• Chanson - cette Anne si Belle

     Chanson - cette Anne si Belle ....................François de Malherbe

    Chantée au ballet du triomphe de Pallas.

    1615.

    Cette Anne si belle,
    Qu'on vante si fort,
    Pourquoi ne vient-elle ?
    Vraiment elle a tort.

    Son Louis soupire
    Après ses appas ;
    Que veut-elle dire
    De ne venir pas ?

    S'il ne la possède
    Il s'en va mourir ;
    Donnons-y remède,
    Allons la quérir.

    Assemblons, Marie,
    Ses yeux à vos yeux :
    Notre bergerie
    N'en vaudra que mieux.

    Hâtons le voyage ;
    Le siècle doré
    En ce mariage
    Nous est assuré.

    Extrait de: 
    Poésies livre III
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Caliste, en cet Exil J'ai L'âme..

     Caliste, en cet Exil J'ai L'âme.. ................ François de Malherbe

    (À la vicomtesse d'Auchy.)

    1608.

    Caliste, en cet exil j'ai l'âme si gênée,
    Qu'au tourment que je souffre il n'est rien de pareil ;
    Et ne saurais ouïr ni raison ni conseil,
    Tant je suis dépité contre ma destinée.

    J'ai beau voir commencer et finir la journée,
    En quelque part des cieux que luise le soleil ;
    Si le plaisir me fuit, aussi fait le sommeil,
    Et la douleur que j'ai n'est jamais terminée.

    Toute la cour fait cas du séjour où je suis,
    Et, pour y prendre goût, je fais ce que je puis ;
    Mais j'y deviens plus sec plus j'y vois de verdure.

    En ce piteux état si j'ai du réconfort,
    C'est, ô rare beauté, que vous êtes si dure,
    Qu'autant près comme loin je n'attends que la mort.

    Extrait de: 
    Poésies livre IV
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • C'est Fait, Belle Caliste..

     C'est Fait, Belle Caliste.. ..................... François de Malherbe

    (À la vicomtesse d'Auchy.)

    1608.

    C'est fait, belle Caliste, il n'y faut plus penser :
    Il se faut affranchir des lois de votre empire ;
    Leur rigueur me dégoûte, et fait que je soupire
    Que ce qui s'est passé n'est à recommencer.

    Plus en vous adorant je me pense avancer,
    Plus votre cruauté, qui toujours devient pire,
    Me défend d'arriver au bonheur où j'aspire,
    Comme si vous servir était vous offenser.

    Adieu donc, ô beauté, des beautés la merveille !
    Il faut qu'à l'avenir la raison me conseille,
    Et dispose mon âme à se laisser guérir.

    Vous m'étiez un trésor aussi cher que la vie :
    Mais puisque votre amour ne se peut acquérir,
    Comme j'en perds l'espoir, j'en veux perdre l'envie.

    Extrait de: 
    Poésies livre IV
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Beauté, mon cher souci

    Beauté, mon cher souci...........François de Malherbe

    Beauté, mon beau souci, de qui l'âme incertaine

    A, comme l'Océan, son flux et son reflux,

    Pensez de vous résoudre à soulager ma peine,

    Ou je me vais résoudre à ne le souffrir plus.

     

    Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise,

    Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté;

    Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise,

    Il leur faut de l'amour autant que de beauté.

     

    Quand je pense être au point que cela s'accomplisse

    Quelque excuse toujours en empêche l'effet;

    C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse,

    Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.

     

    Madame, avisez-y, vous perdez votre gloire

    De me l'avoir promis, et vous rire de moi;

    S'il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire,

    Et s'il vous en souvient, vous n'avez point de foi.

     

    J'avais toujours fait compte, aimant chose si haute,

    De ne m'en séparer qu'avecque le trépas;

    S'il arrive autrement, ce sera votre faute

    De faire des serments et ne les tenir pas.

     

    François de Malherbe

    Stances, 1598.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Beaute de qui la Grâce..

     Beaute de qui la Grâce.. .................... François de Malherbe

    (À la vicomtesse d'Auchy.)

    1608.

    Beauté de qui la grâce étonne la nature,
    Il faut donc que je cède à l'injure du sort,
    Que je vous abandonne, et loin de votre port
    M'en aille au gré du vent suivre mon aventure.

    Il n'est ennui si grand que celui que j'endure :
    Et la seule raison qui m'empêche la mort,
    C'est le doute que j'ai que ce dernier effort
    Ne fût mal employé pour une âme si dure.

    Caliste, où pensez-vous ? qu'avez-vous entrepris ?
    Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris,
    Qui de ma patience indignement se joue ?

    Mais, ô de mon erreur l'étrange nouveauté,
    Je vous souhaite douce, et toutefois j'avoue
    Que je dois mon salut à votre cruauté.

    Extrait de: 
    Poésies livre IV
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Beau Ciel par qui Mes Jours Sont Troubles

     Beau Ciel par qui Mes Jours Sont Troubles...............François de Malherbe

    Stances pour M. le duc de Montpensier
    qui demandait en mariage Madame Catherine,
    La princesse de Navarre, sœur d'Henri IV.
    1591 ou 1592.

    Beau ciel, par qui mes jours sont troubles ou sont calmes,
    Seule terre où je prends mes cyprès et mes palmes,
    Catherine, dont l'œil ne luit que pour les dieux
    Punissez vos beautés plutôt que mon courage,
    Si, trop haut s'élevant, il adore un visage
    Adorable par force à quiconque a des yeux.

    Je ne suis pas ensemble aveugle et téméraire,
    Je connais bien l'erreur que l'amour m'a fait faire,
    Cela seul ici-bas surpassait mon effort ;
    Mais mon âme qu'à vous ne peut être asservie,
    Les Destins n'ayant point établi pour ma vie
    Hors de cet océan de naufrage et de port.

    Beauté par qui les dieux, las de notre dommage,
    Ont voulu réparer les défauts de notre âge,
    Je mourrai dans vos feux, éteignez-les ou non,
    Comme le fils d'Alcmène, en me brûlant moi-même ;
    Il suffit qu'en mourant dans cette flamme extrême
    Une gloire éternelle accompagne mon nom.

    On ne doit point, sans sceptre, aspirer où j'aspire ;
    C'est pourquoi, sans quitter les lois de votre empire,
    Je veux de mon esprit tout espoir rejeter.
    Qui cesse d'espérer, il cesse aussi de craindre ;
    Et, sans atteindre au but où l'on ne peut atteindre,
    Ce m'est assez d'honneur que j'y voulais monter.

    Je maudis le bonheur où le ciel m'a fait naître,
    Qui m'a fait désirer ce qu'il m'a fait connaître :
    Il faut ou vous aimer, ou ne vous faut point voir.
    L'astre qui luit aux grands, en vain à ma naissance
    Épandit dessus moi tant d'heur et de puissance,
    Si pour ce que je veux j'ai trop peu de pouvoir.

    Mais il le faut vouloir, et vaut mieux se résoudre,
    En aspirant au ciel, être frappé de foudre,
    Qu'aux desseins de la terre assuré se ranger.
    J'ai moins de repentir, plus je pense à ma faute,
    Et la beauté des fruits d'une palme si haute
    Me fait par le plaisir oublier le danger.

    Extrait de: 
    Poésies livre II
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Aux Ombres de Damon

     Aux Ombres de Damon ........................ François de Malherbe

    FRAGMENT.

    1604.

    . . . . . . . . . . .

    L'Orne comme autrefois nous reverrait encore,
    Ravis de ces pensers que le vulgaire ignore,
    Egarer à l'écart nos pas et nos discours,
    Et, couchés sur les fleurs comme étoiles semées,
    Rendre en si doux ébat les heures consumées,
    Que les soleils nous seraient courts.

    Mais, ô loi rigoureuse à la race des hommes !
    C'est un point arrêté que tout ce que nous sommes,
    Issus de pères rois et de pères bergers,
    La Parque également sous la tombe nous serre ;
    Et les mieux établis au repos de la terre
    N'y sont qu'hôtes et passagers.

    Tout ce que la grandeur a de vains équipages,
    D'habillements de pourpre, et de suite de pages,
    Quand le terme est échu n'allonge point nos jours.
    Il faut aller tout nus où le destin commande ;
    Et de toutes douleurs la douleur la plus grande,
    C'est qu'il faut laisser nos amours :

    Amours qui, la plupart infidèles et feintes,
    Font gloire de manquer à nos cendres éteintes,
    Et qui, plus que l'honneur estimant les plaisirs,
    Sous le masque trompeur de leurs visages blêmes,
    Acte cligne du foudre ! en nos obsèques mêmes
    Conçoivent de nouveaux désirs.

    Elles savent assez alléguer Artémise,
    Disputer du devoir et de la foi promise :
    Mais tout ce beau langage est de si peu d'effet,
    Qu'à peine en leur grand nombre une seule se treuve
    De qui la foi survive, et qui fasse la preuve
    Que ta Carinice te fait.

    Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte
    A dessous deux hivers perdu sa robe verte,
    Et deux fois le printemps l'a repeinte de fleurs,
    Sans que d'aucun discours sa douleur se console,
    Et que ni la raison ni le temps qui s'envole
    Puisse faire tarir ses pleurs.

    Le silence des nuits, l'horreur des cimetières,
    De son contentement sont les seules matières ;
    Tout ce qui plaît déplaît à son triste penser ;
    Et si tous ses appas sont encore en sa face,
    C'est que l'Amour y loge, et que rien qu'elle fasse
    N'est capable de l'en chasser.

    . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . .

    Mais quoi ! c'est un chef-d'œuvre où tout mérite abonde,
    Un miracle du ciel, une perle du monde,
    Un esprit adorable à tous autres esprits ;
    Et nous sommes ingrats d'une telle aventure,
    Si nous ne confessons que jamais la nature
    N'a rien fait de semblable prix.

    J'ai vu maintes beautés à la cour adorées,
    Qui, des vœux des amants à l'envi désirées,
    Aux plus audacieux ôtaient la liberté :
    Mais de les approcher d'une chose si rare,
    C'est vouloir que la rose au pavot se compare,
    Et le nuage à la clarté.

    Celle à qui dans mes vers, sous le nom de Nérée,
    J'allais bâtir un temple éternel en durée,
    Si sa déloyauté ne l'avait abattu,
    Lui peut bien ressembler du front, ou de la joue :
    Mais quoi ! puisqu a ma honte il faut que je l'avoue,
    Elle n'a rien de sa vertu.

    Lame de cette ingrate est une âme de cire,
    Matière à toute forme incapable d'élire,
    Changeant de passion aussitôt que d'objet ;
    Et de la vouloir vaincre avecque des services,
    Après qu'on a tout fait, on trouve que ses vices
    Sont de l'essence du sujet.

    Souvent de tes conseils la prudence fidèle
    M'avait sollicité de me séparer d'elle,
    Et de m'assujettir à de meilleures lois :
    Mais l'aise de la voir avait tant de puissance,
    Que cet ombrage faux m'ôtait la connaissance
    Du vrai bien où tu m'appelais.

    Enfin, après quatre ans, une juste colère
    Que le flux de ma peine a trouvé son reflux
    Mes sens qu'elle aveuglait ont connu leur offense ;
    Je les en ai purgés, et leur ai fait défense
    De me la ramentevoir plus.

    La femme est une mer aux naufrages fatale ;
    Rien ne peut aplanir son humeur inégale ;
    Ses flammes d'aujourd'hui seront glaces demain :
    Et s'il s'en rencontre une à qui cela n'advienne,
    Fais compte, cher esprit, qu'elle a, comme la tienne,
    Quelque chose de plus qu'humain.

    Extrait de: 
    Poésies livre II
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Au Roi Louis Xiii

     Au Roi Louis Xiii ........................ François de Malherbe

    Après la guerre de 1621 et 1622 contre les Huguenots.

    1623.

    Muses, je suis confus ; mon devoir me convie
    À louer de mon roi les rares qualités ;
    Mais le mauvais destin qu'ont les témérités
    Fait peur à ma faiblesse et m'en ôte l'envie.

    À quel front orgueilleux n'a l'audace ravie
    Le nombre des lauriers qu'il a déjà plantés ?
    Et ce que sa valeur a fait en deux étés
    Alcide l'eût-il fait en deux siècles de vie ?

    Il arrivait à peine à l'âge de vingt ans,
    Quand sa juste colère assaillant nos Titans
    Nous donna de nos maux l'heureuse délivrance.

    Certes, ou ce miracle a mes sens éblouis,
    Ou Mars s'est mis lui-même au trône de la France
    Et s'est fait notre roi sous le nom de Louis.

    Extrait de: 
    Poésies livre IV
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Au Roi Henri le Grand (Ii)

     Au Roi Henri le Grand (Ii) .......................... François de Malherbe

    (Pour le premier ballet de monseigneur le
    Dauphin, dansé au mois de janvier 1610.)

    Voici de ton État la plus grande merveille,
    Ce fils où ta vertu reluit si vivement ;
    Approche-toi, mon prince, et vois le mouvement
    Qu'en ce jeune Dauphin la musique réveille.

    Qui témoigna jamais une si juste oreille
    À remarquer des tons le divers changement ?
    Qui jamais à les suivre eut tant de jugement,
    Ou mesura ses pas d'une grâce pareille ?

    Les esprits de la cour s'attachant par les yeux
    À voir en cet objet un chef-d'œuvre des cieux,
    Disent tous que la France est moins qu'il ne mérite ;

    Mais moi, que du futur Apollon avertit,
    Je dis que sa grandeur n'aura point de limite,
    Et que tout l'univers lui sera trop petit.

    Extrait de: 
    Poésies livre IV
     
    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique