• Nirvana

    L'universel désir guette comme une proie
    Le troupeau des vivants ; tous viennent tour à tour
    À sa flamme brûler leurs ailes, comme, autour
    D'une lampe, l'essaim des phalènes tournoie.

    Heureux qui sans regret, sans espoir, sans amour,
    Tranquille et connaissant le fond de toute joie,
    Marche en paix dans la droite et véritable voie,
    Dédaigneux de la vie et des plaisirs d'un jour !

    Néant divin, je suis plein du dégoût des choses ;
    Las de l'illusion et des métempsycoses,
    J'implore ton sommeil sans rêve ; absorbe-moi,

    Lieu des trois mondes, source et fin des existences,
    Seul vrai, seul immobile au sein des apparences ;
    Tout est dans toi, tout sort de toi, tout rentre en toi !
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  • Le canard blanc

    Le canard blanc.................AUTEUR ANONYME

    Derrière chez nous, y a un étang 
    N'est pas si creux comme il est grand 
    Trois beaux canards y vont nageant 
    Y en a deux noirs, y en a un blanc

    Le fils du Roi s'en va chassant 
    Avec son beau fusil d'argent 
    Mire le noir et tue le blanc 
    Toute la plum' s'envole au vent

    Trois dam' vont la ramassant 
    C'est pour en faire un beau lit blanc 
    - Ô fils du Roi tu es méchant 
    D'avoir tué mon canard blanc !

    Tu me le paieras cinq cents francs 
    Que ferons-nous de cet argent ? 
    Nous ferons bâtir un couvent 
    Pour mettr' les fill' de dix-huit ans
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  • Ce n'est pas vers l'azur ...

    Ce n'est pas vers l'azur que mon esprit s'envole :
    Je pense à toi, plateau hanté des chevriers.
    Aux pétales vermeils, à la blanche corolle,
    Je préfère le deuil de tes genévriers.

    Noir plateau, ce qui berce une audace rendue,
    Ce n'est point le zéphyr sur les flots de la mer,
    C'est la plainte du vent sur ta morne étendue
    Où je voudrais songer prisonnier de l'hiver.
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  • La pluie

    Enfin la haute Providence
    Qui gouverne à son gré le temps,
    Travaillant à notre abondance
    Rendra les laboureurs contents : 
    Sus ! que tout le monde s'enfuie, 
    Je vois de loin venir la pluie, 
    Le ciel est noir de bout en bout 
    Et ses influences bénignes 
    Vont tant verser d'eau sur les vignes 
    Que nous n'en boirons point du tout.

    L'ardeur grillait toutes les herbes, 
    Et tel les voyait consumer 
    Qui n'eût pas cru tirer des gerbes 
    Assez de grain pour en semer. 
    Bref, la terre, en cette contrée, 
    D'une béante soif outrée, 
    N'avait souffert rien de pareil 
    Depuis qu'une audace trop vaine 
    Porta le beau fils de Climène 
    Sur le brillant char du soleil.

    Mais les dieux mettant bas les armes 
    Que leur font prendre nos péchés, 
    Veulent témoigner par des larmes 
    Que les nôtres les ont touchés :
    Déjà, l'humide Iris étale 
    Son beau demi-cercle d'opale 
    Dedans le vague champ de l'air 
    Et, pressant mainte épaisse nue, 
    Fait obscurcir à sa venue 
    Le temps qui se montrait si clair.

    Ces pauvres sources épuisées 
    Qui ne coulaient plus qu'en langueur, 
    En tressaillent comme fusées 
    D'une incomparable vigueur ; 
    je pense, à les voir si hautaines, 
    Que les eaux de mille fontaines 
    Ont ramassé dedans ces lieux 
    Ce qui leur restait de puissance 
    Pour aller par reconnaissance 
    Au devant de celles des cieux.

    Payen, sauvons-nous dans ta salle
    Voilà le nuage crevé ;
    O, comme à grands flots il dévale !
    Déjà, tout en est abreuvé.
    Mon Dieu ! Quel plaisir incroyable !
    Que l'eau fait un bruit agréable
    Tombant sur ces feuillages verts !
    Et que je charmerais l'oreille
    Si cette douceur non pareille
    Se pouvait trouver en mes vers !

    Çà, que l'on m'apporte une coupe :
    Du vin frais, il en est saison ; 
    Puisque Cérès boit à la troupe, 
    Il faut bien lui faire raison ! 
    Mais non pas avec ce breuvage 
    De qui le goût fade et sauvage 
    Ne saurait plaire qu'aux sablons 
    Ou à quelque jeune pucelle 
    Qui ne but que de l'eau comme elle 
    Afin d'avoir les cheveux blonds.

    Regarde à l'abri de ces saules 
    Un pèlerin qui se tapit : 
    Le dégoût perce ses épaules 
    Mais il n'en a point de dépit. 
    Contemple un peu dans cette allée 
    Thibaut à la mine hâlée
    Marcher froidement par compas ;
    Le bonhomme sent telle joie 
    Qu'encore que cette eau le noie, 
    Si ne s'en ôtera-t-il pas.

    Vois déjà dans cette campagne
    Ces vignerons tout transportés
    Sauter comme genets d'Espagne
    Se démenant de tous côtés ; 
    Entends d'ici tes domestiques 
    Entrecouper leurs chants rustiques 
    D'un fréquent battement de mains ;
    Tous les coeurs s'en épanouissent 
    Et les bêtes s'en réjouissent 
    Aussi bien comme les humains.
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  • Mais lors dans le vent ...

    Mais lors dans le vent
    Rue qui fait commerce,
    Tonneaux mis en perce,
    Et coffres s'ouvrant,

    Laines d'Astrakan
    Ou tapis de Perse,
    Choses que l'on vend
    C'est le cuir qu'il sent.

    Or fûts de Bordeaux,
    Aimes de Coblence,
    Corne sèche et peaux
    Crues de La Plata,

    Qu'on place aux plateaux
    Chaînés des balances
    De face ou de dos,
    En vrac et en tas,

    Monsieur Picalon
    Lui dans sa boutique,
    Monsieur Picalon
    Lui qui vend des clous,

    Des scies, des rabots,
    La sert sa pratique,
    De gais matelots
    Qui veulent de tout.
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  • L'aquarium, toujours frissonnant, est étrange

    L'aquarium, toujours frissonnant, est étrange 
    Avec son eau qu'on ne sait quoi ride et dérange 
    Et qui se crispe moins d'un éveil de poissons 
    Que des yeux qu'en passant nous posâmes sur elle, 
    Et de savoir un peu de ce que nous pensons. 
    On dirait que toujours quelque chose chancelle 
    Dans cette eau sensitive au silence ambigu. 
    Eau de l'aquarium qui, glauque, se limite 
    Par des cloisons qui sont un palais exigu ;
    Mais le verre est assez glauque pour qu'il l'imite. 
    Ainsi l'eau, confondue avec lui, se recule 
    Dans un leurre équivoque où chacun s'est accru. 
    Aquarium troublant ! Limbes et crépuscule ! 
    Songe vague et visqueux qu'on craindrait d'avoir eu ! 
    État intermédiaire et qu'aucun ne discerne 
    L'aquarium est-il parfois tout endormi ? 
    Mais voici qu'une bulle expire ; il a frémi 
    Et, la larme étant morte, une moire la cerne... 
    L'aquarium est-il parfois tout éveillé ? 
    Il fait plutôt songer alors aux somnambules ; 
    Car, malgré le frisson des poissons et des bulles 
    Et des herbes qui dans son silence ont grouillé, 
    On le sent étranger à cette vie occulte, 
    À ce qui, dans l'eau claire, en ténèbres se sculpte, 
    Comme si ce n'étaient qu'un cauchemar bénin 
    Et des rêves dont, sans le savoir, il s'image, 
    Symbole de notre âme et du sommeil humain 
    Où toujours quelque songe erre, fleurit ou nage.
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  • Jardin d'hiver

     Jardin d'hiver...............Jean LORRAIN 1855 - 1906

    À Alphonse Daudet.

    Ma vie, où des vols de colombes 
    Neigeaient autrefois dans l'azur, 
    Est un jardin rempli de tombes 
    Avec des hiboux sur son mur.

    Les mornes oiseaux d'heure en heure 
    S'éveillent au fond des cyprès, 
    Et chacun d'eux ulule et pleure 
    Sur mes vaeux devenus regrets.

    Leur cri lugubre et monotone 
    Chante les précoces départs 
    De mes rêves, au vent d'automne 
    Qui tombent, tombent tous épars.

    Leurs débris jonchent les allées 
    Et, sous le vieux porche jauni, 
    L'ennui des plaines désolées 
    Monte et s'enfonce à l'infini.

    Sous le ciel rouge et la bise aigre
    Serré dans un mince habit noir, 
    Un petit vieux, propret et maigre, 
    Y vient parfois rôder le soir.

    Baisant de ses lèvres dévotes 
    Une grêle flûte en tuya, 
    Il fait succéder aux gavottes 
    Des vieux refrains d'alléluia.

    Au pied du mur qui se lézarde 
    Le vieux chantonne, et les hiboux, 
    Hérissant leur plume hagarde, 
    Ferment lentement leurs yeux roux.

    Sous les grands traits d'ocre et d'orange 
    Des crépuscules jaunissants 
    Le vieux joue, et sa flûte étrange 
    Endort les hiboux gémissants.

    Le vieux danse, et des violettes 
    Percent sous son pied leste et sec, 
    Et sous les vieux arbres squelettes 
    Répondent des sons de rebec ;

    Car ce vieillard est ma jeunesse 
    Et les chers amours d'autrefois, 
    Attendant que mon coeur renaisse, 
    Chantent dans son flûtet de bois.
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  • Cantique spirituel

    Je n'ai plus ni père, ni mère, 
    Ni soeur, ni frère 
    Sinon Dieu seul auquel j'espère, 
    Qui sur le ciel et terre impère ;
    Là-haut, là-bas, 
    Tout par compas ; 
    Compère, commère, 
    Voici vie prospère.

    Je suis amoureux non en ville, 
    Ni en maison, ni en château, 
    Ce n'est de femme ni de fille
    Mais du seul bon, puissant et beau :
    C'est mon Sauveur 
    Qui est vainqueur 
    De péché, mal, peine et douleur ; 
    Et a ravi à soi mon coeur.
    Je n'ai plus, etc.

    J'ai mis du tout en oubliance 
    Le monde et parents et amis, 
    Biens et honneurs en abondance, 
    Et les tiens pour mes ennemis. 
    Fi de tels biens, 
    Dont les liens 
    Par Jésus-Christ sont mis à rien, 
    A fin que nous soyons des siens.
    Je n'ai plus, etc.

    Je parle, je ris et je chante 
    Sans avoir souci ni tourment, 
    Amis et ennemis je hante, 
    Trouvant partout contentement :
    Car par la Foi 
    En tous je voi 
    Leur vie, qui est, je le croi, 
    Tout en Tout, mon Dieu et mon Roi.
    Je n'ai plus, etc.

    Or puis donc que Dieu est leur vie, 
    Et que je le crois Tout en tous, 
    Il est mon ami et m'amie, 
    Père, Mère, Frère et Époux ; 
    C'est mon espoir 
    Mon sûr savoir ; 
    Mon Étre, ma force, pouvoir, 
    Qui m'a sauvé par son vouloir.
    Je n'ai plus, etc.

    Las ! que faut-il plus à mon âme 
    Qui est tirée en si bon lieu, 
    Sinon se laisser en la flamme
    Brûler de cette amour de Dieu ?
    Et en brûlant,
    Le consolant
    D'amour, qui rend le coeur volant, 
    Et sans fin la bouche parlant,
    Je n'ai plus, etc.

    Amis contemplez quelle joie 
    J'ai, étant délivre de moi, 
    Et remis en la sûre voie
    Hors des ténèbres de la Loi.
    Ce réconfort
    Est si très fort,
    Que rien plus ne désire, au fort
    Qu'être uni à lui par ma Mort.
    Je n'ai plus, etc.
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  • Tu n'étais qu'une dame,
    Mais tu étais la nôtre .
    Et là , sous les flammes,
    Je sens toutes nos fautes. 
    Moi, non croyante, 
    Je te respectais sans te prier. 
    Mais je ne peux rester indifférente, 
    Face à ton bûcher. 
    Madame, ne pas vous effondrer, 
    Est ma seule prière, mon seul souhait. 
    Tu n'es qu'une dame, 
    Mais la plus haute.
    Madame, 
    Je vous prie de rester nôtre .

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