• Les deux soeurs

    De ces deux jeunes soeurs je possède l'aînée, 
    Sa beauté claire brune a tout ce que je veux, 
    Mais comme son amour m'engage dans ses noeuds 
    Mon amour la ravit et la tient enchaînée.

    Sa cadette pourtant me semble si bien née, 
    Sa bonté naturelle est si douce à mes voeux, 
    Ses yeux ont tant de traits, ses traits ont tant de feux, 
    Que mon âme se plaît d'en être illuminée.

    Dans ce choix incertain de l'état où je suis, 
    Me dois-je déclarer ? Je n'ose, je ne puis, 
    L'amour et le respect étouffent mon langage.

    Hasardons toutefois, mais un mot seulement ; 
    La cadette est constante, et l'aînée est volage, 
    Et je suis la constance et fuis le changement.
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  • En province

    En province, dans la langueur matutinale
    Tinte le carillon, tinte dans la douceur
    De l'aube qui regarde avec des yeux de soeur,
    Tinte le carillon, - et sa musique pâle

    S'effeuille fleur à fleur sur les toits d'alentour,
    Et sur les escaliers des pignons noirs s'effeuille
    Comme un bouquet de sons mouillés que le vent cueille,
    Musique du matin qui tombe de la tour,

    Qui tombe de très loin en guirlandes fanées,
    Qui tombe de naguère en invisibles lis,
    En pétales si lents, si froids et si pâlis
    Qu'ils semblent s'effeuiller du front mort des années !
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  • Ô mes amis, vous tous...

    Ô mes amis, vous tous, je ne renie 
    aucun de vous ; ni même ce passant 
    qui n'était de l'inconcevable vie 
    qu'un doux regard ouvert et hésitant.

    Combien de fois un être, malgré lui,
    arrête de son oeil ou de son geste 
    l'imperceptible fuite d'autrui, 
    en lui rendant un instant manifeste.

    Les inconnus. Ils ont leur large part 
    à notre sort que chaque jour complète. 
    Précise bien, ô inconnue discrète, 
    mon coeur distrait, en levant ton regard.
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  • Horus

    Le dieu Kneph en tremblant ébranlait l'univers
    Isis, la mère, alors se leva sur sa couche,
    Fit un geste de haine à son époux farouche,
    Et l'ardeur d'autrefois brilla dans ses yeux verts.

    " Le voyez-vous, dit-elle, il meurt, ce vieux pervers,
    Tous les frimas du monde ont passé par sa bouche,
    Attachez son pied tors, éteignez son oeil louche,
    C'est le dieu des volcans et le roi des hivers !

    " L'aigle a déjà passé, l'esprit nouveau m'appelle,
    J'ai revêtu pour lui la robe de Cybèle...
    C'est l'enfant bien-aimé d'Hermès et d'Osiris ! "

    La déesse avait fui sur sa conque dorée,
    La mer nous renvoyait son image adorée,
    Et les cieux rayonnaient sous l'écharpe d'Iris.
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  • Barque échouée

    Barque échouée au bord des rivages bretons,
    J'ai désappris l'essor de mes jeunes sillages
    Et laissé, sur mes flancs, se nouer en festons 
    Vos scalps souillés d'écume, ô goémons des plages.


    Il ne m'importe plus si d'autres les refont,
    Mes croisières d'antan, mes belles odyssées ; 
    Promise au lent trépas des carènes blessées, 
    J'abandonne le large à celles qui s'en vont.

    Ni l'aile des courlis que le matin soulève,
    Ni l'émoi de la mer sous un vierge soleil
    Ne peuvent, dans mon être à la tombe pareil,
    Faire sourdre un regret ou tressaillir un rêve.

    Je vois partir mes soeurs à la pointe du jour,
    Je les vois revenir aux premières étoiles,
    Sans envier le chant que gonflent dans leurs toiles
    La fièvre du départ et l'orgueil du retour.
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  • S'il était vrai

    S'il était vrai 
    Qu'une fleur des jardins ou qu'un arbre des prés 
    Pût conserver quelque mémoire 
    Des amants d'autrefois qui les ont admirés 
    Dans leur fraîcheur ou dans leur gloire 
    Notre amour s'en viendrait 
    En cette heure du long regret 
    Confier à la rose ou dresser dans le chêne 
    Sa douceur ou sa force avant la mort prochaine.

    Il survivrait ainsi,
    Vainqueur du funèbre souci,
    Dans la tranquille apothéose 
    Que lui feraient les simples choses ; 
    Il jouirait encor de la pure clarté, 
    Qu'incline sur la vie une aurore d'été, 
    Et de la douce pluie aux feuilles suspendue.

    Et si, par un beau soir, du fond de l'étendue 
    S'en venait quelque couple en se tenant les mains 
    Le chêne allongerait jusque sur leur chemin 
    Son ombre large et puissante, telle qu'une aile, 
    Et la rose leur enverrait son parfum frêle.
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  • Ballade (En riagal, en arsenic rocher)

    En riagal, en arsenic rocher,
    En orpiment, en salpêtre et chaux vive,
    En plomb bouillant pour mieux les émorcher,
    En suif et poix détrempée de lessive
    Faite d'étrons et de pissat de juive,
    En lavailles de jambes à meseaux,
    En raclure de pieds et vieux houseaux,
    En sang d'aspic et drogues venimeuses,
    En fiel de loups, de renards et blaireaux,
    Soient frites ces langues ennuyeuses !

    En cervelle de chat qui hait pêcher,
    Noir et si vieil qu'il n'ait dent en gencive,
    D'un vieil mâtin qui vaut bien aussi cher,
    Tout enragé, en sa bave et salive,
    En l'écume d'une mule poussive
    Détranchée menue à bons ciseaux,
    En eau où rats plongent groins et museaux,
    Raines, crapauds et bêtes dangereuses,
    Serpents, lézards et tels nobles oiseaux,
    Soient frites ces langues ennuyeuses !

    En sublimé dangereux à toucher,
    Et ou nombril d'une couleuvre vive,
    En sang qu'on voit ès palettes sécher
    Sur les barbiers quand pleine lune arrive,
    Dont l'un est noir, l'autre plus vert que cive,
    En chancre et fic, et en ces claires eaues
    Où nourrices essangent leurs drapeaux,
    En petits bains de filles amoureuses
    (Qui ne m'entend n'a suivi les bordeaux)
    Soient frites ces langues ennuyeuses !

    Prince, passez tous ces friands morceaux,
    S'étamine, sac n'avez ou bluteaux,
    Parmi le fond d'unes braies breneuses ;
    Mais, par avant, en étrons de pourceaux
    Soient frites ces langues ennuyeuses !
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  • Satan dans la nuit - I

    Satan dans la nuit - I................. Victor HUGO 1802 - 1885

    - Je l'aime ! Nuit, cachot sépulcral, mort vivante, 
    Ombre que mon sanglot ténébreux épouvante, 
    Solitudes du mal où fuit le grand puni, 
    Glaciers démesurés de l'hiver infini, 
    Ô flots du noir chaos qui m'avez vu proscrire, 
    Désespoir dont j'entends le lâche éclat de rire, 
    Vide où s'évanouit l'être, le temps, le lieu, 
    Gouffres profonds, enfers, abîmes ! j'aime Dieu !

    Je l'aime. C'est fini. Lumière ! fiancée 
    De tout esprit ; soleil ! feu de toute pensée ; 
    Vie ! où donc êtes-vous ? Je vous cherche. Ô tourment ! 
    La création vit dans l'éblouissement ; 
    Ô regard innocent de l'aube idolâtrée, 
    Chaleur dont la nature est toute pénétrée ! 
    Les fleuves sont joyeux dans l'herbe ; l'horizon 
    Resplendit ; le vent court ; des fleurs plein le gazon, 
    Des oiseaux, des oiseaux, et des oiseaux encore ; 
    Tout cela chante, rit, aime, inondé d'aurore ; 
    Le tigre dit : - Et moi ? je veux ma part du ciel ! -
    L'aube dore le tigre et l'offre à l'Éternel.
    Moi seul, je reste affreux ! Hélas ! rien n'est immonde. 
    Moi seul, je suis la honte et la tache du monde. 
    Ma laideur, vague effroi des astres soucieux, 
    Perce à travers ma nuit et va salir les cieux. 
    Je ne vois rien, étant maudit ; mais dans l'espace 
    J'entends, j'entends dans l'eau qui fuit, dans l'air qui passe, 
    J'entends dans l'univers ce murmure : Va-t'en !
    Le porc dit au fumier : - Je méprise Satan. -
    Je sens la nuit penser que je la déshonore. 
    Le tourbillonnement du grand souffle sonore, 
    Le vent du matin, libre et lâché dans le ciel, 
    Évite mon front morne et pestilentiel.

    Jadis, ce jour levant, cette lueur candide, 
    C'était moi. - Moi ! - J'étais l'archange au front splendide, 
    La prunelle de feu de l'azur rayonnant, 
    Dorant le ciel, la vie et l'homme ; maintenant 
    Je suis l'astre hideux qui blanchit l'ossuaire. 
    Je portais le flambeau, je traîne le suaire ; 
    J'arrive avec la nuit dans ma main ; et partout 
    Où je vais, surgissant derrière moi, debout, 
    L'hydre immense de l'ombre ouvre ses ailes noires.

    Les profonds infinis croisent leurs promontoires. 
    Tout devant moi, vers qui jadis l'amour vola, 
    Recule et fuit.

    Je fus envieux. Ce fut là 
    Mon crime. Tout fut dit, et la bouche sublime 
    Cria : Mauvais ! Et Dieu me cracha dans l'abîme.

    Oh ! je l'aime ! c'est là l'horreur, c'est là le feu ! 
    Que vais-je devenir, abîmes ? J'aime Dieu ! 
    Je suis damné !
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  • La magnificence d'un site préservé.

    Le sentier littoral basque d'une pureté éthérée

    Déploie des délices subtils, des panoramas sublimés.

    Saint Jean de Luz a les pieds dans l'eau bleue,

    Tuiles roses, volets rouges et murs aux tons crayeux

    Plongent sous le soleil leur somptueux décor

    Dans les flots frémissants à l'abri du port

    En de multiples traits de pinceau, les coloris s'étirent,

    Les maisons, entre l'azur et l'océan font des divines frises.

    La baie de cette localité offre des tons saphirs et azurés

    Que l'on peut admirer aussi loin que le regard peut aller.

    La corniche dévoile des vues plongeantes vers l'eau agitée

    Comme des orgues basaltiques, la falaise s'est déchirée.

    Des couches n'ont pu résister à l'envie d'un bain bouillonnant,

    Elles ont fait apparaître des surfaces lisses grisonnantes.

    A son pied, les vagues écumeuses viennent s'échouer

    Dans un superbe platine cotonneux d'une douceur satinée.

    Sur le plateau, la douce végétation a repris ses droits,

    Un arrêt est souhaité pour admirer le lointain panorama.

    La roche, de tons divers dorés, gris, marrons ou blancs

    Nous séduit de son charme fabuleux, toujours différent,

    Parfois ambré, rougeâtre, comme du miel déposé dans les flots,

    Elle se détache de la côte pour mieux profiter de l'océan, c'est beau.

    Des magnifiques plages de sable fin nous attendent

    Pour des vacances de rêve, dans cette contrée fascinante.

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