• Croquis parisien

    Croquis parisien..........

    La lune plaquait ses teintes de zinc
    Par angles obtus.
    Des bouts de fumée en forme de cinq
    Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.

    Le ciel était gris. La bise pleurait
    Ainsi qu'un basson.
    Au loin, un matou frileux et discret
    Miaulait d'étrange et grêle façon.

    Moi, j'allais, rêvant du divin Platon
    Et de Phidias,
    Et de Salamine et de Marathon,
    Sous l'oeil clignotant des bleus becs de gaz.
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  • Vous m'aviez dit que vous m'aimiez bien fort

    Vous m'aviez dit que vous m'aimiez bien fort, 
    Bien fort, bien fort, et ainsi je l'ai cru, 
    Mais tôt après vous fîtes votre effort
    D'en dire autant en un lieu que j'ai vu :
    Bien fort, bien fort, vous l'aimez, je l'ai su. 
    Il vous faut trop de forces pour deux lieux 
    Si fort aimer, mais prenez pour le mieux 
    Deux bons ciseaux coupent notre amitié,
    Et retenez l'autre, qui a vos yeux,
    Forces et coeur : tant de double et gracieux
    Satisfera trop bien de la moitié.
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  • Les Souhaits

    Les Souhaits..................Jean de LA FONTAINE 1621 - 1695.

    Il est au Mogol des follets
    Qui font office de valets,
    Tiennent la maison propre, ont soin de l'équipage,
    Et quelquefois du jardinage.
    Si vous touchez à leur ouvrage,
    Vous gâtez tout. Un d'eux près du Gange autrefois
    Cultivait le jardin d'un assez bon Bourgeois.
    Il travaillait sans bruit, avait beaucoup d'adresse,
    Aimait le maître et la maîtresse,
    Et le jardin surtout. Dieu sait si les zéphirs
    Peuple ami du Démon l'assistaient dans sa tâche !
    Le follet de sa part travaillant sans relâche
    Comblait ses hôtes de plaisirs.
    Pour plus de marques de son zèle,
    Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté,
    Nonobstant la légèreté
    A ses pareils si naturelle ;
    Mais ses confrères les esprits
    Firent tant que le chef de cette république,
    Par caprice ou par politique,
    Le changea bientôt de logis.
    Ordre lui vient d'aller au fond de la Norvège
    Prendre le soin d'une maison
    En tout temps couverte de neige ;
    Et d'Indou qu'il était on vous le fait lapon.
    Avant que de partir l'esprit dit à ses hôtes :
    On m'oblige de vous quitter :
    Je ne sais pas pour quelles fautes ;
    Mais enfin il le faut, je ne puis arrêter
    Qu'un temps fort court, un mois, peut-être une semaine,
    Employez-la ; formez trois souhaits, car je puis
    Rendre trois souhaits accomplis,
    Trois sans plus. Souhaiter, ce n'est pas une peine
    Etrange et nouvelle aux humains.
    Ceux-ci pour premier voeu demandent l'abondance ;
    Et l'abondance, à pleines mains,
    Verse en leurs coffres la finance,
    En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins ;
    Tout en crève. Comment ranger cette chevance ?
    Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut !
    Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.
    Les voleurs contre eux complotèrent ;
    Les grands Seigneurs leur empruntèrent ;
    Le Prince les taxa ! Voilà les pauvres gens
    Malheureux par trop de fortune.
    Otez-nous de ces biens l'affluence importune,
    Dirent-ils l'un et l'autre ; heureux les indigents !
    La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse.
    Retirez-vous, trésors, fuyez ; et toi Déesse,
    Mère du bon esprit, compagne du repos,
    O médiocrité, reviens vite. A ces mots
    La médiocrité revient ; on lui fait place,
    Avec elle ils rentrent en grâce,
    Au bout de deux souhaits étant aussi chanceux
    Qu'ils étaient, et que sont tous ceux
    Qui souhaitent toujours et perdent en chimères
    Le temps qu'ils feraient mieux de mettre à leurs affaires.
    Le follet en rit avec eux.
    Pour profiter de sa largesse,
    Quand il voulut partir et qu'il fut sur le point,
    Ils demandèrent la sagesse :
    C'est un trésor qui n'embarrasse point.
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  • Villanesque

    J'ay trop servi de fable au populaire 
    En vous aymant, trop ingrate maistresse ;
    Suffise vous d'avoir eu ma jeunesse.

    J'ay trop cherché les moyens de complaire 
    A vos beaus yeux, causes de ma détresse :
    Suffise vous d'avoir eu ma jeunesse.

    Il vous falloit me tromper ou m'attraire 
    Dedans vos lacs d'une plus fine addresse :
    Suffise vous d'avoir eu ma jeunesse.

    Car la raison commence à se distraire 
    Du fol amour qui trop cruel m'oppresse :
    Suffise vous d'avoir eu ma jeunesse.
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  • La coupe

    Dans les verres épais du cabaret brutal,
    Le vin bleu coule à flots et sans trêve à la ronde ;
    Dans les calices fins plus rarement abonde
    Un vin dont la clarté soit digne du cristal.

    Enfin la coupe d'or du haut d'un piédestal
    Attend, vide toujours, bien que large et profonde,
    Un cru dont la noblesse à la sienne réponde :
    On tremble d'en souiller l'ouvrage et le métal.

    Plus le vase est grossier de forme et de matière,
    Mieux il trouve à combler sa contenance entière,
    Aux plus beaux seulement il n'est point de liqueur.

    C'est ainsi : plus on vaut, plus fièrement on aime,
    Et qui rêve pour soi la pureté suprême
    D'aucun terrestre amour ne daigne emplir son coeur.
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  • Le poète s'en va dans les champs

    Le poète s'en va dans les champs ; il admire,
    Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
    Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,
    Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,
    Celles qui des paons même éclipseraient les queues,
    Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,
    Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets,
    De petits airs penchés ou de grands airs coquets,
    Et, familièrement, car cela sied aux belles :
    - Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles.
    Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix,
    Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
    Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables,
    Les saules tout ridés, les chênes vénérables,
    L'orme au branchage noir, de mousse appesanti,
    Comme les ulémas quand paraît le muphti,
    Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre
    Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre,
    Contemplent de son front la sereine lueur,
    Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !
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  • Le menuisier

    Le menuisier du vieux savoir 
    Fait des cercles et des carrés, 
    Tenacement, pour démontrer 
    Comment l'âme doit concevoir 
    Les lois indubitables et fécondes 
    Qui sont la règle et la clarté du monde.

    A son enseigne, au coin du bourg, là-bas, 
    Les branches d'or d'un grand compas
    - Comme un blason, sur sa maison -
    Semblent deux rais pris au soleil.

    Le menuisier construit ses appareils
    - Tas d'algèbres en des ténèbres -
    Avec des mains prestes et nettes 
    Et des regards, sous ses lunettes, 
    Aigus et droits, sur son travail 
    Tout en détails.

    Ses fenêtres à gros barreaux 
    Ne voient le ciel que par petits carreaux ;
    Et sa boutique, autant que lui, 
    Est vieille et vit d'ennui.

    Il est l'homme de l'habitude 
    Qu'en son cerveau tissa l'étude, 
    Au long des temps de ses cent ans 
    Monotones et végétants.

    Grâce à de pauvres mécaniques 
    Et des signes talismaniques 
    Et des cônes de bois et des segments de cuivre 
    Et le texte d'un pieux livre 
    Traçant, la croix, par au travers,
    Le menuisier dit l'univers.

    Matin et soir, il a peiné 
    Les yeux vieillots, l'esprit cerné, 
    Imaginant des coins et des annexes
    Et des ressorts malicieux 
    A son travail chinoisement complexe,
    Où, sur le faîte, il dressa Dieu.

    Il rabote ses arguments 
    Et taille en deux toutes répliques 
    Et ses raisons hyperboliques 
    Trouent la nuit d'or des firmaments.

    Il explique, par des sentences, 
    Le problème des existences 
    Et discute sur la substance.

    Il s'éblouit du grand mystère, 
    Lui donne un nom complémentaire
    Et croit avoir instruit la terre.

    Il est le maître en controverses, 
    L'esprit humain qu'il bouleverse, 
    Il l'a coupé en facultés adverses, 
    Et fourre l'homme qu'il étrique, 
    A coups de preuves excentriques, 
    En son système symétrique.

    Le menuisier a pour voisins 
    Le curé et le médecin
    Qui ramassent, en ses travaux pourtant irréductibles, 
    Chacun pour soi, des arguments incompatibles.

    Ses scrupules n'ont rien laissé 
    D'impossible, qu'il n'ait casé, 
    D'après un morne rigorisme, 
    En ses tiroirs de syllogismes.

    Ses plus graves et assidus clients ? 
    Les gens branlants, les gens bêlants 
    Qui achètent leur viatique,
    Pour quelques sous, dans sa boutique.

    Il vit de son enseigne, au coin du bourg, 
    - Biseaux dorés et compas lourd -
    Et n'écoute que l'aigre serinette, 
    A sa porte, de la sonnette.

    Il a taillé, limé, sculpté 
    Une science d'entêté, 
    Une science de paroisse, 
    ans lumière, ni sans angoisse.

    Si bien qu'au jour qu'il s'en ira 
    Son appareil se cassera ; 
    Et ses enfants feront leur jouet, 
    De cette éternité qu'il avait faite, 
    A coups d'équerre et de réglette.
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  • Ô Dieu qui vois ceste rouë execrable

    Ô Dieu qui vois ceste rouë execrable, 
    Horrible object de ton juste courroux, 
    Qui vois mon corps rompu de tant de coups, 
    Chasse de moi ton ire espouvantable.

    Mes os brisez sous la barre effroyable, 
    Ma chair mollie et tous mes nerfs dissous, 
    Mes bras pendans et mes tristes genous 
    Auront-ils point leur Seigneur secourable ?

    Le Forgeron frappe dessus le fer 
    A coups doublez pour le mieux estoffer, 
    Et en tirer un outil de service :

    Et toi, bon Dieu, m'auras-tu abattu 
    Soubs tant de coups tesmoins de ta vertu, 
    Pour me laisser eternel au supplice ?
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  • Sur les affaires du temps

    Le roi s'en est allé, son Éminence aussi ; 
    Le courtisan escroc sans contenter son hôte, 
    Jurant qu'à son retour il comptera sans faute 
    Pique le grand chemin en botte de roussi.

    Les officiers du roi sont fort rares ici ; 
    Et la gent de justice et celle de maltôte 
    A le haut du pavé et va la tête haute 
    En l'absence du roi qui va vers Beaugency.

    Les faubourgs ne sont plus infectés de soudrille ; 
    Enfin toute la cour vers la Guienne drille : 
    Les uns disent que si, les uns disent que non.

    On dit que l'on va faire un exemple en Guienne, 
    On dit que sans rien faire il faudra qu'on revienne, 
    Et moi je voudrais bien avoir un bon melon. 
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