• LE CALVAIRE

    LE CALVAIRE............Max Elskamp (1862-1931)


      
    Mon Dieu qui mourez à Saint-Paul, 
    Un peu autrement que les autres, 
      
    Dans ma rue froide comme un pôle 
    Entouré d’anges et d’apôtres ; 
      
    Mon Dieu qui mourez à Saint-Paul, 
    Tout blanc des pieds, tout blanc des mains, 
      
    Pour ceux du quai, pour ceux du môle, 
    Sous des bougies dans un jardin, 
      
    Mon Dieu des pêcheurs, des marins, 
    Et mien jadis en mes croyances, 
      
    C’est vous là-bas dans les lointains 
    Des matins bleus de mon enfance 
      
    Mon Dieu qui les avez connus 
    Tous ceux d’ici qui ont passé 
      
    Dans ma rue et nus ou vêtus 
    Et puis plus loin s’en sont allés. 

      
    Mon Dieu ici dans les rochers 
    Qui savez le vent et la pluie, 
      
    De tous les cieux las de la vie 
    Comme ceux qui ont navigué ; 
      
    Et qu’on vient voir, et que l’on prie 
    À deux genoux, le front baissé, 
      
    Mon Dieu doux à ceux des navires, 
    Qui ont subi, qui ont peiné, 
      
    Dans le bien, le mal ou le pire, 
    Depuis le jour où ils sont nés, 
      
    Mon Dieu qui savez les étoiles 
    Qui fixent à chacun son lot, 
      
    Mon Dieu qui savez où les voiles 
    Conduisent ceux qui vont sur l’eau, 
      
    Et qui leur avez pardonné 
    Les ports mauvais qu’ils ont touchés, 
      
    Mon Dieu, ici des matelots, 
    C’est eux qui vous ont aimé. 
      

      
    Mon Dieu des nuits et des matins, 
    Ici dans le temps comme il vient, 
      
    Et que l’on voit d’hiver, d’été, 
    Blanc et dans l’ombre en long couché, 
      
    Derrière une grille dressée, 
    Les yeux fermés, au flanc la plaie, 
      
    Avec des anges à vos pieds 
    Leurs ailes sur le dos croisées, 
      
    Et que les femmes des marins 
    Implorent pour ceux dont la vie 
      
    Est d’aller sur la mer au loin 
    Voiles tendues, aux pêcheries 
      
    Et dans la pluie et dans le vent, 
    Chercher le pain cher qu’on leur vend ; 
      
    Puis Madeleines repenties 
    Et le jour du vendredi-saint 
      
    Qui viennent toucher de leur sein 
    La grille chargée de bougies, 
      
    Devant laquelle vous dormez 
    Saignant du front, des mains, des pieds, 
      
    Pour trouver pardon de leur vie, 
    Dans le remords qui les étreint ; 
      
    Mon Dieu des soirs et des matins 
    Ici dans le temps comme il vient, 
      
    C’est femmes en peine et qui prient 
    Sombrées comme nefs corps et biens. 
      

      
    Mon Dieu au monde qui dit vie, 
    Port là-bas, et lors étrangers, 
      
    Anglais dans leur orgueil dressés 
    Américains de frais rasés, 
      
    Indous marchands de plumes teintes 
    Malais qui sourient les dents noires, 
      
    Chinois avec leur lèvres peintes 
    Et jaunes ainsi que l’ivoire, 
      
    C’est eux, alors qu’août dit l’été, 
    Et qui viennent vous visiter 
      
    Et pour s’attarder jusqu’au soir 
    Et les garder en leur mémoire, 
      
    Longin qu’on voit avec sa lance, 
    Dit en blanc en pierre sculptée, 
      
    Michel-Archange et qui s’élance 
    Sur le dragon aux mains l’épée, 
      
    Et toute larmes Madeleine 
    En cheveux longs qui dit sa peine, 
      
    Et sa sœur Marthe agenouillée, 
    Et Lazarre leur frère aimé, 
      
    Tandis qu’en le souffre et les flammes, 
    Purgatoire où brûlent les âmes, 
      
    On les voit les yeux alanguis 
    De l’espoir doux du bien promis 
      
      

      
    Mon Dieu aux jours de mon enfance 
    Où si près de vous j’ai dormi, 
      
    En ma maison, dans le silence 
    Où je vous évoquais la nuit, 
      
    Mon Dieu, là-bas, dans mon jardin, 
    Triste ainsi qu’ils sont dans les villes, 
      
    Et qu’au temps où vivaient les miens 
    Seul un mur et couvert de tuiles, 
      
    Me séparait, dit en ses pierres, 
    De votre présence réelle 
      
    Toute proche là au calvaire 
    Où vos anges croisaient leurs ailes ; 
      
    Mon Dieu alors aux nuits d’hiver 
    Lorsque le vent du Nord montait, 
      
    Criant comme à la mort dans l’air, 
    Et que tous les carreaux tremblaient 
      
    Et qu’au fleuve à la marée pleine, 
    Pour au bord des quais trouver place, 
      
    Vrombissait la voix des sirènes 
    Des vapeurs qui cherchaient la passe, 
      
    Mon Dieu, mon cœur d’enfant inquiet, 
    Alors de vous savoir tout proche, 
      
    Couché en long là, dans les roches, 
    S’allait vers vous et trouvait paix. 
      

      
    Mon Dieu aujourd’hui loin de moi 
    Qui dormez encore à Saint-Paul, 
      
    En la rue douce où fut mon toit, 
    En ma rue blanche comme un pôle, 
      
    Mon Dieu qui les avez connus 
    Les primes matins de ma vie, 
      
    À son aube quand j’étais nu 
    De chair comme de cœur aussi, 
      
    Mon Dieu encore ici c’est moi 
    Mais las ! et de tout revenu, 
      
    Des jours en long que j’avais vécus 
    Plus en la peine qu’en la foi. 
      

      
    Mon Dieu j’avais trop espéré 
    Des matins qui m’avaient souri, 
      
    Et je me suis ainsi trompé 
    Sur la voie loin que j’ai suivie, 
      
    Et tout est mort ou s’en est allé 
    De ce que jadis j’ai aimé ; 
      
    Et maintenant voici le soir 
    Et mon heure qui va sonner, 
      
    Et mon âme qui va entrer 
    Là-bas où la nuit se fait noire, 
      
    Mon Dieu mien, de la rue Saint-Paul, 
    Donnez-moi vous en long couché, 
      
    Là-bas au calvaire du môle 
    Comme aux marins que vous aimez, 
      
    Le sommeil doux qu’après la vie 
    J’ai de tous les temps espéré. 
      

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  • PROLOGUE

     

    À Léon Clopet, architecte.

     

    Voici, je m’en vais faire une chose nouvelle qui viendra en avant ; et les bêtes des champs, les dragons et les chats-huants me glorifieront.
    La Bible.


    Quand ton Pétrus ou ton Pierre 
    N’avait pas même une pierre 
    Pour se poser, l’œil tari, 
    Un clou sur un mur avare 
    Pour suspendre sa guitare, 
    Tu me donnas un abri. 
      
    Tu me dis : — Viens, mon rhapsode, 
    Viens chez moi finir ton ode ; 
    Car ton ciel n’est pas d’azur, 
    Ainsi que le ciel d’Homère, 
    Ou du provençal trouvère ; 
    L’air est froid, le sol est dur. 
      
    Paris n’a point de bocage, 
    Viens donc, je t’ouvre ma cage, 
    Où, pauvre, gaiement je vis ; 
    Viens, l’amitié nous rassemble, 
    Nous partagerons, ensemble, 
    Quelques grains de chenevis. — 
      
    Tout bas, mon âme honteuse 
    Bénissait ta voix flatteuse 
    Qui caressait son malheur ; 
    Car toi seul, au sort austère 
    Qui m’accablait solitaire, 
    Léon, tu donnas un pleur. 
      
    Quoi ! ma franchise te blesse ? 
    Voudrais-tu que, par faiblesse, 
    On voilât sa pauvreté ? 
    Non, non, nouveau Malfilâtre, 
    Je veux, au siècle parâtre, 
    Étaler ma nudité ! 
      
    Je le veux, afin qu’on sache 
    Que je ne suis point un lâche, 
    Car j’ai deux parts de douleur 
    À ce banquet de la terre ; 
    Car, bien jeune, la misère 
    N’a pu briser ma verdeur. 
      
    Je le veux, afin qu’on sache 
    Que je n’ai que ma moustache, 
    Ma chanson et puis mon cœur, 
    Qui se rit de la détresse ; 
    Et que mon âme maîtresse 
    Contre tout surgit vainqueur. 
      
    Je le veux, afin qu’on sache, 
    Que, sans toge et sans rondache, 
    Ni chancelier, ni baron, 
    Je ne suis point gentilhomme, 
    Ni commis à maigre somme 
    Parodiant lord Byron. 
      
    À la cour, dans ses orgies, 
    Je n’ai point fait d’élégies, 
    Point d’hymne à la déité ; 
    Sur le flanc d’une duchesse, 
    Barbotant dans la richesse 
    De lai sur ma pauvreté. 
      

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  • QUE TU ES BELLE

    QUE TU ES BELLE..............


      
    Que tu es belle ! Que tu te penches 
                  bien ! 
    Jeune fille douce, longue, blonde, 
                  viens ? 
      
    Comme la rosée bleue des pervenches 
                  tu 
    glisseras sur moi lentement, 
                  nue. 
      
    Je souffre. Que tu es 
                  belle ! 
    Sur qui donc ta hanche 
                  blanche 
    se courbera-t-elle ? Est-ce qu’il n’en mourra 
                  pas ? 
      
    Tu es la violette des 
                  fossés. 
    Tu es une fleur de sang 
                  blanche. 
    Tu es la fontaine où les cressons 
                  sont. 
      
    J’ose te regarder à peine. 
                  Je 
    détourne, quand tu passes, les 
                  yeux. 
      

                 

    Novembre 1990
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  • Souvent nous faisons tort nous-même’ à notre ouvrage, ........

    Souvent nous faisons tort nous-même’ à notre ouvrage, 
    Encor que nous soyons de ceux qui font le mieux : 
    Soit par trop quelquefois contrefaire les vieux, 
    Soit par trop imiter ceux qui sont de notre âge. 
      
    Nous ôtons bien souvent aux princes le courage 
    De nous faire du bien : nous rendant odieux, 
    Soit pour en demandant être trop ennuyeux, 
    Soit pour trop nous louant aux autres faire outrage. 
      
    Et puis nous nous plaignons de voir notre labeur 
    Veuf d’applaudissement, de grâce et de faveur, 
    Et de ce que chacun à son œuvre souhaite. 
      
    Bref, loue qui voudra son art et son métier, 
    Mais celui-là, Morel, n’est pas mauvais ouvrier, 
    Lequel, sans être fol, peut être bon poète. 
      

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  • Je vous entends glisser avec un secret bruit 

    Je vous entends glisser avec un secret bruit .............

    Je vous entends glisser avec un secret bruit 
                    Là-bas sur la pénombre verte. 
    Entrez dans ma maison, ô souffles de la nuit, 
                    J’ai laissé la fenêtre ouverte ! 
      
    Ô souffles, pour mon cœur tout chargés à présent 
                    D’erreur, de remords, d’amertume, 
    Vous me parliez jadis lorsqu’avec le brisant 
                    Luttaient la tempête et l’écume, 
      
    Lorsque le long du sable aux flots harmonieux, 
                    Dans la crique et sur cette grève, 
    D’une amitié perfide et la terre et les cieux 
                    Remplissaient mon âme et mon rêve. 
      
    Mais quoi ! vous vous taisez, esprits éoliens ! 
                    Un autre arpège se prolonge : 
    C’est la pluie, elle tombe et je me ressouviens 
                    Tout à coup d’un autre mensonge. 
      

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  • Chaque rêve, les soirs de rêve,

    Chaque rêve, les soirs de rêve,.............

    Chaque rêve, les soirs de rêve, qu’on formule 

    A l’air de s’évader de nous languissamment 
    Et de traîner par la chambre comme une bulle 
    Portant la part d’azur au fond de nous dormant ; 
    Globes fragiles, or et bleu, boules de verre 
    Où tout le luxe clair de la chambre est miré. 
    L’une suit l’autre ; l’une est vacillante, elle erre 
    Avec une lenteur de flocon expiré ; 
    D’autres rôdent d’un air perdu de somnambules, 
    Ayant peur des rideaux, ayant peur du plafond, 
    Car, se heurter un peu, c’est la mort... elles vont ! 
    La chambre fait silence et jongle avec ces bulles. 
    Or le miroir cruel les attire. Voici 
    Qu’elles virent dans l’air vers la clarté du piège, 
    Croyant l’espace libre en ce cadre transi 
    Dont le leurre recule un chemin qui s’abrège. 
    Mais toutes, arrivant près du miroir blafard, 
    Où leur illusion voyait une fenêtre 
    Ouverte à l’infini, sur l’infini peut-être, 
    Y sentent éclater leur cristal plein de fard... 
    — Symboles de la fuite éparse de nos Rêves 
    Qui vont vite mourir au fond des glaces brèves. 
      

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  • À VICTOR HUGO


      
    Comptons-nous ! il n’est plus permis d’être en arrière ! 
    Comptons-nous ! ce temps sombre a besoin de lumière ! 
    Ceux qui sont nés les chefs, les maîtres, les premiers, 
    Doivent secours au faible, aide et force aux derniers. 
    Nous vaincrons ! la justice est immortelle et sûre, 
    Et la cause est gagnée à présent qu’elle est pure. 
    En avant ! au danger ! que tous, nous nous prouvions ! 
    Pratiquons aujourd’hui ce qu’hier nous rêvions ! 
    Le fier préservatif au moment du naufrage 
    C’est, à travers la balle et l’obus, le courage ! 
    Offrons-nous d’un cœur ferme et d’un front indompté ; 
    Opposons aux clameurs la calme volonté. 
    Et quand, d’un grand effort, dégageant la Patrie, 
    Nous aurons reconquis notre France envahie, 
    Encor plus ! encor plus ! redirons-nous en chœur ! 
    C’est de soi désomais qu’il faut être vainqueur ! 
    Ce qu’il reste à sauver dans la crise suprême 
    C’est plus que le pays, c’est l’humanité même ! 
    Le monde est à refaire et nous le referons : 
    Nous dirons le chemin à suivre et nous irons ! 
    Ce n’est pas la colère et jamais la vengeance 
    En aucun temps humain qui sont l’intelligence. 
    Quand le canon aura tonné ses derniers coups 
    Ceux-là qui survivront se redresseront tous ; 
    Et jetant aux fossés leurs armes meurtrières, 
    Scelleront d’un serment la dernière des guerres. 
      
    La Patrie a vaincu le sang est arrêté, 
    Vive la Paix, enfin, vive la Charité ! 
    Vive l’universelle et sainte confiance 
    De la Fraternité, notre Arche d’alliance ! 
    Après tant de douleurs, après tant d’abandons, 
    Sur tant de pauvres morts déjà nous demandons 
    — Au nom d’un tel passé fait de tant de victimes — 
    Un avenir clément fait de cœurs magnanimes ! 
    Vive notre arc-en-ciel ! Et, se tendant la main, 
    Vive l’humanité meilleure de demain ! 
    La mort n’est plus ! la mort a clos sa rouge histoire, 
    Recommençons d’aimer, recommençons de croire, 
    Recommençons d’agir et redoublons d’ardeur ! 
    Nous aurons nos moissons, nous qui n’avons point peur ! 
    Après l’hiver terrible ayant l’été superbe, 
    La Vérité — ce pain de vie — est notre gerbe ! 
      

    Paris, le 27 Septembre 1870.

     

     

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  • SUNT LACRIMAE RERUM

    I  

    Il est mort. Rien de plus. Nul groupe populaire, 
    Urne d’où se répand l’amour ou la colère, 
    N’a jeté sur son nom pitié, gloire ou respect. 
    Aucun signe n’a lui. Rien n’a changé l’aspect 
    De ce siècle orageux, mer de récifs bordée, 
    Où le fait, ce flot sombre, écume sur l’idée. 
    Nul temple n’a gémi dans nos villes. Nul glas 
    N’a passé sur nos fronts criant : Hélas ! hélas ! 
    La presse aux mille voix, cette louve hargneuse, 
    À peine a retourné sa tête dédaigneuse ; 
    Nous ne l’avons pas vue, irritée et grondant, 
    Donner à cette pourpre un dernier coup de dent. 
    Et chacun vers son but, la marée à la grève, 
    La foule vers l’argent, le penseur vers son rêve, 
    Tout a continué de marcher, de courir, 
    Et rien n’a dit au monde : Un roi vient de mourir !   

                    II

    Sombres canons rangés devant les Invalides, 
    Comme les sphinx au pied des grandes pyramides, 
    Dragons d’airain, hideux, verts, énormes, béants, 
    Gardiens de ce palais, bâti pour des géants, 
    Qui dresse et fait au loin reluire à la lumière 
    Un casque monstrueux sur sa tête de pierre ! 
    À ce bruit qui jadis vous eût fait rugir tous, 
    — Le roi de France est mort ! — d’où vient qu’aucun de vous, 
    Comme un lion captif qui secouerait sa chaîne, 
    Aucun n’a tressailli sur sa base de chêne, 
    Et n’a, se réveillant par un subit effort, 
    Dit à son noir voisin : — Le roi de France est mort ! — 
    D’où vient qu’il s’est fermé sans vos salves funèbres, 
    Ce cercueil qu’on clouait là-bas dans les ténèbres ? 
    Et que rien n’est sorti de vos mornes affûts, 
    Pas même, ô canons sourds, ce murmure confus 
    Qu’au vague battement de ses ailes livides 
    Le vent des nuits arrache à des armures vides ? 
    C’est que, prostitués dans nos troubles civils, 
    Vous êtes comme nous fiers, sonores et vils ! 
    C’est que, rouillés, vieillis, rivés à votre place, 
    Toujours agenouillés devant tout ce qui passe, 
    Retirés des combats, et dans ce coin obscur 
    Par des soldats boiteux gardés sous un vieux mur, 
    Vains foudres de parade oubliés de l’armée, 
    Autour de tout vainqueur faisant de la fumée, 
    Réservés pour la pompe et la solennité, 
    Vous avez pris racine en cette lâcheté ! 
    Soyez flétris ! canons que la guerre repousse, 
    Dont la voix sans terreur dans les fêtes s’émousse, 
    Vous qui glorifiez de votre cri profond 
    Ceux qui viennent, toujours, jamais ceux qui s’en vont ! 
    Vous qui, depuis trente ans, noirs courtisans de bronze, 
    Avez, comme Henri Quatre adorant Louis Onze, 
    Toujours tout applaudi, toujours tout salué, 
    Vous taisant seulement quand le peuple a hué ! 
    Lâches, vous préférez ceux que le sort préfère ! 
    Dans le moule brûlant le fondeur pour vous faire 
    Mit l’étain et le cuivre et l’oubli du vaincu ; 
    Car qui meurt exilé pour vous n’a pas vécu, 
    Car vos poumons de fer, où gronde une âpre haleine, 
    Sont muets pour Goritz, comme pour Sainte-Hélène ! 
    Soyez flétris ! 
                            Mais non. C’est à nous, insensés, 
    Que le mépris revient. Vous nous obéissez. 
    Vous êtes prisonniers et vous êtes esclaves. 
    La guerre qui vous fit de ses bouillantes laves 
    Vous fit pour la bataille, et nous vous avons pris 
    Pour vous éclabousser des fanges de Paris, 
    Pour vous sceller au seuil d’un palais centenaire, 
    Et pour vous mettre au ventre un éclair sans tonnerre ! 
    C’est nous qu’il faut flétrir, nous qui, déshonorés, 
    Donnons notre âme abjecte à ces bronzes sacrés. 
    Nous passons dans l’opprobre ! hélas ! ils y demeurent. 
    Mornes captifs ! le jour où des rois proscrits meurent, 
    Vous ne pouvez, jetant votre fumée à flots, 
    Prolonger sur Paris vos éclatants sanglots, 
    Et, pareils à des chiens liés à des murailles, 
    D’un hurlement plaintif suivre leurs funérailles ! 
    Muets, et vos longs cous baissés vers les pavés, 
    Vous restez là pensifs, et, tristes, vous rêvez 
    Aux hommes, froids esprits, cœurs bas, âmes douteuses, 
    Qui font faire à l’airain tant de choses honteuses !  

    III  

    Vous vous taisez. — Mais moi, moi dont parfois le chant 
    Se refuse à l’aurore et jamais au couchant, 
    Moi que jadis à Reims Charle admit comme un hôte, 
    Moi qui plaignis ses maux, moi qui blâmai sa faute, 
    Je ne me tairai pas. Je descendrai, courbé, 
    Jusqu’au caveau profond, où dort ce roi tombé ; 
    Je suspendrai ma lampe à cette voûte noire ; 
    Et sans cesse, à côté de sa triste mémoire, 
    Mon esprit, dans ces temps d’oubli contagieux, 
    Fera veiller dans l’ombre un vers religieux ! 
    Et que m’importe à moi qui, déployant mon aile, 
    Touche parfois d’en bas à la lyre éternelle, 
    À moi qui n’ai d’amour que pour l’onde et les champs, 
    Et pour tout ce qui souffre, excepté les méchants, 
    À moi qui prends souci, quand la nef s’aventure, 
    De tous les matelots risqués dans la mâture, 
    Et dont la pitié grave hésite quelquefois 
    De la sueur du peuple à la sueur des rois, 
    Que m’importe après tout que depuis six années 
    Ce roi fût retranché des têtes couronnées, 
    Froide ruine au bord de nos flots écumants, 
    Vain fantôme penché sur les événements ! 
    Qu’il ne changeât de rien ni le poids ni le nombre, 
    Que, rasé dès longtemps, son front plongeât dans l’ombre, 
    Et que déjà, vieillard sans trône et sans pavois, 
    Il eût subi l’exil, première mort des rois ! 
    Je le dirai, sans peur que la haine renaisse, 
    Son avènement pur eut pour sœur ma jeunesse ; 
    Saint Rémi nous reçut sous son mur triomphant 
    Tous deux le même jour, lui vieux, moi presque enfant ; 
    Et moi je ne veux pas, harpe qu’il a connue, 
    Qu’on mette mon roi mort dans une bière nue ! 
    Tandis qu’au loin la foule emplit l’air de ses cris, 
    L’auguste piété, servante des proscrits, 
    Qui les ensevelit dans sa plus blanche toile, 
    N’aura pas, dans la nuit que son regard étoile, 
    Demandé vainement à ma pensée en deuil 
    Un lambeau de velours pour couvrir ce cercueil ! 
     

    IV  

            Oh ! que Versaille était superbe 
            Dans ces jours purs de tout affront 
            Où les prospérités en gerbe 
            S’épanouissaient sur son front ! 
            Là, tout faste était sans mesure ; 
            Là, tout arbre avait sa parure ; 
            Là, tout homme avait sa dorure ; 
            Tout du maître suivait la loi. 
            Comme au même but vont cent routes, 
            Là les grandeurs abondaient toutes ; 
            L’olympe ne pendait aux voûtes 
            Que pour compléter le grand roi ! 
            Vers le temps où naissaient nos pères 
            Versailles rayonnait encor. 
            Les lions ont de grands repaires ; 
            Les princes ont des palais d’or. 
            Chaque fois que, foule asservie, 
            Le peuple au cœur rongé d’envie 
            Contemplait du fond de sa vie 
            Ce fier château si radieux, 
            Rentrant dans sa nuit plus livide, 
            Il emportait dans son œil vide 
            Un éblouissement splendide 
            De rois, de femmes et de dieux ! 
            Alors riaient dans l’espérance 
            Trois enfants sous ces nobles toits, 
            Les deux Louis, aînés de France, 
            Le beau Charles, comte d’Artois. 
            Tous trois nés sous les dais de soie, 
            Frêles enfants, mais pleins de joie 
            Comme ceux qu’un chaud soleil noie 
            De rayons purs sous le ciel bleu. 
            Oh ! d’un beau sort quelle semence ! 
            Près d’eux le roi d’où tout commence, 
            Au-dessous d’eux le peuple immense, 
            Au-dessus la bonté de Dieu !  

    V

    Qui leur eût dit alors l’austère destinée ? 
    Qui leur eût dit qu’un jour cette France, inclinée 
            Sous leurs fronts de fleurons chargés, 
    Ne se souviendrait d’eux ni de leur morne histoire, 
    Pas plus que l’océan sans fond et sans mémoire 
            Ne se souvient des naufragés ! 
    Que, chaînes, lys, dauphins, un jour les Tuileries 
    Verraient l’illustre amas des vieilles armoiries 
            S’écrouler de leur plafond nu, 
    Et qu’en ces temps lointains que le mystère couvre, 
    Un Corse, encore à naître, au noir fronton du Louvre 
            Sculpterait un aigle inconnu ! 
      
    Que leur royal Saint-Cloud se meublait pour un autre, 
    Et qu’en ces fiers jardins du rigide Lenôtre, 
            Amour de leurs yeux éblouis, 
    Beaux parcs où dans les jeux croissait leur jeune force, 
    Les chevaux de Crimée un jour mordraient l’écorce 
            Des vieux arbres du grand Louis !  

    VI  

    Dans ces temps radieux, dans cette aube enchantée 
    Dieu ! comme avec terreur leur mère épouvantée 
    Les eût contre son cœur pressés, pâle et sans voix, 
    Si quelque vision, troublant ces jours de fêtes, 
    Eût jeté tout à coup sur ces fragiles têtes 
    Ce cri terrible : — Enfants ! vous serez rois tous trois ! 
    Et la voix prophétique aurait pu dire encore : 
    « — Enfants, que votre aurore est une triste aurore ! 
    Que les sceptres pour vous sont d’odieux présents ! 
    D’où vient donc que le Dieu qui punit Babylone 
    Vous fait à pareille heure éclore au pied du trône ? 
    Et qu’avez-vous donc fait, ô pauvres innocents ? 
      
            « Beaux enfants qu’on berce et qu’on flatte, 
            Tout surpris, vous si purs, si doux, 
            Que des vieux en robe écarlate 
            Viennent vous parler à genoux ! 
            Quand les sévères Malesherbes 
            Ont relevé leurs fronts superbes, 
            Vous courez jouer dans les herbes, 
            Sans savoir que tout doit finir, 
            Et que votre race qui sombre 
            Porte à ses deux bouts couverts d’ombre 
            Ravaillac dans le passé sombre, 
            Robespierre dans l’avenir ! 
      
            « Dans ce Louvre où de vieux murs gardent 
            Les portraits des rois hasardeux, 
            Allez voir comme vous regardent 
            Charles premier et Jacques deux ! 
            Sur vous un nuage s’étale. 
            Sol étranger, terre natale, 
            L’émeute, la guerre fatale, 
            Dévoreront vos jours maudits. 
            De vous trois, enfants sur qui pèse 
            L’antique masure française, 
            Le premier sera Louis Seize, 
            Le dernier sera Charles Dix ! 
      
    « Que l’aîné, peu crédule à la vie, à la gloire, 
    Au peuple ivre d’amour, sache d’une nuit noire 
    D’avance emplir son cœur de courage pourvu ; 
    Qu’il rêve un ciel de pluie, un tombereau qui roule, 
    Et là-bas, tout au fond, au-dessus de la foule, 
    Quelque étrange échafaud dans la brume entrevu ! 
      
    « Frères par la naissance et par le malheur frères, 
    Les deux autres fuiront, battus des vents contraires. 
    Le règne de Louis, roi de quelques bannis, 
    Commence dans l’exil, celui de Charle y tombe. 
    L’un n’aura pas de sacre et l’autre pas de tombe. 
    À l’un Reims doit manquer, à l’autre Saint-Denis ! »  

    VII

           Quel rêve horrible ! — C’est l’histoire. 
    De nos pères couchés dans les tombeaux profonds 
            Ce qu’aucun n’aurait voulu croire, 
            Nous l’avons vu, nous qui vivons ! 
      
            Tous ces maux, et d’autres encore, 
    Sont tombés sur ces fronts de la main du Seigneur. 
            Maintenant croyez à l’aurore ! 
            Maintenant croyez au bonheur ! 
      
            Croyez au ciel pur et sans rides ! 
    Saluez l’avenir qui vous flatte si bien ! 
            L’avenir, fantôme aux mains vides, 
            Qui promet tout et qui n’a rien ! 
      
            Ô rois ! ô familles tronquées ! 
    Brusques écroulements des vieilles majestés ! 
            Ô calamités embusquées 
            Au tournant des prospérités ! 
      
            Tout colosse a des pieds de sable. 
    Votre abîme est, Seigneur, un abîme infini. 
            Louis Quinze fut le coupable, 
            Louis Seize fut le puni ! 
      
            La peine se trompe et dévie. 
    Celui qui fit le mal, c’est la loi du Très-Haut, 
            A le trône et la longue vie, 
            Et l’innocent a l’échafaud. 
      
            Les fautes que l’aïeul peut faire 
    Te poursuivront, ô fils ! en vain tu t’en défends. 
            Quand il a neigé sous le père, 
            L’avalanche est pour les enfants ! 
      
            Révolutions ! mer profonde ! 
    Que de choses, hélas ! pleines d’enseignement, 
            Dans les ténèbres de votre onde 
            On voit flotter confusément ! 

    VIII  

    Charles Dix ! — Oh ! le Dieu qui retire et qui donne 
    Forgea pour cette tête une lourde couronne ! 
    L’empire était penchant et les temps étaient durs. 
    Une ombre quand il vint couvrait encor nos murs, 
    L’ombre de l’empereur, figure colossale. 
    Peuple, armée, et la France, et l’Europe vassale, 
    Par cette vaste main depuis quinze ans pétris, 
    Demandaient un grand règne, et, pour remplir Paris 
    Ainsi qu’après César Auguste remplit Rome, 
    Après Napoléon il fallait plus qu’un homme. 
    Charles ne fut qu’un homme. À ce faîte il eut peur. 
    Le gouffre attire. Pris d’un vertige trompeur, 
    Dans l’abîme, fermant les yeux à la lumière, 
    Il se précipita la tête la première. 
    Silence à son tombeau ! car tout vient de finir. 
    À peine il aura teint d’un vague souvenir 
    Le peuple à l’eau pareil, qui passe, clair ou sombre, 
    Près de tout sans en prendre autre chose que l’ombre ! 
    Je n’aurai pas pour lui de reproches amers. 
    Je ne suis pas l’oiseau qui crie au bord des mers 
    Et qui, voyant tomber la foudre des nuées 
    Jette aux marins perdus ses sinistres huées. 
    Des passions de tous isolé bien souvent, 
    Je n’ai jamais cherché les baisers que nous vend 
    Et l’hymne dont nous berce avec sa voix flatteuse 
    La popularité, cette grande menteuse. 
    Aussi n’attendez pas que j’achète aujourd’hui 
    Des louanges pour moi par des affronts pour lui. 
    Qu’un autre, aux rois déchus donnant un nom sévère 
    Fasse un vil pilori de leur fatal calvaire ; 
    Moi je n’affligerai pas plus, ô Charles Dix, 
    Ton cercueil maintenant que ton exil jadis !    

    IX  

    Repose, fils de France, en ta tombe exilée ! 
    Dormez, sire ! — Il convient que cette ombre voilée, 
    Que ce vieux pasteur mort sans peuple et sans troupeaux, 
    Roi presque séculaire, ait au moins le repos, 
    Qu’il ait au moins la paix où la mort nous convie, 
    Puisqu’il eut le travail d’une si dure vie ! 
    Peuple ! soyons cléments ! soyons forts ! oublions ! 
    Jamais l’odeur des morts n’attire les lions. 
    La haine d’un grand peuple est une haine grande 
    Qui veut que le pardon au sépulcre descende 
    Et n’a pour ennemis que ceux qui sont debout. 
    Hélas ! quel poids encor pourrions-nous après tout 
    Jeter sur ce vieillard cassé par la misère, 
    Qui dort sous le fardeau de la terre étrangère ! 
    Roi, puissant, vous l’avez brisé ; c’est un grand pas. 
    Il faut l’épargner mort. Et moi, je ne crois pas 
    Qu’il soit digne du peuple en qui Dieu se reflète 
    De joindre au bras qui tue une main qui soufflette. 

    X  

    Nous, pasteurs des esprits, qui, du bord du chemin 
    Regardons tous les pas que fait le genre humain, 
    Poètes, par nos chants, penseurs, par nos idées, 
    Hâtons vers la raison les âmes attardées ! 
    Hâtons l’ère où viendront s’unir d’un nœud loyal 
    Le travail populaire et le labeur royal ; 
    Où colère et puissance auront fait leur divorce ; 
    Où tous ceux qui sont forts auront peur de leur force, 
    Et d’un saint tremblement frémiront à la fois, 
    Rois, devant leurs devoirs, peuples, devant leurs droits ! 
    Aidons tous ces grands faits que le Seigneur envoie 
    Pour ouvrir une route ou pour clore une voie, 
    Les révolutions dont la surface bout, 
    Les changements soudains qui font vaciller tout, 
    À dégager du fond des nuages de l’âme, 
    À poser au-dessus des lois comme une flamme 
    Ce sentiment profond en nous tous replié 
    Que l’homme appelle doute et la femme pitié ! 
    Expliquons au profit de la sainte clémence 
    Ces hauts événements où l’état recommence, 
    Et qui font, quand l’œil va des vaincus aux vainqueurs, 
    Trembler la certitude humaine au fond des cœurs ! 
    Faisons venir bientôt l’heure où l’on pourra dire 
    Que sur le froid sépulcre on ne doit rien écrire 
    Hors des mots de pardon, d’espérance et de paix ; 
    Et que, l’empereur mort comme les vieux Capets, 
    On a tort d’exiler, lorsque rien ne bouillonne, 
    Eux de leur Saint-Denis et lui de sa colonne. 
    À quoi sert, Dieu clément, cette vaine action ? 
    Et comment se fait-il que la proscription 
    Ne brise pas ses dents au marbre de la tombe ? 
    N’est-ce donc pas assez que, cygne, aigle ou colombe, 
    Dès qu’un vent de malheur lui jette un nid de rois, 
    Sortant de ce bois noir qu’on appelle les lois, 
    Cette hyène, acharnée aux grandes races mortes, 
    Vienne, là, sous nos murs, les ronger à nos portes ! 
    Un jour, — mais nous serons couchés sous le gazon 
    Quand cette aube de Dieu blanchira l’horizon ! — 
    — Un jour on comprendra, même en changeant de règne, 
    Qu’aucune loi ne peut, sans que l’équité saigne, 
    Faire expier à tous ce qu’a commis un seul, 
    Et faire boire au fils ce qu’a versé l’aïeul. 
    On fera ce que nul aujourd’hui ne peut faire. 
    Quand un aiglon royal tombera de sa sphère, 
    On ne l’abattra pas sur l’aigle foudroyé. 
    Et, tout en gardant bien le droit qu’il a payé 
    De mettre le pouvoir sur un front comme un signe 
    Et de donner le trône et le Louvre au plus digne, 
    Un grand peuple pourra, sans être épouvanté, 
    Voir un enfant de plus jouer dans la cité. 
    Car tous les cœurs diront : C’est une juste aumône 
    De laisser la patrie à qui n’a plus le trône ! 
    Alors, jetant enfin l’ancre dans un port sûr, 
    Ayant les biens germés sur nos maux, et l’azur 
    Du ciel nouveau dont Dieu nous donne la tempête, 
    Proscription ! nos fils broieront du pied ta tête ! 
    Démon qui tiens du tigre et qui tiens du serpent ! 
    Dans les prospérités invisible et rampant, 
    Qui, lâche et patient, épiant en silence 
    Ce que dans son palais le roi dit, rêve, ou pense, 
    Horrible, en attendant l’heure d’être lâché, 
    Vis, monstre ténébreux, sous le trône caché ! 
    Ô poésie ! au ciel ton vol se réfugie 
    Quand les partis hurlants luttent à pleine orgie, 
    Quand la nécessité sous son code étouffant 
    Brise le fort, le faible, hélas ! l’innocent même, 
    Et sourde et sans pitié promène l’anathème 
    Du front blanc du vieillard au front pur de l’enfant ! 
      
            Tu fuis alors à tire-d’aile 
            Vers le ciel éternel et pur, 
            Vers la lumière à tous fidèle, 
            Vers l’innocence, vers l’azur ! 
            Afin que ta pureté fière 
            N’ait pas la fange et la poussière 
            Des vils chemins par nous frayés, 
            Et que, nuages et tempêtes, 
            Tout ce qui passe sur nos têtes 
            Ne puisse passer qu’à tes pieds ! 
      
            Tu sais qu’étoile sans orbite, 
            L’homme erre au gré de tous les vents ; 
            Tu sais que l’injustice habite 
            Dans la demeure des vivants ; 
            Et que nos cœurs sont des arènes 
            Où les passions souveraines, 
            Groupe horrible en vain combattu, 
            Lionnes, louves affamées, 
            Tigresses de taches semées, 
            Dévorent la chaste vertu ! 
      
            Tout ce qui souffre est plein de haine. 
            Tout ce qui vit traîne un remords. 
            Les morts seuls ont rompu leur chaîne. 
            Tout est méchant, hormis les morts ! 
            Aussi, voyant partout la vie 
            Palpiter de rage et d’envie, 
            Et que parmi nous rien n’est beau, 
            Si parfois, oiseau solitaire, 
            Tu redescends sur cette terre, 
            Tu te poses sur un tombeau ! 
      

    15 mai 1837
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  • ANNE, PAR JEU, ME JETA DE LA NEIGE

    ANNE, PAR JEU, ME JETA DE LA NEIGE

      
    Anne, par jeu, me jeta de la neige 
    Que je cuidais froide certainement. 
    Mais c’était feu : expérience en ai-je, 
    Car embrasé je fus soudainement. 
    Puisque le froid brûle pareillement 
    Comme le feu, où trouverai-je place 
    Pour n’ardre point ? Anne, ta seule grâce 
    Éteindre peut le feu que je sens bien, 
    Non point par eau, par neige ni par glace, 
    Mais par sentir un feu pareil au mien. 
      

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