• BEING BEAUTEOUS

    BEING BEAUTEOUS..............

    Devant une neige un Être de Beauté de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s’élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré ; des blessures écarlates et noires éclatent dans les chairs superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour de la Vision, sur le chantier. Et les frissons s’élèvent et grondent, et la saveur forcenée de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derrière nous, lance sur notre mère de beauté, — elle recule, elle se dresse. Oh ! nos os sont revêtus d’un nouveau corps amoureux.

    xxx

    Ô la face cendrée, l’écusson de crin, les bras de cristal ! le canon sur lequel je dois m’abattre à travers la mêlée des arbres et de l’air léger !

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  • Midi au village

    Nul troupeau n'erre ni ne broute ;
    Le berger s'allonge à l'écart ;
    La poussière dort sur la route,
    Le charretier sur le brancard.

    Le forgeron dort dans la forge ;
    Le maçon s'étend sur un banc ;
    Le boucher ronfle à pleine gorge,
    Les bras rouges encor de sang.

    La guêpe rôde au bord des jattes ;
    Les ramiers couvrent les pignons ;
    Et, la gueule entre les deux pattes,
    Le dogue a des rêves grognons.

    Les lavandières babillardes
    Se taisent. Non loin du lavoir,
    En plein azur, sèchent les hardes
    D'une blancheur blessante à voir.

    La férule à peine surveille
    Les écoliers inattentifs ;
    Le murmure épars d'une abeille
    Se mêle aux alphabets plaintifs...

    Un vent chaud traîne ses écharpes
    Sur les grands blés lourds de sommeil,
    Et les mouches se font des harpes
    Avec des rayons de soleil.

    Immobiles devant les portes
    Sur la pierre des seuils étroits,
    Les aïeules semblent des mortes
    Avec leurs quenouilles aux doigts.

    C'est alors que de la fenêtre
    S'entendent, tout en parlant bas,
    Plus libres qu'à minuit peut-être,
    Les amants, qui ne dorment pas.

    René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907

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  • La Foret Vierge

     La Foret Vierge ......................... Aime Césaire

    je ne suis pas de ceux qui croient qu'une ville ne doit pas s'élever jusqu'à la catastrophe encore un tour de rein de cou d'étage ce sera le déclic du promontoire je ne suis
    pas de ceux qui luttent contre la propagation du taudis encore une tache de merde ce sera le marais vrai.
    Vrai la puissance d'une cité n'est pas en raison inverse de la saleté de ses ménagères pour moi je sais bien le panier où ne roulera jamais plus ma tête.
    Vrai la puissance d'un regard n'est pas en fonction inverse de sa cécité pour moi je sais bien où la lune ne viendra pas poser sa jolie tête d'affaire
    étouffée.
    Au coin du tableau le désespoir inférieur et ma gueule de primate caressée depuis trois cents ans.
    Au centre la centrale téléphonique et l'usine à gaz en pleine anthèse (trahison des houilles et des maréchaux).
    Au coin ouest-ouest le métabolisme floral et ma gueule de primate démantelée depuis trois cents ans la fumée nopal nopal au paysage repu les figuiers étrangleurs font
    leur apparition salivée de ma gueule de mufle de sphinx démuselée depuis le néant.
    Où allez-vous ma femme marron ma restituée ma cimarronne les morts pour la patrie défont leurs tranquilles oreillers de jungle au creux des pièges à dormir; les volcans
    émettent leur gueule silencieuse de veuve et de laboratoire, les jolis parachutes des années sautent dans le vide et lancent à la petite semaine leurs tracts de rue de
    blé-de-rue de femmes à prendre et à quitter car il y a toujours l'air et ses moraines l'œstre de l'air les avalanches de l'air et les empires paternes claquant au vent
    galant de la justice mais les femmes du matin trébuchent dans leurs cauchemars de nuit et viennent s'écraser sur le trottoir où il n'y a plus ni police ni crime mais des dieux
    à confirmer et le docteur angélique forçant sa face de pas géométriques à travers les champs du sabotage
    Où allez-vous ma femme marron ma restituée ma cimarronne il vit à pierre fendre et la limaille et la grenaille tremblent leur don de sabotage dans les eaux et les saisons

    Où allez-vous ma femme marron ma restituée ma cimarronne le cœur rouge des pierres les plus sombres s'arrête de battre quand passent les cavaliers du sperme et du
    tonnerre31
    De tribord à bâbord ne déchiffre pas les paroles du vent de bâbord à tribord les îles du vent et sous le vent la démence qui est la figure du printemps c'est
    midi je te sais gré de tes fantômes heure seule et la première pour la
    Virgen de la
    Caridad et son frais minois d'exaction coloniale
    A midi gardé par les euphorbes fétiches le soleil le bourreau la poussée des masses la routine de mourir et mon cri de bête blessée de bête ce n'est pas la peine
    de l'achever ni de l'adorer de bête incompatible les jours y approvisionnent le fait-divers incompréhensible de l'équin.oxe jouant sur l'automatisme des élections sanglantes
    et du rhum à bon marché de villes-de-cave où les habitacles du salpêtre déclinent leur nom aux carrefours enténébrés de fer de lances de lovées
    d'instants de charrascal des câbles à haute tension des forêts du ciel chargé des épis de la pluie avec l'embouteillage systématique des ruts jusqu'à ce que
    mort s'ensuive et c'est ainsi jusqu'à l'infini des fièvres la formidable écluse de la mort bombardée par mes yeux à moi-même aléoutiens qui de terre de ver
    cherchent parmi terre et vers tes yeux de chair de soleil comme un négrillon la pièce dans l'eau où ne manque pas de chanter la forêt vierge jaillie du silence de la terre
    de mes yeux à moi-même aléoutiens et c'est ainsi le saute-mouton salé des pensées hermaphrodites des appels de jaguars de source d'antilope de savanes cueillis aux
    branches de mes yeux pour toi aussi aléoutiens lancés à travers leur première grande aventure : la cyathée merveilleuse sous laquelle s'effeuille une jolie nymphe parmi
    le lait des mancenilliers et les accolades des sangsues fraternelles.

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  • Le Délire du Fantassin

     Le Délire du Fantassin...................... Louis Aragon

    L'ENFANT fantôme fend de l'homme
    entre les piliers de pierre :
    2ΠR, son tour de tête.
    (La tour monte, attention au ciel)
    Comme il mue, avec sa voix de rogomme
    il effraye à tort ou raison l'orfraie empaillée
    Qu'on ne voit pas à cause de la chaleur
    à cause de la couleur
    à cause de la douleur

    Jamais la boule en buis ne pourra retomber
    Sur le bout de bois blanc du bilboquet.

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  • Marche des paysans

    Marche des paysans.............

    D'un brillant espoir
    L'âme était parée.
    Lumière et pouvoir.
    O marche sacrée.



    Des oiseaux luisants
    Volèrent, chantèrent ;
    Le pas militant
    Désirait la terre.



    La forêt se lève
    Et marche avec lui
    De toute sa sève
    Et de tous ses fruits.



    La meilleure plage
    Est promise au loin.
    Nous irons sans rage
    Mais le glaive au poing.



    D'un brillant espoir
    L'âme était parée.
    Avide de voir
    Et de célébrer.



    Mille étés s'endorment
    Sur un mont léger,
    Le silence forme
    Une éternité.



    Le sommeil balance
    Mille étés fourbus
    Que nulle jouvence
    N'éveillera plus.



    Mais notre pas ferme
    Et joyeux aussi
    Arrive à son terme
    Et se grave ici.



    Nouvelle alliance
    Entre terre et cieux.
    Pour l'homme et pour
    Dieu
    Quelle résidence !



    Riant laboureur.
    Pousse ta charrue,
    La mer est d'humeur
    A se voir mordue.



    Le soc batailleur
    Entame les ondes ;
    La mer est d'humeur
    A se voir féconde.



    Voici la semence
    Et les beaux sillons.
    Allons, que commence
    Le travail, allons !



    Et la mer éteinte
    Ne pourra jamais
    Effacer l'empreinte
    Sous ses verts palais.



    Ne pourra jamais
    Ecraser le signe.
    Arracher la vigne
    Que nos mains plantaient.



    Ne pourra jamais

    Etouffer de brume

    Le feu de relais

    Que nos mains allument,



    Ne pourra jamais
    Ronger la couronne.
    Le sceptre et le dais
    Que nos mains façonnent.



    Et voici le chant
    D'azur et de sable,
    D'azur et de sang
    Qui donne la fable.

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  • À Mme De... en Lui Envoyant les Cœurs du Chevalier de Boufflers.

    À Mme De... en Lui Envoyant les Cœurs du Chevalier de Boufflers..Bernard Chevalier de Bonnard

    Si l'on en croit ces vers charmants,
    Boufflers est en amour un matérialiste.

    Que n'ai-je encor mes dix-sept ans !

    J'aurais trouvé mon moraliste.

    Notre âme alors est dans nos sens ;

    Le temps qui fait tout l'en dégage ;
    Il épure nos feux qu'il rendra moins ardents;
    De nos sensations il fait des sentiments.
    Et l'homme plus heureux jouit de son ouvrage.
    Oui, sans doute, le cœur qu'a célébré
    Boufflers,

    À ma combustible jeunesse

    Commandait à tort, à travers.
    L'âge m'a fait présent d'un coeur d'une autre espèce.
    C'est à lui que je dois mes plaisirs et mes vers;
    Il est sensible et tendre avec délicatesse ;
    Esprit, grâces, talents, tout a sur lui des droits ;
    Mais parmi cent objets, son tact avec justesse
    Sait en distinguet un qu'il doit aimer sans cesse ;
    Il parle, et l'autre cœur obéit à sa voix.

    Pour jouir d'une double ivresse
    Ici-bas tout mortel a-t-il deux cœurs en soi ?
    J'en ai douté longtemps,
    Zulmé, je le confesse,
    Mais j'en suis assuré depuis que je vous voi.

    Bernard de Bonnard....... 1744 - 1784

     

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  • A Madame de Xx qui Avait Fait Présent D'un Rosier a L'Auteur

     A Madame de Xx qui Avait Fait Présent D'un Rosier a L'Auteur .... Bernard Chevalier de Bonnard

    Vous embellissez la retraite,

    Où, loin des sots et de leur bruit,

    Dans le sein d'une étude abstraite,

    De la paix je goûte le fruit ;

    C'est par vos bienfaits qu'il arrive,

    Que le pluscharmant arbrisseau,

    Au verger que ma main cultive

    Va prêter un éclat nouveau ;

    De ce don mon âme est touchée ;

    Ainsi dans l'âge heureux d'Astrée,

    La main brillante des talents,

    En dépit des traits de l'envie,

    Sur les épines de la vie

    Sema les roses du printemps.

     Bernard Chevalier de Bonnard .......1744 - 1784,

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  • Du Dehors

     Du Dehors -......................Eugène Guillevic

    Le roc non plus
    Ne sait rien de l'image
    Qu'ont de lui les amants
    Dans son ombre adossés
    Aux vestiges du temps.

    Ce qu'il sait, c'est la force
    En lui du tremblement
    Qui ne l'a pas quitté,

    Son rêve d'être ensemble
    A pénétrer le lieu
    Fait de l'autre et de soi

    Confondus dans l'approche
    Et dans la découverte.

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  • Éventails

     Éventails ........................Stéphane Mallarmé

    Aile quels paradis élire
    Si je cesse ou me replonge au
    Toucher de votre pur délire
    Madame
    Madier de
    Montjau.

    *

    A
    M"
    G.
    M.
    Jadis frôlant avec émoi
    Ton dos de licorne ou de fée,
    Aile ancienne, donne-moi
    L'horizon dans une bouffée.

    *

    Bel éventail que je mets en émoi
    De mon séjour chez une blonde fée
    Avec cène aile ouverte amène-moi
    Quelque éternelle et rieuse bouffée.

    Autour du marbre le lys croît —
    Brise, ne commence par taire,
    Fière et blanche son regard droit,
    Nelly pareille à ce parterre.

    Comme la lune l'en prie
    Un blanc nuage pour cold
    Cream étend la rêverie
    De
    Mademoiselle
    Hérold.

    À
    M"
    Georges
    Rodenbach

    Ce peu d'aile assez pour proscrire
    Le souci nuée ou tabac
    Amène contre mon sourire
    Quelque vers tu de
    Rodenbach.

    À ce papier fol et sa
    Morose littérature
    Pardonne s'il caressa
    Ton front vierge de rature.

    Avec la brise de cette aile
    Madame
    Dinah
    Seignobos
    Peut, très-clémente, y pense-t-elle
    Effacer tous nos vains bobos.

    Spirituellement au fin
    Fond du ciel avec des mains fermes
    Prise par
    Madame
    Dauphin
    Aile du
    Temps tu te refermes.

    Palpite,

    Aile,

    mais n'arrête
    Sa voix que pour brillamment
    La ramener sur la tête
    Et le sein

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