• Dimanches (V)

    N'achevez pas la ritournelle, 
    En prêtant au piano vos ailes, 
    Ô mad'moiselle du premier. 
    Ça me rappelle l'Hippodrome, 
    Où cet air cinglait un pauvre homme 
    Déguisé en clown printanier.

    Sa perruque arborait des roses, 
    Mais, en son masque de chlorose, 
    Le trèfle noir manquait de nez ! 
    Il jonglait avec des coeurs rouges 
    Mais sa valse trinquait aux bouges 
    Où se font les enfants mort-nés.

    Et cette valse, ô mad'moiselle, 
    Vous dit les Roland, les dentelles
    Du bal qui vous attend ce soir !.... 
    - Ah ! te pousser par tes épaules 
    Décolletées, vers de durs pôles 
    Où je connais un abattoir !

    Là, là, je te ferai la honte !
    Et je te demanderai compte 
    De ce corset cambrant tes reins, 
    De ta tournure et des frisures 
    Achalandant contre-nature 
    Ton front et ton arrière-train.

    Je te crierai : " Nous sommes frères ! " 
    " Alors, vêts-toi à ma manière,
    " Ma manière ne trompe pas ;
    " Et perds ce dandinement louche
    " D'animal lesté de ses couches,
    " Et galopons par les haras !

    Oh ! vivre uniquement autochtones 
    Sur cette terre (où nous cantonne 
    Après tout notre être tel quel !) 
    Et sans préférer, l'âme aigrie, 
    Aux vers luisants de nos prairies 
    Les lucioles des prés du ciel ;

    Et sans plus sangloter aux heures 
    De lendemains, vers des demeures 
    Dont nous nous sacrons les élus. 
    Ah ! que je vous dis, autochtones ! 
    Tant la vie à terre elle est bonne 
    Quand on n'en demande pas plus.
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  • Dimanches (IV)

    C'est l'automne, l'automne, l'automne..... 
    Le grand vent et toute sa séquelle ! 
    Rideaux tirés, clôture annuelle ! 
    Chute des feuilles, des Antigones, 
    Des Philomèles, 
    Le fossoyeur les remue à la pelle...

    (Mais, je me tourne vers la mer, les Éléments ! 
    Et tout ce qui n'a plus que les noirs grognements ! 
    Ainsi qu'un pauvre, un pâle, un piètre individu 
    Qui ne croit en son Moi qu'à ses moments perdus....)

    Mariage, ô dansante bouée 
    Peinte d'azur, de lait doux, de rose, 
    Mon âme de corsaire morose, 
    Va, ne sera jamais renflouée !... 
    Elle est la chose 
    Des coups de vent, des pluies, et des nuées...

    (Un soir, je crus en Moi ! J'en faillis me fiancer !
    Est-ce possible... Où donc tout ça est-il passé !... 
    Chez moi, c'est Galathée aveuglant Pygmalion ! 
    Ah ! faudrait modifier cette situation...)
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  • Dimanches (III)

    Je ne tiens que des mois, des journées et des heures.... 
    Dès que je dis oui ! tout feint l'en-exil... 
    Je cause de fidèles demeures, 
    On me trouve bien subtil ; 
    Oui ou non, est-il
    D'autres buts que les mois, les journées et les heures ?

    L'âme du Vent gargouille au fond des cheminées.....
    L'âme du Vent se plaint à sa façon ;
    Vienne Avril de la prochaine année 
    Il aura d'autres chansons !.... 
    Est-ce une leçon,
    Ô Vent qui gargouillez au fond des cheminées ?

    Il dit que la Terre est une simple légende 
    Contée au Possible par l'Idéal....
    - Eh bien, est-ce un sort, je vous l' demande ?
    - Oui, un sort ! car c'est fatal. 
    - Ah ! ah ! pas trop mal,
    Le jeu de mots ! - mais folle, oh ! folle, la Légende....
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  • Dimanches (II)

    Oh ! ce piano, ce cher piano, 
    Qui jamais, jamais ne s'arrête, 
    Oh ! ce piano qui geint là-haut 
    Et qui s'entête sur ma tête !

    Ce sont de sinistres polkas, 
    Et des romances pour concierge, 
    Des exercices délicats, 
    Et La Prière d'une vierge !

    Fuir ? où aller, par ce printemps ? 
    Dehors, dimanche, rien à faire.... 
    Et rien à fair' non plus dedans.... 
    Oh ! rien à faire sur la Terre !....

    Ohé, jeune fille au piano !
    Je sais que vous n'avez point d'âme ! 
    Puis pas donner dans le panneau 
    De la nostalgie de vos gammes....

    Fatals bouquets du Souvenir, 
    Folles légendes décaties, 
    Assez ! assez ! vous vois venir, 
    Et mon âme est bientôt partie....

    Vrai, un Dimanche sous ciel gris, 
    Et je ne fais plus rien qui vaille, 
    Et le moindre orgu' de Barbari 
    (Le pauvre !) m'empoigne aux entrailles !

    Et alors, je me sens trop fou ! 
    Marié, je tuerais la bouche 
    De ma mie ! et, à deux genoux, 
    Je lui dirais ces mots bien louches :

    " Mon coeur est trop, ah trop central !
    " Et toi, tu n'es que chair humaine ;
    " Tu ne vas donc pas trouver mal
    " Que je te fasse de la peine ! " 
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  • Dimanches (I)

    Dimanches (I)..............Jules LAFORGUE 1860 - 1887

    Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve,
    Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve...

    Le fleuve a son repos dominical ;
    Pas un chaland, en amont, en aval.

    Les Vêpres carillonnent sur la ville,
    Les berges sont désertes, sans idylles.

    Passe un pensionnat (ô pauvres chairs ! )
    Plusieurs ont déjà leurs manchons d'hiver

    Une qui n'a ni manchon, ni fourrures
    Fait, tout en gris, une pauvre figure.

    Et la voilà qui s'échappe des rangs,
    Et court ! Ô mon Dieu, qu'est-ce qu'il lui prend 

    Et elle va se jeter dans le fleuve.
    Pas un batelier, pas un chien Terr' Neuve.

    Le crépuscule vient ; le petit port
    Allume ses feux. (Ah ! connu, l'décor ! )

    La pluie continue à mouiller le fleuve,
    Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve.
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  • J’ai compris.

    J’ai compris..................Mostafa 2018

    J’ai compris qu’il vaut mieux se taire quand on veut se faire entendre
    Que le silence est une cruche, remplie d’un nectar doux et tendre
    Que la patience des braves ne se mesure pas toujours en terme de victoire
    Que la vie d’ici bas n’est pas qu’un purgatoire

    J’ai compris qu’il vaut mieux sourire en quittant ce monde
    Que les larmes sont le signe de l’abandon et du doute
    Que le sourire efface la crainte même dans la déroute
    Qu’il n’y a rien de meilleur que l’harmonie et la paix profonde

    J’ai compris que le temps ne passe pas comme l’on croit
    Que c’est nous qui passons dans le temps qui nous tend la main
    Que gagner le pain à la sueur de notre front n’est pas une croix
    Que la vraie croix est la façon dont nous mangeons ce pain

    J’ai compris que la beauté n’est qu’une pale copie de la bonté
    Que la parure du cœur vaut mieux que les fards sur le visage
    Que les belles paroles ne font pas toujours le sage
    Que le sage et le fou sont les deux voix de son immense bonté

    J’ai compris que finalement je n’ai rien compris
    Que chaque jour révèle que nous n’avons rien appris
    Que ma raison n’est pas nécessairement ton tort
    Que la vérité n’est pas toujours du coté du plus fort
    J’ai compris…

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  • Les étoiles éteintes

    Les étoiles éteintes.................

    ... A l'heure où sur la mer le soir silencieux 
    Efface les lointaines voiles, 
    Où, lente, se déploie, en marche dans les cieux, 
    L'armée immense des étoiles, 

    Ne songes-tu jamais que ce clair firmament, 
    Comme la mer a ses désastres ? 
    Que, vaisseaux envahis par l'ombre, à tout moment 
    Naufragent et meurent des astres ? [...]

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  • Je veus lire en trois jours l'Iliade d'Homere

    Je veus lire en trois jours l'Iliade d'Homere,
    Et pour-ce, Corydon, ferme bien l'huis sur moy.
    Si rien me vient troubler, je t'asseure ma foy
    Tu sentiras combien pesante est ma colere.

    Je ne veus seulement que nostre chambriere
    Vienne faire mon lit, ton compagnon, ny toy,
    Je veus trois jours entiers demeurer à requoy,
    Pour follastrer apres une sepmaine entiere.

    Mais si quelqu'un venoit de la part de Cassandre,
    Ouvre lui tost la porte, et ne le fais attendre,
    Soudain entre en ma chambre, et me vien accoustrer.

    Je veus tant seulement à luy seul me monstrer :
    Au reste, si un Dieu vouloit pour moy descendre
    Du ciel, ferme la porte, et ne le laisse entrer.
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  •  Un frisson me saisit » 
    par SAPPHO

     

    « Ode à une femme aimée », VIIᵉ siècle avant J.-C., traduction de Boileau, cité dans Longin, Traité du Sublime, chap. 8, 1700. 

    Heureux qui près de toi, pour toi seule soupire, 
    Qui jouit du plaisir de t’entendre parler, 
    Qui te voit quelquefois doucement lui sourire. 
    Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l’égaler ? 

    Je sens de veine en veine une subtile flamme 
    Courir par tout mon corps, sitôt que je te vois 
    Et dans les doux transports1 où s’égare mon âme 
    Je ne saurais trouver de langue ni de voix. 

    Un nuage confus se répand sur ma vue. 
    Je n’entends plus : je tombe en de douces langueurs2 ; 
    Et, pâle, sans haleine, interdite3, éperdue, 
    Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs. 

    Mais quand on n’a plus rien, il faut tout hasarder.
     
     
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