• LE CONSOLATEUR...J.G.Blais  

     

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  • SUCCUBE

     

                Elle valait tout un sérail !
    Théophile Gautier.


    Quoi ! tu veux retarder le moment du bonheur !
    Alphonse Brot.


      
      
    Je rêvais, l’autre nuit, qu’aux splendeurs des orages, 
    Sur le parquet mouvant d’un salon de nuages, 
    De terreur et d’amour puissamment tourmenté, 
    Avec une lascive et svelte Bohémienne, 
            Dans une valse aérienne, 
            Ivre et fou, j’étais emporté. 
      
    Comme mon bras cerclait sa taille fantastique ! 
    D’un sein que le velours comprimait élastique 
    Oh ! comme j’aspirais les irritants parfums ! 
    Et que j’étais heureux, lorsque, brusque et sauvage, 
            Le vent roulait sur mon visage 
            Les gerbes de ses cheveux bruns ! 
      
    Certes il y avait bonheur et poésie 
    Dans le spasme infernal, la chaude frénésie, 
    L’émoi luxurieux, le corrodant languir, 
    Qui mordaient, harcelaient nos âmes remuées, 
    En tournoyant ainsi sur les molles nuées 
            Que sous nos pieds nous sentions fuir ! 
      
    Oh ! pitié ! — je me meurs. — Pitié ! ma blanche fée ! 
    Disais-je d’une voix électrique, étouffée. 
    Regarde. — Tout mon corps palpite incandescent. — 
    Viens, viens, montons plus haut, montons dans une étoile ;
    — Et là, que ta beauté s’abandonne sans voile 
            À ma fougue d’adolescent ! 
      
    Un fou rire la prit..... rire désharmonique, 
    Digne de s’éployer au banquet satanique. 
    — J’eus le frisson, mes dents jetèrent des strideurs. — 
    Puis soudain, plus de fée à lubrique toilette ! 
            Plus rien dans mes bras qu’un squelette 
            M’étalant toutes ses hideurs ! 
      
    Oh ! comme en ton amour se complait ta valseuse ! 
    Murmurait sa voix rauque. Et sa poitrine osseuse 
    Pantelait de désir, râlait de volupté. 
    Et puis toujours, toujours, de nuage en nuage, 
            Avec elle au fort de l’orage, 
            Je bondissais épouvanté ! 
      
    Pour me débarrasser de sa luxure avide, 
    Je luttais vainement dans la brume livide : 
    De ses bras anguleux l’enlacement profond 
    S’incrustait dans mes chairs ruisselantes de fièvre, 
    Et les baisers aigus de sa bouche sans lèvre 
            M’incisaient la joue et le front. 
      
    Comme pour un adieu, dans ma sombre détresse, 
    Je criai tout-à-coup le nom de ma maîtresse..... 
    Quel trésor que ce nom ! quel divin talisman ! 
    Le spectre me lâcha pour s’enfuir d’orbe en orbe. 
    — Et, joyeux du réveil, je touchai mon théorbe, 
            Mon théorbe de nécroman. 
      
      

    1830.

     

     

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  • PANDÆMONIUM

      
    Société, vieux et sombre édifice, 
    Ta chute, hélas ! menace nos abris : 
    Tu vas crouler : point de flambeau qui puisse 
    Guider la foule à travers tes débris !
    Béranger.
        
    Bohémiens sans toits, sans bancs, 
    Sans existence engaînée, 
    Menant vie abandonnée, 
    Ainsi que des moineaux francs 
    Au chef d’une cheminée !
    Petrus Borel.


       

    I

      
    Pour un peintre moderne, à cette heure de lune, 
    Ce serait, sur mon âme, une bonne fortune 
    De pouvoir contempler avec recueillement 
    La scène radieuse au sombre encadrement, 
    Que le jeune atelier de Jehan, le statuaire, 
    Cache dans son magique et profond sanctuaire ! 
      
    Au centre de la salle, autour d’une urne en fer, 
    Digne émule en largeur des coupes de l’enfer, 
    Dans laquelle un beau punch, aux prismatiques flammes, 
    Semble un lac sulfureux qui fait houler ses lames, 
    Vingt jeunes hommes, tous artistes dans le cœur, 
    La pipe ou le cigare aux lèvres, l’œil moqueur, 
    Le temporal orné du bonnet de Phrygie, 
    En barbe jeune-France, en costume d’orgie, 
    Sont pachalesquement jetés sur un amas 
    De coussins dont maint siècle a troué le damas. 
      
    Et le sombre atelier n’a pour tout éclairage 
    Que la gerbe du punch, spiritueux mirage. 
      
    Quel pur ossianisme en ce couronnement 
    De têtes à front mat, dont le balancement 
    Nage au sein des flocons de vapeur musulmane 
    Qui des vingt calumets, comme un déluge, émane ! 
    Quelle étrange féerie en la profusion 
    Des diverses couleurs que l’ondulation 
    Des flammes fait jouer parmi ces chevelures, 
    Sur ces traits musculeux, ces mâles encolures ! 
      
    À travers les anneaux du groupe des viveurs, 
    Glissent quelques rayons vagues, douteux, rêveurs, 
    Qui s’en vont détacher des ombres fantastiques 
    Le spectre vacillant des objets artistiques, 
    Pêle-mêle en saillie à la paroi des murs. 
    Le plafond laisse voir, dans ses angles obscurs, 
    De poudreux mannequins, de jaunâtres squelettes, 
    De gothiques cimiers ; sur deux rangs de tablettes, 
    Serpente un clair-semé de bosses, d’oripeaux, 
    De papel espagnol, de médailles, de pots. 
    Aux bras d’un échafaud de bizarre structure, 
    Surgit pompeusement une œuvre de sculpture. 
    C’est un sujet biblique et tout oriental : 
    L’Esprit de la lumière, ange monumental, 
    Pousse d’un pied vainqueur, dans les limbes funèbres, 
    L’Esprit fallacieux qui préside aux ténèbres. 
      
    Si le tissu moiré du nuage odorant 
    Que la fumée élève était plus transparent, 
    Vous pourriez avec moi de ces pâles figures 
    Explorer à loisir les généreux augures. 
    Le développement capace de ces fronts, 
    Les rudes cavités de ces yeux de démons, 
    Ces lèvres où l’orgueil frémit, ces épidermes 
    Qu’un sang de lion revêt de tons riches et fermes, 
    Tout chez eux puissamment concourt à proclamer 
    Qu’ils portent dans leurs seins des cœurs prompts à s’armer 
    De haine virulente et de pitié morose, 
    Contre la bourgeoisie et le Code et la prose ; 
    Des cœurs ne dépensant leur exaltation 
    Que pour deux vérités : l’art et la passion !... 
      

    II

      
    Quand on vit que du punch s’éteignait le phosphore, 
    Mainte coupe d’argent, maint verre, mainte amphore, 
    Ainsi qu’une flottille au sein du bol profond, 
    Par un faisceau de bras furent coulés à fond. 
    Rivaux des Templiers du siècle des croisades, 
    Nos convives joyeux burent force rasades. 
    Chaque cerveau s’emplit de tumulte, et les voix 
    Prirent superbement la parole à la fois. 
      
    Alors un tourbillon d’incohérentes phrases, 
    De chaleureux devis, de tudesques emphases, 
    Se déroula, hurla, bondit au gré du rhum, 
    Comme une rauque émeute à travers un forum. 
      
    Vrai Dieu ! quels insensés dialogues ! — L’analyse 
    Devant tous ce chaos moral se scandalise. — 
    Comment vous révéler ce vaste encombrement 
    De pensers ennemis ; ce chaud bouillonnement 
    De fange et d’or ?... Comment douer d’une formule 
    Ces conversations d’enfer où s’accumule 
    Plus de charivari, de tempête et d’arroi 
    Que dans la conscience et les songes d’un roi ?... 
      
    Tenez, pour vous traduire en langue symbolique, 
    La monstruosité de ce métaphysique 
    Désordre, je vais vous susciter le tableau 
    D’un choc matériel, d’un physique fléau. 
      
    Représentez-vous donc une ville espagnole 
    Qu’un tremblement de terre épouvante et désole. 
    — Les balcons, les boudoirs des palais disloqués 
    S’en vont avec fracas tomber entrechoqués, 
    Avec tous leurs parfums, toutes leurs armoiries, 
    Dans les hideux égouts, les infectes voiries. 
    Des monuments chrétiens les dômes surdorés, 
    Leurs flèches de granit, leurs vitraux diaprés, 
    S’en vont rouler parmi les immondes masures 
    Du noir quartier des juifs, sale tripot d’usures. 
    Une procession de chastes capucins 
    Veut sortir pour combattre avec des hymnes saints 
    La rage du fléau : le fléau sarcastique 
    Vous l’enlève et la pousse en un lieu peu mystique 
    Où des filles de joie et d’ignobles truands 
    Festinent, de débauche et d’ivresse béants. 
    D’abomination, d’horreur tout s’enveloppe : 
    En un mot, l’on dirait un kaléidoscope 
    Immense, monstrueux, que l’Exterminateur 
    Fait tourner dans sa main de mystificateur. 
      
    Eh bien, dans leurs discours c’était même anarchie ! 
    — Les plus divins élans de morale énergie, 
    Les extases de gloire et d’immortalité, 
    Les vœux pour la patrie et pour la liberté, 
    Se noyaient, s’abîmaient dans le rire et le spasme 
    D’un scepticisme nu, tout lépré de sarcasme. 
    De beaux rêves d’amour qu’eût enviés Platon, 
    Trempaient leurs ailes d’ange au sordide limon 
    D’un cynisme plus laid, plus vil en ses huées, 
    Qu’un hôpital de fous et de prostituées ! 
    Coq-à-l’âne, rébus, sornettes, calembours, 
    Comme une mascarade échappée aux faubourgs, 
    Se ruaient à travers les plus graves colloques, 
    Et vous les flagellaient de plates équivoques ! 
    Enfin, c’était du siècle un fidèle reflet, 
    Un pandæmonium bien riche et bien complet !... 
      
    Pas n’est besoin, je crois, de dire que l’idée 
    De la femme planait, reine dévergondée, 
    Sur les mille fureurs de cet embrasement : 
    Qu’elle était en un mot son premier élément ! 
    — Et tout cela n’avait rien d’insolite. — La femme, 
    De tout ce qui se meut de sublime et d’infâme, 
    Dans les obscurités sans fond du cœur humain, 
    N’est-elle pas toujours corollaire germain, 
    Satellite flagrant, jaloux ?... n’est-ce pas elle 
    Qui, des yeux du dragon subissant l’étincelle, 
    Osa dévirginer dans un transport fatal, 
    L’arbre de la science et du bien et du mal ?... 
    Le creuset corrupteur où nos vices empirent, 
    C’est la femme !... l’étoile où nos vertus aspirent, 
    C’est elle également ! — De la création 
    La femme est à la fois l’opale et le haillon ! 
      

    III

       
    L’un des vingt, redressant sa tête qui fermente, 
    Pour lutter de vacarme avec cette tourmente, 
    D’une voix qui vibrait comme un grave Kinnor, 
    Se mit à réciter des strophes de Victor. 
      
    Bientôt on l’écouta. — C’était une série 
    De fragments détachés sur la chevalerie. 
    — Les sorcières dansaient en rond ; — les damoisels 
    Couraient bride abattue aux nobles carrousels ; 
    — Les couvents, les manoirs, les forts, les cathédrales, 
    Déployèrent à l’envi leurs pompes sculpturales ; — 
    La muse sur la scène amenait tour-à-tour 
    Des manteaux, des poignards, du sang... et de l’amour. 
      
    Et tous, énamourés de cette poésie 
    Qui pleuvait sur leurs sens en larmes d’ambroisie, 
    Se livraient de plein cœur à l’oscillation 
    D’une vertigineuse hallucination. 
    Il y avait dans l’air comme une odeur magique 
    De moyen-âge, — arôme ardent et névralgique, 
    Qui se collait à l’âme, imprégnait le cerveau, 
    Et faisait serpenter des frissons sur la peau. 
    Les reliques d’armure aux murailles pendues 
    Stridaient d’une façon bizarre ; — les statues 
    Tressaillaient sourdement sur leurs socles de bois, 
    Prises qu’elles étaient de glorieux émois, 
    En se sentant frôler par les ailes sonores 
    Des strophes de métal, lyriques météores : 
    — Comme sous les genêts d’un beau mail espagnol, 
    Parmi les promeneurs épandus sur le sol, 
    Les jeunes cavaliers tressaillaient quand la soie 
    Des manches de leur dame en passant les coudoie. 
      
    — Oh ! les anciens jours ! dit Reblo : les anciens jours ! 
    Oh ! comme je leur suis vendu ! comme toujours 
    Leur puissante beauté m’ensorcèle et m’enivre ! 
    Camarades, c’était là qu’il faisait bon vivre 
    Lorsqu’on avait des flots de lave dans le sang, 
    Du vampirisme à l’œil, des volontés au flanc ! 
    Dans les robustes mœurs de l’ère féodale, 
    — Véritables forêt vierge — dans ce dédale 
    De superstitions, d’originalités, 
    Tout homme à cœur de bronze, à rêves exaltés, 
    N’avait pas un seul jour à craindre l’atonie 
    D’une vie encastrée avec monotonie : 
    Les drames s’en venaient d’eux-mêmes le chercher, 
    Mainte grande aventure accourait s’ébaucher 
    Sous sa fougue d’artiste : — Avoir des aventures ! — 
    Oh ! c’est le paradis pour les fortes natures !... 
      
    Le fraternel cénacle ému jusques au fond 
    De ses os, écoutait dans un calme profond. 
    Les poitrines, d’extase et d’orgueil oppressées, 
    N’exhalaient aucun souffle, — et toutes les pensées 
    Montaient faire cortège à l’élan de Reblo, 
    Comme des bandouliers qui suivent un fallot. 
      

    IV  

    Après quelque silence, un visage mauresque 
    Leva tragiquement sa pâleur pittoresque, 
    Et, faisant osciller son regard de maudit 
    Sur le conventicule, avec douleur il dit : 
    — Certe, il faut avouer que notre fanatisme 
    De camaraderie est un anachronisme 
    Bien stérile et bien nul ! — Ce n’est plus qu’au désert 
    Qu’on peut en liberté rugir. — À quoi nous sert, 
    Dans une époque aussi banale que la nôtre, 
    D’être prêts à jouer nos têtes l’un pour l’autre ? — 
    Si, me jugeant très digne au fond de ma fierté 
    De marcher en dehors de la société, 
    Je plonge sans combat ma dague vengeresse 
    Au cou de l’insulteur de ma dame et maîtresse, 
    Les sots, les vertueux, les niais m’appelleront 
    Chacal... Tout d’une voix ils me décerneront 
    Les honneurs de la Grève ; et, si les camarades 
    Veulent pour mon salut faire les algarades, 
    Bourgeois, sergents de ville et valets de bourreau, 
    Avec moi les cloueront au banc du tombereau. — 
    Malice de l’enfer !... À nous la guillotine ! 
    À nous qu’aux œuvres d’art notre sang prédestine ! 
    À nous qui n’adorons rien que la trinité 
    De l’amour, de la gloire et de la liberté !... 
    Ciel et terre !... est-ce que les âmes de poète 
    N’auront pas quelque jour leur revanche complète ? 
    — Longtemps à deux genoux le populaire effroi 
    A dit : laissons passer la justice du roi. — 
    Ensuite on a crié, l’on crie encore : Place ! 
    La justice du peuple et de la raison passe. 
    — Est-ce qu’épris enfin d’un plus sublime amour, 
    L’homme régénéré ne criera pas un jour : 
    Devant l’Art-Dieu que tout pouvoir s’anéantisse. 
    Le poète s’en vient ; place pour sa justice ? — 
      
    — J’acclame volontiers à ton deuil solennel, 
    Dit au pérorateur l’architecte Noël. 
    Mais tout n’est pas servage en la sphère artistique : 
    Si nous ne possédons nulle force physique 
    Pour chasser de sa tour et mettre en désarroi 
    Le géant spadassin qu’on appelle la loi, 
    Les arsenaux de l’âme et de l’intelligence 
    Peuvent splendidement servir notre vengeance. 
    Attaquons sans scrupule, en son règne moral, 
    La lâche iniquité de l’ordre social. 
    Lançons le paradoxe ; affirmons, dans vingt tomes, 
    Que les mœurs, les devoirs ne sont que des fantômes. 
    Battons le mariage en brèche ; osons prouver 
    Que ce trafic impur ne tend qu’à dépraver 
    L’intellect et les sens ; qu’il glace et pétrifie 
    Tout ce qui lustre, adorne, accidente la vie. 
    Je sais bien que déjà plusieurs cerveaux d’airain, 
    S’emmantelant aussi d’un mépris souverain 
    Pour les vils préjugés de la foule insensée, 
    Se sont fait avant nous brigands de la pensée. 
    Mais, parmi la forêt de vénéneux roseaux 
    Que l’étang social couronne de ses eaux, 
    C’est à peine s’ils ont détruit une couleuvre. 
    Il serait glorieux de parachever l’œuvre, 
    Et de faire surgir, du fond de ce marais, 
    Une île de parfums et de platanes frais. — 
      
    — Silence !... écoutez tous, frères !... se mit à dire 
    Don José, l’œil en flamme et l’organe en délire : 
    Écoutez ! je m’en vais vous prouver largement 
    Que nous pouvons scinder, même physiquement, 
    De la société l’armure colossale, 
    Et de nos espadons rendre sa chair vassale !... 
    — Il n’est pas au néant descendu tout entier 
    Le divin moyen-âge : un fils, un héritier 
    Lui survit à jamais pour consoler les Gaules : 
    En vain mille rhéteurs ont lancé des deux pôles, 
    Leur malédiction sur ce fils immortel ; 
    Il les nargue, il les joue... or, ce dieu c’est le Duel. 
    — Voici ce que mon âme à vos âmes propose : — 
    Lorsqu’un de nous, armé pour une juste cause, 
    Du fleuret d’un chiffreur habile à ferrailler, 
    Aura subi l’atteinte en combat singulier, 
    Nous jetterons, brûlés d’une ire sainte et grande, 
    Dans l’urne du Destin tous les noms de la bande, 
    Et celui dont le nom le premier sortira, 
    Relevant le fleuret du vaincu, s’en ira 
    Combattre l’insolent gladiateur : s’il tombe, 
    Nous élirons encore un bravo sur sa tombe : 
    Si l’homme urbain s’obstine à poser en vainqueur, 
    Nous lui dépêcherons un troisième vengeur ; 
    Et toujours ainsi, jusqu’à l’heure expiatoire 
    Où le dé pour nos rangs marquera la victoire !... 
      

    V  

    Pendant que don José parlait, un râlement 
    Sympathique et flatteur circulait sourdement 
    Dans l’assemblée — et quand ses paroles cessèrent, 
    Les acclamations partirent, s’élancèrent 
    Avec plus de fracas, de fougue, de fureur 
    Qu’un Te Deum guerrier, sous le grand Empereur !... 
      
    Ce fut un long chaos de jurons, de boutades, 
    De hurrahs, de tollés et de rodomontades, 
    Dont les bruits jaillissant clairs, discordants et durs, 
    Comme une mitraillade allaient cribler les murs ! 
    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
      
    Et jusques au matin, les damnés jeunes-Frances 
    Nagèrent dans un flux d’indicibles démences, 
    — Échangeant leurs poignards — promettant de percer 
    L’abdomen des chiffreurs — jurant de dépenser 
    Leur âme à guerroyer contre le siècle aride. — 
    Tous, les crins vagabonds, l’œil sauvage et torride, 
    Pareils à des chevaux sans mors ni cavalier, 
    Tous hurlant et dansant dans le fauve atelier, 
    Ainsi que des pensers d’audace et d’ironie 
    Dans le crâne orageux d’un homme de génie !... 
      

    1833
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  • VIEILLES AMOURETTES

    VIEILLES AMOURETTES................ Jean Richepin (1849-1926).


      
    Aux prés de l’enfance on cueille 
    Les petites amourettes, 
    Qu’on jette au vent feuille à feuille 
    Ainsi que des pâquerettes. 
      
    On cueille dans ces prairies 
    Les voisines, les cousines, 
    Les amourettes fleuries 
    Et qui n’ont pas de racines. 
      
    Ô douce gerbe liée 
    Avec des rubans d’aurores. 
    Fraîche rosée oubliée, 
    Me parfumez-vous encore ? 
      
    Hélas ! bouquets éphémères, 
    Depuis cette heure lointaine 
    Combien de larmes amères 
    Ont coulé dans ma fontaine ! 
      
    Des choses se sont passées 
    Qui m’ont changé ma jeunesse 
    Beaucoup trop, ô trépassées, 
    Pour que je vous reconnaisse. 
      
    Le dur amour qui ravage 
    Dans mon cœur a pris racines, 
    Comme un grand rosier sauvage 
    Aux épines assassines. 
      
    Qu’êtes-vous près de ces roses 
    Sanglantes, éblouissantes, 
    Ô pâquerettes écloses 
    Dans les prés aux vertes sentes ? 
      
    Qu’est votre parfum qui rôde 
    Évaporé dans la brise, 
    Près de l’odeur âcre et chaude 
    Qui me pénètre et me grise ? 
      
    Ô mignonnes marguerites, 
    Enfantines amourettes, 
    Hélas ! mes pauvres petites, 
    Je ne sais plus qui vous êtes. 
      
    Dans de vagues mausolées, 
    Enfants blondes, rousses, brunes, 
    Pour moi vous dormez voilées 
    Au pays des vieilles lunes. 
      

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  • Le couchant flamboyait à travers les bruines .............Victor

    Le couchant flamboyait à travers les bruines 
    Comme le fronton d’or d’un vieux temple en ruines. 
                  L’arbre avait un frisson. 
    La mer au loin semblait, en ondes recourbée, 
    Une colonne torse en marbre vert, tombée 
                  Sur l’énorme horizon. 
      
    La vague, roue errante, et l’écume, cavale, 
    S’enfuyaient ; je voyais luire par intervalle 
                  Les cieux pleins de regards ; 
    Les flots allaient, venaient, couraient sans fin, sans nombre, 
    Et j’écoutais, penché sur le cirque de l’ombre, 
                  Le bruit de tous ces chars. 
      
    Lugubre immensité ! profondeurs redoutées ! 
    Tous sont là, les Satans comme les Prométhées, 
                  Ténébreux océans ! 
    Cieux, vous êtes l’abîme où tombent les génies, 
    Oh ! combien l’œil au fond des brumes infinies 
                  Aperçoit de géants ! 
      
    Ô vie, énigme, sphinx, nuit, sois la bienvenue ! 
    Car je me sens d’accord avec l’âme inconnue. 
                  Je souffre, mais je crois. 
    J’habite l’absolu, patrie obscure et sombre, 
    Pas plus intimidé dans tous ces gouffres d’ombre 
                  Que l’oiseau dans les bois. 
      
    Je songe, l’œil fixé sur l’incompréhensible. 
    Le zénith est fermé. Les justes sont la cible 
                  Du mensonge effronté ; 
    Le bien, qui semble aveugle, a le mal pour ministre. 
    Mais, rassuré, je vois sous la porte sinistre 
                  La fente de clarté. 
      

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  • Les magasins de la rue Vivienne................LAUTRÉAMONT ISIDORE DUCASSE(1846-1870)...

     étalent leurs richesses aux yeux émerveillés. Éclairés par de nombreux becs de gaz, les coffrets d’acajou et les montres en or répandent à travers les vitrines des gerbes de lumière éblouissante. Huit heures ont sonné à l’horloge de la Bourse : ce n’est pas tard ! À peine le dernier coup de marteau s’est-il fait entendre, que la rue, dont le nom a été cité, se met à trembler, et secoue ses fondements depuis la place Royale jusqu’au boulevard Montmartre. Les promeneurs hâtent le pas, et se retirent pensifs dans leurs maisons. Une femme s’évanouit et tombe sur l’asphalte. Personne ne la relève : il tarde à chacun de s’éloigner de ce parage. Les volets se referment avec impétuosité, et les habitants s’enfoncent dans leurs couvertures. On dirait que la peste asiatique a révélé sa présence. Ainsi, pendant que la plus grande partie de la ville se prépare à nager dans les réjouissances des fêtes nocturnes, la rue Vivienne se trouve subitement glacée par une sorte de pétrification. Comme un cœur qui cesse d’aimer, elle a vu sa vie éteinte. Mais, bientôt, la nouvelle du phénomène se répand dans les autres couches de la population, et un silence morne plane sur l’auguste capitale. Où sont-ils passés, les becs de gaz ? Que sont-elles devenues, les vendeuses d’amour ? Rien... la solitude et l’obscurité ! Une chouette, volant dans une direction rectiligne, et dont la patte est cassée, passe au-dessus de la Madeleine, et prend son essor vers la barrière du Trône, en s’écriant : « Un malheur se prépare. » Or, dans cet endroit que ma plume (ce véritable ami qui me sert de compère) vient de rendre mystérieux, si vous regardez du côté par où la rue Colbert s’engage dans la rue Vivienne, vous verrez, à l’angle formé par le croisement de ces deux voies, un personnage montrer sa silhouette, et diriger sa marche légère vers les boulevards. Mais, si l’on s’approche davantage, de manière à ne pas amener sur soi-même l’attention de ce passant, on s’aperçoit, avec un agréable étonnement, qu’il est jeune ! De loin on l’aurait pris en effet pour un homme mûr. La somme des jours ne compte plus, quand il s’agit d’apprécier la capacité intellectuelle d’une figure sérieuse. Je me connais à lire l’âge dans les lignes physiognomoniques du front : il a seize ans et quatre mois ! Il est beau comme la rétractilité des serres des oiseaux rapaces ; ou encore, comme l’incertitude des mouvements musculaires dans les plaies des parties molles de la région cervicale postérieure ; ou plutôt, comme ce piège à rats perpétuel, toujours retendu par l’animal pris, qui peut prendre seul des rongeurs indéfiniment, et fonctionner même caché sous la paille ; et surtout,comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! Mervyn, ce fils de la blonde Angleterre, vient de prendre chez son professeur une leçon d’escrime, et, enveloppé dans son tartan écossais, il retourne chez ses parents. C’est huit heures et demie, et il espère arriver chez lui à neuf heures : de sa part, c’est une grande présomption que de feindre d’être certain de connaître l’avenir. Quelque obstacle imprévu ne peut-il l’embarrasser dans sa route ? Et cette circonstance, serait-elle si peu fréquente, qu’il dût prendre sur lui de la considérer comme une exception ? Que ne considère-t-il plutôt, comme un fait anormal, la possibilité qu’il a eue jusqu’ici de se sentir dépourvu d’inquiétude et pour ainsi dire heureux ? De quel droit en effet prétendrait-il gagner indemne sa demeure, lorsque quelqu’un le guette et le suit par derrière comme sa future proie ? (Ce serait bien peu connaître sa profession d’écrivain à sensation, que de ne pas, au moins, mettre en avant, les restrictives interrogations après lesquelles arrive immédiatement la phrase que je suis sur le point de terminer.) Vous avez reconnu le héros imaginaire qui, depuis un long temps, brise par la pression de son individualité ma malheureuse intelligence ! Tantôt Maldoror se rapproche de Mervyn, pour graver dans sa mémoire les traits de cet adolescent ; tantôt, le corps rejeté en arrière, il recule sur lui-même comme le boomerang d’Australie, dans la deuxième période de son trajet, ou plutôt, comme une machine infernale. Indécis sur ce qu’il doit faire. Mais, sa conscience n’éprouve aucun symptôme d’une émotion la plus embryogénique, comme à tort vous le supposeriez. Je le vis s’éloigner un instant dans une direction opposée ; était-il accablé par le remords ? Mais, il revint sur ses pas avec un nouvel acharnement. Mervyn ne sait pas pourquoi ses artères temporales battent avec force, et il presse le pas, obsédé par une frayeur dont lui et vous cherchent vainement la cause. Il faut lui tenir compte de son application à découvrir l’énigme. Pourquoi ne se retourne-t-il pas ? Il comprendrait tout. Songe-t-on jamais aux moyens les plus simples de faire cesser un état alarmant ? Quand un rôdeur de barrières traverse un faubourg de la banlieue, un saladier de vin blanc dans le gosier et la blouse en lambeaux, si, dans le coin d’une borne, il aperçoit un vieux chat musculeux, contemporain des révolutions auxquelles ont assisté nos pères, contemplant mélancoliquement les rayons de la lune, qui s’abattent sur la plaine endormie, il s’avance tortueusement dans une ligne courbe, et fait signe à un chien cagneux, qui se précipite. Le noble animal de la race féline attend son adversaire avec courage, et dispute chèrement sa vie. Demain quelque chiffonnier achètera une peau électrisable. Que ne fuyait-il donc ? C’était si facile. Mais, dans le cas qui nous préoccupe actuellement, Mervyn complique encore le danger par sa propre ignorance. Il a comme quelques lueurs, excessivement rares, il est vrai, dont je ne m’arrêterai pas à démontrer le vague qui les recouvre ; cependant, il lui est impossible de deviner la réalité. Il n’est pas prophète, je ne dis pas le contraire, et il ne se reconnaît pas la faculté de l’être. Arrivé sur la grande artère, il tourne à droite et traverse le boulevard Poissonnière et le boulevard Bonne-Nouvelle. À ce point de son chemin, il s’avance dans la rue du Faubourg-Saint-Denis, laisse derrière lui l’embarcadère du chemin de fer de Strasbourg, et s’arrête devant un portail élevé, avant d’avoir atteint la superposition perpendiculaire de la rue Lafayette. Puisque vous me conseillez de terminer en cet endroit la première strophe, je veux bien, pour cette fois, obtempérer à votre désir. Savez-vous que, lorsque je songe à l’anneau de fer caché sous la pierre par la main d’un maniaque, un invincible frisson me passe par les cheveux ?

    II

    Il tire le bouton de cuivre, et le portail de l’hôtel moderne tourne sur ses gonds. Il arpente la cour, parsemée de sable fin, et franchit les huit degrés du perron. Les deux statues, placées à droite et à gauchecomme les gardiennes de l’aristocratique villa, ne lui barrent pas le passage. Celui qui a tout renié, père, mère, Providence, amour, idéal, afin de ne plus penser qu’à lui seul, s’est bien gardé de ne pas suivre les pas qui précédaient. Il l’a vu entrer dans un spacieux salon du rez-de-chaussée, aux boiseries de cornaline. Le fils de famille se jette sur un sofa, et l’émotion l’empêche de parler. Sa mère, à la robe longue et traînante, s’empresse autour de lui, et l’entoure de ses bras. Ses frères, moins âgés que lui, se groupent autour du meuble, chargé d’un fardeau ; ils ne connaissent pas la vie d’une manière suffisante, pour se faire une idée nette de la scène qui se passe. Enfin, le père élève sa canne, et abaisse sur les assistants un regard plein d’autorité. Appuyant le poignet sur les bras du fauteuil, il s’éloigne de son siège ordinaire, et s’avance, avec inquiétude, quoique affaibli par les ans, vers le corps immobile de son premier-né. Il parle dans une langue étrangère, et chacun l’écoute dans un recueillement respectueux : « Qui a mis le garçon dans cet état ? La Tamise brumeuse charriera encore une quantité notable de limon avant que mes forces soient complètement épuisées. Des lois préservatrices n’ont pas l’air d’exister dans cette contrée inhospitalière. Il éprouverait la vigueur de mon bras, si je connaissais le coupable. Quoique j’aie pris ma retraite, dans l’éloignement des combats maritimes, mon épée de commodore, suspendue à la muraille, n’est pas encore rouillée. D’ailleurs, il est facile d’en repasser le fil. Mervyn, tranquillise-toi ; je donnerai des ordres à mes domestiques, afin de rencontrer la trace de celui que, désormais, je chercherai, pour le faire périr de ma propre main. Femme, ôte toi de là, et va t’accroupir dans un coin ; tes yeux m’attendrissent, et tu ferais mieux de refermer le conduit de tes glandes lacrymales. Mon fils, je t’en supplie, réveille tes sens, et reconnais ta famille ; c’est ton père qui te parle... » La mère se tient à l’écart, et, pour obéir aux ordres de son maître, elle a pris un livre entre ses mains, et s’efforce de demeurer tranquille, en présence du danger que court celui que sa matrice enfanta. « ... Enfants, allez vous amuser dans le parc, et prenez garde, en admirant la natation des cygnes, de ne pas tomber dans la pièce d’eau... » Les frères, les mains pendantes, restent muets ; tous, la toque surmontée d’une plume arrachée à l’aile de l’engoulevent de la Caroline, avec le pantalon de velours s’arrêtant aux genoux, et les bas de soie rouge, se prennent par la main et se retirent du salon, ayant soin de ne presser le parquet d’ébène que de la pointe des pieds. Je suis certain qu’ils ne s’amuseront pas, et qu’ils se promèneront avec gravité dans les allées de platanes. Leur intelligence est précoce. Tant mieux pour eux. « ... Soins inutiles, je te berce dans mes bras, et tu es insensible à mes supplications. Voudrais-tu relever la tête ? J’embrasserai tes genoux, s’il le faut. Mais non... elle retombe inerte. » — « Mon doux maître, si tu le permets à ton esclave, je vais chercher dans mon appartement un flacon rempli d’essence de térébenthine, et dont je me sers habituellement quand la migraine envahit mes tempes, après être revenue du théâtre, ou lorsque la lecture d’une narration émouvante, consignée dans les annales britanniques de la chevaleresque histoire de nos ancêtres, jette ma pensée rêveuse dans les tourbières de l’assoupissement. » — « Femme, je ne t’avais pas donné la parole, et tu n’avais pas le droit de la prendre. Depuis notre légitime union, aucun nuage n’est venu s’interposer entre nous. Je suis content de toi, je n’ai jamais eu de reproches à te faire : et réciproquement. Va chercher dans ton appartement un flacon rempli d’essence de térébenthine. Je sais qu’il s’en trouve un dans les tiroirs de ta commode, et tu ne viendras pas me l’apprendre. Dépêche-toi de franchir les degrés de l’escalier en spirale, et reviens me trouver avec un visage content. » Mais la sensible Londonienne est à peine arrivée aux premières marches (elle ne court pas aussi promptement qu’une personne des classes inférieures) que déjà une de ses demoiselles d’atour redescend du premier étage, les joues empourprées de sueur, avec le flacon qui, peut-être, contient la liqueur de vie dans ses parois de cristal. La demoiselle s’incline avec grâce en présentant son offre, et la mère, avec sa démarche royale, s’est avancée vers les franges qui bordent le sofa, seul objet qui préoccupe sa tendresse. Le commodore, avec un geste fier, mais bienveillant, accepte le flacon des mains de son épouse. Un foulard d’Inde y est trempé, et l’on entoure la tête de Mervyn avec les méandres orbiculaires de la soie. Il respire des sels ; il remue un bras. La circulation se ranime, et l’on entend les cris joyeux d’un kakatoès des Philippines, perché sur l’embrasure de la fenêtre. « Qui va là ?... Ne m’arrêtez point... Où suis-je ? Est-ce une tombe qui supporte mes membres alourdis ? Les planches m’en paraissent douces... Le médaillon qui contient le portrait de ma mère, est-il encore attaché à mon cou ?... Arrière, malfaiteur, à la tête échevelée. Il n’a pu m’atteindre, et j’ai laissé entre ses doigts un pan de mon pourpoint. Détachez les chaînes des bouledogues, car, cette nuit, un voleur reconnaissable peut s’introduire chez nous avec effraction, tandis que nous serons plongés dans le sommeil. Mon père et ma mère, je vous reconnais, et je vous remercie de vos soins. Appelez mes petits frères. C’est pour eux que j’avais acheté des pralines, et je veux les embrasser. » À ces mots, il tombe dans un profond état léthargique. Le médecin, qu’on a mandé en toute hâte, se frotte les mains et s’écrie : « La crise est passée. Tout va bien. Demain votre fils se réveillera dispos. Tous, allez-vous-en dans vos couches respectives, je l’ordonne, afin que je reste seul à côté du malade, jusqu’à l’apparition de l’aurore et du chant du rossignol. » Maldoror, caché derrière la porte, n’a perdu aucune parole. Maintenant, il connaît le caractère des habitants de l’hôtel, et agira en conséquence. Il sait où demeure Mervyn, et ne désire pas en savoir davantage. Il a inscrit dans un calepin le nom de la rue et le numéro du bâtiment. C’est le principal. Il est sûr de ne pas les oublier. Il s’avance, comme une hyène, sans être vu, et longe les côtés de la cour. Il escalade la grille avec agilité, et s’embarrasse un instant dans les pointes de fer ; d’un bond, il est sur la chaussée. Il s’éloigne à pas de loup. « Il me prenait pour un malfaiteur, s’écrie-t-il : lui, c’est un imbécile. Je voudrais trouver un homme exempt de l’accusation que le malade a portée contre moi. Je ne lui ai pas enlevé un pan de son pourpoint, comme il l’a dit. Simple hallucination hypnagogique causée par la frayeur. Mon intention n’était pas aujourd’hui de m’emparer de lui ; car, j’ai d’autres projets ultérieurs sur cet adolescent timide. » Dirigez-vous du côté où se trouve le lac des cygnes ; et, je vous dirai plus tard pourquoi il s’en trouve un de complètement noir parmi la troupe, et dont le corps, supportant une enclume, surmontée du cadavre en putréfaction d’un crabe tourteau, inspire à bon droit de la méfiance à ses autres aquatiques camarades.

     

    III

     

    Mervyn est dans sa chambre ; il a reçu une missive. Qui donc lui écrit une lettre ? Son trouble l’a empêché de remercier l’agent postal. L’enveloppe a les bordures noires, et les mots sont tracés d’une écriture hâtive. Ira-t-il porter cette lettre à son père ? Et si le signataire le lui défend expressément ? Plein d’angoisse, il ouvre sa fenêtre pour respirer les senteurs de l’atmosphère ; les rayons du soleil reflètent leurs prismatiques irradiations sur les glaces de Venise et les rideaux de damas. Il jette la missive de côté, parmi les livres à tranche dorée et les albums à couverture de nacre, parsemés sur le cuir repoussé qui recouvre la surface de son pupitre d’écolier. Il ouvre son piano, et fait courir ses doigts effilés sur les touches d’ivoire. Les cordes de laiton ne résonnent point. Cet avertissement indirect l’engage à reprendre le papier vélin ; mais celui-ci recula, comme s’il avait été offensé de l’hésitation du destinataire. Prise à ce piège, la curiosité de Mervyn s’accroît et il ouvre le morceau de chiffon préparé. Il n’avait vu jusqu’à ce moment que sa propre écriture. « Jeune homme, je m’intéresse à vous ; je veux faire votre bonheur. Je vous prendrai pour compagnon, et nous accomplirons de longues pérégrinations dans les îles de l’Océanie. Mervyn, tu sais que je t’aime, et je n’ai pas besoin de te le prouver. Tu m’accorderas ton amitié, j’en suis persuadé. Quand tu me connaîtras davantage, tu ne te repentiras pas de la confiance que tu m’auras témoignée. Je te préserverai des périls que courra ton inexpérience. Je serai pour toi un frère, et les bons conseils ne te manqueront pas. Pour de plus longues explications, trouve-toi, après-demain matin, à cinq heures, sur le pont du Carrousel. Si je ne suis pas arrivé, attends-moi ; mais, j’espère être rendu à l’heure juste. Toi, fais de même. Un Anglais n’abandonnera pas facilement l’occasion de voir clair dans ses affaires. Jeune homme, je te salue, et à bientôt. Ne montre cette lettre à personne. » — « Trois étoiles au lieu d’une signature, s’écrie Mervyn ; et une tache de sang au bas de la page ! » Des larmes abondantes coulent sur les curieuses phrases que ses yeux ont dévorées, et qui ouvrent à son esprit le champ illimité des horizons incertains et nouveaux. Il lui semble (ce n’est que depuis la lecture qu’il vient de terminer) que son père est un peu sévère et sa mère trop majestueuse. Il possède des raisons qui ne sont pas parvenues à ma connaissance et que, par conséquent, je ne pourrais vous transmettre, pour insinuer que ses frères ne lui conviennent pas non plus. Il cache cette lettre dans sa poitrine. Ses professeurs ont observé que, ce jour-là, il n’a pas ressemblé à lui-même ; ses yeux se sont assombrisdémesurément, et le voile de la réflexion excessive s’est abaissé sur la région péri-orbitaire. Chaque professeur a rougi, de crainte de ne pas se trouver à la hauteur intellectuelle de son élève, et, cependant, celui-ci, pour la première fois, a négligé ses devoirs et n’a pas travaillé. Le soir, la famille s’est réunie dans la salle à manger, décorée de portraits antiques. Mervyn admire les plats chargés de viandes succulentes et les fruits odoriférants, mais, il ne mange pas ; les polychromes ruissellements des vins du Rhin et le rubis mousseux du Champagne s’enchâssent dans les étroites et hautes coupes de pierre de Bohême, et laissent même sa vue indifférente. Il appuie son coude sur la table, et reste absorbé dans ses pensées comme un somnambule. Le commodore, au visage boucané par l’écume de la mer, se penche à l’oreille de son épouse : « L’aîné a changé de caractère, depuis le jour de la crise ; il n’était déjà que trop porté aux idées absurdes ; aujourd’hui il rêvasse encore plus [que] de coutume. Mais enfin, je n’étais pas comme cela, moi, lorsque j’avais son âge. Fais semblant de ne t’apercevoir de rien. C’est ici qu’un remède efficace, matériel ou moral, trouverait aisément son emploi. Mervyn, toi qui goûtes la lecture des livres de voyages et d’histoire naturelle, je vais te lire un récit qui ne te déplaira pas. Qu’on m’écoute avec attention ; chacun y trouvera son profit, moi, le premier. Et vous autres, enfants, apprenez, par l’attention que vous saurez prêter à mes paroles, à perfectionner le dessin de votre style, et à vous rendre compte des moindres intentions d’un auteur. » Comme si cette nichée d’adorables moutards aurait pu comprendre ce que c’était que la rhétorique ! Il dit, et, sur un geste de sa main, un des frères se dirige vers la bibliothèque paternelle, et en revient avec un volume sous le bras. Pendant ce temps, le couvert et l’argenterie sont enlevés, et le père prend le livre. À ce nom électrisant de voyages, Mervyn a relevé la tête, et s’est efforcé de mettre un terme à ses méditations hors de propos. Le livre est ouvert vers le milieu, et la voix métallique du commodore prouve qu’il est resté capable, comme dans les jours de sa glorieuse jeunesse, de commander à la fureur des hommes et des tempêtes. Bien avant la fin de la lecture, Mervyn est retombé sur son coude, dans l’impossibilité de suivre plus longtemps le raisonné développement des phrases passées à la filière et la saponification des obligatoires métaphores. Le père s’écrie : « Ce n’est pas cela qui l’intéresse ; lisons autre chose. Lis, femme ; tu seras plus heureuse que moi, pour chasser le chagrin des jours de notre fils. » La mère ne conserve plus d’espoir ; cependant, elle s’est emparée d’un autre livre, et le timbre de sa voix de soprano retentit mélodieusement aux oreilles du produit de sa conception. Mais, après quelques paroles, le découragement l’envahit, et elle cesse d’elle-mêmel’interprétation de l’œuvre littéraire. Le premier-né s’écrie : « Je vais me coucher. » Il se retire, les yeux baissés avec une fixité froide, et sans rien ajouter. Le chien se met à pousser un lugubre aboiement, car il ne trouve pas cette conduite naturelle, et le vent du dehors, s’engouffrant inégalement dans la fissure longitudinale de la fenêtre, fait vaciller la flamme rabattue par deux coupoles de cristal rosé, de la lampe de bronze. La mère appuie ses mains sur son front, et le père relève les yeux vers le ciel. Les enfants jettent des regards effarés sur le vieux marin. Mervyn ferme la porte de sa chambre à double tour, et sa main court rapidement sur le papier : « J’ai reçu votre lettre à midi, et vous me pardonnerez si je vous ai fait attendre la réponse. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, et je ne savais pas si je devais vous écrire. Mais, comme l’impolitesse ne loge pas dans notre maison, j’ai résolu, de prendre la plume, et de vous remercier chaleureusement de l’intérêt que vous prenez pour un inconnu. Dieu me garde de ne pas montrer de la reconnaissance pour la sympathie dont vous me comblez. Je connais mes imperfections, et je ne m’en montre pas plus fier. Mais, s’il est convenable d’accepter l’amitié d’une personne âgée, il l’est aussi de lui faire comprendre que nos caractères ne sont pas les mêmes. En effet, vous paraissez être plus âgé que moi, puisque vous m’appelez jeune homme, et cependant je conserve des doutes sur votre âge véritable. Car, comment concilier la froideur de vos syllogismes avec la passion qui s’en dégage ? Il est certain que je n’abandonnerai pas le lieu qui m’a vu naître, pour vous accompagner dans les contrées lointaines ; ce qui ne serait possible qu’à la condition de demander auparavant aux auteurs de mes jours, une permission impatiemment attendue. Mais, comme vous m’avez enjoint de garder le secret (dans le sens du mot cubique) sur cette affaire spirituellement ténébreuse, je m’empresserai d’obéir à votre sagesse incontestable. À ce qu’il paraît, elle n’affronterait pas avec plaisir la clarté de la lumière. Puisque vous paraissez souhaiter que j’aie de la confiance en votre propre personne (vœu qui n’est pas déplacé, je me plais à le confesser), ayez la bonté, je vous prie, de témoigner, à mon égard, une confiance analogue, et de ne pas avoir la prétention de croire que je serais tellement éloigné de votre avis, qu’après-demain matin, à l’heure indiquée, je ne serais pas exact au rendez-vous. Je franchirai le mur de clôture du parc, car la grille sera fermée, et personne ne sera témoin de mon départ. À parler avec franchise, que ne ferais-je pas pour vous, dont l’inexplicable attachement a su promptement se révéler à mes yeux éblouis, surtout étonnés d’une telle preuve de bonté, à laquelle je me suis assuré que je ne me serais pas attendu. Puisque je ne ne vous connaissais pas. Maintenant je vous connais. N’oubliez pas la promesse que vous m’avez faite de vous promener sur le pont du Carrousel. Dans le cas que j’y passe, j’ai une certitude à nulle autre pareille, de vous y rencontrer et de vous toucher la main, pourvu que cette innocente manifestation d’un adolescent qui, hier encore, s’inclinait devant l’autel de la pudeur, ne doive pas vous offenser par sa respectueuse familiarité. Or, la familiarité n’est-elle pas avouable dans le cas d’une forte et ardente intimité, lorsque la perdition est sérieuse et convaincue ? Et quel mal y aurait-il après tout, je vous le demande à vous-même, à ce que je vous dise adieu tout en passant, lorsque après-demain, qu’il pleuve ou non, cinq heures auront sonné ? Vous apprécierez vous-même, gentleman, le tact avec lequel j’ai conçu ma lettre ; car, je ne me permets pas dans une feuille volante, apte à s’égarer, de vous en dire davantage. Votre adresse au bas de la page est un rébus. Il m’a fallu près d’un quart d’heure pour la déchiffrer. Je crois que vous avez bien fait d’en tracer les mots d’une manière microscopique. Je me dispense de signer et en cela je vous imite : nous vivons dans un temps trop excentrique, pour s’étonner un instant de ce qui pourrait arriver. Je serais curieux de savoir comment vous avez appris l’endroit où demeure mon immobilité glaciale, entourée d’une longue rangée de salles désertes, immondes charniers de mes heures d’ennui. Comment dire cela ? Quand je pense à vous, ma poitrine s’agite,retentissante comme l’écroulement d’un empire en décadence ; car, l’ombre de votre amour accuse un sourire qui, peut-être, n’existe pas : elle est si vague, et remue ses écailles si tortueusement ! Entre vos mains, j’abandonne mes sentiments impétueux, tables de marbre toutes neuves, et vierges encore d’un contact mortel. Prenons patience jusqu’aux premières lueurs du crépuscule matinal, et, dans l’attente du moment qui me jettera dans l’entrelacement hideux de vos bras pestiférés, je m’incline humblement à vos genoux, que je presse. » Après avoir écrit cette lettre coupable, Mervyn la porte à la poste et revient se mettre au lit. Ne comptez pas y trouver son ange gardien. La queue de poisson ne volera que pendant trois jours, c’est vrai ; mais, hélas ! la poutre n’en sera pas moins brûlée ; et une balle cylindro-conique percera la peau du rhinocéros, malgré la fille de neige et le mendiant ! C’est que le fou couronné aura dit la vérité sur la fidélité des quatorze poignards.

    IV

    Je me suis aperçu que je n’avais qu’un œil au milieu du front ! Ô miroirs d’argent, incrustés dans les panneaux des vestibules, combien de services ne m’avez-vous pas rendus par votre pouvoir réflecteur ! Depuis le jour où un chat angora me rongea, pendant une heure, la bosse pariétale, comme un trépan qui perfore le crâne, en s’élançant brusquement sur mon dos, parce que j’avais fait bouillir ses petits dans une cuve remplie d’alcool, je n’ai pas cessé de lancer contre moi-même la flèche des tourments. Aujourd’hui, sous l’impression des blessures que mon corps a reçues dans diverses circonstances, soit par la fatalité de ma naissance, soit par le fait de ma propre faute ; accablé par les conséquences de ma chute morale (quelques-unes ont été accomplies ; qui prévoira les autres ?) ; spectateur impassible des monstruosités acquises ou naturelles, qui décorent les aponévroses et l’intellect de celui qui parle, je jette un long regard de satisfaction sur la dualité qui me compose... et je me trouve beau ! Beau comme le vice de conformation congénital des organes sexuels de l’homme, consistant dans la brièveté relative du canal de l’urètre et la division ou l’absence de sa paroi inférieure, de telle sorte que ce canal s’ouvre à une distance variable du gland et au-dessous du pénis ; ou encore, comme la caroncule charnue, de forme conique, sillonnée par des rides transversales assez profondes, qui s’élève sur la base du bec supérieur du dindon ; ou plutôt, comme la vérité qui suit : « Le système des gammes, des modes et de leur enchaînement harmonique ne repose pas sur des lois naturelles invariables, mais il est, au contraire, la conséquence de principes esthétiques qui ont varié avec le développement progressif de l’humanité, et qui varieront encore ; » et surtout, comme une corvette cuirassée à tourelles ! Oui, je maintiens l’exactitude de mon assertion. Je n’ai pas d’illusion présomptueuse, je m’en vante, et je ne trouverais aucun profit dans le mensonge ; donc, ce que j’ai dit, vous ne devez mettre aucune hésitation à le croire. Car, pourquoi m’inspirerais-je à moi-même de l’horreur, devant les témoignages élogieux qui partent de ma conscience ? Je n’envie rien au Créateur ; mais, qu’il me laisse descendre le fleuve de ma destinée, à travers une série croissante de crimes glorieux. Sinon, élevant à la hauteur de son front un regard irrité de tout obstacle, je lui ferai comprendre qu’il n’est pas le seul maître de l’univers ; que plusieurs phénomènes qui relèvent directement d’une connaissance plus approfondie de la nature des choses, déposent en faveur de l’opinion contraire, et opposent un formel démenti à la viabilité de l’unité de la puissance. C’est que nous sommes deux à nous contempler les cils des paupières, vois-tu... et tu sais, que plus d’une fois a retenti, dans ma bouche sans lèvres, le clairon de la victoire. Adieu, guerrier illustre ; ton courage dans le malheur inspire de l’estime à ton ennemi le plus acharné ; mais Maldoror te retrouvera bientôt pour te disputer la proie qui s’appelle Mervyn. Ainsi, sera réalisée la prophétie du coq, quand il entrevit l’avenir au fond du candélabre. Plût au ciel que le crabe tourteau rejoigne à temps la caravane des pèlerins, et leur apprenne en quelques mots la narration du chiffonnier de Clignancourt !

    V

    Sur un banc du Palais-Royal, du côté gauche et non loin de la pièce d’eau, un individu, débouchant de la rue de Rivoli, est venu s’asseoir. Il a les cheveux en désordre, et ses habits dévoilent l’action corrosive d’un dénûment prolongé. Il a creusé un trou dans le sol avec un morceau de bois pointu, et a rempli de terre le creux de sa main. Il a porté cette nourriture à la bouche et l’a rejetée avec précipitation. Il s’est relevé, et, appliquant sa tête contre le banc, il a dirigé ses jambes vers le haut. Mais, comme cette situation funambulesque est en dehors des lois de la pesanteur qui régissent le centre de gravité, il est retombé lourdement sur la planche, les bras pendants, la casquette lui cachant la moitié de la figure, et les jambes battant le gravier dans une situation d’équilibre instable, de moins en moins rassurante. Il reste longtemps dans cette position. Vers l’entrée mitoyenne du nord, à côté de la rotonde qui contient une salle de café, le bras de notre héros est appuyé contre la grille. Sa vue parcourt la superficie du rectangle, de manière à ne laisser échapper aucune perspective. Ses yeux reviennent sur eux-mêmes, après l’achèvement de l’investigation, et il aperçoit, au milieu du jardin, un homme qui fait de la gymnastique titubante avec un banc sur lequel il s’efforce de s’affermir, en accomplissant des miracles de force et d’adresse. Mais, que peut la meilleure intention, apportée au service d’une cause juste, contre les dérèglements de l’aliénation mentale ? Il s’est avancé vers le fou, l’a aidé avec bienveillance à replacer sa dignité dans une position normale, lui a tendu la main, et s’est assis à côté de lui. Il remarque que la folie n’est qu’intermittente ; l’accès a disparu ; son interlocuteur répond logiquement à toutes les questions. Est-il nécessaire de rapporter le sens de ses paroles ? Pourquoi rouvrir, à une page quelconque, avec un empressement blasphématoire, l’in-folio des misères humaines ? Rien n’est d’un enseignement plus fécond. Quand même je n’aurais aucun événement de vrai à vous faire entendre, j’inventerais des récits imaginaires pour les transvaser dans votre cerveau. Mais, le malade ne l’est pas devenu pour son propre plaisir ; et la sincérité de ses rapports s’allie à merveille avec la crédulité du lecteur. « Mon père était un charpentier de la rue de la Verrerie... Que la mort des trois Marguerite retombe sur sa tête, et que le bec du canari lui rongeéternellement l’axe du bulbe oculaire ! Il avait contracté l’habitude de s’enivrer ; dans ces moments-là, quand il revenait à la maison, après avoir couru les comptoirs des cabarets, sa fureur devenait presque incommensurable, et il frappait indistinctement les objets qui se présentaient à sa vue. Mais, bientôt, devant les reproches de ses amis, il se corrigea complètement, et devint d’une humeur taciturne. Personne ne pouvait l’approcher, pas même notre mère. Il conservait un secret ressentiment contre l’idée du devoir qui l’empêchait de se conduire à sa guise. J’avais acheté un serin pour mes trois sœurs ; c’était pour mes trois sœurs que j’avais acheté un serin. Elles l’avaient enfermé dans une cage, au-dessus de la porte, et les passants s’arrêtaient, chaque fois, pour écouter les chants de l’oiseau, admirer sa grâce fugitive et étudier ses formes savantes. Plus d’une fois, mon père avait donné l’ordre de faire disparaître la cage et son contenu, car il se figurait que le serin se moquait de sa personne, en lui jetant le bouquet des cavatines aériennes de son talent de vocaliste. Il alla détacher la cage du clou, et glissa de la chaise, aveuglé par la colère. Une légère excoriation au genou fut le trophée de son entreprise. Après être resté quelques secondes à presser la partie gonflée avec un copeau, il rabaissa son pantalon, les sourcils froncés, prit mieux ses précautions, mit la cage sous son bras et se dirigea vers le fond de son atelier. Là, malgré les cris et les supplications de sa famille (nous tenions beaucoup à cet oiseau, qui était, pour nous, comme le génie de la maison) il écrasa de ses talons ferrés la boîte d’osier, pendant qu’une varlope, tournoyant autour de sa tête, tenait à distance les assistants. Le hasard fit que le serin ne mourut pas sur le coup ; ce flocon de plumes vivait encore, malgré la maculation sanguine. Le charpentier s’éloigna, et referma la porte avec bruit. Ma mère et moi, nous nous efforçâmes de retenir la vie de l’oiseau, prête à s’échapper ; il atteignait à sa fin, et le mouvement de ses ailes ne s’offrait plus à la vue, que comme le miroir de la suprême convulsion d’agonie. Pendant ce temps, les trois Marguerite, quand elles s’aperçurent que tout espoir allait être perdu, se prirent par la main, d’un commun accord, et la chaîne vivante alla s’accroupir, après avoir repoussé à quelques pas un baril de graisse, derrière l’escalier, à côté du chenil de notre chienne. Ma mère ne discontinuait pas sa tâche, et tenait le serin entre ses doigts, pour le réchauffer de son haleine. Moi, je courais éperdu par toutes les chambres, me cognant aux meubles et aux instruments. De temps à autre, une de mes sœurs montrait sa tête devant le bas de l’escalier pour se renseigner sur le sort du malheureux oiseau, et la retirait avec tristesse. La chienne était sortie de son chenil, et, comme si elle avait compris l’étendue de notre perte, elle léchait avec la langue de la stérile consolation la robe des trois Marguerite. Le serin n’avait plus que quelques instants à vivre. Une de mes sœurs, à son tour (c’était la plus jeune) présenta sa tête dans la pénombre formée par la raréfaction de lumière. Elle vit ma mère pâlir, et l’oiseau, après avoir, pendant un éclair, relevé le cou, par la dernière manifestation de son système nerveux, retomber entre ses doigts, inerte à jamais. Elle annonça la nouvelle à ses sœurs. Elles ne firent entendre le bruissement d’aucune plainte, d’aucun murmure. Le silence régnait dans l’atelier. L’on ne distinguait que le craquement saccadé des fragments de la cage qui, en vertu de l’élasticité du bois, reprenaient en partie la position primordiale de leur construction. Les trois Marguerite ne laissaient écouler aucune larme, et leur visage ne perdait point sa fraîcheur pourprée ; non... elles restaient seulement immobiles. Elles se traînèrent jusqu’à l’intérieur du chenil, et s’étendirent sur la paille, l’une à côté de l’autre, pendant que la chienne, témoin passif de leur manœuvre, les regardait faire avec étonnement. À plusieurs reprises, ma mère les appela ; elles ne rendirent le son d’aucune réponse. Fatiguées par les émotions précédentes, elles dormaient, probablement ! Elle fouilla tous les coins de la maison sans les apercevoir. Elle suivit la chienne, qui la tirait par la robe, vers le chenil. Cette femme s’abaissa et plaça sa tête à l’entrée. Le spectacle dont elle eut la possibilité d’être témoin, mises à part les exagérations malsaines de la peur maternelle, ne pouvait être que navrant, d’après les calculs de mon esprit. J’allumai une chandelle et la lui présentai ; de cette manière, aucun détail ne lui échappa. Elle ramena sa tête, couverte de brins de paille, de la tombe prématurée, et me dit : « Les trois Marguerite sont mortes. » Comme nous ne pouvions les sortir de cet endroit, car, retenez bien ceci, elles étaient étroitement entrelacées ensemble, j’allai chercher dans l’atelier un marteau, pour briser la demeure canine. Je me mis, sur-le-champ, à l’œuvre de démolition, et les passants purent croire, pour peu qu’ils eussent de l’imagination, que le travail ne chômait pas chez nous. Ma mère, impatientée de ces retards qui, cependant, étaient indispensables, brisait ses ongles contre les planches. Enfin, l’opération de la délivrance négative se termina ; le chenil fendu s’entr’ouvrit de tous les côtés ; et nous retirâmes, des décombres, l’une après l’autre, après les avoir séparées difficilement, les filles du charpentier. Ma mère quitta le pays. Je n’ai plus revu mon père. Quant à moi, l’on dit que je suis fou, et j’implore la charité publique. Ce que je sais, c’est que le canari ne chante plus. » L’auditeur approuve dans son intérieur ce nouvel exemple apporté à l’appui de ses dégoûtantes théories. Comme si, à cause d’un homme, jadis pris de vin, l’on était en droit d’accuser l’entièrehumanité. Telle est du moins la réflexion paradoxale qu’il cherche à introduire dans son esprit ; mais elle ne peut en chasser les enseignements importants de la grave expérience. Il console le fou avec une compassion feinte, et essuie ses larmes avec son propre mouchoir. Il l’amène dans un restaurant, et ils mangent à la même table. Ils s’en vont chez un tailleur de la fashion et le protégé est habillé comme un prince. Ils frappent chez le concierge d’une grande maison de la rue Saint-Honoré, et le fou est installé dans un riche appartement du troisième étage. Le bandit le force à accepter sa bourse, et, prenant le vase de nuit au-dessous du lit, il le met sur la tête d’Aghone. « Je te couronne roi des intelligences, s’écrie-t-il avec une emphase préméditée ; à ton moindre appel j’accourrai ; puise à pleines mains dans mes coffres ; de corps et d’âme je t’appartiens. La nuit, tu rapporteras la couronne d’albâtre à sa place ordinaire, avec la permission de t’en servir ; mais, le jour, dès que l’aurore illuminera les cités, remets-la sur ton front, comme le symbole de ta puissance. Les trois Marguerite revivront en moi, sans compter que je serai ta mère. » Alors le fou recula de quelques pas, comme s’il était la proie d’un insultant cauchemar ; les lignes du bonheur se peignirent sur son visage, ridé par les chagrins ; il s’agenouilla, plein d’humiliation, aux pieds de son protecteur. La reconnaissance était entrée, comme un poison, dans le cœur du fou couronné ! Il voulut parler, et sa langue s’arrêta. Il pencha son corps en avant, et il retomba sur le carreau. L’homme aux lèvres de bronze se retire. Quel était son but ? Acquérir un ami à toute épreuve, assez naïf pour obéir au moindre de ses commandements. Il ne pouvait mieux rencontrer et le hasard l’avait favorisé. Celui qu’il a trouvé, couché sur le banc, ne sait plus, depuis un événement de sa jeunesse, reconnaître le bien du mal. C’est Aghone même qu’il lui faut.

     

    VI

    Le Tout-Puissant avait envoyé sur la terre un de ses archanges, afin de sauver l’adolescent d’une mort certaine. Il sera forcé de descendre lui-même ! Mais, nous ne sommes point encore arrivés à cette partie de notre récit, et je me vois dans l’obligation de fermer ma bouche, parce que je ne puis pas tout dire à la fois : chaque truc à effet paraîtra dans son lieu, lorsque la trame de cette fiction n’y verra point d’inconvénient. Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée pour opérer sa descente sur le rivage. L’homme aux lèvres de jaspe, caché derrière une sinuosité de la plage, épiait l’animal, un bâton à la main. Qui aurait désiré lire dans la pensée de ces deux êtres ? Le premier ne se cachait pas qu’il avait une mission difficile à accomplir : « Et comment réussir, s’écriait-il, pendant que les vagues grossissantes battaient son refuge temporaire, là où mon maître a vu plus d’une fois échouer sa force et son courage ? Moi, je ne suis qu’une substance limitée, tandis que l’autre, personne ne sait d’où il vient et quel est son but final. À son nom, les armées célestes tremblent ; et plus d’un raconte, dans les régions que j’ai quittées, que Satan lui-même, Satan, l’incarnation du mal, n’est pas si redoutable. » Le second faisait les réflexions suivantes ; elles trouvèrent un écho, jusque dans la coupole azurée qu’elles souillèrent : « Il a l’air plein d’inexpérience ; je lui réglerai son compte avec promptitude. Il vient sans doute d’en haut, envoyé par celui qui craint tant de venir lui-même ! Nous verrons, à l’œuvre, s’il est aussi impérieux qu’il en a l’air ; ce n’est pas un habitant de l’abricot terrestre ; il trahit son origine séraphique par ses yeux errants et indécis. » Le crabe tourteau, qui, depuis quelque temps, promenait sa vue sur un espace délimité de la côte, aperçut notre héros (celui-ci alors, se releva de toute la hauteur de sa taille herculéenne), et l’apostropha dans les termes qui vont suivre : « N’essaie pas la lutte et rends-toi. Je suis envoyé par quelqu’un qui est supérieur à nous deux, afin de te charger de chaînes, et mettre les deux membres complices de ta pensée dans l’impossibilité de remuer. Serrer des couteaux et des poignards entre tes doigts, il faut que désormais cela te soit défendu, crois-m’en ; aussi bien dans ton intérêt que dans celui des autres. Mort ou vif, je t’aurai ; j’ai l’ordre de t’amener vivant. Ne me mets pas dans l’obligation de recourir au pouvoir qui m’a été prêté. Je me conduirai avec délicatesse ; de ton côté, ne m’oppose aucune résistance. C’est ainsi que je reconnaîtrai, avec empressement et allégresse, que tu auras fait un premier pas vers le repentir. » Quand notre héros entendit cette harangue, empreinte d’un sel si profondément comique, il eut de la peine à conserver le sérieux sur la rudesse de ses traits hâlés. Mais, enfin, chacun ne sera pas étonné si j’ajoute qu’il finit par éclater de rire. C’était plus fort que lui ! Il n’y mettait pas de la mauvaise intention ! Il ne voulait certes pas s’attirer les reproches du crabe tourteau ! Que d’efforts ne fit-il pas pour chasser l’hilarité ! Que de fois ne serra-t-il point ses lèvres l’une contre l’autre, afin de ne pas avoir l’air d’offenser son interlocuteur épaté ! Malheureusement son caractère participait de la nature de l’humanité, et il riait ainsi que font les brebis ! Enfin il s’arrêta ! Il était temps ! Il avait failli s’étouffer ! Le vent porta cette réponse à l’archange de l’écueil : « Lorsque ton maître ne m’enverra plus des escargots et des écrevisses pour régler ses affaires, et qu’il daignera parlementer personnellement avec moi, l’on trouvera, j’en suis sûr, le moyen de s’arranger, puisque je suis inférieur à celui qui t’envoya, comme tu l’as dit avec tant de justesse. Jusque-là, les idées de réconciliation m’apparaissent prématurées, et aptes à produire seulement un chimérique résultat. Je suis très loin de méconnaître ce qu’il y a de censé dans chacune de tes syllabes ; et, comme nous pourrions fatiguer inutilement notre voix, afin de lui faire parcourir trois kilomètres de distance, il me semble que tu agirais avec sagesse, si tu descendais de ta forteresse inexpugnable, et gagnais la terre ferme à la nage : nous discuterons plus commodément les conditions d’une reddition qui, pour si légitime qu’elle soit, n’en est pas moins finalement, pour moi, d’une perspective désagréable. » L’archange, qui ne s’attendait pas à cette bonne volonté, sortit des profondeurs de la crevasse sa tête d’un cran, et répondit : « Ô Maldoror, est-il enfin arrivé le jour où tes abominables instincts verront s’éteindre le flambeau d’injustifiable orgueil qui les conduit à l’éternelle damnation ! Ce sera donc moi, qui, le premier, raconterai ce louable changement aux phalanges des chérubins, heureux de retrouver un des leurs. Tu sais toi-même et tu n’as pas oublié qu’une époque existait où tu avais la première place parmi nous. Ton nom volait de bouche en bouche ; tu es actuellement le sujet de nos solitaires conversations. Viens donc... viens faire une paix durable avec ton ancien maître ; il te recevra comme un fils égaré, et ne s’apercevra point de l’énorme quantité de culpabilité que tu as, comme une montagne de cornes d’élan élevée par les Indiens, amoncelée sur ton cœur. » Il dit, et il retire toutes les parties de son corps du fond de l’ouverture obscure. Il se montre, radieux, sur la surface de l’écueil ; ainsi un prêtre des religions quand il a la certitude de ramener une brebis égarée. Il va faire un bond sur l’eau, pour se diriger à la nage vers le pardonné. Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus ? Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide ! « Je n’ai pas encore perdu mon adresse, s’écrie-t-il ; elle ne demande qu’à s’exercer ; mon bras conserve sa force et mon œil sa justesse. » Il regarde l’animal inanimé. Il craint qu’on ne lui demande compte du sang versé. Où cachera-t-il l’archange ? Et, en même temps, il se demande si la mort n’a pas été instantanée. Il a mis sur son dos une enclume et un cadavre ; il s’achemine vers une vaste pièce d’eau, dont toutes les rives sont couvertes et comme murées par un inextricable fouillis de grands joncs. Il voulait d’abord prendre un marteau, mais c’est un instrument trop léger, tandis qu’avec un objet plus lourd, si le cadavre donne signe de vie, il le posera sur le sol et le mettra en poussière à coups d’enclume. Ce n’est pas la vigueur qui manque à son bras, allez ; c’est le moindre de ses embarras. Arrivé en vue du lac, il le voit peuplé de cygnes. Il se dit que c’est une retraite sûre pour lui ; à l’aide d’une métamorphose, sans abandonner sa charge, il se mêle à la bande des autres oiseaux. Remarquez la main de la Providence là où l’on était tenté de la trouver absente, et faites votre profit du miracle dont je vais vous parler. Noir comme l’aile d’un corbeau, trois fois il nagea parmi le groupe de palmipèdes, à la blancheur éclatante ; trois fois, il conserva cette couleur distinctive qui l’assimilait à un bloc de charbon. C’est que Dieu, dans sa justice, ne permit point que son astuce pût tromper même une bande de cygnes. De telle manière qu’il resta ostensiblement dans l’intérieur du lac ; mais, chacun se tint à l’écart, et aucun oiseau ne s’approcha de son plumage honteux, pour lui tenir compagnie. Et, alors, il circonscrivit ses plongeons dans une baie écartée, à l’extrémité de la pièce d’eau, seul parmi les habitants de l’air, comme il l’était parmi les hommes ! C’est ainsi qu’il préludait à l’incroyable événement de la place Vendôme !

     

    VII

    Le corsaire aux cheveux d’or, a reçu la réponse de Mervyn. Il suit dans cette page singulière la trace des troubles intellectuels de celui qui l’écrivit, abandonné aux faibles forces de sa propre suggestion. Celui-ci aurait beaucoup mieux fait de consulter ses parents, avant de répondre à l’amitié de l’inconnu. Aucun bénéfice ne résultera pour lui de se mêler, comme principal acteur, à cette équivoque intrigue. Mais, enfin, il l’a voulu. À l’heure indiquée, Mervyn, de la porte de sa maison, est allé droit devant lui, en suivant le boulevard Sébastopol, jusqu’à la fontaine Saint-Michel. Il prend le quai des Grands-Augustins et traverse le quai Conti ; au moment où il passe sur le quai Malaquais, il voit marcher sur le quai du Louvre, parallèlement à sa propre direction, un individu, porteur d’un sac sous le bras, et qui paraît l’examiner avec attention. Les vapeurs du matin se sont dissipées. Les deux passants débouchent en même temps de chaque côté du pont du Carrousel. Quoiqu’ils ne se fussent jamais vus, ils se reconnurent ! Vrai, c’était touchant de voir ces deux êtres, séparés par l’âge, rapprocher leurs âmes par la grandeur des sentiments. Du moins, c’eût été l’opinion de ceux qui se seraient arrêtés devant ce spectacle, que plus d’un, même avec un esprit mathématique, aurait trouvé émouvant. Mervyn, le visage en pleurs, réfléchissait qu’il rencontrait, pour ainsi dire à l’entrée de la vie, un soutien précieux dans les futures adversités. Soyez persuadé que l’autre ne disait rien. Voici ce qu’il fit : il déplia le sac qu’il portait, dégagea l’ouverture, et, saisissant l’adolescent par la tête, il fit passer le corps entier dans l’enveloppe de toile. Il noua, avec son mouchoir, l’extrémité qui servait d’introduction. Comme Mervyn poussait des cris aigus, il enleva le sac, ainsi qu’un paquet de linges, et en frappa, à plusieurs reprises, le parapet du pont. Alors, le patient, s’étant aperçu du craquement de ses os, se tut. Scène unique, qu’aucun romancier ne retrouvera ! Un boucher passait, assis sur la viande de sa charrette. Un individu court à lui, l’engage à s’arrêter, et lui dit : « Voici un chien, enfermé dans ce sac ; il a la gale : abattez-le au plus vite. » L’interpellé se montre complaisant. L’interrupteur, en s’éloignant, aperçoit une jeune fille en haillons qui lui tend la main. Jusqu’où va donc le comble de l’audace et de l’impiété ? Il lui donne l’aumône ! Dites-moi si vous voulez que je vous introduise, quelques heures plus tard, à la porte d’un abattoir reculé. Le boucher est revenu, et a dit à ses camarades, en jetant à terre un fardeau : « Dépêchons-nous de tuer ce chien galeux. » Ils sont quatre, et chacun saisit le marteau accoutumé. Et, cependant, ils hésitaient, parce que le sac remuait avec force. » Quelle émotion s’empare de moi ? » cria l’un d’eux en abaissant lentement son bras. « Ce chien pousse, comme un enfant, des gémissements de douleur, dit un autre ; on dirait qu’il comprend le sort qui l’attend. » « C’est leur habitude, répondit un troisième ; même quand ils ne sont pas malades, comme c’est le cas ici, il suffit que leur maître reste quelques jours absent du logis, pour qu’ils se mettent à faire entendre des hurlements qui, véritablement, sont pénibles à supporter. » « Arrêtez !... arrêtez !... cria le quatrième, avant que tous les bras se fussent levés en cadence pour frapper résolument, cette fois, sur le sac. Arrêtez, vous dis-je ; il y a ici un fait qui nous échappe. Qui vous dit que cette toile renferme un chien ? Je veux m’en assurer. » Alors, malgré les railleries de ses compagnons, il dénoua le paquet et en retira l’un après l’autre les membres de Mervyn ! Il était presque étouffé par la gêne de cette position. Il s’évanouit en revoyant la lumière. Quelques moments après, il donna des signes indubitables d’existence. Le sauveur dit : « Apprenez, une autre fois, à mettre de la prudence jusque dans votre métier. Vous avez failli remarquer, par vous-mêmes, qu’il ne sert de rien de pratiquer l’inobservance de cette loi. » Les bouchers s’enfuirent. Mervyn, le cœur serré et plein de pressentiments funestes, rentre chez soi et s’enferme dans sa chambre. Ai-je besoin d’insister sur cette strophe ? Eh ! qui n’en déplorera les événements consommés ! Attendons la fin pour porter un jugement encore plus sévère. Le dénoûment va se précipiter ; et, dans ces sortes de récits, où une passion, de quelque genre qu’elle soit, étant donnée, celle-ci ne craint aucun obstacle pour se frayer un passage, il n’y a pas lieu de délayer dans un godet la gomme laque de quatre cents pages banales. Ce qui peut être dit dans une demi-douzaine de strophes, il faut le dire, et puis se taire.

    VIII

    Pour construire mécaniquement la cervelle d’un conte somnifère, il ne suffit pas de disséquer des bêtises et abrutir puissamment à doses renouvelées l’intelligence du lecteur, de manière à rendre ses facultés paralytiques pour le reste de sa vie, par la loi infaillible de la fatigue ; il faut, en outre, avec du bon fluide magnétique, le mettre ingénieusement dans l’impossibilité somnambulique de se mouvoir, en le forçant à obscurcir ses yeux contre son naturel par la fixité des vôtres. Je veux dire, afin de ne pas me faire mieux comprendre, mais seulement pour développer ma pensée qui intéresse et agace en même temps par une harmonie des plus pénétrantes, que je ne crois pas qu’il soit nécessaire, pour arriver au but que l’on se propose, d’inventer une poésie tout à fait en dehors de la marche ordinaire de la nature, et dont le souffle pernicieux semble bouleverser même les vérités absolues ; mais, amener un pareil résultat (conforme, du reste, aux règles de l’esthétique, si l’on y réfléchit bien), cela n’est pas aussi facile qu’on le pense : voilà ce que je voulais dire. C’est pourquoi je ferai tous mes efforts pour y parvenir ! Si la mort arrête la maigreur fantastique des deux bras longs de mes épaules, employés à l’écrasement lugubre de mon gypse littéraire, je veux au moins que le lecteur en deuil puisse se dire : « Il faut lui rendre justice. Il m’a beaucoup crétinisé. Que n’aurait-t-il pas fait, s’il eût pu vivre davantage ! c’est le meilleur professeur d’hypnotisme que je connaisse ! » On gravera ces quelques mots touchants sur le marbre de ma tombe, et mes mânes seront satisfaits ! — Je continue ! Il y avait une queue de poisson qui remuait au fond d’un trou, à côté d’une botte éculée. Il n’était pas naturel de se demander : « Où est le poisson ? Je ne vois que la queue qui remue. » Car, puisque, précisément, on avouait implicitement ne pas apercevoir le poisson, c’est qu’en réalité il n’y était pas. La pluie avait laissé quelques gouttes d’eau au fond de cet entonnoir, creusé dans le sable. Quant à la botte éculée, quelques-uns ont pensé depuis qu’elle provenait de quelque abandon volontaire. Le crabe tourteau, par la puissance divine, devait renaître de ses atomes résolus. Il tira du puits la queue de poisson et lui promit de la rattacher à son corps perdu, si elle annonçait au Créateur l’impuissance de son mandataire à dominer les vagues en fureur de la mer maldororienne. Il lui prêta deux ailes d’albatros, et la queue de poisson prit son essor. Mais elle s’envola vers la demeure du renégat, pour lui raconter ce qui se passait et trahir le crabe tourteau. Celui-ci devina le projet de l’espion, et, avant que le troisième jour fût parvenu à sa fin, il perça la queue du poisson d’une flèche envenimée. Le gosier de l’espion poussa une faible exclamation, qui rendit le dernier soupir avant de toucher la terre. Alors, une poutre séculaire, placée sur le comble d’un château, se releva de toute sa hauteur, en bondissant sur elle-même, et demanda vengeance à grands cris. Mais le Tout-Puissant, changé en rhinocéros, lui apprit que cette mort était méritée. La poutre s’apaisa, alla se placer au fond du manoir, reprit sa position horizontale, et rappela les araignées effarouchées, afin qu’elles continuassent, comme par le passé, à tisser leur toile à ses coins. L’homme aux lèvres de soufre apprit la faiblesse de son alliée ; c’est pourquoi, il commanda au fou couronné de brûler la poutre et de la réduire en cendres. Aghone exécuta cet ordre sévère. « Puisque, d’après vous, le moment est venu, s’écria-t-il, j’ai été reprendre l’anneau que j’avais enterré sous la pierre, et je l’ai attaché à un des bouts du câble. Voici le paquet. » Et il présenta une corde épaisse, enroulée sur elle-même, de soixante mètres de longueur. Son maître lui demanda ce que faisaient les quatorze poignards. Il répondit qu’ils restaient fidèles et se tenaient prêts à tout événement, si c’était nécessaire. Le forçat inclina sa tête en signe de satisfaction. Il montra de la surprise, et même de l’inquiétude, quand Aghone ajouta qu’il avait vu un coq fendre avec son bec un candélabre en deux, plonger tour à tour le regard dans chacune des parties, et s’écrier, en battant ses ailes d’un mouvement frénétique : « Il n’y a pas si loin qu’on le pense depuis la rue de la Paix jusqu’à la place du Panthéon. Bientôt, on en verra la preuve lamentable ! » Le crabe tourteau, monté sur un cheval fougueux, courait à toute bride vers la direction de l’écueil, le témoin du lancement du bâton par un bras tatoué, l’asile du premier jour de sa descente sur la terre. Une caravane de pèlerins était en marche pour visiter cet endroit, désormais consacré par une mort auguste. Il espérait l’atteindre, pour lui demander des secourspressants contre la trame qui se préparait, et dont il avait eu connaissance. Vous verrez quelques lignes plus loin, à l’aide de mon silence glacial, qu’il n’arriva pas à temps, pour leur raconter ce que lui avait rapporté un chiffonnier, caché derrière l’échafaudage voisin d’une maison en construction, le jour où le pont du Carrousel, encore empreint de l’humide rosée de la nuit, aperçut avec horreur l’horizon de sa pensée s’élargir confusément en cercles concentriques, à l’apparition matinale du rhythmique pétrissage d’un sac icosaèdre, contre son parapet calcaire ! Avant qu’il stimule leur compassion, par le souvenir de cet épisode, ils feront bien de détruire en eux la semence de l’espoir... Pour rompre votre paresse, mettez en usage les ressources d’une bonne volonté, marchez à côté de moi et ne perdez pas de vue ce fou, la tête surmontée d’un vase de nuit, qui pousse, devant lui, la main armée d’un bâton, celui que vous auriez de la peine à reconnaître, si je ne prenais soin de vous avertir, et de rappeler à votre oreille le mot qui se prononce Mervyn. Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone. Avec de l’habitude, on fait vite une chose ; mais, je puis dire que celui-ci n’employa pas beaucoup de temps pour attacher les pieds de Mervyn à l’extrémité de la corde. Le rhinocéros avait appris ce qui allait arriver. Couvert de sueur, il apparut haletant, au coin de la rue Castiglione. Il n’eut même pas la satisfaction d’entreprendre le combat. L’individu, qui examinait les alentours du haut de la colonne, arma son revolver, visa avec soin et pressa la détente. Le commodore qui mendiait par les rues depuis le jour où avait commencé ce qu’il croyait être la folie de son fils et la mère, qu’on avait appelée la fille de neige, à cause de son extrême pâleur, portèrent en avant leur poitrine pour protéger le rhinocéros. Inutile soin. La balle troua sa peau, comme une vrille ; l’on aurait pu croire, avec une apparence de logique, que la mort devait infailliblement apparaître. Mais nous savions que, dans ce pachyderme, s’était introduite la substance du Seigneur. Il se retira avec chagrin. S’il n’était pas bien prouvé qu’il ne fût trop bon pour une de ses créatures, je plaindrais l’homme de la colonne ! Celui-ci, d’un coup sec de poignet, ramène à soi la corde ainsi lestée. Placée hors de la normale, ses oscillations balancent Mervyn, dont la tête regarde le bas. Il saisit vivement, avec ses mains, une longue guirlande d’immortelles, qui réunit deux angles consécutifs de la base, contre laquelle il cogne son front.Il emporte avec lui, dans les airs, ce qui n’était pas un point fixe. Après avoir amoncelé à ses pieds, sous forme d’ellipses superposées, une grande partie du câble, de manière que Mervyn reste suspendu à moitié hauteur de l’obélisque de bronze, le forçat évadé fait prendre, de la main droite, à l’adolescent, un mouvement accéléré de rotation uniforme, dans un plan parallèle à l’axe de la colonne, et ramasse, de la main gauche, les enroulements serpentins du cordage, qui gisent à ses pieds. La fronde siffle dans l’espace ; le corps de Mervyn la suit partout, toujours éloigné du centre par la force centrifuge, toujours gardant sa position mobile et équidistante, dans une circonférence aérienne, indépendante de la matière. Le sauvage civilisé lâche peu à peu, jusqu’à l’autre bout, qu’il retient avec un métacarpe ferme, ce qui ressemble à tort à une barre d’acier. Il se met à courir autour de la balustrade, en se tenant à la rampe par une main. Cette manœuvre a pour effet de changer le plan primitif de la révolution du câble, et d’augmenter sa force de tension, déjà si considérable. Dorénavant, il tourne majestueusement dans un plan horizontal, après avoir successivement passé, par une marche insensible, à travers plusieurs plans obliques. L’angle droit formé par la colonne et le fil végétal a ses côtés égaux ! Le bras du renégat et l’instrument meurtrier sont confondus dans l’unité linéaire, comme les éléments atomistiques d’un rayon de lumière pénétrant dans la chambre noire. Les théorèmes de la mécanique me permettent de parler ainsi ; hélas ! on sait qu’une force, ajoutée à une autre force, engendre une résultante composée des deux forces primitives ! Qui oserait prétendre que le cordage linéaire se serait déjà rompu, sans la vigueur de l’athlète, sans la bonne qualité du chanvre ? Le corsaire aux cheveux d’or, brusquement et en même temps, arrête sa vitesse acquise, ouvre la main et lâche le câble. Le contre-coup de cette opération, si contraire aux précédentes, fait craquer la balustrade dans ses joints. Mervyn, suivi de la corde, ressemble à une comète traînant après elle sa queue flamboyante. L’anneau de fer du nœud coulant, miroitant aux rayons du soleil, engage à compléter soi-même l’illusion. Dans le parcours de sa parabole, le damné à mort fend l’atmosphère jusqu’à la rive gauche, la dépasse en vertu de la force d’impulsion que je suppose infinie, et son corps va frapper le dôme du Panthéon, tandis que la corde étreint, en partie, de ses replis, la paroi supérieure de l’immense coupole. C’est sur sa superficie sphérique et convexe, qui ne ressemble à une orange que pour la forme, qu’on voit à toute heure du jour, un squelette desséché, resté suspendu. Quand le vent le balance, l’on raconte que les étudiants du quartier Latin, dans la crainte d’un pareil sort, font une courte prière : ce sont des bruits insignifiants auxquels on n’est point tenu de croire, et propres seulement à faire peur aux petits enfants. Il tient entre ses mains crispées, comme un grand ruban de vieilles fleurs jaunes. Il faut tenir compte de la distance, et nul ne peut affirmer, malgré l’attestation de sa bonne vue, que ce soient là, réellement, ces immortelles dont je vous ai parlé, et qu’une lutte inégale, engagée près du nouvel Opéra, vit détacher d’un piédestal grandiose. Il n’en est pas moins vrai que les draperies en forme de croissant de lune n’y reçoivent plus l’expression de leur symétrie définitive dans le nombre quaternaire : allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire.

      .LAUTRÉAMONT ISIDORE DUCASSE(1846-1870)...

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  • TIRCIS ET AMARANTE

    Pour Mlle de Sillery


                  J’avais Ésope quitté 
                  Pour être tout à Boccace : 
                  Mais une divinité 
                  Veut revoir sur le Parnasse 
                  Des fables de ma façon ; 
                  Or d’aller lui dire non, 
                  Sans quelque valable excuse, 
                  Ce n’est pas comme on en use 
                  Avec des divinités, 
                  Surtout quand ce sont de celles 
                  Que la qualité de belles 
                  Fait reines des volontés. 
                  Car afin que l’on le sache, 
                  C’est Sillery qui s’attache 
                  À vouloir que, de nouveau, 
                  Sire Loup, Sire Corbeau 
                  Chez moi se parlent en rime. 
                  Qui dit Sillery, dit tout ; 
                  Peu de gens en leur estime 
                  Lui refusent le haut bout ; 
                  Comment le pourrait-on faire ? 
                  Pour venir à notre affaire, 
                  Mes contes à son avis 
                  Sont obscurs ; les beaux esprits 
                  N’entendent pas toute chose : 
                  Faisons donc quelques récits 
                  Qu’elle déchiffre sans glose. 
    Amenons des Bergers, et puis nous rimerons 
    Ce que disent entre eux les Loups et les Moutons. 
    Tircis disait un jour à la jeune Amarante : 
    Ah ! si vous connaissiez comme moi certain mal 
                Qui nous plaît et qui nous enchante ! 
    Il n’est bien sous le ciel qui vous parût égal : 
                Souffrez qu’on vous le communique ; 
                Croyez-moi ; n’ayez point de peur : 
    Voudrais-je vous tromper, vous pour qui je me pique 
    Des plus doux sentiments que puisse avoir un cœur ? 
                Amarante aussitôt réplique : 
    Comment l’appelez-vous, ce mal ? quel est son nom ? 
    L’amour. Ce mot est beau : dites-moi quelque marque 
    À quoi je le pourrai connaître : que sent-on ? 
    Des peines près de qui le plaisir des Monarques 
    Est ennuyeux et fade : on s’oublie, on se plaît 
                Toute seule en une forêt. 
                Se mire-t-on près un rivage ? 
    Ce n’est pas soi qu’on voit, on ne voit qu’une image 
    Qui sans cesse revient et qui suit en tous lieux : 
                Pour tout le reste on est sans yeux. 
                Il est un Berger du village 
    Dont l’abord, dont la voix, dont le nom fait rougir : 
                On soupire à son souvenir : 
    On ne sait pas pourquoi ; cependant on soupire ; 
    On a peur de le voir encor qu’on le désire. 
                Amarante dit à l’instant : 
    Oh ! oh ! c’est là ce mal que vous me prêchez tant ? 
    Il ne m’est pas nouveau : je pense le connaître. 
                Tircis à son but croyait être, 
    Quand la belle ajouta : Voilà tout justement 
                Ce que je sens pour Clidamant. 
    L’autre pensa mourir de dépit et de honte. 
                Il est force gens comme lui, 
    Qui prétendent n’agir que pour leur propre compte, 
                Et qui font le marché d’autrui. 
      

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  • À LA CIRCÉ MODERNE

    À LA CIRCÉ MODERNE..............


      
    Puisqu’un irrésistible appeau 
    Attire à toi toute mon âme, 
    Et que toute ma chair proclame 
    Le magnétisme de ta peau : 
    Irrite, mais sans le proscrire, 
    Le désir qui me ronge, et puis 
    Viens emparadiser mes nuits, 
    Ensorceleuse au froid sourire. 
      
    Aux bruits mouillés, tendres et fous 
    De nos baisers démoniaques, 
    Comme deux serpents maniaques 
    Dans le mystère enlaçons-nous ! 
    Chère onduleuse, mauvais ange, 
    Abeille de la volupté, 
    Donne-moi ton corps enchanté 
    Et reçois mon âme en échange ! 
      
    Mon désir s’enroule et se tord 
    Autour de ton beau corps de marbre, 
    — Ainsi le lierre autour de l’arbre — 
    Horrible et doux, il rampe et mord. 
    Tes grands yeux caves et funèbres 
    Sont si libertins quand tu veux, 
    Et j’aspire dans tes cheveux  
    Tant de parfums et de ténèbres ! 
      
    Moderne Circé, tes poisons 
    Auraient perdu le cœur d’Ulysse ; 
    Harcèle-moi de ta malice, 
    Salis-moi de tes trahisons ! 
    Insulte-moi ! mais, ma maîtresse, 
    Laisse-moi repaître ma faim, 
    Dussè-je mourir à la fin, 
    Empoisonné par ta caresse ! 
      

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  • ÉTOILES FILANTES


      
    Dans les nuits d’automne, errant par la ville, 
    Je regarde au ciel avec mon désir, 
    Car si, dans le temps qu’une étoile file, 
    On forme un souhait, il doit s’accomplir. 
      
    Enfant, mes souhaits sont toujours les mêmes. 
    Quand un astre tombe, alors, plein d’émoi, 
    Je fais de grands vœux afin que tu m’aimes 
    Et qu’en ton exil tu penses à moi. 
      
    À cette chimère, hélas ! je veux croire, 
    N’ayant que cela pour me consoler. 
    Mais voici l’hiver, la nuit devient noire, 
    Et je ne vois plus d’étoiles filer. 
      
    *****************

     
    Commentaire(s)
     
    Déposé par Cochonfucius 

    Haute nef d’argent 
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    Passagers n’ayant nul regret des villes, 
    Le vent les emporte avec leurs désirs ; 
    Sous le vaste ciel, la nef d’argent file, 
    Combien de destins prêts à s’accomplir ! 

    En ville ou sur mer, ne sont pas les mêmes, 
    L’horizon lointain les met en émoi ; 
    La nuit voit briller la lune qu’ils aiment, 
    Qui change sa forme au décours des mois. 

    Au but du voyage, ils ont l’air de croire ; 
    Les astres sont là pour les consoler. 
    Dans le clair matin ou dans la nuit noire, 
    Cette nef d’argent, toujours, va filer.

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