• POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE.............Jean La Fontaine (1621-1695)

    POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE

    POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE.............Jean

    Jupiter eut un fils, qui, se sentant du lieu
                  Dont il tirait son origine,
                  Avait l’âme toute divine.
    L’enfance n’aime rien : celle du jeune Dieu
                  Faisait sa principale affaire
                  Des doux soins d’aimer et de plaire.
                  En lui l’amour et la raison
    Devancèrent le temps, dont les ailes légères
    N’amènent que trop tôt, hélas ! chaque saison.
    Flore aux regards riants, aux charmantes manières,
    Toucha d’abord le cœur du jeune Olympien.
    Ce que la passion peut inspirer d’adresse,
    Sentiments délicats et remplis de tendresse,
    Pleurs, soupirs, tout en fut : bref, il n’oublia rien.
    Le fils de Jupiter devait par sa naissance
    Avoir un autre esprit, et d’autres dons des Cieux,
                  Que les enfants des autres Dieux.
    Il semblait qu’il n’agît que par réminiscence,
    Et qu’il eût autrefois fait le métier d’amant,
                  Tant il le fit parfaitement.
    Jupiter cependant voulut le faire instruire.
    Il assembla les Dieux, et dit : J’ai su conduire
    Seul et sans compagnon jusqu’ici l’Univers,
                  Mais il est des emplois divers
                  Qu’aux nouveaux Dieux je distribue.
    Sur cet enfant chéri j’ai donc jeté la vue :
    C’est mon sang ; tout est plein déjà de ses autels.
    Afin de mériter le sang des immortels,
    Il faut qu’il sache tout. Le maître du tonnerre
    Eut à peine achevé, que chacun applaudit.
    Pour savoir tout, l’enfant n’avait que trop d’esprit.
                  Je veux, dit le Dieu de la guerre,
                  Lui montrer moi-même cet art
                  Par qui maints héros ont eu part
    Aux honneurs de l’Olympe et grossi cet empire.
                  Je serai son maître de lyre,
                  Dit le blond et docte Apollon.
                  Et moi, reprit Hercule à la peau de Lion,
                  Son maître à surmonter les vices,
    À dompter les transports, monstres empoisonneurs,
    Comme Hydres renaissants sans cesse dans les cœurs :
                  Ennemi des molles délices,
    Il apprendra de moi les sentiers peu battus
    Qui mènent aux honneurs sur les pas des vertus.
                  Quand ce vint au Dieu de Cythère,
                  Il dit qu’il lui montrerait tout.
    L’Amour avait raison : de quoi ne vient à bout
                  L’esprit joint au désir de plaire ?
     

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