• Le But

    Recueil : "Le coffret de santal"

    Le But..........Charles CROS

    A Henri Ghys.

    Le long des peupliers je marche, le front nu,
    Poitrine au vent, les yeux flagellés par la pluie.
    Je m’avance hagard vers le but inconnu.

    Le printemps a des fleurs dont le parfum m’ennuie,
    L’été promet, l’automne offre ses fruits, d’aspects
    Irritants; l’hiver blanc, même, est sali de suie.

    Que les corbeaux, trouant mon ventre de leurs becs,
    Mangent mon foie, où sont tant de colères folles,
    Que l’air et le soleil blanchissent mes os secs,

    Et, surtout, que le vent emporte mes paroles!

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  • Tu viendras…
     
    Recueil : "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir"

    Tu viendras…............Francis JAMMES

    Tu viendras lorsque les bruyères au soleil
    près des routes qui se fendent ont des abeilles.

    Tu viendras en riant avec ta bouche rouge
    comme les fleurs des grenadiers et des farouches.

    Tu lui diras que tu l’aimes depuis longtemps,
    mais en lui refusant ton baiser en riant.

    Mais lorsque tu voudras le lui donner, alors
    tremblante et suante, tu verras qu’il est mort.

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  • Athée

    Je m'adresse à tout l'Univers, 
    Après David, le roi psalmiste. 
    Oui, Madame, en ces quelques vers, 
    Je m'adresse à tout l'Univers. 
    Sur les continents et les mers, 
    Si tant est qu'un athée existe, 
    C'est moi, dis-je, à tout l'Univers,
    Après David, le roi psalmiste.

    Je me fous bien de tous vos dieux, 
    Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent, 
    Et bons à foutre dans les lieux. 
    Je me fous bien de tous vos dieux, 
    Je me fous même du bon vieux, 
    L'unique, devant qui tous tremblent ; 
    Je me fous bien de tous vos dieux, 
    Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent.

    Je ris du Dieu des bonnes gens, 
    S'il en est encor par le monde ; 
    Avec les gens intelligents. 
    Je ris du Dieu des bonnes gens. 
    Sacré Dieu ! quels airs indulgents ! 
    Quel gros cul, quelle panse ronde ! 
    Mais... pour les seules bonnes gens,
    S'il en est encor par le monde.

    Je me fous aussi de celui 
    Des grands philosophes, très drôles, 
    Qui parfois se prennent pour lui. 
    Je me fous aussi de celui 
    Dont l'incommensurable ennui 
    Voudrait peser sur nos épaules. 
    Je me fous aussi de celui 
    Des grands philosophes, très drôles.

    Je plains fort, vous entendez bien, 
    Tout homme qui dit : Dieu, sur terre,
    Indou, musulman ou chrétien, 
    Je le plains, vous entendez bien ;
    Le déiste aussi, qui n'est rien 
    Dans l'église ou le phalanstère. 
    Je plains fort, vous entendez bien,
    Tout homme qui dit : Dieu sur terre.

    Je suis comme le vieux Blanqui 
    Je dis aussi : « Ni Dieu ni maître. » 
    Ni maîtresse... c'est riquiqui. 
    Je suis comme le vieux Blanqui. 
    Je me fous de n'importe qui. 
    Je jette tout par la fenêtre, 
    Et je me fous bien de Blanqui, 
    Comme de son « Ni Dieu ni maître. »

    Je n'en ai qu'un, mais assez bon 
    Nom de Dieu ! pour que je l'écule, 
    Votre vrai Dieu, Dieu sans... rayon. 
    Je n'en ai qu'un, mais assez bon : 
    Le monde entier, ce grand capon, 
    Vit dans la peur de sa férule. 
    Je n'en ai qu'un mais assez bon 
    Nom de Dieu ! pour que je l'écule.

    L'un ou l'autre mot m'est égal, 
    Si mon langage est clair, Madame. 
    Être clair c'est le principal. 
    L'un ou l'autre mot m'est égal. 
    Mais l'autre était grossier pas mal,
    Et... j'ai le respect de la femme. 
    L'un ou l'autre mot m'est égal. 
    Si mon langage est clair, Madame.

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  • Amen

    Par des ‘je vous salue Marie’
    De leurs consciences aigries
    Les gens - bien à la confesse -
    Passent le temps qui presse.

    Ils nous mentent ces gens là 
    Avec leur pari sur l’Au-delà 
    Quand la foi juste au cas où 
    Les lavera fidèles à genoux. 

    Se différenciant des impies
    Qui jamais au sol ne prient
    Les hommes de bon choix
    Portent le poids de la croix.

    Ainsi tous pêchés nettoyés 
    Ils pourront recommencer
    Tel un cycle de l’Histoire 
    À exécuter l’avenir en noir.

    Le temps qui passe – presse
    Les gens biens à la confesse
    De leurs consciences aigries
    Par des ‘je vous salue Marie’.

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  • Aux champs

    Je me penche attendri sur les bois et les eaux,
    Rêveur, grand-père aussi des fleurs et des oiseaux ;
    J’ai la pitié sacrée et profonde des choses ;
    J’empêche les enfants de maltraiter les roses ;
    Je dis : N’effarez point la plante et l’animal ;
    Riez sans faire peur, jouez sans faire mal.
    Jeanne et Georges, fronts purs, prunelles éblouies,
    Rayonnent au milieu des fleurs épanouies ;
    J’erre, sans le troubler, dans tout ce paradis ;
    Je les entends chanter, je songe, et je me dis
    Qu’ils sont inattentifs, dans leurs charmants tapages,
    Au bruit sombre que font en se tournant les pages
    Du mystérieux livre où le sort est écrit,
    Et qu’ils sont loin du prêtre et près de Jésus-Christ.

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  • A la louange de la Charité

    Les Méchants m’ont vanté leurs mensonges frivoles :
    Mais je n’aime que les paroles
    De l’éternelle Vérité.
    Plein du feu divin qui m’inspire,
    Je consacre aujourd’hui ma Lyre
    A la céleste Charité.

    En vain je parlerais le langage des Anges.
    En vain, mon Dieu, de tes louanges
    Je remplirais tout l’Univers :
    Sans amour, ma gloire n’égale
    Que la gloire de la cymbale,
    Qui d’un vain bruit frappe les airs.

    Que sert à mon esprit de percer les abîmes
    Des mystères les plus sublimes,
    Et de lire dans l’avenir ?
    Sans amour, ma science est vaine,
    Comme le songe, dont à peine
    Il reste un léger souvenir.

    Que me sert que ma Foi transporte les montagnes ?
    Que dans les arides campagnes
    Les torrents naissent sous mes pas ;
    Ou que ranimant la poussière
    Elle rende aux Morts la lumière,
    Si l’amour ne l’anime pas ?

    Oui, mon Dieu, quand mes mains de tout mon héritage
    Aux pauvres feraient le partage ;
    Quand même pour le nom Chrétien,
    Bravant les croix les plus infames
    Je livrerais mon corps aux flammes,
    Si je n’aime, je ne suis rien.

    Que je vois de Vertus qui brillent sur ta trace,
    Charité, fille de la Grâce !
    Avec toi marche la Douceur,
    Que suit avec un air affable
    La Patience inséparable
    De la Paix son aimable soeur.

    Tel que l’Astre du jour écarte les ténèbres
    De la Nuit compagnes funèbres,
    Telle tu chasses d’un coup d’oeil
    L’Envie aux humains si fatale,
    Et toute la troupe infernale
    Des Vices enfants de l’Orgueil.

    Libre d’ambition, simple, et sans artifice,
    Autant que tu hais l’Injustice,
    Autant la Vérité te plait.
    Que peut la Colère farouche
    Sur un coeur, que jamais ne touche
    Le soin de son propre intérêt ?

    Aux faiblesses d’autrui loin d’être inexorable,
    Toujours d’un voile favorable
    Tu t’efforces de les couvrir.
    Quel triomphe manque à ta gloire ?
    L’amour sait tout vaincre, tout croire,
    Tout espérer, et tout souffrir.

    Un jour Dieu cessera d’inspirer des oracles.
    Le don des langues, les miracles,
    La science aura son déclin.
    L’amour, la charité divine
    Eternelle en son origine
    Ne connaîtra jamais de fin.

    Nos clartés ici bas ne sont qu’énigmes sombres,
    Mais Dieu sans voiles et sans ombres
    Nous éclairera dans les cieux.
    Et ce Soleil inaccessible,
    Comme à ses yeux je suis visible,
    Se rendra visible à mes yeux.

    L’amour sur tous les Dons l’emporte avec justice,
    De notre céleste édifice
    La Foi vive est le fondement,
    La sainte Espérance l’élève,
    L’ardente Charité l’achève,
    Et l’assure éternellement,

    Quand pourrai-je t’offrir, ô Charité suprême,
    Au sein de la lumière même
    Le Cantique de mes soupirs ;
    Et toujours brûlant pour ta gloire,
    Toujours puiser, et toujours boire
    Dans la source des vrais plaisirs !

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  • Sainte Thérèse à Jésus crucifié

    Ce qui m'excite à t'aimer, ô mon Dieu, 
    Ce n'est pas l'heureux ciel que mon espoir devance, 
    Ce qui m'excite à t'épargner l'offense, 
    Ce n'est pas l'enfer sombre et l'horreur de son feu !

    C'est toi, mon Dieu, toi par ton libre vœu 
    Cloué sur cette croix où t'atteint l'insolence ; 
    C'est ton saint corps sous l'épine et la lance, 
    Où tous les aiguillons de la mort sont en jeu.

    Voilà ce qui m'éprend, et d'amour si suprême, 
    Ô mon Dieu, que, sans ciel même, je t'aimerais ; 
    Que, même sans enfer, encor je te craindrais !

    Tu n'as rien à donner, mon Dieu, pour que je t'aime ;
    Car, si profond que soit mon espoir, en l'ôtant, 
    Mon amour irait seul, et t'aimerait autant !

     

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  • L'idée de Dieu

    Heureux l'oeil éclairé de ce jour sans nuage 
    Qui partout ici-bas le contemple et le lit! 
    Heureux le coeur épris de cette grande image, 
    Toujours vide et trompé si Dieu ne le remplit !

    Ah ! pour celui-là seul la nature est son ombre ! 
    En vain le temps se voile et reculent les cieux ! 
    Le ciel n'a point d'abîme et le temps point de nombre 
    Qui le cache à ses yeux !

    Pour qui ne l'y voit pas tout est nuit et mystères,
    Cet alphabet de jeu dans le ciel répandu 
    Est semblable pour eux à ces vains caractères 
    Dont le sens, s'ils en ont, dans les temps s'est perdu !

    Le savant sous ses mains les retourne et les brise 
    Et dit : Ce n'est qu'un jeu d'un art capricieux ; 
    Et cent fois en tombant ces lettres qu'il méprise 
    D'elles-même ont écrit le nom mystérieux !

    Mais cette langue, en vain par les temps égarée,
    Se lit hier comme aujourd'hui ; 
    Car elle n'a qu'un nom sous sa lettre sacrée, 
    Lui seul ! lui partout ! toujours lui !

    Qu'il est doux pour l'âme qui pense 
    Et flotte dans l'immensité 
    Entre le doute et l'espérance, 
    La lumière et l'obscurité, 
    De voir cette idée éternelle 
    Luire sans cesse au-dessus d'elle 
    Comme une étoile aux feux constants,
    La consoler sous ses nuages, 
    Et lui montrer les deux rivages 
    Blanchis de l'écume du temps !

    En vain les vagues des années 
    Roulent dans leur flux et reflux 
    Les croyances abandonnées 
    Et les empires révolus 
    En vain l'opinion qui lutte
    Dans son triomphe ou dans sa chute 
    Entraîne un monde à son déclin ; 
    Elle brille sur sa ruine, 
    Et l'histoire qu'elle illumine 
    Ravit son mystère au destin !

    Elle est la science du sage,
    Elle est la foi de la vertu !
    Le soutien du faible, et le gage 
    Pour qui le juste a combattu ! 
    En elle la vie a son juge 
    Et l'infortune son refuge, 
    Et la douleur se réjouit. 
    Unique clef du grand mystère,
    Otez cette idée à la terre 
    Et la raison s'évanouit !

    Cependant le monde, qu'oublie 
    L'âme absorbée en son auteur, 
    Accuse sa foi de folie 
    Et lui reproche son bonheur, 
    Pareil à l'oiseau des ténèbres 
    Qui, charmé des lueurs funèbres,
    Reproche à l'oiseau du matin 
    De croire au jour qui vient d'éclore 
    Et de planer devant l'aurore 
    Enivré du rayon divin !

    Mais qu'importe à l'âme qu'inonde 
    Ce jour que rien ne peut voiler ! 
    Elle laisse rouler le monde 
    Sans l'entendre et sans s'y mêler ! 
    Telle une perle de rosée 
    Que fait jaillir l'onde brisée 
    Sur des rochers retentissants, 
    Y sèche pure et virginale, 
    Et seule dans les cieux s'exhale 
    Avec la lumière et l'encens !

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  • L’ange

    L’ange..............

    Et puis après, voici un ange,
    Un ange en blanc, un ange en bleu,
    Avec sa bouche et ses deux yeux,
    Et puis après voici un ange,

    Avec sa longue robe à manches,
    Son réseau d’or pour ses cheveux,
    Et ses ailes pliées en deux,
    Et puis ainsi voici un ange,

    Et puis aussi étant dimanche,
    Voici d’abord que doucement
    Il marche dans le ciel en long
    Et puis aussi étant dimanche,

    Voici qu’avec ses mains il prie
    Pour les enfants dans les prairies,
    Et qu’avec ses yeux il regarde
    Ceux de plus près qu’il faut qu’il garde ;

    Et tout alors étant en paix
    Chez les hommes et dans la vie,
    Au monde ainsi de son souhait,
    Voici qu’avec sa bouche il rit.

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