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  • La plus étonnante statue de Montmartre

    La plus étonnante statue de Montmartre

    En vous baladant du côté de la rue Norvins dans le 18e arrondissement, vous ferez la connaissance de Monsieur Dutilleul, le héros de la célèbre nouvelle de Marcel Aymé : le Passe-Muraille de Montmartre.

    Pourquoi cette statue à cet endroit ?

    C’est à Jean Marais que l’on doit cette sculpture plutôt insolite inaugurée en 1989. L’acteur de La Belle et la Bête – qui avait plus d’une corde à son arc puisqu’il était aussi un artiste visuel accompli – l’a sculptée afin de rendre hommage à l’écrivain Marcel Aymé.

    Pour raviver vos souvenirs de collège, le Passe-Muraille c’est une nouvelle fantastique parue en 1943 qui raconte l’histoire d’un modeste employé de bureau installé dans le quartier de Montmartre. Un soir, cet homme tout ce qu’il y a de plus normal découvre qu’il a le pouvoir de traverser les murs. Après l’avoir utilisé pour l’amour et l’argent, il finira par perdre son don et restera figé à l’intérieur d’une muraille située non loin de chez lui et à l’endroit même où se trouve aujourd’hui la statue, juste à côté de la rue Norvins !

    Un hommage parfait à Marcel Aymé 

    Si trouver une statue traversant un mur est déjà étonnant, le détail le plus insolite réside dans son apparence. En effet, le personnage représenté par Jean Marais ne prend pas les traits de n’importe qui, puisque ce sont ceux du créateur de Monsieur Dutilleul, Marcel Aymé !

    Le lieu n’a pas été choisi au hasard puisque l’auteur des Contes du chat perché est l’un des plus illustres habitants de la butte. Il a très longtemps habité dans le quartier, notamment rue Paul Féval et rue Norvins, à deux pas de la place qui porte son nom aujourd’hui. L’auteur étant très attaché à ce quartier, les histoires de ses romans y sont donc très souvent situées. Depuis sa mort en 1967, il repose au Cimetière Saint-Vincent… de Montmartre, évidemment.

    La plus étonnante statue de Montmartre

    Le Passe-muraille de Montmartre – Place Marcel Aymé, 75018
    Métro : Lamarck – Caulaincourt (ligne 12)

     

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  • Les origines de la légende de Montmartre

     

    Les origines de la légende de Montmartre

    Avant d’être ce quartier bohème que nous chantait Aznavour, la Butte Montmartre était un véritable ghetto. Retour sur l’histoire du Maquis de Montmartre ou comment la légende s’est construite…

    Les origines de la légende de Montmartre

    Le Maquis de Montmartre en 1904 , rue Caulaincourt

    Plus qu’un simple bidonville

    Tout commence dans les années 1860, au moment de l’annexion de la Butte à Paris. Autrefois, le quartier de Montmartre n’était qu’un vaste champ. Suite aux grands travaux du baron Haussmann, les Parisiens qui sont sans le sou sont chassés du centre de Paris et viennent alors trouver refuge dans ce qui deviendra le Maquis de Montmartre.

    Montmartre-Maquis-Butte-Paris-1860

    Des cabanes en bois s’érigent entre les rues Caulaincourt, Girardon et Lepic, un village de bric et de broc, où l’on utilise des boîtes de sardines en guise de serrures ! Dans L’Assommoir, Zola qui décrit : « la butte Montmartre qui bouchait le ciel, avec ses maisons crayeuses, percées des trous réguliers de leurs fenêtres », nous laisse bien imaginer les conditions de vie auxquelles étaient réduits les maquisards.

    maquis montmartre boites de sardines en guise de serrures

     

    Les habitants étaient principalement des ferrailleurs, des chiffonniers, des gens vivant de la récup’, en somme. On y croisait aussi des voleurs, venus se cacher (d’où le surnom de « maquis ») dans les ruelles labyrinthiques du quartier et des petits voyous, que l’on appelait communément les « Apaches ».

    Butte-montmartre-paris-maquisards-chiffonnier-ferrailleurButte-montmartre-paris-maquisards-voleur-apache

     

    Malgré les apparences, Montmartre avait donc plus l’âme d’un village que d’un bidonville. Malgré la pauvreté, l’insécurité et le manque d’hygiène, tout ce petit monde constituait une communauté socialement organisée, solidaire et unie.

    Le maquis des poètes

    A cette époque déjà, la Butte attire et inspire les artistes. De Van Gogh à Renoir en passant par Maurice Utrillo, Francisque Poulbot, Tristan Tzara, ou encore Hector Berlioz, qui séjourna au n°11 de la rue Saint-Vincent… Autant de noms célèbres qui ont fait la renommé du Maquis de Montmartre.

    Maquis-Montmartre-inspiration-artistes-peintres

    Le début de la fin

    Seulement, au début du 20ème siècle, la face du maquis change complètement : des promoteurs rachètent et volent les terrains aux maquisards pour y construire des villas de luxe et des immeubles, style Art Déco. En 1909, l’avenue Junot commence à sortir de terre, détruisant petit à petit toutes les cabanes du maquis.

    1909-disparition-maquis-butte-montmartre-paris

    Le coup de grâce est donné, quelques années plus tard, lorsqu’un incendie aux origines douteuses brûle les derniers restes du Maquis de Montmartre. Si jusqu’en 1940, quelques maquisards tiennent encore bon, la modernité aura finalement raison d’eux, transformant le bidonville en village, le village en quartier et le quartier en légende…

    1940-disparition-maquis-butte-montmartre-paris

    Heureusement, la Butte a su conserver jusqu’à notre époque son atmosphère de village, ses ruelles sinueuses et quelques personnages fantasques ! Pour percer à jour tous ses secrets, profitez de notre visite guidée de Montmartre, qui se décline aussi de nuit.

    Le Maquis de Montmartre, ça donne quoi en photos ?

    Le Maquis de Montmartre, ça donne quoi en photos ?

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1890

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    Le maquis de Montmartre en 1890

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    Le maquis de Montmartre en 1900

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1900

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    Le maquis de Montmartre vers 1900

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    Le maquis de Montmartre vers 1900

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    Le maquis de Montmartre en 1903

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    Le maquis de Montmartre en 1904

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1904

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1904

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1907

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    Le maquis de Montmartre en 1907

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    « Le maquis de Montmartre » de Maurice Utrillo

    maquis-montmartre-paris

     

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  • Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Femmes de tête, femmes d’influence, femmes de science… Paris Zigzag revisite les portraits du beau sexe, de celles qui ont fait l’Histoire parisienne. Petites et grandes destinées s’entremêlent, le temps d’un panorama flamboyant !

    Sainte Geneviève

    On la connaît comme étant la patronne de Paris, mais qu’a-t-elle fait ? Rien moins que repousser les Huns en dehors de la ville. A l’annonce du siège ennemi, cette modeste nonne entreprend de convaincre les Parisiens de résister à l’invasion coûte que coûte.

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    L’entreprise est un succès.

    Les habitants se préparent au siège, portés par la ferveur communicative de la religieuse. Les Huns n’aimant que les victoires faciles, Paris est alors laissée tranquille. En hommage à cette heure de gloire, Sainte Geneviève est enterrée dans l’église Saint-Etienne-du-Mont.

    Olympe de Gouges

    Femme d’avant-garde, Olympe est l’une des premières politiciennes de la capitale. Son premier champ d’action ? Le théâtre, où elle se fait rapidement connaître au 18e siècle pour ses pièces controversées. Auteure d’une vingtaine d’œuvres essentiellement politiques, elle milite avec rage pour l’abolition de l’esclavage, le droit des Femmes ou encore le droit au chômage des ouvriers.

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Mais d’autres causes lui tiennent aussi à cœur. Un an après son puissant plaidoyer en faveur du divorce, la loi concernée obtiendra gain de cause.

    Comtesse de Castiglione

    Sa beauté est légendaire, mais fait surtout diversion. Car avant d’être un modèle renommé de photographie, la Comtesse Virginia de Castiglione est espionne avant tout. Italienne d’origine, elle attire Napoléon III dans ses filets et devient sa maîtresse, piégeant sur l’oreiller tout un tas de secrets politiques français… Ses proies sont nombreuses et jalonnent son parcours mystérieux de femme de l’ombre.

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Louise Colet

    En admiration devant elle, Victor Hugo l’appelle « la déesse des Muses ». A l’inverse, Flaubert la dénigre facilement en public. En cause ? Leur rupture difficile après plusieurs années de folle passion. Militante féministe et poétesse, Louise Colet se fait surtout connaître pour son Poème de la Femme, projet inachevé de six longs récits qui devaient retracer la destinée féminine dans toutes ses conditions sociales. Elle n’en achève que trois volets avant sa mort, mais l’œuvre est puissante et fait longtemps résonner son nom dans Paris.

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Sarah Bernhardt

    On ne présente plus « la Voix d’Or » des planches… C’est pour elle que Cocteau, dans un moment d’inspiration, consacra l’expression « monstre sacré ». Tragédienne, oui, mais star populaire avant tout : Sarah Bernhardt influence son époque aussi bien au théâtre que dans les boutiques de mode ou la sphère politique (elle défend Zola pendant l’affaire Dreyfus).

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Sa devise ? Un « quand même » victorieux qui remonte à l’enfance, lorsqu’elle parvient à traverser un ruisseau qu’on disait infranchissable. Même avant sa mort, pourtant amputée d’une jambe, sa détermination à jouer sur scène est intouchable. Elle se donne en spectacle assise, et remporte à sa mort des funérailles nationales.

    Marie Curie

    Première femme à avoir reçu un prix Nobel, la seule à en avoir eu deux, on oublie parfois que Marie Curie est parisienne d’adoption. A la mort de son mari, celle qui a déjà découvert la radioactivité prend un poste de professeur à la Sorbonne et obtient (encore) le célèbre prix pour ses travaux sur le radium et le polonium.

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Amie d’Einstein, elle met en place « les petites Curies », des ambulances à rayons X qui localisent les balles dans le corps des blessés pendant la première Guerre Mondiale. Longtemps associée à son mari, l’Histoire lui a rendu ses titres d’honneur en la considérant comme l’une des plus grandes scientifiques.

    Simone de Beauvoir

    C’est dans son petit trois-pièces parisien, rue de la Bûcherie, que la célèbre intellectuelle écrira le « Deuxième Sexe ». Décriée par les hommes à la sortie du livre, Simone de Beauvoir gagne le cœur des femmes et de l’Histoire en posant des jalons de la libération féminine des années 70. Même adresse, elle compose le très autobiographique « Mandarins », qui lui vaut le prix Goncourt en 1954. 

    Parisienne de tête et de cœur, elle est aujourd’hui enterrée à Montparnasse.

     

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Eugénie Buffet

    Célèbre chanteuse de cabaret début 20e, Eugénie Buffet ne se repose pas sur ses lauriers. Sa notoriété ne l’empêche pas de chanter dans les rues parisiennes, gardant toujours un contact étroit avec le peuple. Elle donne une partie de ses gains aux pauvres et aux malades, et pendant la grande Guerre, on la surnomme « Caporale » parmi les Poilus : elle a pris l’habitude de chanter pour eux et pour leurs veuves. L’Histoire la retient comme l’un des plus grands cœurs du vieux Paris. Pour Jean Renoir, c’est Piaf qui l’interprétera sur grand écran.

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Joséphine Baker

    On la connaît comme la première star noire et l’enchanteresse des salles parisiennes, où elle dansait à demi-nue avec un charme explosif. Le public s’emballe sans pour autant lui donner la faveur du respect, n’oublions pas l’époque… Mais toujours est-il qu’elle devient un emblème incontournable, celui d’une liberté nouvelle et d’une culture jazz qui s’infiltre en grande pompe à Paris. Ce qu’on sait moins d’elle ? Elle obtient la médaille de la Résistance à la Libération, pour ses services rendus au contre-espionnage pendant la guerre.

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

    Régine Deforges

    C’est la première femme à avoir ouvert sa propre maison d’édition, en 1968. Vive et rebelle, Régine Deforges se lance dans une carrière éditoriale brûlante où défilent des titres d’ouvrages récriés, sulfureux, souvent censurés (comme sa réédition du con d’Irène, retiré de la vente 48h après sa publication). Régine n’aura de cesse de se battre avec la justice pour garder sa liberté éditoriale. Elle écrit la Bicyclette Bleue en 1981, succès phénoménal à travers le pays.

    Ces femmes qui ont fait l’Histoire de Paris

     

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  • Chansons populaires ou comment
    les siècles s’égrènent au rythme
    d’airs marquant leur temps
    (D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1921
    Remerciements au site : « Du Temps des Cerises aux Feuilles Mortes »
     
    ******************
     
    De la plus ancienne chanson populaire française qu’on connaisse, écrite en latin et composée à propos de la bataille gagnée par le roi des Francs Clotaire II sur les Saxons, en 623, à la Madelon créée juste avant la Première Guerre mondiale et consacrée par les Poilus qu’elle accompagna, l’habitude de dire qu’en France tout finit par des chansons est frappée au coin de la vérité. Retour sur quelques siècles émaillés d’airs parfois oubliés...
     

    On pourrait dire que rien ne s’accomplit sans des chansons. De la chanson écrite pour célébrer la victoire de Clotaire II en 623, Hildegaire, évêque de Meaux, raconta que ce chant vulgaire se trouvait dans toutes les bouches et que les femmes le chantaient par les campagnes en dansant et en battant des mains. Les croisades alimentèrent longtemps la verve des chansonniers, ou, pour les nommer par leur nom, des trouvères. Ces poètes et ces interprètes des épopées populaires voyageaient à travers le pays, s’arrêtant dans les châteaux, assemblant le peuple au parvis des églises et chantant les exploits des croisés.

    Libert
    Vers 1875 : le chanteur Libert

    Quant à la chanson satirique, elle date du XVIe siècle. Elle suivait le mouvement des idées. Auparavant, la chanson avait surtout été héroïque. Le perfectionnement de la langue, l’évolution des esprits lui ouvraient des voies nouvelles. Elle allait, dès lors, s’immiscer dans les affaires publiques et censurer à tout propos. C’est de cette époque que date la chanson La Palice, et aussi celle de Guilleri. Mais ce temps-là ne connut pas que des complaintes comme la premières de ces chansons ou des refrains satiriques comme la seconde. La tradition populaire nous en a conservé aussi maintes inspirations naïves et charmantes, telle la jolie chanson Avec mes sabots, dont un compositeur moderne fit la Marche Lorraine.

    La période de la Renaissance et le XVIIesiècle virent une floraison abondante de chansons de tout genre. Mais les chansons guerrières furent les plus nombreuses. Pas une bataille, pas un siège, pas une prise de ville, pas une escarmouche sans une chanson. Le siècle de Louis XV favorise l’éclosion de la chanson grivoise. Puis, c’est la Révolution avec ses refrains enflammés.

    Sous l’Empire, on ne chante guère ; on n’a que le temps de se battre ; et la satire n’est pas de mise. Le romantisme de 1830 crée la romance sentimentale... Mais la chanson va devenir un art, une forme de la poésie, une expression de l’art. La muse du peuple enfante Béranger, Pierre Dupont, Désaugiers, puis, plus tard, Nadaud, qui disait ses chansons avec une bonhomie si franche et un si parfait naturel.

    Le chanteur Bach
    Le chanteur Bach (début du XXe siècle)

    Vers 1850, le premier café-concert – ou, pour parler la langue du temps, le premier café-chantant – s’établit dans un passage voisin du boulevard. C’est là que s’envoleront dorénavant les chansons destinées à devenir populaires. Les Parisiens qui entendirent Thérésa à cette époque pouvaient dire que jamais artiste n’avait eu un succès plus retentissant. Toutes les chansons interprétées par Thérésa devenaient immédiatement populaires. Les gens graves s’indignaient de cette vogue. « N’est-il pas indécent, écrivait l’un d’eux, de voir les entrepreneurs de concerts se disputer et couvrir d’or le nom de Mlle Thérésa, devenue inopinément une célébrité, une mode, une fureur ? »

    Couvrir d’or... Thérésa ne gnagna jamais plus de 30000 francs par an. Et pourtant, cela faisait scandale. Veuillot lui-même avait trempé sa plume dans le fiel pour stigmatiser le répertoire de la chanteuse : « Cela, disait-il, n’est d’aucune langue, d’aucun art, d’aucune vérité ; cela se ramasse dans le ruisseau... » A l’en croire, rien de plus canaille et de plus corrompu. Parmi ses chansons à succès, il y eut le Rossignolet du Bois sauvage ou la Gardeuse d’oursRien n’est sacré pour un sapeur ou la Vénus aux carottes, chansons innocentes lorsqu’on les compare à tout ce qu’on nous a chanté depuis lors.

    En dépit des indignations, le succès du café-concert va s’affirmant de plus en plus. Il est vrai qu’après 1870, les malheurs du pays ont épuré son répertoire. Les chansons qui deviennent populaires sont surtout les chansons patriotiques, les chanson de Villemer et Delormel sur les provinces perdues, et notamment cet hymne superbe : « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine », mis en musique par Ben-Tayoux, et qui exalta les enthousiasmes au jour de la revanche comme il avait ému les cœurs au jour de la défaite. Toutes ces chansons étaient alors créées à Paris par Mme Aminti, une grande femme brune au masque tragique douée du contralto le plus impressionnant.

    Mais la gaieté ne tarde pas à reprendre ses droits. Peu de temps après la guerre, le chanteur Libert lance la fameuse chanson l’Amant d’Amanda en 1876, dont le refrain est :

     

    Voyez ce beau garçon-là
    C’est l’amant d’A
    C’est l’amant d’A
    Voyez ce beau garçon-là
    C’est l’amant d’Amanda...

     

    C’est un succès fou  chantée par Caudieux en 1910, cliquez ici - format MP3). En quelques jours, on en vend 150 000 exemplaires. Un autre refrain du même genre, la Canne à Canada, rencontre la même faveur auprès du public. D’autres chansons deviennent rapidement populaires ; une scie : Je m’nomme Popaul ; un refrain bachique : Le P’tit Bleu.

    Paulus à l'affiche de la Scala en 1890
    Paulus à l’affiche de la Scala en 1890

    La romance, cependant, ne cesse pas de passionner les foules ; les Regrets de Mignon sont tirés à 150 000 exemplaires ; le Premier bouquet de lilasà 100 000 ; l’Heure du rendez-vousmonte à 70 000 ; le Rossignol n’a pas encore chanté à 50 000 ; les Blés d’Or à 100 000 ; la Chanson des Peupliers à 150 000.

    Mais voici Paulus (de son vrai nom Jean-Paul Habans), le chanteur dont on peut dire que presque toutes les chansons devinrent populaires. Son nom seul sur l’affiche d’un café-concert avait, vers 1885-1890, la vertu magique d’emplir la salle d’une foule enthousiaste. Les refrains de Paulus étaient toujours bien rythmés, ses chansons amusantes, relevées parfois d’une petite note gauloise, mais sans grossièreté, toujours de

     

    bon goût. De là une immense vogue. Paulus créa, au café-concert, un genre qui a disparu avec lui.

    Son premier succès date de 1875, avec Si j’étais fleur, un refrain que tout Paris fredonna bientôt. Alors la vogue d’un chanteur prit des proportions inouïes. Cela dura vingt ans. Pendant dix années, de 1880 à 1890, Paulus chantait tous les soirs dans quatre concerts, allant de l’un à l’autre dans sa voiture qui lui servait de loge d’artiste, et il touchait dans chaque concert des cachets de 250 francs ; sans parler des soirées mondaines et des tournées où son cachet était doublé et même triplé.

    Entre Si j’étais fleur et le Père la Victoire, son dernier triomphe  chantée par Henri Weber en 1908), Paulus créa plus de deux mille chansons dont cinq cents furent de grands succès populaires, comme la Chaussée ClignancourtDerrière l’Omnibus, les Statues en goguette, la Boiteuse, le Tambour-major amoureux, le Cheval du Municipal, Un Tour de Valse, les Gardes municipaux. Les premiers tirages de la plupart de ces chansons montèrent à plus de cent mille. Le Père la Victoire, du premier coup, atteignit un tirage de 100 000.

    Mais le triomphe du répertoire Paulus, ce fut En revenant de la Revue, la chanson qui consacra la popularité du général Boulanger... L’été de 1887, Paulus la chanta aux Ambassadeurs : on s’injuriait, les coups de canne et les coups de poing pleuvaient. Les Pioupious d’Auvergne que créa Bourgès, exploitèrent la même veine et eurent, dans les masses, un succès égal à celui du célèbre refrain de Paulus.

    Quand Madelon
    Quand Madelon..

     

    Depuis lors, on peut citer parmi les chanson populaires quelques chansons de Polin, entre autres la Petite Tonkinoise, la Boiteuse du Régiment ; puis quelques chansons du répertoire de Mayol. Viens Poupoule, adaptation d’une scie berlinoise, qui rapporta, dit-on, plus de cent mille francs à l’auteur et à l’éditeur. Quelques chansons de Dranem eurent aussi la grande vogue, entre autres Ah ! les p’tits pois.

    Mais la Madelon a effacé tout cela. On croit généralement que cette chanson, entre toutes fameuses, a été créée pendant la guerre. Il n’en est rien. Madelon fut chantée au début de 1914 à la Scala par le chanteur Bach (de son vrai nom Charles-Joseph Pasquier). Les auteurs,

     

    Bousquet pour les paroles, Camille Robert pour la musique, ne prévoyaient pas alors la merveilleuse destinée qu’aurait leur chanson.

    La guerre éclata. « J’ai chanté Madelon... au front, pour la première fois, raconta le chanteur Bach, à Etival, près de Raon-l’Etape... Il y eut un peu de surprise parmi les soldats, mes auditeurs. Ce n’était plus la banale chanson de café-concert. Il y avait quelque chose de mieux et de plus qu’ils saisirent. Ils me redemandèrent la chanson et tous reprirent en chœur : Madelon, Madelon, Madelon ! Et ce fut l’entrée dans le monde militaire de Madelon. En somme, on peut dire que c’est le poilu qui l’a créée. Il l’a faite sienne tout de suite ».  chantée par son créateur)

    Pendant ce temps, au concert, à Paris, Polin, l’as des tourlourous, chantait également Madelon. Et ce fut pour elle la consécration définitive. Or, il paraît que des soldats du 12e d’artillerie, qui se trouvaient au début de la guerre à Fontenay-sous-Bois, furent les premiers vulgarisateurs de la célèbre chanson. Ils la chantaient en chœur et, partout où ils passaient, ils en semaient au vent les notes joyeuses.

    Voici les paroles de la Madelon :

     

    Pour le repos, le plaisir du militaire,
    Il est là-bas à deux pas de la forêt
    Une maison aux murs tout couverts de lierre
    Aux vrais poilus (*)c’est le nom du cabaret
    La servante est jeune et gentille,
    Légère comme un papillon.
    Comme son vin son œil pétille,
    Nous l’appelons la Madelon
    Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour,
    Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour
    (*) Au tourlourou dans la version d’avant-guerre

    Refrain
    Quand Madelon vient nous servir à boire
    Sous la tonnelle on frôle son jupon
    Et chacun lui raconte une histoire
    Une histoire à sa façon
    La Madelon pour nous n’est pas sévère
    Quand on lui prend la taille ou le menton
    Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
    Madelon, Madelon, Madelon !

    Nous avons tous au pays une payse
    Qui nous attend et que l’on épousera
    Mais elle est loin, bien trop loin pour qu’on lui dise
    Ce qu’on fera quand la classe rentrera
    En comptant les jours on soupire
    Et quand le temps nous semble long
    Tout ce qu’on ne peut pas lui dire
    On va le dire à Madelon
    On l’embrasse dans les coins. Elle dit : « Veux-tu finir... »
    On s’figure que c’est l’autre, ça nous fait bien plaisir.

    (refrain)

    Un caporal en képi de fantaisie
    S’en fut trouver Madelon un beau matin
    Et, fou d’amour, lui dit qu’elle était jolie
    Et qu’il venait pour lui demander sa main
    La Madelon, pas bête, en somme,
    Lui répondit en souriant : 
    « Et pourquoi prendrais-je un seul homme
    Quand j’aime tout un régiment ?
    Tes amis vont venir. Tu n’auras pas ma main
    J’en ai bien trop besoin pour leur verser du vin. »

    (refrain)

     

    La municipalité de Fontenay a voulu fixer ce petit point d’histoire. Sur le mur de l’école elle décida d’apposer en 1921 une plaque portant ces mots : C’est ici que partit la « Madelon » pour faire le tour du monde. Elle fit mieux encore. Il fut d’usage, en maintes villes de Franc, d’élire des muses ou des reines choisies parmi les jeunes filles les plus méritantes, héritières des rosières d’autrefois : à Fontenay, on élit une Madelon. Mlle Louise Bérault fut choisie pour remplir ce rôle.

    En elle, la commune de Fontenay avait décidé d’honorer la grâce juvénile, l’entrain, l’action réconfortante, le charme miraculeux de la bonne chanson qui avait soutenu nos soldats dans les pires détresses, les avait entraînés dans les luttes héroïques, et avait été, une fois de plus, dans cette guerre, comme la baïonnette, une arme française.

     

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