• Loup-garou

    Gravures de Charles Lebrun 1806
    Gravures de Charles Lebrun 1806

    Le loup-garou ou lycanthrope (du grec lycos,”loup” et anthropos, “être humain”): un personnage de légende apparaît dans les folklores de nombreux peuples sous la forme d’un personnage légendaire.  Dans les récits, il est présenté comme un être humain capable de se transformer en loup et d’acquérir les caractéristiques propres à cet animal, notamment sa puissance musculaire, son agilité, sa ruse et sa férocité. (Voir l’article : Voirloups )

     

    Le mythe du loup-garou se caractérise tout d’abord par la métamorphose animale: selon la légende, lors des nuits de pleine lune, les loups-garous se transforment en loups énormes. Dans certaines légendes, ces êtres malfaisants se tiennent debout sur leurs pattes arrière, comme l’être humain. Ils se mettent en chasse et, ne contrôlant plus leurs faits et gestes, peuvent tuer de nombreuses victimes en une seule nuit. Pour s’en protéger, il faut utiliser de l’eau bénite car les loups-garous sont considérés comme des créatures du Diable et ont la même répulsion que les vampires pour les choses sacrées. Il est également possible de les tuer avec une balle en argent ou avec des pieux d’argent.

    La transmission par morsure est une invention récente du cinéma américain, par rapprochement avec le mythe du va

    mpire. Dans la tradition, on peut devenir loup-garou à cause d’une malédiction prononcée par un sorcier ou par un prêtre ou encore, selon une croyance lituanienne, en trinquant (sans le savoir) avec un loup-garou qui prononce une formule de transmission.

    C’est à partir du XVe siècle que les légendes, en Scandinavie, en Russie occidentale et en Europe centrale, font état de l’existence de philtres magiques permettant aux loups-garous de retrouver leur aspect humain.

    De nombreuses légendes font référence aux loups-garous en Scandinavie, où il est appelé vargúlfr (Varg qui signifie Loup et Ulfr qui signifie Homme en langue scandinave. La femme louve a aussi sont nom, vargynjur dont Ynjur signifie Femme.). Dans la Saga d’Egill fils de Grímr le chauve, le grand-père Úlfr fut surnommé Kveld-Úlfr, le loup du soir, car chaque soir il devenait farouche et avait envie de dormir. Egill hérita de cette propriété. Dans la Völsunga saga Sigmundr et Sinfjötli découvrent deux hommes endormis. Des peaux de loups étaient suspendues au-dessus d’eux dans la maison; tous les dix jours, il leur était possible de sortir de ces peaux. Sigmundr et Sinfjötli leur passèrent les peaux de loups et alors, ils ne purent aucunement en sortir, quoiqu’en vérité, ils eussent conservé la même nature qu’auparavant: ils hurlaient comme des loups, chacun d’eux sachant la signification de ce hurlement. Les femmes peuvent aussi se transformer en louve : dans l’Edda poétique (Hárbardhsljódh), vargynjur est la femme-louve que Thórr a molesté.

    En Russie, une légende racontait que des hommes étaient devenus des loups-garous après avoir encouru la colère du diable. Volkodlak : sorte de loup-garous, guerriers de la suite de Iarilo et Vélès, mi-hommes mi-loups selon les croyances des Slaves anciens. Dès la naissance, les volkodlaks (volkodlaki) ont des poils de loup qui leur poussent sur la tête. Le volkodlak s’attaque aux hommes et aux animaux. Dans certains récits, le volkodlak essaie de résister à sa malédiction et arrête de manger de la viande crue. Les transformations s’opèrent de façon volontaire et involontaire (selon les phases de lune ou provoquées par des sons). Les volkodlaks ne vieillissent pas, leurs tissus se régénèrent en permanence, ils sont pratiquement immortels. On peut les tuer avec une balle en argent. Après la mort, le volkodlak pouvait devenir oupyr’ (vampire), alors il fallait lui mettre une pièce de monnaie dans la bouche pour que ça n’arrive pas. Dans d’autres légendes, un homme devenait un volkodlak en revêtant une peau de loup; en ôtant cette peau il redevenait humain.

    Loup-garou Allemand 1722
    Loup-garou Allemand 1722

    En 1692, à Jurgenburg, en Livonie, Thiess témoigna sous serment que lui et les autres loups-garous étaient les chiens de Dieu. Il affirmait qu’ils étaient des guerriers qui étaient allés en enfer en découdre avec les sorcières et les démons. Leurs efforts avaient assuré que le Diable et ses sbires ne transportent pas le grain des dernières récoltes en enfer. Thiess était ferme dans ses affirmations, il disait que les loups-garous en Allemagne et en Russie avaient également combattu les sbires du Diable dans leurs propres versions de l’enfer. Il soutenait que lorsque les loups-garous mouraient, leurs âmes étaient accueillies au ciel en remerciement pour leur service. Thiess avait été finalement condamné à dix coups de fouet pour idolâtrie et croyance superstitieuse.

    Des textes font référence à la lycanthropie dès l’Antiquité : au Ve siècle av. J.-C., Hérodote parle de magiciens habitant les contrées des bords de la mer Noire capables de se métamorphoser à volonté en loups, puis de reprendre leur apparence humaine. Dans la mythologie grecque, Léto, la mère d’Artémis et Apollon, s’est protégée de la colère d’Héra en se transformant en louve. L’écrivain latin Ovide raconte aussi que Lycaon, le roi d’Arcadie, a été puni par Zeus pour son impiété et transformé en loup.

    Dans les Landes, on racontait que pour acquérir ce pouvoir, un sorcier devait se procurer la pèth, une peau de loup offerte par le Diable. Pour cela, il devait se rendre à la croisée de quatre chemins à minuit, et y étendre un drap, qui se transformerait en peau de loup une fois l’aube revenue. Pour un sorcier, cette peau était une bénédiction, une source de pouvoir supplémentaire qui lui donnait puissance et force, et lui permettait de goûter au sang humain. Dans le village de Commensacq par exemple, dans les hautes landes, il y avait un certain Bertrand que l’on disait loup-garou. Tout le monde le savait, et tout le monde savait aussi qu’il cachait sa peau de loup dans un vieux chêne à la sortie du village. Quand Bertrand se levait tard le matin et était en retard à son travail, on disait « Ah, Bertrand a dû courir toute la nuit ! ». Mais un jour, on ne le voyait jamais sortir de sa maison. Alors on décida d’aller l’y chercher et on le trouva dans son lit, tout sanglant et à demi-mort. Il avait les jambes criblées de plomb. Quelqu’un avait dû lui tirer dessus alors qu’il avait sa forme de loup, et il était venu se réfugier dans son lit pour mourir.

    La croyance dans la lycanthropie peut également tirer son origine d’une maladie génétique qui se manifeste par une pilosité faciale excessive. Un cas classique de cette affection est celui de Petrus Gonsalvus, dont l’apparence hirsute lui valut le surnom d’ »Homme-loup de Bavière ». Sa fille hérita de la maladie et un portrait la montrant avec un visage couvert de poils fut offert au roi de Bohême. Il est à préciser que le père comme la fille se comportaient tout à fait normalement.

     

    Gilles Garnier, un loup-garou cannibale:

    Au XVIe siècle, une véritable psychose règne dans les campagnes. Des procès sont organisés et de nombreuses personnes sont ainsi exécutées car accusées de se transformer en loup. Mais, dans la plupart de ces procès, il y a effectivement des meurtres à caractère cannibale de commis. L’un des plus célèbres procès se déroule en Franche-Comté en 1574. On y juge Gilles Garnier, accusé d’avoir tué plusieurs personnes, dont des enfants, et de les avoir dévorées après s’être transformé en loup. C’est par un pacte passé avec le diable que Garnier aurait acquis la capacité de se transformer en loup.

    Lors du procès, l’accusé lui-même a avoué avoir utilisé un onguent magique pour enduire son corps avant d’attaquer ses victimes.

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  • L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Éphémères, 1912

    Depuis des siècles, les petits et les grands se délectent des festivités amusantes et effrayantes d'Halloween. Se déroulant chaque année le dernier jour d'octobre, les vacances hantées sont une façon festive de célébrer la saison d'automne et une façon passionnante d'embrasser l'occulte, ce qui en fait l'un des événements annuels les plus passionnants de la culture contemporaine.

    Bien qu'il soit extrêmement populaire aujourd'hui, Halloween n'est pas simplement un phénomène moderne. En fait, ses racines remontent à des milliers d'années, s'étendant sur les festivals celtiques, les fêtes catholiques et même les rituels funéraires britanniques. Ici, nous explorons ses origines séculaires, retraçant son évolution tordue et contextualisant ses traditions envoûtantes.


    Étymologie enchanteresse

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Avant de plonger dans l'histoire des vacances anciennes, il est utile de commencer par les bases et d'apprendre les origines de son nom. Le mot Halloween a évolué depuis Hallowe’en. À son tour, ce mot fantaisiste est l'abréviation de «soirée sanctifiée» et se réfère spécifiquement à la veille de toutes les reliques. La Toussaint est une célébration qui a lieu le 31 octobre, la veille de la Toussaint, une importante fête chrétienne.

    Avec la Toussaint le 2 novembre, la Toussaint et la Toussaint composent Allhallowtide, un triduum (observance religieuse de trois jours) dédié aux morts. Alors que Allhallowtide est officiellement observée par l'Église depuis le VIIIe siècle, l'histoire d'Halloween remonte encore plus loin, à commencer par une ancienne fête.


    Quelle est l'histoire d'Halloween?

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Bien que l'origine exacte de la fête reste mystérieuse, les historiens ont trouvé un lien avec Samhain (prononcé «sah-win»), un festival celtique pré-chrétien commémorant la fin de l'été. Cette fête automnale annuelle a été célébrée du coucher du soleil au coucher du soleil (du 31 octobre au 1er novembre) en Irlande, en Écosse et à l'île de Man, et elle remonte à 2000 ans.

    Selon le folklore celtique, la barrière entre les vivants et les morts était la plus perméable pendant cette fête des moissons. En plus de faciliter la communication avec les défunts, ce phénomène a permis aux esprits de revenir sur terre. Pour accueillir ces spectateurs en visite, les Celtes faisaient des offrandes de nourriture et canalisaient leur énergie spirituelle pour se dire la fortune de l'autre.

    En plus de ses racines surnaturelles, les historiens pensent que Samhain a également servi un objectif plus fonctionnel: se préparer au froid à venir. Pendant ce festival, les gens collectaient des ressources pour l'hiver et rassemblaient des animaux des pâturages.

    Au premier siècle de notre ère, la plupart des territoires celtiques ont été conquis par l'Empire romain. Inévitablement, leurs rituels et festivals ont commencé à se mélanger, aboutissant à de nouvelles vacances hybrides. Samhain, par exemple, a fusionné avec la fête romaine de Pomona, une fête inspirée des récoltes qui aurait eu lieu le 1er novembre.

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Bien que ces vacances de récolte dureraient des siècles, elles ont subi des changements spectaculaires au 8ème siècle. Pendant ce temps, le pape Grégoire III a réinterprété le festival païen comme une série de fêtes catholiques.

    Plus précisément, il a déclaré le 1er novembre la Toussaint, une fête destinée à honorer «les saints, les martyrs et les confesseurs» dans le ciel, le 31 octobre servant de veille préparatoire de la Toussaint. Le triduum, cependant, n’a été achevé qu’au XIe siècle, lorsque le 2 novembre est devenu le jour de la Toussaint - une fête dédiée à tous les catholiques baptisés décédés.


    Traditions

    Bien que les jours du 31 octobre au 2 novembre aient été initialement conçus comme de sombres journées de réflexion, Halloween est aujourd'hui principalement connu pour ses traditions ludiques - comme le tour ou le traitement, le port de costumes et la sculpture de citrouilles.

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Pour beaucoup, l'astuce ou le traitement est la coutume la plus étroitement associée à Halloween. Aujourd'hui, elle est pratiquée par les enfants et consiste à se déguiser et à faire du porte-à-porte pour ramasser des bonbons, des bibelots et autres gourmandises. Les historiens ont lié cette pratique à Samhain et aux coutumes médiévales des îles britanniques.

    Les anciens Celtes croyaient que, pendant Samhain, les fantômes se déguiseraient en mendiants pour inciter les gens à leur donner de la nourriture, de l'argent et d'autres produits convoités. Selon cette superstition, rejeter les appels des esprits costumés a entraîné une malédiction, incitant les gens à donner des friandises pendant le festival d'une journée.

    De même, le trucage ou le traitement est probablement lié à «souling» une pratique britannique qui a émergé au Moyen Âge et a duré jusqu'en 1930. Inspiré par Mummers 'Plays - productions théâtrales de contes populaires - souling était un rituel dans lequel les enfants et les nécessiteux vêtu de costumes frappait aux portes en mendiant.

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Alors que, selon une chanson traditionnelle du XIXe siècle, ces «soulers» voulaient «une pomme, une poire, une prune ou une cerise, quelque chose de bien pour nous rendre tous joyeux», ils étaient plus intéressés par les gâteaux soul - petits, confiseries rondes aromatisées aux épices douces et décorées de raisins secs ou de groseilles disposées en croix. Traditionnellement, ces gâteaux étaient bénis par les prêtres et étaient distribués en l'honneur des morts.


    Porter des costumes

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Dans ces deux histoires de bonbons, ceux qui voyagent de porte à porte enfileraient des costumes destinés à tromper les autres en leur donnant de la nourriture. Cette coutume espiègle reste une partie importante d'Halloween, avec deux types de personnages toujours populaires: les fantômes et les sorcières.

    Représenté par un drap blanc avec des trous pour les yeux découpés, le fantôme fait maison est sans doute le costume d'Halloween le plus emblématique. Bien qu'apparemment inoffensive, cette interprétation est enracinée dans un rituel particulièrement morbide: l'enterrement des cadavres.

    Les cercueils en bois étaient autrefois un luxe au Royaume-Uni. Ainsi, au lieu de cercueils coûteux, les pauvres enveloppaient et enterraient souvent leurs proches dans des draps enroulés - des linceuls blancs qui inspireraient finalement le costume cliché.

    En plus d'une tenue fantomatique, se déguiser en sorcière est également populaire parmi les trafiquants. Caractérisée par un chapeau noir pointu et un visage pas si joli, notre image moderne d'une sorcière est en fait basée sur «le Crone», une déesse païenne qui a été commémorée pendant Samhain. Bien que initialement connue pour sa sagesse et son rôle dans la renaissance, cette «maîtresse des enfers» est désormais associée aux balais et aux chats noirs.

    À leur tour, ces symboles sont respectivement dérivés des bâtons de marche de fortune et des animaux de compagnie populaires qui accusaient les «sorcières» pendant les âges sombres.


    Sculpture sur Jack-o’-Lanterns

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Tout comme les enfants en costumes, les jack-o-lanternes incandescentes sont devenues un incontournable de la nuit d'Halloween. Alors que, aujourd'hui, les citrouilles sont sculptées pour créer ces décorations lumineuses, elles étaient à l'origine fabriquées à partir de navets.

    L'utilisation du légume-racine comme lanterne remonte à la Grande-Bretagne médiévale. Alors que les gens faisaient du porte-à-porte pour demander des gâteaux à l'âme et d'autres friandises, ils portaient des navets évidés avec des bougies placées à l'intérieur. En plus de simplement éclairer leur chemin lorsqu'ils se déplaçaient de maison en maison, ces lampes étaient également imprégnées de symbolisme, car leurs bougies couvertes représentaient des âmes coincées dans le purgatoire.

    Les historiens relient ce concept au feu follet, un trope folklorique. Selon la légende irlandaise, le feu follet est une lumière fantomatique. Dans un conte, cette lumière est composée de braises de l'enfer et est placée à l'intérieur d'un navet évidé par un personnage nommé Jack. Jack, qui était coincé dans les limbes, a utilisé cette lampe pour chercher un dernier lieu de repos.

    Inspirés par cette histoire, les Irlandais ont commencé à sculpter des jack-o-lanternes pour fêter Halloween, une tradition qui a fini par faire son chemin en Amérique du Nord, où les citrouilles étaient plus abondantes.

    L'histoire d'Halloween: Explorer les origines séculaires des vacances enchanteresses

    Aujourd'hui, Halloween est célébrée dans le monde entier, bien que sous de nombreuses formes différentes. Les festivités folkloriques varient d'un endroit à l'autre (aux États-Unis, par exemple, les vacances tournent principalement autour de la farce ou du traitement en costume, tandis que les Allemands préfèrent une procession de lanternes festives et les Irlandais célèbrent avec un gâteau de fête) et la plupart des cultures ont chacun apporté leur propre touche aux traditions. Pourtant, la journée spéciale reste appréciée des adultes qui aiment le fantôme et des enfants à la recherche de friandises.

     

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  • La Légende De La Fée Morgane -

     La Légende De La Fée Morgane -

    Soeur ou demi-soeur du roi Arthur, Morgane est un personnage complexe que l'on retrouve dans la littérature et les légendes de Grande- Bretagne, d'Italie et de France.

    Qu'elle choisisse d'apparaître sous les traits d'une déesse, d'une sorcière, d'une harpie, d'une guérisseuse ou d'une fée, sa forte personnalité et ses talents surnaturels en font une figure "incontournable" de l'univers magique.

    Morgane fait ses débuts dans le cycle arthurien au XIIIe siècle, lorsque Geoffroy de Monmouth évoque une certaine " Morgan le Fay" (la fée), femme belle et instruite, dotée de pouvoirs de guérison, sachant en outre voler et changer d'apparence.

     Elle vit avec ses huit soeurs sur l'île d'Avalon. Lorsque Arthur est blessé au cours de son ultime bataille, Morgane le transporte dans son île, le couche sur un lit d'or et lui rend la santé.

    Dans des récits ultérieurs, on raconte que c'est Merlin qui lui aurait enseigné tout ce qu'elle sait.

    A la fin du Moyen Age, lorsque la sorcelerie devint hautement suspecte en Europe, une femme puissante aux nombreux pouvoirs de magicienne ne pouvait qu'attirer sur elle le soupçon, même si elle n'opérait que dans la fiction.

     La Légende De La Fée Morgane -

    Il en résultat de nouvelles variantes de la légende arthurienne, qui présentaient de la fée Morgane un portrait beaucoup moins flatteur.

    Dans "la mort d'Arthur" de Sir Thomas Malory, Morgane est devenue un personnage profondément malfaisant, qui utilise ses pouvoirs pour détruire son frère, la reine et sa cour.

    Sachant Arthur vulnérable sans son épée magique Excalibur, elle la lui vole et la remet à l'ennemi juré du roi, dans l'espoir qu'il s'en servira pour le tuer.

    Une autre fois, Morgane donne à son frère, qui ne se doute de rien, une cape enchantée en gage de paix. Au moment de s'en couvrir, il évite de justesse d'être réduit en cendres. Prise en chasse par les hommes d'Arthur, Morgane leur échappe en se transformant en pierre.

    Au-delà de l'imagerie arthurienne, Morgane apparaît dans le folklore irlandais comme une fée malveillante aimant faire peur aux humains et, dans le folklore écossais, comme la maîtresse d'un château habité par une bande de créatures maléfiques.

    Dans le poème épique italien Orlando furioso, Morgane est une enchanteresse vivant au fond d'un lac et distribuant des trésors à ceux qu'elle apprécie.

     La Légende De La Fée Morgane -

     

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  • La légende du poinsettia

    La légende du poinsettia

    C’était la veille de Noël. Tout au fond de l'église, Lola, une petite mexicaine, tout en larmes, priait : "S'il-te-plaît, mon Dieu, aide-moi! Comment pourrais-je montrer à l'Enfant Jésus que je l'aime, je n'ai pas la plus petite fleur à lui offrir pour mettre au pied de sa crèche!" Soudain, il y eut un éclair brillant, et Lola vit à côté d'elle son ange gardien. "Jésus sait que tu l'aimes, Lola, il voit tout ce que tu fais pour les autres. Ramasse seulement ces plantes qui poussent sur le bord de la route".

    "Mais ce sont des mauvaises herbes!" s'écria Lola.

    "Les herbes qu'on appelle mauvaises sont seulement des plantes dont l'homme n'a pas encore découvert ce que Dieu veut qu'il en fasse" répondit l'ange dans un sourire.

    Lola entra dans l'église les bras chargés de cette verdure disparate et la déposa respectueusement parmi les autres fleurs qu'avaient apportées les habitants du village. Soudain, un murmure d’ébahissement parcourut la chapelle : les «mauvaises herbes» de Lola étaient transformées en superbes fleurs rouges comme des langues de feu! C'est depuis ce jour que les poinsettia s'appellent au Mexique «Flores de la Noche Buena», fleurs de la Sainte Nuit.

    En 1825, Joël Poinsettia, un ambassadeur des États-Unis au Mexique, rapporta des boutures de cette plante et la fit connaître aux Américains et aux Canadiens. 

    Poinsettia appelé étoile de noël (sa légende)

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  • Dans Les Contes & Légendes Du Québec -

    Dans Les Contes & Légendes Du Québec -

    dapté D'un Conte Populaire De La Beauce -

    Quand la sève des érables se remet à couler au mois de mars, on doit la recueillir pour la faire bouillir et la transformer en sirop et en sucre.

    Autrefois, le bouilleur montait à son bois d'érables éloigné de la ferme et il passait souvent quelques semaines tout seul dans sa cabane pour accomplir sa tâche.

    Et l'on sait bien que les fantômes rôdent, la nuit, dans les érablières...

    Chez nous, au Québec, le printemps c'est le temps des sucres. Dès le début de mars la vie reprend dans les érablières. On rouvre les « cabanes à sucre »...

    Et l'on s'apprête à faire la récolte de la sève des érables. Pendant cinq à huit semaines le cultivateur délaisse sa ferme pour venir à l'érablière fabriquer le sirop et le sucre d'érable.

    Les érablières sont souvent assez distantes des fermes. C'est pourquoi, avant l'ère de l'automobile et de la motoneige, le sucrier partait avec le cheval et la charrette vers le « haut ».

    Il habitait l'érablière tout le temps qu'il fallait bouillir la récolte de sève. Mais bouillir n'est pas un travail de paresseux car il faut sans cesse alimenter le feu et surveiller la cuisson du sirop.

    S'arrêter en cours de cuisson signifie qu'il faut tout recommencer. Les sucriers préféraient souvent partir seuls pour ne pas être dérangés et finir le plus vite possible.

    Mais pendant les longues nuits passées à la cabane, ils étaient parfois victimes de tours joués par des sucriers voisins ou de bien étonnantes tromperies.

    Une nuit que Baptiste Riverin « bouillait », il entendit une plainte venir de la cheminée : « Oh, Ooh, Oouh ! » « C'est le vent », se dit-il.

    Une heure plus tard la plainte se fit de nouveau entendre plus forte et plus longue - « Oh, oh, hou, ohouou, houoo ... »

    Baptiste alla voir dehors, mais il ne vit aucune trace de pattes ou de pas dans la neige autour de la cabane.

    « Sans doute un animal pris dans un piège », se dit-il, ne voulant pas donner à la peur la chance de l'envahir. Il revint à son sirop.

    Mais voilà que la plainte devint un cri et qu'elle s'accompagna d'un grattement sonore dans la cheminée.

    Pauvre Baptiste sentit ses cheveux se raidir. Pris d'une grande panique, il abandonna le poêle et le sirop et se sauva à toutes jambes.

    Il traversa l'érablière et s'enfuit à sa maison d'en bas. Il y passa une nuit pleine de cauchemars.

    Au petit matin, il fallut bien retourner à la cabane à sucre. Il s'y rendit, remit le feu en marche et recommença à bouillir.

    La nuit venue la plainte sinistre se fit de nouveau entendre : « Oh, oh, ohouh... »

    Baptiste Riverin, il faut le dire, n'avait pas la conscience tranquille. Tout au fond de lui-même il pensait...

    « C'est la voix du fantôme de Philémon Gamache. Je la reconnais ! »

    Philémon Gamache était un voisin à qui il devait une somme d'argent assez rondelette.

    Mais le Philémon était mort pendant l'hiver et Baptiste s'était cru libéré de sa dette.

    Ce soir il comprit que le fantôme de Philémon ne le laisserait pas faire son sirop en paix. Baptiste essaya de travailler malgré les bruits...

    Les plaintes et les grattements se firent de plus en plus lugubres et persistants. Le fantôme de Philémon Gamache allait arriver par la cheminée et lui réclamer son dû !

    N'y tenant plus, Baptiste se sauva encore une fois dans la nuit froide, vers le village où le protégeraient les vivants. Le lendemain, avant de remonter à l'érablière...

    Baptiste Riverin s'en alla chez la veuve Gamache payer sa dette sans en parler à personne. La veuve, ravie, accepta l'argent avec joie car elle en avait bien besoin...

    Et Baptiste, penaud, reprit le chemin de l'érablière. Il ralluma le feu, continua la cueillette de la sève et ne s'arrêta plus de bouillir jusqu'à la fin de la saison des sucres.

    Il n’entendit plus ni plaintes ni grattements dans la cheminée. Puis, quand la sève s'arrêta de couler, Baptiste rangea ses seaux, ses goudrelles et ses chaudrons.

    Il entassa les bidons de sirop dans la charrette et vérifia l'état de la corde de bois.

    Puis, en dernier lieu, le feu étant tout à fait éteint, il démonta le tuyau de la cheminée.

    Savez-vous ce qu'il trouva dans le tuyau ?

     

    Un gros hibou mort !

    Mille Ans De contes, Québec, Cécile Gagnon -

     

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  • Le Cheval Noir De Saint-Augustin de Desmaures -

    Dans - Contes & Légendes Du Québec -

    Le Cheval Noir De Saint-Augustin de Desmaures -  Dans - Contes & Légendes Du Québec -

     

    Voici l’histoire du Diable qui se transforma en cheval. On connait la paroisse de Saint-Augustin-de-Desmaures. Pendant longtemps, on en parla énormément vu que ses habitants refusaient de vendre leurs terres a une aluminerie.

    Mais les évènements dont il est ici question survinrent "dans le bon vieux temps", il y a trois cent ans, au moment où Saint-Augustin n’était pas encore une véritable paroisse...

    Seulement une desserte: un prêtre du Séminaire de Québec allait dire la messe là le dimanche et retournait ensuite au séminaire. Mais il n’aimait pas cette situation et il voulait absolument faire construire une église.

    Un bon tantôt, après la messe, il réunit les cultivateurs de l’endroit et leur dit : "il nous faut une église, une belle église, trois fois plus grande que la petite école qui nous sert pour la messe le dimanche".

    Les cultivateurs n’étaient pas d’accord : "on en revient de votre grande église. Qui va la payer ? C’est nous autres.

    Et vous voulez à part ça un clocher qui pointe vers le ciel! Et un coq en plus ? On en revient. Venez pas nous achaler avec ça."

    Le prêtre, découragé, retourna à sa chambre, prit un petit verre de vin et se coucha. Dans son sommeil, il se sentit interpellé :"François! François !

    " La peur le prit et il fit un examen de conscience. Il se dit :"pourtant, je suis en état de grâce, je suis allé à confesse. Je n’ai pas de raison de m’apeurer comme ça."

    Il se retourna et se rendormit. Peu de temps après, il entendit encore la même voix: "François! François! Je suis Notre-Dame du Bon Secours. Je sais que tu as de la difficulté avec les cultivateurs et je veux venir à ton aide.

    J’ai un moyen pour construire ton église: demain matin, tu vas trouver un gros cheval noir attaché à la porte de l’école. Cet animal-là va t’aider à transporter les roches pour bâtir ton église."

    Le matin, quand il se leva, il aperçut à cet endroit un beau cheval bien musclé, une bête splendide. Cependant, Notre-Dame du Bon Secours lui avait aussi dit...

    "Il ne faut absolument pas lui enlever la bride, sinon ce sera fini. Il pourrait même y avoir un cataclysme." Le prêtre se dit :"s’il ne faut que cela pour réussir, je ne lui enlèverai certainement pas la bride !"

    Quand les cultivateurs aperçurent le cheval, ils tombèrent en admiration. Ils demandaient :"est ce que le prêtre a acheté un nouveau cheval ? Tu parles d’une belle bête !"

    Ils étaient très surpris. Le prêtre leur dit : "on va travailler à transporter des pierres pour l’église." puis il se tourna vers le sacristain...

    "Tu vas atteler ce gros cheval noir à la traîne et tu vas commencer aujourd’hui à transporter des roches.

    " Comme l’animal était très fort, Narcisse augmentait la charge, voyage après voyage, et le cheval tirait sans problème un poids toujours plus lourd.

    Les cultivateurs qui regardaient cela avec admiration se dirent entre eux :"on est capable d’en faire autant !" et ils se mirent eux aussi a charroyer des pierres pour l’église.

    Le quatrième jour vers les onze heures, le petit garçon de Narcisse surgit de la maison en criant :"Louise est tombée en bas de l’escalier! Viens vite, maman t'appelle.

    " Comme le sacristain tenait absolument à ce que les roches soient transportées, il apostropha son voisin :"Jacques! Prends ma place!"

    Jacques, c’était un gros bonhomme qui ne croyait ni à Dieu ni à Diable et qui était indépendant comme un chat.

    Aussi, quand il entendit Narcisse lui dire :"il ne faut pas que tu lui enlèves la bride ni que tu le charges trop parce qu’il commence à être fatigué"...

    Il prit le cheval, mais en marmonnant: "si tu penses que je ne connais pas les chevaux, tu te trompes. Je les connais autant que toi et je ferai bien ce que je voudrai."

    Il charroya les roches une partie de l’après-midi et, vers les quatre heures, le cheval s’arrêta près d’un ruisseau. "Qu’est-ce qu’il veut, le cheval ?

    Il a l’air d’avoir soif." Jacques descendit de la traine et approcha l’attelage près de l’eau. Mais l’animal avait de la difficulté à boire.

    L’homme enleva alors la bride au cheval noir dont les yeux devinrent des tisons pendant que des flammes lui sortaient de la gueule.

    Le ruisseau s’assécha complétement et il se forma un trou béant où furent engloutis Jacques, le cheval, et la charge de roches. Puis le trou se referma.

    n n’entendit plus reparler du cheval du Diable. C’est la légende de la première église de Saint-Augustin dont les fondations...

    Sont encore apparentes sur le chemin du bord de l’eau et où on peut vérifier soi-même que cette histoire est vraie.

    Bestiaire Des Légendes Du Québec, Nicole Guilbault -

     

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  • Nuit De Noël -

    Guy de Maupassant (1850-1893) -

    Nuit De Noël -  Guy de Maupassant (1850-1893) -

    «Le Réveillon ! le Réveillon ! Ah ! mais non, je ne réveillonnerai pas !»

    Le gros Henri Templier disait cela d'une voix furieuse, comme si on lui eût proposé une infamie.

    Les autres, riant, s'écrièrent : «Pourquoi te mets-tu en colère ?»

    Il répondit : «Parce que le réveillon m'a joué le plus sale tour du monde, et que j'ai gardé une insurmontable horreur pour cette nuit stupide de gaieté imbécile.

    - Quoi donc ?
    - Quoi ? Vous voulez le savoir ? Eh bien, écoutez...

    Vous vous rappelez comme il faisait froid, voici deux ans, à cette époque ; un froid à tuer les pauvres dans la rue.

    La Seine gelait, les trottoirs glaçaient les pieds à travers les semelles des bottines ; le monde semblait sur le point de crever.

    J'avais alors un gros travail en train et je refusai toute invitation pour le réveillon, préférant passer la nuit devant une table. Je dînai seul ; puis je me mis à l'oeuvre.

    Mais voilà que, vers dix heures, la pensée de la gaieté courant Paris, le bruit des rues qui me parvenait malgré tout, les préparatifs de souper de mes voisins, entendus à travers les cloisons, m'agitèrent.

    Je ne savais plus ce que je faisais ; j'écrivais des bêtises ; et je compris qu'il fallait renoncer à l'espoir de produire quelque chose de bon cette nuit-là.

    Je marchai un peu à travers ma chambre. Je m'assis, je me relevai. Je subissais, certes, la mystérieuse influence de la joie du dehors, et je me résignai.

    Je sonnai ma bonne et je lui dis : «Angèle, allez m'acheter de quoi souper à deux : des huîtres, un perdreau froid, des écrevisses, du jambon, des gâteaux.

    Montez-moi deux bouteilles de champagne : mettez le couvert et couchez-vous.»

    Elle obéit, un peu surprise. Quand tout fut prêt, j'endossai mon pardessus, et je sortis.

    Une grosse question restait à résoudre : Avec qui allais-je réveillonner ? Mes amies étaient invitées partout. Pour en avoir une, il aurait fallu m'y prendre d'avance.

    Alors, je songeai à faire en même temps une bonne action. Je me dis : Paris est plein de pauvres et belles filles qui...

    N'ont pas un souper sur la planche, et qui errent en quête d'un garçon généreux. Je veux être la Providence de Noël d'une de ces déshéritées.

    Je vais rôder, entrer dans les lieux de plaisir, questionner, chasser, choisir à mon gré.

    Et je me mis à parcourir la ville.

    Certes, je rencontrai beaucoup de pauvres filles cherchant aventure, mais elles étaient laides à donner une indigestion, ou maigres à geler sur pied si elles s'étaient arrêtées.

    J'ai un faible, vous le savez, j'aime les femmes nourries. Plus elles sont en chair, plus je les préfère.. Une colosse me fait perdre la raison.

    Soudain, en face du théâtre des Variétés, j'aperçus un profil à mon gré. Une tête, puis, par-devant, deux bosses, celle de la poitrine, fort belle...

    Celle du dessous surprenante : un ventre d'oie grasse. J'en frissonnai, murmurant : «Sacristi, la belle fille !» Un point me restait à éclaircir : le visage.

    Le visage, c'est le dessert ; le reste c'est... c'est le rôti.

    Je hâtai le pas, je rejoignis cette femme errante, et, sous un bec de gaz, je me retournai brusquement.

    Elle était charmante, toute jeune, brune, avec de grands yeux noirs.

    Je fis ma proposition qu'elle accepta sans hésitation.

    Un quart d'heure plus tard, nous étions attablés dans mon appartement.

    Elle dit en entrant : «Ah ! on est bien ici.»

    Et elle regarda autour d'elle avec la satisfaction visible d'avoir trouvé la table et le gîte en cette nuit glaciale. Elle était superbe, tellement jolie qu'elle m'étonnait, et grosse à ravir mon coeur pour toujours.

    Elle ôta son manteau, son chapeau, s'assit et se mit à manger ; mais elle ne paraissait pas en train, et parfois sa figure un peu pâle tressaillait comme si elle eût souffert d'un chagrin caché.

    Je lui demandai : «Tu as des embêtements ?»

    Elle répondit : «Bah ! oublions tout.»

    Et elle se mit à boire. Elle vidait d'un trait son verre de champagne, le remplissait et le revidait encore, sans cesse.

    Bientôt un peu de rougeur lui vint aux joues ; et elle commença à rire.

    Moi, je l'adorais déjà, l'embrassant à pleine bouche, découvrant qu'elle n'était ni bête, ni commune, ni grossière...

    Comme les filles du trottoir. Je lui demandai des détails sur sa vie. Elle répondit : «Mon petit, cela ne te regarde pas !» Hélas ! une heure plus tard ...

    Enfin, le moment vint de se mettre au lit, et, pendant que j'enlevais la table dressée devant le feu, elle se déshabilla hâtivement et se glissa sous les couvertures.

    Mes voisins faisaient un vacarme affreux, riant et chantant comme des fous ; et je me disais: «J'ai eu rudement raison d'aller chercher cette belle fille ; je n'aurai jamais pu travailler.»

    Un profond gémissement me fit retourner. Je demandai : «Qu'as-tu, ma chatte ?» Elle ne répondit pas, mais elle continuait à pousser des soupirs douloureux, comme si elle eût souffert horriblement.

    Je repris : «Est-ce que tu te trouves indisposée ?» Et soudain elle jeta un cri, un cri déchirant. Je me précipitai, une bougie à la main.

    Son visage était décomposé par la douleur, et elle se tordait les mains, haletante, envoyant du fond de sa gorge ces sortes de gémissements sourds qui semblent des râles et qui font défaillir le coeur.

    Je demandai, éperdu : «Mais qu'as-tu ? dis-moi, qu'as-tu ?»

    Elle ne répondit pas et se mit à hurler.

    Tout à coup les voisins se turent, écoutant ce qui se passait chez moi.

    Je répétais : «Où souffres-tu, dis-moi, où souffres-tu ?»

    Elle balbutia : «Oh ! mon ventre ! mon ventre !» D'un seul coup je relevai la couverture, et j'aperçus...

    Elle accouchait, mes amis.

    Alors je perdis la tête ; je me précipitai sur le mur que je heurtai à coups de poing, de toute ma force, en vociférant : «Au secours, au secours !»

    Ma porte s'ouvrit ; une foule se précipita chez moi, des hommes en habit, des femmes décolletées, des Pierrots, des Turcs, des Mousquetaires.

    Cette invasion m'affola tellement que je ne pouvais même plus m'expliquer.

    Eux, ils avaient cru à quelque accident, à un crime peut-être, et ne comprenait plus.

    Je dis enfin : «C'est... c'est... cette... cette femme qui... qui accouche.»

    Alors tout le monde l'examina, dit son avis. Un capucin surtout prétendait s'y connaître, et voulait aider la nature.

    Ils étaient gris comme des ânes. Je crus qu'ils allaient la tuer ; et je me précipitai, nu-tête, dans l'escalier, pour chercher un vieux médecin qui habitait dans une rue voisine.

    Quand je revins avec le docteur, toute ma maison était debout ; on avait rallumé le gaz de l'escalier...

    Les habitants de tous les étages occupaient mon appartement ; quatre débardeurs attablés achevaient mon champagne et mes écrevisses.

    A ma vue, un cri formidable éclata, et une laitière me présenta dans une serviette un affreux petit morceau de chair ridée, plissée, geignante, miaulant comme un chat ; et elle me dit : «C'est une fille.»

    Le médecin examina l'accouchée, déclara douteux son état, l'accident ayant eu lieu immédiatement après un souper, et il partit en annonçant qu'il allait m'envoyer immédiatement une garde-malade et une nourrice.

    Les deux femmes arrivèrent une heure après, apportant un paquet de médicaments.

    Je passai la nuit dans un fauteuil, trop éperdu pour réfléchir aux suites.

    Dès le matin, le médecin revint. Il trouva la malade assez mal.

    Il me dit : «Votre femme, monsieur...»

    Je l'interrompis : «Ce n'est pas ma femme.»

    Il reprit : «Votre maîtresse, peu m'importe.» Et il énuméra les soins qu'il lui fallait, le régime, les remèdes.

    Que faire ? Envoyer cette malheureuse à l'hôpital ? J'aurais passé pour un manant dans toute la maison, dans tout le quartier.

    Je la gardai. Elle resta dans mon lit six semaines.

    L'enfant ? Je l'envoyai chez des paysans de Poissy. Il me coûte encore cinquante francs par mois. Ayant payé dans le début, me voici forcé de payer jusqu'à ma mort.

    Et, plus tard, il me croira son père.

    Mais, pour comble de malheur, quand la fille a été guérie... elle m'aimait... elle m'aimait éperdument, la gueuse !

    Eh bien ?
    - Eh bien, elle était devenue maigre comme un chat de gouttières ; et j'ai flanqué dehors cette carcasse qui me guette dans la rue...

    Se cache pour me voir passer, m'arrête le soir quand je sors, pour me baiser la main, m'embête enfin à me rendre fou.

    Et voilà pourquoi je ne réveillonnerai plus jamais.

    26 Décembre 1882 -

    Nuit De Noël -  Guy de Maupassant (1850-1893) -

     

     

    Nuit De Noël -  Guy de Maupassant (1850-1893) -

    Nuit De Noël -  Guy de Maupassant (1850-1893) -

    Ce conte est dans le domaine public au Canada, mais il se peut qu'il soit encore soumis aux droits d'auteurs dans certains pays...

    L'utilisation que vous en faites est sous votre responsabilité. Dans le doute ? Consultez la fiche des auteurs pour connaître les dates de (naissance-décès).

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  • La montagne a toujours été au cœur de contes et légendes qui font la part belle aux êtres surnaturels et aux pouvoirs magiques. Entre lacs, sommet et forêts, en voici 10 pour prendre un peu de hauteur de la plus magique des façons.

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    Le pont du diable

    Pris en pleine tempête lors de la construction d’un pont, un entrepreneur perd certains de ses hommes. Désemparé, il demande l’aide du diable pour terminer son ouvrage. En échange, le diable demande l’âme de la première personne qui traversera le pont. L’homme accepte. Bientôt, le pont est terminé. Des militaires s’apprêtent à le traverser avec en tête du cortège, un garçon de dix ans. Pour sauver le petit, une femme jette un bouc sur le pont. La bête est emportée par le diable. Depuis, en Maurienne, le diable n’a pas deux mais quatre cornes.

    ********************

    La mort du loup-garou

    En Savoie, un colporteur transmet son métier à son fils. Un militaire les héberge. Un soir de pleine lune, ils aperçoivent un loup dans une écurie. Décidant d’abattre la bête, le militaire sort son fusil, tire sur l’animal et… tue sa propre mère. Le village raconte que c’est le curé lui-même qui aurait jeté un sort à la pauvre femme, qui ne payait pas son impôt à l’église…

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    La légende de la Dent du Chat

    Autrefois, un pêcheur et sa famille vivaient au bord du lac du Bourger. Un jour de pêche malchanceux, il n’attrapa aucun poisson. Désespéré, il supplia le ciel de lui venir en aide. En retour, il relâchera le premier poisson pêché. Aussitôt, il pêcha le plus gros poisson de toute sa vie. Oubliant sa promesse, il conserva la bête. Il garda aussi le deuxième poisson. A la troisième prise, un chat noir sortit de l’eau. Sa femme cuisina le poisson et ses enfants adoptèrent le chat. L’homme n’attrapa plus jamais de poisson et devint bûcheron. Quant au chat, il grossit et devint agressif. Le père de famille l’abandonna dans la forêt. La bête sauvage terrorisait toute la région. Un chevalier parvint à le terrasser. En mourant, le félin perdit une dent. La Dent du Chat est un mont de 1 390 mètres qui domine Aix-les-Bains.

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    le noyer de Ripaille

    Un soir, un batelier fit traverser le lac Léman à un homme en échange d’une grande somme d’argent. L’inconnu transportait avec lui un coffre mystérieux. Peu après, dans un mouvement surprenant, l’homme tomba à l’eau. Sur le bateau, il ne restait que le batelier et le coffre. Pensant posséder un trésor, ce dernier refusa de venir en aide au noyé. Et en effet, le coffre renfermait des diamants. Mais la nuit venu, le diable vint se venger et transforma le batelier en noyer. Une fois par an, chaque noix de l’arbre se transforme en diamant.

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     Les damnés de l’Aiguille

    Nous sommes à Hauteluce, non loin d’Albertville. La légende raconte que dans cette petite ville, on entend crier les damnés de l’aiguille. Là-bas, deux sommets au nord du Mont Joly portent le nom des Aiguilles Croche. La nuit, les fantômes terrorisent la commune en hurlant « Hola ! Hola ! »

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     La statue brûlée

    A Boëge, en Haute-Savoie, l’église abritait une statue de la vierge noire. Un jour, des païens la brûlèrent. Prenant la fuite, ils tournèrent la tête pour voir si la statue était entièrement brûlée. Leur cou resta coincé dans cette position pour toujours.

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     Le revenant de Carlon

    Un soir, un militaire rentre chez lui à Saint-Jean-de-Maurienne. Entendant des bruits dans les champs, il fait un détour pour voir ce qu’il s’y passe mais ne voit personne. Accueilli par ses parents, il admire les champs moissonnés puis va se coucher. Le lendemain, il ne se lève pas. Le lit est fait. Personne dedans. Une semaine après, le maire informe les parents que leur fils est mort à la guerre. Il y a sept jours.

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     Les diablotins d’Héry

    Un jour, un très violent orage s’abattit sur Héry-sur-Ugine. Se mettant à prier, le curé demanda au sacristain de le toucher. Soudain, les grêles disparurent. Mais à la place, des diablotins tombèrent du ciel.

    L’homme n’a donc pas fini de craindre et de s’émerveiller des mystères de la montagne. En fin de compte, s’il y a une chose dont ces contes et des dizaines d’autres témoignent, c’est qu’il n’y a pas lieu plus enclin à accueillir des légendes !

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     L’or des fées

    Au beau milieu des Alpes, un château imposant avait été érigé. Selon la légende, le lieu était peuplé de fées. Un jour, une bergère en rencontra une et l’aida à étendre son linge. Elle fut récompensée par des feuilles de frêne. Elle se débarrassa d’une partie de son salaire en chemin mais de retour chez elle, les feuilles restantes s’étaient transformées en pièces d’or !

    ***********************

    Le passage de Charlemagne en Savoie

    Charlemagne gagne la guerre contre le roi des Lombards. Sur le chemin du retour, il fait reposer son armée en Savoie. Un jeune homme s’accroche à son cheval. Puis des dizaines d’autres surgissent et s’en prennent à lui : des Sarrasins. Capturé, Charlemagne est jeté en prison. Alerté par le faucon de l’empereur, des moines viennent à sa rescousse et le délivrent.

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  • Les légendes des quatre Ardennes - Frédéric Kiesel

     

     Au beau milieu des Alpes, un château imposant avait été érigé. Selon la légende, le lieu était peuplé de fées. Un jour, une bergère en rencontra une et l’aida à étendre son linge. Elle fut récompensée par des feuilles de frêne. Elle se débarrassa d’une partie de son salaire en chemin mais de retour chez elle, les feuilles restantes s’étaient transformées en pièces d’or 

     

    L'or des fées

    En Ardenne, la tradition ne nous a pas rapporté beaucoup de récits de fées. Les imaginations ont été surtout frappées par le diable, les loups-garous et la sorcellerie en général (les loups-garous n'en sont qu'un des thèmes).

    Pourtant, lorsqu'on quitte Houffalize dans la direction de Liège, on remarque, vers le sommet de la pente, un écriteau renseignant, à gauche, une « Vallée des fées ». C'est celle d'un long ruisseau appelé « Martin Moulin », venu des fagnes du plateau des Petites Tailles à travers le Bois de Cédrogne. Point trop loin d'Achouffe, le seul village de ce vallon isolé, parmi les bois, des fées avaient leur domicile.

    On en parlait, sans crainte d'ailleurs, car elles étaient gracieuses et bienveillantes, mais on ne les voyait pas souvent. C'est sans penser à elles que le jeune Toussaint Cornet, choisi comme herdier (berger du troupeau du village) par les braves gens de Wibrin, menait volontiers paître les vaches du côté de Chevoumont, dans la vallée des Fées. Le garçon avait été choisi, malgré son jeune âge, par bonté, parce que, mort trop tôt, son père, excellent herdier, avait laissé une veuve sans ressources. Mais on n'eut pas à se repentir de ce choix charitable. Toussaint était un pâtre attentif et habile. Jamais il n'arrivait d'accident aux bêtes qu'il gardait, jamais une ne se perdait.

    Un jour, même, ce fut le contraire qui arriva. Une vache magnifique, plus forte et plus grasse que les autres, s'était jointe au troupeau. Elle était noire avec toute les extrémités blanches : pattes, museau, queue. Mais elle se distinguait surtout par ses grandes cornes très belles, d'une nuance gris bleu.

    Personne, dans les alentours, ne possédait de bête pareille. Elle était sortie du bois. De ce côté il n'y avait pas de ferme à une lieue de distance. Le jeune Toussaint était un garçon pratique. Il ne se posa pas de questions inutiles. Il savait qu'un bien sans maître, une bête par exemple, appartenait à qui en fait la trouvaille. Comme sa mère et lui étaient pauvres, il aurait eu bien tort de se faire du mauvais sang. C'était un cadeau du destin — qui leur devait bien cela.

    Bien qu'étrangère au troupeau, la vache noire s'y mêlait paisiblement. Le soir, quand Toussaint sonna le retour, dans la corne léguée par son pauvre père, la bête suivit ses compagnes de pâture comme si elle était depuis toujours une bête de Wibrin. Le jeune herdier s'en réjouissait :
    — Me voilà propriétaire de la plus belle bête de toute la région, se disait-il déjà.
    Il allait un peu vite en besogne. A un tournant du chemin, la vache noire entra dans le bois et y disparut comme une biche.

    Le jeune herdier fut désappointé. Comme il racontait l'incident à sa mère, celle-ci lui dit :
    — La vache noire reviendra peut-être demain. Cela ne nous ferait pas de tort, une belle bête comme cela. Je vais te donner une grosse corde, solide comme une chaîne. Si la vache revient, tu lui lieras bien solidement les cornes. Ainsi tu pourras la ramener ici. Tu es déjà un fort gaillard, et volontaire comme ton père à ton âge. Elle sera bien forcée de te suivre.
    Le lendemain, comme la veuve l'avait prévu, la vache noire, sortie d'on ne sait où, était à nouveau mêlée au troupeau. Toussaint en fut joyeux et excité toute la journée. Au moment du retour, elle ne lui opposa aucune résistance quand il lui lia les cornes. Elle le suivit le plus docilement du monde. Il se croyait déjà le propriétaire de la plus belle vache qu'on ait jamais vu de Mont-le-Ban à La Roche lorsque, d'un coup de tête, elle brisa la corde et se sauva dans le bois.

    Toussaint était désespéré.
    — Elle ne reviendra plus, dit-il à sa mère.
    — Si, répondit-elle. Cette bête doit avoir une raison pour venir dans le troupeau.
    — Et si elle revient, qu'est-ce que je dois faire?
    — L'attacher avec une chaîne.
    — Et si elle la casse? Cela se paye une chaîne, tu sais Maman!
    Nous en avons une qui ne se cassera pas. Ton père l'avait achetée à la Foire de Bastogne peu avant sa mort, le pauvre cher homme.

    Le lendemain, comme sa mère l'avait prévu, Toussaint revit la vache noire au milieu de celles de Wibrin. Se demandant s'il n'avait pas une vision, il s'approcha d'elle. Elle ne fit aucun mouvement pour s'écarter de lui, et laissa caresser. Elle ne lui tenait pas rancune d'avoir essayé de l'emmener la veille.

    Elle ne bougea, pas non plus quand, le soir, il lui attacha la chaîne aux cornes. L'autre extrémité, il l'avait nouée à son poignet, pour être sûr de ne pas la lâcher. Sans méfiance, sans renâcler, la bête se laissa conduire par le jeune berger, bien décidé à ne pas se laisser surprendre. Il avait, évidemment, bien raison de se méfier. Comme le troupeau allait quitter les pentes de la vallée des fées, la vache noire s'en écarta. Chose étrange, elle ne fit pour cela aucun mouvement brusque. Elle voulait aller à sa guise, et le montrait bien, mais elle ne faisait rien pour se débarrasser du herdier. Il n'était pas à même de l'empêcher de filer au petit trot vers la forêt. Le poing noué à la chaîne, il la suivait bon gré mal gré. Elle n'allait pas trop vite et le grand gamin, sans difficulté, courait à côté d'elle.

    — Où me conduit-elle? se demandait-il.
    Il était intrigué, mais n'avait pas peur. Il sentait bien qu'il allait vers un mystère, mais que ce mystère n'était pas terrifiant. Il faut dire d'ailleurs que Toussaint, obligé très tôt de se débrouiller, n'était pas couard.

    Après avoir sauté dans les genêts, enjambé des ruisseaux, frôlé des buissons d'épines et traversé maintes futaies. Toussaint commençait tout de même à être essoufflé lorsque la vache noire s'arrêta, dans le bois, devant la grotte où l'on disait que vivaient les fées du petit pays d'Achouffe. Il avait fini par dénouer la chaîne de son poignet. La vache noire pénétra sans lui dans la grotte d'où sortit une petite demoiselle jolie comme un ange aux vêtements couleur de feuilles et de brume. Ses yeux étaient d'un vert pâle comme le ciel à l'horizon par les plus beaux jours de la fin d'automne.
    — Je n'y croyais pas trop, se dit Toussaint, mais voici certainement une fée. Que me veut-elle?
    — Je vois que tu n'as pas peur de moi, dit la petite demoiselle d'une voix douce et fraîche comme l'eau d'une source.
    — Tu as bien raison. Nous te voulons du bien. Tu as pris soin de notre vache et l'as laissée paître avec celle de ton village. Nous voulons te récompenser. Tu es bien le pâtre Toussaint qui a perdu son père l'autre année?
    — Oui, Madame, répondit-il, malgré tout un peu intimidé.
    — Reviens ici demain matin, et prends avec toi un grand sac, le plus grand que tu trouveras. Tu n'auras pas à t'en repentir.
    — Je le ferai, Madame. A demain, Madame, dit-il, fasciné par la beauté et la douceur de la fée.

    Après avoir esquissé un geste de la main, elle disparut dans sa demeure.
    — Ce qu'elle veut me donner vaudra bien plus que la vache, pensait Toussaint en rentrant tout rêveur chez lui. Et il était ainsi fait que, chose normale à son âge, la magie de son aventure lui plaisait encore plus que l'idée de la richesse.

    Sa mère avait autant d'espoir que lui. Mais aucun sac n'était assez grand pour cet espoir.
    Une chance pareille, on ne la rencontre qu'une fois dans sa vie, disait la veuve. Alors il faut en profiter. Les sacs à blé sont trop petits. Tu sais quoi? Nous allons vider la paillasse sur laquelle tu dors. La toile en est solide. C'est cela qu'il nous faut.

    Le lendemain, comme convenu, après avoir conduit le troupeau de Wibrin non loin de la grotte aux fées, dans une jolie clairière sentant bon la reine des prés, Toussaint déposa le sac devant l'entrée.
    — Reviens ce soir, lui dit bien gentiment la fée qui l'attendait. Tu as bien fait de prendre un sac aussi grand. Le soir, le sac était bourré à craquer.
    — Emporte-le. Tu vois que nous te faisons un cadeau digne d'un homme vaillant comme tu l'es déjà, dit la fée. Mais un homme doit savoir être patient. Surtout, fais bien attention à ceci: ouvre le sac seulement lorsque tu seras chez ta mère. N'oublie pas cela.
    — Non, Madame. Oui, Madame. Merci, Madame, dit le grand gamin en empoignant la toile de matelas par deux coins, comme on fait pour les sacs de pommes de terre. Mais au lieu d'avoir, sous la toile, une patate dans chaque main, il sentait quelque chose de dur.
    Ce sont des pièces d'or, se disait Toussaint, en s'éloignant, plié sous le fardeau. Était-ce l'effet de la joie, ou recevait-il des fées une aide magique? La charge, énorme, était supportable. Sur le chemin du retour, Toussaint s'arrêta pourtant trois fois, pour souffler, comme on dit.

    La première fois, il se contenta de regarder le sac. La deuxième, il le caressa. La troisième, il ne put résister à la tentation. Sa maison était pourtant en vue, mais il défit le nœud et ouvrit le sac. Sous sa main, il sentit le contenu perdre sa dureté métallique. Seule, une fine paille dorée, de la couleur de ce qu'il espérait, s'échappa, se répandit sur le sol et s'envola dans le vent.

    Tout penaud, Toussaint ramena la toile de matelas chez sa mère. Ils n'y trouvèrent que quelques pièces d'or, dans les coins, parmi des restants de paille. Le maléfice les y avait-il oubliées? Ou était-ce le fait d'une indulgence moqueuse des fées, qui voulaient montrer ce que Toussaint avait perdu, et lui donner tout de même un « pourboire »?

    Après tout, une demi-douzaine de thalers en or pour trois jours de pâturage, ce n'est pas si mal. Mais qu'est-ce que c'est à côté du rêve d'une fortune féerique?

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