• Piqueurs (Des) parisiens s’attaquent aux postérieurs féminins !

    Piqueurs (Des) parisiens s’attaquent
    aux postérieurs féminins !
    (D’après « Le Musée de la conversation », édition de 1897)
     
     
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    Dans la seconde moitié de l’année 1819, un incident assez original vint jeter l’émoi dans la partie la plus gracieuse de la population parisienne. Un certain nombre de femmes, des jeunes filles surtout, se plaignirent d’avoir reçu, en se promenant sur la voie publique, des blessures produites par des instruments pointus que quelques farceurs inconnus auraient dirigés contre les régions les plus proéminentes de leurs personnes...

    Voici à ce propos une note émanée de la Préfecture de police, que nous trouvons insérée dans le Moniteur universel du 4 décembre 1819 ; elle ne manque pas d’une certaine saveur :

    « Un particulier, dont on n’a pu se procurer le signalement que d’une manière imparfaite, se fait depuis quelque temps un plaisir cruel de piquer par derrière, soit avec un poinçon, soit avec une longue aiguille fixée au bout d’une canne ou d’un parapluie, les jeunes personnes que le hasard lui fait rencontrer dans les rues, sur les places ou sur les promenades publiques.

    Le résultat d'une Piqûre
    Le résultat d’une Piqûre

    « Celles sur lesquelles il semble qu’il ait de préférence exercé, jusqu’à ce jour, sa coupable et dangereuse manie, sont les jeunes personnes que les principes d’une éducation soignée, une timidité naturelle, ou la crainte d’occasionner un éclat ou du scandale, ont dû empêcher de se plaindre aussitôt qu’elles se sont senties blessées. »

    La note finissait en engageant tous les citoyens à s’unir à l’autorité pour l’arrestation du coupable, jusqu’alors resté insaisissable. Le même organe cite, à la date du 12 décembre, un extrait du Journal de Paris : « Ces bruits répandus par les journaux, disait-on dans cet article, ont jeté dans le public une sorte d’effroi et une alarme telle, qu’une demoiselle prend la fuite, si on semble l’approcher de trop près. »

    Naturellement l’aventure devait servir de prétexte à la réclame. Aussi lisons-nous dansl’Indépendant du 10 décembre une lettre d’un sieur Liébert, pharmacien, rue Saint-Louis, 21, au Marais ; recommandant un spécifique contre les piqûres, dont plusieurs, assure l’habile commerçant, lui ont laissé voir quelques apparences venimeuses. Cet antidote, appliqué à temps, devait arrêter tous les effets dangereux, « qui ne se manifestent ordinairement qu’au bout de quelques heures. »

    Inutile de dire que chansons et caricatures égayèrent le public aux dépens des malheureuses victimes de l’introuvable mystificateur. On publia une plaquette intitulée : Piqûre à la mode, complainte, romance et chansons, par un membre de la société d’Épicure. Il y eut aussi lesPiqûres en vaudeville. Quant aux caricatures, presque toutes anonymes, bien peu méritent d’être signalées.

    Nous ne nous occuperons que des moins convenables. L’une d’elles, intitulée le Résultat d’une Piqûre, représente une femme dans une position... préoccupante. Nous mentionnerons la suivante comme une des meilleures. Un ouvrier est en train de garnir d’une cuirasse de sûreté les parties les plus exposées d’une jeune dame fort élégante. On voit pendues au mur plusieurs cuirasses de même forme. On lit en haut de la feuille : Par brevet d’invention, cuirasses préservant des piqûres, et en bas : comme ils vont être attrapés !

    Une autre estampe, qui traite te même sujet, a pour titre : Étrennes pour le jour de l’an 1820. Préservatif certain contre la piqûre. Dans un magasin rempli de cuirasses de toutes grandeurs, une jeune femme essaie l’une de ces plaques protectrices à double convexité. A droite, un ouvrier forgeron les prépare. Au bas du dessin se trouvent ces vers :

    Une doublure en fer-blanc,
    La matière est un peu dure,
    Mais le soin le plus urgent,
    C’est d’éviter la piqûre

    Ça vous va-t-y bien,
    ça n’vous bless’t-y pas ?

    Finalement l’affaire se dénoua devant la police correctionnelle. Le Journal de Paris des 26 janvier et 2 février 1820 rend compte du Procès d’un individu prévenu d’être un piqueur. Comme le rédacteur ne manque pas de le faire observer, cette cause était de nature à piquerla curiosité des dames.

    Étrennes pour le jour de l'an 1820. Préservatif certain contre la piqûre
    Étrennes pour le jour de l’an 1820. Préservatif certain contre la piqûre

    Le prévenu était un malheureux garçon tailleur, âgé de 35 ans, nommé Bizeul. Bien que n’ayant pas été pris en flagrant délit, il fut reconnu par quelques-unes des parties intéressées et condamné à cinq ans de prison et 500 francs d’amende. A diverses reprises, notamment à la fin de juin 1895, la police eut à s’occuper de faits du même genre, qui semblent constituer un cas d’érotomanie parfaitement caractérisé. (l’Éclair des 5 juillet 1895 et 5 juillet 1896.)

    L’affaire des piqueurs avait eu un curieux précédent dans les dernières années du règne de Louis XVI. Mercier rapporte, dans son Tableau de Paris (tome XI), le cas d’un particulier surnommé le chevalier Tape-cul qui, vers 1788, époque où le volume parut, prenait plaisir à frapper au bas du dos les femmes qui se trouvaient sur son passage. L’auteur ajoute qu’en général, les dames, surtout celles d’un certain âge, ne se montraient pas trop offusquées des mauvaises plaisanteries de ce maniaque.

    Lejoncourt a fait figurer le chevalier Tape-cul dans sa Galerie des centenaires anciens et modernes (1842). Selon lui, ce vieillard, chevalier de Saint-Louis, qui n’était connu que sous ce sobriquet, serait mort vers 1802, à l’âge de 117 ou 118 ans. Jusqu’à la fin de sa vie, on le voyait se promener habituellement sur les quais Voltaire et Malaquais. Quand les femmes qu’il frappait s’irritaient de son audace, il leur répondait : « Allez, allez. vous direz que c’est un homme de cent dix-sept ans qui s’est permis cela, et on le lui pardonnera. »

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