• D'UNE MÉTAMORPHOSE

    D'UNE MÉTAMORPHOSE ...................... AIME CÉSAIRE

    Dernier râle du mourant dans le dernier rayon du soleil jamblique oblique et

    pope

    A
    Changhaï ramassons les enfants offerts sur la pelle de leur squelette aux bêtes féroces de la famine mais l'hivernage mais tes cheveux de glu qui collent tes yeux et les
    pestilences touffues qui montent de tes cuisses plus vierges que les forêts nous n'en saurions que faire aux razzias du déclic de pans d'Insulinde quand
    Inde et
    Gange (tsunami tsunami) jouent à cache-cache avec le
    Krakatoa

    Ami tsunami et toi
    Gange grange-aux-tubercules pour récoltes submarines ma sauvage ma grandiose

    d'une métamorphose sortons par un petit temps de pluie dans une rue côté impair de
    Chicago avec cervelle toute neuve d'abattoir et main toute fraîche de mercure

    et qu'importe que la visibilité se brouille

    nos poings se serrent

    sur la confiance hygiénique l'aube le soir

    la fusion est plus intense et intime qu'à tout moment du

    crépuscule

    à cette heure précisément incroyablement forte

    où dans le lit et à hauteur du
    Tropique du
    Cancer

    s'allument et se perpétuent dans le vin des entailles des

    flux et de l'enivrement les formidables amours du calmar

    et du cachalot

    infirmes les hommes que nous rencontrons

    car les bossus sont le meilleur antidote que l'on connaisse

    contre les curés

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • LE SOIR CALME ET PROFOND

    LE SOIR CALME ET PROFOND ......................VICTOR HUGO

    Le soir calme et profond se répand sur la plaine.
    Ma fille, asseyons-nous. Le couchant jette à peine
    Une vague lueur sous l'arche du vieux pont.

    Une forge lointaine à l'angélus répond.

    Le Seigneur sur la cloche et l'homme sur l'enclume
    Forgent la même chose, et l'étoile s'allume
    Là-haut en même temps qu'ici-bas le foyer.
    Notre destin, vois-tu, mon ange, est tout entier
    Dans ces deux bruits qui sont deux voix, deux voix austères ;
    Tous deux conseillent l'homme au milieu des mystères,
    Et lui montrent le but, le port, le gouvernail.
    La cloche dit : prière ! et l'enclume : travail !

    Le 15 septembre 1849.

    Extrait de: 
     Toute la lyre (1888 et 1893)

     

     
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • POUR MORÉAS

    POUR MORÉAS ....................... PAUL VERLAINE

    Moréas dit que je suis sans talent.

    Et
    F.-A.
    Cazais que tant on renomme

    Dans les endroits où l'on se fait grand homme

    Chante ce fait qui me semble étoilant.

    Peut-être serais-je trop insolent

    En demandant, pour leur plaire enfin, comme

    Il faut s'y prendre, à moins d'être un
    Prudhomme

    Bien mis, correct, et bête, et s'en gonflant.

    Je ne m'en gonfle pas, je m'en gondole,

    Et je m'en vais au vent fou qui m'envole,

    Vent fou moi-même, hélas ! et cœur si fou

    Dont il ne faut pourtant pas qu'on rigole.

    Mais si fier, en dépit de quelque pou

    Qui s'en arrange — et lors, je m'en console.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le héron messager du grand roi



    Sur la rive tumultueuse glacée,
    Il semblait percer le ciel noir.
    Ce héron venant de nulle part,
    Surgit, les ailes déployées.

    Le Saguenay révèle son secret.
    La rivière qu'enjambe le pont
    Bruisse intrépide à ce héron:
    Le tumulte du flot a parlé.

    Québec s' est joint à nous, Héron!
    Chicoutimi et ses contrées
    me parlent de celui d'outre monts.
    Qui est-ce, qui l'aurait rencontré? 

    Tu le connais ce Capétien
    Tu n'as juré que par ses mots:
    Québec, du Lys, je me souviens
    tu l'as même mis sur ton drapeau!

    Royal domaine, tu le seras
    Pour celui qui vit dans ton sein
    Enivre-toi de son aura
    Ce jour, tu ne le connais point

    Je suis Héron le messager 
    D'outre-tombe, le Duc de Choiseul
    Jour et nuit pleure sur ton linceul
    Québec, ton Dieu l'a écouté.

    Choisies, et t'avoir délaissé,
    On t'envoie l'unique héritier.
    Des plaines un autre combat t'attend
    Honneur et gloire ton peuple l'entend

    Sur la rive tumultueuse glacée
    Le héron venant de nul part
    S'envole les ailes déployées 
    percent la voute du ciel, il est tard.

    Jean-Yves Fontaine

    Google Bookmarks

    1 commentaire
  • Les splendides îles grecques. 



    Les îles grecques resplendissent dans la clarté de l'atmosphère,
    L'astre radieux fait sur la mer des éclats diamantés de lumière,
    Il trace sur les flots des chemins illuminés jusqu'aux plages dorées,
    Et révèle la blancheur des murs qui s'offrent à lui avec fierté.
    La mer au matin prend l'apparence d'un bijou saphir éclatant,
    Peint par le ciel d'un azur délicat sublimé à l'horizon de velouté blanc.
    A Milos, les flots tronquent leur bleu pour un vert bleuté raffiné
    Parmi la roche ambrée dans la tendresse des nuances harmonisées.
    Dame nature a le secret des divers bleus dont le regard est séduit,
    La mer et ses alentours s'apparentent à des divins paradis.
    Les ruines de Rhodes tranchent vers le soir avec les flots assombris,
    Les vieilles pierres au teint mielleux reflètent encore le soleil qui pâlit.
    Par temps orageux, les nuages unissent le ciel et la mer en douceur,
    La brume gagne le large et fait à l'horizon un rideau de vapeur.
    Parfois le minéral hachuré se dote de tous les tons marrons et dorés
    Ainsi que du blanc et crée une fresque exquise avec le bleu satiné.
    Quand le soleil décline, la mer s'assombrit, valorise la blancheur murale,
    Le décor changeant offre des plaisirs visuels jusqu'au couchant magistral.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • LE CHASSEUR

    LE CHASSEUR .......................THÉOPHILE GAUTIER

    Je suis enfant de la montagne,
    Comme l'isard, comme l'aiglon ;
    Je ne descends dans la campagne
    Que pour ma poudre et pour mon plomb ;
    Puis je reviens, et de mon aire
    Je vois en bas l'homme ramper,
    Si haut placé que le tonnerre
    Remonterait pour me frapper.

    Je n'ai pour boire, après ma chasse,
    Que l'eau du ciel dans mes deux mains ;
    Mais le sentier par où je passe
    Est vierge encor de pas humains.
    Dans mes poumons nul souffle immonde
    En liberté je bois l'air bleu,
    Et nul vivant en ce bas monde
    Autant que moi n'approche Dieu.

    Pour mon berceau j'eus un nid d'aigle
    Comme un héros ou comme un roi,
    Et j'ai vécu sans frein ni règle,
    Plus haut que l'homme et que la loi.
    Après ma mort une avalanche
    De son linceul me couvrira,
    Et sur mon corps la neige blanche,
    Tombeau d'argent, s'élèvera.

    Extrait de: 
     Recueil : Espagna (1845)
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L'AMOUR PLATONIQUE

    L'AMOUR PLATONIQUE ................ MICHEL DEGUY 1930-

    Un jour la diastole exagérée de l'idée la prive du sensible. Et, comme le respect de la femme et le courage de soutenir l'abstinence de l'idée — l'amour même de
    son retrait — croissent ensemble, on parle « d'amour platonique ». Mais sa chasteté exténue l'idée occitanienne, et le goût du fugace recroît avec un
    bruit de source. Soudain se dévergonde un don-juanisme du singulier ; favorisé par le discrédit de l'impérissable, le barbare s'acclimate en un monde sombre où la
    mortalité augmente avec la singularité : c'est le précaire maintenant qui est le plus valide. Las ! Dans le renversement l'Idée est toujours là ; brisée, ses
    miettes enfouies dans le sensible y scintillent et les facettes multipliées capturent plus d'alouettes — La femme ne serait-elle plus que chair ? pas même — mais
    l'Idée de la chair.

    C'est le temps de la rencontre avec l'idée de la femme charnelle. De l'étreinte fugitive — tout

    est devenu fugitif — jaillira, comme d'une orange fraîche dans la nuit, l'idée d'un culte de l'éphémère. L'éternité trouve logement, dans
    l'instant.

    Le dire a beau idolâtrer le vif, l'idée s'interpose entre la déception et l'être. L'ombre dérobe la proie de plus belle. Finalement, nous sommes moins notre corps
    qu'autrefois — plutôt ailleurs. Nous faisons moins corps. Il en résulte que nous acceptons moins de périr ; le regard, le pur regard, supporte mal cet échec : le
    viscère.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • ICI-BAS

    ICI-BAS .........................RENÉ-FRANÇOIS SULLY PRUDHOMME

    Ici-bas tous les lilas meurent,
    Tous les chants des oiseaux sont courts ;
    Je rêve aux étés qui demeurent
    Toujours...

    Ici-bas les lèvres effleurent
    Sans rien laisser de leur velours ;
    Je rêve aux baisers qui demeurent
    Toujours...

    Ici-bas tous les hommes pleurent
    Leurs amitiés ou leurs amours ;
    Je rêve aux couples qui demeurent
    Toujours...

    Extrait de: 
     Stances et poèmes (1865)
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • FERREMENTS

    FERREMENTS ......................AIME CÉSAIRE

    le périple ligote emporte tous les chemins

    seule la brume garde ses bras ramène la ville au port en

    palanquin

    et toi c'est une vague qui à mes pieds t'apporte

    ce bateau-là au fait dans le demi-jour d'un demi-sommeil

    toujours je le connus

    tiens-moi bien fort aux épaules aux reins

    esclaves

    c'est son hennissement tiède l'écume

    l'eau des criques boueuse et cette douleur puis rien

    où nous deux dans le flanc de la nuit gluante aujourd'hui

    comme jadis

    esclaves arrimés de cœurs lourds

    tout de même ma chère tout de même nous cinglons

    à peine un peu moins écœurés aux tangages

    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique