• Regret d'une bonne angevine

    Regret d'une bonne angevine.................

    En paradis Jésus-Christ prenne l'âme
    De cette-ci, qui gît sous cette lame.
    Gente de corps fut, et de beau visage,
    Tant qu'au penser le coeur triste à vis ai-je,
    Aussi à bien tel qui si fort ne l'aime.

    Saintes et saints ! envers Dieu vous réclame
    Que fassiez tant pour celle que je clame,
    Que de vos biens elle ait part et usage
    En Paradis.

    Vivante fut sans reproche et sans blâme,
    Tant qu'après mort un chacun la proclame
    Perle d'honneur, patron de femme sage.
    Ô Gabriel ! qui portas le message
    Pour nous sauver, fais place à telle dame
    En Paradis.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Épitaphe d'un ivrogne

    Épitaphe d'un ivrogne..............Germain-Colin BUCHER 1475 - 1545

    Ci-dessous gît, or écoutez merveilles,
    Le grand meurtrier et tirant de bouteilles,
    L'anti-Bacchus, le cruel vinicide
    Qui ne souffrit verre onques plein ni vide ;
    Je tais son nom, car il put trop au vin.
    Mais il avait en ce l'esprit divin
    Qu'en le voyant il altérait les hommes,
    Et haïssait lait, cerises et pommes,
    Figues, raisins, et tout autre fruitage,
    Sinon les noix, châtaignes et fromages ;
    Il y dolait tant fort le gobelet
    Qu'il ne mangeait viande que au salé,
    Et ne priait Dieu, les saints ni les anges,
    Fors pour avoir glorieuses vendanges.
    Par ce moyen, humains, vous pouvez croire
    Qu'il n'était né pour vivre, mais pour boire.
    Ainsi ne vient à regretter sa vie
    Puisqu'elle était au seul vin asservie,
    Mais vous ferez à Bacchus oraisons
    Qu'il le colloque en ces saintes maisons,
    Tout au plus bas de la cave au cellier,
    Car oncq ne fut de meilleur bouteillier.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • A la plus belle de mes yeux : Gilon

    A la plus belle de mes yeux : Gilon.............

    Devant les dieux de clémence et concorde
    Et devant toi, fille non comparable,
    De qui mon âme attend miséricorde,
    Je fais un voeu solennel et durable.
    Que la grand' grâce en ton corps admirable
    Ne me fait point poursuivre ta merci,
    Non ta beauté sur Hélène exemplable,
    Non ta maison, non ta richesse aussi ;
    Mais tes vertus sans plus me font transi
    Et telle amour en mon coeur ont éprise
    Que je n'ai rien, fors toi seule en souci ;
    Seule tu es que j'honore, aime et prise.
    Aime-moi donc : point n'en seras reprise,
    Car mon amour vient de bon jugement
    Qui conduira l'amoureuse entreprise
    Par les secrets de doux allégement.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Dépit contre Gilon

    Après ma mort, je te ferai la guerre,
    Et quand mon corps sera remis en terre
    J'en soufflerai la cendre sur tes yeux.
    Et si mon âme est répétée aux Cieux
    Crois sûrement, dame très rigoureuse,
    Je t'enverrai flamme si chaleureuse,
    De traits à feu flamboyant si très fort,
    Que tant vaudrait sentir armes de mort.
    Et si je n'ai les droits de bonne vie.
    Bien accomplis, je courrai, à l'envie,
    Sans distinguer le temps ni la saison,
    Comme un garou autour de ta maison.
    Toutes les nuits, en ton lit avallée,
    De moi lutin seras en peur soûlée,
    Et grèverai incessamment ton corps.
    Je te ferai ainsi miséricords
    Comme tous à l'amoureuse essence.
    Et si je fais en l'air ma pénitence,
    Léger irai te nuire et laidenger*.
    Si suis en l'eau, je t'y ferai plonger.
    Et si je suis caché entre les nues,
    Glaces alors ne seront retenues,
    Grêles, éclairs, ni tonnerres aussi,
    Je t'en battrai sans grâce ni merci.
    Finalement quelque chose que soie,
    Je te ferai la guerre en toute voie.
    Si rien deviens, de rien te combattrai
    Et sur tout rien à te voir m'ébattrai.
    Moyen prendrai d'issir de Phlégétonte
    Et des palus infernaux d'Achéronte,
    Pour te grever comme je l'ai songé.
    Et si je n'ai des Parques ce congé,
    Ma bonne amour que tu as offensée
    Rompra l'Enfer comme toute insensée,
    Et s'en ira tes plaisirs étranger,
    Car quand vivant je ne me peux venger,
    Ni rendre aussi les angoisses semblables
    Que tu me fais par rigueurs exécrables,
    Mort, te ferai tant de griefs recevoir
    Que ce sera grand' pitié de te voir.

    (*) lutiner
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le temps ne bouge point et jamais ne repose

    Le temps ne bouge point et jamais ne repose............

    Le temps ne bouge point et jamais ne repose,
    La vie instable fuit et ne chemine pas,
    Fortune escrime et bat sans remuer les bras,
    Le monde nous dépêche et n'en savons la cause.

    L'ami avec l'ami se trompe à lèvre close,
    La chair sans le sentir consomme nos ébats,
    Languissant sans secours le coeur chet au trépas,
    Et la nuit à nos yeux effroyable s'oppose.

    La mémoire de nous comme neige défaut,
    Notre gloire se passe et la mort nous assaut,
    Entrant en la maison sans brusquer à la porte.

    Il n'est pas ordonné que nous vivions toujours,
    Incontinent fanit le plus vert de nos jours,
    Par l'hiver rigoureux que la vieillesse apporte.
     
    ..Jean-Baptiste CHASSIGNET 1571 - 1635.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Est-il donc vrai qu'il faut que ma vue enchantée

    Est-il donc vrai qu'il faut que ma vue enchantée
    Allume dans mon sein l'homicide désir
    Qui fait haïr ma vie, et pour elle choisir
    L'aisé saccagement de ma force domptée !

    Puis-je.voir sans pleurer ma raison surmontée.
    Laisser mon sens captif par la flamme périr ?
    Puis-je voir la beauté qui me contraint mourir
    Se rire en sa blancheur de moi ensanglantée ?

    Je maudis les fiertés, les beautés et les cieux,
    Je maudis mon vouloir, mon désir et mes yeux,
    Je louerais les beautés, cieux et persévérance,

    Si sa beauté voulait animer sa pitié,
    Si les cieux inclinaient sur moi son amitié,
    La dure fermeté, si elle était constance.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Comme parle et se tait une fille des hommes

    Comme parle et se tait une fille des hommes
    Comme de grands secrets sont formés par son corps
    Quel étrange plaisir, à cette heure où nous sommes
    Aussi libres de tout que les esprits des morts,

    Aussi légers, abandonnés, sûrs de nous-mêmes,
    Aussi loin de la vie aux doux yeux égarés,
    Bien sages, sans vouloir connaître qui nous aime,
    Comme de beaux miroirs souriants et brisés.

    J'écoute sommeiller cette rose nombreuse,
    Lointaine, en son langage espérant un baiser...
    - Mais je retiens mon souffle auprès de l'amoureuse.
    Et me garderais bien de la désaltérer.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Des cloches, j'en ai su qui cheminaient sans bruit

    Des cloches, j'en ai su qui cheminaient sans bruit,
    Des cloches pauvres, qui vivaient dans des tourelles
    Sordides, et semblaient se lamenter entre elles
    De n'avoir de repos ni le jour ni la nuit.

    Des cloches de faubourg toussotantes, brisées ;
    Des vieilles, eût-on dit, qui dans la fin du jour
    Allaient se visiter de l'une à l'autre tour,
    Chancelantes, dans leurs robes de bronze usées.

    Georges RODENBACH 1855 - 1898...

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Les vrays moyens de parvenir

    Les vrays moyens de parvenir.............

    Mascarade

    Au Roy.

    Monarque, le plus grand des Roys,
    Et des hommes le plus aimable,
    Seul digne de donner des loix
    A toute la terre habitable,
    Le vray moyen de parvenir
    N'est rien que celuy de vous plaire :
    C'est ce qu'icy nous fait venir ;
    De plus huppés que nous en voudroient autant faire.

    Nous sçavons que les courtisans,
    Quoy que personnes fort civiles,
    Ne font estat des artisans
    Que selon qu'ils leur sont utiles ;
    Mais nous sçavons aussi fort bien
    Que nostre sort, qui nous maltraite,
    Se peut changer en moins de rien
    Et que, si vous voulez, nostre fortune est faite.

    Tout veut parvenir icy-bas ;
    Pour cela seul chacun travaille :
    Sans ce motif, dans les combats,
    On craindroit l'estoc et la taille ;
    Vous-mesme, un jour, vous parviendrez
    A l'empire de tout le monde,
    Et le sceptre que vous tiendrez
    Vous fera respecter sur la terre et sur l'onde.

    Mais c'est beaucoup moraliser
    Pour de pauvres gens de boutique.
    Ça ! ça ! dansons, sans tant causer
    Et nous piquer de rhetorique.
    Les violons sont-ils d'accord ?
    Bon ! tout va bien, la piece est grande.
    Mais les Dames parlent bien fort :
    Paix là ! paix là ! paix là ! le Roy vous le commande.
    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique