• Que m'importe de vivre heureux, silencieux

    A Marcel Arland

    Que m'importe de vivre heureux, silencieux, 
    Un nuage doré pour maison, pour patrie. 
    Je caresse au hasard le corps de mon amie, 
    Aussi lointaine, hélas ! et fausse qu'elle veut.

    Qui êtes-vous enfin ? qui parle ? - et qui m'écoute ? - 
    Un homme vraiment seul entend battre son coeur. 
    Je cherche parmi vous les signes du bonheur :
    Je ne vois qu'un ciel blanc, qu'une étoile de routes.

    Vaste image de terre abandonnée au jour 
    Comme un jeune visage embelli par l'amour 
    Quelle grande leçon votre dessin me donne...

    Silencieusement s'élève autour de moi 
    La plus douce lueur de vie, et cette voix 
    Merveilleuse, - la voix que n'attend plus personne.
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  • Récompense

    Ô corps tout secoué de prochaines musiques ! 
    Lié contre la table où pèse ton sang noir, 
    laisse-toi transporter d'un rire dramatique
    et de honteuse ardeur embellis ton espoir.

    Fils indigne de l'or natal, apôtre étrange, 
    je désire la mer mon patrimoine bleu ; 
    j'épuise tous mes cris dans les ailes d'un ange, 
    je tente d'acquérir la sagesse du feu.

    Ah ! que craindrait mon corps du printemps sur la terre ? 
    Je vendange ma vigne avec gloire et colère, 
    mon amour a repris la face de la nuit.

    - Et dans le bruit mortel que fait l'aube criante 
    voici ! Je reconnais, généreuse et riante, 
    la Muse au coeur flambant, la porteuse de fruits !
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  • Récréation

    Muse des champs je vous rejoins. 
    Ouvrez votre aile, mon amie, 
    nous allons conquérir la pluie 
    et mille foudres dans les foins.

    Ce minuit pâle, je l'accueille, 
    où le peuplier des jardins 
    hésite, se plie, et soudain, 
    pêche la lune au ras des feuilles.

    Mais demain, ma fidèle amie, 
    ivres de verdure et d'émoi, 
    nous célébrerons les prairies, 
    nous nous baignerons dans les bois.

    Et si les flûtes de la vie 
    aux cris du seigle ont répondu, 
    je vous dirai, sans ironie, 
    que ce Dimanche m'était dû.
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  • Ton visage est le mot de la nuit étoilée

    Ton visage est le mot de la nuit étoilée 
    Un ciel obscur s'ouvre lentement dans tes bras 
    Où le plaisir plus vain que la flamme argentée 
    Comme un astre brisé brille et tremble tout bas

    Vivante, conduis-moi dans ce nocturne empire 
    Dont l'horizon mobile enferme notre amour. 
    Je touche un paysage ; il s'éclaire, il respire 
    Et prend quelque couleur sans attendre le jour.

    Que de choses j'apprends au défaut de tes larmes 
    Sur le point de me perdre où tu m'as précédé, 
    Mais enfin je renonce à détourner tes armes. 
    Je reconnais un corps que je dois te céder.

    Perdons-nous ! Parcourons cette courbe profonde 
    Que tes genoux légers ne me délivrent pas. 
    Que je sois seul au monde 
    Au moment de tes larmes.

    Que la paix de l'amour commence sous nos pas.
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  • Mon pays

    La Ville est dans ma chambre 
    Ce fauteuil est un port. 
    Avez-vous vu mes lampes 
    Mes mâts et mes bateaux ?

    Le tabac et les vagues 
    Chantantes du ciel noir, 
    Le jeu, le bruit des algues 
    Aux vitres, mes miroirs,

    Tout m'y plaît, m'y agrée :
    J'y respire un bon air 
    Léger comme un beau vers.

    Ô ville ravagée 
    Restez dans ma maison 
    Qui n'a qu'une saison.
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  • La cuisine

    Au fond, la crémaillère avait son croc pendu, 
    Le foyer scintillait comme une rouge flaque, 
    Et ses flammes, mordant incessamment la plaque, 
    Y rongeaient un sujet obscène en fer fondu.

    Le feu s'éjouissait sous le manteau tendu 
    Sur lui, comme l'auvent par-dessus la baraque, 
    Dont les bibelots clairs, de bois, d'étain, de laque, 
    Crépitaient moins aux yeux que le brasier tordu.

    Les rayons s'échappaient comme un jet d'émeraudes, 
    Et, ci et là, partout, donnaient des chiquenaudes 
    De clarté vive aux brocs de verre, aux plats d'émail,

    A voir sur tout relief tomber une étincelle, 
    On eût dit - tant le feu s'émiettait par parcelle -
    Qu'on vannait du soleil à travers un vitrail.
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  • Posthuma

    Posthuma.................

    Je ne commettrai pas le crime poétique 
    De m'endormir parmi les parfums et les fleurs ; 
    Les fleurs dont j'ai saisi le langage mystique 
    Ont trop fait couler de mes pleurs.

    Ma mort sera plus lente et sera non moins sûre ; 
    Il est d'autres moyens que la vague ou l'acier :
    Le fleuve rend sa proie, on panse une blessure, 
    Ton parfum n'est pas meurtrier.
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  • La galère

    (extrait)

    ... J'ai dit à mon coeur désolé :
    Quittons cette tour de démence,
    Mêlons-nous à la vie immense,
    Soyons, dans l'ère qui commence,
    Parmi les moissonneurs du blé.
    Il est d'autres deuils que les nôtres
    Et le mot du problème humain,
    Trop grand pour une seule main,
    Est caché dans le coeur des autres.
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  • La mort de don Quichotte

    La mort de don Quichotte

    (extrait)

    ... Le choeur disait la mort des heures éphémères 
    Et la fin du voyage épique de Jason
    Vers l'île où resplendit l'éternelle toison,
    Et la fuite éperdue et sombre des chimères.

    Le choeur disait le mal profond, l'esprit rendu, 
    Le doute moissonnant le blé blanc des pensées, 
    Les flambeaux consumés, les coupes renversées 
    Et le vin merveilleux dans l'herbe répandu.

    Et le cortège allait vers la nuit. - Ô mon âme, 
    Don Quichotte a vécu, le poème est fini, 
    Disparais dans le deuil du désir infini ; 
    Au banquet de l'oubli, voici qu'on te réclame.

    Les coeurs sont clos, le ciel est sourd, les temps sont durs,
    Ô mon âme, fuyons les hommes et les choses ; 
    Les doigts lents de l'épreuve ont effeuillé les roses 
    Et dispersé l'espoir promis aux jours futurs.
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