• Le sens des fleurs

    • Anémone : Ne m’abandonnez pas
    • Aubépine : Il vous est permis d’espérer
    • Bleuet : Je vous serai toujours fidèle
    • Bouton : d’or Vous êtes une ingrate
    • Camélia : Je mourrai à vos pieds
    • Capucine : Je brûle d’amour
    • Colchique : Les beaux jours sont finis
    • Cyclamen : Nos plaisirs sont enfuis
    • Ephémère : Chaque jour je vous découvre
    • Géranium rose : Je m’ennuie de vous
    • Géranium citronné : Vous me tyranniser
    • Giroflée : Je suis déçu
    • Glaïeul : Vous m’êtes indifférente
    • Gui : Notre liaison est dangereuse
    • Hortensia : Vous êtes belle mais indifférente
    • Immortelle : Je vous aime pour la vie
    • Iris : Vous êtes inconstante et frivole
    • Jasmin : Vous enivrez mes sens
    • Jonquille : Je vous désire
    • Lavande : Répondez-moi
    • Lilas : Mon amour s’éveille pour vous
    • Lis : Vous êtes la pureté même
    • Marguerite : Adieu
    • Marjolaine : Séchez vos larmes
    • Muguet : Soyons heureux
    • Myosotis : Ne m’oubliez pas
    • Narcisse : Vous n’aimez que vous-même
    • Œillet : Vous avez une rivale
    • Pâquerette : Vous êtes jolie
    • Pavot : Vous éveillez mes soupçons
    • Pensée : Je ne pense qu’à vous
    • Pervenche : Vous êtes mon premier amour
    • Pivoine : Je suis confus
    • Pois de senteur : Vous êtes l’élégance même
    • Primevère : Aimons-nous le temps d’une saison
    • Renoncule : Vous avez toutes les séductions
    • Rose blanche : Votre beauté est innocente
    • Rose jaune : Vous êtes volage
    • Rose rose : Votre beauté est à son comble
    • Rose rouge : Mon amour est ardent
    • Souci : Je suis jaloux
    • Tulipe : Mon amour est sincère
    • Violette : Vous êtes modeste
    • Volubilis : Je vous couvre de caresses
    • Fleurs blanches : Innocence, pureté, naïveté, joie
    • Fleurs rouges : Impudence, passion, ambition, puissance
    • Fleurs bleues : Sagesse, amour pur et platonique, communication des âmes
    • Fleurs jaunes : Richesse, réussite, gloire, infidélité
    • Feuillage (vert) : Espérance, jeunesse, succès

    Vous ne pouvez plus vous tromper désormais !

    Google Bookmarks

    1 commentaire
  • Origine des citrouilles

    CONTES ET LEGENDES DES PHILIPPINES Origine des citrouilles

    Origine des citrouilles

    Une bréhaigne faisait en vain des neuvaines pour avoir un bébé. Un jour, désespérée, elle hurla :

    - Mon Dieu, même s'il n'a qu'une tête, donne-moi, accorde-moi un bébé ! De grâce, Dieu gracieux !

    Au bout de quelques mois, elle accoucha d'un chef, avec des trognons de membres. Le monstre attira les foules. Ses parents l'aimaient. Il grandit. La tête seule grossissait. Le bébé pleurait, chialait sans arrêt. Il hurlait si fort que tout le village en était excédé.

    Le roi ordonna que l'on décapitât cette tête qui ne savait que pleurer. Les parents implorèrent grâce, en vain. Dura lex sed lex !

    Le père portait le cercueil sur son épaule, quand un étranger qui passait par là lui donna une graine, lui disant de la planter sur la tombe du gnard, et de rentrer chez lui sans se retourner.

    Une fois de retour chez lui, le père se retourna, vit une plante qui avait rampé jusqu'à lui. Il la suivit jusqu'à la tombe, y trouva des fruits de la grosseur d'une tête : les premières citrouilles.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Origine du cocotier

     

    CONTES ET LEGENDES DES PHILIPPINES Origine du cocotier

     

    Maria aimait un homme. Ses parents la forcèrent à en épouser un autre. L'amant malheureux, transformé en poisson, à l'occasion d'un déluge, s'adressa à Maria en ces termes :

    - Maria, ton père m'a jeté un mauvais sort. Il m'a changé en poisson ! Si tu m'aimes, sors-moi de l'eau, plante-moi dans ton jardin.

    Maria enterra ce poisson qu'elle adorait autrefois sous forme humaine.

    Bientôt, un arbre inconnu se mit à pousser. Il donnait des fruits extraordinaires, semblables à des têtes humaines. C'était le premier cocotier.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • La Légende De Carrouges - Ou La Fée De La Fontaine -

    Par - Sami Chaiban – 1859- Hippolyte Sauvage -

    ******************

    La Légende De Carrouges - Ou La Fée De La Fontaine -   -

    Le château de Carrouges est un château du XIVᵉ siècle situé dans la région Normandie, dans le département de l'Orne, sur la commune de Carrouges. Wikipédia

    J’ai souvent visité Carrouges. Cette petite ville, qui est la dernière de la Normandie, est située...

    Sur le sommet d’une belle colline, au pied de laquelle, à peu de distance, existe un château légendaire, bien connu.

    L’un de ses magnifiques salons fut occupé par le roi Louis XI, et ses possesseurs actuels ont fait de cette pièce un curieux musée...

    Dans lequel ils montrent avec bonheur les armures et les insignes d’honneur de leurs ancêtres, ainsi que des ornements sacrés, dont le monarque fit hommage au cardinal Le Venneur.

    La Légende De Carrouges - Ou La Fée De La Fontaine -   -

    Ce manoir fut construit par le comte Ralph qui avait épousé la comtesse Louise de la Motte, jeune personne du voisinage, douée de toutes les qualités de l’esprit et du coeur.

    Six années s’étaient déjà écoulées et leur union était toujours restée stérile. Aussi quelle fut la joie du comte quand son épouse lui apprit qu’elle serait bientôt mère!

    Ralph au comble du bonheur invita tous ses vassaux et les seigneurs voisins à célébrer l’heureuse naissance de l’enfant que la comtesse allait lui donner.

    Les réjouissances durèrent douze jours, et, comme c’était la coutume, la chasse fut le principal plaisir auquel on se livra.

    Par une belle matinée d’été, on vit les portes du château s’ouvrir devant les valets et la meute impatiente.

    Bientôt les seigneurs éperonnant leurs coursiers disparurent dans la forêt voisine, à la poursuite du cerf.

    Toute la journée les échos des vallons répétèrent alternativement les joyeuses fanfares et les cris animés des chiens.

    Déjà le soleil commençait à refuser sa lumière et les veneurs se rendaient au château ; le comte seul, emporté par une bouillante ardeur, s’était égaré dans les épaisses futaies.

    Après avoir parcouru en divers sens les allées de la forêt, il arriva enfin près d’une clairière.

    C’est une petite vallée bien sauvage et bien fraîche qui semble complètement isolée du reste du monde.

    Figurez-vous un ravin d’un quart de lieue environ d’étendue, renfermé entre deux collines couvertes de magnifiques arbres; au milieu des deux collines un ruisseau, dont les flots se divisent en mille rameaux...

    Puis se réunissent en un seul canal, qui va marier ses eaux avec celles d’une fontaine ombragée par un massif de saules, et vous aurez une idée de cette clairière.

    Il faut aller bien loin avant de découvrir une seule habitation, avant d’apercevoir la fumée d’une chaumière, et si rencontrant un homme de la contrée vous lui demandiez le chemin de cette solitude, c’est à peine s’il pourrait vous indiquer l’étroit sentier qui y mène.

    En arrivant dans ces lieux, le comte entendit les sons mélodieux d’une voix humaine, on eût dit une sirène qui attirait le navigateur par la douceur de son chant ;

    Alors il se dirigea vers l’endroit d’où partait cette voix et vit au bord de la fontaine une jeune fille vêtue de blanc.

    Curieux de connaître cette étrange beauté, qui venait à cette heure enchanter ce séjour, Ralph descend de sa monture et s’avance vers elle.

    La belle inconnue sembla ne pas s’être aperçue de la présence de ce nouvel hôte, et elle continua...

    De baigner ses pieds dans l’onde transparente. Le comte, attiré par une force invincible, s’approchait toujours, et quand il fut près d’elle, il tomba à genoux, plongé dans un morne silence.

    La nymphe de la fontaine se levant alors : « Jeune étranger, dit-elle, d’où te vient cette témérité d’oser troubler cette solitude ? Sache qu’on ne vient point impunément en ces lieux. »

    Elle tâchait de couvrir sous ces paroles menaçantes la joie qui débordait de son coeur. Ralph effrayé lui répondit...

    « Déesse de ce séjour enchanteur, ayez pitié d’un voyageur que la nuit a surpris dans la forêt, soyez sensible aux malheurs d’un père, d’un époux. »

    A peine avait-il parlé que la jeune nymphe, levant ses beaux yeux, lui sourit gracieusement, et tout à coup commença avec lui une danse fantastique ;

    Plus ils dansaient, plus la danse s’animait; leurs pieds ne faisaient qu’effleurer le gazon et pliaient à peine les fleurs qui ornent le rivage.

    Enfin l’infatigable danseuse l’enlevant de terre se précipita avec lui sous les eaux. L’onde s’agita un instant et reprit bientôt son ancienne tranquillité.

    La Légende De Carrouges - Ou La Fée De La Fontaine -   -

    Les ombres luttaient encore avec la lumière, quelques rares étoiles brillaient toujours sur l’azur des cieux ;

    Mais déjà l’orient était couvert d’un manteau d’or et de pourpre lorsque le comte rentra au château.

    Sur les demandes empressées des seigneurs, il raconta qu’égaré dans la forêt il avait passé la nuit dans la cabane d’un bûcheron.

    Comme c’était un événement fort commun à cette époque, personne n’en fut étonné et les fêtes recommencèrent avec plus d’ardeur.

    Chaque soir lorsque tout dormait au château Ralph sortait furtivement, et se rendait au séjour enchanteur de la fée.

    Il en fut ainsi pendant plusieurs semaines et personne ne le savait. Mais lorsque la comtesse s’aperçut...

    Des absences nocturnes de son époux, de graves soupçons vinrent agiter son âme, et elle résolut d’épier ses sorties.

    Une nuit que le comte avait, comme de coutume, quitté le château, Louise s’élance de sa chambre, et court sur ses traces.

    C’était une de ces nuits d’orage qui effraient les campagnes, un vent violent soufflait du nord et le tonnerre grondait au sein d’une nue sillonnée d’éclairs.

    Arrivée à la clairière, la comtesse aperçoit son époux exécuter une danse fantastique...

    Avec une jeune fille, revêtue d’un long voile blanc, et s’élancer avec elle dans l’onde de la fontaine.

    A cette vue la rage s’empare de son coeur, et elle retourne au château, bien résolue de venger l’infidélité d’un époux.

    Le lendemain la comtesse se coucha comme de coutume et feignit de savourer un profond sommeil, mais ...

    Lorsqu’elle vit le comte sortir encore du château, elle saisit un poignard et se dirigea à l’endroit où elle avait vu la belle fée.

    La nuit était pure et sereine, l’astre du soir se montrait au-dessus des arbres, apportant avec lui une brise embaumée...

    Tantôt il suivait sa course azurée, tantôt il reposait sur un groupe de nues ; parfois...

    On le voyait dans les intervalles des grands hêtres, et sa lumière pénétrait dans les plus épaisses ténèbres.

    Le ruisseau qui coulait avec un doux murmure, tour à tour disparaissait dans les bois, tour à tour reparaissait brillant des feux qu’il reflétait dans son sein.

    La jeune nymphe reposait au bord de la fontaine ; tout à coup une goutte de sang jaillit de son sein, une autre la suivit...

    Puis une autre, et bientôt sa blanche tunique fut souillée de nombreuses taches sanglantes.

    Après s’être convulsivement débattue sur le gazon, elle s’élança dans l’onde, en faisant entendre un long gémissement, et tout rentra dans le silence.

    Le lendemain matin, on trouva à l’entrée du château le corps du comte étendu sur le sol ;

    Un poignard lui traversait le coeur et près de la blessure on vit un billet sur lequel étaient écrits ces mots...

    « Je suis vengée. »

    La Légende De Carrouges - Ou La Fée De La Fontaine -   -

    Lorsqu’on voulut annoncer à la comtesse la mort de son époux, on la trouva étendue sur son lit et dévorée par une fièvre ardente;

    Mais tout à coup ses suivantes reculèrent d’horreur et sortirent précipitamment en poussant de grands cris.

    Louise surprise porte instinctivement la main à sa tête et s’aperçoit qu’une tache de sang maculait son front.

    Cet incident agita tellement son âme, que deux jours après elle était au bord de la tombe.

    Ce fut dans ces circonstances qu’elle donna le jour à un bel enfant.

    Le fils de la comtesse eut six enfants, et tous portèrent au front ce stigmate de punition.

    Ce n’était d’abord qu’un petit point rougeâtre, puis vers sept ans ce point s’élargissait et ressemblait enfin à du sang.

    Ce signe distingua pendant sept générations la postérité de la comtesse. Enfin Radolphe, le dernier des Ralph...

    N’eut qu’une fille. Sans doute la colère de la fée était apaisée ; aucune trace sanglante ne souilla le front pur de cette enfant.

    Si l’on en croit la tradition, cette localité aurait reçu le nom de Carrouges, pour rappeler la triste punition...

    Qui avait pendant si longtemps affligé l’illustre famille des Ralph, et le mot Carrouge signifierait chair ensanglantée (caro chair, rubra rouge).

    Souvent, disent les habitants de Carrouges, l’on a vu la jeune comtesse, ornée d’un voile noir, venir au pied d’un vieux hêtre pleurer son crime.

    Si vous interrogez les habitants du voisinage, ils vous diront aussi que, fréquemment ils ont aperçu...

    Par une tiède nuit d’été, la belle fée sur le bord de la fontaine, revêtue d’une tunique ensanglantée.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Les origines de la légende de Montmartre

     

    Les origines de la légende de Montmartre

    Avant d’être ce quartier bohème que nous chantait Aznavour, la Butte Montmartre était un véritable ghetto. Retour sur l’histoire du Maquis de Montmartre ou comment la légende s’est construite…

    Les origines de la légende de Montmartre

    Le Maquis de Montmartre en 1904 , rue Caulaincourt

    Plus qu’un simple bidonville

    Tout commence dans les années 1860, au moment de l’annexion de la Butte à Paris. Autrefois, le quartier de Montmartre n’était qu’un vaste champ. Suite aux grands travaux du baron Haussmann, les Parisiens qui sont sans le sou sont chassés du centre de Paris et viennent alors trouver refuge dans ce qui deviendra le Maquis de Montmartre.

    Montmartre-Maquis-Butte-Paris-1860

    Des cabanes en bois s’érigent entre les rues Caulaincourt, Girardon et Lepic, un village de bric et de broc, où l’on utilise des boîtes de sardines en guise de serrures ! Dans L’Assommoir, Zola qui décrit : « la butte Montmartre qui bouchait le ciel, avec ses maisons crayeuses, percées des trous réguliers de leurs fenêtres », nous laisse bien imaginer les conditions de vie auxquelles étaient réduits les maquisards.

    maquis montmartre boites de sardines en guise de serrures

     

    Les habitants étaient principalement des ferrailleurs, des chiffonniers, des gens vivant de la récup’, en somme. On y croisait aussi des voleurs, venus se cacher (d’où le surnom de « maquis ») dans les ruelles labyrinthiques du quartier et des petits voyous, que l’on appelait communément les « Apaches ».

    Butte-montmartre-paris-maquisards-chiffonnier-ferrailleurButte-montmartre-paris-maquisards-voleur-apache

     

    Malgré les apparences, Montmartre avait donc plus l’âme d’un village que d’un bidonville. Malgré la pauvreté, l’insécurité et le manque d’hygiène, tout ce petit monde constituait une communauté socialement organisée, solidaire et unie.

    Le maquis des poètes

    A cette époque déjà, la Butte attire et inspire les artistes. De Van Gogh à Renoir en passant par Maurice Utrillo, Francisque Poulbot, Tristan Tzara, ou encore Hector Berlioz, qui séjourna au n°11 de la rue Saint-Vincent… Autant de noms célèbres qui ont fait la renommé du Maquis de Montmartre.

    Maquis-Montmartre-inspiration-artistes-peintres

    Le début de la fin

    Seulement, au début du 20ème siècle, la face du maquis change complètement : des promoteurs rachètent et volent les terrains aux maquisards pour y construire des villas de luxe et des immeubles, style Art Déco. En 1909, l’avenue Junot commence à sortir de terre, détruisant petit à petit toutes les cabanes du maquis.

    1909-disparition-maquis-butte-montmartre-paris

    Le coup de grâce est donné, quelques années plus tard, lorsqu’un incendie aux origines douteuses brûle les derniers restes du Maquis de Montmartre. Si jusqu’en 1940, quelques maquisards tiennent encore bon, la modernité aura finalement raison d’eux, transformant le bidonville en village, le village en quartier et le quartier en légende…

    1940-disparition-maquis-butte-montmartre-paris

    Heureusement, la Butte a su conserver jusqu’à notre époque son atmosphère de village, ses ruelles sinueuses et quelques personnages fantasques ! Pour percer à jour tous ses secrets, profitez de notre visite guidée de Montmartre, qui se décline aussi de nuit.

    Le Maquis de Montmartre, ça donne quoi en photos ?

    Le Maquis de Montmartre, ça donne quoi en photos ?

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1890

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1890

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1900

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1900

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre vers 1900

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre vers 1900

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1903

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1904

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1904

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1904

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1907

    maquis-montmartre-paris

    Le maquis de Montmartre en 1907

    utrillo-maquis-montmartre

    « Le maquis de Montmartre » de Maurice Utrillo

    maquis-montmartre-paris

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Voyage d’étudiants au temps des diligences
    (D’après un récit paru en 1871)
     
    ******************
     

    Au temps des diligences, c’est-à-dire au temps où pour aller d’Orléans ou de Rouen à Paris on mettait quinze ou dix-huit heures, selon les saisons et selon l’état des chemins, quatre étudiants en droit partirent un beau soir d’une de ces deux villes pour la capitale.

    Ils n’y devaient rester que quatre jours, le temps de prendre une inscription, et revenir vite étudier chez un vieil avocat de leur province. Ils avaient loué pour eux quatre la rotonde de la diligence. Difficilement, même à cette époque, vous eussiez trouvé quatre garçons plus singuliers, plus candides, plus foncièrement provinciaux.

    Trois d’entre eux cependant étaient instruits autant qu’on peut l’être à vingt ans, et vraiment spirituels. Laissez-moi vous dire un mot de chacun d’eux. Baptiste et Augustin, quoique frères, étaient les deux antipodes en tout. Baptiste, l’aîné, gros garçon de bonne humeur, était pourtant troublé sans cesse par quelque inquiétude, quelque appréhension ou quelque peur. Le romantisme lui avait tourné légèrement la tête ; il ne rêvait que brigands, attaques nocturnes, chausse-trapes et souterrains.

    Au moment du voyage dont nous parlons, il s’occupait à réunir les matériaux d’une histoire des Brigands célèbres qu’il se proposait d’écrire, comptant bien inoculer ses terreurs à tout le genre humain. Son frère, au contraire, était un grand jeune homme réservé, froid, peu impressionnable, au moins en apparence, et qui ne partageait nullement les visions de monsieur son aîné.

    Le troisième de nos voyageurs, bon enfant s’il en fut, mais bavard, mais braillard, avait été élevé dans une famille de paysans : il en conservait des habitudes rustiques qui, chez un étudiant en droit, avaient je ne sais quoi d’inattendu et de divertissant ; avec cela grand philosophe, grand bâtisseur de théories sociales ; d’un trait d’éloquence, trait de plume, il bouleversait de fond en comble le genre humain, déplaçait les capitales, détrônait les monarques, établissait un ordre de choses dont jamais avant lui personne n’avait ouï parler, et dont à l’heure qu’il est les quatre amis rient encore, car leur bonne étoile a voulu que tant d’événements survenus depuis, aucun ne les ait empêché d’être toujours entre eux d’excellents camarades.

    Les voilà donc tous les quatre dans leur rotonde, emportés vers Paris à raison de huit à neuf kilomètres par heure. Les poches de la diligence avaient été, par l’ami Baptiste, bourrées de pistolets. Ledit Baptiste, à tout instant, interrompait les éclats de rire, les chants et les cris de ses trois camarades, persuadé qu’un signal venait d’être donné par des brigands d’attaquer la voiture. Nous n’avions, bien entendu, qu’une peur, c’était qu’en essayant de tirer sur ses visions il nous tuât nous-mêmes. J’ai dit nous sans y prendre garde ; je n’effacerai pas ce mot, puisque après tout il indique que le quatrième étudiant était votre serviteur, qui n’était pas, tenez-le pour certain, le moins gai de la troupe.

    Vous pensez que la nuit se passa à bien autre chose qu’à dormir. Les lamentables histoires racontées par Baptiste, critiquées et raillées par son frère Augustin, interprétées ou niées tout crûment par notre philosophe (vous ai-je dit qu’il s’appelait Eugène ?) ; les chansons de Béranger, que par intermèdes on me faisait chanter : tout cela, je vous jure, faisait de nous quatre voyageurs les plus éveillés de France ; et puis il y avait les relais, le souper en route, les temps d’arrêts dans les auberges, où chaque fois l’on croyait entrevoir tout un monde.

    Il y avait les voyageurs du coupé, et ceux de l’intérieur, et ceux de l’impériale, qui ne manquaient pas de piquer grandement la curiosité. Mais on a dit tout cela cent fois. Arrivons vite aux incidents spéciaux de notre voyage. A neuf heures du matin, nous arrivons à Paris, harassés, morts de froid, - c’était en novembre. - Pour nous réchauffer, nous nous mîmes à courir, emportant nos bagages. Nous allions, enfilant les rues et les rues, lorsque l’un de nous s’avisa de demander où nous allions si vite.

    - Eh ! parbleu ! nous allons à l’hôtel, répondit Eugène. 
    - A quel hôtel ? 
    - Au premier hôtel que nous apercevrons.

    Or, le premier hôtel que nous aperçûmes fut l’hôtel de Suède. Une bonne dame, qui le dirigeait, nous reçut avec affabilité, nous disant toutefois qu’elle ne pouvait mettre à notre disposition, ce jour-là, qu’une chambre et deux lits. Nous demandons à voir ; ça nous parut superbe, et nous voici tout de suite installés. Un doigt de toilette, et puis nous nous envolons vers l’École de droit. Quelques amis furent ensuite visités ; puis vint le dîner, à 2 francs par tête, passage du Saumon.

    Après dîner, en jeunes gens bien appris, on alla passer la soirée à la Comédie française. Mlle Mars, ce soir là, jouait le rôle d’Elmire et celui d’Araminte. Je ne dis rien de nos impressions. Je ne dis même pas comment, au sortir du théâtre, nous fîmes, en discutant le mérite de l’actrice, six fois plus de chemin qu’il ne fallait pour retrouver notre hôtel de Suède, car ce sont là des faits de tous les jours... Mais voici le moment où je ne dois plus omettre un seul détail, et où le lecteur doit lui-même redoubler d’attention.

    Nous venons d’entendre sonner une heure du matin en rentrant à l’hôtel ; l’ami Baptiste est inquiet, la maison lui paraît suspecte. 
    - On ne nous a pas, dit-il, demandé nos passeports ; nous sommes dans un coupe-gorge.

    Et le voilà, bougie à la main, inspectant les corridors, l’escalier, le palier, tous les entours de notre chambre. C’était, je l’ai dit, une vaste chambre à deux lits, ou plutôt c’était un salon au fond duquel se trouvaient deux cabinets alcôves. L’un de ces cabinets, dans lequel devaient coucher les deux frères Baptiste et Augustin, se trouvait précisément en face de la porte d’entrée ; vis-à-vis de l’autre cabinet se trouvait une armoire...

    Baptiste voulut partir, aller coucher ailleurs ; nous ne pûmes le retenir qu’à la condition de charger et d’armer les pistolets ; et pui il fallut encore les précautions suivantes :

    Derrière la porte d’entrée on plaça un grand canapé, sur le canapé on mit une bergère, sur la bergère une chaise, et sur la chaise, les uns dans les autres, tout ce que nous avions de vases, de manière qu’on ne pût entrer sans produire un vacarme à réveiller les plus sourds.

    Mais notez ce point que, succombant au sommeil après deux nuits blanches, votre serviteur s’était couché et endormi précisément dans le cabinet auquel faisait face la terrible armoire... J’ignorai donc la suite des dispositions...

    On avait barricadé la porte de la chambre ; mais il n’en pouvait être de même pour l’armoire : elle ouvrait du dedans en dehors, et n’avait pour toute fermeture qu’un léger verrou.

    Baptiste avait proposé que tour à tour on y montât la garde : mais Eugène notre philosophe eut un trait de génie : il tira de sa poche une longue ficelle, l’attacha d’un bout au verrou de l’armoire ; puis, s’étant couché près de moi doucement, s’attacha au poignet l’autre bout de la ficelle. L’armoire ne pouvait donc être ouverte sans qu’aussitôt il en fût averti... Les choses ainsi disposées, on ne tarda pas à dormir.

    Mais voilà que deux heures plus tard, m’éveillant tout à coup, je sautai du lit. Je rencontrai la ficelle... Vous figurez-vous les cris, l’épouvante et tout le brouhaha ?... On courait à la porte ; notre pyramide s’écroula sur notre philosophe meurtri ; Baptiste tira dans le plafond un coup de pistolet... et chacun se crut mort. Eugène enfin alluma la bougie. Tout alors s’expliqua. Nous vîmes le beau ménage que nous venions de faire, et nous fûmes pris d’un fou rire, auquel succéda bientôt une nouvelle inquiétude : n’allait-on pas nous prendre nous-mêmes pour des malfaiteurs ou des fous furieux ?

    Nous eûmes le bon esprit de tout avouer à l’hôtesse, qui rit beaucoup de l’aventure, et nous nous empressâmes de payer la casse. Je dois ajouter que nous fûmes, les nuits suivantes, des modèles de sagesse.

    Mais jamais nous n’avons revu l’hôtel de Suède sans un tressaillement, non pas de terreur, mais de franche gaieté ; et nous en sommes, je crois, restés de belle humeur pour tout le reste de nos jours.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Vouivre, Dame verte, fée Arie
    et sorciers (Franche-Comté)
    (D’après « Souvenirs de voyages et traditions populaires », paru en 1841)
     
    *****************
     
    La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d’Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l’origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement
     
     

    Ainsi dans ses forêts, ses rivières, au fond de ses vertes vallées, au sein de ses lacs bleus, habitent les fées et les génies, les sylphes et les kobolds. Sur le plateau de Haute-Pierre, on a vu quelquefois passer une autre Mélusine, un être moitié femme et moitié serpent. C’est la Vouivre. Elle n’a point d’yeux, mais elle porte au front une escarboucle qui la guide comme un rayon lumineux le jour et la nuit.

    Lorsqu’elle va se baigner dans les rivières, elle est obligée de déposer cette escarboucle à terre, et, si l’on pouvait s’en emparer, on commanderait à tous les génies, on pourrait se faire apporter tous les trésors enfouis dans les flancs des montagnes. Mais il n’est pas prudent de tenter l’aventure, car au moindre bruit la Vouivre s’élance au dehors de la rivière, et malheur à celui qu’elle rencontre.

    Vue d'une chute d'eau de la rivière de Couzance, en Franche-Comté. Dessin de Lallemand.
    Vue d’une chute d’eau de la rivière de Couzance,
    en Franche-Comté. Dessin de Lallemand.

    Un pauvre homme de Moustier, qui l’avait suivie un jour de très loin, et qui l’avait vue déposer son escarboucle au bord de la Loue, et plonger ses écailles de serpent dans la rivière, s’approcha avec précaution du bienheureux talisman ; mais, à l’instant où il étendait déjà la main pour le saisir, la Vouivre, qui l’avait entendu, s’élance sur lui, le jette par terre, lui déchire le sein avec ses ongles, lui serre la gorge pour l’étouffer ; et n’était que le malheureux eût reçu le matin même la communion à l’église de Lods, il serait infailliblement mort sous les coups de cette méchante Vouivre. Mais il rentra chez lui le visage et le corps tout meurtris, se promettant de ne plus courir après l’escarboucle.

    Dans la grange de Mont-Nans, il y a, depuis trois ou quatre générations, un esprit servant comme les kobolds de l’Allemagne et les trolls du Danemark, qui fait la bénédiction de la maison. C’est lui qui prend soin de l’étable, conduit les bestiaux au pâturage, protège la grange, prépare la litière des chevaux, et remplit chaque matin l’abreuvoir d’une eau pure et limpide. On ne le voit pas, mais sans cesse on reconnaît ses bons offices ; on s’aperçoit qu’il a veillé sur les récoltes et sur les moissonneurs. Pour le conserver, il ne faut que lui abandonner une légère part des produits de la ferme, lui garder à la grange ou au foyer une place très propre, et ne pas médire de lui, car il entend tout ce qu’on dit, et se venge cruellement de ceux qui l’injurient.

    Quant à la Dame verte, c’est la sylphide, la déesse, la fée des prairies de Franche-Comté : elle est belle et gracieuse ; elle a la taille mince et légère, comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige des montagnes, et les yeux bleus comme la source des rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe ; les rameaux d’arbres l’effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps.

    Le jour, elle s’assoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, ou peignant ses blonds cheveux avec un peigne d’or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu’elle a rencontré. La nuit, elle assemble ses compagnes ; et toutes s’en vont, folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter. Le voyageur qui s’est trouvé égaré le soir au milieu des montagnes de France-Comté a souvent été surpris d’entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu’on entend habituellement dans le monde : c’étaient les chants de la Dame verte et de ses compagnes.

    Quelquefois aussi les malines sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu’elles aiment, afin de l’attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Que si alors il pouvait s’emparer du petit soulier de verre d’une de ces jolies Cendrillon, il serait assez riche ; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu’elle rachetât son soulier, et elle l’achèterait à tout prix.

    Grottes d'Osselle, dans le Jura : l'un des repaires de la Dame verte ? Dessin de Taylor.
    Grottes d’Osselle, dans le Jura : l’un des
    repaires de la Dame verte ? Dessin de Taylor

    L’hiver, la Dame verte habite dans ces grottes de rochers, où les géologues, avec leur malheureuse science, ne voient que des pierres et des stalactites, qui sont pourtant toutes pleines de rubis et de diamants dont la fée dérobe l’éclat à nos regards profanes. C’est là que, la nuit, les fêtes recommencent à la lueur de mille flambeaux, au milieu des parois de cristal et des colonnes d’agate. C’est là que la Dame verte emmène, comme une autre Armide, le chevalier qu’elle s’est choisi. Heureux l’homme qu’elle aime ! C’est pour cet être privilégié qu’elle a de douces paroles, et des regards ardents, et des secrets magiques ; c’est pour lui qu’elle use de toute sa beauté de femme, de tout son pouvoir de fée, de tout ce qui lui appartient sur la terre.

     

     

    Une autre fée franc-comtoise mérite que nous parlions d’elle, la fée Arie. Celle-ci n’a ni l’humeur aussi folâtre, ni la vie aussi joyeuse que la Dame verte ; mais c’est la bonne fée de nos chaumières ; elle aime l’ordre, le travail ; partout où elle reconnaît de telles vertus, elle répand ses bienfaits ; elle soutient dans ses devoirs la pauvre mère de famille et les jeunes gens laborieux. Presque jamais on ne la voit, mais elle assiste à tout ce qui se fait dans les champs ou sous le toit du chalet ; et si le blé que le paysan moissonne est mieux fauché, si la quenouille de la jeune fille se file plus vite et donne un fil plus beau, c’est que la fée Arie était là, et qu’elle a aidé le paysan et la jeune fille. C’est elle aussi qui récompense les enfants obéissants et studieux ; c’est elle qui fait tomber sur leur chemin les prunes des arbres voisins, et leur distribue, à Noël, les noix sèches et les gâteaux ; ce qui fait que tous les enfants connaissent la fée Arie, et parlent d’elle avec espoir.

    Une petite ville des montagnes de Franche-Comté a été plusieurs fois témoin d’une apparition merveilleuse. A un quart de lieue du Maiche, au-dessus d’une colline, on aperçoit les restes d’un château entouré de broussailles et de sapins. Là vivait jadis un seigneur avare, dont le coeur était fermé à tout sentiment d’équité, et qui, pour assouvir sa passion sordide, soumettait sans cesse ses vassaux à de nouvelles exactions, et volait le bien de ses voisins. Il est enterré au milieu de ses trésors, mais il ne peut y trouver le repos. Il voudrait pouvoir échanger son sépulcre splendide contre la tombe de terre fraîche où dort si bien le paysan ; mais il est condamné à rester là où il a vécu, et il passe la nuit à se rouler sur son or et à gémir.

    Dieu, touché de ses souffrances et des prières que ses descendants ont fait faire pour lui, a cependant ramené l’espoir dans son coeur, et lui a permis de venir dans ce monde chercher quelqu’un qui le délivre. Tous les cent ans, à jour fixe, quand l’obscurité commence à envelopper les campagnes, le vieux seigneur sort de son manoir, tenant une clef rouge et brûlante entre les dents. Il rôde dans les champs, entre dans les enclos, et s’approche de la ville, offrant à tout le monde son visage cadavéreux et sa clef enflammée. Celui qui aurait le courage de prendre cette clef et de le suivre deviendrait à l’instant même possesseur d’immenses trésors, et délivrerait cette pauvre âme des tourments qu’elle endure. Jusqu’à présent, personne n’a encore osé se rendre à son appel...

    Ruines d'un vieux château à Saint-Amour, dans le Jura. Dessin de Lallemand.
    Ruines d’un vieux château à Saint-Amour,
    dans le Jura. Dessin de Lallemand.

     

    En Franche-Comté, lorsqu’une femme veut devenir sorcière, le diable, pour ne pas l’effrayer, lui apparaît sous la figure humaine et quitte son vilain nom de Belzébuth ou de Satan pour en prendre un qui caresse mieux l’oreille, tel que Vert-Joli, Joli-Bois, Verdelet, Joli, etc. Les sorciers sont tenus d’aller au sabbat. Ceux de la contrée de Saint-Claude avaient rendez-vous dans un champ écarté de toute habitation, et près d’une mare d’eau. Ils s’y rendaient habituellement le jeudi et les veilles de grandes fêtes, les uns en se mettant à cheval, les autres en montant sur un mouton noir.

    Là se trouvait Satan, le monarque des enfers ; Satan, sous la forme d’un bouc, tenant une chandelle allumée entre ses cornes. Chaque sorcier était obligé de lui offrir une chandelle verte, et de lui faire une autre politesse fort peu récréative. Puis, toute la gente ensorcelée chantait, buvait, mangeait, parodiait les prières de l’église et la messe, et l’orgie durait jusqu’au jour, jusqu’à l’heure où le coq chantait ; car on sait que le chant du coq a un grand pouvoir sur les mauvais esprits. Quelquefois l’âme seule s’en allait au sabbat. Le corps restait immobile et comme endormi ; l’âme s’échappait à la dérobée et passait la nuit dans son infernale réunion.

    Un jour, un paysan s’aperçut que sa femme couchée à côté de lui ne bougeait, ni ne soufflait. En vain, il l’appelle à haute voix ; en vain, il la tire par les bras. Impossible de l’éveiller. Mais, aux premiers rayons du matin, elle se leva en poussant un grand cri. Le paysan, tout troublé, s’en alla raconter cet événement : la femme fut interrogée, et déclara qu’il ne fallait attribuer son profond sommeil qu’à la fatigue qu’elle avait éprouvée la veille en travaillant tout le jour dans les champs. On ne la crut pas, et elle fut brûlée.

    Dans ces nuits passées au sabbat, on ne s’occupait pas seulement de boire et de manger. Il y avait quelquefois de graves conciliabules, où Satan donnait à ses adeptes des leçons de science cabalistique. Les vieilles sorcières racontaient avec orgueil leurs méfaits, et les jeunes s’instruisaient à cette édifiante école. A la fin de la séance, Satan avait coutume de demander aux jeunes femmes nouvellement enrôlées sous sa bannière une mèche de cheveux, ce qui fit dire que la façon de faire que les amoureux observent parfois d’avoir quelques bracelets de cheveux de leurs maîtresses procède du démon, les boucles de cheveux étant peut-être des chaînes magiques liant la conscience...

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Vision infernale au XIe siècle (Une)
    (D’après un article paru en 1845)
     
    *******************
     

    Pendant la Première moitié du Moyen Age, la littérature proprement dite n’existait plus que de nom, et les seuls poètes étaient les chroniqueurs et les hagiographes. C’est dans ces écrivains que l’on trouve le germe des idées poétiques qui plus tard ont fait fortune. Les récits de visions y sont fréquents, et le suivant est le plus saisissant de tous ceux que nous avons lus. Sans prétendre aucunement que Dante l’ait connu, il suffira pour montrer combien, deux siècles avant lui, l’enfer occupait les esprits. Nous nous servons de la traduction de la collection des Mémoires donnée par M.Guizot.

    Il y avait, raconte Ordéric Vital (Histoire des ducs de Normandie, livre VIII), dans un village que l’on appelle Bonneval, un prêtre nommé Gauchelin. L’an de l’incarnation 1092, au commencement de janvier, ce prêtre alla de nuit visiter un malade. Il revenait seul et se trouvait loin de toute habitation, lorsqu’il entendit un grand bruit comme d’une armée considérable.

    Ayant voulu se retirer vers quatre néfliers qu’il avait perçus dans un champ, un homme d’une énorme stature, armé d’une grande massue, le devança dans sa course, et levant son arme sur sa tête lui dit : « Arrête -là ! n’avance pas davantage. » Aussitôt le prêtre s’arrêta glacé d’effroi, et, appuyé sur le bâton qu’il portait, resta dans l’immobilité. L’homme armé de la massue se tint auprès lui, et sans lui faire de mal attendit le passage de l’armée.

    Voilà qu’une grande troupe de fantassins se mit à passer, emportant sur leur cou et leurs épaules des moutons, des habillements, des meubles et des ustensiles de toute espèce, comme ont coutume de faire les brigands. Cependant tous gémissaient et s’encourageaient à redoubler de vitesse. Le prêtre reconnut parmi eux plusieurs de ses voisins qui étaient morts récemment, et il les entendit se plaindre des supplices cruels dont, à cause de leurs crime, ils éprouvaient les tourments. Ensuite passant une troupe de porte-morts auxquels se réunit à l’instant le géant dont nous avons parlé. Ils étaient chargés d’environ cinquante cercueils, dont chacun était soutenu par deux porteurs.

    Ensuite vint à passer une troupe de femmes dont la multitude parut innombrable au prêtre. Elles étaient montées à cheval sur des selles de femmes, dans lesquelles étaient enfoncés des clous enflammés. Le vent les soulevait fréquemment à la hauteur d’une coudée, et les faisait retomber aussitôt sur les clous ardents. Horriblement tourmentées par les piqûres et les brûlures, elles vociféraient des imprécations, et confessaient publiquement les péchés pour lesquels elles étaient punies.

    Le prêtre reconnut dans cette troupe quelques dames nobles, et vit les chevaux et les mules avec les selles de plusieurs femmes qui vivaient encore. Peu après, il aperçut une troupe nombreuse de clercs et de moines, leurs juges et leurs supérieurs, des évêques et des abbés, portant leur crosse pastorale ; les clercs et les évêques étaient vêtus de chapes noires ; les moines et les abbés de capuchons de la même couleur. Tous gémissaient et se plaignaient ; quelques-uns imploraient Gauchelin par son nom, et le suppliaient, à cause de leur ancienne amitié, de prier pour eux. Ce prêtre rapporte qu’il avait vu là beaucoup de personnages d’une grande considération que l’opinion commune croyait placés dans le ciel au milieu des saints.

    A cet épouvantable aspect, tout tremblant et appuyé sur son bâton, il s’attendait à des choses plus épouvantables encore. Il vit ensuite s’avancer une grande armée ; on n’y remarquait aucune couleur, si ce n’est le noir et un feu scintillant. Tous ceux qui la composaient étaient montés sur des chevaux gigantesques ; ils marchaient armés de toutes pièces, comme s’ils avaient volé au combat, et portaient des enseignes noires. Il vit parmi eux Richard et Baudouin, fils du comte Gislebert, qui étaient morts depuis peu, ainsi que beaucoup d’autres dont je ne puis déterminer le nombre.

    Gauchelin, après avoir vu passer cette nombreuse troupe de chevaliers, se mit à réfléchir ainsi en lui-même : « Voilà sans doute les gens de Herlequin ; J’ai ouï dire que quelques personnes les avaient vus parfois ; mais, incrédule que j’étais, je me moquais de ces rapports, parce que je n’avais jamais eu d’indices certains de pareilles choses. Maintenant, je vois réellement les mânes des morts. Toutefois, personne ne me croira quand je raconterai ce que j’ai vu. Je vais donc me saisir d’un des chevaux libres qui suivent la troupe ; je vais le monter aussitôt, je le conduirai chez moi, et je le ferai voir à mes voisins pour leur inspirer de la confiance dans mon récit. »

    Aussitôt il saisit la bride d’un cheval noir ; mais celui-ci se débarrassa vigoureusement de la main qui s’emparait de lui, et s’enfuit vers la troupe des noirs. Le prêtre se tint encore au milieu du chemin, et se présentant devant un cheval qui venait à lui, il étendit la main. L’animal s’arrêta pour attendre le prêtre, et soufflant par ses naseaux, il jeta en avant un nuage grand comme un chêne très élevé. Alors le prêtre mit le pied gauche à l’étrier, saisit les rênes, porta la main sur la selle ; mais aussitôt il sentit sous son pied une chaleur excessive comme un feu ardent, tandis que par la main qui tenait la bride un froid incroyable pénétra jusqu’à ses entrailles.

    Tout à coup quatre horribles chevaliers survinrent, et jetant des cris terribles proférèrent ces paroles : « Pourquoi vous emparez-vous de nos chevaux ? Vous viendrez avec nous. Aucun d’entre nous ne vous a fait de mal, tandis que vous entreprenez de nous enlever ce qui nous appartient. » Le prêtre excessivement effrayé, lâcha le cheval. Trois chevaliers ayant voulu le saisir, un quatrième leur dit : « Lâchez-le, et laissez-moi m’entretenir avec lui. » Il voulut ensuite charger Gauchelin de divers messages pour sa femme et ses enfants, et sur le refus du prêtre il se précipita sur lui et le saisit à la gorge. Le malheureux ne fut délivré que par l’intercession d’un autre chevalier qui se fit reconnaître à lui pour son frère, et causant longuement avec lui, lui parla en termes touchante de leur enfance.

    Pendant leur entretien, Gauchelin remarqua au talon du damné, vers son éperon, une espèce de grumeau de sang de la forme d’une tête humaine. Tout étonné, il lui en demanda la raison. « Ce n’est pas du sang, répartit le chevalier, c’est du feu et il me paraît d’un poids plus grand que si je portais sur moi le mont Saint-Michel. Comme je me servais d’éperons précieux et fort pointus pour arriver plus vite à répandre le sang, j’en porte avec raison un énorme poids à mes talons ». A ces mots, le chevalier s’enfuit précipitamment. Toute la semaine le prêtre resta gravement malade ; ensuite il vécut près de quinze années bien portant.

    C’est de sa propre bouche, ajoute Ordéric Vital, que j’ai appris ce que je viens d’écrire, et beaucoup d’autres choses que j’ai mises en oubli. J’ai vu aussi sa figure meurtrie par l’attouchement de l’horrible chevalier.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Vigne (La) alsacienne de la Vierge
    choyée par un fantôme
    (D’après « Légendes et contes d’Alsace », paru en 1932)
     
    *******************
     
    Le monde contient plus de fantômes que la philosophie ne le croit, et c’est justement ce qui donne du pain et du vin aux poètes. C’est en Alsace, à la faveur d’un repos bien mérité et d’une halte au sein d’une accueillante auberge, qu’un voyageur se voit proposer de goûter au vin de la Vierge. S’ensuit une étrange apparition du fantôme de celle qui n’a pas cessé de prendre soin de cette vigne en dépit d’un funeste événement...
     
     

    De Belfort à Mulhouse s’étend une contrée qui est peut-être la plus avenante du monde. La variété, la délicatesse, le doux arrangement des choses, laissent au voyageur l’exacte illusion du bonheur. N’est ce pas déjà un bienfait ? Des prés très verts, où circulent des ruisseaux ; des collines dont les forêts moutonnent avec joie ; des blés qui, en juillet, ondulent et vibrent comme de l’or au soleil ; des vignes où surgissent, çà et là, des maisonnettes à larges couvertures ; des villages aux balcons de bois, aux toits noirs s’inclinant jusqu’à terre ; des arbres, poiriers, pommiers, pruniers, noyers, mêlés aux maisons, presque aussi vieux qu’elles et leur souriant.

    Au-dessus, s’étend un ciel délicat où les nuages dardent des nuances et des formes exquises, pour avoir flotté sur les sapins des Vosges et s’être mirés dans le flot du Rhin. A l’horizon, s’élèvent les nobles montagnes, de courbes si variées, de teinte si finement bleue, qu’elles semblent des nuages, plus célestes encore, qui s’immobiliseraient pour faire ceinture au beau Pays. Le paysan, attentif surtout à la valeur du sol et aux produits qu’il en tire, dit simplement de ce pays qu’il est beau.

    A l’exquis village de Zillisheim, si avenant avec sa large rue, ses pignons garnis de lucarnes, sa tour carrée et sa haute colline plantée de vignes, André Marsy était arrivé par une adorable soirée de septembre. La nuit tombait. Pénétrante langueur. Tant d’âme parfumée sortait de la terre ! La respiration des choses s’égalisait. Une brume s’allongeait vers les pentes. Le ciel aux transparences vertes devenait divinement liquide : on y voyait, au fond, se former des étoiles.

    André Marsy entra dans une auberge. On lui donna ce dîner alsacien qui est, lui aussi, une fête : tranches de pain bronzé, fèves blanches et brunes, quartier de viande fumée, salière de bois où le gros sel à cristaux grisâtres semble un symbole d’hospitalité. Devant le voyageur, étincelait une petite carafe a large col, pleine de vin blanc. Il loua la vieille hôtesse de ce cordial repas. Elle reçut les compliments avec modestie. Vraie joie de voir ses joues ridées, ses yeux clairs, son front couronné d’un bonnet ruché, s’illuminer aux remerciements de l’inconnu !

    Quelques parents avaient dîné avec elle. André mangeait seul, dans une salle étroite, près de l’horloge à grand balancier de cuivre. La bonne femme revint, portant, avec les noix du dessert, un flacon poudreux qu’elle déboucha avec précaution. André goûta ce vin vieux, froid et grave tout d’abord, mais qui dégageait lentement une étrange chaleur de pensée, tout un bouquet de nobles fleurs paysannes.

    — Admirable vin ! D’où le tire-t-on ?
    — De la Vigne de la Vierge.

    La vieille femme montra du geste le coteau voisin dont se détachait, dans la nuit, la masse mystérieuse, et où des murs de soutènement se dessinaient en vagues blancheurs. Bientôt André remonta dans la chambre qu’on lui avait préparée à son intention. Près d’une large armoire à panneaux, en face de la fenêtre, s’élevait le lit. Il faut dire, sans exagération, que le lit s’élevait : montagne de plumes, dans une immense toile, rude comme le baiser d’un grand père dont la barbe n’est pas nouvellement faite. Tout ce qui s’appelle plumon, traversin, oreiller, édredon, s’y trouvait superposé.

    André dormit d’un sommeil agité et lucide. La fièvre du voyage chantait, comme un grillon, entre son oreiller et l’oreille. En cet état de grâce, il revivait les événements de la journée : rêverie de la route, vaste caresse du vent, trépidation du train, émoi devant la Vierge si douce, si attentive, au fond de sa niche Renaissance, un raisin sec entre les doigts, en hommage légèrement païen.

    Le réveil vint, sans que le sommeil eût été complet. André avait toujours su où il en était, mais il ne savait plus précisément où il était. Ce fut le jour. Notre ami s’accouda au bord du trou que son corps avait creusé dans la plume du lit. En ce moment, le coteau formait un délicat et prestigieux tableau. Baigné de lumière fraîche, sous un lustre de chaleur grandissante, il semblait palpiter d’extase. La vapeur qui entourait ses contours était comme l’haleine de la terre, rendue visible au soleil. Les murs de soutènement s’étageaient en énormes escaliers. André rêvait que, monté sur un cheval de légende, de marche en marche, il grimpait jusqu’au sommet.

    Une vigne lui plut entre toutes. C’était, à mi-côte, un alignement de ceps flexibles, aux belles feuilles, que le soleil azurait. Vers la gauche, le mur s’écroulait ; vers la droite, deux pêchers au feuillage chevelu, au balancement souple, la désignaient de leur silhouette singulière.

    Tout à coup, André Marsy éprouva une surprise telle qu’il se jeta hors du lit et courut à la fenêtre. Une forme féminine, au vêtement violet, se dressait entre les pêchers. Elle marchait à travers la vigne, s’inclinant, presque à chaque pas, et se relevant. André la vit bientôt s’arrêter, regarder vers le village, vers la maison, vers la fenêtre, vers lui. Enfin, elle sembla porter la main à son cou. Fléchissante, elle remonta jusqu’aux deux arbres. Alors, elle s’assit et, dans le brouillard perlé qui montait, s’évanouit. « Je voudrais savoir, pensa André Marsy, qu’est cette femme si matinale, qui s’habille de violet pour aller à sa vigne. »

    Le rêveur se rendormit sur ce vœu. Cette fois, son sommeil fut plus calme. Sommeil du matin, qui a la saveur du fruit défendu et du coup de l’étrier ! Notre ami eût peut-être oublié l’apparition du petit jour ; mais la vieille hôtesse lui dit sur le seuil :

    — Un instant encore ! Vous boirez un verre du vin de la Vierge...
    — Je l’ai vue, votre Vierge.
    — Vous ?
    — Comme je vous vois.

    La bonne femme s’inquiétait. Les humbles craignent toujours des mystifications. Hélas ! avec eux, ce serait lâcheté. Aussi, André Marsy répondit-il, avec une nuance d’impatience :

    — Je l’ai vue la, dans cette vigne qui est là-haut, entre le mur écroulé et les deux pêchers.

    La vieille se recueillit.

    — Et comment était-elle vêtue ?
    — D’une longue robe.
    — Monsieur, de quelle couleur était sa robe ?
    — Violette.
    — Ah ! dit l’hôtesse d’un ton réfléchi. C’est donc que des raisins seront violets aujourd’hui. Chaque fois que, pour la vigne, s’ouvre une période de quelque importance, la Vierge apparaît. Elle dirige le développement de la récolte. Ce matin, par exemple, elle venait rendre !es raisins violets. Elle surveille ses raisins et les soigne tous.

    Le mot soigner prenait, sur les lèvres de l’Alsacienne, un caractère de caresse pieuse.

    — Elle les tient entre les doigts comme ceci.

    La bonne femme entourait une grappe d’un geste lent. André avait vu, en effet, l’apparition se baisser à plusieurs reprises. Il imaginait, sur la terre de la vigne, le frôlement d’un pas léger et, sur les feuilles où glissait la rosée, l’effleurement d’une robe, violette comme les grappes.

    — Elle reviendra bientôt ?
    — Oui, quand des raisins voudront bleuir, Alors, elle aura sa robe bleue.

    André fut éclairé sur les rites de la favorable apparition. Dès que la neige allait se fondre, la Vierge, vêtue d’une robe blanche, faisait le tour de sa vigne. Les gens du pays voyaient l’empreinte presque ailée de son pied nu. Aux premières feuilles, elle s’avançait en une robe verte comme un bourgeon à peine éclos. Que dire de la robe couleur fleur de vigne, que la Vierge prenait pour respirer le parfum généreux de la floraison ? Nous l’avons vue habillée de violet, comme le raisin mûrissant. Elle viendra en robe bleue, afin de soupeser les grappes aux lourds grains écartés. Mais ce ne sera pas encore d’heure de faire la vendange. Il faut attendre un signe nouveau : la Vierge en robe de carmin, de pourpre et d’or, comme si l’automne en mourant la drapait de sa suprême splendeur.

    — Mais la Vierge, pourquoi a-t-elle choisi cette vigne ?
    — Elle ne l’a pas choisie. La vigne lui appartient.

    Notre ami apprit, depuis l’origine, l’histoire de la Vierge. Il l’apprit, racontée dans un langage qu’il n’entendait parfois qu’à demi. C’était encore un charme. On eût dit quelque vitrail dégradé, vu à travers lies doigts à peine entr’ouverts d’une main frémissante.

    Cette vigne, peut-être la meilleure du pays, était la dot d’une belle jeune fille fière, élancée et brave, laquelle aimait profondément son fiancé. Elle devait se marier le lendemain de la vendange. Aussi, le jour dit, vendangea-t-elle avec allégresse. Jamais travail n’avait été plus gai.

    Une ivresse se dégageait de la terre abreuvée des averses de septembre, déjà enivrantes comme du vin ; du tapis de feuilles blessées et jolies ; du ciel gris et tiède, où les. triangles des énigmatiques oiseaux migrateurs semblaient tracer des emblèmes ; des forêts voisines où les mousses, les champignons, les humides taillis distillaient leurs baumes. L’automne touche tout de sa main amoureuse, pareille à la vendangeuse enchanteresse.

    La jeune fille riait à blanches dents. Elle riait pour mille choses : la fuite d’un lièvre dans les échalas, le vol alourdi et titubant des grives, la crécelle ironique des traquets, oiseaux gris tachés de blanc qui, de piquet en piquet, reculent devant le vendangeur et le regardent. Elle riait aussi, parce que son futur mari, qui passait près d’elle, à peine courbé par l’énorme hotte de bois, la saluait d’un geste. Elle riait enfin, parce que le rire exprime excellemment que la vigne est prospère à souhait.

    Sa vigne, la jeune fille l’aimait tant que, n’ayant désiré que cela pour tout bien, elle l’entretenait avec un soin minutieux. Levée la première, quelquefois avant le jour, la fiancée montait à sa vigne et la « soignait » comme sa chambre nuptiale.

    Le travail était fini. Près de la dernière voiture, la jeune fille aidait à remplir la dernière cuve. Luisant de suc, le raisin était entassé en ordre. Une seule grappe dépassait, que la vendangeuse goûta. Le futur mari apporta la dernière hotte. Coudes au corps, il monta sur l’essieu, sourit à la jeune fille et se pencha pour verser le raisin dans la cuve. Soudain, son pied glissa. La lourde hotte de bois dur atteignit la nuque de la pauvre fiancée. Elle tomba morte sur la terre de la vigne : un grain de raisin et une goutte de sang rougissant ensemble son sourire. On la porta ici, ajoutait la vieille Alsacienne, à l’endroit où l’on a planté deux pêchers. Et c’est ici qu’est restée son âme.

    André Marsy voulut savourer encore une « bouchée » du vin de la Vierge. Ce vin lui sembla plus pur, plus chaste, plus odorant, plus passionné. C’était le vin caressé par les doigts de la jeune et riante morte. En quittant Zillisheim, André, lui aussi, souriait au fantôme virginal. II se demandait si réellement il l’avait vu se lever d’entre les pêchers, ou si c’était le mirage de la brume en laquelle se jouait le soleil.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique