• Europe

    Quand, sur le grand taureau, tu fendais les flots bleus,
    Vierge phénicienne, Europe toujours belle,
    La mer, soumise au Dieu, baisait ton pied rebelle,
    Le vent n'osait qu'à peine effleurer tes cheveux !

    Un amant plus farouche, un monstre au cou nerveux
    T'emporte, maintenant, dans sa course éternelle ;
    La rafale, en fureur, te meurtrit de son aile ;
    La vague, à ton flanc pur, colle ses plis baveux !

    Tes compagnes, de loin, pleurent sur le rivage,
    Et, jetant leur prière à l'océan sauvage,
    Dans la paix du Passé veulent te retenir.

    Mais tu suis, à travers l'immensité sans bornes,
    Pâle, et les bras crispés à l'airain de ses cornes,
    Ce taureau mugissant qu'on nomme l'Avenir !...
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  • La liberté des champs fait décrire à Silvandre

    La liberté des champs fait décrire à Silvandre............

    les contentements d'un amour rustique


    Ne percez plus mon coeur, ô vanités serviles, 
    De vos soucis tranchants,
    Éloigné de la Cour, je m'éloigne des villes 
    Pour approcher des champs.

    Cet amour que j'y bois dedans l'oeil de Silvie 
    M'est plus délicieux,
    Que ce que Jupiter pour nous donner envie 
    Dit qu'il boit dans les cieux.

    Non, ces lieux où l'on dit que ce grand Dieu demeure 
    N'ont point tant de plaisirs,
    Puisqu'il a cru qu'aux champs la place était meilleure 
    Pour flatter ses désirs.

    On l'a vu dans les champs plusieurs fois se repaître 
    De quelque ébat nouveau,
    Et chatouiller ses sens sous la forme champêtre 
    D'un cygne ou d'un taureau.

    Pour le plaisir des champs si ce dieu s'est fait bête, 
    Doit-on à cette fois
    Dire que j'ai banni la raison de ma tête, 
    Me faisant villageois ?

    Tant de dieux qui jadis portaient une houlette 
    Ont voulu m'obliger,
    Bien que je sois mortel, me donnant leur retraite, 
    De me faire berger.

    Ô que j'aime les eaux, laissez-moi les rivages, 
    Ô beaux rivages verts :
    Belle Seine, beaux prés, petits monts, bois sauvages, 
    Je vous donne mes vers.

    Ô vers qui m'échappez sur le bord de la Seine, 
    Allez, suivez son cours,
    Et dites aux Zéphyrs que je vous fais sans peine, 
    Et non point sans amours.

    J'aime tant vos fraîcheurs, et j'aime tant vos ombres, 
    Ô prés, bois et zéphyrs,
    Que je ferai le frais de vos mollesses sombres, 
    Témoins de mes plaisirs.

    Zéphyrs, allez hâter ; allez baiser Silvie, 
    Que si j'en suis jaloux,
    C'est que je ne peux pas, lors que j'en ai l'envie ; 
    La baiser comme vous.
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  • Les oeillets rouges

    Dans ces temps-là, les nuits, on s'assemblait dans l'ombre, 
    Indignés, secouant le joug sinistre et noir 
    De l'homme de Décembre, et l'on frissonnait, sombre 
    Comme la bête à l'abattoir.

    L'Empire s'achevait. Il tuait à son aise, 
    Dans son antre où le seuil avait l'odeur du sang. 
    Il régnait, mais dans l'air soufflait la Marseillaise. 
    Rouge était le soleil levant.

    Il arrivait souvent qu'un effluve bardique, 
    Nous enveloppant tous, faisait vibrer nos coeurs. 
    A celui qui chantait le recueil héroïque, 
    Parfois on a jeté des fleurs.

    De ces rouges oeillets que, pour nous reconnaître, 
    Avait chacun de nous, renaissez, rouges fleurs. 
    D'autres vous répondront aux temps qui vont paraître, 
    Et ceux-là seront les vainqueurs.
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  • Forêts

    Vastes Forêts, Forêts magnifiques et fortes,
    Quel infaillible instinct nous ramène toujours
    Vers vos vieux troncs drapés de mousses de velours
    Et vos étroits sentiers feutrés de feuilles mortes ?

    Le murmure éternel de vos larges rameaux
    Réveille encore en nous, comme une voix profonde,
    L’émoi divin de l’homme aux premiers jours du monde,
    Dans l’ivresse du ciel, de la terre, et des eaux.

    Grands bois, vous nous rendez à la Sainte Nature.
    Et notre coeur retrouve, à votre âme exalté,
    Avec le jeune amour l’antique liberté,
    Grands bois grisants et forts comme une chevelure !

    Vos chênes orgueilleux sont plus durs que le fer ;
    Dans vos halliers profonds nul soleil ne rayonne ;
    L’horreur des lieux sacrés au loin vous environne,
    Et vous vous lamentez aussi haut que la mer !

    Quand le vent frais de l’aube aux feuillages circule,
    Vous frémissez aux cris de mille oiseaux joyeux ;
    Et rien n’est plus superbe et plus religieux
    Que votre grand silence, au fond du crépuscule...

    Autrefois vous étiez habités par les dieux ;
    Vos étangs miroitaient de seins nus et d’épaules,
    Et le Faune amoureux, qui guettait dans les saules,
    Sous son front bestial sentait flamber ses yeux.

    La Nymphe grasse et rousse ondoyait aux clairières
    Où l’herbe était foulée aux pieds lourds des Silvains,
    Et, dans le vent nocturne, au long des noirs ravins,
    Le Centaure au galop faisait rouler des pierres.

    Votre âme est pleine encor des songes anciens ;
    Et la flûte de Pan, dans les campagnes veuves,
    Les beaux soirs où la lune argente l’eau des fleuves,
    Fait tressaillir encor vos grands chênes païens.

    Les Muses, d’un doigt pur soulevant leurs longs voiles
    À l’heure où le silence emplit le bois sacré,
    Pensives, se tournaient vers le croissant doré,
    Et regardaient la mer soupirer aux étoiles...

    *
    **

    Nobles Forêts, Forêts d’automne aux feuilles d’or,
    Avec ce soleil rouge au fond des avenues,
    Et ce grand air d’adieu qui flotte aux branches nues
    Vers l’étang solitaire, où meurt le son du cor.

    Forêts d’avril : chansons des pinsons et des merles ;
    Frissons d’ailes, frissons de feuilles, souffle pur ;
    Lumière d’argent clair, d’émeraude et d’azur ;
    Avril ! ... Pluie et soleil sur la forêt en perles ! ...

    Ô vertes profondeurs, pleines d’enchantements,
    Bancs de mousse, rochers, sources, bruyères roses,
    Avec votre mystère, et vos retraites closes,
    Comme vous répondez à l’âme des amants !

    Dans le creux de sa main l’amante a mis des mûres ;
    Sa robe est claire encore au sentier déjà noir ;
    De légères vapeurs montent dans l’air du soir,
    Et la forêt s’endort dans les derniers murmures.

    La hutte au toit noirci se dresse par endroits ;
    Un cerf, tendant son cou, brame au bord de la mare
    Et le rêve éternel de notre coeur s’égare
    Vers la maison d’amour cachée au fond des bois.

    Ô calme ! ... Tremblement des étoiles lointaines ! ...
    Sur la nappe s’écroule une coupe de fruits ;
    Et l’amante tressaille au silence des nuits,
    Sentant sur ses bras nus la fraîcheur des fontaines...

    *
    **

    Forêts d’amour, Forêts de tristesse et de deuil,
    Comme vous endormez nos secrètes blessures,
    Comme vous éventez de vos lentes ramures
    Nos coeurs toujours brûlants de souffrance ou d’orgueil.

    Tous ceux qu’un signe au front marque pour être rois,
    Pâles s’en vont errer sous vos sombres portiques,
    Et, frissonnant au bruit des rameaux prophétiques,
    Écoutent dans la nuit parler de grandes voix.

    Tous ceux que visita la Douleur solennelle,
    Et que n’émeuvent plus les soirs ni les matins,
    Rêvent de s’enfoncer au coeur des vieux sapins,
    Et de coucher leur vie à leur ombre éternelle.

    Salut à vous, grands bois à la cime sonore,
    Vous où, la nuit, s’atteste une divinité,
    Vous qu’un frisson parcourt sous le ciel argenté,
    En entendant hennir les chevaux de l’Aurore.

    Salut à vous, grands bois profonds et gémissants,
    Fils très bons et très doux et très beaux de la Terre,
    Vous par qui le vieux coeur humain se régénère,
    Ivre de croire encore à ses instincts puissants :

    Hêtres, charmes, bouleaux, vieux troncs couverts d’écailles,
    Piliers géants tordant des hydres à vos pieds,
    Vous qui tentez la foudre avec vos fronts altiers,
    Chênes de cinq cents ans tout labourés d’entailles,

    Vivez toujours puissants et toujours rajeunis ;
    Déployez vos rameaux, accroissez votre écorce
    Et versez-nous la paix, la sagesse et la force,
    Grands ancêtres par qui les hommes sont bénis.

    (octobre 1896)
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  • Idylle

    Idylle..................

    A quoi passer la nuit quand on soupe en carême ?
    Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis.
    Quels entretiens choisir, honnêtes et permis,
    Mais gais, tels qu'un vieux vin les conseille et les aime ?

    RODOLPHE

    Parlons de nos amours ; la joie et la beauté
    Sont mes dieux les plus chers, après la liberté.
    Ébauchons, en trinquant, une joyeuse idylle.
    Par les bois et les prés, les bergers de Virgile
    Fêtaient la poésie à toute heure, en tout lieu ;
    Ainsi chante au soleil la cigale-dorée.
    D'une voix plus modeste, au hasard inspirée,
    Nous, comme le grillon, chantons au coin du feu.

    ALBERT

    Faisons ce qui te plaît. Parfois, en cette vie,
    Une chanson nous berce et nous aide à souffrir,
    Et, si nous offensons l'antique poésie,
    Son ombre même est douce à qui la sait chérir.


    RODOLPHE

    Rosalie est le nom de la brune fillette
    Dont l'inconstant hasard m'a fait maître et seigneur.
    Son nom fait mon délice, et, quand je le répète,
    Je le sens, chaque fois, mieux gravé dans mon coeur.

    ALBERT

    Je ne puis sur ce ton parler de mon amie.
    Bien que son nom aussi soit doux à prononcer,
    Je ne saurais sans honte à tel point l'offenser,
    Et dire, en un seul mot, le secret de ma vie.

    RODOLPHE

    Que la fortune abonde en caprices charmants
    Dès nos premiers regards nous devînmes amants.
    C'était un mardi gras dans une mascarade ;
    Nous soupions ; - la Folie agita ses grelots,
    Et notre amour naissant sortit d'une rasade,
    Comme autrefois Vénus de l'écume des flots.

    ALBERT

    Quels mystères profonds dans l'humaine misère !
    Quand, sous les marronniers, à côté de sa mère,
    Je la vis, à pas lents, entrer si doucement
    (Son front était si pur, son regard si tranquille ! ),
    Le ciel m'en est témoin, dès le premier moment,
    Je compris que l'aimer était peine inutile ;
    Et cependant mon coeur prit un amer plaisir
    À sentir qu'il aimait et qu'il allait souffrir !

    RODOLPHE

    Depuis qu'à mon chevet rit cette tête folle,
    Elle en chasse à la fois le sommeil et l'ennui ;
    Au bruit de nos baisers le temps joyeux s'envole,
    Et notre lit de fleurs n'a pas encore un pli.

    ALBERT

    Depuis que dans ses yeux ma peine a pris naissance,
    Nul ne sait le tourment dont je suis déchiré.
    Elle-même l'ignore, - et ma seule espérance
    Est qu'elle le devine un jour, quand j'en mourrai.

    RODOLPHE

    Quand mon enchanteresse entr'ouvre sa paupière,
    Sombre comme la nuit, pur comme la lumière,
    Sur l'émail de ses yeux brille un noir diamant.

    ALBERT

    Comme sur une fleur une goutte de pluie,
    Comme une pâle étoile au fond du firmament,
    Ainsi brille en tremblant le regard de ma vie.

    RODOLPHE

    Son front n'est pas plus grand que celui de Vénus.
    Par un noeud de ruban deux bandeaux retenus
    L'entourent mollement d'une fraîche auréole ;
    Et, lorsqu'au pied du lit tombent ses longs cheveux,
    On croirait voir, le soir, sur ses flancs amoureux,
    Se dérouler gaiement la mantille espagnole.

    ALBERT

    Ce bonheur à mes yeux n'a pas été donné
    De voir jamais ainsi la tête bien-aimée.
    Le chaste sanctuaire où siège sa pensée
    D'un diadème d'or est toujours couronné.

    RODOLPHE

    Voyez-la, le matin, qui gazouille et sautille ;
    Son coeur est un oiseau, - sa bouche est une fleur.
    C'est là qu'il faut saisir cette indolente fille,
    Et, sur la pourpre vive où le rire pétille,
    De son souffle enivrant respirer la fraîcheur.

    ALBERT

    Une fois seulement, j'étais le soir près d'elle ;
    Le sommeil lui venait et la rendait plus belle ;
    Elle pencha vers moi son front plein de langueur,
    Et, comme on voit s'ouvrir une rose endormie,
    Dans un faible soupir, des lèvres de ma mie,
    Je sentis s'exhaler le parfum de son coeur.

    RODOLPHE

    Je voudrais voir qu'un jour ma belle dégourdie,
    Au cabaret voisin de champagne étourdie,
    S'en vînt, en jupon court, se glisser dans tes bras.
    Qu'adviendrait-il alors de ta mélancolie ? 
    Car enfin toute chose est possible ici-bas.

    ALBERT

    Si le profond regard de ma chère maîtresse
    Un instant par hasard s'arrêtait sur le tien,
    Qu'adviendrait-il alors de cette folle ivresse ?
    Aimer est quelque chose, et le reste n'est rien.

    RODOLPHE

    Non, l'amour qui se tait n'est qu'une rêverie.
    Le silence est la mort, et l'amour est la vie ;
    Et c'est un vieux mensonge à plaisir inventé,
    Que de croire au bonheur hors, de la volupté !
    Je ne puis partager ni plaindre ta souffrance
    Le hasard est là-haut pour les audacieux ;
    Et celui dont la crainte a tué l'espérance
    Mérite son malheur et fait injure aux dieux.

    ALBERT

    Non, quand leur âme immense entra dans la nature,
    Les dieux n'ont pas tout dit à la matière impure
    Qui reçut dans ses flancs leur forme et leur beauté.
    C'est une vision que la réalité.
    Non, des flacons brisés, quelques vaines paroles
    Qu'on prononce au hasard et qu'on croit échanger,
    Entre deux froids baisers quelques rires frivoles,
    Et d'un être inconnu le contact passager,
    Non, ce n'est pas l'amour, ce n'est pas même un rêve,
    Et la satiété, qui succède au désir,
    Amène un tel dégoût quand le coeur se soulève,
    Que je ne sais, au fond, si c'est peine ou plaisir.

    RODOLPHE

    Est-ce peine ou plaisir, une alcôve bien close,
    Et le punch allumé, quand il fait mauvais temps ?
    Est-ce peine ou plaisir, l'incarnat de la rose,
    La blancheur de l'albâtre et l'odeur du printemps ?
    Quand la réalité ne serait qu'une image,
    Et le contour léger des choses d'ici-bas,
    Me préserve le ciel d'en savoir davantage !
    Le masque est si charmant, que j'ai peur du visage,
    Et même en carnaval je n'y toucherais pas.

    ALBERT

    Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire.

    RODOLPHE

    Une larme a son prix, c'est la soeur d'un sourire.
    Avec deux yeux bavards parfois j'aime à jaser ;
    Mais le seul vrai langage au monde est un baiser.

    ALBERT

    Ainsi donc, à ton gré dépense ta paresse.
    O mon pauvre secret ! que nos chagrins sont doux !

    RODOLPHE

    Ainsi donc, à ton gré promène ta tristesse.
    O mes pauvres soupers ! comme on médit de vous !

    ALBERT

    Prends garde seulement que ta belle étourdie
    Dans quelque honnête ennui ne perde sa gaieté.

    RODOLPHE

    Prends garde seulement que ta rose endormie
    Ne trouve un papillon quelque beau soir d'été.

    ALBERT

    Des premiers feux du jour j'aperçois la lumière.

    RODOLPHE

    Laissons notre dispute et vidons notre verre.
    Nous aimons, c'est assez, chacun à sa façon.
    J'en ai connu plus d'une, et j'en sais la chanson.
    Le droit est au plus fort, en amour comme en guerre,
    Et la femme qu'on aime aura toujours raison.
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  • Que ferai-je, Morel ? Dis-moi, si tu l'entends

    Que ferai-je, Morel ? Dis-moi, si tu l'entends

    Que ferai-je, Morel ? Dis-moi, si tu l'entends,
    Ferai-je encore ici plus longue demeurance,
    Ou si j'irai revoir les campagnes de France,
    Quand les neiges fondront au soleil du printemps ?

    Si je demeure ici, hélas, je perds mon temps
    A me repaître en vain d'une longue espérance :
    Et si je veux ailleurs fonder mon assurance,
    Je fraude mon labeur du loyer que j'attends.

    Mais faut-il vivre ainsi d'une espérance vaine ?
    Mais faut-il perdre ainsi bien trois ans de ma peine ?
    Je ne bougerai donc. Non, non, je m'en irai.

    Je demourrai pourtant, si tu le me conseilles.
    Hélas, mon cher Morel, dis-moi que je ferai,
    Car je tiens, comme on dit, le loup par les oreilles.
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  • Le Désir

    Le Désir

    Celuy n'est pas heureux qui n'a ce qu'il desire,
    Mais bien-heureux celuy qui ne desire pas
    Ce qu'il n'a point : l'un sert de gracieux appas
    Pour le contentement et l'autre est un martyre.

    Desirer est tourment qui bruslant nous altere
    Et met en passion ; donc ne desirer rien
    Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien
    Ores qu'il fust petit, c'est fortune prospere.

    Le Desir d'en avoir pousse la nef en proye
    Du corsaire, des flots, des roches et des vents
    Le Desir importun aux petits d'estre grands,
    Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.

    L'un poussé de l'honneur par flateuse industrie
    Desire ambitieux sa fortune avancer;
    L'autre se voyant pauvre à fin d'en amasser
    Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.

    L'un pippé du Desir, seulement pour l'envie
    Qu'il a de se gorger de quelque faux plaisir, 
    Enfin ne gaigne rien qu'un fascheux desplaisir,
    Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.

    L'un pour se faire grand et redorer l'image
    A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
    Souspire apres un vent qui le plonge en erreur,
    Car le Desir n'est rien qu'un perilleux orage.

    L'autre esclave d'Amour, desirant l'avantage
    Qu'on espere en tirer, n'embrassant que le vent,
    Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
    D'un refus, d'un dédain et d'un mauvais visage.

    L'un plein d'ambition, desireux de parestre
    Favori de son Roy, recherchant son bon-heur,
    Avançant sa fortune, avance son malheur,
    Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.

    Desirer est un mal, qui vain nous ensorcelle;
    C'est heur que de jouir, et non pas d'esperer :
    Embrasser l'incertain, et tousjours desirer
    Est une passion qui nous met en cervelle.

    Bref le Desir n'est rien qu'ombre et que pur mensonge,
    Qui travaille nos sens d'un charme ambitieux,
    Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
    Va trompant tout ainsi que l'image d'un songe.
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  • Tableau de Paris (A cinq heures du matin)

    L'ombre s'évapore,
    Et déjà l'aurore
    De ses rayons dore
    Les toits d'alentour ;
    Les lampes pâlissent,
    Les maisons blanchissent,
    Les marchés s'emplissent 
    On a vu le jour.

    De la Villette,
    Dans sa charrette,
    Suzon brouette
    Ses fleurs sur le quai, 
    Et de Vincenne 
    Gros Pierre amène 
    Ses fruits que traîne
    Un âne efflanqué.

    Déjà l'épicière,
    Déjà la fruitière,
    Déjà l'écaillère
    Saute en bas du lit
    L'ouvrier travaille,
    L'écrivain rimaille
    Le fainéant bâille,
    Et le savant lit.

    J'entend Javotte
    Portant sa hotte,
    Crier : Carotte,
    Panais et chou-fleur !
    Perçant sa grêle,
    Son cri se mêle
    A la voix grêle
    Du noir ramoneur.

    L'huissier carillonne,
    Attend, jure, sonne,
    Resonne, et la bonne
    Qui l'entend trop bien,
    Maudissant le traître,
    Du lit de son maître
    Prompte à disparaître
    Regagne le sien.

    Gentille, accorte,
    Devant ma porte
    Perette apporte
    Son lait encor chaud ;
    Et la portière
    Sous la gouttière
    Pend la volière
    De Dame Margot.

    Le joueur avide,
    La mine livide
    Et la bourse vide,
    Rentre en fulminant,
    Et, sur son passage,
    L'ivrogne plus sage,
    Cuvant son breuvage,
    Ronfle en fredonnant.

    Tout chez Hortense
    Est en cadence ;
    On chante, on danse, 
    Joue, et cetera...
    Et, sur la pierre,
    Un pauvre hère,
    La nuit entière,
    Souffrit et pleura.

    Le malade sonne
    Afin qu'on lui donne
    La drogue qu'ordonne
    Son vieux médecin,
    Tandis que sa belle
    Que l'amour appelle,
    Au plaisir fidèle,
    Feint d'aller au bain.

    Quand vers Cythère
    La solitaire,
    Avec mystère,
    Dirige ses pas,
    La diligence
    Part pour Mayence,
    Bordeaux, Florence,
    Ou les Pays

    " Adieu donc, mon père ;
    Adieu donc, mon frère,
    Adieu donc, ma mère. 
    - Adieu, mes petits. "
    Les chevaux hennissent 
    Les fouets retentissent,
    Les vitres frémissent
    Les voilà partis.

    Dans chaque rue
    Plus parcourue,
    La foule accrue
    Grossit tout à coup :
    Grands, valetaille,
    Vieillards, marmaille,
    Bourgeois, canaille,
    Abondent partout.

    Ah ! quelle cohue !
    Ma tête est perdue,
    Moulue et fendue ;
    Où donc me cacher ?
    Jamais mon oreille
    N'eut frayeur pareille...
    Tout Paris s'éveille...
    Allons nous coucher.
     
    Marc-Antoine DÉSAUGIERS 1772 - 1827.
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  •  

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    Quelle belle journée d'Automne...

    L'Automne............. de 	 Pierrette Beaulieu



    Le soleil a fait resplendir les plus belles couleurs aujourd'hui...
    Il faisait bon de contempler ce que la nature nous apporte...
    Je savourais ce beau spectacle qui m'était tout a fait gratuit...
    Tout joyeusement, l'Automne nous a ouvert grandement sa porte...


    J'étais émerveillée de regarder tous les arbres teintés avec autant de gaieté...
    Ils se sont vêtus de leurs plus beaux atouts et de leurs plus beaux sourires...
    Dans très peu de temps les arbres un après l'autre seront dénudés...
    Les feuilles couvriront le sol d'un beau tapis ensoleillé...

    En les ramassant pour en faire de grosses montagnes de feuilles...
    Les enfants auront un plaisir fou à jouer à la cache-cache...
    Tout en s'emmitouflant comme font les écureuils...
    Et les chats lorsqu'on aperçoit leurs belles moustaches...

    Bel Automne ensoleillé, tu nous réjouis de bonheur...
    Comme de belles promenades dans les forêts...
    Là où l'air est pur et qu'elle m'apporte une bonne odeur...
    Un arôme qui ne se trouve pas ailleurs même si nous demeurons tout près...

    En vieillissant je suis passionnée par la beauté que la nature nous donne...
    Je prends le temps de savourer toute cette création qui est si merveilleuse...
    Chaque journée, au réveil, je me considère comme la plus chanceuse des personnes...
    D'avoir tout mon temps pour vivre et d'être heureuse...

    Vive l'Automne

    Poème de Pierrette Beaulieu

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