• Ô longs désirs, ô espérances vaines

    Ô longs désirs, ô espérances vaines,
    Tristes soupirs et larmes coutumières
    A engendrer de moi maintes rivières,
    Dont mes deux yeux sont sources et fontaines !

    Ô cruautés, ô durtés inhumaines,
    Piteux regards des célestes lumières,
    Du coeur transi ô passions premières,
    Estimez-vous croître encore mes peines ?

    Qu'encor Amour sur moi son arc essaie,
    Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
    Qu'il se dépite, et pis qu'il pourra fasse :

    Car je suis tant navrée en toutes parts
    Que plus en moi une nouvelle plaie,
    Pour m'empirer, ne pourrait trouver place.
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  • La chanson du troubadour

    Sans amis, sans parents, sans emploi, sans fortune, 
    Je n'ai que la prison pour y passer la nuit. 
    Je n'ai rien à manger que du gâteau mal cuit, 
    Et rien pour me vêtir que déjeuners de lune.

    Personne je ne suis, personne ne me suit, 
    Que la grosse tsé-tsé, ma foi ! fort importune ; 
    Et si je veux chanter sur les bords de la Tune 
    Un ami vient me dire : Il ne faut pas de bruit !

    Nous regardons vos mains qui sont pures et nettes, 
    Car on sait, troun de l'air ! que vous êtes honnêtes, 
    De peur que quelque don ne me vienne guérir.

    Mais je ne suis icy pour y faire d'envie, 
    Mais bien pour y mourir, disons pour y pourrir ; 
    Et la mort que j'attends n'ôte rien que la vie.
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  • L'Hiver

    Au bois de Boulogne, l'Hiver,
    La terre a son manteau de neige.
    Mille Iris, qui tendent leur piège,
    Y passent comme un vif éclair.
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  • Soupir

    Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
    Un automne jonché de taches de rousseur,
    Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
    Monte, comme dans un jardin mélancolique,
    Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
    - Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
    Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
    Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
    Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
    Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.
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  • Le désespoir

    Stances

    Celle que j'ai placée entre les immortels, 
    Et que ma passion maintient sur les autels, 
    La perfide a payé ma foi d'ingratitude. 
    Aux traits de sa rigueur je sers toujours de blanc, 
    Et son mépris n'ordonne à mon inquiétude 
    Que des soupirs de flamme et des larmes de sang.

    Encore que mes vers, déguisant son orgueil, 
    Par de si beaux efforts la sauvent du cercueil, 
    La faisant adorer de l'un à l'autre pôle, 
    L'inhumaine qu'elle est se rit de mon trépas 
    Et, me pouvant guérir d'une seule parole, 
    Fait même vanité de ne la dire pas.

    Puisque d'un si beau joug je ne puis m'affranchir, 
    Et que tous mes devoirs ne peuvent la fléchir, 
    Par un dernier effort contentons son envie :
    Cessons d'être l'objet de tant de cruauté, 
    Et sortant de ses fers en sortant de la vie, 
    Témoignons un courage égal à sa beauté. 

    Affreuse Déité, démon pâle et défait, 
    Qu'on n'invoque jamais qu'en un tragique effet, 
    Où l'unique salut est de n'en point attendre, 
    Désespoir, je t'invoque au fort de mes malheurs ; 
    Par ton secours fatal viens maintenant m'apprendre 
    Comment on doit guérir d'incurables douleurs. 

    Avance-toi, de grâce, ô fantôme inhumain ! 
    Fais un trait de pitié d'une barbare main 
    Et produis mon repos en finissant ma vie. 
    Je ne redoute point ce funeste appareil, 
    Car ne pouvant plus voir les beaux yeux de Sylvie, 
    Je ne veux jamais voir la clarté du soleil. 

    Ah ! je te vois venir accompagné d'horreur ; 
    La tristesse, l'ennui, la rage et la fureur 
    N'environnent ton corps que de fer et de flamme. 
    Tu tiens de l'aconit et portes au côté 
    Le poignard qui finit les regrets de Pirame 
    Et celui dont Caton sauva sa liberté. 

    Sur un ruisseau de sang qui coule sous tes pas, 
    L'image du dépit et celle du trépas 
    Bravent le sort injuste et la rigueur indigne ; 
    Et me montrant les maux que je dois éprouver, 
    La honte et la colère à l'envi me font signe 
    Qu'il faut que je me perde afin de me sauver. 

    Mourons pour satisfaire à l'inhumanité 
    De ce cruel esprit qui tire à vanité 
    De trahir mon amour et ma persévérance ; 
    Montrons à cette ingrate, en forçant ma prison, 
    Qu'en des extrémités où manque l'espérance, 
    On ne manque jamais de fer ou de poison. 

    Ainsi disait Tersandre en regardant les cieux. 
    Mille tristes hiboux passaient devant ses yeux, 
    Faisant autour de lui mille plaintes funèbres. 
    Il tenait un poignard pour ouvrir son cercueil, 
    Et la nuit, déployant sa robe de ténèbres, 
    N'attendait que sa mort pour en prendre le deuil. 
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  • Laetitia rerum

    Tout est pris d'un frisson subit.
    L'hiver s'enfuit et se dérobe.
    L'année ôte son vieil habit ;
    La terre met sa belle robe.
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  • Sujet de la comédie des fleurs

    L'auteur étant prié par des belles dames de leur faire promptement 
    une pièce de théâtre pour représenter à la campagne, et se voyant 
    pressé de leur écrire le sujet qu'il avait choisi pour cette comédie, 
    à laquelle il n'avait point pensé, leur envoya les vers qui suivent.


    Puisqu'il vous plaît que je vous die 
    Le sujet de la comédie 
    Que je médite pour vos soeurs ; 
    Les images m'en sont présentes, 
    Les personnages sont des fleurs 
    Car vous êtes des fleurs naissantes.

    Un lys, reconnu pour un prince, 
    Arrive dans une province ; 
    Mais, comme un prince de son sang, 
    Il est beau sur toute autre chose ; 
    Et vient, vêtu de satin blanc, 
    Pour faire l'amour à la rose.

    Pour dire qu'elle est sa noblesse 
    A cette charmante maîtresse 
    Qui s'habille de vermillon, 
    Le lys avec des présents d'ambre 
    Délègue un jeune papillon, 
    Son gentilhomme de la Chambre,

    Ensuite le prince s'avance 
    Pour lui faire la révérence ; 
    Ils se troublent à leur aspect 
    Le sang leur descend et leur monte :
    L'un pâlit de trop de respect, 
    L'autre rougit d'honnête honte.

    Mais cette infante de mérite, 
    Dès cette première visite, 
    Lui lance des regards trop doux 
    Le souci qui brûle pour elle, 
    A même temps en est jaloux, 
    Ce qui fait naître une querelle.

    On arme pour les deux cabales. 
    On n'entend plus rien que tymbales ; 
    Que trompettes et que clairons ; 
    Car, avec tambour et trompette, 
    Les bourdons et les moucherons 
    Sonnent la charge et la retraite.

    Enfin le lys a la victoire ; 
    Il revient couronné de gloire,
    Attirant sur lui tous les yeux. 
    La rose, qui s'en pâme d'aise, 
    Embrasse le victorieux ; 
    Et le victorieux la baise.

    De cette agréable entrevue, 
    L'absinthe fait, avec la rue, 
    Un discours de mauvaise odeur 
    Et la jeune épine-vinette, 
    Qui prend parti pour la pudeur 
    Y montre son humeur aigrette.

    D'autre côté, madame ortie, 
    Qui veut être de la partie 
    Avec son cousin le chardon, 
    Vient citer une médisance 
    D'une jeune fleur de melon 
    A qui l'on voit enfler la panse.

    Mais la rose enfin les fait taire, 
    Par un secret bien salutaire, 
    Approuvé de tout l'univers. 
    Et dissipant tout cet ombrage, 
    La buglose met les couverts 
    Pour le festin du mariage.

    Tout contribue à cette fête. 
    Sur le soir un ballet s'apprête, 
    Où l'on ouit des airs plus qu'humains 
    On y danse, on s'y met à rire. 
    Le pavot vient, on se retire ; 
    Bonsoir, je vous baise les mains.
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  • Sitôt que nos bouches se touchent

    Sitôt que nos bouches se touchent,
    Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes
    Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment
    Et qui s'unissent en nous-mêmes ;

    Nous nous sentons le coeur si divinement frais
    Et si renouvelé par leur lumière
    Première
    Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît.

    La joie est à nos yeux le seul ferment du monde
    Qui se mûrit et se féconde,
    Innombrable, sur nos routes d'en bas ;
    Comme là-haut, par tas,
    Parmi des lacs de soie où voyagent des voiles
    Naissent les fleurs myriadaires des étoiles.

    L'ordre nous éblouit, comme les feux la cendre,
    Tout nous éclaire et nous paraît flambeau
    Nos simples mots ont un sens si beau
    Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.

    Nous sommes les victorieux sublimes
    Qui conquérons l'éternité
    Sans nul orgueil, et sans songer au temps minime,
    Et notre amour nous semble avoir toujours été.
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  • Clydie

    Sur le vieux banc qu’ombrage un vert rideau de vigne
    Clydie aux bandeaux purs, Clydie au col de cygne
    Dévide, pour broder des oiseaux et des fleurs,
    Un écheveau de soie aux brillantes couleurs.
    Devant elle Palès tient, comme elle l’ordonne,
    Sur ses petites mains l’écheveau monotone,
    Et laissant par moments échapper un soupir
    Remonte un peu le bras que l’ennui fait fléchir.
    Le fil court. Par instants la blanche fiancée
    Suspend sa main qui tourne et, soudain oppressée
    Des premières langueurs de sa jeune saison,
    Rêve au temps qui viendra de quitter la maison...
    Alors comme un oiseau qui voit la cage ouverte
    Palès se tourne et mord dans une pomme verte.
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