• Marche des paysans

    Marche des paysans.............

    D'un brillant espoir
    L'âme était parée.
    Lumière et pouvoir.
    O marche sacrée.



    Des oiseaux luisants
    Volèrent, chantèrent ;
    Le pas militant
    Désirait la terre.



    La forêt se lève
    Et marche avec lui
    De toute sa sève
    Et de tous ses fruits.



    La meilleure plage
    Est promise au loin.
    Nous irons sans rage
    Mais le glaive au poing.



    D'un brillant espoir
    L'âme était parée.
    Avide de voir
    Et de célébrer.



    Mille étés s'endorment
    Sur un mont léger,
    Le silence forme
    Une éternité.



    Le sommeil balance
    Mille étés fourbus
    Que nulle jouvence
    N'éveillera plus.



    Mais notre pas ferme
    Et joyeux aussi
    Arrive à son terme
    Et se grave ici.



    Nouvelle alliance
    Entre terre et cieux.
    Pour l'homme et pour
    Dieu
    Quelle résidence !



    Riant laboureur.
    Pousse ta charrue,
    La mer est d'humeur
    A se voir mordue.



    Le soc batailleur
    Entame les ondes ;
    La mer est d'humeur
    A se voir féconde.



    Voici la semence
    Et les beaux sillons.
    Allons, que commence
    Le travail, allons !



    Et la mer éteinte
    Ne pourra jamais
    Effacer l'empreinte
    Sous ses verts palais.



    Ne pourra jamais
    Ecraser le signe.
    Arracher la vigne
    Que nos mains plantaient.



    Ne pourra jamais

    Etouffer de brume

    Le feu de relais

    Que nos mains allument,



    Ne pourra jamais
    Ronger la couronne.
    Le sceptre et le dais
    Que nos mains façonnent.



    Et voici le chant
    D'azur et de sable,
    D'azur et de sang
    Qui donne la fable.

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  • À Mme De... en Lui Envoyant les Cœurs du Chevalier de Boufflers.

    À Mme De... en Lui Envoyant les Cœurs du Chevalier de Boufflers..Bernard Chevalier de Bonnard

    Si l'on en croit ces vers charmants,
    Boufflers est en amour un matérialiste.

    Que n'ai-je encor mes dix-sept ans !

    J'aurais trouvé mon moraliste.

    Notre âme alors est dans nos sens ;

    Le temps qui fait tout l'en dégage ;
    Il épure nos feux qu'il rendra moins ardents;
    De nos sensations il fait des sentiments.
    Et l'homme plus heureux jouit de son ouvrage.
    Oui, sans doute, le cœur qu'a célébré
    Boufflers,

    À ma combustible jeunesse

    Commandait à tort, à travers.
    L'âge m'a fait présent d'un coeur d'une autre espèce.
    C'est à lui que je dois mes plaisirs et mes vers;
    Il est sensible et tendre avec délicatesse ;
    Esprit, grâces, talents, tout a sur lui des droits ;
    Mais parmi cent objets, son tact avec justesse
    Sait en distinguet un qu'il doit aimer sans cesse ;
    Il parle, et l'autre cœur obéit à sa voix.

    Pour jouir d'une double ivresse
    Ici-bas tout mortel a-t-il deux cœurs en soi ?
    J'en ai douté longtemps,
    Zulmé, je le confesse,
    Mais j'en suis assuré depuis que je vous voi.

    Bernard de Bonnard....... 1744 - 1784

     

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  • A Madame de Xx qui Avait Fait Présent D'un Rosier a L'Auteur

     A Madame de Xx qui Avait Fait Présent D'un Rosier a L'Auteur .... Bernard Chevalier de Bonnard

    Vous embellissez la retraite,

    Où, loin des sots et de leur bruit,

    Dans le sein d'une étude abstraite,

    De la paix je goûte le fruit ;

    C'est par vos bienfaits qu'il arrive,

    Que le pluscharmant arbrisseau,

    Au verger que ma main cultive

    Va prêter un éclat nouveau ;

    De ce don mon âme est touchée ;

    Ainsi dans l'âge heureux d'Astrée,

    La main brillante des talents,

    En dépit des traits de l'envie,

    Sur les épines de la vie

    Sema les roses du printemps.

     Bernard Chevalier de Bonnard .......1744 - 1784,

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  • Du Dehors

     Du Dehors -......................Eugène Guillevic

    Le roc non plus
    Ne sait rien de l'image
    Qu'ont de lui les amants
    Dans son ombre adossés
    Aux vestiges du temps.

    Ce qu'il sait, c'est la force
    En lui du tremblement
    Qui ne l'a pas quitté,

    Son rêve d'être ensemble
    A pénétrer le lieu
    Fait de l'autre et de soi

    Confondus dans l'approche
    Et dans la découverte.

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  • Éventails

     Éventails ........................Stéphane Mallarmé

    Aile quels paradis élire
    Si je cesse ou me replonge au
    Toucher de votre pur délire
    Madame
    Madier de
    Montjau.

    *

    A
    M"
    G.
    M.
    Jadis frôlant avec émoi
    Ton dos de licorne ou de fée,
    Aile ancienne, donne-moi
    L'horizon dans une bouffée.

    *

    Bel éventail que je mets en émoi
    De mon séjour chez une blonde fée
    Avec cène aile ouverte amène-moi
    Quelque éternelle et rieuse bouffée.

    Autour du marbre le lys croît —
    Brise, ne commence par taire,
    Fière et blanche son regard droit,
    Nelly pareille à ce parterre.

    Comme la lune l'en prie
    Un blanc nuage pour cold
    Cream étend la rêverie
    De
    Mademoiselle
    Hérold.

    À
    M"
    Georges
    Rodenbach

    Ce peu d'aile assez pour proscrire
    Le souci nuée ou tabac
    Amène contre mon sourire
    Quelque vers tu de
    Rodenbach.

    À ce papier fol et sa
    Morose littérature
    Pardonne s'il caressa
    Ton front vierge de rature.

    Avec la brise de cette aile
    Madame
    Dinah
    Seignobos
    Peut, très-clémente, y pense-t-elle
    Effacer tous nos vains bobos.

    Spirituellement au fin
    Fond du ciel avec des mains fermes
    Prise par
    Madame
    Dauphin
    Aile du
    Temps tu te refermes.

    Palpite,

    Aile,

    mais n'arrête
    Sa voix que pour brillamment
    La ramener sur la tête
    Et le sein

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  • Un Conte

     Un Conte ......................... Paul Verlaine

    Simplement, comme on verse un parfum sur une flamme
    Et comme un soldat répand son " sang pour la patrie.
    Je voudrais pouvoir mettre mon cœur avec mon âme
    Dans un beau cantique à la sainte
    Vierge
    Marie.

    Mais je suis, hélas ! un pauvre pécheur trop indigne,
    Ma voix hurlerait parmi le chœur des voix des justes :
    Ivre encor du vin amer de la terrestre vigne.
    Elle pourrait offenser des oreilles augustes.

    Il faut un cœur pur comme l'eau qui jaillit des roches,
    Il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème.
    Qu'un agneau bêlant n'éveille en nous aucuns reproches,
    Que l'innocence nous ceigne un brûlant diadème,

    Il faut tout cela pour oser dire vos louanges, Ô vous.
    Vierge
    Mère, ô vous,
    Marie
    Immaculée,
    Vous blanche à travers les battements d'ailes des anges.
    Qui posez vos pieds sur notre terre consolée '.

    Du moins je ferai savoir à qui voudra l'entendre
    Comment il advint qu'une âme des plus égarées.
    Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre.
    Revint au bercail des
    Innocences ignorées.

    Innocence, ô belle après l'Ignorance inouïe.
    Eau claire du cœur après le feu vierge de l'âme.
    Paupière de grâce sur la prunelle éblouie,
    Désaltèrement du cerf rompu d'amour qui brame !

    Ce fut un amant dans toute la force du terme :

    Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge.

    Et la profondeur monstrueuse d'un épiderme.

    Et le sang d'un cœur, cire vermeille pour son cierge !

    Ce fut un athée, et qui poussait loin sa logique

    Tout en méprisant les fadaises qu'elle autorise,

    Et comme un forçat qui remâche une vieille * chique

    Il aimait le jus flasque de la mécréantise.

    Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues.
    Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières ;
    Bon que les amours premières fussent disparues c.
    Mais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières.
    Ce fut, et quel préjudice ! un
    Parisien fade.
    Vous savez, de ces provinciaux cent fois plus pires
    Qui prennent au sérieux la plus sotte cascade
    Sans s'apercevoir, ô leur âme, que tu respires ;
    Race de théâtre et de boutique dont les vices

    Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée,
    Lèveraient le cœur à des sauvages, leurs complices.
    Race de trottoir, race d'égout et de fumée !

    Enfin un sot, un infatué de ce temps bête

    (Dont l'esprit au fond consiste à boire de la bière)

    Et par-dessus tout une folle tête inquiète.

    Un cœur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.

    Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à le croire.

    Dans quelque coin bien discret et sûr de ce cœur même,

    Il avait gardé comme qui dirait la mémoire

    D'avoir été ces petits enfants que
    Jésus aime.

    Avait-il — et c'est vraiment plus vrai que vraisemblable —
    Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle
    Votre nom,
    Marie, et votre titre vénérable,
    Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle ?
    Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore,
    Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste.
    Cet homme très simple qu'au moins sa candeur décore
    En comparaison d'un monde autour que
    Dieu déteste.

    Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites
    Folles à ce point d'en devenir trop maladroites.
    Si bien que les
    Tribunaux s'en mirent, — et les suites !
    Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes ?
    Cellules !
    Prisons humanitaires !
    Il faut taire
    Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie...
    Puis il s'attendrit, il réfléchit.
    Par quel mystère, Ô
    Marie, ô vous, de toute éternité choisie ?

    Puis, il se tourna vers votre
    Fils et vers
    Sa
    Mère. Ô qu'il fut heureux, mais là, promptement, tout de suite !
    Que de larmes, quelle joie, ô
    Mère ! et pour vous plaire.
    Tout de suite aussi le voilà qui bien vite quitte

    Tout cet appareil d'orgueil et de pauvres malices,
    Ce qu'on nomme esprit et ce qu'on nomme
    La
    Science,
    Et les rires et les sourires où tu te plisses.
    Lèvre des petits exégètes de l'incroyance !

    Et le voilà qui s'agenouille et, bien humble, égrène
    Entre ses doigts fiers les grains enflammés du
    Rosaire'',
    Implorant de
    Vous, la
    Mère, et la
    Sainte, et la
    Reine,
    L'affranchissement d'être ce charnel, ô misère !

    Ô qu'il voudrait bien ne savoir plus rien de ce monde
    Qu'adorer obscurément la mystique sagesse.
    Qu'aimer le cœur de
    Jésus dans l'extase profonde
    De penser à vous en même temps pendant la
    Messe.

    Ô faites cela, faites cette grâce à cette âme, Ô vous,
    Vierge
    Mère, ô vous,
    Marie
    Immaculée,
    Toute en argent parmi l'argent de l'épithalame,
    Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.

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  • La sincérité à son apogée.

    La sincérité à son apogée.................Marie Laborde


    Lorsque, pas un vent, pas un souffle léger,
    Que le miroir aqueux est inerte, figé,
    Il reproduit tel un grand peintre doué
    Le décor qui repose sur sa surface bleutée,
    Des bateaux mais aussi les berges boisées,
    L'azur, le soleil, ce qui est la vie et fait rêver,
    Même les montagnes y font des tableaux raffinés.
    Les maisons y sont tombées sur la tête, elles ont plongé,
    Étranges sont les arbres, ils sont tous retournés.
    Les superbes rochers, par l'érosion travaillés
    Font des esquisses mystérieuses avec l'eau à leur pied
    En doublant leur apparence et ainsi ressembler
    A un poisson ou tout autre motif dont il a le secret.
    Le matin au printemps lorsqu'il est embué,
    Le miroir restitue une fresque satinée de duvet
    Alors que le levant offre des ors et des rosés
    Et que les nuages de brume s'habillent d'orangés.
    De légers frissons sur l'eau font danser des formes biseautées.
    Le panorama est sublime et le bonheur doublé.
    A l'automne, ors, cramoisis, verts et flamboyants sont mélangés.
    Devant tant de beauté répliquée, le bonheur est complet,
    C'est l'apothéose lorsque le ciel y mêle son bleu sacré.

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  • Pensée D'automne -

    https://images.dailyhive.com/20181005093839/shutterstock_395667178.jpg

    L'automne revêt son long manteau.

    Pour la tristesse des roses fanées.

    Mon coeur dépose son lourd fardeau.

    Pour un moment d'éternité.

    Écoute ma chanson du soir.

    Quelque part égarée dans l'enclos.

    L'automne a les couleurs de l'espoir.

    De poupre s'habille mes mots.

    Ils sont câlins & si doux.

    Que mon âme éclate & flamboie.

    Seul le ciel en sera jaloux.

    L'automne en sera pantois.

    Sissy -

     

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  • Qu'autres que Vous Soient Désirées

     Qu'autres que Vous Soient Désirées............... François de Malherbe

    Fait conjointement avec la duchesse
    de Bellegarde et le marquis de Racan.

    1606.

    Qu'autres que vous soient désirées,
    Qu'autres que vous soient adorées,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'il soit des beautés pareilles
    À vous, merveille des merveilles,
    Cela ne se peut nullement.

    Que chacun sous votre puissance
    Captive son obéissance,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'il soit une amour si forte
    Que celle-là que je vous porte,
    Cela ne se peut nullement.

    Que le fâcheux nom de cruelles
    Semble doux à beaucoup de belles,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'en leur âme trouve place
    Rien de si froid que votre glace,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'autres que moi soient misérables
    Par vos rigueurs inexorables,
    Cela se peut facilement :
    Mais que de si vives atteintes
    Parte la cause de leurs plaintes,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'on serve bien lorsque l'on pense
    En recevoir la récompense,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'une autre foi que la mienne
    N'espère rien et se maintienne,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'à la fin la raison essaie
    Quelque guérison à ma plaie,
    Cela se peut facilement :
    Mais que d'un si digne servage
    La remontrance me dégage,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'en ma seule mort soient finies
    Mes peines et vos tyrannies,
    Cela se peut facilement :
    Mais que jamais par le martyre
    De vous servir je me retire,
    Cela ne se peut nullement.

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