• Item, à maître Jean Cornu, ...................François Villon (1431?-1463?)

    85 
      
    Item, à maître Jean Cornu, 
    Autre nouveau lais lui veuil faire, 
    Car il m’a toujours secouru 
    À mon grand besoin et affaire : 
    Pour ce, le jardin lui transfère, 
    Que maître Pierre Baubignon 
    M’arenta en faisant refaire 
    L’huis et redresser le pignon. 
      
    86 
      
    Par faute d’un huis, j’y perdis 
    Un grès et un manche de houe. 
    Alors huit faucons, non pas dix, 
    N’y eussent pas pris une aloue. 
    L’hôtel est sûr, mais qu’on le cloue. 
    Pour enseigne y mis un havet ; 
    Et qui l’ait pris, point ne m’en loue, 
    Sanglante nuit et bas chevet ! 
      
    87 
      
    Item, et pour ce que la femme 
    De maitre Pierre Saint-Amant 
    (Combien, së coulpe y a à l’âme, 
    Dieu lui pardonne doucement !) 
    Me mit au rang de caïmant, 
    Pour le Cheval blanc qui ne bouge, 
    Lui changeai à une jument, 
    Et la Mule à un âne rouge. 
      
    88 
      
    Item, donne à sire Denis 
    Hesselin, élu de Paris, 
    Quatorze muids de vin d’Aunis, 
    Pris sur Turgis à mes périls. 
    S’il en buvait tant que péris 
    En fut son sens et sa raison, 
    Qu’on mette de l’eau ès barils : 
    Vin perd mainte bonne maison. 
      
    89 
      
    Item, donne à mon avocat, 
    Maitre Guillaume Charruau, 
    Quoi ? Que Marchant eut pour état, 
    Mon brant ; je me tais du fourreau. 
    Il aura, avec ce, un reau 
    En change, afin que sa bourse enfle, 
    Pris sur la chaussée et carreau 
    De la grand clôture du Temple. 
      
    90 
      
    Item, mon procureur Fournier 
    Aura pour toutes ses corvées 
    (Simple sera de l’épargner), 
    En ma bourse quatre havées, 
    Car maintes causes m’a sauvées, 
    Justes, ainsi Jésus-Christ m’aide ! 
    Comme telles se sont trouvées ; 
    Mais bon droit a bon métier d’aide. 
      
    91 
      
    Item, je donne à maître Jacques 
    Raguier le Grand Godet de Grève, 
    Pourvu qu’il paiera quatre plaques, 
    Dût-il vendre, quoi qu’il lui grève, 
    Ce dont on couvre mol et grève ; 
    Aller nues jambes, en chapin, 
    Së sans moi boit, assied në lève, 
    Au trou de la Pomme de Pin
      
    92 
      
    Item, quand est de Mèrebeuf 
    Et de Nicolas de Louviers, 
    Vache ne leur donne në bœuf, 
    Car vachers ne sont në bouviers, 
    Mais gens à porter éperviers 
    (Ne cuidez pas que je me joue), 
    Et pour prendre perdrix, plouviers, 
    Sans faillir, sur la Machecoue. 
      
    93 
      
    Item, vienne Robin Turgis 
    À moi, je lui paierai son vin. 
    Combien, s’il trouve mon logis, 
    Plus fort sera que le devin. 
    Le droit lui donne d’échevin, 
    Que j’ai comme enfant de Paris... 
    Së je parle un peu poitevin, 
    Ice m’ont deux dames appris. 
      
    94 
      
    Elles sont très belles et gentes, 
    Demeurant à Saint-Génerou, 
    Près Saint-Julien-de-Voventes, 
    Marche de Bretagne à Poitou. 
    Mais i ne di proprement où 
    Iquelles passent tous les jours ; 
    M’arme ! i ne seu mie si fou, 
    Car i veuil celer mes amours. 
      
    95 
      
    Item, à Jean Raguier je donne, 
    Qui est sergent, voire des Douze, 
    Tant qu’il vivra, ainsi l’ordonne, 
    Tous les jours une tallemouse, 
    Pour bouter et fourrer sa mouse, 
    Prise à la table de Bailly ; 
    À Maubué sa gorge arrouse, 
    Car au manger n’a pas failli. 
      
    96 
      
    Item, et au prince des Sots 
    Pour un bon sot Michault du Four, 
    Qui à la fois dit de bons mots 
    Et chante bien : « Ma douce amour ! » 
    Je lui donne avec le bonjour ; 
    Bref, mais qu’il fût un peu en point, 
    Il est un droit Sot de sejour, 
    Et est plaisant oû il n’est point. 
      
    97 
      
    Item, aux Onze-Vingts Sergents, 
    Donne (car leur fait est honnête 
    Et sont bonnes et douces gens), 
    Denis Richer et Jean Vallette, 
    À chacun une grand cornette 
    Pour pendre... à leurs chapeaux de fautres. 
    J’entends à ceux à pied, hohette ! 
    Car je n’ai que faire des autres. 
      
    98 
      
    Derechef, donne à Périnet, 
    (J’entends le Bâtard de la Barre), 
    Pour ce qu’il est beau fils et net, 
    En son écu, en lieu de barre, 
    Trois dés plombés, de bonne carre, 
    Et un beau joli jeu de cartes... 
    Mais quoi ? s’on l’ot vessir në poirre, 
    En outre aura les fièvres quartes. 
      
    99 
      
    Item, ne veuil plus que Cholet 
    Dole, tranche, douve në boise, 
    Relië broc në tonnelet, 
    Mais tous ses outils changer voise 
    À une épéë lyonnoise, 
    Et retienne le hutinet : 
    Combien qu’il n’aime bruit në noise, 
    Si lui plaît-il un tantinet. 
      
    100 
      
    Item, je donne à Jean le Loup, 
    Homme de bien et bon marchand, 
    Pour ce qu’il est linget et flou, 
    Et que Cholet est mal cherchant 
    Par les ruës plutôt qu’au champ, 
    Qui ne laira poulaille en voie, 
    Un long tabart et bien cachant, 
    Pour les musser, qu’on ne les voie. 
      
    101 
      
    Item, à l’Orfèvre de bois
    Donne cent clous, queuës et têtes, 
    De gingembre sarrasinois, 
    Non pas pour accoupler ses boetes, 
    Mais pour conjoindre culs et quoettes 
    Et coudre jambons et andouilles, 
    Tant que le lait en monte aux tettes 
    Et le sang en dévale aux couilles. 
      
    102 
      
    Au capitaine Jean Riou, 
    Tant pour lui que pour ses archers, 
    Je donne six hures de loup, 
    Qui n’est pas vïande à porchers, 
    Pris à gros mâtins de bouchers, 
    Et cuites en vin de buffet. 
    Pour manger de ces morceaux chers, 
    On en ferait bien un malfait ; 
      
    103 
      
    C’est vïande un peu plus pesante 
    Que duvet n’est, plume në liège. 
    Elle est bonne à porter en tente 
    Ou pour user en quelque siège. 
    S’ils étaiënt pris à un piège, 
    Que ces mâtins ne sussent courre, 
    J’ordonne, moi qui suis son miège, 
    Que des peaux, sur l’hiver, se fourre. 
      
    104 
      
    Item, à Robinet Trouscaille, 
    Qui en service (c’est bien fait) 
    À pied ne va comme une caille 
    Mais sur roncin gros et refait, 
    Je lui donne, de mon buffet, 
    Une jatte qu’emprunter n’ose ; 
    Si aura ménage parfait ; 
    Plus ne lui faillait autre chose. 
      
    105 
      
    Item, donne à Perrot Girart, 
    Barbier juré de Bourg-la-Reine, 
    Deux bassins et un coquemart, 
    Puisqu’à gagner met telle peine. 
    Des ans y a demi-douzaine, 
    Qu’en son hôtel de cochon gras 
    M’apâtela une semaine, 
    Témoin l’abbesse de Pourras. 
      
    106 
      
    Item, aux Frères Mendiants, 
    Aux Dévotes et aux Béguines, 
    Tant de Paris que d’Orléans, 
    Tant Turlupins que Turlupines, 
    De grasses soupes jacopines 
    Et flans leur fais oblation ; 
    Et puis après, sous ces courtines, 
    Parler de contemplation. 
      
    107 
      
    Ce ne suis-je pas qui leur donne, 
    Mais de tous enfants sont les mères, 
    Et Dieu, qui ainsi les guerdonne, 
    Pour qu’ils souffrent peines amères. 
    Il faut qu’ils vivent, les beaux pères, 
    Et mêmement ceux de Paris. 
    S’ils font plaisir à nos commères, 
    Ils aiment ainsi les maris. 
      
    108 
      
    Quoi que maître Jean de Poullieu 
    En vousît dire et reliqua
    Contraint et en publique lieu, 
    Honteusement s’en révoqua. 
    Maître Jean de Meun s’en moqua 
    De leur façon ; si fit Mathieu. 
    Mais on doit honorer ce qu’a 
    Honoré l’Église de Dieu. 
      
    109 
      
    Si me soumets, leur serviteur, 
    En tout ce que puis faire et dire, 
    À les honorer de bon cœur 
    Et obéir, sans contredire. 
    L’homme bien fol est d’en médire, 
    Car, soit à part ou en prêcher 
    Ou ailleurs, il ne faut pas dire 
    Ces gens sont pour eux revancher. 
      
    110 
      
    Item, je donne à frère Baude, 
    Demeurant à l’hôtel des Carmes, 
    Portant chère hardie et baude, 
    Une salade et deux guisarmes ; 
    Que Detusca et ses gendarmes 
    Ne lui riblent sa Cage-Vert
    Vieil est : s’il ne quitte les armes, 
    C’est bien le diable de Vauvert. 
      
    111 
      
    Item, pour ce que le scelleur 
    Maint étron de mouche a mâché, 
    Donne (car homme est de valeur) 
    Son sceau davantage craché, 
    Et qu’il ait le pouce écaché, 
    Pour tout empreindre à une voie ; 
    J’entends celui de l’Évêché, 
    Car les autres, Dieu les pourvoie ! 
      
    112 
      
    Quant des auditeurs messeigneurs, 
    Leur granche ils auront lambroissée ; 
    Et ceux qui ont les culs rogneux, 
    Chacun une chaise percée ; 
    Mais qu’à la petite Macée 
    D’Orléans, qui eut ma ceinture, 
    L’amende soit bien haut taxée : 
    Elle est une mauvaise ordure. 
      
    113 
      
    Item, donne à maître François, 
    Promoteur, de la Vacquerie, 
    Un haut gorgerin d’Écossois, 
    Toutefois sans orfèvrerie ; 
    Car, quand reçut chevalerie, 
    Il maugréa Dieu et saint George, 
    Parler n’en oit qui ne s’en rie, 
    Comme enragé, à pleine gorge. 
      
    114 
      
    Item, à maître Jean Laurens, 
    Qui a les pauvres yeux si rouges 
    Par le péché de ses parents 
    Qui burent en barils et courges, 
    Je donne l’envers de mes bouges, 
    Pour tous les matins les torcher... 
    S’il fût archevêque de Bourges, 
    Du cendal eût, mais il est cher. 
      
    115 
      
    Item, à maître Jean Cotart, 
    Mon procureur en Cour d’Église, 
    Devoie environ un patart 
    (Car à présent bien m’en avise), 
    Quand chicaner me fit Denise, 
    Disant que l’avoye maudite ; 
    Pour son âme, qu’ès cieux soit mise ! 
    Cette oraison j’ai ci écrite. 
      

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  • LE ROI D’YVETOT

    LE ROI D’YVETOT....................Pierre-Jean de Béranger (1780-1857)

    Mai 1813

    AIR : Quand un tendron vient en ces lieux


      
      
    Il était un roi d’Yvetot 
        Peu connu dans l’histoire, 
    Se levant tard, se couchant tôt, 
        Dormant fort bien sans gloire, 
    Et couronné par Jeanneton 
    D’un simple bonnet de coton, 
                    Dit-on. 
    Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! 
    Quel bon petit roi c’était là ! 
                    La, la. 
      
    Il faisait ses quatre repas 
        Dans son palais de chaume, 
    Et sur un âne, pas à pas, 
        Parcourait son royaume. 
    Joyeux, simple et croyant le bien, 
    Pour toute garde il n’avait rien 
                    Qu’un chien. 
    Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! 
    Quel bon petit roi c’était là ! 
                    La, la. 
      
    Il n’avait de goût onéreux 
        Qu’une soif un peu vive ; 
    Mais, en rendant son peuple heureux, 
        Il faut bien qu’un roi vive. 
    Lui-même, à table et sans suppôt, 
    Sur chaque muid levait un pot 
                    D’impôt. 
    Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! 
    Quel bon petit roi c’était là ! 
                    La, la. 
      
    Aux filles de bonnes maisons 
        Comme il avait su plaire, 
    Ses sujets avaient cent raisons 
        De le nommer leur père : 
    D’ailleurs il ne levait de ban 
    Que pour tirer, quatre fois l’an, 
                    Au blanc. 
    Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! 
    Quel bon petit roi c’était là ! 
                    La, la. 
      
    Il n’agrandit point ses états, 
        Fut un voisin commode, 
    Et, modèle des potentats, 
        Prit le plaisir pour code. 
    Ce n’est que lorsqu’il expira 
    Que le peuple, qui l’enterra, 
                    Pleura. 
    Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! 
    Quel bon petit roi c’était là ! 
                    La, la. 
      
    On conserve encor le portrait 
        De ce digne et bon prince ; 
    C’est l’enseigne d’un cabaret 
        Fameux dans la province. 
    Les jours de fête, bien souvent, 
    La foule s’écrie en buvant 
                    Devant : 
    Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! 
    Quel bon petit roi c’était là ! 
                    La, la. 

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  • FRAGMENT : PREMIÈRE PARTIE

    FRAGMENT : PREMIÈRE PARTIE................

     

      C’est une matinée de Fête-Dieu. Le poète va mourir. Les fenêtres de sa chambre donnant sur un jardin qui est triste et ensoleillé, où le vieux chien à demi paralytique repose, étendu.
      Une guêpe y vole.
      Dans la chambre : le poète est dans son lit. Il a le délire. Tantôt il parle haut, tantôt je suppose que l’on entend ce qu’il dit. Sa mère prie et, de temps en temps, se relève pour poser sa main fraîche sur le front brûlant du malade.
      L’ami du poète et la fiancée du poète sont assis à une petite table. La flancée compte des gouttes qu’elle laisse tomber dans un bol. L’arni lit distraitement un morceau de papier.
      La chambre est simple. Trois globes sur la cheminée. Celui du milieu recouvre une petite vierge blanche, naïve et campagnarde en plâtre, je crois. Sous les deux autres il y a des fleurs et des épis artificiels enrubannés et ornés de papiers dorés et argentés.
      Par la tranquillité de l’azur torride, un ineffable et triste écho de la procession gémit.
      Des campanules gorgées d’azur, des joncs fleuris et froissés, des prêles qui forment une jonchée sur la route, des effluves d’une fraîcheur fânée s’élèvent.
      De la fenêtre, qui donne au midi, on pourrait voir une bannière d’or qui s’incline.

    LA FIANCÉE

    Bah ! 
       

    L’AMI  

         Qu’est-ce qu’il y a ? 
       

    LA FIANCÉE


    J’ai fait trembler la fiole... 
    Il en est tombé plus qu’il ne faut dans le bol. 
    C’est à recommencer. Passez-moi ce linge... Non... l’autre. 
    C’est ça. 

    L’AMI

                  Voilà. Tenez la soucoupe dessous. 
       

    LA FIANCÉE


        Oui. C’est plus propre. 
      

    (On entend la rumeur lointaine de la procession.) 

    LE POÈTE


    Maman ? Est-ce que c’est la fête du village ? 
      

    LA MÈRE


    Calme-toi. Tu es mon fils chéri. Calme-toi. 
      

    LE POÈTE

      
    Ouvrez les fenêtres. 
      

    L’AMI  

     Dites-lui qu’elles le sont, mais n’ouvrez pas. 
       

    LA MÈRE

    La fenêtre est ouverte, ami, tu le vois bien ?... 
      

    LE POÈTE 

    Ah ! oui, elles le sont. Oh ! comme le jardin 
    est calme ! Là-bas je vois le vieux chien... 
    Il est couché dans les giroflées et les salades. 
    Je me souviens... Comme moi il est malade. 
    À quelle époque sommes-nous de ces saisons ? 
    Il me semble que c’est le mois de la moisson ? 
    — Et il me semble que j’attends aujourd’hui. 
    Ce matin clair est doux comme le soir tombant. 
    Il y a une obscurité fraîche sur le banc... 
    Il est probable que je ne m’y retrouverai pas 
    — là ! — puisqu’ils ont dit tout bas que j’étais très bas. 
    Relevez-moi un peu la tête ? 
      

    LA VIEILLE SERVANTE (elle entrouvre la porte).

        Mademoiselle, 
    Il n’y a plus de sucre. 
       

    LA FIANCÉE

      Va chez Estelle 
    en chercher, si le magasin est fermé. Fais vite. 
      

    LA VIEILLE SERVANTE

    Oui, mademoiselle. 
      

    LA MÈRE (à la fiancée).

     Ferme complètement la vitre, 
    cette procession a l’air de l’agiter. 
      

    (Les chants se rapprochent, de plus en plus harmonieux ; ils frémissent comme les ailes de pierre d’une église.)

    LE POÈTE

    Maman ? 
      

    LA MÈRE


     Quoi, mon fils ? 
      

    LE POÈTE

      Peux-tu me dire mon âge ? 
      

    LA MÈRE

     Calme-toi, mon fils chéri. Calme-toi — dis ? 
     

    LE POÈTE 

    Ah ! Cette musique est la fête du village 
    où l’on danse. Écoutez les pleurs des chalumeaux 
    sous la fraîcheur, de nuit au soleil, des ormeaux... 
    C’est comme le bruit, sur les joncs courbés, des eaux... 
    La fête ! il y a des tables et de gros verres... 
    Vois donc ! la limonade inonde le vieux banc ? 
    Ça m’inonde les bras et ça glace la table... 
    Mais est-ce donc vrai que tu sois malade ?... 
    Maman ! Maman ! Maman !  

    L’AMI (haut, à lui-même).

      Quel salaud de délire ! 
    Ah ! bbâ ! J’ose pas faire de piqûre... 
    Ce fichu médecin est toujours en retard. 
      

    LA MÈRE (à l’ami).

    Quelle heure est-il ?  

    L’AMI


      Onze heures. 
       

    LA MÈRE

    On ne sait pas 
    quelle heure il est quand on souffre comme ça. 
      

    (Elle prie. Le chant de la procession s’exalte. Il frémit sous l’azur torride. Il résonne comme une ruche, comme une pluie d’été sur l’eau.)

     

    LE POÈTE (en lui-même)  

    Ce bruit, dans le jardin, est comme une prière.. 
    Ce sont les doux moineaux qui effritent la pierre 
    de la muraille. Mais c’est la procession. 
    Ah ! Je reconnais bien la fraîcheur des prières 
    chantantes dans la frondaison bleue de la Fête-Dieu, 
    Je me souviens ! J’y suis, j’y suis. Chantons ! 
    Dans mon cœur, ô mon Dieu, ont fleuri des blés bleus 
    sous le tranquille azur de cette matinée 
    où les chants, bien scandés, de la belle Fête-Dieu 
    flottent comme un parfum d’île de rosée. 
    Ô mon Dieu ! des vallées tu as pris les liserons 
    et ils chantent sous la forme de petites filles empesées 
    que l’on a frisées avec de l’eau sucrée 
    et dont les jolies bannières s’inclinent sous des rayons. 
    Elles portent avec beaucoup de soin 
    des gerbes artificielles et naïves où bougent 
    des grandes-marguerites, des bleuets, des coquelicots, 
    sous la musique où s’engouffre l’encens des foins lointains... 
    Ô mon Dieu ! je suis ému. Je me souviens... 
    Je t’offrais toute la pureté de mon cœur. 
    Des enfants grands comme ça étaient vêtus de rouge, 
    et c’est eux qui portaient des corbeilles de roses 
    et ton souffle passait dans les averses de couleur... 
    Ces enfants ils venaient, si petits que je me disais : 
    Est-ce qu’ils ne sont pas les roses qu’ils portent ? 
    Et l’azur qui s’ouvrait comme une immense porte 
    laissait tomber de l’âme sur ma tête fatiguée... 
    C’était plus pur que l’eau, plus pur que la lumière... 
    Les voix étaient comme l’écho d’un orage d’amour, 
    et mon cœur s’arrêtait, comme ébloui de jour, 
    devant l’innocence des pas des petites filles claires. 
    Ô Dieu ! Puisque ces enfants te célébraient, 
    puisqu’elles portaient dans leurs mains de pureté 
    les grains de blé et le soleil, le jour et l’ombre, 
    Je pousse vers toi un cri grand comme l’immensité... 
    ... Ah ! je te dis merci ! Merci pour ce que je souffre... 
    Je meurs étouffé... Je suis moins devant toi 
    qu’un grain d’avoine au gré de l’orage qui souffle ! 
    Oh ! écoutez ! là-bas se meurt ma triste pensée... 
    Oh ! écoutez — sur les campanules et les joncs écrasés, 
    dans les chants, dans les tourbillons d’encens, dans la pureté, 
    ma mort va passer, ma mort va passer 
    dans la procession cérémonieuse. 

                                                  (Haut)

    Je meurs ! de l’air ! 
      

    L’AMI (à la fiancée).

      Il n’y a plus d’eau 
    dans la carafe. Est-ce que Marie est revenue ? 
      

    (La servante paraît)

    LA FIANCÉE


    La voilà. Marie, va chercher de l’eau au puits ? 
       

    LE PUITS

    (Il chante sous les mains calleuses de la servante.)


    Je suis le serviteur de la vieille servante, 
    et je pleure aujourd’hui et je crie sous ma rouille. 
    Ah ! pourquoi donc meurt-il, le jeune homme à l’âme claire, 
    qui s’amusait enfant à cueillir sur ma margelle 
    la gourde à la fleur jaune et le bleu liseron... 
    Mon Dieu ! ayez pitié du vieux puits qui regrette 
    le jeune enfant marqué du signe des poètes... 
    J’écoutais son babil et le bourdon des guêpes 
    pendant les lourds après-midi blancs des vêpres... 
    Mon Dieu ! Qu’il était doux ! Par moments, il tombait. 
    Il regardait, au fond de mon ombre, l’eau. 
    Il regardait les rosiers s’effeuiller sur mes dalles. 
    Il faisait la charité aux traîneurs de sandales. 
    Il venait, près de moi, par les déclins doux de l’Été. 
    Il regardait les poules au soleil onduler. 
    Il regardait sa mère dire son chapelet. 
    Il écoutait tes grains du chapelet trembler. 
    Il voyait, dans mon seau, sa bouche se refléter. 
    Il s’amusait, en puisant, à me faire crier. 
    Et maintenant, mon Dieu, je voudrais me briser, 
    parce qu’au tremblement de ma chaîne et de la servante 
    je sens que c’est pour la mort que l’on puise de l’eau. 
      

    La servante remplit la carafe. En passant elle touche

    UNE ROSE TRÉMIÈRE (qui s’effeuille et chante).


      
    Tu meurs ? Pourquoi meurs-tu ? Tu m’avais donnée 
    un jour de veille de Fête-Dieu à ta fiancée. 
    Elle m’avait mise à son corsage bleu, mais 
    le vent avait soufflé et j’étais tombée... 
    Alors ta fiancée m’avait ramassée 
    et, comme ma belle tige verte était cassée, 
    elle m’avait glissée, avec ses doigts de neige, 
    dans son corsage de neige où je m’étais fanée. 
      

    (Le chien a suivi la servante et s’est couché sur la descente de lit de son maître.)

    LA PENSÉE DU CHIEN

      
    Ô mon cher maître aimé ! Quand tu me donnais des coups 
    je t’aimais. Près de toi j’ai passé de longs jours, 
    mais maintenant ta voix ne sait plus m’appeler. 
    Je me souviens des jours où j’étais à tes pieds, 
    et que tu me regardais avec tristesse. Quand j’étais 
    un tout petit chien, tu me donnais du lait tiède, 
    et tu me caressais et j’étais comme fou. 
    Tu me mettais sur la table, tout petit, et, tout à coup, 
    j’aboyais. 
      

    LE POÈTE (en lui-même.)

     C’est le pauvre chien malade et ami. 
    Souvent je l’ai regardé lorsque, endormi, 
    il sommeillait sous un rayon de poussière oblique. 
    Mon cœur était amer et ne se consolait 
    qu’en le voyant ainsi, timide et résigné, 
    me regarder, puis refermer les yeux tout doucement. 
    Souvent, je me disais, en le regardant : 
    je mène ici une amère et triste existence. 
    Là-bas s’amusent et sont gais des jeunes gens 
    parce qu’ils ont des positions et de l’argent. 
    Mais mon cœur se calmait et ma gorge prête 
    à pleurer se détendait en regardant ce pauvre être 
    résigné qui était content de sa misère à mes pieds. 
       

    L’AMI 

    Chassez le chien. Il fait du bruit... 

              (On chasse le chien.)

    LE POÈTE

       Si je pouvais 
    parler, je sais que le pauvre chien resterait. 
    Il a le droit de me voir mourir... 
      

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  • LE COMBAT DES RATS ET DES BELETTES

    LE COMBAT DES RATS ET DES BELETTES............Jean


      
    La nation des Belettes, 
    Non plus que celle des Chats, 
    Ne veut aucun bien aux Rats ; 
    Et sans les portes étrètes 
    De leurs habitations, 
    L’animal à longue échine 
    En ferait, je m’imagine, 
    De grandes destructions. 
    Or une certaine année 
    Qu’il en était à foison, 
    Leur Roi nommé Ratapon 
    Mit en campagne une armée. 
    Les Belettes de leur part 
    Déployèrent l’étendard. 
    Si l’on croit la Renommée, 
    La Victoire balança : 
    Plus d’un guéret s’engraissa 
    Du sang de plus d’une bande. 
    Mais la perte la plus grande 
    Tomba presque en tous endroits 
    Sur le peuple Souriquois. 
    Sa déroute fut entière, 
    Quoi que pût faire Artarpax, 
    Psicarpax, Méridarpax, 
    Qui, tout couverts de poussière, 
    Soutinrent assez longtemps 
    Les efforts des combattants. 
    Leur résistance fut vaine : 
    Il fallut céder au sort : 
    Chacun s’enfuit au plus fort, 
    Tant Soldat que Capitaine. 
    Les Princes périrent tous. 
    La racaille, dans des trous 
    Trouvant sa retraite prête, 
    Se sauva sans grand travail. 
    Mais les Seigneurs sur leur tête 
    Ayant chacun un plumail, 
    Des cornes ou des aigrettes, 
    Soit comme marques d’honneur, 
    Soit afin que les Belettes 
    En conçussent plus de peur : 
    Cela causa leur malheur. 
    Trou, ni fente, ni crevasse 
    Ne fut large assez pour eux, 
    Au lieu que la populace 
    Entrait dans les moindres creux. 
    La principale jonchée 
    Fut donc des principaux Rats. 
    Une tête empanachée 
    N’est pas petit embarras. 
    Le trop superbe équipage 
    Peut souvent en un passage 
    Causer du retardement. 
    Les petits, en toute affaire 
    Esquivent fort aisément ; 
    Les grands ne le peuvent faire. 
      

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  • ÉLÉGIE SECONDE

    ÉLÉGIE SECONDE............. 

    I  

    Les fleurs vont de nouveau luire au soleil pour moi. 
    Il semble que mon âme sorte d’un pays noir. 
    Trouverai-je la consolation sous les arbres ? 
      
    Ma pipe est allumée comme à l’adolescence, 
    ma pipe est allumée dans le bruit de la pluie, 
    et je songe à des journées d’anciens printemps. 
      
    Des souvenirs chéris plus doux que des mélisses 
    habitent dans mon cœur joyeux et pourtant triste, 
    pareil à un jardin rempli de jeunes filles. 
      
    Car j’aime comparer à de très jeunes filles 
    mes pensées qui ont la courbe de leurs jambes craintives 
    et l’effarouchement moqueur d’éclats de rire. 
      
    Seules les jeunes filles ne m’ennuyèrent jamais : 
    Vous savez qu’elles vont, d’on ne sait quoi, causer 
    le long des tremblements de pluie des églantiers. 
      
    Et moi, je ne sais pas ce que mes pensées pensent. 
    J’aurais dû naître un jour calme des grandes vacances, 
    lorsque les framboisiers ont des cousines blanches. 
      
    Je ne sais pas pourquoi j’ai traversé la vie, 
    ni pourquoi, aujourd’hui, après ces grands ennuis, 
    je ressonge à des soirs d’amour cachés de pluie. 
      
    Mon enfance est là-bas dans un petit parterre, 
    ma jeunesse un amour d’automne gris et vert, 
    et le reste sera l’yeuse du cimetière. 
      
    Peut-être que si Dieu ne m’a point fait mourir, 
    c’est qu’il s’est souvenu de toi, toute petite, 
    qui soignes, en m’attendant, tes jolis canaris. 

    II

      Oh ! viens... (comme disaient les anciens poètes), 
    oh ! viens... Que ton petit cœur me donne le bras. 
    Tu verras, au village obscur, de vieux lilas 
    aux fleurs jeunes comme tes mouvements de tête. 
    Et si tu n’as pas vu le soleil qui se couche 
    sur la buée de bleu qui tremble sur les chênes, 
    tu sentiras brûler ce soleil sur ta bouche. 
      
    Si tu n’as pas vu l’aube douce qui brode la nuit 
    et qui allume, au bord des mares, les angéliques, 
    je t’indiquerai l’aube en te fermant les yeux 
    avec un baiser long comme l’aube elle-même. 
    Et ton cœur sera plein d’un jour blanc qui se lève, 
    car je te poserai de l’aube sur les lèvres. 
      
    Et si tu n’as pas vu ce joli sentiment 
    que Zénaïde Fleuriot a nommé l’amour, 
    je te l’expliquerai lentement, lentement, 
    comme si tu hissais ta bouche vers ma bouche, 
    avec tes genoux ronds pressés à mes genoux. 
    Alors, tu verras ce sentiment qui est l’amour, 
    que l’on cache beaucoup et dont on parle tant. 
      
    Pourquoi suis-je si jeune, pourquoi dans mon cœur frais 
    y a-t-il comme un frisson de soir aux noisetiers ? 
    Je suis fou. Je te veux sur le bleu des pelouses, 
    vers sept heures, lorsque la lune au haut du ciel 
    pleut sa lumière humide au front des vaches rousses 
    dont la corne porte encore un morceau de soleil. 
      
    Dis ?... Toi que j’ai connue toute toute petite, 
    je refais tout mon rêve avec je ne sais quoi ?... 
    Je veux te battre avec des fruits de clématites, 
    je veux sentir ta gorge en calice de lys, 
    et écouter le cri de ton éclat de rire 
    monter vers mes baisers qui grêleront sur toi. 
      
    N’aie pas peur : Nous prendrons de vieilles poésies, 
    des choses entendues qui se sont confondues, 
    des mots qui ne sont plus qu’une musique obscure. 
    Et le soir glissera dans le jour qui vacille 
    dans la cuisine obscure où semble encore assise 
    une servante morte au sourire docile. 
      
    Les fleurs ont éclaté en face du soleil. 
    Les chiens aboient et les volets sur les glycines 
    s’ouvrent dans un fouillis de feuilles en sommeil. 
    Tu désengourdiras ton bras lisse qui glisse, 
    et nos yeux fatigués ne verront sur la plaine 
    qu’un tournoiement d’amour sous l’eau de l’azur clair. 
      
    Tu auras peur, n’est-ce pas, que, tout à coup, je ne souffre ?... 
    Ne m’interroge pas. Je ne veux pas te dire. 
    Ne sache pas pourquoi j’ai parlé de bien d’autres. 
    Je n’aime plus que toi puisque j’entends les grives 
    qui arrivent du Nord mordre à l’Automne rouge 
    dont les vents sont amers ainsi que des olives. 
      
    Ne sois pas curieuse et, si tu sais m’aimer, 
    laisse ton doux silence emplir mon cœur amer. 
    Si nous nous promenons, écoute donc, songeuse, 
    comme si tu l’entendais pour la première fois, 
    le bruit continuel, sec et brisé des feuilles 
    qui tombent en tournant sur les débris des bois. 
      
    Ne pense plus à moi, ne pense plus à moi. 
    Il y avait un nom doux « qui rappelait l’Automne ». 
    Ô mon amie, je t’aime. Mais ne demande pas... 
    Vois ce colchique clair et ce champignon rose. 
    Tes pieds légers seront sur les mousses d’aurore 
    où luisent les grains purs de la ronde rosée. 
      
    — Ami, dis-moi ?... — Ne me dis rien puisque je t’aime. 
    Je ne veux pas savoir ce que je sais. Tais-toi. 
    Le temps où tu étais plus petite, où le toit 
    de ta maison chantait sous l’averse de Mai, 
    ce temps revient encore. Aime-moi. Aime-moi. 
      
    — Mais dis-moi seulement si elle existe encore 
    la femme dont le nom te rappelle l’Automne ? 
    — Ne me fais pas parler, ô ma petite abeille. 
    — Mais ne l’aimes-tu plus ? — Souviens-toi de la Vierge 
    qui était dans une niche, à l’angle du quartier ? 
    Sa ceinture était bleue et ses deux mains brisées. 
      
    C’était l’époque douce où, aux Dimanches soirs, 
    la grand-ville éclatait de légères fanfares. 
    Des pions reconduisaient des lycéens bizarres. 
    Sur les squares flottait un parfum d’encensoirs. 
    Tu ramenais ton jeune frère à la maison. 
    Tu lui donnais ta main fine, veinée et pâle, 
    et tes yeux noirs bridés battaient légèrement. 
      
    Ah !... Je resonge à toi. Es-tu toi ou une autre ? 
    Les caresses semées ont fleuri dans mon cœur. 
    Je le sens, aujourd’hui, pareil à cette époque. 
    Des passe-roses bleus sont nés de ma douleur. 
    Tu n’as, si tu les veux, qu’à étendre la main. 
    Donne-leur un peu d’eau. Ils reprendront demain. 

    III  

    Et j’ai songé à toi, encore, ce matin. 
    J’ai regardé les humbles labiées violettes. 
    C’est l’Automne, et pourtant ce semble un moi de Mai. 
    Le lierre me sourit. Et, dans ce vieux jardin, 
    je suis bien le jeune homme un peu antique et tendre 
    qui lisait, au soleil du réveil, dans sa chambre, 
    la vieille botanique où brûlaient des dessins. 
      
    Si tu veux accepter telle qu’elle est mon âme : 
    Viens la chercher, par un soir vert, sous les tilleuls. 
    Le jour est revenu où, au petit village, 
    un soir pluvieux d’été, je voyais, triste et seul, 
    passer la procession faite pour écarter 
    les inondations qui dormaient sur les prés. 
      
    Oui, je reviens, amie, à l’enfance si douce. 
    Mon âme est pure ainsi que l’âme la plus pure, 
    ainsi que la lueur qui argente tes joues, 
    ainsi que la lumière au tremblement d’azur 
    qui, dans la blanche allée, allume vers onze heures 
    la rose noire épaisse et les iris qui pleurent. 
      
    Mon sommeil est plus pur que les nuits romantiques. 
    Tendresse, je veux fiancer ton cœur aux nuits légères, 
    au Printemps de six jours où la nuit s’interpelle, 
    où le jour ne peut pas finir et où l’appel 
    perdu du rossignol emplit d’une joie triste 
    les lilas qui voudraient et ne peuvent mourir. 
      
    Mais, avant de me retrouver, ma fantaisie 
    est que tu ailles, doucement, de chambre en chambre, 
    parler aux vieux objets qui te diront ma vie ; 
    Mais n’interroge pas la boîte à botanique 
    où dormirent les fleurs de mon adolescence. 
    Elle conserve encore le reflet des forêts 
    aux jours des accablants et des tristes étés. 
    Ne l’interroge pas, car son parfum fidèle 
    pourrait mourir de joie en te reconnaissant. 
      
    Assieds-toi un moment à ma petite table. 
    J’y ai posé quelques livres sur un vieux châle. 
    Là mon encrier luit lorsque le jour s’éteint. 
    Un almanach jauni indique une autre année. 
    Ce sont des jours amers, ce sont des jours fanés, 
    doux comme le journal d’Eugénie de Guérin. 
      
    Tu verras, dans un coin, la malle en bois de camphre 
    et sur laquelle, enfant, me couchait ma grand-mère, 
    et qui dort maintenant ayant passé la mer 
    tempêtueuse, il y a bientôt deux cents ans, 
    avec l’Oncle pensif qui revenait des Indes, 
    n’ayant qu’un souvenir de femme dans le cœur. 
      
    Tu peux interroger son bois mystérieux. 
    Il te racontera mes rêves de petit garçon. 
    Ils sont si purs que tu peux, amie, les entendre. 
    C’est en dormant sur ce vieux coffre odorant 
    que mon cœur s’est peuplé de jeunes filles tendres 
    et d’arbres indiens où montent des serpents. 
      
    Que ta main, en passant, frôle pour se bénir 
    la correspondance grave de mon grand-père. 
    Il dort au pied de la Goyave bleue, parmi 
    les cris de l’Océan et les oiseaux des grèves. 
    Dis-lui que tu t’en vas trouver son petit-fils. 
    Son âme sourira à ta grâce un peu frêle. 
      
    Tu comprendras alors de quel charme je m’enchante, 
    de quelles vieilles fleurs mon âme est composée, 
    et pourquoi, dans ma voix, de vieillottes romances 
    ont l’air, comme un soleil mourant, de se traîner, 
    pareilles à ces anciens et tristes jeunes gens 
    dont la mémoire gît dans l’octobre des chambres. 
      
    Puis tu viendras à moi. Tu glisseras ton cœur 
    sur mon cœur, gracieuse et lisse, et sans rien dire. 
    Tu connaîtras ma joie profonde si je pleure, 
    et tu n’auras alors qu’à gravement sourire, 
    et à poser sur moi ta légère douceur. 
      
    Je serai doux pour toi comme une jeune fille. 
    Mon cœur aura le bleu profond de ces charmilles 
    où quelque grande sœur a fait goûter ses frères, 
    et d’où l’on peut entendre, aux fins d’après-midi, 
    l’aiguisement des faux luisantes sous la pierre, 
    au milieu du silence éternel des prairies. 

    IV  

    Le ciel pleut lourdement sur l’eau feuillue des douves. 
    Sans doute, en ce moment, tu couds auprès du feu. 
    L’ombre de ton salon tremble, et des lueurs douces 
    volent sur l’acajou noir et fané des meubles. 
      
    Il était déjà dit, le jour où nous naissions, 
    que j’écrirais ces vers au bruit de cette averse, 
    et que je reverrais contre les carreaux verts, 
    ton profil sérieux d’amour et de tristesse. 
      
    Dieu le savait déjà, ô tendresse, ô amie. 
    Que sait-il aujourd’hui que nous saurons plus tard ? 
    Qui sait ? L’eau tombe goutte à goutte dans le gris. 
    Le feu claque. Je suis calme et tu es là-bas. 
      
    Mon âme est heureuse de n’avoir rien à dire, 
    et d’écrire ces vers sans que presque j’y pense. 
    Ils sont pareils à ton ancienne robe grise, 
    ils sont pareils au jour d’un Mercredi des Cendres. 
      
    ... Mais j’ai déjà parlé souvent de ta maison. 
    Je ne puis pas assez en parler quand l’Octobre 
    revient, et c’est ma folie douce et monotone 
    d’être comme ta fleur quand revient cette saison. 
      
    Dans peu de jours, je repasserai dans la ville 
    où tu es, et je veux, dans l’odeur des soirs froids, 
    te rapporter mon âme passionnée et triste, 
    lorsque les magasins luisent sur les trottoirs. 
      
    Je serai l’écolier que j’ai été jadis, 
    j’allumerai la même pipe en bois des îles 
    que je fumais dans le brouillard des quartiers gris, 
    à la rentrée, quand c’est la neuve odeur des livres. 
      
    Mais ne trouveras-tu pas trop que j’ai vieilli ? 
    Mes vingt-neuf ans regrettent mes dix-sept ans. 
    Je n’avais pas senti cela si fortement... 
    Pourtant mon songe est jeune ainsi que mon sourire. 
      
    J’ai tant donné, j’ai trop donné de ma jeunesse, 
    mais j’en avais toujours, encore, pour souffrir. 
    Je la crois toujours morte et je la sens revivre 
    ainsi qu’un bosquet nu où souffle un vent de Mai. 
      
    Et que fais-je aujourd’hui, encore, que cela ? 
    Ce vent était celui qui passait sous ma porte. 
    Je viens te rechercher, car j’ai besoin de toi. 
    ... Mais il faudra faire attention à tes paroles... 
      
    Ne bouge pas du vieux fauteuil du coin du feu, 
    trop grand pour toi et où, sans doute, tu fais luire 
    sur la tapisserie roide et ployée, l’aiguille. 
    Y a-t-il toujours, dans la grande cage, la veuve ? 
      
    Je ne te dirai rien. Laisse-moi seulement 
    moi-même m’étonner de t’avoir oubliée. 
    J’ai eu, depuis longtemps, comme une fièvre ardente. 
    J’ai besoin de ta douce et tendre gravité. 
      
    Ne me repousse pas. Cache au fond de toi-même 
    ce qu’il peut y avoir. Ne dis pas que tu m’aimes. 
    Continue, sévère et grave, à guider l’aiguille. 
    Puis, sur moi, lève les yeux, un moment, sans rien dire. 
      

    Faite à La Roque, en Septembre 1898
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  • À M. Auguste Le Prévost............Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869)

     
    À M. Auguste Le Prévost

     

      Quis memorabitur tui post mortem et quis orabit pro te ?
    De Imit. Christi, lib. I, cap. 23.


    Dans l’île Saint-Louis, le long d’un quai désert, 
    L’autre soir je passais ; le ciel était couvert, 
    Et l’horizon brumeux eût paru noir d’orages, 
    Sans la fraîcheur du vent qui chassait les nuages ; 
    Le soleil se couchait sous de sombres rideaux ; 
    La rivière coulait verte entre les radeaux ; 
    Aux balcons çà et là quelque figure blanche 
    Respirait l’air du soir ; — et c’était un dimanche. 
    Le dimanche est pour nous le jour du souvenir ; 
    Car, dans la tendre enfance, on aime à voir venir, 
    Après les soins comptés de l’exacte semaine 
    Et les devoirs remplis, le soleil qui ramène 
    Le loisir et la fête, et les habits parés, 
    Et l’église aux doux chants, et les jeux dans les prés ; 
    Et plus tard, quand la vie, en proie à la tempête, 
    Ou stagnante d’ennui, n’a plus loisir ni fête, 
    Si pourtant nous sentons, aux choses d’alentour, 
    À la gaîté d’autrui, qu’est revenu ce jour, 
    Par degrés attendris jusqu’au fond de notre âme, 
    De nos beaux ans brisés nous renouons la trame, 
    Et nous nous rappelons nos dimanches d’alors, 
    Et notre blonde enfance, et ses riants trésors. 
    Je rêvais donc ainsi, sur ce quai solitaire, 
    À mon jeune matin si voilé de mystère, 
    À tant de pleurs obscurs en secret dévorés, 
    À tant de biens trompeurs ardemment espérés, 
    Qui ne viendront jamais,... qui sont venus peut-être ! 
    En suis-je plus heureux qu’avant de les connaître ? 
    Et, tout rêvant ainsi, pauvre rêveur, voilà 
    Que soudain, loin, bien loin, mon âme s’envola, 
    Et d’objets en objets, dans sa course inconstante, 
    Se prit aux longs discours que feu ma bonne tante 
    Me tenait, tout enfant, durant nos soirs d’hiver, 
    Dans ma ville natale, à Boulogne-sur-Mer. 
    Elle m’y racontait souvent, pour me distraire, 
    Son enfance, et les jeux de mon père, son frère, 
    Que je n’ai pas connu ; car je naquis en deuil, 
    Et mon berceau d’abord posa sur un cercueil. 
    Elle me parlait donc, et de mon père, et d’elle ; 
    Et ce qu’aimait surtout sa mémoire fidèle, 
    C’était de me conter leurs destins entraînés 
    Loin du bourg paternel où tous deux étaient nés. 
    De mon antique aïeul je savais le ménage, 
    Le manoir, son aspect et tout le voisinage ; 
    La rivière coulait à cent pas près du seuil ; 
    Douze enfants (tous sont morts !) entouraient le fauteuil ; 
    Et je disais les noms de chaque jeune fille, 
    Du curé, du notaire, amis de la famille, 
    Pieux hommes de bien, dont j’ai rêvé les traits, 
    Morts pourtant sans savoir que jamais je naîtrais. 
      
    Et tout cela revint en mon âme mobile, 
    Ce jour que je passais le long du quai, dans l’île. 
      
    Et bientôt, au sortir de ces songes flottants, 
    Je me sentis pleurer, et j’admirai longtemps 
    Que de ces hommes morts, de ces choses vieillies, 
    De ces traditions par hasard recueillies, 
    Moi, si jeune et d’hier, inconnu des aïeux, 
    Qui n’ai vu qu’en récits les images des lieux, 
    Je susse ces détails, seul peut-être sur terre, 
    Que j’en gardasse un culte en mon cœur solitaire, 
    Et qu’à propos de rien, un jour d’été, si loin 
    Des lieux et des objets, ainsi j’en prisse soin. 
    Hélas ! pensais-je alors, la tristesse dans l’âme, 
    Humbles hommes, l’oubli sans pitié nous réclame, 
    Et, sitôt que la mort nous a remis à Dieu, 
    Le souvenir de nous ici nous survit peu ; 
    Notre trace est légère et bien vite effacée ; 
    Et moi, qui de ces morts garde encor la pensée, 
    Quand je m’endormirai comme eux, du temps vaincu, 
    Sais-je, hélas ! si quelqu’un saura que j’ai vécu ? 
    Et poursuivant toujours, je disais qu’en la gloire, 
    En la mémoire humaine, il est peu sûr de croire, 
    Que les cœurs sont ingrats, et que bien mieux il vaut 
    De bonne heure aspirer et se fonder plus haut, 
    Et croire en Celui seul qui, dès qu’on le supplie, 
    Ne nous fait jamais faute, et qui jamais n’oublie. 
      

    Juillet 1929.
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  • LE CALVAIRE

    LE CALVAIRE............Max Elskamp (1862-1931)


      
    Mon Dieu qui mourez à Saint-Paul, 
    Un peu autrement que les autres, 
      
    Dans ma rue froide comme un pôle 
    Entouré d’anges et d’apôtres ; 
      
    Mon Dieu qui mourez à Saint-Paul, 
    Tout blanc des pieds, tout blanc des mains, 
      
    Pour ceux du quai, pour ceux du môle, 
    Sous des bougies dans un jardin, 
      
    Mon Dieu des pêcheurs, des marins, 
    Et mien jadis en mes croyances, 
      
    C’est vous là-bas dans les lointains 
    Des matins bleus de mon enfance 
      
    Mon Dieu qui les avez connus 
    Tous ceux d’ici qui ont passé 
      
    Dans ma rue et nus ou vêtus 
    Et puis plus loin s’en sont allés. 

      
    Mon Dieu ici dans les rochers 
    Qui savez le vent et la pluie, 
      
    De tous les cieux las de la vie 
    Comme ceux qui ont navigué ; 
      
    Et qu’on vient voir, et que l’on prie 
    À deux genoux, le front baissé, 
      
    Mon Dieu doux à ceux des navires, 
    Qui ont subi, qui ont peiné, 
      
    Dans le bien, le mal ou le pire, 
    Depuis le jour où ils sont nés, 
      
    Mon Dieu qui savez les étoiles 
    Qui fixent à chacun son lot, 
      
    Mon Dieu qui savez où les voiles 
    Conduisent ceux qui vont sur l’eau, 
      
    Et qui leur avez pardonné 
    Les ports mauvais qu’ils ont touchés, 
      
    Mon Dieu, ici des matelots, 
    C’est eux qui vous ont aimé. 
      

      
    Mon Dieu des nuits et des matins, 
    Ici dans le temps comme il vient, 
      
    Et que l’on voit d’hiver, d’été, 
    Blanc et dans l’ombre en long couché, 
      
    Derrière une grille dressée, 
    Les yeux fermés, au flanc la plaie, 
      
    Avec des anges à vos pieds 
    Leurs ailes sur le dos croisées, 
      
    Et que les femmes des marins 
    Implorent pour ceux dont la vie 
      
    Est d’aller sur la mer au loin 
    Voiles tendues, aux pêcheries 
      
    Et dans la pluie et dans le vent, 
    Chercher le pain cher qu’on leur vend ; 
      
    Puis Madeleines repenties 
    Et le jour du vendredi-saint 
      
    Qui viennent toucher de leur sein 
    La grille chargée de bougies, 
      
    Devant laquelle vous dormez 
    Saignant du front, des mains, des pieds, 
      
    Pour trouver pardon de leur vie, 
    Dans le remords qui les étreint ; 
      
    Mon Dieu des soirs et des matins 
    Ici dans le temps comme il vient, 
      
    C’est femmes en peine et qui prient 
    Sombrées comme nefs corps et biens. 
      

      
    Mon Dieu au monde qui dit vie, 
    Port là-bas, et lors étrangers, 
      
    Anglais dans leur orgueil dressés 
    Américains de frais rasés, 
      
    Indous marchands de plumes teintes 
    Malais qui sourient les dents noires, 
      
    Chinois avec leur lèvres peintes 
    Et jaunes ainsi que l’ivoire, 
      
    C’est eux, alors qu’août dit l’été, 
    Et qui viennent vous visiter 
      
    Et pour s’attarder jusqu’au soir 
    Et les garder en leur mémoire, 
      
    Longin qu’on voit avec sa lance, 
    Dit en blanc en pierre sculptée, 
      
    Michel-Archange et qui s’élance 
    Sur le dragon aux mains l’épée, 
      
    Et toute larmes Madeleine 
    En cheveux longs qui dit sa peine, 
      
    Et sa sœur Marthe agenouillée, 
    Et Lazarre leur frère aimé, 
      
    Tandis qu’en le souffre et les flammes, 
    Purgatoire où brûlent les âmes, 
      
    On les voit les yeux alanguis 
    De l’espoir doux du bien promis 
      
      

      
    Mon Dieu aux jours de mon enfance 
    Où si près de vous j’ai dormi, 
      
    En ma maison, dans le silence 
    Où je vous évoquais la nuit, 
      
    Mon Dieu, là-bas, dans mon jardin, 
    Triste ainsi qu’ils sont dans les villes, 
      
    Et qu’au temps où vivaient les miens 
    Seul un mur et couvert de tuiles, 
      
    Me séparait, dit en ses pierres, 
    De votre présence réelle 
      
    Toute proche là au calvaire 
    Où vos anges croisaient leurs ailes ; 
      
    Mon Dieu alors aux nuits d’hiver 
    Lorsque le vent du Nord montait, 
      
    Criant comme à la mort dans l’air, 
    Et que tous les carreaux tremblaient 
      
    Et qu’au fleuve à la marée pleine, 
    Pour au bord des quais trouver place, 
      
    Vrombissait la voix des sirènes 
    Des vapeurs qui cherchaient la passe, 
      
    Mon Dieu, mon cœur d’enfant inquiet, 
    Alors de vous savoir tout proche, 
      
    Couché en long là, dans les roches, 
    S’allait vers vous et trouvait paix. 
      

      
    Mon Dieu aujourd’hui loin de moi 
    Qui dormez encore à Saint-Paul, 
      
    En la rue douce où fut mon toit, 
    En ma rue blanche comme un pôle, 
      
    Mon Dieu qui les avez connus 
    Les primes matins de ma vie, 
      
    À son aube quand j’étais nu 
    De chair comme de cœur aussi, 
      
    Mon Dieu encore ici c’est moi 
    Mais las ! et de tout revenu, 
      
    Des jours en long que j’avais vécus 
    Plus en la peine qu’en la foi. 
      

      
    Mon Dieu j’avais trop espéré 
    Des matins qui m’avaient souri, 
      
    Et je me suis ainsi trompé 
    Sur la voie loin que j’ai suivie, 
      
    Et tout est mort ou s’en est allé 
    De ce que jadis j’ai aimé ; 
      
    Et maintenant voici le soir 
    Et mon heure qui va sonner, 
      
    Et mon âme qui va entrer 
    Là-bas où la nuit se fait noire, 
      
    Mon Dieu mien, de la rue Saint-Paul, 
    Donnez-moi vous en long couché, 
      
    Là-bas au calvaire du môle 
    Comme aux marins que vous aimez, 
      
    Le sommeil doux qu’après la vie 
    J’ai de tous les temps espéré. 
      

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  • PROLOGUE

     

    À Léon Clopet, architecte.

     

    Voici, je m’en vais faire une chose nouvelle qui viendra en avant ; et les bêtes des champs, les dragons et les chats-huants me glorifieront.
    La Bible.


    Quand ton Pétrus ou ton Pierre 
    N’avait pas même une pierre 
    Pour se poser, l’œil tari, 
    Un clou sur un mur avare 
    Pour suspendre sa guitare, 
    Tu me donnas un abri. 
      
    Tu me dis : — Viens, mon rhapsode, 
    Viens chez moi finir ton ode ; 
    Car ton ciel n’est pas d’azur, 
    Ainsi que le ciel d’Homère, 
    Ou du provençal trouvère ; 
    L’air est froid, le sol est dur. 
      
    Paris n’a point de bocage, 
    Viens donc, je t’ouvre ma cage, 
    Où, pauvre, gaiement je vis ; 
    Viens, l’amitié nous rassemble, 
    Nous partagerons, ensemble, 
    Quelques grains de chenevis. — 
      
    Tout bas, mon âme honteuse 
    Bénissait ta voix flatteuse 
    Qui caressait son malheur ; 
    Car toi seul, au sort austère 
    Qui m’accablait solitaire, 
    Léon, tu donnas un pleur. 
      
    Quoi ! ma franchise te blesse ? 
    Voudrais-tu que, par faiblesse, 
    On voilât sa pauvreté ? 
    Non, non, nouveau Malfilâtre, 
    Je veux, au siècle parâtre, 
    Étaler ma nudité ! 
      
    Je le veux, afin qu’on sache 
    Que je ne suis point un lâche, 
    Car j’ai deux parts de douleur 
    À ce banquet de la terre ; 
    Car, bien jeune, la misère 
    N’a pu briser ma verdeur. 
      
    Je le veux, afin qu’on sache 
    Que je n’ai que ma moustache, 
    Ma chanson et puis mon cœur, 
    Qui se rit de la détresse ; 
    Et que mon âme maîtresse 
    Contre tout surgit vainqueur. 
      
    Je le veux, afin qu’on sache, 
    Que, sans toge et sans rondache, 
    Ni chancelier, ni baron, 
    Je ne suis point gentilhomme, 
    Ni commis à maigre somme 
    Parodiant lord Byron. 
      
    À la cour, dans ses orgies, 
    Je n’ai point fait d’élégies, 
    Point d’hymne à la déité ; 
    Sur le flanc d’une duchesse, 
    Barbotant dans la richesse 
    De lai sur ma pauvreté. 
      

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  • QUE TU ES BELLE

    QUE TU ES BELLE..............


      
    Que tu es belle ! Que tu te penches 
                  bien ! 
    Jeune fille douce, longue, blonde, 
                  viens ? 
      
    Comme la rosée bleue des pervenches 
                  tu 
    glisseras sur moi lentement, 
                  nue. 
      
    Je souffre. Que tu es 
                  belle ! 
    Sur qui donc ta hanche 
                  blanche 
    se courbera-t-elle ? Est-ce qu’il n’en mourra 
                  pas ? 
      
    Tu es la violette des 
                  fossés. 
    Tu es une fleur de sang 
                  blanche. 
    Tu es la fontaine où les cressons 
                  sont. 
      
    J’ose te regarder à peine. 
                  Je 
    détourne, quand tu passes, les 
                  yeux. 
      

                 

    Novembre 1990
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