• Pièces percées : projet suscitant quelque interrogation caustique en 1913

    Pièces percées : projet suscitant
    quelque interrogation caustique en 1913
    (Extrait du « Petit Journal illustré », n° du 2 février 1913)
     
    ***********
     
    Dès 1913, les journaux du temps annonçaient l’avènement imminent des prochaines pièces de nickel perforées, qui furent effectivement mises en circulation l’année suivante, ainsi frappées de façon à économiser la quantité de métal utilisé pour leur fabrication

    Ce bouleversement suscita quelque interrogation, notamment celle d’un chroniqueur caustique qui décide d’aborder La question du trou à l’aide d’un poème publié le 2 février 1913 :

     

    Pièces percées : projet suscitant quelque interrogation caustique en 1913

    Oui, la chose est certaine,
    Puisque nos députés,
    L’une de ces huitaines,
    L’ont ainsi décrété :
    On va changer nos pièces,
    Les futurs petits sous,
    Pour qu’on les reconnaisse,
    Seront percés d’un trou.

    Une telle réforme
    Semble au premier abord
    Ne montrer rien d’énorme,
    D’étrange ou de très fort.
    Mais pour ceux qui regardent
    La question de près,
    Il faut y prendre garde :
    Elle a de l’intérêt.

    Ce que parler veut dire
    On le sait, direz-vous,
    Et quoiqu’on puisse écrire,
    Un trou ce n’est qu’un trou !
    Pour le simple vulgaire
    C’est vrai probablement,
    Mais moi, je ne crois guère
    A ce raisonnement.

    Tout bas je m’inquiète
    De savoir en effet
    Comment sur les piécettes
    Le dit trou sera fait,
    Quelle sera sa taille
    Et si nous le verrons
    Gros comme une futaille
    Ou comme un puceron.

    L’un semble plus pratique
    Et plus visible aussi,
    L’autre plus artistique,
    Plus élégant et si
    De l’un les gens myopes
    Se déclarent contents,
    Les fils de Calliope
    N’en diront pas autant.

    Et puis, autre problème
    Sur lequel, empressé,
    Plus d’un deviendra blême
    A force d’y penser :
    Dans le but de nous plaire,
    Ce trou sera-t-il rond,
    Ouvré, triangulaire,
    Ovoïde ou oblong ?

    Copiera-t-il la forme
    D’un croissant ou d’un fil,
    D’un casque d’uniforme
    Ou d’un pot ? Sera-t-il
    Palme (on les aime en France)
    Etoile (pour les preux)
    Trèfle (signe de chance),
    Cœur (pour les amoureux) ?

    L’intérêt veut qu’on songe
    A ce modeste trou,
    Car dans la poche on plonge
    Sans cesse pour un sou
    Et bientôt en ce monde
    Les plus pauvres, c’est clair,
    Auront dans leur profonde
    Un petit trou pas cher.

    Eh bien, en cette instance
    S’il vous faut mon avis,
    Moi, vu les circonstances
    Dont on parle à l’envi,
    En fait de trou, j’estime
    Qu’il faut, c’est avéré,
    Un point qui soit minime,
    Oui, mais un point... carré.

    Au moment de la publication de ce poème, Raymond Poincaré, ancien président du Conseil des ministres, venait d’être élu (17 janvier) président de la République, succédant à Armand Fallières. Il prendra ses fonctions le 18 février suivant.

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