faussaires,
    Depuis le front jusques au coeur
    Ne sont que plâtre et que couleur.

    Ainsi publiquement on y fait marchandise
    De masques plus menteurs qu'il n'en vient de Venise ;
    On y tient de pleins cabinets
    De fausse bienveillance et de plus faux bienfaits ;
    Et comme tout s'y dit, tout s'y voit en figure,
    La voix même a là sa teinture ;
    Et jusques au moindre regard
    Rien ne s'y fait qu'avecque fard.

    Les professeurs en alchimie
    Tiennent là leur académie ;
    La nation des bateleurs,
    La communauté des mouleurs,
    Les vendeurs de pommade et les faiseurs de plâtre,
    Les tailleurs d'habits de théâtre
    Et tous les corps des charlatans
    Habitèrent là tout le temps.

    Pour vous faire fuir ce lieu de tromperie,
    Il vous suffira, Télerie,
    D'apprendre que la bonne foi
    Du véritable honneur fait le plus pur aloi ;
    Que le plus doux concert, la plus juste harmonie
    Est celle de la langue avec l'esprit unie ;
    Que de la souveraine et divine beauté,
    Le premier trait nous vient avec la vérité ;
    Que le mensonge est une tache
    Que nulle pommade ne cache ;
    Et que la piperie est de l'art des valets
    Et des joueurs de gobelets.

    La folle Vanité, d'enflure toujours pleine,
    Toujours vide de sens, loge après dans la plaine.
    Le vent règne en toute saison
    Haut et bas dans cette maison.
    Mille girouettes dorées,
    A tourner toujours préparées,
    D'un bruit aigre et confus qui suit leur mouvement
    Font retentir le bâtiment.
    Il ne s'y voit ni base, ni colonne
    Qui ne soit creuse et ne résonne.
    Tous les marbres, pour peu qu'on y porte la main,
    Se font ouir comme ailleurs fait l'airain.
    Il n'est pas jusqu'aux troncs, il n'est pas jusqu'aux roches
    Qui n'y soient ou tambours, ou cloches ;
    Le plus bas souffle y devient haute voix ;
    L'herbe est langue aux jardins, la feuille l'est aux bois ;
    Et les salons, les chambres, les portiques,
    En paroles, non moins qu'en couleurs, magnifiques,
    Par l'importun babil de leurs divers échos
    En chassent bien loin le repos.

    Tandis que tant de bruits les têtes étourdissent,
    De fumées à longs traits les cerveaux se remplissent ;
    Elles se font avecque de l'encens
    Tantôt plus fort, tantôt plus doux aux sens ;
    On ne voit là que cassolettes
    Pleines d'esprits d'oeillets, d'extraits de violettes ;
    On n'y voit que sachets farcis
    De gomme d'Arabie et de poudres de prix ;
    Matières à nourrir les fumeuses migraines
    Des têtes vuides et malsaines.

    Il s'y voit des jardins qui semblent des tableaux
    Tant le vert en est gai, tant les fruits en sont beaux ;
    Mais tout ce fruit, toute cette verdure
    N'est que tromperie et enflure ;
    La montre du vert décevant
    Se change sous le premier vent,
    Et le fruit imposteur, aussitôt qu'on y touche,
    Devient cendre en la main, et soufre dans la bouche.
    [...]

    Vous êtes appelée à cette éternité
    Où chaque âme a sa cour, comme sa royauté,
    Où les moindres lueurs, dont les saints se couronnent,
    Effacent le soleil, et les astres étonnent.
    Tournez donc là vos soins, portez là votre coeur,
    Ne perdez pas pour l'ombre d'une fleur,
    Pour l'imposture d'un atome,
    La jouissance d'un royaume.

    Surtout, pour vous garder sans attache à la Cour,
    Ayez toujours les yeux sur votre dernier jour ;
    Souvenez-vous que dans ce court espace
    Où l'image du monde passe,
    L'herbe qu'une heure fait fleurir,
    Une autre heure la fait mourir.
    Le nuage doré qu'un vent propice élève,
    Un autre vent l'obscurcit et le crève ;
    Et le vaisseau contre un roc échoué,
    Après avoir sur les vagues joué,
    Devient lui-même de l'orage
    Le jouet après son naufrage.
    [...]

    Ainsi par la raison et la foi gouvernée,
    Et dans les droits sentiers de la vertu menée,
    Suivant toujours le plan que je viens de tracer,
    Vous pourrez sans péril et sûrement passer
    De l'ombre et des couleurs d'une Cour temporelle
    Aux solides grandeurs d'une Cour éternelle.
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  • Miroir fidèle

    Miroir fidèle...................Pierre LE MOYNE 1602 - 1671

    (Lettre I)

    [...] Tous les soirs, le soleil éteint par les ténèbres
    Et comme enseveli sous de grands draps funèbres
    Remit tous les matins, aussi jeune, aussi beau
    Qu'il se fit voir aux yeux du monde encor nouveau ;
    La lune a tous les mois une pareille grâce,
    Sa jeunesse revient, sa vieillesse se passe ;
    Tous les ans le zéphyr ressuscite les fleurs,
    Et l'aube, tous les jours, rend la vie aux couleurs.
    Il n'est pourtant, iris, qu'un printemps pour les belles :
    Leurs jours sont d'un moment, leurs nuits sont éternelles,
    Et celui qui les montre et les cache à son choix
    Ne leur ouvre jamais la scène qu'une fois.

    Le soleil qui dissout les neiges surannées
    Du front de l'Apennin, du front des Pyrénées,
    Avec tous ses rayons, avecque tous ses feux,
    Jamais ne dissoudra celle de vos cheveux,
    Quand la triste blancheur de la froide vieillesse
    S'épandra malgré vous le long de votre tresse ;
    Et vos jours, à leur tour, une fois écoulés,
    D'aucun astre jamais ne seront rappelés.

    Depuis que le ciel roule, et que les feux qu'il porte
    Ont passé sur la terre où Cléopâtre est morte,
    Jamais il n'a manqué tous les ans une fois
    De redonner la vie et la jeunesse aux bois ;
    Il a remis (esprit dans le sein des campagnes,
    Il a fait reverdir la tête des montagnes ;
    Et jamais il n'a pu, parmi tant de grands morts,
    Rétablir une belle, et ranimer son corps.

    Allez aux cours, Iris, allez aux Tuileries,
    Voyez leurs promenoirs, voyez leurs galeries,
    Et cherchez dans ces lieux si vous y trouverez
    Les beautés dont jadis ils furent éclairés.
    Des fleurs de la fortune et du temps couronnées,
    Elles ont là régné, durant quelques journées,
    Pareilles en leur pompe à ces flambeaux trompeurs
    Qui, sortis de la terre et nourris de vapeurs,
    Paraissent des soleils, dans la nue enflammée
    Et s'écoulent en pluie ou s'en vont en fumée.
    Leur mort désabusa les coeurs et les esprits
    Qui de leur faux éclat par les yeux s'étaient pris.
    Tout ce train fastueux de bruit et de lumière
    Les quitta sur la fin d'une courte carrière
    Et rien n'en demeura, pour honorer le deuil,
    Que la fumée en l'air, et la cendre au cercueil. [...]
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  • Judith - Tableau troisième

    Judith - Tableau troisième.............

    Elle coupe la tête à Holopherne


    Holopherne est couché, ce flambeau qui sommeille
    A mêlé sa lumière avec l'obscurité,
    Et Judith fait de l'ombre un voile à sa beauté,
    De peur qu'à son éclat, le barbare s'éveille.

    Le fer que tient en main cette chaste merveille
    Ajoute à son visage une fière clarté,
    Et pour la confirmer en cette extrémité,
    Son bon ange a lui fait ce discours à l'oreille :

    Assure-toi, Judith, tu vas tuer un mort :
    Le sommeil et le vin, par un commun effort,
    Ont déjà commencé son meurtre et sa conquête.

    Ton captif ne doit pas te donner de la peur,
    Et ton bras sans danger pourra couper la tête
    D'un homme à qui tes yeux ont arraché le coeur.
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  • Vitrail

    Un soir de flamme et d'or hante la basilique,
    Ravivant les émaux ternis et les couleurs
    Ancestrales de l'édifice catholique.

    Et soudain - cuivre, azur, pourpre chère aux douleurs -
    Le vitrail que nul art terrestre ne profane
    Jette sur le parvis d'incandescentes fleurs.

    Car l'ensoleillement du coucher diaphane,
    Dans l'ogive où s'exalte un merveilleux concept,
    Intègre des lueurs d'ambre et de cymophane.

    Les douze Apôtres, les cinq Prophètes, les sept
    Sages, appuyés sur les Vertus cardinales,
    Se profilaient en la rosace du transept.

    Améthystes ! Béryls ! Sardoines ! Virginales
    Émeraudes au front chenu des Confesseurs
    Montrant le Livre où sont inscrites leurs annales.[...]
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