• Matière de Bretagne.............Paul Celan (1920 – 1970 ) :

    Matière de Bretagne

     Matière de Bretagne.............Paul Celan (1920 – 1970 ) :

    Lumière des genêts, jaune, les pentes

    bavent du pus vers le ciel, l’épine

    courtise la blessure, des cloches

    y sonnent, c’est le soir, le néant

    roule ses mers pour la prière,

    la voile sang met cap sur toi.

     

    Sec, asséché

    derrière toi le lit, envahie de roseaux,

    son heure, là-haut,

    près de l’étoile, les rigoles

    laiteuses de l’estran bavardent dans la vase, la datte de pierre

    dessous, en touffe, bée dans la bleuité, un bouquet pérennant

    de mortalité, beau,

    salue ta mémoire.

     

    (Me connaissiez-vous,

    mains? j’ai suivi

    le chemin fourché que vous indiquiez, ma bouche

    crachait son cailloutis, j’allais, mon temps,

    corniche de neige errante, projetait son ombre – m’avez-vous connu ?)

     

    Mains, la plaie cour-

    tisée d’épine, les cloches sonnent,

    mains, le néant, les mers,

    mains, dans la lumière des genêts, la

    voile sang

    met cap sur toi.

     

    Toi

    tu apprends

    tu apprends à tes mains

    tu apprends à tes mains, leur apprends

    tu apprends à tes mains

                                            à dormir.

     

    Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

    In, Paul Celan : « Choix de poèmes réunis par l’auteur »

    Editions Gallimard, 1998

     *********************************

    Matière de Bretagne

     

    Ginsterlich, gelb, die Hänge

    eitern gen Himmel, der Dorn

    wirbt um die Wunde, es läutet

    darin, es ist Abend, das Nichts

    rollt seine Meere zur Andacht,

    das Blutsegel hält auf dich zu.

     

    Trocken, verlandet

    das Bett hinter dir, verschilft

    seine Stunde, oben,

    beim Stern, die milchigen

    Priele schwatzen im Schlamm, Steindattel,

    unten, gebuscht, klafft ins Gebläu, eine Staude

    Vergänglichkeit, schön,

    grüsst dein Gedächtnis.

     

    (Kanntet ihr mich,

    Hände? Ich ging

    den gegabelten Weg, den ihr weisst, mein Mund

    spie seinen Schotter, ich ging, meine Zeit,

    wandernde Wächte, warf ihren Schatten - kanntet ihr

                 mich?)

     

    Hände, die dorn-

    umworbene Wunde, es läutet,

    Hände, das Nichts, seine Meere,

    Hände, im Ginsterlicht, das

    Blutsegel

    hält auf dich zu.

     

    Du

    du lehrst

    du lehrst deine Hände

    du lehrst deine Hände du lehrst

    du lehrst deine Hände

                                        schlafen.

     

    Revue « Akzente, Février 1958 »

    Carl Hanser Verlag, Munich (Allemagne), 1958

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  • Commentaires

    1
    kiki
    Jeudi 19 Octobre à 12:50

    joli, merci

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