• Chapelle ruinée

    Et je retourne encor frileux, au jet des bruines, 
    Par le délabrement du parc d'octobre. Au bout 
    De l'allée où se voit ce grand Jésus debout, 
    Se massent des soupçons de chapelle en ruines. 

    Je refoule, parmi viornes, vipérines, 
    Rêveur, le sol d'antan où gîte le hibou ; 
    L'Érable sous le vent se tord comme un bambou. 
    Et je sens se briser mon coeur dans ma poitrine. 

    Cloches des âges morts sonnant à timbres noirs 
    Et les tristesses d'or, les mornes désespoirs, 
    Portés par un parfum que le rêve rappelle, 

    Ah ! comme, les genoux figés au vieux portail, 
    Je pleure ces débris de petite chapelle... 
    Au mur croulant, fleuri d'un reste de vitrail ! 
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  • Pourrières

    Un vieux clocher coiffé de fer sur la colline. 
    Des fenêtres sans cris, sous des toits sans oiseaux. 
    D'un barbaresque Azur la paix du Ciel s'incline. 
    Soleil dur ! Mort de l'ombre ! Et Silence des Eaux.

    Marius ! son fantôme à travers les roseaux, 
    Par la plaine ! Un son lent de l'Horloge féline. 
    Quatre enfants sur la place où l'ormeau perd ses os, 
    Autour d'un Pauvre, étrange, avec sa mandoline.

    Un banc de pierre chaud comme un pain dans le four, 
    Où trois Vieux, dans ce coin de la Gloire du Jour, 
    Sentent au rayon vif cuire leur vieillesse.

    Babet revient du bois, tenant sa mule en laisse. 
    Noir, le Vicaire au loin voit, d'une ombre au ton bleu, 
    Le Village au soleil fumer vers le Bon Dieu.
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  • Antithèse du somme et de la mort

    Rien n'est plus différent que le somme et la mort, 
    Combien qu'ils soient issus de même parentage ; 
    L'un profite beaucoup, l'autre fait grand dommage, 
    De l'un on veut l'effet, de l'autre on craint l'effort.

    Une morte froideur qui descend du cerveau 
    Nous cause le sommeil, une fièvre brûlante, 
    Qui éteint les esprits par son ardeur nuisante, 
    Nous cause le trépas et nous met au tombeau.

    Le somme va semant de roses et de lis 
    Les beaux traits délicats d'une plaisante face, 
    Et l'effroyable mort, dans l'horrible crevasse. 
    D'un sépulcre odieux les tient ensevelis.

    Le soleil respirant mille petits zéphirs 
    Caresse doucement le dormant en sa couche, 
    Et la mort ternissant une vermeille bouche, 
    Étouffe pour jamais ses gracieux soupirs.

    Après un long sommeil l'homme se sent dispos,
    Pour aller au Palais, à la cour, à la guerre ; 
    La mort ronge au suaire, en la bière, en la terre, 
    Et, meurtrière, corrompt les nerfs, la chair, les os !

    Le soleil et sommeil ont presque mêmes noms, 
    Mêmes effets; aussi l'un vous donne la vie, 
    L'autre empêche que tôt elle ne soit ravie, 
    La couvrant, curieux, dessous ses ailerons.

    Ô gracieux sommeil, riche présent des Dieux ! 
    Tu ne pouvais loger en une part plus digne
    Que celle que tu tiens, puisque l'âme divine 
    A sa demeure au chef et sa fenêtre aux yeux.

    Ne m'abandonne point, ô bienheureux sommeil, 
    Mais viens toutes les nuits abaisser la paupière, 
    De ma mère et de moi ; fais que la nuit dernière 
    Ne puisse de longtemps nous fermer le soleil !

    Ainsi soit pour jamais le silence sacré 
    Fidèle avant-coureur de ta douce présence ; 
    Ainsi l'ombreuse nuit révère ta puissance, 
    Ainsi les beaux pavots fleurissent à ton gré.
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  • Fleur d'enfance

    L'haleine d'une fleur sauvage,
    En passant tout près de mon coeur,
    Vient de m'emporter au rivage,
    Où naguère aussi j'étais fleur :
    Comme au fond d'un prisme où tout change,
    Où tout se relève à mes yeux,
    Je vois un enfant aux yeux d'ange :
    C'était mon petit amoureux !

    Parfum de sa neuvième année,
    Je respire encor ton pouvoir ;
    Fleur à mon enfance donnée,
    Je t'aime ! comme son miroir.
    Nos jours ont séparé leur trame,
    Mais tu me rappelles ses yeux ;
    J'y regardais flotter mon âme :
    C'était mon petit amoureux !

    De blonds cheveux en auréole,
    Un regard tout voilé d'azur,
    Une brève et tendre parole,
    Voilà son portrait jeune et pur :
    Au seuil de ma pauvre chaumière
    Quand il se sauvait de ses jeux,
    Que ma petite âme était fière ;
    C'était mon petit amoureux !

    Cette ombre qui joue à ma rive
    Et se rapproche au moindre bruit,
    Me suit, comme un filet d'eau vive,
    A travers mon sentier détruit :
    Chaste, elle me laisse autour d'elle
    Enlacer un chant douloureux ;
    Hélas ! ma seule ombre fidèle,
    C'est vous ! mon petit amoureux !

    Femme ! à qui ses lèvres timides
    Ont dit ce qu'il semblait penser,
    Au temps où nos lèvres humides
    Se rencontraient sans se presser ;
    Vous ! qui fûtes son doux Messie,
    L'avez-vous rendu bien heureux ?
    Du coeur je vous en remercie :
    C'était mon petit amoureux !
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  • La fable et la vérité

    La fable et la vérité..............

    La vérité, toute nue,
    Sortit un jour de son puits.
    Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;
    Jeune et vieux fuyaient à sa vue.
    La pauvre vérité restait là morfondue,
    Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
    A ses yeux vient se présenter
    La fable, richement vêtue,
    Portant plumes et diamants,
    La plupart faux, mais très brillants.
    Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
    Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
    La vérité répond : vous le voyez, je gêle ;
    Aux passants je demande en vain
    De me donner une retraite,
    Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
    Vieille femme n'obtient plus rien.
    Vous êtes pourtant ma cadette,
    Dit la fable, et, sans vanité,
    Partout je suis fort bien reçue :
    Mais aussi, dame vérité,
    Pourquoi vous montrer toute nue ?
    Cela n'est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
    Qu'un même intérêt nous rassemble :
    Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
    Chez le sage, à cause de vous,
    Je ne serai point rebutée ;
    A cause de moi, chez les fous
    Vous ne serez point maltraitée :
    Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
    Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
    Vous verrez, ma soeur, que partout
    Nous passerons de compagnie.
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  • Les bijoux

    Les bijoux............

    La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
    Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
    Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
    Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

    Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
    Ce monde rayonnant de métal et de pierre
    Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
    Les choses où le son se mêle à la lumière.

    Elle était donc couchée et se laissait aimer,
    Et du haut du divan elle souriait d'aise
    A mon amour profond et doux comme la mer,
    Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

    Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
    D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
    Et la candeur unie à la lubricité
    Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

    Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
    Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
    Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

    S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
    Pour troubler le repos où mon âme était mise,
    Et pour la déranger du rocher de cristal
    Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

    Je croyais voir unis par un nouveau dessin
    Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
    Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
    Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

    Et la lampe s'étant résignée à mourir,
    Comme le foyer seul illuminait la chambre,
    Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
    Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !
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  • Epitaphe de Diane Baudoire, sa femme

    Epitaphe de Diane Baudoire, sa femme

    Diane, en couche, se sentant 
    De la rude mort assaillie, 
    Et déjà du tout lui étant 
    Là vive parole faillie 
    A son mari de main pâlie
    Montre un beau fils, produit à l'heure, 
    Comme voulant dire: « Ne pleure 
    Avecques l'adieu d'un baiser, 
    Ce bel enfant qui te demeure, 
    Sera pour ton deuil apaiser ».
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  • A Cupidon

    Le jour pousse la nuit,
    Et la nuit sombre
    Pousse le jour qui luit
    D'une obscure ombre.

    L'Autonne suit l'Esté,
    Et l'aspre rage
    Des vents n'a point esté
    Apres l'orage.

    Mais la fièvre d'amours
    Qui me tourmente,
    Demeure en moy tousjours,
    Et ne s'alente.

    Ce n'estoit pas moy, Dieu,
    Qu'il falloit poindre,
    Ta fleche en autre lieu
    Se devoit joindre.

    Poursuy les paresseux
    Et les amuse,
    Mais non pas moy, ne ceux
    Qu'aime la Muse.

    Helas, delivre moy
    De ceste dure,
    Qui plus rit, quand d'esmoy
    Voit que j'endure.

    Redonne la clarté
    A mes tenebres,
    Remets en liberté
    Mes jours funebres.

    Amour sois le support
    De ma pensée,
    Et guide à meilleur port
    Ma nef cassée.

    Tant plus je suis criant
    Plus me reboute,
    Plus je la suis priant
    Et moins m'escoute.

    Ne ma palle couleur
    D'amour blesmie
    N'a esmeu à douleur
    Mon ennemie.

    Ne sonner à son huis
    De ma guiterre,
    Ny pour elle les nuis
    Dormir à terre.

    Plus cruel n'est l'effort
    De l'eau mutine
    Qu'elle, lors que plus fort
    Le vent s'obstine.

    Ell' s'arme en sa beauté,
    Et si ne pense
    Voir de sa cruauté
    La récompense.

    Monstre toy le veinqueur,
    Et d'elle enflame
    Pour exemple le coeur
    De telle flame,

    Qui la soeur alluma
    Trop indiscrete,
    Et d'ardeur consuma
    La Royne en Crete.
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  • À Madame de Bertha

    À Madame de Bertha...................

    Par un soir ténébreux de l’arrière-saison.
    Dans un coup de rafale une graine emportée,
    Tombant contre les murs d’une haute prison,
    Entre de vieux pavés mal joints s’est arrêtée.

    Dans ce lit de hasard elle dort tout l’hiver,
    Sous des blocs de granit froidement inhumée ;
    Mais quand au tiède avril le ciel bleu s’est ouvert,
    Elle tressaille et germe où le vent l’a semée.

    Alors, comme sortant d’un funèbre sommeil,
    Elle émerge à grand-peine et s’exhausse de terre,
    Et d’un suprême effort aspirant au soleil
    Elle frémit d’espoir, la pauvre solitaire.

    Puis, grâce à de longs jets flexibles et rampants,
    S’attachant par saut brusque ou par lente caresse,
    Comme la vigne vierge et les rosiers grimpants,
    Elle escalade enfin la haute forteresse.

    Quand elle arrive au bout de son rude chemin,
    Montant jusqu’au rebord d’une étroite fenêtre,
    Elle étale sa fleur près d’un visage humain
    Qu’elle a vu triste et pâle à la grille apparaître.

    À plein cœur exhalant son parfum printanier,
    La fleur s’épanouit… et meurt dans la soirée ;
    Mais elle s’est ouverte aux yeux du prisonnier,
    Qui seul a pu la voir, qui seul l’a respirée.

    André Lemoyne

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