• Le baiser du matin

    Les étoiles brillaient encore :
    A peine un jour faible et douteux
    Ouvre la paupière de Flore,
    Qui, dans ses bras voluptueux,
    Retient l'inconstant qu'elle adore.
    Le souffle humide d'un vent frais
    Effleure les airs qu'il épure,
    Soupire à travers ces bosquets,
    Et vient hâter par son murmure
    Le chant des hôtes des forêts
    Et le réveil de la nature.
    Tu goûtais un profond repos,
    Après une nuit fortunée,
    Que nous avions abandonnée
    Au dieu des amoureux travaux :
    Moi, je veillais ; dans mon ivresse,
    Je recueillais tes doux soupirs,
    Et mes yeux, brûlants de tendresse,
    Se reposaient sur la déesse
    A qui je dois tous mes plaisirs.
    Les anneaux de ta chevelure
    Flottent au hasard répandus,
    Et voilent seuls tes charmes nus,
    Dont le désordre est la parure :
    Ton front peint la sérénité
    Et du bonheur et de la joie,
    Sur ton sein ému se déploie
    L'incarnat de la volupté ;
    Tels quelquefois, après l'orage,
    On voit, en monceaux parfumés,
    La rose et le lis parsemés,
    Joncher les gazons du bocage.
    Ta bouche qu'amour sut armer
    De la grâce la plus touchante,
    Plus fraîche que l'aube naissante,
    Semble s'ouvrir pour me nommer ;
    Et tes bras, dont la nonchalance
    Se développe mollement,
    Quelquefois avec négligence
    Sont étendus vers ton amant.
    Mais cependant sur l'hémisphère
    Vénus fait luire son flambeau :
    Chaque degré de la lumière
    Me révèle un charme nouveau :
    Sur tous les trésors que tu laisses
    En proie à mon avidité,
    J'égare mon oeil enchanté,
    Et veux marquer par mes caresses
    Tous les progrès de la clarté :
    A mesure qu'elle colore
    L'horizon qui va s'embraser,
    Un feu plus ardent me dévore ;
    Et je crois que chaque baiser
    Ajoute un rayon à l'aurore.
    Comme je fêtai son retour !
    De la nuit les astres pâlirent :
    Tout-à-coup tes beaux yeux s'ouvrirent ;
    C'est toi qui fis naître le jour.
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  • Dernière visite à Mirabel

    Dernière visite à Mirabel............Pierre Nepveu......


    Maintenant j’avance sur un terrain miné,

     

    l’espace m’a tout enlevé et je reprends

    là où chaque pierre pourrait exploser

    sous ma semelle et les fleurs s’embraser

    derrière mon corps au souffle court,

    je n’ai pourtant connu en ce monde

    ni flammes de dragons ni fureur de guerre,

    le ciel fut toujours calme en ces contrées

    sur les fermes et les vieilles écoles,

    et l’institutrice de la côte des anges

    a depuis longtemps fait ses valises

    où sous les jupons froissés et les blouses

    dormaient quelques cahiers remplis d’étoiles,

    pourquoi donc y a-t-il tout à coup

    cette violence dans les feuillages,

    cet air d’incendie le long du bois

    en face duquel une clôture électrifiée

    trace la limite des terres arables

    tandis que plus loin les outardes égarées

    se posent en douceur sur la piste vide ?

    Pierre Nepveu, « Dernière visite à Mirabel », Lignes aériennes,  Éditions du Noroît,  2002.

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  • Stravaganza

    Stravaganza............Paul Chanel Malenfant.........


    Cadence. J’ai cinq ans et ma mère danse tandis que je ne sais pas écrire, « j’ai de beaux oiseaux et des pendants d’oreilles » elle virevolte et chavire dans mes pensées volantes, toute musique et cavale, toutes peaux dehors et déployées, elle s’agite et se perd et se donne, courant d’air, devenue, elle souffle et reprend son souffle et danse encore et toujours juste comme si la danse se dansait toute seule comme si le fils ne la voyait pas, était absent, au dehors d’elle ou aveugle à ses gestes, à ses feux, au fond de teint qui coule jusqu’à la poitrine, et sourd aussi à ses hanches aux notes de la gamme qui tintent encore à ses tempes dans la chambre du piano de la grand-mère « dans mon moine danse » et un et deux, saccade, elle trébuche si elle allait mourir ainsi en plein vol tel l’air, transparent et sans pesanteur, si souple ou assouplie dans son corps porté en une invisible éclaboussure de sonorités et d’échos tu n’entends pas la danse si elle allait mourir ainsi d’un souffle au cœur dans le tourbillon — tu crois bien que le fils aussi, d’un seul coup, en mourrait.

     

    Paul Chanel Malenfant, « Stravaganza », Traces de l’éphémère, Le Noroît, Montréal, 2011.

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  • L’invitation au voyage


      Mon enfant, ma sœur,

     

      Songe à la douceur

    D’aller là-bas vivre ensemble !

      Aimer à loisir,

      Aimer et mourir

    Au pays qui te ressemble !

      Les soleils mouillés

      De ces ciels brouillés

    Pour mon esprit ont les charmes

      Si mystérieux

      De tes traîtres yeux,

    Brillant à travers leurs larmes.

     

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.

     

    Des meubles luisants,

      Polis par les ans,

    Décoreraient notre chambre ;

      Les plus rares fleurs

      Mêlant leurs odeurs

    Aux vagues senteurs de l’ambre,

      Les riches plafonds,

      Les miroirs profonds,

    La splendeur orientale,

      Tout y parlerait

      À l’âme en secret

    Sa douce langue natale.

     

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.

     

      Vois sur ces canaux

      Dormir ces vaisseaux

    Dont l’humeur est vagabonde ;

      C’est pour assouvir

      Ton moindre désir

    Qu’ils viennent du bout du monde.

      — Les soleils couchants

      Revêtent les champs,

    Les canaux, la ville entière,

      D’hyacinthe et d’or ;

      Le monde s’endort

    Dans une chaude lumière.

     

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.

    Charles Baudelaire, (1821-1867), « L’invitation au voyage », Les fleurs du mal, 1857.

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  • Ô jeunes gens…

    Ô jeunes gens…...........Victor Hugo..........


    Ô jeunes gens ! Élus ! Fleurs du monde vivant,

     

    Maîtres du mois d’avril et du soleil levant,

    N’écoutez pas ces gens qui disent : soyez sages !

    La sagesse est de fuir tous ces mornes visages.

    Soyez jeunes, gais, vifs, aimez ! Défiez-vous

    De tous ces conseillers douceâtres et sinistres.

    Vous avez l’air joyeux, ce qui déplaît aux cuistres.

    Des cheveux en forêt, noirs, profonds, abondants,

    Le teint frais, le pied sûr, l’œil clair, toutes vos dents ;

    Eux, ridés, épuisés, flétris, édentés, chauves,

    Hideux ; l’envie en deuil clignote en leurs yeux fauves.

    Oh ! comme je les hais, ces solennels grigous.

    Ils composent, avec leur fiel et leurs dégoûts,

    Une sagesse pleine et d'ennui et de jeûnes,

    Et, faite pour les vieux, osent l’offrir aux jeunes !

    Victor Hugo, (1802-1885), « Ô jeunes gens… », Océan, posthume.

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  • prévision météorologique

    prévision météorologique...............Chloé Savoie-Bernard

    samedi soir une fois encore

    des filles fumées jusqu’au filtre

    des filles fleurs en manque de pollen

    qui s’étiolent pétale après pétale

    des filles tomberont des fenêtres

    crachin dans villeray mile end hochelaga

    de jolies filles aux cheveux hydratés

    sentant le clinique happy

    en solde chez la baie

    sortez vos parapluies

    elles s’écraseront lourdement au sol

    époussetteront la cendre de leurs robes

    pour remonter chez leurs amants

    les jambes tordues par l’impact

    les coudes les genoux

    les paumes en sang

    de la garnotte

    plein leurs blessures

    elles remonteront quand même

    et les garçons qu’elles rejoignent

    mettront sur leurs corps accidentés

    des band aids mickey mouse

    Chloé Savoie-Bernard, « prévision météorologique », Royaume scotch-tape, L'Hexagone, 2015.

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  • On me prend cute...

    On me prend cute...............Daphné B...

    on me prend cute

     

    pour ici

    ou pour emporter

     

    on me prend

    par la main

    en me disant

    c’est incroyable

     

    on me prend

    pour des poèmes qui parlent

    de d’autres filles que moi

    qui disent que ses lèvres

    c’est mille bonbons

     

    on me prend

    pour le resto le vino

    le pique-nique

     

    le brunch

    où il n’y a rien à dire

    tout à manger

     

    on me prend

    en amour non-stop

    avec personne pantoute

    Daphné B., « On me prend cute... », Bluetiful, Éditions de l’Écrou, 2015. 

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  • Ma terre je la prendrai...

    Ma terre je la prendrai............Natasha Kanapé Fontaine

    Ma terre je la prendrai dans ma main

    je la soignerai

    avec un pan

    ma jupe

    essuiera ses larmes noires

    mes cheveux ses joues creuses

    je la bercerai en ses tremblements

    je ne dors plus

    l’endormirai sur mes genoux

    et saluerai mes ancêtres de la main

    avec le bégaiement

    l’enfant à naître que je suis.

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  • Renouveau

    Les élans de la nuit
    Ont rouvert la plaie profonde de mon ennui
    Et j'ai plongé dans l'eau précieuse
    De ta jeunesse radieuse
    Je ne m y suis point noyé
    Mais j’y ai tout oublié
    Et par ma défunte mémoire
    C'est à toi à présent que je vais croire

    ( Poèmes De Mon Nouvel Âge, 1998, 2014, Nouvelle Édition 2016 )

    ****************

    L’Automne Indien

    Les orages de l’été se sont éloignés
    Et j’ai sauté par-dessus les barrières rousses
    De l’automne indien
    D’où tu me reviens
    Toi
    Avec tes grands yeux
    Si fabuleux

    Ami De Jadis   

    Ô ami de jadis 
    J'ignore ton nom d'artiste
    Tu me jouas si bien la comédie
    Que je la préférai à la vie
    Sur les places des villes il y a parfois ta musique
    Et l’Éternel me dit que tu es triste  

    L’Éternel écoute ma prière
    Je ne suis pas fait que de bois
    Mais aussi d'un métal qui ne rouille pas
    Mon âme est acérée
    Par l'usure des vieux baisers

    *****************

    Lèvres Ouvertes 

    Guerriers de l'espérance
    Nous avons pris tous les matins comme des dimanches
    A l'orée de la nuit
    Pourtant nous guettaient tous nos ennemis
    Et la lune agitait son flambeau blafard
    Au-dessus des rues de mon hasard
    J'entendais les murmures des ruisseaux lointains
    J'attendais les poupées au visage mutin  

    Il n y avait ici aucun rêve
    Je brisais simplement la froideur de mes lèvres 

    ****************

    La Vie De Demain

    La paix silencieuse de demain
    Sera faite de l'ignorance d'aujourd'hui
    Lourde fatalité léguée par nos pères guerriers
    A l'aurore de l'avenir qui sommeille encore
    Et personne ne sait vraiment
    Si le serpent souterrain
    Des rêves humains
    Apparaîtra un jour à la lumière
    De ceux qui savent là-haut
    Et qui guident ma main
    Ma main qui écrit sans réfléchir
    Je ne vois rien
    La vie me vient
    Et surtout sans cesse elle me revient...

    ******************

    Ressource

    Le nid de ma tendresse
    Est perché là-haut au sommet d'une idée fabuleuse
    J'y vole vole vole pour y voler maints baisers rudes
    Que me donne l'aurore diamantée
    De mon indépendance

    Ô mon domaine fertile
    Comme tu es lointain

    Et pourtant toujours j'en reviens
    Avec des anges gardiens
    Très habiles
    Bien que fragiles

    Appels divins
    Qui me touchent délicatement
    Valeurs clignotantes hésitantes
    L'amitié et l'amour se confondent agréablement
    Ciel humain toujours prêt à frémir
    À pleurer ou à rire

    ************

    À Chacun Sa Joie

    À chaque jour suffit sa joie
    Et à chacun suffit sa voie
    Va toujours vers ce qui te plaît
    Mais ne regarde jamais à côté...

    ******************

    Délivrance

    Mon ami mon frère
    Que puis-je pour ta misère

    Au seuil de la mort
    Je vois encore souffrir ton corps
    Et je te cache mon immense tristesse
    En te donnant maladroitement ma tendresse

    Mes yeux sauront-ils te dire mon amour
    Ne serait-ce qu’un instant très court
    Pour qu’à la seconde fatale
    Tu t’en souviennes comme d’une étoile

    Dans mon coeur tu seras toujours né
    Tu brilleras pour moi dans la gloire de l’éternité...

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