• Drôle, musical.

    Drôle, musical............


    « Que je suis bien sous mon ciel de cristal !
    À me nourrir la terre est épuisée ;
    À moi chaleur et lumière et rosée :
    Certes, je suis un noble végétal ! »
    Ainsi parlait maint cornichon sous verre :
    Le jardinier passe, et, d’un ton sévère,
    À ces vantards dit : « Taisez-vous, mes fils :
    Un coup de vent peut briser votre cloche ;
    Vous mûrissez, et le bocal approche ;
    Encore un jour, et vous serez confits. »
     
    Hélas ! hélas ! philosophe, astronome,
    D’un ciel étroit coiffés, quand nous marchons,
    Fiers et clamant : « L’homme est tout, gloire à l’homme ! »
    Dieu tonne et dit : « Taisez-vous, cornichons ! »

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  • Si vous m'aimiez

    Si vous m'aimiez................

    Ménestrel qui vais par le monde,
    N'ayant rien que mon gai savoir,
    Si vous m'aimiez, ô belle blonde ! 
    Je me croirais un riche avoir ; 
    Comme Pétrarque aux pieds de son idole, 
    A vos genoux courbé bien bas, bien bas,
    J'oublîrais tout, voire le Capitole,
    Si vous m'aimiez... Mais vous ne m'aimez pas

    Si vous m'aimiez, ô belle blonde !
    De vos baisers seuls j'aurais faim,
    Et, sourd à son voisin qui gronde,
    Mon coeur s'enivrerait enfin ;
    Coeur mendiant, il va, de femme en femme, 
    Criant misère, et sans secours, hélas !
    Le pauvret meurt - il renaîtrait, madame,
    Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.

    Et mes chansons fraîches écloses,
    Au vent du matin et du soir,
    Iraient à vous, comme les roses 
    Qui pleuvent devant l'ostensoir. 
    Purifiant l'air de Paris, madame,
    Où vous iriez j'irais, et, sur vos pas,
    Comme un parfum je brûlerais mon âme,
    Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.

    Sur vous, grand'dame que l'on flatte,
    Un lorgnon d'or s'est promené,
    Et par le noeud d'une cravate
    Voilà votre coeur enchaîné.
    D'un plus heureux que l'hommage vous plaise !
    Souriez-lui, marchez fière à son bras :
    Son bras ! demain je saurais ce qu'il pèse,
    Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.

     

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  • La Voulzie

    La Voulzie...................

    Élégie

    S'il est un nom bien doux fait pour la poésie, 
    Oh ! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie ? 
    La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles ? Non ; 
    Mais, avec un murmure aussi doux que son nom, 
    Un tout petit ruisseau coulant visible à peine ; 
    Un géant altéré le boirait d'une haleine ; 
    Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots, 
    Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots. 
    Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres,
    Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures. 
    Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons, 
    Dans le langage humain traduit ces vagues sons ; 
    Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage, 
    Quand j'émiettais mon pain à l'oiseau du rivage, 
    L'onde semblait me dire : " Espère ! aux mauvais jours 
    Dieu te rendra ton pain. " - Dieu me le doit toujours ! 
    C'était mon Égérie, et l'oracle prospère 
    À toutes mes douleurs jetait ce mot : " Espère ! 
    Espère et chante, enfant dont le berceau trembla ; 
    Plus de frayeur : Camille et ta mère sont là. 
    Moi, j'aurai pour tes chants de longs échos... " - Chimère ! 
    Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère. 
    J'avais bien des amis ici-bas quand j'y vins, 
    Bluet éclos parmi les roses de Provins :
    Du sommeil de la mort, du sommeil que j'envie, 
    Presque tous maintenant dorment, et, dans la vie, 
    Le chemin dont l'épine insulte à mes lambeaux, 
    Comme une voie antique est bordé de tombeaux. 
    Dans le pays des sourds j'ai promené ma lyre ; 
    J'ai chanté sans échos, et, pris d'un noir délire, 
    J'ai brisé mon luth, puis de l'ivoire sacré 
    J'ai jeté les débris au vent... et j'ai pleuré ! 
    Pourtant, je te pardonne, ô ma Voulzie ! et même, 
    Triste, tant j'ai besoin d'un confident qui m'aime, 
    Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant 
    De clore au jour mes yeux battus d'un si long vent, 
    Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage, 
    Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge, 
    Dormir encore au bruit de tes roseaux chanteurs, 
    Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.

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  • Dix-huit ans

    Dix-huit ans...........

    J’ai dix-huit ans : tout change, et l’Espérance
    Vers l’horizon me conduit par la main.
    Encore un jour à traîner ma souffrance,
    Et le bonheur me sourira demain.
    Je vois déjà croître pour ma couronne
    Quelques lauriers dans les fleurs du printemps ;
    C’est un délire… Ah ! qu’on me le pardonne ;
    J’ai dix-huit ans !

    J’aime Provins, j’aime ces vieilles tombes
    Où les Amours vont chercher des abris ;
    Ces murs déserts qu’habitent les colombes,
    Et dont mes pas font trembler les débris.
    Là, je m’assieds, rêveur, et dans l’espace
    Je suis des yeux les nuages flottants,
    L’oiseau qui vole et la femme qui passe :
    J’ai dix-huit ans !

    Bercez-moi donc, ô rêves pleins de charmes !
    Rêves d’amour !… Mais l’aquilon des mers
    A jusqu’à moi porté le bruit des armes :
    La Grèce appelle en secouant ses fers.
    Loin de la foule et loin du bruit des villes,
    Dieux ! laissez-moi respirer quelque temps,
    Le temps d’aller mourir aux Thermopyles :
    J’ai dix-huit ans !

    Mais quel espoir ! la France, jeune et fière,
    S’indigne aussi de vieillir en repos ;
    Des cieux, émus par quinze ans de prière,
    La Liberté redescend à propos.
    Foudre invisible et captif dans la nue,
    Hier encor, je te disais : Attends !
    Mais aujourd’hui, parais ; l’heure est venue :
    J’ai dix-huit ans !

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  • L'amant timide

    L'amant timide..................

    À seize ans, pauvre et timide
    Devant les plus frais appas,
    Le cœur battant, l’œil humide,
    Je voulais et n’osais pas,
    Et je priais, et sans cesse
    Je répétais dans mes vœux :
    « Jésus ! rien qu’une maîtresse,
    Rien qu’une maîtresse… ou deux ! » 
    Lors une beauté, qui daigne
    M’agacer d’un air moqueur,
    Me dit : « Enfant, ton cœur saigne,
    Et j’ai pitié de ton cœur.
    Pour te guérir quel dictame
    Faut-il donc, pauvre amoureux ?
    — Oh ! rien qu’un baiser, madame !
    Oh ! rien qu’un baiser… ou deux !… »

    Puis le beau docteur, qui raille,
    Me tâte le pouls, et moi,
    En façon de représaille,
    Je tâte je ne sais quoi !
    « Où vont ces lèvres de flamme ?
    Où vont ces doigts curieux ?
    — Puisque j’en tiens un, madame,
    Laissez-moi prendre les deux. » 

    La coquette sans alarmes
    Rit si bien de mon amour,
    Que j’eus à baiser des larmes
    Quand je riais à mon tour.
    Elle sanglote et se pâme :
    « Qu’avons-nous fait là, grands dieux ?
    — Oh ! rien qu’un enfant, madame.
    Oh ! rien qu’un enfant… ou deux ! »

     

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  • Les contes

    Les contes...............

    Orphelin, sous un ciel avare,
    Radcliffe m’a donné son lait ;
    Puis de la reine de Navarre,
    Je devins amant et varlet.
    Schérazade est ma favorite,
    Et la nuit, rimeur ennuyé,
    Sur ma petite
    Couche d’ermite,
    Quand je m’agite,
    Si par pitié
    La sultane entrait chez moi, vite
    Elle en obtiendrait la moitié.

    Je préfère un conte en novembre
    Aux doux murmures du printemps.
    Bons amis, qui peuplez ma chambre,
    Parlez donc, j’écoute et j’attends :
    Tombant des tréteaux de la foire,
    Ou glissant du sopha des cours,
    Que votre histoire
    Soit blanche ou noire.
    Chante la gloire
    Ou les amours,
    Vieil enfant, je promets d’y croire :
    Contez, amis, contez toujours.

    En tremblant, voilà qu’un beau page
    À sa dame écrit ses douleurs ;
    Il écrit, et sur chaque page
    Répand moins de vers que de pleurs.
    Pauvre Arthur ! son teint frais se plombe ;
    Mais en roucoulant sous les tours,
    Tendre colombe,
    Quand il succombe,
    Un baiser tombe
    Sur ses yeux lourds ;
    Ce baiser l’enlève à la tombe…
    — Contez, amis, contez toujours.

    Pélerin, dans l’hôtellerie,
    Vois : de sang les draps sont tachés ;
    Aux trous de la tapisserie
    Vois les yeux des brigands cachés.
    Hélas ! suffoqué par la crainte,
    Contre eux il sanglote : Au secours !
    Mais minuit tinte ! …
    De leur atteinte,
    O vierge sainte,
    Sauvez ses jours !
    Rallumons notre lampre éteinte,
    Mes amis, et contez toujours.

    Qui babille en cet oratoire ?
    Ce sont les nymphes d’un couvent,
    Long chapelet aux grains d’ivoire
    Que dévide un moine fervent ;
    Le jour en chaire il moralise ;
    Mais, sans bruit, au déclin des jours,
    Hors de l’église,
    Il catéchise
    Quelque Héloïse
    En jupons courts…
    — Un instant, que j’embrasse Élise,
    Mes amis, et contez toujours.

    Ou bien, histoires plus charmantes,
    Épanchons nos cœurs, et parlons
    De nos sœurs et de nos amantes ;
    Parlons de cheveux noirs ou blonds.
    Doux secrets que le monde ignore,
    Allez, partez : les murs sont sourds.
    En vain l’aurore,
    Qui vient d’éclore,
    Brille et veut clore
    Nos longs discours :
    Jusqu’à la nuit contons encore,
    Jusqu’à demains contons toujours.

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  • Les larmes de l’hiver

    Les larmes de l’hiver.............. par Vette de Fonclare .2019

    Au bout d’une branche une goutte.
    Est-ce une larme de l’hiver,
    L’hiver mortifié que dégoûtent
    Les invraisemblables points verts

    Disséminés sur la garrigue ?
    Espoir craintif, rêve fervent…
    C’est vrai que parfois nous fatiguent
    Le froid encor, la pluie, le vent !

    N’est-il point trop tôt pour sourire,
    Pour croire l’hiver terminé ?
    Et cette brise qui soupire,
    Souffle du printemps nouveau-né,

    Est-ce un faux mistral qui n’aspire
    Qu’à hurler et se déchaîner ?
    Peut-être sera-t-il le pire
    De ces grands vents venant freiner

    Le désir d’ivresses nouvelles ?
    Mais non ! Le nectar du printemps
    Commence à remplir la coupelle
    De ces fleurs que tu aimes tant,

    Ces tulipes multicolores
    Qu’a ripolinées le soleil.
    Les oiseaux vont chanter encore
    Le doux printemps et son réveil !

    Dis, l’entends-tu qui zinzinule,
    Cet oiseau chapeauté de bleu ?
    La fontaine mousse et ses bulles
    Rappellent que soudain il pleut.

    Mais ce n’est rien, ce n’est pas grave :
    La nature a tant besoin d’eau
    Qui la désaltère et la lave !
    Oh ! Vois comme ce ciel est beau…

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  • Le chaton

    Le chaton ............  par Vette de Fonclare 2018

    Il tient dans une main, palpitant comme un cœur
    Quand on frôle tout doux sa légère fourrure
    Un peu ébouriffée ; ses discrètes zébrures
    L’habillent d’un satin dont il a la douceur.

    Ses énormes yeux verts sont si démesurés
    Qu’ils couvrent à moitié sa charmante frimousse.
    Il ne craint rien ici, mais ses moustaches rousses
    Tâtent les alentours pour mieux se rassurer

    Car il est tout petit ; l’on pourrait l’écraser
    En serrant un peu trop. Une vie si fragile,
    Contenue dans un poing ! Mais tellement agile
    Qu’il file entre vos doigts pour aller explorer,

    Bout de nez en avant, ce monde tout nouveau
    Qu’il vient de découvrir. Une vie minuscule
    D’à peine quelques jours, qui cependant bouscule
    Celle quiète et rangée de ses autres rivaux,

    Le chat Napoléon et le vieux chien Terry.
    Mais ils sont indulgents face à tant de jeunesse
    Et même d’irrespect, du fait de cette aînesse
    Qui leur fait supporter le jeune malappris.

    De temps en temps il piaille, et son doux miaulement
    Est tellement fluet qu’on le perçoit à peine :
    Sa voix est comme lui, légère et aérienne.
    Maintenant il s’endort ; un léger ronflement

    Ténu et incongru le berce doucement
    Car il a retrouvé la chaleur de sa mère
    Le couvant tendrement tout comme ses trois frères.
    C’est sûr qu’à peine né, on l’aime éperdument !

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  • On ne le savait pas

    On ne le savait pas......................Ginette Vijaya

    On ne savait pas qu’on jouait sur la piste d’une époque, qu’on faisait des jetés et des écarts sans filage ni reprise.
    On quittait la maison, on traversait les rues, on croisait les cyclo-pousses, on saluait les gaillards au-dessus de leurs chars. Ils nous lançaient des barres chocolatées et des chewing-gums ! Les 2CH suivaient remplies d’élèves accompagnés ! On riait inconscient et insouciant.
    On ne connaissait pas le nom de ce feu qui courait dans nos corps quand nous partions le matin, le nez au vent, vers cette grande bâtisse aux pierres rouges et jaunes. 
    On se posait devant le porche avec le sac lourd de poésie galante, de rêveries ardentes sur une aube indolente.
    Quand on se retrouvait groupé près du portail encore fermé, c’était la joie qui nous accueillait quand on montrait le livre ou le devoir, la plume ou la peinture.
    On les faisait circuler, mystérieux et sibyllins pour mieux être soudés par nos codes et nos formules. 
    Quand de loin on le voyait, le héros de la classe, c’était la folle glissade d’un cœur qui avalait ses battements. 
    On lui souriait, béat d’avoir reçu l’aumône de son regard enchâssé dans les couloirs à voûte. 
    On ne savait pas que c’étaient les notes enamourées d’un tango renversant.
    On aimait cette musique, elle nous emportait déjà, cela nous suffisait, on vivait de la précieuse cadence.
    On ne savait pas que c’était la ritournelle aux pas chassés, aux pas fondus, la danse sempiternelle. 
    On montrait nos cahiers : il y avait des mots qu’on échangeait de page en page. C’était bien autre chose que le théorème de l’examen du jour. 
    C’était notre bohème.
    On riait de la jupe effrangée en lorgnant sur la robe griffée de l’autre qui avait tout pour plaire.
    On ne savait pas qu’on portait l’obole des beaux jours, que c’était suffisant pour notre séjour.
    On ramassait les feuillets à grands carreaux, on s’arrêtait sur les pleurs. Elle qui l’aimait, on lui disait qu’un autre viendrait. 
    On ne savait pas pourquoi on le voulait toutes, ce poète si doux avec ses boucles emmêlées, ses yeux si clairs, sa voix si tranquille. 
    On ne savait pas pourquoi on préférait cacher à tous que le cœur s’accélérait. 
    On ne voyait pas que c’était le doux secret d’un cœur emprisonné. 
    Et on fit face à la blessure, sans savoir que d’autres blessures saignaient au bord des quartiers.
    Quand il regardait une autre et qu’on se sentait amoindri, on en faisait une bataille cruelle.
    On ne savait pas que c’était la première fêlure, on humait l’air chaud, on n’avait que nos ballots, nos cadeaux, nos aventures mièvres.
    On ne voyait que cette douleur, on ne voyait pas les grandes douleurs qui, sur l’autre trottoir, faisaient des ravages dans le planisphère.
    On refaisait toujours la même route écorchant nos sandales à la poussière de nos promesses, on était à l’écoute du chant qui nous unissait. 
    On ne savait pas que c’était le pur bonheur des matins sans adresse, on avait des sous pour le bol de soupe qui fumait au coin de la rue.
    Le cri du marchand tapant sur ses baguettes l’appel des nouilles appétissantes, on l’entendait venir avec ravissement.
    On ne savait pas encore que c’était le seul repas qui vaudrait de l’or dans nos assiettes.
    On se promettait d’être grand et fort, on ne savait pas que le temps passait. 
    On écrivait dans un journal nos contes imaginaires, on brodait les noms des amitiés sincères sans savoir qu’il deviendrait le livre qu’on chercherait dans nos chaumières
    On ne savait pas que les songes de gloire et de grandeur étaient voués à la mort. 
    On ne les voyait pas, les morts jonchés aux confins des frontières. 
    On signait nos initiales, on ajoutait nos sourires et nos dessins fragiles quand on ne savait pas quoi dire d’un jour qu’on vivait sans contraintes.
    On buvait la mandragore qui s’infiltrait dans la gorge, nous prenait notre raison et s’affairait à nous étreindre, on ne calculait rien, on savait tout, on pensait tout savoir. 
    On ne savait pas qu’on était les plus heureux, on ne savait pas qu’on vivait le meilleur.
    C’était notre bohème, on ne le savait pas.

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