• En ce jour que le bois, le champ, le pré verdoie, 

    En ce jour que le bois, le champ, le pré verdoie, ..............

    En ce jour que le bois, le champ, le pré verdoie, 
    Et qu’en signe d’un vert tant désirable et gai, 
    Avec maint ardent vœu l’amant plante son mai 
    Pour marque que l’amour reverdissant flamboie, 
      
    Le ciel au lieu de moi dedans ton cœur envoie 
    Pour mai un bon vouloir, et verdoyant, et vrai, 
    Ayant vraie racine et qui sans long délai 
    Porte à tous deux un fruit d’heur, d’amour et de joie. 
      
    En un Printemps d’amour l’égard trop froidureux 
    Des biens ne fasse naître un hiver malheureux. 
    Aux riches nonchalants on voit les biens décroître ; 
      
    Au cœur et noble et vrai, par peine le bien croît ; 
    Si par l’égard des biens le cœur des tiens décroît, 
    Par tel mai fais leur cœur et mon espoir recroître. 
      
    ************

    Déposé par Cochonfucius le 16 mars 2017 

    Le seigneur Azazel 
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    Je m’en vais au désert qui jamais ne verdoie ; 
    Mon frère, offert à Dieu, qu’il est paisible et gai ! 
    Je m’en vais au jardin que ne fleurit point mai, 
    Sur lequel un soleil de cruauté flamboie. 

    Au Seigneur Azazel, aujourd’hui, l’on m’envoie, 
    Car ce qui est écrit est respectable et vrai ; 
    Pas de bénédiction et pas de long délai, 
    Pas de repas festif, pas d’amour, pas de joie. 

    Le désert, dès le soir, se montre froidureux, 
    Mais ce n’est pas à moi d’en être malheureux, 
    Les péchés d’Israël vont grâce à moi décroître ; 

    Générations de boucs dont le mérite croît, 
    Préfigurant la mort du charpentier en croix, 
    Qui demain, au désert, élèvera son cloître.

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  • MAD’MOISELLE, ÉCOUTEZ-MOI DONC
    RENGAINE

    MAD’MOISELLE, ÉCOUTEZ-MOI DONC..............(collaborations) ***


        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir un verre de madère 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir un Amer Picon 
      
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas ; 
    Je n’ bois pas tout ça, je n’ bois que d’ l’eau claire 
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas ; 
    Je rentre chez moi, j’ demeure à deux pas. 
      
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ veux pas vous emm’ner aux Dix-huit Marmites 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    Venez avec moi dîner chez Bignon, 
      
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas 
    Quand j’ai faim, je mange des pommes frites 
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas ; 
    Car chez mes parents, je prends tous mes r’pas. 
      
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir un corset d’ baleine 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ vous offre un corset avec du coton. 
      
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas ; 
    Un corset pour moi, vrai, c’est pas la peine 
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas ; 
    J’ n’en ai pas besoin, gardez vot’ taff’tas. 
      
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir un p’tit porte-veine 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir un petit-cochon. 
      
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas 
    J’achète des bijoux trent’ sous la douzaine 
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas 
    J’achète des p’tites bagues à vingt-cinq sous l’ tas. 
      
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir une petite calèche 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir un p’tit phaéton. 
      
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas 
    J’ fais mes cours’s à pied, j’ suis pas un’ dussèche 
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas 
    J’aim’ mieux les prom’nad’s en voiture à bras. 
      
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous offrir des meubl’s en bois d’ rose 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    J’ voudrais vous meubler un petit salon. 
      
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas 
    Pour me contente, il n’ faut pas grand-chose 
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas 
    Gardez vos tapis, vos rideaux d’ damas. 
      
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    Chez moi, j’ vous laiss’rai porter la culotte 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    Chez moi, j’ vous laiss’rai porter l’ pantalon. 
      
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas ; 
    Si vous continuez, j’ vous flanque un’ calotte 
        Non, monsieur, je n’ vous écoute pas ; 
    Si vous continuez, j’ vais taper dans l’ tas. 
      
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
    Laissez-moi presser votre taill’ de guêpe 
        Mad’moiselle, écoutez-moi donc ! 
                        (Gifle à l’Orchestre
    Sacredié, Madam’, j’ vous d’mande bien pardon ! 
      

    Aristide Bruant, Jules Jouy
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  • MELANCHOLIA

      

    Écoutez. Une femme au profil décharné, 
    Maigre, blême, portant un enfant étonné, 
    Est là qui se lamente au milieu de la rue. 
    La foule, pour l’entendre, auprès d’elle se rue. 
    Elle accuse quelqu’un, une autre femme, ou bien 
    Son mari. Ses enfants ont faim. Elle n’a rien ; 
    Pas d’argent ; pas de pain ; à peine un lit de paille. 
    L’homme est au cabaret pendant qu’elle travaille. 
    Elle pleure, et s’en va. Quand ce spectre a passé, 
    Ô penseurs, au milieu de ce groupe amassé, 
    Qui vient de voir le fond d’un cœur qui se déchire, 
    Qu’entendez-vous toujours ? Un long éclat de rire. 
      
    Cette fille au doux front a cru peut-être, un jour, 
    Avoir droit au bonheur, à la joie, à l’amour. 
    Mais elle est seule, elle est sans parents, pauvre fille ! 
    Seule ! — n’importe ! elle a du courage, une aiguille, 
    Elle travaille, et peut gagner dans son réduit, 
    En travaillant le jour, en travaillant la nuit, 
    Un peu de pain, un gîte, une jupe de toile. 
    Le soir, elle regarde en rêvant quelque étoile, 
    Et chante au bord du toit tant que dure l’été. 
    Mais l’hiver vient. Il fait bien froid, en vérité, 
    Dans ce logis mal clos tout en haut de la rampe ; 
    Les jours sont courts, il faut allumer une lampe ; 
    L’huile est chère, le bois est cher, le pain est cher. 
    Ô jeunesse ! printemps ! aube ! en proie à l’hiver ! 
    La faim passe bientôt sa griffe sous la porte, 
    Décroche un vieux manteau, saisit la montre, emporte 
    Les meubles, prend enfin quelque humble bague d’or ; 
    Tout est vendu ! L’enfant travaille et lutte encor ; 
    Elle est honnête ; mais elle a, quand elle veille, 
    La misère, démon, qui lui parle à l’oreille. 
    L’ouvrage manque, hélas ! cela se voit souvent. 
    Que devenir ? Un jour, ô jour sombre ! elle vend 
    La pauvre croix d’honneur de son vieux père, et pleure ; 
    Elle tousse, elle a froid. Il faut donc qu’elle meure ! 
    À dix-sept ans ! grand Dieu ! mais que faire ?... — Voilà 
    Ce qui fait qu’un matin la douce fille alla 
    Droit au gouffre, et qu’enfin, à présent, ce qui monte 
    À son front, ce n’est plus la pudeur, c’est la honte. 
    Hélas ! et maintenant, deuil et pleurs éternels ! 
    C’est fini. Les enfants, ces innocents cruels, 
    La suivent dans la rue avec des cris de joie. 
    Malheureuse ! elle traîne une robe de soie, 
    Elle chante, elle rit... ah ! pauvre âme aux abois ! 
    Et le peuple sévère, avec sa grande voix, 
    Souffle qui courbe un homme et qui brise une femme, 
    Lui dit quand elle vient : « C’est toi ? Va-t’en, infâme ! » 
      
    Un homme s’est fait riche en vendant à faux poids ; 
    La loi le fait juré. L’hiver, dans les temps froids, 
    Un pauvre a pris un pain pour nourrir sa famille. 
    Regardez cette salle où le peuple fourmille ; 
    Ce riche y vient juger ce pauvre. Écoutez bien. 
    C’est juste, puisque l’un a tout et l’autre rien. 
    Ce juge, — ce marchand, — fâché de perdre une heure, 
    Jette un regard distrait sur cet homme qui pleure, 
    L’envoie au bagne, et part pour sa maison des champs. 
    Tous s’en vont en disant : « C’est bien ! » bons et méchants ; 
    Et rien ne reste là qu’un Christ pensif et pâle, 
    Levant les bras au ciel dans le fond de la salle. 
      
    Un homme de génie apparaît. Il est doux, 
    Il est fort, il est grand ; il est utile à tous ; 
    Comme l’aube au-dessus de l’océan qui roule, 
    Il dore d’un rayon tous les fronts de la foule ; 
    Il luit ; le jour qu’il jette est un jour éclatant ; 
    Il apporte une idée au siècle qui l’attend ; 
    Il fait son œuvre ; il veut des choses nécessaires, 
    Agrandir les esprits, amoindrir les misères ; 
    Heureux, dans ses travaux dont les cieux sont témoins, 
    Si l’on pense un peu plus, si l’on souffre un peu moins ! 
    Il vient. — Certe, on le va couronner ! — On le hue ! 
    Scribes, savants, rhéteurs, les salons, la cohue, 
    Ceux qui n’ignorent rien, ceux qui doutent de tout, 
    Ceux qui flattent le roi, ceux qui flattent l’égout, 
    Tous hurlent à la fois et font un bruit sinistre. 
    Si c’est un orateur ou si c’est un ministre, 
    On le siffle. Si c’est un poète, il entend 
    Ce chœur : « Absurde ! faux ! monstrueux ! révoltant ! » 
    Lui, cependant, tandis qu’on bave sur sa palme, 
    Debout, les bras croisés, le front levé, l’œil calme, 
    Il contemple, serein, l’idéal et le beau ; 
    Il rêve ; et, par moments, il secoue un flambeau 
    Qui, sous ses pieds, dans l’ombre, éblouissant la haine, 
    Éclaire tout à coup le fond de l’âme humaine ; 
    Ou, ministre, il prodigue et ses nuits et ses jours ; 
    Orateur, il entasse efforts, travaux, discours ; 
    Il marche, il lutte ! Hélas ! l’injure ardente et triste, 
    À chaque pas qu’il fait, se transforme et persiste. 
    Nul abri. Ce serait un ennemi public, 
    Un monstre fabuleux, dragon ou basilic, 
    Qu’il serait moins traqué de toutes les manières, 
    Moins entouré de gens armés de grosses pierres, 
    Moins haï ! — Pour eux tous et pour ceux qui viendront, 
    Il va semant la gloire, il recueille l’affront. 
    Le progrès est son but, le bien est sa boussole ; 
    Pilote, sur l’avant du navire il s’isole ; 
    Tout marin, pour dompter les vents et les courants, 
    Met tour à tour le cap sur des points différents, 
    Et, pour mieux arriver, dévie en apparence ; 
    Il fait de même ; aussi blâme et cris ; l’ignorance 
    Sait tout, dénonce tout ; il allait vers le nord, 
    Il avait tort ; il va vers le sud, il a tort ; 
    Si le temps devient noir, que de rage et de joie ! 
    Cependant, sous le faix sa tête à la fin ploie, 
    L’âge vient, il couvait un mal profond et lent, 
    Il meurt. L’envie alors, ce démon vigilant, 
    Accourt, le reconnaît, lui ferme la paupière, 
    Prend soin de le clouer de ses mains dans la bière, 
    Se penche, écoute, épie en cette sombre nuit 
    S’il est vraiment bien mort, s’il ne fait pas de bruit, 
    S’il ne peut plus savoir de quel nom on le nomme, 
    Et, s’essuyant les yeux, dit : « C’était un grand homme ! » 
      
    Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? 
    Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ? 
    Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ? 
    Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ; 
    Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement 
    Dans la même prison le même mouvement. 
    Accroupis sous les dents d’une machine sombre, 
    Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre, 
    Innocents dans un bagne, anges dans un enfer, 
    Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer. 
    Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue. 
    Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue. 
    Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las. 
    Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas ! 
    Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes, 
    Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! » 
    Ô servitude infâme imposée à l’enfant ! 
    Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant 
    Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée, 
    La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée, 
    Et qui ferait — c’est là son fruit le plus certain — 
    D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin ! 
    Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre, 
    Qui produit la richesse en créant la misère, 
    Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil ! 
    Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? » 
    Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme, 
    Une âme à la machine et la retire à l’homme ! 
    Que ce travail, haï des mères, soit maudit ! 
    Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit, 
    Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème ! 
    Ô Dieu ! qu’il soit maudit au nom du travail même, 
    Au nom du vrai travail, saint, fécond, généreux, 
    Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux ! 
      
    Le pesant chariot porte une énorme pierre ; 
    Le limonier, suant du mors à la croupière, 
    Tire, et le roulier fouette, et le pavé glissant 
    Monte, et le cheval triste a le poitrail en sang. 
    Il tire, traîne, geint, tire encore et s’arrête ; 
    Le fouet noir tourbillonne au-dessus de sa tête ; 
    C’est lundi ; l’homme hier buvait aux Porcherons 
    Un vin plein de fureur, de cris et de jurons ; 
    Oh ! quelle est donc la loi formidable qui livre 
    L’être à l’être, et la bête effarée à l’homme ivre ! 
    L’animal éperdu ne peut plus faire un pas ; 
    Il sent l’ombre sur lui peser ; il ne sait pas, 
    Sous le bloc qui l’écrase et le fouet qui l’assomme, 
    Ce que lui veut la pierre et ce que lui veut l’homme. 
    Et le roulier n’est plus qu’un orage de coups 
    Tombant sur ce forçat qui traîne des licous, 
    Qui souffre et ne connaît ni repos ni dimanche. 
    Si la corde se casse, il frappe avec le manche, 
    Et, si le fouet se casse, il frappe avec le pied ; 
    Et le cheval, tremblant, hagard, estropié, 
    Baisse son cou lugubre et sa tête égarée ; 
    On entend, sous les coups de la botte ferrée, 
    Sonner le ventre nu du pauvre être muet ! 
    Il râle ; tout à l’heure encore il remuait ; 
    Mais il ne bouge plus, et sa force est finie ; 
    Et les coups furieux pleuvent ; son agonie 
    Tente un dernier effort ; son pied fait un écart, 
    Il tombe, et le voilà brisé sous le brancard ; 
    Et, dans l’ombre, pendant que son bourreau redouble, 
    Il regarde Quelqu’un de sa prunelle trouble ; 
    Et l’on voit lentement s’éteindre, humble et terni, 
    Son œil plein des stupeurs sombres de l’infini, 
    Où luit vaguement l’âme effrayante des choses. 
    Hélas ! 
      
                  Cet avocat plaide toutes les causes ; 
    Il rit des généreux qui désirent savoir 
    Si blanc n’a pas raison, avant de dire noir ; 
    Calme, en sa conscience il met ce qu’il rencontre, 
    Ou le sac d’argent Pour, ou le sac d’argent Contre ; 
    Le sac pèse pour lui ce que la cause vaut. 
    Embusqué, plume au poing, dans un journal dévot, 
    Comme un bandit tuerait, cet écrivain diffame. 
    La foule hait cet homme et proscrit cette femme ; 
    Ils sont maudits. Quel est leur crime ? Ils ont aimé. 
    L’opinion rampante accable l’opprimé, 
    Et, chatte aux pieds des forts, pour le faible est tigresse. 
    De l’inventeur mourant le parasite engraisse. 
    Le monde parle, assure, affirme, jure, ment, 
    Triche, et rit d’escroquer la dupe Dévouement. 
    Le puissant resplendit et du destin se joue ; 
    Derrière lui, tandis qu’il marche et fait la roue, 
    Sa fiente épanouie engendre son flatteur. 
    Les nains sont dédaigneux de toute leur hauteur. 
    Ô hideux coins de rue où le chiffonnier morne 
    Va, tenant à la main sa lanterne de corne, 
    Vos tas d’ordures sont moins noirs que les vivants ! 
    Qui, des vents ou des cœurs, est le plus sûr ? Les vents. 
    Cet homme ne croit rien et fait semblant de croire ; 
    Il a l’œil clair, le front gracieux, l’âme noire ; 
    Il se courbe ; il sera votre maître demain. 
      
    Tu casses des cailloux, vieillard, sur le chemin ; 
    Ton feutre humble et troué s’ouvre à l’air qui le mouille ; 
    Sous la pluie et le temps ton crâne nu se rouille ; 
    Le chaud est ton tyran, le froid est ton bourreau ; 
    Ton vieux corps grelottant tremble sous ton sarrau ; 
    Ta cahute, au niveau du fossé de la route, 
    Offre son toit de mousse à la chèvre qui broute ; 
    Tu gagnes dans ton jour juste assez de pain noir 
    Pour manger le matin et pour jeûner le soir ; 
    Et, fantôme suspect devant qui l’on recule, 
    Regardé de travers quand vient le crépuscule, 
    Pauvre au point d’alarmer les allants et venants, 
    Frère sombre et pensif des arbres frissonnants, 
    Tu laisses choir tes ans ainsi qu’eux leur feuillage ; 
    Autrefois, homme alors dans la force de l’âge, 
    Quand tu vis que l’Europe implacable venait, 
    Et menaçait Paris et notre aube qui naît, 
    Et, mer d’hommes, roulait vers la France effarée, 
    Et le Russe et le Hun sur la terre sacrée 
    Se ruer, et le nord revomir Attila, 
    Tu te levas, tu pris ta fourche ; en ces temps-là, 
    Tu fus, devant les rois qui tenaient la campagne, 
    Un des grands paysans de la grande Champagne. 
    C’est bien. Mais, vois, là-bas, le long du vert sillon, 
    Une calèche arrive, et, comme un tourbillon, 
    Dans la poudre du soir qu’à ton front tu secoues, 
    Mêle l’éclair du fouet au tonnerre des roues. 
    Un homme y dort. Vieillard, chapeau bas ! Ce passant 
    Fit sa fortune à l’heure où tu versais ton sang ; 
    Il jouait à la baisse, et montait à mesure 
    Que notre chute était plus profonde et plus sûre ; 
    Il fallait un vautour à nos morts ; il le fut ; 
    Il fit, travailleur âpre et toujours à l’affût, 
    Suer à nos malheurs des châteaux et des rentes ; 
    Moscou remplit ses prés de meules odorantes ; 
    Pour lui, Leipsick payait des chiens et des valets, 
    Et la Bérésina charriait un palais ; 
    Pour lui, pour que cet homme ait des fleurs, des charmilles,
    Des parcs dans Paris même ouvrant leurs larges grilles, 
    Des jardins où l’on voit le cygne errer sur l’eau, 
    Un million joyeux sortit de Waterloo ; 
    Si bien que du désastre il a fait sa victoire, 
    Et que, pour la manger, et la tordre, et la boire, 
    Ce Shaylock, avec le sabre de Blucher, 
    A coupé sur la France une livre de chair. 
    Or, de vous deux, c’est toi qu’on hait, lui qu’on vénère ; 
    Vieillard, tu n’es qu’un gueux, et ce millionnaire, 
    C’est l’honnête homme. Allons, debout, et chapeau bas ! 
      
    Les carrefours sont pleins de chocs et de combats. 
    Les multitudes vont et viennent dans les rues. 
    Foules ! sillons creusés par ces mornes charrues : 
    Nuit, douleur, deuil ! champ triste où souvent a germé 
    Un épi qui fait peur à ceux qui l’ont semé ! 
    Vie et mort ! onde où l’hydre à l’infini s’enlace ! 
    Peuple océan jetant l’écume populace ! 
    Là sont tous les chaos et toutes les grandeurs ; 
    Là, fauve, avec ses maux, ses horreurs, ses laideurs, 
    Ses larves, désespoirs, haines, désirs, souffrances, 
    Qu’on distingue à travers de vagues transparences, 
    Ses rudes appétits, redoutables aimants, 
    Ses prostitutions, ses avilissements, 
    Et la fatalité de ses mœurs imperdables, 
    La misère épaissit ses couches formidables. 
    Les malheureux sont là, dans le malheur reclus. 
    L’indigence, flux noir, l’ignorance, reflux, 
    Montent, marée affreuse, et, parmi les décombres, 
    Roulent l’obscur filet des pénalités sombres. 
    Le besoin fuit le mal qui le tente et le suit, 
    Et l’homme cherche l’homme à tâtons ; il fait nuit ; 
    Les petits enfants nus tendent leurs mains funèbres ; 
    Le crime, antre béant, s’ouvre dans ces ténèbres ; 
    Le vent secoue et pousse, en ses froids tourbillons, 
    Les âmes en lambeaux dans les corps en haillons ; 
    Pas de cœur où ne croisse une aveugle chimère. 
    Qui grince des dents ? L’homme. Et qui pleure ? La mère. 
    Qui sanglote ? La vierge aux yeux hagards et doux. 
    Qui dit : « J’ai froid ? » L’aïeule. Et qui dit : « J’ai faim ? » Tous ! 
    Et le fond est horreur, et la surface est joie. 
    Au-dessus de la faim, le festin qui flamboie, 
    Et sur le pâle amas des cris et des douleurs, 
    Les chansons et le rire et les chapeaux de fleurs ! 
    Ceux-là sont les heureux. Ils n’ont qu’une pensée : 
    À quel néant jeter la journée insensée ? 
    Chiens, voitures, chevaux ! cendre au reflet vermeil ! 
    Poussière dont les grains semblent d’or au soleil ! 
    Leur vie est aux plaisirs sans fin, sans but, sans trêve, 
    Et se passe à tâcher d’oublier dans un rêve 
    L’enfer au-dessous d’eux et le ciel au-dessus. 
    Quand on voile Lazare, on efface Jésus. 
    Ils ne regardent pas dans les ombres moroses. 
    Ils n’admettent que l’air tout parfumé de roses, 
    La volupté, l’orgueil, l’ivresse, et le laquais, 
    Ce spectre galonné du pauvre, à leurs banquets. 
    Les fleurs couvrent les seins et débordent des vases. 
    Le bal, tout frissonnant de souffles et d’extases, 
    Rayonne, étourdissant ce qui s’évanouit ; 
    Éden étrange fait de lumière et de nuit. 
    Les lustres au plafond laissent pendre leurs flammes, 
    Et semblent la racine ardente et pleine d’âmes 
    De quelque arbre céleste épanoui plus haut. 
    Noir paradis dansant sur l’immense cachot ! 
    Ils savourent, ravis, l’éblouissement sombre 
    Des beautés, des splendeurs, des quadrilles sans nombre, 
    Des couples, des amours, des yeux bleus, des yeux noirs. 
    Les valses, visions, passent dans les miroirs. 
    Parfois, comme aux forêts la fuite des cavales, 
    Les galops effrénés courent ; par intervalles, 
    Le bal reprend haleine ; on s’interrompt, on fuit, 
    On erre, deux à deux, sous les arbres sans bruit ; 
    Puis, folle, et rappelant les ombres éloignées, 
    La musique, jetant les notes à poignées, 
    Revient, et les regards s’allument, et l’archet, 
    Bondissant, ressaisit la foule qui marchait. 
    Ô délire ! et, d’encens et de bruit enivrées, 
    L’heure emporte en riant les rapides soirées, 
    Et les nuits et les jours, feuilles mortes des cieux. 
    D’autres, toute la nuit, roulent les dés joyeux, 
    Ou bien, âpre, et mêlant les cartes qu’ils caressent, 
    Où des spectres riants ou sanglants apparaissent, 
    Leur soif de l’or, penchée autour d’un tapis vert, 
    Jusqu’à ce qu’au volet le jour bâille entr’ouvert, 
    Poursuit le pharaon, le lansquenet ou l’hombre ; 
    Et, pendant qu’on gémit et qu’on frémit dans l’ombre 
    Pendant que les greniers grelottent sous les toits, 
    Que les fleuves, passants pleins de lugubres voix, 
    Heurtent aux grands quais blancs les glaçons qu’ils charrient, 
    Tous ces hommes contents de vivre, boivent, rient, 
    Chantent ; et, par moments, on voit, au-dessus d’eux, 
    Deux poteaux soutenant un triangle hideux, 
    Qui sortent lentement du noir pavé des villes... — 
      
    Ô forêts ! bois profonds ! solitudes ! asiles ! 
      

    Paris, juillet 1838.
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  • À JEANNE

      
    Je suis triste ; le sort est dur ; tout meurt, tout passe ; 
    Les êtres innocents marchent dans de la nuit ; 
    Tu n’en sais rien ; tu ris d’écouter dans l’espace 
    Ce qui chante, et de voir ce qui s’épanouit ; 
      
    Toi, tu ne connais pas le destin ; tu chuchotes 
    On ne sait quoi devant l’Ignoré ; tu souris 
    Devant l’effarement des sombres don Quichottes 
    Et devant la sueur des pâles Jésus-Christs. 
      
    Tu ne sais pas pourquoi je songe, pourquoi tombe 
    Kesler à Guernesey, Ribeyrolle au Brésil ; 
    Jeanne, tu ne sais pas ce que c’est que la tombe, 
    Jeanne, tu ne sais pas ce que c’est que l’exil. 
      
    Certes, si je pensais que j’assombris ton âme, 
    Je ne dirais point toutes ces choses-là ; 
    Mais, vois-tu, bien qu’avril dore à sa pure flamme 
    Ton front, que Dieu pour moi tout exprès étoila, 
      
    Quoique le ciel ait l’aube et mon cœur ton sourire, 
    Jeanne, la vie est morne, et l’on gémit parfois ; 
    Puisque tu n’as qu’un an, je puis bien tout te dire, 
    Tu comprends seulement la douceur de ma voix. 
      

                                                               

    16 août 1870.
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  • LE FUMEUX HORIZON...

    LE FUMEUX HORIZON................François Mauriac (1885-1970)

      
    Le fumeux horizon et ses roses fanées, 
    Et les tons adoucis du ciel crépusculaire 
    Ont évoqué les soirs de ma douzième année... 
    On s’endormait, l’été, dans la chambre encor claire. 
    Les doigts unis étroitement au scapulaire, 
    — Les veilles de congés et la prière dite 
    On s’endormait, pour être au lendemain plus vite... 
      
    Mon enfance où la vie était simple et réglée, 
    Avec quelle douceur ce soir t’a rappelée ! 
    Je veux vous évoquer, ô fatigues divines 
    Dans les greniers brûlants, au long des cache-cache, 
    Dimanches de juillet, jardin, azur sans tâche, 
    Rires sous les chapeaux de paille des cousines... 
    ... La barque s’accrochait aux herbes du vivier 
    Et le goûter, dans le fruitier, fleurait la poire. 
      
    La voiture, le soir, grinçait sur le gravier. 
    La lanterne, au tournant où l’allée était noire, 
    Apparaissait... et l’on interrompait l’histoire. 
    On s’endormait dans la Victoria. Ma mère 
    En route commençait à dire la prière 
    Afin que nous fussions au lit, un peu plus vite. 
    Mais moi, je regardais sur les talus bleuis 
    L’ombre de nos chevaux, trop grande ou trop petite, 
    Et que nous étions, d’arbre en arbre, poursuivis 
    Par la lune... et je me disais : la lune vole... 
    Paisible, je posais mon front sur ton épaule, 
    Ô Mère murmurant les mots des litanies, 
    Et m’éveillais, quand la prière était finie. 
      
    « Voici le jour des prix et la fin de l’année », 
    Me disais-je, évoquant les calmes Pyrénées, 
    Les casinos et leurs splendeurs imaginées, 
    Le parc, où l’on peut lire, en grand secret, des livres. 
    Le soleil sur les hauts sommets où il neigea... 
    Mon simple cœur d’enfant vous pressentait déjà 
    Ô musique inconnue, amour, douceur de vivre ! 
      

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  • Hier, par une après-midi 

     

    Hier, par une après-midi .............

    Hier, par une après-midi 
    Où le soleil regaillardi 
    Luisait dans un ciel attiédi, 
      
    Et dans la splendeur qu’il étale 
    Comme une ville orientale 
    Baignait la froide capitale ; 
      
    Comme j’errais, le nez au vent, 
    Dans la rue au tableau mouvant, 
    En flaneur naïf et savant, 
      
    Je vis sur l’asphalte élastique 
    D’un trottoir aristocratique 
    Une vivante et fantastique 
      
    Parisienne au pas léger, 
    Type dont rêve l’étranger ! 
    Femme qu’on ne peut, sans changer 
      
    Aussitôt sa route et la suivre, 
    Rencontrer, tant on devient ivre 
    La voyant se mouvoir et vivre ; 
      
    Tant à ses petits pieds vainqueurs, 
    Infatigables remorqueurs, 
    Elle sait attacher les cœurs ! 
      
    Mise, par ma foi ! comme en mise 
    De bal, aussi bien qu’en chemise, 
    Elle seule sait être mise, 
      
    Dans la foule, au milieu du bruit, 
    Sous la voilette où son œil luit, 
    Discernant très bien qui la suit, 
      
    Et sachant que d’elle on s’occupe, 
    Feignant de soulever sa jupe, 
    Un jeu dont on est toujours dupe ; 
      
    Avec un air fin et discret, 
    Dont Gavarni sut le secret, 
    Et des mouvements qu’on dirait, 
      
    À voir, avec le vol des manches, 
    Le tangage amoureux des hanches 
    Ravis aux goélettes blanches ; 
      
    Idéal qui passe, rêvé 
    Longtemps, qu’on croit enfin trouvé, 
    Enchanteresse du pavé ! 
      
    Dans la soie et dans la dentelle 
    Elle allait et, se hâtait-elle, 
    Qu’on se demandait : où va-t-elle ? 
      
    Quel est son but et son dessein ? 
    Dans l’éblouissant magasin 
    Où l’étoffe au riche dessin 
      
    Dans mille glaces se reflète, 
    Irait-elle, pour sa toilette, 
    Faire quelque importante emplette ; 
      
    Ou bien, afin de se cacher 
    D’un mari qui peut la chercher, 
    Disant « au galop » au cocher, 
      
    Se jeter dans une voiture, 
    Et partir, folle créature, 
    Pour une galante aventure ; 
      
    Ou bien encore, dans un lieu 
    Triste et nu, sans lampe ni feu, 
    Où la faim tend les bras vers Dieu, 
      
    Porter le seul pain qu’on y mange ? 
    Car, on le sait, cet être étrange, 
    S’il n’est un démon est un ange. 
      
    Peut-être aussi par ce soleil 
    Sorti souriant et vermeil 
    Des froides brumes du sommeil, 
      
    Ne veut-elle parmi les brises, 
    Hors du foyer aux ombres grises 
    Et les rayons — douces surprises — 
      
    Que se promener simplement. 
    Tout à coup, je ne sais comment 
    Et comme par enchantement, 
      
    Bien que des yeux je ne quittasse 
    Cette fée au pas plein de grâce, 
    Je perdis tout à fait sa trace ! 
      
    Le but qu’elle pouvait avoir 
    Était-ce Plaisir ou Devoir ? 
    Je ne devais pas le savoir. 

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  • JUIF


      
    Quelqu’un qui jamais ne se trompe, 
    M’appelle juif... Moi, juif ? Pourquoi ? 
    Je suis chrétien, sans que je rompe 
    Le pain bénit à son de trompe, 
    Bien qu’en mon trou... je reste coi. 
      
    Je sais juif, ah ! c’est bien possible ! 
    Je n’ai le nez spirituel 
    Ni l’air résigné d’une cible ; 
    Je ne montre un cœur insensible. 
    Tout juif est-il en Israël ? 
      
    Mais si juif signifie avare 
    Économisant sur le suif, 
    Sur l’eau qui pourtant n’est pas rare 
    Sur une corde de guitare, 
    Je me fais honneur d’être juif. 
      
    Je prends pour moi seul cette injure, 
    Quoique je ne possède rien ; 
    Je me l’écris sur la figure 
    En trois mots, sans une rature ; 
    Voyez : je suis juif. Lisez bien. 
      
    Regardez-moi : ma barbe est sale 
    Comme en chaire un prédicateur 
    Qui vide une fosse nasale, 
    Et j’ai l’aspect froid d’une stalle, 
    Dans le temple où prêche un pasteur. 
      
    Moi, juif, je mens, je calomnie, 
    Comme un misérable chrétien, 
    Lorsqu’à tort il affirme ou nie, 
    Ou qu’il dispute, ô vilenie ! 
    En parlant du mien et du tien ; 
      
    J’adore un veau d’or... dans ma bague, 
    Le veau qu’on débite en bijoux ; 
    Au seul mot d’argent, je divague, 
    Comme le catholique vague 
    Qui ne se passe de joujoux ; 
      
    Moi, fils de ceux qui portaient l’Arche, 
    Je ris, et je laisse périr, 
    Je perds la foi du patriarche, 
    Comme tout un peuple qui marche 
    Vers l’ombre où le corps doit pourrir. 
      
    Moi, juif, je doute de mon âme, 
    Moi, juif, je doute de l’Amour, 
    Je ne suis sûr que de ma femme, 
    (N’est-ce pas étrange, Madame ?) 
    Comme bien des... maris du jour. 
      
    Car elle se fout de la vogue 
    Qu’a tout argument inventé 
    Par notre science un peu rogne ; 
    Elle aime mieux la synagogue 
    Si fraîche, dès l’aube, en été. 
      
    Elle est blanche, elle a sur les tempes 
    Une perruque où rit sa fleur ; 
    Faite à souhait pour les estampes ; 
    Quand elle adore sous les lampes 
    Dans ses voiles d’une couleur ; 
      
    Elle se consume en prières, 
    Conservant, sans en rien verser, 
    L’eau de ses croyances entières, 
    Car... une douzaine de pierres 
    Ça suffit pour recommencer. 
      
    Jérusalem les garde encore, 
    Salomon les reçut du Ciel 
    Qu’avec des larmes elle implore ; 
    Comme une juive que j’adore, 
    L’épouse de Nathaniel. 
      
    Ce qu’on admire fort sur elle, 
    C’est l’honneur de faire de l’art 
    Par une pente naturelle, 
    Pas pour vendre son aquarelle, 
    Ni pour manger un peu de lard. 
      
    J’ai pu contempler sa peinture, 
    Dans une salle au Luxembourg : 
    C’est très bien peint d’après nature ; 
    C’est avec l’eau, sous la toiture, 
    Ça me semble, un coin de faubourg. 
      
    Sur la cimaise elle est sous verre, 
    Je puis donc y mettre un baiser 
    Loin des yeux du gardien sévère ; 
    Bref, l’art charmant qu’elle sait faire, 
    C’est, comme il sied, pour s’amuser. 
      
    Cela ne fait l’ombre d’un doute 
    Pour tous, dans la société ; 
    Oui, ma belle Mignonne, écoute, 
    Elle pourrait épater toute 
    La pâle catholicité. 
      
    Tiens ! En veux-tu rien qu’un exemple ? 
    Que le sultan soit décavé, 
    Et trouve sa poche bien ample : 
    « Vends-les-nous, ces pierres du Temple », 
    Et Notre-Seigneur a rêvé ! 
      
    Je suis juif ! ah ! ce nom m’inonde 
    De sa plus sainte émotion ! 
    Souffre que pour eux je réponde : 
    La plus noble race du monde, 
    Ce sont les juifs de nation. 
      
    Eux, au moins, ont du caractère ; 
    Ils sont, oui, par les traits de feu 
    Du Décalogue salutaire, 
    Le plus grand peuple de la Terre ! 
    N’est-ce pas vrai, ça, nom de Dieu ! 
      
    Sotte habitude, oui, sur mon âme, 
    Bonne au plus pour les ateliers ; 
    Excusez moi, si je m’en blâme. 
    Et si vous m’entendez, Madame, 
    Que je me prosterne à vos pieds. 
      

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  • STANCES

    À Cloris


    S’il est vrai, Cloris, que tu m’aimes, 
    Mais j’entends que tu m’aimes bien, 
    Je ne crois point que les Rois mêmes 
    Ayent un heur comme le mien : 
    Que la mort serait importune 
    De venir changer ma fortune 
    À la félicité des Dieux ! 
    Tout ce qu’on dit de l’ambroisie 
    Ne touche point ma fantaisie 
    Au prix des grâces de tes yeux. 
      
    Sur mon âme il m’est impossible 
    De passer un jour sans te voir, 
    Qu’avec un tourment plus sensible 
    Qu’un damné n’en saurait avoir. 
    Le sort qui menaça ma vie, 
    Quand les cruautés de l’envie 
    Me firent éloigner du Roi, 
    M’exposant à tes yeux en proie, 
    Me donna beaucoup plus de joie 
    Qu’il ne m’avait donné d’effroi. 
      
    Que je me plus dans ma misère, 
    Que j’aimai mon bannissement ! 
    Mes ennemis ne valent guère 
    De me traiter si doucement. 
    Cloris, prions que leur malice 
    Fasse bien durer mon supplice ; 
    Je ne veux point partir d’ici, 
    Quoi que mon innocence endure, 
    Pourvu que ton amour me dure, 
    Que mon exil me dure aussi. 
      
    Je jure l’Amour et sa flamme, 
    Que les doux regards de Cloris 
    Me font déjà trembler dans l’âme, 
    Quand on me parle de Paris : 
    Insensé je commence à craindre 
    Que mon Prince me va contraindre 
    À souffrir que je sois remis ; 
    Vous qui le mîtes en colère, 
    Si vous l’empêchez de le faire 
    Vous n’êtes plus mes ennemis. 
      
    Toi qui si vivement pourchasses 
    Les remèdes de mon retour, 
    Prends bien garde quoi que tu fasses 
    De ne point fâcher mon amour. 
    Arrête un peu, rien ne me presse, 
    Ton soin vaut moins que ta paresse, 
    Me bien servir, c’est m’affliger : 
    Je ne crains que ta diligence, 
    Et prépare de la vengeance 
    À qui tâche de m’obliger. 
      
    Il te semble que c’est un songe 
    D’entendre que je m’aime ici, 
    Et que le chagrin qui me ronge 
    Vienne d’un amoureux souci : 
    Tu penses que je ne respire 
    Que de savoir où va l’Empire, 
    Que devient ce peuple mutin ; 
    Et quand Rome se doit résoudre 
    À faire partir une foudre 
    Qui consomme le Palatin. 
      
    Toutes ces guerres insensées, 
    Je les trouve fort à propos ; 
    Ce ne sont point là les pensées 
    Qui s’opposent à mon repos, 
    Quelques maux qu’apportent les armes, 
    Un amant verse peu de larmes 
    Pour fléchir le courroux divin ; 
    Pourvu que Cloris m’accompagne, 
    Il me chaut peu que l’Allemagne 
    Se noie de sang ou de vin. 
      
    Et combien qu’un appas funeste 
    Me traîne aux pompes de la Cour, 
    Et que tu sais bien qu’il me reste 
    Un soin d’y retourner un jour : 
    Quoique la fortune apaisée 
    Se rendît à mes vœux aisée, 
    Aujourd’hui je ne pense pas, 
    Soit-il le Roi qui me rappelle, 
    Que je puisse m’éloigner d’elle, 
    Sans trouver la mort sur mes pas. 
      
    Mon esprit est forcé de suivre 
    L’aimant de son divin pouvoir, 
    Et tout ce que j’appelle vivre, 
    C’est de lui parler, et la voir. 
    Quand Cloris me fait bon visage, 
    Les tempêtes sont sans nuage, 
    L’air le plus orageux est beau ; 
    Je ris quand le tonnerre gronde, 
    Et ne crois point que tout le monde 
    Soit capable de mon tombeau. 
      
    La félicité la plus rare 
    Qui flatte mon affection, 
    C’est que Cloris n’est point avare 
    De caresse et de passion. 
    Le bonheur nous tourne en coutume, 
    Nos plaisirs sont sans amertume, 
    Nous n’avons ni courroux ni fard ; 
    Nos trames sont toutes de soie, 
    Et la Parque après tant de joie 
    Ne les peut achever que tard. 

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  • CHANSON


    Est-ce à jamais, folle espérance, 
    Que tes infidèles appas 
    M’empêcheront la délivrance 
    Que me propose le trépas ? 
      
    La raison veut, et la nature, 
    Qu’après le mal vienne le bien ; 
    Mais en ma funeste aventure, 
    Leurs règles ne servent de rien. 
      
    C’est fait de moi, quoi que je fasse ; 
    J’ai beau plaindre et beau soupirer, 
    Le seul remède en ma disgrâce, 
    C’est qu’il n’en faut point espérer. 
      
    Une résistance mortelle 
    Ne m’empêche point son retour ; 
    Quelque Dieu qui brûle pour elle 
    Fait cet injure à mon amour. 
      
    Ainsi trompé de mon attente, 
    Je me consume vainement, 
    Et les remèdes que je tente 
    Demeurent sans évènement. 
      
    Toute nuit enfin se termine, 
    La mienne seule a ce destin, 
    Que d’autant plus qu’elle chemine, 
    Moins elle approche du matin. 
      
    Adieu donc, importune peste, 
    À qui j’ai trop donné de foi ; 
    Le meilleur avis qui me reste, 
    C’est de me séparer de toi. 
      
    Sors de mon âme, et t’en va suivre 
    Ceux qui désirent de guérir ; 
    Plus tu me conseilles de vivre, 
    Plus je me résous de mourir. 

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