• Jeune fille, ton coeur avec nous veut se taire

    Jeune fille, ton coeur avec nous veut se taire
    Tu fuis, tu ne ris plus ; rien ne saurait te plaire.
    La soie à tes travaux offre en vain des couleurs ;
    L'aiguille sous tes doigts n'anime plus des fleurs.
    Tu n'aimes qu'à rêver, muette, seule, errante,
    Et la rose pâlit sur ta bouche mourante.
    Ah ! mon oeil est savant et depuis plus d'un jour,
    Et ce n'est pas à moi qu'on peut cacher l'amour.
    Les belles font aimer ; elles aiment. Les belles
    Nous charment tous. Heureux qui peut être aimé d'elles !
    Sois tendre, même faible (on doit l'être un moment),
    Fidèle, si tu peux. Mais conte-moi comment,
    Quel jeune homme aux yeux bleus, empressé sans audace,
    Aux cheveux noirs, au front plein de charme et de grâce.
    Tu rougis ? On dirait que je t'ai dit son nom.
    Je le connais pourtant. Autour de ta maison
    C'est lui qui va, qui vient ; et, laissant ton ouvrage,
    Tu cours, sans te montrer, épier son passage.
    Il fuit vite ; et ton oeil, sur sa trace accouru,
    Le suit encor longtemps quand il a disparu.
    Nul, en ce bois voisin où trois fêtes brillantes
    Font voler au printemps nos nymphes triomphantes,
    Nul n'a sa noble aisance et son habile main
    A soumettre un coursier aux volontés du frein.
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  • Mon âme, à Dieu, quoi que le coeur m'en fende

    Mon âme, à Dieu, quoi que le coeur m'en fende,
    Et que l'Amour de partir me défende,
    Ce traître honneur veut pour me martyrer,
    Par un départ nos deux coeurs déchirer,
    Et de laisser ton bel oeil me commande.

    Je ne veux pas qu'en larmes tu t'épande,
    Et sans qu'en rien ton amour appréhende,
    Dis-moi gaiement, sans plaindre et soupirer,
    Mon âme, à Dieu.

    Car je te laisse, et je te recommande
    De mon esprit la partie plus grande,
    Sans plus vouloir jamais la retirer,
    Car rien que toi je ne puis désirer,
    Et veux t'aimer jusqu'à ce que je rende
    Mon âme à Dieu.
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  • Aimer la vie

    Aimer la vie.............

    C'est d'abord apprendre
    À s'aimer soi-même
    À accepter ses limites, s'y adapter
    À reconnaître ses forces, les utiliser au service des autres

    Oser la vie...
    C'est avoir un rêve
    Assez puissant pour croire passionnément
    Assez grand pour qu'il soi envahissant
    Assez beau pour qu'il égaye chaque jour

    C'est croire...
    Croire que nous sommes une Étincelle divine
    Une Étincelle venue rayonner, le temps d'un passage
    Croire que nous avons une mission
    Croire que nous pouvons l'accomplir, malgré les obstacles
    Croire en soi, en l'autrui, en la vie

    C'est voir...
    Voir toutes les beautés du monde
    Au-delà des nuages
    Voir tous les élans du coeur
    Avec les yeux de l'âme

    C'est créer...
    À travers le geste, la parole, le regard
    Créer et recréer son existence
    Et tendre vers l'espoir
    Créer la plénitude du moment

    C'est communiquer...
    Abandonner sa solitude première
    S'ouvrir au regard et aux paroles des autres
    Reconnaître la puissance d'un groupe
    Et s'y joindre en toute confiance

    C'est se libérer...
    Car la vraie liberté est intérieur
    Elle brise les chaînes
    Elle nous donne la clé qui mène vers la lumière
    Cette Lumière qui nous fait...
    Aimer la vie


    Texte de lise Thibault
    Lieutenant gouverneur du Québec

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  • Enfance triste.............M

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  • Le corps fermé comme une jeune rose

    Le corps fermé comme une jeune rose
    Celle qu'Amour ne désunissait pas
    Qui disposait pour nous entre les choses
    L'oeuvre excellente et pure de ses pas

    Dont les cheveux donnaient le goût de vivre
    Et dont les mains faisaient le pain doré
    - N'était-ce rien qu'un instant d'équilibre
    Par un miracle au hasard préservé ?

    Pour un sourire elle consent au monde
    Elle s'accorde ou se rompt au plaisir,
    Toute inclinée et mêlée à son ombre
    Le corps défait par un pauvre désir

    Mais qui l'avait de neige couronnée
    Comme il la tient perdue entre ses bras
    Ayant goûté sa bouche humiliée
    Amèrement s'en détache et s'en va

    Il s'en va seul, ruiné, regrettant son courage.
    Il voit de grosses mains se poser sur ses dieux
    Les dames se repeindre et rire les messieurs
    L'or aux dents, le soleil au milieu du visage

    Il voit de beaux enfants rayonnants de jeunesse
    Tendrement sous les bras saisissant une chair
    Donner de leur substance à des femmes ouvertes
    Et chercher de l'amour dans ces ventres déserts

    Il voit briller l'éclair sur les maisons du monde,
    Les morts en habit noir dans les fêtes de nuit,
    Les lâches, les tricheurs, enfermés par la honte,
    Que le jour du seigneur trouve nus dans leur lit

    Il voit se dénouer le choeur des jeunes filles
    Celle-ci recevoir un baiser triste et bas,
    Celle-là prisonnière aux genoux d'une amie,
    Cette autre douce-ardente, et seule, dans ses bras.

    Il voit le peuple humain s'enivrer de soi-même.
    - Qu'il montre sa blessure, on y met un baiser -
    Mais comment pourrait-il accepter ce qu'ils aiment ?
    Il veut pour sa patrie un sol immaculé

    Les arbres parlent seuls dans le vent de la ville
    Ils gardent leurs secrets, ils perdent leurs oiseaux
    - Mais on fait ce qu'on veut de leur force immobile
    Et leurs maîtres les ont plantés sur des tombeaux

    La mer toute-puissante, aujourd'hui blanche et noire
    Laisse trop de vivants parcourir sa beauté ;
    Ils font leurs pauvres tours au milieu de sa gloire
    Elle brille, s'élance - et se couche à leurs pieds

    Le ciel même se voit expliquer par la terre :
    Ses étoiles ne sont que des mondes mortels
    Le visage de l'homme arrête la lumière
    Il regarde en riant l'équilibre du ciel

    Partout tombe, s'agite, et parle cette bande.
    Celui qui se refuse et veut se passer d'eux
    Comme un joueur ruiné prisonnier dans sa chambre
    N'a plus qu'à se remettre entre les mains de Dieu

    - Il compose des vers mystérieux et sages,
    Lentement, pleins de sens et de sérénité
    - Puis se couche et s'endort, ayant fait son ouvrage
    Et repris dans son corps le pouvoir de chanter.

    - Beaucoup plus tard, un jour sans tache, un jour sans ombre
    - Beaucoup plus tard un air d'eau neuve, un oiseau blanc...
    L'homme s'éveille, et s'émerveille, et vient au monde,
    Et laisse aller en liberté son coeur battant...

    Que de beauté ! Les arbres font leur grand murmure,
    La mer et le soleil du matin sont unis...
    Voici le ciel dans les chemins de l'aventure
    Voici cet homme - et son amour est devant lui
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  • Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps

    Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps.
    C'est à mon plaisir seul, à vous que je m'attends
    Égalité du coeur, honnête poésie.
    Je n'ai rien de meilleur que cette humeur unie,
    J'éprouve la couleur le grain de mon papier
    Et l'incertain trésor que j'y viens gaspiller.

    Toute pleine de moi, page sans bornes, vive
    Étendue où respire une blanche captive,
    Mon amour est sur toi comme un ciel éclairé.
    Je me retrouve ici seul et désaltéré.
    J'ai placé mon bonheur dans un calme langage :
    J'aime, et jusqu'aux détours, la route où je m'engage.

    Il est sur la cité cinq heures du matin
    Dont les vapeurs de l'aube ont brouillé le dessin.
    Déjà le boulanger quitte son four sonore,
    La nuit aux marronniers, pâle, repose encore,
    L'espace doucement a reçu les oiseaux
    Et la sirène crie au milieu des bateaux.

    Tout le gris éventail d'une ville éveillée
    Ouvre son paysage au seuil de ma journée
    Et parmi les couleurs de l'arrière-saison
    Je dispose le monde autour de ma maison :
    Ici d'humides toits glissent dans la lumière,
    Se perd par la fumée une étoile dernière,
    Un cerisier profond règne sur mon jardin
    Et se charge de jour le gazon citadin.
    Arbres, roses, pelouse, il n'est rien qui ressemble
    A l'édifice pur que vous formez ensemble,
    Mais combien difficile à ne point abîmer...

    Le beau temps me baptise et fait son feu léger
    Parcourir, éveiller un esprit sans faiblesse.
    Le thé que je compose est philtre de sagesse,
    L'eau tire de sa feuille une riche liqueur ;
    J'en éprouve longtemps la pointe et la vigueur.
    Ô Thé miraculeux dans cette porcelaine
    Au prix d'un or si fin que la richesse est vaine !
    Penché sur ton miroir comme les japonais
    Respectueusement je respire la paix,
    Je repose les mains sur une blanche table
    Et le calme où je suis devient si délectable,
    De si divine sorte et légèrement fait,
    Que toute ma journée en sentira l'effet.

    Cette chambre aux murs bleus ouvre dans le feuillage.
    La vigne vierge y pousse une flamme sauvage,
    Des meubles de bois sombre y luisent simplement
    Et le corps est heureux de son embrassement,
    Haute fenêtre d'or où ma ville s'appuie,
    J'allume en votre honneur une pipe chérie :
    Un feu doux et léger bouge au creux de la main,
    Dont la chaleur me fait profondément humain.
    J'écoute s'éveiller mille voix diligentes,
    Battre les lourds tapis et chanter les servantes,
    Bruxelles accomplir un rite matinal.

    J'avance, l'air entier sonne comme un cristal
    Et l'Automne guide mes pas aux avenues.
    Pourtant il faut chanter les plus petites rues :
    Du soleil s'abandonne à leur pâle pavé
    Et le ciel alentour touchant et délavé.
    Les marchandes de fleurs y cherchent un sourire ;
    Elles ont la couleur des choses qu'on désire
    Et, parmi le trésor le plus rafraîchissant
    Vivantes, elles font un murmure glissant.
    Dans sa robe d'argent comme une vieille amie
    Voici pour mon repos la place Stéphanie,
    Votre haute fontaine ô Porte de Namur,
    Et les jardins du Roi pénétrés par l'azur.

    Il est près de Midi. Je vois des hommes vivre.
    Passe un cheval dansant, brillant comme le cuivre,
    Une. petite fille aux magnifiques dents,
    De célèbres messieurs, des cigares ardents.
    Comme, au long des trottoirs, une bête docile,
    Se range proprement la souple automobile ;
    Des femmes sans couleur se tenant par la main
    Avancent au milieu d'un silence inhumain.
    Leurs cheveux sont ornés d'une rose glacée,
    Cette blouse déteinte et leur lèvre blessée ;
    Elles ne savent pas saluer le soleil.

    Terrasse des cafés sous un lierre vermeil
    D'où je vois s'agiter ma ville industrieuse,
    Boulevard aussi beau par ta robe poudreuse
    Qu'un fleuve déployé dans son vaste dessin,
    Maisons de mes amis, la mienne, mon jardin,
    Champs d'avoine et d'air pur qui faites la banlieue,
    Nuages sur les toits et dans la pierre bleue,
    Vous êtes le décor que je donne à ces vers.

    Qui m'aime, aime ma ville et me suive au travers.

    Dans le bois de la Cambre, un facile Dimanche,
    Sous l'aile des pigeons cette île toute blanche,
    Cette île, autour de quoi les feuillages et l'eau
    Ferment dans le brouillard leur précieux anneau,
    Ne vous est-elle pas, distraite citadine,
    Comme, après le soleil, une pluie haute et fine
    Nourriture du coeur et gage de santé ?

    Mes rames dérangeant un trésor argenté,
    La barque obéissante échappe à son sillage.
    Vous êtes mon ami, sylvestre paysage,
    Vous êtes la dernière et meilleure raison
    De qui ne connaît plus le dieu de sa maison.
    Mais déjà s'abandonne une image de rive
    Au mouvement d'amour de cette onde attentive
    Quand se répand sur elle et l'épouse le soir
    Comme une jeune haleine obscurcit son miroir.
    Déjà s'ouvrent, au fond d'un feuillage docile,
    Les fleurs blêmes du gaz, les lampes de la ville ;
    Une auréole tombe au pied d'arbres en feu,
    Pâle et vaste, que j'aime, et qui m'égare un peu.
    Adieu, domaine pur...

    Bruxelles se déploie.
    Une foire opulente alimente sa joie ;
    Écumeuse comme elle et pleine de danger
    Je regrette la mer, au moment d'y plonger.
    Grosses roses de bois, carrousels de banlieue !
    Un vertige saisit la fille en blouse bleue,
    De tendres Grenadiers la soutiennent à point.
    Un clown ouvre les bras, je lui souris de loin.
    Je goûte ma faiblesse avec sollicitude,
    Je me trouve, sans but et sans inquiétude,
    A cette chaude foule un corps abandonné...
    J'admire la souplesse et le bien-ordonné
    D'une montagne russe au-dessus des feuillages :
    Elle déroule un rail, visite les nuages,
    Et chavire la foire ! et sombre ! et, mollement,
    Berce, caresse, vide un corps convalescent...

    Au front des promeneurs que cette foule mène
    Au sommeil, aux plaisirs, goûtés sans trop de peine,
    Le dangereux amour pose ses mains de feu ;
    Et ses ruses feront la règle de mon jeu.
    Je vous aime, Cité, domaine de la pluie,
    Mais dont les habitants moquent la poésie.
    Comme un grand violon de silence habité
    Vous êtes l'instrument d'une divinité.
    Laissez, laissez mûrir, se charger d'évidence
    Cette chose sans nom, cette vaste espérance ;
    Se composer un dieu par vos arbres blessés,
    Par vos matins déserts et vos soleils brisés,
    Par le visage d'or des nuits européennes.
    A mes raisons d'amour chacun joigne les siennes.
    Tant de silence frais, comme au petit matin,
    Favorise le jeu d'un esprit citadin.
    Quelle tranquillité fait ma fenêtre ouverte...

    Bruxelles, arrosé comme une plante verte,
    Bien nouveau, bien plaisant, se tait quand je le veux.
    Ce n'est pas au hasard que je nomme ses dieux
    Et ni distraitement que ce grand corps murmure.
    Je sais où caresser ma belle sans-figure,
    Ma ville habituée aux malices du ciel ;
    Je ne souhaite pas de plaisir éternel :
    Et les quatre saisons me gardent des surprises

    Au filet du Printemps quand les branches sont prises
    Et que de purs chemins traversent le gazon,
    Comme un discours logique et nourri de raison
    De beaux jardins me font une vertu nouvelle.

    Mais, sous une toison brûlante et solennelle
    Lorsque le mois de juin presse le boulevard,
    Que des visages nus mélangent leur brouillard,
    Autour de qui l'amour tourne comme une bête,
    - Comment ne pas chérir cette rapide fête,
    Comment ne pas se prendre aux pièges de l'Été ?

    Octobre transparent a les couleurs du thé
    Et cet intime accent qui fait d'un paysage
    Aux hommes patients entendre le langage ;
    La banlieue en Automne est un miroir secret
    Qu'il faut longtemps polir et de mince reflet,
    Mais qu'un peu d'amitié touche son eau fermée :
    II n'est rien de si beau dans la plus belle année.

    L'Hiver enfin m'enchante et le pavé sonnant ;
    Bruxelles reformé dans un ordre émouvant,
    Ses arbres dépouillés, sa menteuse logique,
    Et le cruel éclat d'un ciel géométrique
    Sur toutes nos maisons comme un couteau planté.

    J'épuise ces trésors avec tranquillité.
    Que n'importent des biens dont je n'ai plus envie
    Si je n'en tire un miel qu'on nomme Poésie ?
    Je compose ces vers pour me sentir vivant ;
    Mais non pas au hasard, non pas distraitement.
    Quel besoin de mentir, d'habiter un nuage ?
    Il est assez de ruse en ce simple langage,
    Les lecteurs que je veux ne s'y tromperont pas.

    Yvonne aux gants de fil, dame des cinémas,
    Perle et poudreuse rose à la faveur des ombres,
    Voit Charlie au corps pur danser sur les décombres.
    Les femmes n'aiment pas tant de légèreté.
    Mais vous, plus attentive à la divinité,
    Saisissez de ses jeux le périssable charme
    Et comme un film usé me touche et me désarme,
    Ainsi de vos cheveux, de votre froide main.
    Mais Élise ! solide et comme le bon grain
    Dorée, ouverte aux dieux, fondée en gymnastique,
    Éprouve du talon la pelouse élastique
    Touchée au petit jour par la grâce du sport.
    D'où cette heureuse allure et ce paisible port.
    De sommeillants bonheurs ne sauraient plus me plaire
    Ni le goût de pain bis d'une enfant sédentaire ;
    Mon Élise vivante a le coeur mieux placé,
    Sous la douche reçoit un sacrement glacé
    Et goûte ses plaisirs sans sourire ni plainte.

    Mais toi, dont je chéris la fourrure déteinte
    Quand remue à ton cou ce minable ornement,
    Suzanne, à la clarté du gaz attendrissant,
    Ivre, maigre, et m'ouvrant ta bouche apprivoisée,
    Élève dans mes bras une chanson brisée
    Ma ville et mon amie ont les mêmes yeux gris.

    Sans doute est-il beaucoup de plus nobles pays,
    De plus riches climats où déployer sa vie
    (Et je ne sais, Paris, comme l'on vous oublie)
    Paysages, lointains voyages, ciels changeants...
    Mais trouverais-je ailleurs autant d'amis vivants ?
    Ma patrie est où sont ces hommes délectables ;
    C'est par eux que mes vers deviennent raisonnables,
    Pour eux que je guéris d'un délire sacré ;
    Ma ville obéissante est refaite à leur gré.
    Heureux de parler clair, fondés en poésie,
    Laissons-nous-y longtemps caresser par la vie :
    Chaque jour de jeunesse est doré comme un pain ;
    Poursuivons, sans vieillir, un dialogue humain.
    Je termine à ces mots l'éloge de Bruxelles :
    Poésie, Amitié, mes lois sont les plus belles,
    Ornement du jardin, gloire de la maison,
    Les précieux épis d'une riche saison.

    Au terme aérien d'un jour sans aventure
    Entre mes doigts s'achève un ouvrage d'eau pure
    Et je baisse la voix, comme le soir se fait.
    Que ma ville repose, elle a dit son secret :
    Voici tout le dessin de son meilleur visage.

    Comme la mer unit une facile plage,
    Comme d'une amoureuse on lisse les cheveux,
    Un instant sage encor, sage et silencieux,
    Je contiens ma chanson, ma fortune ignorée...
    Mais elle s'est de moi doucement détachée ;
    Les mains vides, j'entends se perdre ses oiseaux...
    Libre et seul, je connais le prix de mon repos :
    Quelle paix sur ma ville et quel air d'innocence...
    Mes vers portent en eux leur pure récompense.
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  • Reste. N'allume pas la lampe...

    Reste. N'allume pas la lampe................

    Reste. N'allume pas la lampe. Que nos yeux
    S'emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
    Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
    De leurs ondes sur nos baisers silencieux.

    Nous sommes las autant l'un que l'autre. Les cieux
    Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
    Voluptueusement berçons notre faiblesse
    Dans l'océan du soir morne et délicieux.

    Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
    Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
    Tes cheveux où mon front se pâme enseveli...

    Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
    Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli
    Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.
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  • Le marché de la Madeleine

    Le marché de la Madeleine...............Catulle MENDÈS 1841 - 1909

    Debout ! le soleil caresse nos draps.
    Que ne suis-je né près de Mytilène !
    Allons respirer l'odeur des cédrats
    Au marché qu'on tient à la Madeleine.

    J'ai rêvé d'un grand château dans la plaine.
    Nous étions (hélas ! tu me comprendras !)
    Moi, l'hôte d'un soir, vous, la châtelaine.
    Debout ! le soleil caresse nos draps.

    Nous voyagerons lorsque tu voudras !
    Nous irons en Grèce, au pays d'Hélène
    Dont les bras étaient moins beaux que tes bras.
    Que ne suis-je né près de Mytilène !

    En Chine où les tours sont de porcelaine,
    Dans l'Inde où la noire a sous le madras
    Des cheveux crépus comme de la laine,
    Allons respirer l'odeur des cédrats.

    Mais ce n'est qu'un rêve et tu t'en riras !
    Allons acheter de la marjolaine,
    De la marjolaine et des gobéas
    Au marché qu'on tient à la Madeleine !
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  • Dernière entrevue

    Attends, nous allons dire adieu :
    Ce mot seul désarmera Dieu.

    Les voilà ces feuilles brûlantes
    Qu'échangèrent nos mains tremblantes,

    Où l'amour répandit par flots
    Ses cris, ses flammes, ses sanglots.

    Délivrons ces âmes confuses,
    Rendons l'air aux pauvres recluses.

    Attends, nous allons dire adieu :
    Ce mot seul désarmera Dieu.

    Voici celle qui m'a perdue...
    Lis ! Quand je te l'aurai rendue,

    De tant de mal, de tant de bien,
    Il ne me restera plus rien.

    Brûlons ces tristes fleurs d'orage,
    Moi, par effroi ; toi, par courage.

    Elles survivraient trop d'un jour
    Au naufrage d'un tel amour.

    Par pitié, sois-nous inflexible !
    Pour ce sacrifice impossible,

    Il fallait le secours des cieux,
    Et les regarder dans tes yeux !

    Contre toi le sort n'a plus d'armes ;
    Oh ! ne pleure pas... bois mes larmes !

    Lève au ciel ton front abattu ;
    Je t'aime à jamais : le sais-tu ?

    Mais te voilà près de la porte...
    La terre s'en va... je suis morte !...

    Hélas ! je n'ai pas dit adieu...
    Toi seul es sauvé devant Dieu !
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