• Épigramme (I)

    Amour, voyant l'ennui qui tant m'oppresse 
    Et la douleur secrète qui me tue, 
    N'a pas longtemps, en lui vidé de presse, 
    Me dit : " Ami, il faut que t'évertue. 
    Ton mal est grand, mais ta foi est connue, 
    Qui par souffrir plus vient en évidence ; 
    Puis tu sais bien que souvent est issue 
    De long travail heureuse récompense. "
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  • Les vieux maîtres

    Dans les bouges fumeux où pendent des jambons, 
    Des boudins bruns, des chandelles et des vessies, 
    Des grappes de poulets, des grappes de dindons, 
    D'énormes chapelets de volailles farcies, 
    Tachant de rose et blanc les coins du plafond noir, 
    En cercle, autour des mets entassés sur la table, 
    Qui saignent, la fourchette au flanc dans un tranchoir, 
    Tous ceux qu'auprès des brocs la goinfrerie attable, 
    Craesbeke, Brakenburgh, Teniers, Dusart, Brauwer, 
    Avec Steen, le plus gros, le plus ivrogne, au centre, 
    Sont réunis, menton gluant, gilet ouvert, 
    De rires plein la bouche et de lard plein le ventre.
    Leurs commères, corps lourds où se bombent les chairs 
    Dans la nette blancheur des linges du corsage, 
    Leur versent à jets longs de superbes vins clairs, 
    Qu'un rai d'or du soleil égratigne au passage, 
    Avant d'incendier les panses des chaudrons. 
    Elles, ces folles, sont reines dans les godailles, 
    Que leurs amants, goulus d'amours et de jurons, 
    Mènent comme au beau temps des vieilles truandailles, 
    Tempes en eau, regards en feu, langue dehors, 
    Avec de grands hoquets, scandant les chansons grasses, 
    Des poings brandis au clair, des luttes corps à corps 
    Et des coups assénés à broyer leurs carcasses, 
    Tandis qu'elles, le sang toujours à fleur de peau, 
    La bouche ouverte aux chants, le gosier aux rasades, 
    Après des sauts de danse à fendre le carreau, 
    Des chocs de corps, des heurts de chair et des bourrades, 
    Des lèchements subis dans un étreignement, 
    Toutes moites d'ardeurs, tombent dépoitraillées. 
    Une odeur de mangeaille au lard, violemment, 
    Sort des mets découverts ; de larges écuellées 
    De jus fumant et gras, où trempent des rôtis, 
    Passant et repassant sous le nez des convives, 
    Excitent, d'heure en heure, à neuf, leurs appétits.
    Dans la cuisine, on fait en hâte les lessives
    De plats vidés et noirs qu'on rapporte chargés, 
    Des saucières d'étain collent du pied aux nappes, 
    Les dressoirs sont remplis et les celliers gorgés. 
    Tout autour de l'estrade, où rougeoient ces agapes, 
    Pendent à des crochets paniers, passoires, grils, 
    Casseroles, bougeoirs, briquets, cruches, gamelles ; 
    Dans un coin, deux magots exhibent leurs nombrils, 
    Et trônent, verre en main, sur deux tonnes jumelles ; 
    Et partout, à chaque angle ou relief, ici, là, 
    Au pommeau d'une porte, aux charnières d'armoire, 
    Au pilon des mortiers, aux hanaps de gala, 
    Sur le mur, à travers les trous de l'écumoire, 
    Partout, à droite, à gauche, au hasard des reflets, 
    Scintillent des clartés, des gouttes de lumière, 
    Dont l'énorme foyer - où des coqs, des poulets, 
    Rôtissent tout entiers sur l'ardente litière -
    Asperge, avec le feu qui chauffe le festin, 
    Le décor monstrueux de ces grasses kermesses.

    Nuits, jours, de l'aube au soir et du soir au matin, 
    Eux, les maîtres, ils les donnent aux ivrognesses. 
    La farce épaisse et large en rires, c'est la leur :
    Elle se trousse là, grosse, cynique, obscène, 
    Regards flambants, corsage ouvert, la gorge en fleur,
    La gaieté secouant les plis de sa bedaine. 
    Ce sont des bruits d'orgie et de rut qu'on entend 
    Grouiller, monter, siffler, de sourdine en crécelle, 
    Un vacarme de pots heurtés et se fendant, 
    Un entrechoquement de fers et de vaisselle, 
    Les uns, Brauwer et Steen, se coiffent de paniers, 
    Brakenburg cymbalise avec deux grands couvercles, 
    D'autres râclent les grils avec les tisonniers,
    Affolés et hurlants, tous soûls, dansant en cercles, 
    Autour des ivres-morts, qui roulent, pieds en l'air. 
    Les plus vieux sont encor les plus goulus à boire, 
    Les plus lents à tomber, les plus goinfres de chair, 
    Ils grattent la marmite et sucent la bouilloire, 
    Jamais repus, jamais gavés, toujours vidant, 
    Leur nez luit de lécher le fond des casseroles. 
    D'autres encor font rendre un refrain discordant 
    Au crincrin, où l'archet s'épuise en cabrioles. 
    On vomit dans les coins ; des enfants gros et sains 
    Demandent à téter avant qu'on les endorme, 
    Et leurs mères, debout, suant entre les seins, 
    Bourrent leur bouche en rond de leur téton énorme. 
    Tout gloutonne à crever, hommes, femmes, petits ; 
    Un chien s'empiffre à droite, un chat mastique à gauche ; 
    C'est un déchaînement d'instincts et d'appétits,
    De fureurs d'estomac, de ventre et de débauche, 
    Explosion de vie, où ces maîtres gourmands, 
    Trop vrais pour s'affadir dans les afféteries, 
    Campaient gaillardement leurs chevalets flamands 
    Et faisaient des chefs-d'oeuvre entre deux soûleries.
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  • Mièvre sonnet

    Me vient sourire en votre doux sourire, 
    Me vient chagrin en vos minces chagrins, 
    Me vient désir en vos désirs sans freins, 
    Me vient lyrisme alors qu'êtes ma lyre.

    Me vient délire en vos nuits de délire, 
    Me vient douceur en vos moments sereins, 
    Me vient musique en vos chants souverains, 
    Me vient fureur à l'heure de votre ire.

    Me vient poursuite, hélas ! si vous fuyez, 
    Me vient tristesse alors que vous riez, 
    Me vient plaisir quand vous versez des larmes.

    Me viendra Jour si livrez vos appas,
    Me viendra Nuit si durent mes alarmes, 
    Me viendra Mort si ne te revois pas.
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  • Je suis le triste oiseau de la nuit solitaire

    Je suis le triste oiseau de la nuit solitaire...............

    Je suis le triste oiseau de la nuit solitaire, 
    Qui fuit sa même espèce et la clarté du jour, 
    De nouveau transformé par la rigueur d'Amour, 
    Pour annoncer l'augure au malheureux vulgaire.

    J'apprends à ces rochers mon tourment ordinaire, 
    Ces rochers plus secrets où je fais mon séjour. 
    Quand j'achève ma plainte, Écho parle à son tour, 
    Tant que le jour survient qui soudain me fait taire.

    Depuis que j'eus perdu mon soleil radieux, 
    Un voile obscur et noir me vint bander les yeux, 
    Me dérobant l'espoir qui maintenait ma vie.

    J'étais jadis un aigle auprès de sa clarté, 
    Telle forme à l'instant du sort me fut ravie,
    Je vivais de lumière, ore d'obscurité.
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  • Amour

    Je ne crains pas les coups du sort, 
    Je ne crains rien, ni les supplices, 
    Ni la dent du serpent qui mord, 
    Ni le poison dans les calices, 
    Ni les voleurs qui fuient le jour, 
    Ni les sbires ni leurs complices, 
    Si je suis avec mon Amour.

    Je me ris du bras le plus fort,
    Je me moque bien des malices, 
    De la haine en fleur qui se tord, 
    Plus caressante que les lices ; 
    Je pourrais faire mes délices 
    De la guerre au bruit du tambour, 
    De l'épée aux froids artifices, 
    Si je suis avec mon Amour.

    Haine qui guette et chat qui dort 
    N'ont point pour moi de maléfices ; 
    Je regarde en face la mort, 
    Les malheurs, les maux, les sévices ; 
    Je braverais, étant sans vices, 
    Les rois, au milieu de leur cour, 
    Les chefs, au front de leurs milices, 
    Si je suis avec mon Amour.

    ENVOI

    Blanche Amie aux noirs cheveux lisses, 
    Nul Dieu n'est assez puissant pour 
    Me dire : " Il faut que tu pâlisses ", 
    Si je suis avec mon Amour.
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  • Le Jardinier et son Seigneur

    Un amateur du jardinage,
    Demi-bourgeois, demi-manant,
    Possédait en certain Village
    Un jardin assez propre, et le clos attenant.
    Il avait de plant vif fermé cette étendue.
    Là croissait à plaisir l'oseille et la laitue,
    De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet,
    Peu de jasmin d'Espagne, et force serpolet.
    Cette félicité par un Lièvre troublée
    Fit qu'au Seigneur du Bourg notre homme se plaignit.
    "Ce maudit animal vient prendre sa goulée
    Soir et matin, dit-il, et des pièges se rit ;
    Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit :
    Il est Sorcier, je crois. -Sorcier ? je l'en défie,
    Repartit le Seigneur . Fût-il diable, Miraut,
    En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt.
    Je vous en déferai, bon homme, sur ma vie.
    - Et quand ? - Et dès demain, sans tarder plus longtemps. "
    La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.
    "Cà, déjeunons, dit-il : vos poulets sont-ils tendres ?
    La fille du logis, qu'on vous voie, approchez :
    Quand la marierons-nous ? quand aurons-nous des gendres ?
    Bon homme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez
    Qu'il faut fouiller à l'escarcelle. "
    Disant ces mots, il fait connaissance avec elle,
    Auprès de lui la fait asseoir,
    Prend une main, un bras, lève un coin du mouchoir,
    Toutes sottises dont la Belle
    Se défend avec grand respect ;
    Tant qu'au père à la fin cela devient suspect.
    Cependant on fricasse, on se rue en cuisine.
    "De quand sont vos jambons ? ils ont fort bonne mine.
    - Monsieur, ils sont à vous. - Vraiment ! dit le Seigneur,
    Je les reçois, et de bon coeur. "
    Il déjeune très bien ; aussi fait sa famille,
    Chiens, chevaux, et valets, tous gens bien endentés :
    Il commande chez l'hôte, y prend des libertés,
    Boit son vin, caresse sa fille.
    L'embarras des chasseurs succède au déjeuné.
    Chacun s'anime et se prépare :
    Les trompes et les cors font un tel tintamarre
    Que le bon homme est étonné.
    Le pis fut que l'on mit en piteux équipage
    Le pauvre potager ; adieu planches, carreaux ;
    Adieu chicorée et porreaux ;
    Adieu de quoi mettre au potage.
    Le Lièvre était gîté dessous un maître chou.
    On le quête ; on le lance, il s'enfuit par un trou,
    Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie
    Que l'on fit à la pauvre haie
    Par ordre du Seigneur ; car il eût été mal
    Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval.
    Le bon homme disait : "Ce sont là jeux de Prince."
    Mais on le laissait dire ; et les chiens et les gens
    Firent plus de dégât en une heure de temps
    Que n'en auraient fait en cent ans
    Tous les lièvres de la Province.

    Petits Princes, videz vos débats entre vous :
    De recourir aux rois vous seriez de grands fous.
    Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
    Ni les faire entrer sur vos terres.
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  • Paris aux réverbères


    Quid Romae faciam ?
    ( JUVENAL)

    Paris dort : avez-vous, nocturne sentinelle, 
    Gravi, minuit sonnant, le pont de la Tournelle, 
    C'est de là que l'on voit Paris de fange imbu ; 
    Et comme un mendiant ivre près d'une cuve 
    Le géant est qui ronfle et qui râle, et qui cuve 
    Le vin ou le sang qu'il a bu. 

    C'était donc aujourd'hui fête à la guillotine ;
    Un homme, ce matin, dressait une machine 
    Sur la place où là-bas le sang est mal lavé, 
    Au peuple qui hurlait comme autour d'une orgie, 
    Le bourreau las jetait avec sa main rougie 
    Une tête sur le pavé.

    Et puis voici surgir la vieille cathédrale
    Avec son front rugueux et son bourdon qui râle ; 
    Comme un large vaisseau portant l'humanité
    Déployant ses deux mâts, avançant sa carène, 
    Elle semble être prête, en labourant l'arène,
    A partir pour l'éternité !

    Entendez-vous dans l'ombre aboyer les cerbères
    J'aime à voir dans les flots briller les réverbères ;
    C'est un concert de nuit ; c'est la grande cité,
    Avec ses yeux de feu, qui de loin me regarde.
    C'est la voix d'une ronde ou le fusil d'un garde
    Qui passe dans I'obscurité.

    Pendant que je suis là, que de haine assouvie ;
    C'est le fils, du linceul couvrant sa mère en vie,
    Le vieux magicien interrogeant l'enfer,
    La veuve qui poursuit quelque passant qui rôde,
    Et se vautre avec lui dans la couche encor chaude 
    D'un époux qui vivait hier.

    Mais, atome perdu dans la cité béante,
    Je suis seul ; pas de main à ma main suppliante
    Ne s'unit ; non, pour moi, pas de souffle embaumé, 
    Pas de regard de miel, pas une lèvre rose,
    Pas de sein où mon front fatigué se repose,
    Et je mourrai sans être aimé !

    Si, du pont dans les flots, ma tête la première
    Tombait ; des bateliers, quand viendra la lumière
    Porteraient à la morgue un cadavre inconnu ;
    Et demain seulement, ma pauvre et vieille mère,
    En roulant dans les yeux une douleur amère,
    Se pencherait sur mon corps nu ! 

    Une voix par-derrière, en riant me tutoie,
    Un bras lascif et nu dans l'ombre me coudoie,
    Une femme, en passant, que je n'ose toucher,
    Plus vile sous mes pieds que la fange du monde,
    Avec un sein qui gonfle, avec un rire immonde,
    Me dit : "Ange, viens donc coucher." 

    Ô profanation ! Quelle pensée amère !
    L'amour, ce don du ciel, qui se vend à l'enchère,
    On n'a plus pour dormir d'ombre sur les chemins
    Au lieu d'un papillon, on prend une chenille,
    On ne peut rien toucher, ni la fleur, ni la fille,
    Sans avoir de la boue aux mains.

    Oh ! que Paris est laid ! Sous ses sombres nuages 
    Que j'ai souvent rêvé de longs et beaux voyages ! 
    J'aimerais tant le ciel, les palmiers d'Orient, 
    La gazelle qui fuit à l'ombre des platanes 
    Et sous un dais brodé les magiques sultanes 
    Qui regardent en souriant.

    Ou dans un vieux donjon, ma muse chatelaine
    Vide près du foyer sa coupe de vin pleine ;
    J'ai des vassaux, le soir, qui parlent du vieux temps,
    Un ami vient s'asseoir près de l'âtre fidèle.
    Je vois à ma fenêtre un nid où l'hirondelle
    Doit revenir pour le printemps.

    Dans un monde encor vierge, aux champs d'Océanie,
    Je voudrais promener ma fortune bannie ;
    Moi je suis fils des eaux, de l'orage et des vents ;
    Je voudrais, habitant d'une cité flottante,
    Vivre au milieu d'un fleuve et déployer ma tente
    Sur les joncs et les flots mouvants.

    Vains rêves ! Pour voler, mon coursier n'a pas d'aile,
    Personne ne voudra me prendre en sa nacelle ; 
    L'argent, froid positif, m'enchaîne sur ces bords ;
    On ne peut pas franchir l'océan à la nage,
    Et les flots, sans salaire, au milieu de l'orage,
    Ne voiturent que les corps morts.

    Lors je me prends d'amour pour les blanches étoiles, 
    Je regarde la lune au fond d'un ciel sans voiles ; 
    Je rêve à la nature et dans l'ombre à pas lent, 
    Plus heureux que celui que le remords agite, 
    En grelottant de froid je regagne mon gîte 
    Et prends pitié de l'opulent.

    Si vous voulez savoir où loge le poète
    Allez à Saint-Gervais, l'église où le vent fouette ; 
    Regardez devant vous cette maison en deuil, 
    Bien pauvre et bien vilaine où, comme lui, Voltaire 
    Travaillait pour gagner quelques pouces de terre 
    Entre la gloire et le cercueil.

    C'est là, voyez-vous bien, c'est là que loin du monde 
    Il tient son coeur exempt de tout contact immonde ; 
    C'est là qu'il faut monter pour lui serrer la main, 
    Car sa porte est toujours ouverte à la jeunesse, 
    Et comme Diogène il cherche, en sa détresse.
    Un homme dans le genre humain.
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  • Muses, adieu, et votre chant jazard

    Muses, adieu, et votre chant jazard !
    Adieu Phoebus, et ma fière déesse !
    Livres, adieu, adieu la tourbe espesse
    De mes amys, adieu tout jeu mignard !

    Adieu guiterre, adieu luth babillard, 
    Toute harmonie et tout son de liesse,
    Gemmes, parfums, et toute gentillesse,
    Tout lieu hanté, tout ombrage à l'écart !

    Ainsy la mort, par une blanche voye, 
    Droit me conduise en l'eternelle joye,
    Entre les dieux, au beau sejour du ciel.

    Ainsy ma foy chascun amant contemple,
    Et tendrement gemissant prenne exemple
    De ne tremper ses douceurs dans le fiel.
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  • Promenade galante

    À Edmond Morin.

    Dans le parc au noble dessin
    Où s'égarent les Cidalises
    Parmi les fontaines surprises
    Dans le marbre du clair bassin,

    Iris, que suit un jeune essaim,
    Philis, Églé, nymphes éprises,
    Avec leurs plumes indécises,
    En manteau court, montrant leur sein,

    Lycaste, Myrtil et Sylvandre
    Vont, parmi la verdure tendre,
    Vers les grands feuillages dormants.

    Ils errent dans le matin blême,
    Tous vêtus de satin, charmants
    Et tristes comme l'Amour même.
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