• Primevère de printemps

     

    Veillés par une primevère solitaire
    nous nous sommes retrouvés à la lisière du monde.
    Les pétales nous regardaient surpris
    la terre encore blanche de neige
    les rayons du soleil embrumés.
    L’hiver est parti, tu l’as senti.
    Nous avons osé le désir éphémère
    ensemble
    nous nous sommes laissés éblouir.
    La chaleur de tes mains m’a caressée sans me toucher
    pétale primitif
    Ton regard m’a modelée
    neige de printemps
    Ton souffle a enluminé mon âme
    rayon de certitudes
    Tes mots ont su, pour un instant, orner notre futur
    Eternellement embrumé.

    Sybille Rembard, Beauté Fractionnée, 2002

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  • Pourtant, si tu m’aimais

     

    Pourtant, si tu m’aimais ! si cette raillerie
    Avait jeté racine et germé sourdement ;
    Si, moi qui me jouais, si tu m’avais, Marie,
    De la bouche et du cœur appelé ton amant !

    Si je t’avais trompée, et si j’avais su rendre
    Si puissant et si doux mon sourire moqueur.
    Que ton âme crédule ait pu se laisser prendre
    Aux semblants d’un amour qui n’est point dans mon cœur,

    Malheur à tous les deux ! Tôt ou tard l’imposture
    Rapportera ses fruits d’angoisse et de douleur ;
    Et toi, qui n’a rien fait, toi, pauvre créature,
    Tu prendras comme moi ta moitié du malheur.

    Et si j’avais dit vrai ; cependant, quand j’y songe…
    Ô femme ! vois un peu ce que c’est que de nous !
    Pour peu que cette voix, qui riait du mensonge.
    Eût de torrents d’amour inondé tes genoux !

    Comme un berceau d’enfant à la branche fleurie,
    Si j’avais suspendu mon bonheur à tes pas,
    Malheur, encor malheur ! car cette fois, Marie,
    Hélas ! ce serait toi qui ne m’aimerais pas !

    Était-ce donc ta loi, pitoyable nature.
    De reculer toujours le but que j’entrevois,
    Et de ne mettre au cœur de chaque créature
    Qu’un désir sans espoir, et qu’un écho sans voix.

    Ô malédiction ! était-ce ton envie
    De n’accomplir jamais qu’une part du souhait,
    Et le seul avenir est-il pour cette vie,
    De haïr qui nous aime, ou d’aimer qui nous hait.

    Félix Arvers, Mes heures perdues, 1833

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  • Claire

    Claire...........Victor Hugo

    Quoi donc ! la vôtre aussi ! la vôtre suit la mienne !
    O mère au coeur profond, mère, vous avez beau
    Laisser la porte ouverte afin qu’elle revienne,
    Cette pierre là-bas dans l’herbe est un tombeau !

    La mienne disparut dans les flots qui se mêlent ;
    Alors, ce fut ton tour, Claire, et tu t’envolas.
    Est-ce donc que là-haut dans l’ombre elles s’appellent,
    Qu’elles s’en vont ainsi l’une après l’autre, hélas ?

    Enfant qui rayonnais, qui chassais la tristesse,
    Que ta mère jadis berçait de sa chanson,
    Qui d’abord la charmas avec ta petitesse
    Et plus tard lui remplis de clarté l’horizon,

    Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise !
    Voilà que tu n’es plus, ayant à peine été !
    L’astre attire le lys, et te voilà reprise,
    O vierge, par l’azur, cette virginité !

    Te voilà remontée au firmament sublime,
    Échappée aux grands cieux comme la grive aux bois,
    Et, flamme, aile, hymne, odeur, replongée à l’abîme
    Des rayons, des amours, des parfums et des voix !

    Nous ne t’entendrons plus rire en notre nuit noire.
    Nous voyons seulement, comme pour nous bénir,
    Errer dans notre ciel et dans notre mémoire
    Ta figure, nuage, et ton nom, souvenir !

    Pressentais-tu déjà ton sombre épithalame ?
    Marchant sur notre monde à pas silencieux,
    De tous les idéals tu composais ton âme,
    Comme si tu faisais un bouquet pour les cieux !

    En te voyant si calme et toute lumineuse,
    Les coeurs les plus saignants ne haïssaient plus rien.
    Tu passais parmi nous comme Ruth la glaneuse ,
    Et, comme Ruth l’épi, tu ramassais le bien.

    La nature, ô front pur, versait sur toi sa grâce,
    L’aurore sa candeur, et les champs leur bonté ;
    Et nous retrouvions, nous sur qui la douleur passe,
    Toute cette douceur dans toute ta beauté !

    Chaste, elle paraissait ne pas être autre chose
    Que la forme qui sort des cieux éblouissants ;
    Et de tous les rosiers elle semblait la rose,
    Et de tous les amours elle semblait l’encens.

    Ceux qui n’ont pas connu cette charmante fille
    Ne peuvent pas savoir ce qu’était ce regard
    Transparent comme l’eau qui s’égaie et qui brille
    Quand l’étoile surgit sur l’océan hagard.

    Elle était simple, franche, humble, naïve et bonne ;
    Chantant à demi-voix son chant d’illusion,
    Ayant je ne sais quoi dans toute sa personne
    De vague et de lointain comme la vision.

    On sentait qu’elle avait peu de temps sur la terre,
    Qu’elle n’apparaissait que pour s’évanouir,
    Et qu’elle acceptait peu sa vie involontaire ;
    Et la tombe semblait par moments l’éblouir.

    Elle a passé dans l’ombre où l’homme se résigne ;
    Le vent sombre soufflait ; elle a passé sans bruit,
    Belle, candide, ainsi qu’une plume de cygne
    Qui reste blanche, même en traversant la nuit !

    Elle s’en est allée à l’aube qui se lève,
    Lueur dans le matin, vertu dans le ciel bleu,
    Bouche qui n’a connu que le baiser du rêve,
    Ame qui n’a dormi que dans le lit de Dieu !

    Nous voici maintenant en proie aux deuils sans bornes,
    Mère, à genoux tous deux sur des cercueils sacrés,
    Regardant à jamais dans les ténèbres mornes
    La disparition des êtres adorés !

    Croire qu’ils resteraient ! quel songe ! Dieu les presse.
    Même quand leurs bras blancs sont autour de nos cous,
    Un vent du ciel profond fait frissonner sans cesse
    Ces fantômes charmants que nous croyons à nous.

    Ils sont là, près de nous, jouant sur notre route ;
    Ils ne dédaignent pas notre soleil obscur,
    Et derrière eux, et sans que leur candeur s’en doute,
    Leurs ailes font parfois de l’ombre sur le mur.

    Ils viennent sous nos toits ; avec nous ils demeurent ;
    Nous leur disons : Ma fille, ou : Mon fils ; ils sont doux,
    Riants, joyeux, nous font une caresse, et meurent. –
    O mère, ce sont là les anges, voyez-vous !

    C’est une volonté du sort, pour nous sévère,
    Qu’ils rentrent vite au ciel resté pour eux ouvert ;
    Et qu’avant d’avoir mis leur lèvre à notre verre,
    Avant d’avoir rien fait et d’avoir rien souffert,

    Ils partent radieux ; et qu’ignorant l’envie,
    L’erreur, l’orgueil, le mal, la haine, la douleur,
    Tous ces êtres bénis s’envolent de la vie
    A l’âge où la prunelle innocente est en fleur !

    Nous qui sommes démons ou qui sommes apôtres,
    Nous devons travailler, attendre, préparer ;
    Pensifs, nous expions pour nous-même ou pour d’autres ;
    Notre chair doit saigner, nos yeux doivent pleurer.

    Eux, ils sont l’air qui fuit, l’oiseau qui ne se pose
    Qu’un instant, le soupir qui vole, avril vermeil
    Qui brille et passe ; ils sont le parfum de la rose
    Qui va rejoindre aux cieux le rayon du soleil !

    Ils ont ce grand dégoût mystérieux de l’âme
    Pour notre chair coupable et pour notre destin ;
    Ils ont, êtres rêveurs qu’un autre azur réclame,
    Je ne sais quelle soif de mourir le matin !

    Ils sont l’étoile d’or se couchant dans l’aurore,
    Mourant pour nous, naissant pour l’autre firmament ;
    Car la mort, quand un astre en son sein vient éclore,
    Continue, au delà, l’épanouissement !

    Oui, mère, ce sont là les élus du mystère,
    Les envoyés divins, les ailés, les vainqueurs,
    A qui Dieu n’a permis que d’effleurer la terre
    Pour faire un peu de joie à quelques pauvres coeurs.

    Comme l’ange à Jacob, comme Jésus à Pierre,
    Ils viennent jusqu’à nous qui loin d’eux étouffons,
    Beaux, purs, et chacun d’eux portant sous sa paupière
    La sereine clarté des paradis profonds.

    Puis, quand ils ont, pieux, baisé toutes nos plaies,
    Pansé notre douleur, azuré nos raisons,
    Et fait luire un moment l’aube à travers nos claies,
    Et chanté la chanson du ciel dam nos maisons,

    Ils retournent là-haut parler à Dieu des hommes,
    Et, pour lui faire voir quel est notre chemin,
    Tout ce que nous souffrons et tout ce que nous sommes,
    S’en vont avec un peu de terre dans la main.

    Ils s’en vont ; c’est tantôt l’éclair qui les emporte,
    Tantôt un mal plus fort que nos soins superflus.
    Alors, nous, pâles, froids, l’oeil fixé sur la porte,
    Nous ne savons plus rien, sinon qu’ils ne sont plus.

    Nous disons : – A quoi bon l’âtre sans étincelles ?
    A quoi bon la maison où ne sont plus leurs pas ?
    A quoi bon la ramée où ne sont plus les ailes ?
    Qui donc attendons-nous s’ils ne reviendront pas ? –

    Ils sont partis, pareils au bruit qui sort des lyres.
    Et nous restons là, seuls, près du gouffre où tout fuit,
    Tristes ; et la lueur de leurs charmants sourires
    Parfois nous apparaît vaguement dans la nuit.

    Car ils sont revenus, et c’est là le mystère ;
    Nous entendons quelqu’un flotter, un souffle errer,
    Des robes effleurer notre seuil solitaire,
    Et cela fait alors que nous pouvons pleurer.

    Nous sentons frissonner leurs cheveux dans notre ombre ;
    Nous sentons, lorsqu’ayant la lassitude en nous,
    Nous nous levons après quelque prière sombre,
    Leurs blanches mains toucher doucement nos genoux.

    Ils nous disent tout bas de leur voix la plus tendre :
    « Mon père, encore un peu ! ma mère, encore un jour !
    « M’entends-tu ? je suis là, je reste pour t’attendre
    « Sur l’échelon d’en bas de l’échelle d’amour.

    « Je t’attends pour pouvoir nous en aller ensemble.
    « Cette vie est amère, et tu vas en sortir.
    « Pauvre coeur, ne crains rien, Dieu vit ! la mort rassemble.
    « Tu redeviendras ange ayant été martyr. »

    Oh ! quand donc viendrez-vous ? Vous retrouver, c’est naître.
    Quand verrons-nous, ainsi qu’un idéal flambeau,
    La douce étoile mort, rayonnante, apparaître
    A ce noir horizon qu’on nomme le tombeau ?

    Quand nous en irons-nous où vous êtes, colombes !
    Où sont les enfants morts et les printemps enfuis,
    Et tous les chers amours dont nous sommes les tombes,
    Et toutes les clartés dont nous sommes les nuits ?

    Vers ce grand ciel clément où sont tous les dictames,
    Les aimés, les absents, les êtres purs et doux,
    Les baisers des esprits et les regards des âmes,
    Quand nous en irons-nous ? quand nous en irons-nous ?

    Quand nous en irons-nous où sont l’aube et la foudre ?
    Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor,
    Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre,
    Et nos pieds faits de nuit éclore en ailes d’or ?

    Quand nous enfuirons-nous dans la joie infinie
    Où les hymnes vivants sont des anges voilés,
    Où l’on voit, à travers l’azur de l’harmonie,
    La strophe bleue errer sur les luths étoilés ?

    Quand viendrez-vous chercher notre humble coeur qui sombre ?
    Quand nous reprendrez-vous à ce monde charnel,
    Pour nous bercer ensemble aux profondeurs de l’ombre,
    Sous l’éblouissement du regard éternel ?

    Victor Hugo

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  • Ciel utopique

    Ciel utopique...........Nadia Ben Slima

    Retrouve-moi au prochain soleil rose
    Je serai assise au bord du gouffre
    À feuilleter la prose,
    la beauté et les affres,
    Des mots que tu m’as soufflés
    Jadis bercée et honorée

    Rejoins-moi sur la pointe des pieds
    Au bord de la lune que tu m’as contée
    Car si je souffre de l’absence
    Ce n’est que pour rejouer ton inélégance

    Un goût de souffre dans nos regards
    J’ai lu la poésie de tes gestes
    Sur un parchemin écrit de hasards

    Maintenant sois confiant… je reste
    Volcanique

    Nadia Ben Slima

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  • A celle qui est voilée

     

    Tu me parles du fond d’un rêve
    Comme une âme parle aux vivants.
    Comme l’écume de la grève,
    Ta robe flotte dans les vents.

    Je suis l’algue des flots sans nombre,
    Le captif du destin vainqueur ;
    Je suis celui que toute l’ombre
    Couvre sans éteindre son coeur.

    Mon esprit ressemble à cette île,
    Et mon sort à cet océan ;
    Et je suis l’habitant tranquille
    De la foudre et de l’ouragan.

    Je suis le proscrit qui se voile,
    Qui songe, et chante, loin du bruit,
    Avec la chouette et l’étoile,
    La sombre chanson de la nuit.

    Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
    Flambeau dans ce monde âpre et vil,
    Ame, c’est-à-dire problème,
    Et femme, c’est-à-dire exil ?

    Sors du nuage, ombre charmante.
    O fantôme, laisse-toi voir !
    Sois un phare dans ma tourmente,
    Sois un regard dans mon ciel noir !

    Cherche-moi parmi les mouettes !
    Dresse un rayon sur mon récif,
    Et, dans mes profondeurs muettes,
    La blancheur de l’ange pensif !

    Sois l’aile qui passe et se mêle
    Aux grandes vagues en courroux.
    Oh, viens ! tu dois être bien belle,
    Car ton chant lointain est bien doux ;

    Car la nuit engendre l’aurore ;
    C’est peut-être une loi des cieux
    Que mon noir destin fasse éclore
    Ton sourire mystérieux !

    Dans ce ténébreux monde où j’erre,
    Nous devons nous apercevoir,
    Toi, toute faite de lumière,
    Moi, tout composé de devoir !

    Tu me dis de loin que tu m’aimes,
    Et que, la nuit, à l’horizon,
    Tu viens voir sur les grèves blêmes
    Le spectre blanc de ma maison.

    Là, méditant sous le grand dôme,
    Près du flot sans trêve agité,
    Surprise de trouver l’atome
    Ressemblant à l’immensité,

    Tu compares, sans me connaître,
    L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
    Ma lampe étoilant ma fenêtre
    A l’astre étoilant l’infini !

    Parfois, comme au fond d’une tombe,
    Je te sens sur mon front fatal,
    Bouche de l’Inconnu d’où tombe
    Le pur baiser de l’Idéal.

    A ton souffle, vers Dieu poussées,
    Je sens en moi, douce frayeur,
    Frissonner toutes mes pensées,
    Feuilles de l’arbre intérieur.

    Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
    Tu viens et tu fuis tour à tour ;
    Tu ne veux pas te nommer joie,
    Ayant dit : Je m’appelle amour.

    Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
    Si nul devoir ne le défend ;
    Viens voir mon âme dans son antre,
    L’esprit lion, le coeur enfant ;

    Viens voir le désert où j’habite
    Seul sous mon plafond effrayant ;
    Sois l’ange chez le cénobite,
    Sois la clarté chez le voyant.

    Change en perles dans mes décombres
    Toutes mes gouttes de sueur !
    Viens poser sur mes oeuvres sombres
    Ton doigt d’où sort une lueur !

    Du bord des sinistres ravines
    Du rêve et de la vision,
    J’entrevois les choses divines… –
    Complète l’apparition !

    Viens voir le songeur qui s’enflamme
    A mesure qu’il se détruit,
    Et, de jour en jour, dans son âme
    A plus de mort et moins de nuit !

    Viens ! viens dans ma brume hagarde,
    Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
    Où confusément je regarde
    Les formes obscures du sort.

    Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
    Dieu, pour le penseur attristé,
    Ouvre toujours dans les ténèbres
    De brusques gouffres de clarté.

    Avant d’être sur cette terre,
    Je sens que jadis j’ai plané ;
    J’étais l’archange solitaire,
    Et mon malheur, c’est d’être né.

    Sur mon âme, qui fut colombe,
    Viens, toi qui des cieux as le sceau.
    Quelquefois une plume tombe
    Sur le cadavre d’un oiseau.

    Oui, mon malheur irréparable,
    C’est de pendre aux deux éléments,
    C’est d’avoir en moi, misérable,
    De la fange et des firmaments !

    Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
    C’est de songer que j’étais beau,
    D’ignorer comment je me nomme,
    D’être un ciel et d’être un tombeau !

    C’est d’être un forçat qui promène
    Son vil labeur sous le ciel bleu ;
    C’est de porter la hotte humaine
    Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

    C’est de traîner de la matière ;
    C’est d’être plein, moi, fils du jour,
    De la terre du cimetière,
    Même quand je m’écrie : Amour !

    Victor Hugo, Les contemplations

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  • A

    A............

    Tu m’as offert ta liberté,
    Je me suis livré à toi.
    Tu m’as donné ton coeur,
    Je t’ai ouvert le mien.
    Tu m’as offert ton corps,
    Je t’ai enlacé.
    Tu as dévoilé ton âme,
    je t’ai accueilli.
    Ton toi résonne en moi,
    Comme une partition de vie à écrire
    À quatre mains, à deux êtres, à tue-tête…
    Je t’aime !

    Laetitia Sioen, 2017

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  • Mirmande la bucolique.

    Délicieux moment de promenade romantique

    Dans ce merveilleux village charmeur et bucolique,

    Mirmande dans la Drôme médiévale fabuleuse

    Où la nature et la pierre s’allient de façon merveilleuse,

    Offre au visiteur en balade un bonheur éthéré

    Parmi les ruelles empierrées tortueuses et ambrées.

    Avec magnificence y joue la lumière solaire

    Ajoutant du plaisir aux fresques extraordinaires.

    Ici et là, d’anciennes murailles sont conservées,

    La végétation y apporte sa touche satinée

    Agrémentée de rose floral, fabuleuse authenticité.

    Une date au dessus d’une porte témoigne des années,

    Plus de trois siècles de vie pour une maison conservée.

    De nombreux porches consolident les passages étriqués,

    Nos pieds foulent des pavés gris ou beiges granités.

    Les constructions livrent au soleil des délicieux dorés,

    Parfois le minéral s’est assombri au fil des années.

    Il arrive qu’un impressionnant dénivelé surprend,

    Le village est accroché à un rocher, rien d’étonnant.

    Le panorama environnant est sublime,

    Mélange de vert, de gris sous l’azur d’une clarté divine

    Supplémenté par un horizon lointain magique,

    Des toits roses étagés, le tableau est féérique.

    Mirmande est un village où la plénitude s’invite

    Pour nous envelopper d’une douce sérénité, il mérite notre visite.

     

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  • 1909

    1909.............

    La dame avait une robe
    En ottoman violine
    Et sa tunique brodée d’or
    Était composée de deux panneaux
    S’attachant sur l’épaule

    Les yeux dansants comme des anges
    Elle riait elle riait
    Elle avait un visage aux couleurs de France
    Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
    Elle avait un visage aux couleurs de France

    Elle était décolletée en rond
    Et coiffée à la Récamier
    Avec de beaux bras nus

    N’entendra-t-on jamais sonner minuit

    La dame en robe d’ottoman violine
    Et en tunique brodée d’or
    Décolletée en rond
    Promenait ses boucles
    Son bandeau d’or
    Et traînait ses petits souliers à boucles

    Elle était si belle
    Que tu n’aurais pas osé l’aimer

    J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
    Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
    Le fer était leur sang la flamme leur cerveau

    J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
    Le luxe et la beauté ne sont que son écume
    Cette femme était si belle
    Qu’elle me faisait peur

    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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  • Une soirée perdue

     

    J’étais seul, l’autre soir, au Théâtre Français,
    Ou presque seul ; l’auteur n’avait pas grand succès.
    Ce n’était que Molière, et nous savons de reste
    Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,
    Ignora le bel art de chatouiller l’esprit
    Et de servir à point un dénoûment bien cuit.
    Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
    Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode
    Où l’intrigue, enlacée et roulée en feston,
    Tourne comme un rébus autour d’un mirliton.
    J’écoutais cependant cette simple harmonie,
    Et comme le bon sens fait parler le génie.
    J’admirais quel amour pour l’âpre vérité
    Eut cet homme si fier en sa naïveté,
    Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde,
    Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde
    Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer !
    Et je me demandais : Est-ce assez d’admirer ?
    Est-ce assez de venir, un soir, par aventure,
    D’entendre au fond de l’âme un cri de la nature,
    D’essuyer une larme, et de partir ainsi,
    Quoi qu’on fasse d’ailleurs, sans en prendre souci ?
    Enfoncé que j’étais dans cette rêverie,
    Çà et là, toutefois, lorgnant la galerie,
    Je vis que, devant moi, se balançait gaiement
    Sous une tresse noire un cou svelte et charmant ;
    Et, voyant cet ébène enchâssé dans l’ivoire,
    Un vers d’André Chénier chanta dans ma mémoire,
    Un vers presque inconnu, refrain inachevé,
    Frais comme le hasard, moins écrit que rêvé.
    J’osai m’en souvenir, même devant Molière ;
    Sa grande ombre, à coup sûr, ne s’en offensa pas ;
    Et, tout en écoutant, je murmurais tout bas,
    Regardant cette enfant, qui ne s’en doutait guère :
     » Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
    Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. »

    Puis je songeais encore (ainsi va la pensée)
    Que l’antique franchise, à ce point délaissée,
    Avec notre finesse et notre esprit moqueur,
    Ferait croire, après tout, que nous manquons de coeur ;
    Que c’était une triste et honteuse misère
    Que cette solitude à l’entour de Molière,
    Et qu’il est pourtant temps, comme dit la chanson,
    De sortir de ce siècle ou d’en avoir raison ;
    Car à quoi comparer cette scène embourbée,
    Et l’effroyable honte où la muse est tombée ?
    La lâcheté nous bride, et les sots vont disant
    Que, sous ce vieux soleil, tout est fait à présent ;
    Comme si les travers de la famille humaine
    Ne rajeunissaient pas chaque an, chaque semaine.
    Notre siècle a ses moeurs, partant, sa vérité ;
    Celui qui l’ose dire est toujours écouté.

    Ah ! j’oserais parler, si je croyais bien dire,
    J’oserais ramasser le fouet de la satire,
    Et l’habiller de noir, cet homme aux rubans verts,
    Qui se fâchait jadis pour quelques mauvais vers.
    S’il rentrait aujourd’hui dans Paris, la grand’ville,
    Il y trouverait mieux pour émouvoir sa bile
    Qu’une méchante femme et qu’un méchant sonnet ;
    Nous avons autre chose à mettre au cabinet.
    Ô notre maître à tous, si ta tombe est fermée,
    Laisse-moi dans ta cendre, un instant ranimée,
    Trouver une étincelle, et je vais t’imiter !
    J’en aurai fait assez si je puis le tenter.
    Apprends-moi de quel ton, dans ta bouche hardie,
    Parlait la vérité, ta seule passion,
    Et, pour me faire entendre, à défaut du génie,
    J’en aurai le courage et l’indignation !

    Ainsi je caressais une folle chimère.
    Devant moi cependant, à côté de sa mère,
    L’enfant restait toujours, et le cou svelte et blanc
    Sous les longs cheveux noirs se berçait mollement.
    Le spectacle fini, la charmante inconnue
    Se leva. Le beau cou, l’épaule à demi nue,
    Se voilèrent ; la main glissa dans le manchon ;
    Et, lorsque je la vis au seuil de sa maison
    S’enfuir, je m’aperçus que je l’avais suivie.
    Hélas ! mon cher ami, c’est là toute ma vie.
    Pendant que mon esprit cherchait sa volonté,
    Mon corps savait la sienne et suivait la beauté ;
    Et, quand je m’éveillai de cette rêverie,
    Il ne m’en restait plus que l’image chérie :
     » Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
    Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. « 

    Alfred de Musset, Poésies nouvelles

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