• De l’enfant que j’étais, au vieillard devenu…

    De l’enfant que j’étais, au vieillard devenu….........Sandrine Davin

    Il était beau le temps
    Où mes pommettes roses
    S’érigeaient au vent.
    Les genoux écorchés
    Par les ronces
    Au bord des sentiers oubliés,
    Je m’en souviens encore.

    Les feuilles mortes
    Se sont envolées,
    Ont tout emporté
    Avec elles,
    Souvenirs et passé.

    De l’enfant que j’étais
    Il ne me reste plus que
    Des rides,
    Des sourires,
    Des cheveux blancs.
    Au vieillard devenu,
    J’ai oublié le temps…

    Sandrine Davin

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  • Le Forestier

    Le Forestier.............

    Le géant qui habite dans l’arbre
    surveille toute sa vue.
    D’en haut il voit l’effort
    et il chante avec les oiseaux.

    Le géant dans l’arbre
    est fort gentil.
    Il mange des noix, des fruits et des baies.
    Sa meilleure amie,
    La chouette qui effraie.
    Il la réveille chaque nuit.

    « Et réveille toi, Espèce de Noblesse,
    Si gracieuse et si sage.
    Tu ne dis jamais trop
    et toujours exactement ce qu’il le faut
    pour convaincre le monde de la forêt,
    de s’arrêter pour t’écouter. »

    Et le géant de l’arbre que personne n’écoute,
    fait inonder la forêt de ses larmes délicates.
    Et quand Chouette Effraie revient à son nid,
    Et que le soleil se lève sur l’horizon,
    Et comme un immense canapé,
    il repose ses membres.
    En haut des branches,
    Il donne de l’ombre à Chouette Effraie,
    ensommeillée après une chasse bien satisfaisante.

    Chloe Douglas, 2010

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  • La puce

    La puce............

    Puces, amis, amantes même,
    Qu’ils sont cruels ceux qui nous aiment !
    Tout notre sang coule pour eux.
    Les bien-aimés sont malheureux.

    Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire, ou Cortège d’Orphée, 1911

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  • La plume

    La plume..............

    Dans une flaque boueuse
    Une plume gît
    En cette danse noueuse
    Dont son masque vit.

    Et l’air est épris
    De sa mine langoureuse
    Fondu de mépris
    Dans la froideur douloureuse.

    Le voile hagard de la lune
    Déchire la nuit
    Et couvre de sa fortune
    La plume qui luit.

    Une plume gît
    Dans une flaque boueuse
    Dont le masque vit
    En une danse noueuse.

    La bise remue la laque
    Des tons un peu gris
    Des ridelles dans la flaque
    D’eau un peu aigrie.

    La patte d’un chat
    Vient déranger importune
    La plume en pacha
    Dans l’océan de fortune.

    Hors d’une flaque bouseuse
    Une plume luit
    Après la valse joueuse
    D’un chat dans la nuit.

    Kieran Wall, Poésies, 2012

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  • La Génisse, la Chèvre, et la Brebis, en société avec le Lion

    La Génisse, la Chèvre, et la Brebis, en société avec le Lion

    La Génisse, la Chèvre, et leur soeur la Brebis,
    Avec un fier Lion, seigneur du voisinage,
    Firent société, dit-on, au temps jadis,
    Et mirent en commun le gain et le dommage.
    Dans les lacs de la Chèvre un Cerf se trouva pris.
    Vers ses associés aussitôt elle envoie.
    Eux venus, le Lion par ses ongles compta,
    Et dit : « Nous sommes quatre à partager la proie. « 
    Puis en autant de parts le Cerf il dépeça ;
    Prit pour lui la première en qualité de Sire :
    « Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison,
    C’est que je m’appelle Lion :
    A cela l’on n’a rien à dire.
    La seconde, par droit, me doit échoir encor :
    Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort
    Comme le plus vaillant, je prétends la troisième.
    Si quelqu’une de vous touche à la quatrième,
    Je l’étranglerai tout d’abord. « 

    Jean de La Fontaine, Les Fables

    ..Jean de La Fontaine 1621- 1695

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  • Berceuse

    Au comte de Trévelec.

    Endormons-nous, petit chat noir.
    Voici que j’ai mis l’éteignoir
    Sur la chandelle.
    Tu vas penser à des oiseaux
    Sous bois, à de félins museaux…
    Moi rêver d’Elle.

    Nous n’avons pas pris de café,
    Et, dans notre lit bien chauffé
    (Qui veille pleure.)
    Nous dormirons, pattes dans bras.
    Pendant que tu ronronneras,
    J’oublierai l’heure.

    Sous tes yeux fins, appesantis,
    Reluiront les oaristys
    De la gouttière.
    Comme chaque nuit, je croirai
    La voir, qui froide a déchiré
    Ma vie entière.

    Et ton cauchemar sur les toits
    Te dira l’horreur d’être trois
    Dans une idylle.
    Je subirai les yeux railleurs
    De son faux cousin, et ses pleurs
    De crocodile.

    Si tu t’éveilles en sursaut
    Griffé, mordu, tombant du haut
    Du toit, moi-même
    Je mourrai sous le coup félon
    D’une épée au bout du bras long
    Du fat qu’elle aime.

    Puis, hors du lit, au matin gris,
    Nous chercherons, toi, des souris
    Moi, des liquides
    Qui nous fassent oublier tout,
    Car, au fond, l’homme et le matou
    Sont bien stupides.

    Charles Cros, Le Coffret de santal

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  • Renoncement

    Renoncement...............

    Depuis que sous les cieux un doux rayon colore
    Ma jeunesse en sa fleur, ouverte aux feux du jour,
    Si mon cœur a rêvé, si mon cœur rêve encore
    Le choix irrévocable et l’éternel amour,

    C’est qu’aux jours périlleux, toujours prudent et sage,
    Au plus digne entre tous réservant son trésor,
    Quand un charme pourrait l’arrêter au passage,
    Il s’éloigne craintif et se dit : « Pas encor ! »

    Pas encore ! et j’attends, car en un choix si tendre
    Se tromper est amer et cause bien des pleurs.
    Ah ! si mon âme allait, trop facile à s’éprendre,
    À l’entour d’un mensonge épanouir ses fleurs !

    Non, non ! Restons plutôt dans notre indifférence.
    Sacrifice… en bien, soit ! tu seras consommé.
    Après tout, si l’amour n’est qu’erreur et souffrance,
    Un cœur peut être fier de n’avoir point aimé.

    Port-Royal-des-Champs, juin 1841.

    Louise Ackermann, Premières poésies, 1871

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  • Pygmalion

    Pygmalion.............Louise Ackermann

    Du chef-d’œuvre toujours un cœur fut le berceau.
    L’art, au fond, n’est qu’amour. Pour provoquer la vie,
    Soit qu’on ait la palette en main ou le ciseau,
    Il faut une âme ardente et qu’un charme a ravie.
    Après tout, tes enfants ne sont point des ingrats,
    Artiste ! ils sauront bien te rendre ta caresse.
    Lorsque Pygmalion, ce vrai fils de la Grèce,
    Croit n’avoir embrassé qu’un marbre en son ivresse,
    C’est de la chair qu’il sent palpiter dans ses bras.

    Louise Ackermann, Premières Poésies, 1871

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  • Prismes

    Prismes................Kieran Wall

    Multiples, aux facettes désenchantées,
    Mes amours affichaient le turbulent
    Mimétisme de blessures plantées
    En moi ; fractal de tropes quérulents.

    Dès le moment où tu fus dans ma vie,
    Mes amours apprirent le singulier,
    Avec pour seule visée, seule envie,
    D’incarner pour toi l’amour régulier.

    Dès lors je fuyais les filles flirtantes,
    Les battements de leurs cils tapageurs ;
    Leurs envies de moi, soudain insultantes,

    Me faisaient t’aimer d’un amour vengeur :
    Une vengeance toute magnifique
    Pour une destinée des plus tragiques.

    Kieran Wall

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