• Nues

    Au regard frivoles les nues 
    Se refusent selon la nuit 
    Vers l'aurore sans plus de bruit 
    Dormez chère étoile ingénue

    Sous les arbres de l'avenue 
    Les amours ne sont plus gratuits 
    Au regard frivoles les nues 
    Se refusent selon la nuit

    Deux étoiles à demi nues 
    Semblables soeurs nées à minuit 
    Chacune son tour nous conduit 
    À des adresses inconnues 
    De vos regards frivoles nues
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  • Randonnée sur la Tournette.

    Randonnée sur la Tournette.......Marie Laborde 2019

    De la roche façonnée par la nature délicatement,

    Aux coloris de miels divers au soleil levant,

    Elle offre un délicieux spectacle dans un ciel plein de clarté

    Que les ombres et lumières peignent de tons panachés.

    Quel bonheur d'opposer le vert de la végétation proche

    Au gris bleuté des Alpes lointaines où les sommets s'effilochent.

    La luminosité du firmament révèle des portions enneigées,

    Des coulées platines se fondent dans le minéral bleuté.

    Par endroits les couches basaltiques se superposent,

    Dame nature nous émerveille de ses charmes grandioses.

    Plus bas, le rocher granité propose des nuances crayeuses

    Où les plantes aiment pousser et restituent des teintes doucereuses.

    Des petits lacs neigeux remplissent les creux rocheux.

    Le soleil viendra-t-il perturber la quiétude du lieu

    En transformant le blanc opalin en spectaculaire eau bleue ?

    Hélas non car le terrain pentu libérera le fluide aqueux.

    Plus l'escalade nous transporte vers le ciel brumeux,

    L'émotion d'un panorama gigantesque devient fabuleux.

    Des coulées de lave figées par l'altitude et sa froideur

    Soumettent au regard des tableaux surréalistes enchanteurs.

    Des fleurs sublimes agrémentent les pierres de leur beauté

    Puis les mouflons habitués ne semblent pas effrayés.

    Enfin le spectacle tant attendu s'étale à nos pieds,

    Le magnifique lac d'Annecy étire son ruban bleuté

    Et la cascade d'Angon se laisse aller du haut de la falaise

    En infimes gouttelettes blanches au murmure qui nous apaise.

    Le bonheur final, c'est le lac d'Annecy extraordinaire

    Il déploie sa surface azurée dans un grandiose pastel de lumière.

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  • Pluie

    Il pleut. J'entends le bruit égal des eaux ;
    Le feuillage, humble et que nul vent ne berce,
    Se penche et brille en pleurant sous l'averse ;
    Le deuil de l'air afflige les oiseaux.

    La bourbe monte et trouble la fontaine, 
    Et le sentier montre à nu ses cailloux. 
    Le sable fume, embaume et devient roux ; 
    L'onde à grands flots le sillonne et l'entraîne.

    Tout l'horizon n'est qu'un blême rideau ; 
    La vitre tinte et ruisselle de gouttes ; 
    Sur le pavé sonore et bleu des routes 
    Il saute et luit des étincelles d'eau.

    Le long d'un mur, un chien morne à leur piste, 
    Trottent, mouillés, de grands boeufs en retard ; 
    La terre est boue et le ciel est brouillard ; 
    L'homme s'ennuie : oh ! que la pluie est triste !
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  • Contemplation

    Tu es, tout d'un coup : voici tout ce que tu es : 
    Ton essence vraie et ta multiple hypostase : 
    Tes noms ; tes tributs ; l'orbe que ton orbe écrase :
    Contemplation qui se résout en extase :

    Tu es lourd de science et plus léger que fumée.
    Pénétrant et fin comme esprit et les échos.
    Tu es riche d'ans : ô Premier né du Chaos. 
    Tu sais discerner l'imbécile et le héros.

    Glacial. Confortant. Diviné. Divinateur. 
    Un. Exorbitant. Contemplé. Contemplateur. 
    En qui tout s'anime. En qui tout revient et meurt. 
    Entendu. Nombreux. Parfum, musique et couleur.

    Double. Dôme et Dieu. Temple formé de ta voûte. 
    Triple, Centuplé du lieu des Dix-mille routes. 
    Père soucieux de tous les êtres qu'envoûte 
    Ton globe parfait profondément dur et beau.
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  • Les amants de Montmorency

    Etaient-ils malheureux, Esprits qui le savez !
    Dans les trois derniers jours qu'ils s'étaient réservés ?
    Vous les vîtes partir tous deux, l'un jeune et grave,
    L'autre joyeuse et jeune. Insouciante esclave,
    Suspendue au bras droit de son rêveur amant,
    Comme à l'autel un vase attaché mollement,
    Balancée en marchant sur sa flexible épaule
    Comme la harpe juive à la branche du saule ;
    Riant, les yeux en l'air, et la main dans sa main,
    Elle allait, en comptant les arbres du chemin,
    Pour cueillir une fleur demeurait en arrière,
    Puis revenait à lui, courant dans la poussière,
    L'arrêtait par l'habit pour l'embrasser, posait
    Un oeillet sur sa tête, et chantait, et jasait
    Sur les passants nombreux, sur la riche vallée
    Comme un large tapis à ses pieds étalée ;
    Beau tapis de velours chatoyant et changeant,
    Semé de clochers d'or et de maisons d'argent,
    Tout pareils aux jouets qu'aux enfants on achète
    Et qu'au hasard pour eux par la chambre l'on jette.
    Ainsi, pour lui complaire, on avait sous ses pieds
    Répandu des bijoux brillants, multipliés
    En forme de troupeaux, de village aux toits roses
    Ou bleus, d'arbres rangés, de fleurs sous l'onde écloses,
    De murs blancs, de bosquets bien noirs, de lacs bien verts
    Et de chênes tordus par la poitrine ouverts.
    Elle voyait ainsi tout préparé pour elle :
    Enfant, elle jouait, en marchant, toute belle,
    Toute blonde, amoureuse et fière ; et c'est ainsi
    Qu'ils allèrent à pied jusqu'à Montmorency.

    Ils passèrent deux jours d'amour et d'harmonie,
    De chants et de baisers, de voix, de lèvre unie,
    De regards confondus, de soupirs bienheureux,
    Qui furent deux moments et deux siècles pour eux.
    La nuit on entendait leurs chants ; dans la journée
    Leur sommeil ; tant leur âme était abandonnée
    Aux caprices divins du désir ! Leurs repas
    Etaient rares, distraits ; ils ne les voyaient pas.
    Ils allaient, ils allaient au hasard et sans heures,
    Passant des champs aux bois, et des bois aux demeures,
    Se regardant toujours, laissant les airs chantés
    Mourir, et tout à coup restaient comme enchantés.
    L'extase avait fini par éblouir leur âme,
    Comme seraient nos yeux éblouis par la flamme.
    Troublés, ils chancelaient, et le troisième soir,
    Ils étaient enivrés jusques à ne rien voir
    Que les feux mutuels de leurs yeux. La nature
    Etalait vainement sa confuse peinture
    Autour du front aimé, derrière les cheveux
    Que leurs yeux noirs voyaient tracés dans leurs yeux bleus.
    Ils tombèrent assis, sous des arbres ; peut-être ... 
    Ils ne le savaient pas. Le soleil allait naître
    Ou s'éteindre... Ils voyaient seulement que le jour
    Etait pâle, et l'air doux, et le monde en amour...
    Un bourdonnement faible emplissait leur oreille
    D'une musique vague, au bruit des mers pareille,
    E formant des propos tendres, légers, confus,
    Que tous deux entendaient, et qu'on n'entendra plus.
    Le vent léger disait de la voix la plus douce :
    " Quand l'amour m'a troublé, je gémis sous la mousse. "
    Les mélèzes touffus s'agitaient en disant :
    " Secouons dans les airs le parfum séduisant
    " Du soir, car le parfum est le secret langage
    " Que l'amour enflammé fait sortir du feuillage. "
    Le soleil incliné sur les monts dit encor :
    " Par mes flots de lumière et par mes gerbes d'or
    " Je réponds en élans aux élans de votre âme ;
    " Pour exprimer l'amour mon langage est la flamme."
    Et les fleurs exhalaient de suaves odeurs,
    Autant que les rayons de suaves ardeurs ;
    Et l'on eût dit des voix timides et flûtées
    Qui sortaient à la fois des feuilles veloutées ;
    Et, comme un seul accord d'accents harmonieux,
    Tout semblait s'élever en choeur jusques aux cieux ;
    Et ces voix s'éloignaient, en rasant les campagnes,
    Dans les enfoncements magiques des montagnes ;
    Et la terre, sous eux, palpitait mollement,
    Comme le flot des mers ou le coeur d'un amant ;
    Et tout ce qui vivait, par un hymne suprême,
    Accompagnait leurs voix qui se disaient : " Je t'aime. "

    Or c'était pour mourir qu'ils étaient venus là.
    Lequel des deux enfants le premier en parla ?
    Comment dans leurs baisers vint la mort ? Quelle balle
    Traversa les deux coeurs d'une atteinte inégale
    Mais sûre ? Quels adieux leurs lèvres s'unissant
    Laissèrent s'écouler avec l'âme et le sang ?
    Qui le saurait ? Heureux celui dont l'agonie
    Fut dans les bras chéris avant l'autre finie !
    Heureux si nul des deux ne s'est plaint de souffrir !
    Si nul des deux n'a dit : " Qu'on a peine à mourir ! "
    Si nul des deux n'a fait, pour se lever et vivre,
    Quelque effort en fuyant celui qu'il devait suivre ;
    Et, reniant sa mort, par le mal égaré,
    N'a repoussé du bras l'homicide adoré ?
    Heureux l'homme surtout, s'il a rendu son âme,
    Sans avoir entendu ces angoisses de femme,
    Ces longs pleurs, ces sanglots, ces cris perçants et doux
    Qu'on apaise en ses bras ou sur ses deux genoux,
    Pour un chagrin ; mais si la mort les arrache,
    Font que l'on tord ses bras, qu'on blasphème, qu'on cache
    Dans ses mains son front pâle et son coeur plein de fiel,
    Et qu'on se prend du sang pour le jeter au ciel. -
    Mais qui saura leur fin ? -
    Sur les pauvres murailles
    D'une auberge où depuis on fit leurs funérailles,
    Auberge où pour une heure ils vinrent se poser
    Ployant l'aile à l'abri pour toujours reposer,
    Sur un vieux papier jaune, ordinaire tenture,
    Nous avons lu des vers d'une double écriture,
    Des vers de fou, sans rime et sans mesure. - Un mot
    Qui n'avait pas de suite était tout seul en haut ;
    Demande sans réponse, énigme inextricable,
    Question sur la mort. - Trois noms, sur une table,
    Profondément gravés au couteau. - C'était d'eux
    Tout ce qui demeurait... et le récit joyeux
    D'une fille au bras rouge. " Ils n'avaient, disait-elle,
    Rien oublié. " La bonne eut quelque bagatelle
    Qu'elle montre en suivant leurs traces, pas à pas.
    Et Dieu ? - Tel est le siècle, ils n'y pensèrent pas.
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  • Les saints

    Les saints............

    Dreling, dreling, 
    C'est la fête de tous les Saints.

    On en connaît qui sont venus, 
    - dites, de quels pays d'or et d'ivoire ! -
    Depuis des temps que nul n'a retenus, 
    Dans ma contrée, en sa mémoire. 
    On en connaît qui sont partis de Trébizonde, 
    Dieu sait par quels chemins, 
    N'ayant pour seuls trésors au monde 
    Que deux lys clairs, entre leurs mains.

    Dreling, dreling, 
    C'est la tête de tous les Saints.

    J'en sais de très pauvres, mais très honnêtes, 
    Là-bas, au fond d'un bourg flamand, 
    Eloi, Bernard, Corneille, Amand, 
    Qui font le bien aux bêtes ; 
    Et quelques-uns laissés pour compte 
    Aux gens pieux qui vous le content, 
    En Campine, dans le pays amer, 
    Par des hommes qu'hallucinait la mer.

    Dreling, dreling, 
    C'est la fête de tous les Saints.

    D'autres règnent aux carrefours, 
    Où les commères les injurient, 
    A poings tendus, avec furie, 
    Dès qu'ils ajournent leurs secours ; 
    Et tels sont gras et tels sont maigres, 
    Les uns bossus, les autres droits, 
    Mais tous, revêtus d'or, comme autrefois 
    Les mages blancs et les rois nègres.

    Dreling, dreling, 
    C'est la fête de tous les Saints.

    En voici dont la pauvre image 
    Orne le môle d'un vieux port 
    Et que l'orage en ses doigts tord 
    Sur leur petit socle à ramages ; 
    D'autres sont là, près du bois sourd, 
    Dans une niche au creux d'un frêne, 
    D'où leur tête d'un poids trop lourd 
    A chu dans l'eau de leur fontaine.

    Mais qu'importe qu'ils soient grandis 
    Ou rabaissés sur cette terre, 
    Saints de la pluie ou du tonnerre 
    Ne sont-ils pas au paradis ? 
    Aussi, pour ne froisser personne, ont-ils choisi 
    Leur fête en or, au temps précis, 
    Où les vents d'ouest, par les champs cornent, 
    Le premier jour du grand mois morne.
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  • Le rendez-vous solitaire

    Emprunte aux oiseaux leur auberge 
    Au feuillage d'ardoise tendre ! 
    Loin des fatigues, ma cycliste, 
    Qui t'épanouis sur nos berges, 
    Future fleur comme Narcisse,

    Tu sembles toi-même t'attendre ! 
    Mais pour que nul gêneur ne vienne
    Je nomme la Marne gardienne, 
    Ô peu chaste, de tes appâts. 
    La Marne fera les cent pas.

    Si son eau douce va semblant 
    Plus douce et plus chaste que d'autres, 
    Ses désirs pourtant sont les nôtres :
    Voir bouillir à l'heure du thé 
    Que l'on prend en pantalon blanc,

    Au soleil, ta virginité !
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  • Tout m'est dueil, tout m'est desplaisir

    Tout m'est dueil, tout m'est desplaisir

    Tout m'est dueil, tout m'est desplaisir,
    Car, jour de ma vie, ung plaisir
    Je n'eus d'Amours ne de Fortune. 
    Je me voys offrant à chascune,
    Mais nulle ne me veult choysir.

    Puisqu'Ennuy faict mon coeur moysir, 
    Et Rigueur me faict bas gésir, 
    Et que tel mal sur moy impugne, 
    Tout m'est dueil.

    Mort sans pitié, viens moy saisir, 
    Plus tost que tard, si as loysir, 
    Puisqu'à chascun tu es commune ; 
    Car, pour en aymer bien fort une 
    Qui ne veult plaire à mon désir, 
    Tout m'est dueil.
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  • La muse malade

    Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?
    Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
    Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
    La folie et l'horreur, froides et taciturnes.

    Le succube verdâtre et le rose lutin
    T'ont-ils versé la peur et l'amour de leurs urnes ?
    Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin,
    T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnes ?

    Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé
    Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
    Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques,

    Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
    Où règnent tour à tour le père des chansons,
    Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.
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