• DERNIÈRES VACANCES

    DERNIÈRES VACANCES................. RENÉ-FRANÇOIS SULLY PRUDHOMME

    Sonnet.

    Heureux l'enfant qui meurt dans sa septième année
    Avant l'âge où le cœur doit saigner pour jouir ;
    Qui meurt de défaillance, en regardant bleuir
    Sous les orangers d'or la Méditerranée !

    On ne tient plus son âme aux leçons enchaînée,
    Et, libre de s'éteindre, il croit s'épanouir.
    Plus de maîtres ! c'est lui qui se fait obéir,
    Et sa mère est pour lui comme une sœur aînée.

    Par sa faiblesse même il fait céder les forts ;
    Il prend ce qu'il désire avant qu'on le lui donne,
    Et sa pâleur l'absout avant qu'on lui pardonne.

    Indocile et choyé, paresseux sans remords,
    C'est en suivant des yeux la fuite d'un navire
    Qu'un soir, pendant qu'il rêve un voyage, il expire.

    Extrait de: 
     Les épreuves (1866)
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • MAGIE NOIRE

    MAGIE NOIRE ...................... RAYMOND QUENEAU

    Profitant de la nuit voici le sale prophète
    Empruntant un noir chemin où seul se promène
    Fleuve embourbant les bois où nulle nulle fleur
    Flamine embarbouillé de foie avec nulle nulle flamme

    Prétexte que le soir lisant texte après texte
    S'apprêtait à la solitude où lui inverse prêtre
    Flânait terrifiant les démons et narguant les eflluences
    Flavescentes triviales en enfer où dénigrantes et

    [flambantes

    Proue du destin mauvais malheur infect qui s'apprête
    Prétendant dire les maux mais ignare du présent
    Pourpre banalité vers les mots qu'il prononce

    Fluide phonétique faux sons du guignon l'oriflamme
    Flattant qui sourd néfaste orgueilleux de son flegme
    Flétrisseur bonhomme il parait à tout moment flébile

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • J.-K. HUYSMANS

    J.-K. HUYSMANS.........................PAUL VERLAINE

    Sa douceur qui n'est pas excessive,
    Elle existe mais il faut la voir,
    Et c'est une laveuse au lavcir
    Tapant ferme et dru sur la lessive ".

    Il la veut blanche et qui sente bon *
    Et je crois qu'à force il l'aura telle.
    Mais point ne s'agit de bagatelle
    Et la tâche n'est pas d'un capon.

    Et combien méritoire son cas

    De soigner ton linge et sa détresse.

    Humanité, crasses et cacas !

    Sans jamais d'insolite paresse, Ô douceur du plus fort des
    J.-K.,
    Tape ferme et dru, bonne bougresse !

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • NOTRE DEMEURE

    NOTRE DEMEURE ............ MICHEL DEGUY 1930-

    Dame de près l'ombre chat sous ta main de peintre

    joue
    Tandis que l'âge crible la mienne drainant le derme

    (et mince taie sur la pupille)
    La paume de la nuit en sueur scintille sur la nuit

    Une meule d'étoiles se rentre à l'horizon urbain
    La lune fardée comme une
    Japonaise
    Approvisionne là l'immeuble de la nuit
    Les feux du stade bordent notre alcôve

    Une demande précautionneuse

    Cherche ta voix
    Que ta diction lente et courtoise exauce

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • ADIEU A GRAZIELLA

    ADIEU A GRAZIELLA .............. ALPHONSE DE LAMARTINE

    Adieu ! mot qu'une larme humecte sur la lèvre ;
    Mot qui finit la joie et qui tranche l'amour ;
    Mot par qui le départ de délices nous sèvre ;
    Mot que l'éternité doit effacer un jour !

    Adieu !.... Je t'ai souvent prononcé dans ma vie,
    Sans comprendre, en quittant les êtres que j'aimais,
    Ce que tu contenais de tristesse et de lie,
    Quand l'homme dit : "Retour !" et que Dieu dit : "Jamais !"

    Mais aujourd'hui je sens que ma bouche prononce
    Le mot qui contient tout, puisqu'il est plein de toi,
    Qui tombe dans l'abîme, et qui n'a pour réponse
    Que l'éternel silence entre une image et moi !

    Et cependant mon coeur redit à chaque haleine
    Ce mot qu'un sourd sanglot entrecoupe au milieu,
    Comme si tous les sons dont la nature est pleine
    N'avaient pour sens unique, hélas ! qu'un grand adieu !

    Extrait de: 
     Recueil : Nouvelles méditations poétiques
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • LETTRE EN NOVEMBRE

    LETTRE EN NOVEMBRE .................. SYLVIA PLATH

    Mon amour, le monde
    Tourne, le monde se colore. Le réverbère
    Déchire sa lumière à travers les cosses
    Du cytise ébourrifé à neuf heures du matin.
    C’est l’Arctique,

    Ce petit cercle noir,
    Ses herbes fauves et soyeuses — des cheveux de bébé.
    L’air devient vert, un vert
    Très doux et délicieux.
    Sa tendresse me réconforte comme un bon édredon.

    Je suis ivre, bien au chaud.
    Je suis peut-être énorme,
    Si bêtement heureuse
    Dans mes bottes en caoutchouc,
    A patauger dans ce rouge si beau, à l’écraser.

    Je suis ici chez moi
    Deux fois par jour
    J’arpente ma terre, je flaire
    Le houx barbare,
    Son fer viride et pur,

    Et le mur des vieux cadavres
    Je les aime.
    Je les aime comme l’histoire.
    Puis les pommes d’or,
    Imagine —

    Imagine mes soixante-dix arbres
    Dans une épaisse et funèbre soupe grise
    Occupés à retenir leurs balles d’or éclatant,
    Leur million
    De feuilles métalliques haletantes.

    Ô amour, ô célibat.
    Je suis seule avec moi,
    Trempée jusqu’à la taille.
    L’or irremplaçable
    Saigne et s’assombrit, gorge des Thermopyles.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • LIVRE PREMIER SUR LA NATURE ET SON AUTEUR

    LIVRE PREMIER SUR LA NATURE ET SON AUTEUR ......... LAURENT DRELINCOURT

    Frères, de qui toujours la parfaite harmonie
    Règne, sans s'altérer, dans vos vieux différends ;
    Grands corps, de siècle en siècle, affermis en vos rangs,
    Dont tous les autres corps sentent la tyrannie;

    Éléments séparés, dont la force est urne,
    Fixes, mouvants, légers, pesants, actifs,

    souffrants,
    Chauds, froids, humides, secs, obscurs et transparents,
    Qui marquez du grand

    Dieu la sagesse infime;

    Pères et destructeurs de tant d'êtres divers
    Qui, naissant et mourant, dans ce vaste univers, Éprouvent de vos lois la fatale puissance;

    Heureux qui ne craint plus l'atteinte de vos coups,
    Et qui, sur tous les cieux, loin de votre inconstance,
    Peut vivre, respirer, et se mouvoir sans vous !

    . LAURENT DRELINCOURT 1625 - 1680

     

     
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • SI L'AMOUR EST UN FEU D'OU VIENT SA FROIDE GLACE

    SI L'AMOUR EST UN FEU D'OU VIENT SA FROIDE GLACE .. LOUIS GALLAUP DE CHASTEUIL

    Si l'Amour est un feu d'où vient sa froide glace
    Si
    Mort d'où vient son vivre animé du
    Trespas
    Si douleur d'où le fruit de ses jeunes esbas
    Si plaisir d'où le dueil qui son plaisir efface

    S'il est repos d'où vient que la peine il embrasse
    Si paix qu'il se mutine et s'attise aux combas
    Si flèche que le cœur ne le redoute pas
    Si liberté d'où vient que luy mesme s'enlasse

    Si douceur d'où son boire est plus fiel que le fiel
    Si joye que son cry de pitié bat le ciel
    Si faveur que sa grâce est l'estreme suplice

    Si jeunesse d'où vien que les vieux il domtoit
    Il ne faut que ma voix sa force définisse
    Tant plus on le fréquente et moins on le cognoit.

    Si tu pouvois
    Maillard animer ce tableau

    Des
    Grâces des
    Vertus et de la
    Saincte flamme

    Du beau pourtraict qu'Amour a gravé dans mon ame

    Cent fois je beniroy ta main et ton pinceau

    Pour attiser mes feux emaille un renouveau
    De fleurons espanis au verger de ma dame
    Cerne en deux arcz son front et son œil qui m'enflamme
    Paroisse de
    Paphos le plus rare flambeau.

    Son poil d'or qu'il soit d'or sa joue soit vermeille
    Et sa bouche petite et petite l'oreille
    Et son sein haletant souspire ma doulleur

    Tire encor ce
    Mais non rabaisse ton courage

    Je la feins beaucoup mieux que tu ne fait l'ouvrage
    Mon œil en est le peintre et l'object sa couleur.

    LOUIS GALLAUP DE CHASTEUIL(1554-1598.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • SEMBLABLE AU DUR ROCHER EST CETTE ROCHE HUMAINE

    SEMBLABLE AU DUR ROCHER EST CETTE ROCHE HUMAINE ....LOUIS GALLAUP DE CHASTEUIL

    Semblable au dur rocher est cette roche humaine :

    Son front et mon vouloir s'eslevent dans les
    Cieux ;

    Sa musique et mes vers sont cris ambitieux ;

    Son fueillage est son fruict, mon fruict 1 attente vaine :

    D'escueils il est couvert ; je suy couvert de peine ;

    Il verse des ruisseaux, et des ruisseaux mes yeux ;

    Je souffre de sanglos, luy de vens furieux ;

    Son cœur est plain de froit, d'effroy mon
    Ame est

    [plaine.

    L'un a ferme son pied, l'aultre a ferme sa foy ;

    L'un impose aux lieux bas, l'aultre aux esbas sa loy;

    L'un viene aimé de
    Diane et l'aultre de
    Cythere :

    Semblable à ce rocher je vois ouvrir le jour

    Je vois fermer la nuict, et durer ma misère ;

    De luy se paist l'Aspic, de moy se paist l'Amour !

    LOUIS GALLAUP DE CHASTEUIL(1554-1598.

    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique