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  • Ce soir après la pluie est doux...

    Ce soir après la pluie est doux...........Charles GUÉRIN   (1873-1907)

    Ce soir après la pluie est doux ; soir de septembre
    Si doux qu'on en voudrait pleurer, si plein d'abeilles
    Qu'on fuit tout défaillant la pénombre des chambres.
    C'est un soir de septembre un peu triste, et c'est veille
    De dimanche, et c'est l'heure ou ceux de la maison
    Viennent s'asseoir parmi les roses du perron.
    C'est un soir de septembre et veille de dimanche.
    On se tait ; la maison et les roses sont blanches.
    L'automne, enlumineur silencieux et lent,
    A déjà sur les murs rougi la vigne vierge.
    La brise aux doigts furtifs fait trembler de l'argent
    Sur la feuille, paupière agitée, et sur l'herbe ;
    Avec l'angélus grave et résigné chemine
    Le multiple retour, au lointain, des clarines ;
    Des chariots de foin oscillent sur la route ;
    Les peupliers d'or clair frémissent ; on écoute
    Retomber le marteau sur le contre-heurtoir,
    Et le plaintif appel des mendiants du soir.
    Les fleurs lasses se font plus lourdes sur leurs tiges,
    Une étrange langueur, souffle à souffle, voltige
    De l'aïeule, songeuse à cause de la mort,
    A la vierge, pensive à cause de l'amour.
    Nul ne parle ; la chair s'inquiète ; le jour
    Impalpable s'efface et fond, comme un accord
    Expire... Et la nuit monte, hélas ! au coeur des hommes.

    A cette heure indécise où rampent les ténèbres,
    La prière en secret nous écarte les lèvres,
    Comme la source entrouvre un sable amer ; nous sommes
    Humbles, nous voudrions être pareils, mon Dieu,
    A ce candide azur qui forme le ciel bleu
    Et que nos reins, comme la chair des chastes veuves,
    N'aient plus pour lit d'amour qu'une tombe où s'étendre.
    Quand détacherons-nous notre coeur de la femme,
    Pour employer à vous servir des forces neuves ?

    Ô poignante douceur de ce soir de septembre !
    A présent le silence est grand sur la campagne.
    Il est tard, et voici que la nuit est venue
    Et que nous frissonnons d'une angoisse inconnue.
    Ô Seigneur, accablez notre âme et nos paupières
    D'un sommeil plus pesant et plus lourd que la pierre ;
    Faites autour de nous à travers l'ombre noire
    Marcher à pas muets des heures sans mémoire,
    Et que la paix des morts nous gagne, et qu'on oublie
    Toute cette tristesse immense de la vie !

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  • Je suis naïf, toi cruelle

    Je suis naïf, toi cruelle,
    Et j'ai la simplicité
    De brûler au feu mon aile
    Et mon âme à ta beauté ;

    Ta lumière m'est rebelle
    Et je m'en sens dévorer ;
    Mais la chose sombre et belle
    Et dont tu devrais pleurer,

    C'est que, toute mutilée,
    Voletant dans le tombeau,
    La pauvre mouche brûlée
    Chante un hymne au noir flambeau.

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  • L'Hellade

    Puisque de mes destins l'arrêt est prononcé
    Et qu'aux profanes cris de la grande adultère,
    J'aurai d'un sang trop pur demain marqué la terre,
    Vieil aigle par les feux de mille coups percé,

    Apollon, toi, seul dieu qui mon culte ait fixé,
    Flambeau toujours présent à ma carrière austère,
    Apporte à mon chevet, du pâle grabataire
    Dernier festin ! Hellas, ce tableau bien pensé.

    Merci, mon dieu, merci ! Salut, Grèce immortelle !
    Te voilà donc, doux champ de mon premier coup d'aile,
    Arène de tout rythme, azur ionien !

    Lumière, ô de l'Amour pudique récompense !
    Je meurs content ! Je nage aux sources du vrai Bien :
    Apollon, à présent, brise un roseau qui pense !

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  • Douleur, je vous déteste

    Douleur, je vous déteste...................

    L'Honneur de souffrir
    ANNA DE NOAILLES.

    Douleur, je vous déteste ! Ah ! que je vous déteste !
    Souffrance, je vous hais, je vous crains, j'ai l'horreur
    De votre guet sournois, de ce frisson qui reste
    Derrière vous, dans la chair, dans le coeur...

    Derrière vous, parfois vous précédant,
    J'ai senti cette chose inexprimable, affreuse :
    Une bête invisible aux minuscules dents
    Qui vient comme la taupe et fouille et mord et creuse
    Dans la belle santé confiante - pendant
    Que l'air est bleu, le soleil calme, l'eau si fraîche !

    Ah ! " l'Honneur de souffrir " ?... Souffrance aux lèvres sèches,
    Souffrance laide, quoi qu'on dise, quel que soit
    Votre déguisement - Souffrance
    Foudroyante ou tenace ou les deux à la fois -

    Moi je vous vois comme un péché, comme une offense
    A l'allègre douceur de vivre, d'être sain
    Parmi des fruits luisants, des feuilles vertes,
    Des jardins faisant signe aux fenêtres ouvertes...

    De gais canards courent vers les bassins,
    Des pigeons nagent sur la ville, fous d'espace.
    Nager, courir, lutter avec le vent qui passe,
    N'est-ce donc pas mon droit puisque la vie est là
    Si simple en apparence... en apparence !

    Faut-il être ces corps vaincus, ces esprits las,
    Parce qu'on vous rencontre un jour, Souffrance,
    Ou croire à cet Honneur de vous appartenir
    Et dire qu'il est grand, peut-être, de souffrir ?

    Grand ? Qui donc en est sûr et que m'importe !
    Que m'importe le nom du mal, grand ou petit,
    Si je n'ai plus en moi, candide et forte,
    La Joie au clair visage ? Il s'est menti,
    Il se ment à lui-même, le poète
    Qui, pour vous ennoblir, vous chante... Je vous hais.

    Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête
    Aux pires trahisons ! Je sais
    Que vous serez mon ennemie infatigable
    Désormais... Désormais, puisqu'il ne se peut pas
    Que le plus tendre parc embaumé de lilas,
    Le plus secret chemin d'herbe folle ou de sable,
    Permettent de vous fuir ou de vous oublier !

    Chère ignorance en petit tablier,
    Ignorance aux pieds nus, aux bras nus, tête nue
    A travers les saisons, ignorance ingénue
    Dont le rire tintait si haut. Mon Ignorance,
    Celle d'Avant, quand vous m'étiez une inconnue,
    Qu'en a-t-on fait, qu'en faites-vous, vieille Souffrance ?

    Vous pardonner cela qui me change le monde ?
    Je vous hais trop ! Je vous hais trop d'avoir tué
    Cette petite fille blonde
    Que je vois comme au fond d'un miroir embué...
    Une Autre est là, pâle, si différente !

    Je ne peux pas, je ne veux pas m'habituer
    A vous savoir entre nous deux, toujours présente,
    Sinistre Carabosse à qui les jeunes fées
    Opposent vainement des Pouvoirs secourables !

    Il était une fois...
    Il était une fois - pauvres voix étouffées !
    Qui les ranimera, qui me rendra la voix
    De cette Source, fée entre toutes les fées,
    Où tous les maux sont guérissables ?

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  • La Grotte des Lépreux

    La Grotte des Lépreux...........

    Vallée du Gavaudun.

    Ne me parlez ni de la tour,
    Ni des belles ruines rousses,
    Ni de cette vivante housse
    De feuillages en demi-jour.

    La gorge est trop fraîche et trop verte ;
    La rivière, comme un serpent,
    S'y tord, à peine découverte
    Sous trop d'herbe où reste en suspens
    Le mystère des forêts vierges.

    Ne me parlez ni de l'auberge,
    Ni des écrevisses qu'on prend
    Dans la mousse et les capillaires.

    Je n'ai vu, de ce coin de terre,
    Ni la paix du soir transparent,
    Ni celle des crêtes désertes.
    Mais, barrant le ciel, deux rochers
    Tout à coup si nus, écorchés,
    Avec plusieurs bouches ouvertes !

    Vers ces bouches noires, clamant
    On ne sait quelle horreur ancienne,
    Savez-vous si, furtivement,
    De pauvres âmes ne reviennent ?

    Où sont-ils, où sont-ils, mon Dieu,
    Ces parias vêtus de rouge
    Qui, là-haut, guettaient les soirs bleus
    Par les trous béants de ce bouge ?

    Grotte des Lépreux, seuil maudit
    Au bord de la falaise ocreuse...
    Il faudrait qu'on ne m'eût pas dit
    Quel frisson traversait jadis
    Ce décor de feuilles heureuses...

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  • Jours de fièvre

    Ce que je veux ? Une carafe d'eau glacée.
    Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée,
    Ruisselle doucement comme d'une fontaine.
    Elle est blanche, elle est bleue à force d'être fraîche.
    Elle vient de la source ou d'une cruche pleine.
    Elle a cet argent flou qui duvête les pêches
    Et l'étincellement d'un cristal à facettes.

    Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée,
    Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées,
    Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes.
    Au coeur de la carafe, elle rit. Elle perle
    Sur son ventre poli, comme une sueur gaie.
    En mille petits flots, pour rien, elle déferle,
    Ou n'est qu'un point comme un brillant dans une haie.

    Elle danse au plafond, se complaît dans la glace,
    Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades...
    C'est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade,
    C'est l'eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;

    Toute l'eau des névés, des lacs, des mers nordiques,
    Toute l'eau du Rocher de Moïse, l'eau pure
    D'une oasis perdue au centre de l'Afrique ;

    Toute l'eau qui mugit, toute l'eau qui murmure,
    Toute l'eau, toute l'eau du ciel et de la terre,
    Toute l'eau concentrée au creux glacé d'un verre !
    Je ne demande rien qu'un verre d'eau glacée...

    Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre,
    Mes doigts tendus vers l'eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres
    Sèches comme une plante à la tige cassée ?
    La soif qui me torture est celle des grands sables
    Où galope toujours le simoun. Je ne pense
    Qu'à ce filet d'eau merveilleuse, intarissable,
    Où des poissons heureux circulent. Transparence,
    Fraîcheur... Est-il rien d'autre au monde que j'implore ?

    Alcarazas, alcarazas... un café maure
    Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s'attardent,
    Un verre débordant parmi les autres verres,
    Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent,
    Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire...
    Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre,
    Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre,
    Don de l'hiver à ce brasier qui me consume.

    Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l'écume,
    Au bord d'un gave fou ? J'ai soif de tous les gaves.
    Les sabots des mulets, vous souvient-il, s'y lavent,
    Les pieds du chemineau s'y délassent. Dieu juste,
    Ne puis-je boire au moins comme le pré, l'arbuste,
    Le chien de la montagne au fil de l'eau qui court ?
    Cette eau... Cette eau qui m'échappe toujours,
    Qui, nuit et jour, obsède ma pensée...
    Ne m'accorderez-vous deux gouttes d'eau glacée ?

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  • Je vis haut élevé sur colonnes d'ivoire

    Je vis haut élevé sur colonnes d'ivoire..................

    Je vis haut élevé sur colonnes d'ivoire,
    Dont les bases étaient du plus riche métal,
    A chapiteaux d'albâtre et frises de cristal,
    Le double front d'un arc dressé pour la mémoire.

    A chaque face était portraite une victoire,
    Portant ailes au dos, avec habit nymphal,
    Et haut assise y fut sur un char triomphal
    Des empereurs romains la plus antique gloire.

    L'ouvrage ne montrait un artifice humain,
    ais semblait être fait de cette propre main
    Qui forge en aiguisant la paternelle foudre.

    Las, je ne veux plus voir rien de beau sous les cieux,
    Puisqu'un oeuvre si beau j'ai vu devant mes yeux
    D'une soudaine chute être réduit en poudre.

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  • L'andalouse

    L'andalouse.................

    Avez-vous vu, dans Barcelone,
    Une Andalouse au sein bruni ?
    Pâle comme un beau soir d'automne !
    C'est ma maîtresse, ma lionne!
    La marquesa d'Amaëgui !

    J'ai fait bien des chansons pour elle,
    Je me suis battu bien souvent.
    Bien souvent j'ai fait sentinelle,
    Pour voir le coin de sa prunelle,
    Quand son rideau tremblait au vent.

    Elle est à moi, moi seul au monde.
    Ses grands sourcils noirs sont à moi,
    Son corps souple et sa jambe ronde,
    Sa chevelure qui l'inonde,
    Plus longue qu'un manteau de roi !

    C'est à moi son beau col qui penche
    Quand elle dort dans son boudoir,
    Et sa basquina sur sa hanche,
    Son bras dans sa mitaine blanche,
    Son pied dans son brodequin noir !

    Vrai Dieu ! Lorsque son oeil pétille
    Sous la frange de ses réseaux,
    Rien que pour toucher sa mantille,
    De par tous les saints de Castille,
    On se ferait rompre les os.

    Qu'elle est superbe en son désordre,
    Quand elle tombe, les seins nus,
    Qu'on la voit, béante, se tordre
    Dans un baiser de rage, et mordre
    En criant des mots inconnus !

    Et qu'elle est folle dans sa joie,
    Lorsqu'elle chante le matin,
    Lorsqu'en tirant son bas de soie,
    Elle fait, sur son flanc qui ploie,
    Craquer son corset de satin !

    Allons, mon page, en embuscades !
    Allons ! la belle nuit d'été !
    Je veux ce soir des sérénades
    A faire damner les alcades
    De Tolose au Guadalété

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