• L’interprète

    Recueil : "Paysages et paysans"

    L’interprète          Maurice ROLLINAT

    L’inclinaison de ce vieux saule
    Sur le vieil étang soucieux
    Que pas une brise ne frôle,
    A quelque chose de pieux.

    Et l’on dirait que chaque feuille,
    Ayant cessé son trémolo,
    Pompe le mystère de l’eau
    Et dévotement se recueille.

    Or, soudain, y perchant son vol,
    Voici qu’un petit rossignol,
    Tendre interprète d’aventure,

    Pour l’arbre adresse à l’Inconnu,
    Dans un lamento soutenu,
    La prière de la Nature !

    ************

    Un bonjour en langue des saules,
    C'est, en effet, silencieux ;
    Un frémissement des épaules,
    Un tremblement malicieux.

    Un bonjour en langue des feuilles,
    C'est un peu sourd, comme un sanglot,
    Comme le clapotis de l'eau,
    L'oreille à peine le recueille.

    Grand merci donc au rossignol
    Qui saisit les bonjours en vol,
    Comme des mouches qu'il capture ;

    Ah, tous ces bonjours inconnus !
    Que n'avons-nous mieux retenu
    L'enseignement de la Nature !

     

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  • Matinée d’ivresse

    Recueil : "Illuminations"

    Matinée d’ivresse................Arthur RIMBAUD

    Ô mon Bien ! Ô mon Beau ! Fanfare atroce où je ne trébuche point ! Chevalet féerique ! Hourra pour l’œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois ! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendu à l’ancienne inharmonie. Ô maintenant, nous si digne de ces tortures ! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés : cette promesse, cette démence ! L’élégance, la science, la violence ! On nous a promis d’enterrer dans l’ombre l’arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, — ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, — cela finit par une débandade de parfums.

    Rire des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d’ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.

    Petite veille d’ivresse, sainte ! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t’affirmons, méthode ! Nous n’oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.

    Voici le temps des Assassins.

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  • Toi

    Recueil : "Ballades et réflexions à ma façon"

    Toi............Toi  Esther GRANEK

    Toi c’est un mot

    Toi c’est une voix
    Toi c’est tes yeux et c’est ma joie

    Toi c’est si beau
    Toi c’est pour moi
    Toi c’est bien là et je n’y crois

    Toi c’est soleil
    Toi c’est printemps
    Toi c’est merveille de chaque instant

    Toi c’est présent
    Toi c’est bonheur
    Toi c’est arc-en-ciel dans mon coeur

    Toi c’est distant…
    Toi c’est changeant…
    Toi c’est rêvant et esquivant…

    Toi c’est pensant…
    Toi c’est taisant…
    Toi c’est tristesse qui me prend…

    Toi c’est fini.
    Fini ? Pourquoi ?
    Toi c’est le vide dans mes bras…
    Toi c’est mon soleil qui s’en va…
    Et moi, je reste, pleurant tout bas.

    1978

     

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  • Ballade pour un pitre

    Recueil : "Ballades et réflexions à ma façon"

    Ballade pour un pitre..............Esther GRANEK

    Oyez la triste histoire d’un pitre.
    Pleurez, pleurez en écoutant.
    Une vie durant porta ce titre.
    Puis tout cessa. Soudainement.

    Heureux comme un poisson dans l’eau
    quand il grimaçait sur les planches,
    il avait cent tours dans sa manche.
    On se tordait. Criant : bravo !

    Bienfaiteur de l’humanité
    qu’il distrayait de ses misères,
    il faisait rire à s’étouffer
    mettant en joie des salles entières.

    Pourtant à chaque apparition,
    un trac affreux, puissant, félon,
    le harcelait de ses morsures.
    Ce n’était guère une sinécure.

    Mais il adorait ses angoisses.
    Jamais n’aurait cédé sa place
    et sombrement appréhendait
    de ne plus être qu’un passé.

    Eh bien voilà, c’est arrivé..
    Il est fini son temps de gloire.
    Pleurez, pleurez, vous, l’auditoire !
    Quoi ? Nulle larme ne versez ?

    Ah ! Quelle affreuse ingratitude !
    Rien ne justifie l’attitude
    d’un public qui, sans un regret,
    vers d’autres pitres s’est tourné.

    Pourtant qu’y faire ? Soudainement
    il ennuya, rien ne créant
    et se bornant à rabâcher
    vieux trucs et machins éculés.

    Tout se mettait de la partie
    comme une grande trahison.
    Sa mémoire, ses jointures, son ton.
    Il restait seul , tel un oubli

    Avec les ans qu’il encaissait
    et comme plus rien ne l’attendait,
    parfois il s’offrait des grimaces.
    Pour se distraire. Devant la glace.

    1978

    **************

    J'ai rêvé. J'étais clown, en tenue de marin ;
    Je m'exprimais sur scène avec le plus grand zèle,
    Faisant rire les gens, les aïeuls, les pucelles,
    D'un humour décalé occupant le terrain.

    Assis au premier rang, s'esclaffait mon parrain,
    Accompagné, ce jour, d'une jeune donzelle
    Qui se donnait des airs de rougissante oiselle
    Tout en nous gratifiant d'un sourire serein.

    Le vieillard, comme pris d'une joyeuse ivresse,
    Avait l'air de songer à de douces caresses
    (Entrer dans le détail ? Je ne sais si je dois).

    J'ai rêvé que j'étais un amuseur-poète,
    Composant ce sonnet dans lequel se reflète
    Le clownesque propos d'un rimeur maladroit.

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