• Ce n'est pas le trépas, c'est un très doux sommeil

    Ce n'est pas le trépas, c'est un très doux sommeil 
    Qui bannit peu à peu l'éclair de ma paupière, 
    Adieu ; je vais jouir d'une douce lumière, 
    Attendant que ce corps s'anime de réveil.

    Ami, ne pleure plus, ton amour non pareil 
    Recevra sa couronne au bout de la carrière :
    Ainsi passait ma belle, et sa douce manière 
    Arrêtait de pitié la course du soleil.

    Hélas ! à son partir l'Amour partit du monde, 
    La clarté chut du ciel et se noya dans l'onde, 
    La mort depuis ce jour est le miel de mon coeur :

    Il ne m'est plus resté qu'une langueur extrême, 
    Qui me fait méconnaître un chacun et moi-même, 
    Et le ciel s'embellit de mon long crève-coeur.
    Abraham de VERMEIL 1555 - 1620
     
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  • Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants

    Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants............

    Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants 
    Par le rare portrait de ses grâces divines, 
    Frise de chrysoliths ses tempes ivoirines, 
    Fais de corail sa lèvre, et de perle ses dents ;

    Fais ses yeux de cristal, y plaçant au dedans 
    Un cercle de saphirs et d'émeraudes fines, 
    Puis musse dans ces ronds les embûches mutines 
    De mille Amours taillés sur deux rubis ardents ;

    Fais d'albâtre son sein, sa joue de cinabre, 
    Son sourcil de jayet, et tout son corps de marbre, 
    Son haleine de musc, ses paroles d'aimant ;

    Et si tu veux encor que le dedans égale 
    Au naïf du dehors, fais-lui un corps d'opale, 
    Et que pour mon regard il soit de diamant.
     

    .Abraham de VERMEIL
    1555 - 1620

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  • La forteresse imaginaire

    La forteresse imaginaire.............

    Sombres incantations maudites
    Venues lacérer mon espoir
    Cœur de ma cité interdite
    Où s'est emmurée mon histoire

    Plongée dans les heures de vertige
    Atroce chute dans le gouffre
    Insondable où le temps se fige
    L'esprit gémit et la chair souffre

    N'entrevoir qu'une lueur pâle
    Qui s'estompe au loin dans la nuit
    Illusion immémoriale
    Dont même le secours s'enfuit

    Toujours ce discours écrasant
    De terreur sourde, qui insiste
    Insaisissable et épuisant
    Et ces murailles qui résistent

    D'une incessante canonnade
    La démolir pierre après pierre
    La forteresse imaginaire
    Où mon désir se barricade

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  • Je sens venir l'hiver

    Je sens venir l'hiver...........

    Je sens venir l'hiver
    Sous son bonnet givré
    Emmitouflé de neige
    Et d'écharpes de brume.

    Je sens venir l'hiver
    Gerçant mes lèvres blanches
    Et craquelant ma peau
    Son frisson dans mes os.

    Je sens venir l'hiver
    Le grand feu s'est éteint
    Reste l'odeur de cendre
    Et ce froid dans mon âme.

    Je sens l'hiver qui vient
    Son haleine glacée
    Ses doigts froids sur mon cou
    Sa gifle sur mes joues.

    Je sens l'hiver qui vient
    Son baiser verglacé
    Et son ultime étreinte 
    Avant le grand départ

    Et j'accueille l'hiver.

     

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  • Le cancre du tableau noir

    Le cancre du tableau noir.................

    Sur ma trousse en jean... j’ai noté no future 
    Et à l’intérieur de mon cuir... j’ai les clefs de l’absurde
    Quand on m’appelle au tableau noir 
    Tout le monde se marre
    Je raconte des histoires 
    Qui n’ont rien à voir 
    Avec les questions notoires 
    Du professeur aux abois 
    La note zéro me colle à la peau
    La réputation de cancre... je m’en vante 
    Je suis le cancre du tableau noir 
    Le tableau sans espoir 
    Qui laisse juste entrevoir la nuit noire
    Un futur sombre au ciel bien bas
    Aux questions remplies de pourquoi
    Un simple cancre du tableau noir
    Qui se demande pourquoi un tel foutoir
    Et pourquoi l’espoir
    Aux chiottes le savoir 
    Laissez-moi me débattre 
    Mon répertoire est insondable 
    Ce soir je me casse dans les dunes
    Me tailler avec mon rasoir de fortune

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  • Vénus, ce marbre lisse

    Vénus, ce marbre lisse..............

    Sur une statue

    Vénus, ce marbre lisse en guise d’épiderme 
    Te fait une peau douce au souple velouté.
    L’art t’a fait naître et par la virtuosité, 
    Il semble qu’un cœur bat caché sous ton sein ferme. 

    La vie exulte en toi, mais la pierre l’enferme. 
    Aphrodite, il faut bien pour dire la beauté
    Que l’homme te condamne à l’immobilité
    De la création qui fait que l’œuvre germe. 

    Il faut que de l’esprit, le labeur imposant
    Fasse jaillir la grâce au ras du roc pesant. 
    Pour te créer, il faut : la douceur et la force !

    C’est la main qui caresse et c’est l’élan brutal 
    Du marteau sur la jambe et les bras et le torse,
    C’est la sueur, c’est l’eau, le sang et le métal !

     

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  • Tenir ta main

    Tenir ta main................

    Je rentrais chez moi par une froide nuit de décembre
    J’écoutais tomber la pluie sur ce bout de tissu tendre
    Je suis passé juste devant toi, sans même te voir, dans mon errance
    Alors tu m’as pris par le bras, quelle belle surprise, quelle belle chance

    J’ai tout de suite remarqué que tu avais les yeux gonflés
    Ils étaient rougis par les larmes, quelque chose était arrivé
    Sans vraiment y réfléchir je t’ai posé la question
    Lui et toi c’était fini, plus de vous deux et pour de bon

    Nous avons fait quelques mètres ou un peu plus, que sais-je, peut-être
    Sans échanger beaucoup de mots comme si nos deux cœurs étaient de trop
    Comment a-t-il pu te faire ça ? À toi que j’aime sans que tu voies
    Que derrière cet ami fidèle il y a un cœur qui chancelle
    Oui comment a-t-il pu faire ça ? Alors que je ne rêve que de toi
    Et que je donnerais ma vie pour tenir ta main cette nuit

    Pour briser cette glace de solitude hivernale
    Je t’ai raconté ma journée, qui était vraiment banale
    À chaque phrase que je disais tu répondais par un sourire
    Tu faisais preuve d’une telle force alors que tu devais souffrir

    Dans un long et franc soupir j’ai senti ta peine un peu s’enfuir
    Je n’avais rien dit de spécial, parler avait fait fuir ce mal
    Tu n’avais plus l’air de souffrir, j’avais dû surement croire au pire
    C’est dans ton regard amical que j’ai retrouvé mon Graal

    En te voyant repartir dans ton beau manteau gris
    Sans vraiment me rappeler tout ce que je t’avais dit
    Tu t’es retournée une dernière fois en me faisant signe du bras
    La tempête était passée, je te préfère bien mieux comme ça

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  • Le coq et le buisson

    Le coq et le buisson...............

    Un coq assez célèbre et plein de vanité
    Trouva en sautillant loin de son poulailler
    Un grand et beau buisson.
    « Un piédestal pour mes chansons !
    Exulta-t-il, battant des ailes,
    Comme la vie est belle !
    Désormais je viendrai jusqu'ici, le matin.
    Du haut de ce podium, vers le sud, vers le nord,
    Je lancerai mon chant de ma voix de stentor,
    Et tous m’acclameront jusque dans le lointain ! »
    Hélas, le beau chanteur ne put bénéficier
    Que pendant quelques jours de l'arbuste admiré.
    Car ce bel arbrisseau était aussi celui
    Duquel messer Renard guettait ses proies jolies.
    Un jour et par hasard,
    Le coq, sans le savoir,
    Grimpa sur le buisson et s'offrit en mangeaille
    Au goupil embusqué au milieu du branchage.
    L'étourderie de l'un fut à l'autre victuailles.

    Qu'apprenons-nous ici qui puisse rendre sage ?
    Que nous désirons tous les plus jolis buissons
    Qui sont la métaphore de nos tentations :
    Les lieux de grands plaisirs, les refuges précieux,
    Qui n'en est pas envieux ?
    Notre instinct nous conduit où il conduit nos pairs,
    Vers les mêmes fourrés, vers les mêmes repères...
    Qui sont quelquefois dangereux !

     

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  • Le ciel incertain

    Le ciel incertain................

    S’abîmant dans la mer, le ciel terne a fondu
    Dans les flots vert-de-gris. Le temps est très instable
    Depuis début juillet ; un temps si détestable
    Qu’il fourvoie dans leur vol les gabians éperdus

    De ne plus s’orienter dans le ciel de l’été.
    Piaulant leur désarroi, les oiseaux semblent geindre,
    Et le sombre Turner aurait très bien pu peindre
    Ce ciel se confondant avec la fluidité

    Des flots où a sombré l’horizon disparu.
    Mais que fait donc le Temps qui se plaît à détruire
    Ainsi tous nos étés ? Devons-nous en déduire,
    Le cœur désespéré, que ce monde est perdu ?

    La lumière est grisâtre. Où donc est le soleil ?
    L’on dirait qu’il décroît et qu’il se ratatine
    Chaque jour un peu plus ! Une bien triste mine
    Pour l’astre triomphant et dont l’éclat vermeil

    Illumine nos jours depuis la nuit des temps !
    Du brouillard en été ! La Méditerranée
    Clapotant comme un lac a les couleurs fanées
    D’un novembre blafard, et ses flots cahotants

    Sont aussi délavés que le ciel incertain.
    Notre mer tant aimée prend la teinte uniforme
    De ce temps cotonneux qui peu à peu transforme
    Son azur éclatant en indigo déteint.

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