• Sur ses ailes, Amour, d'un vol plein de vitesse

     Sur ses ailes, Amour, d'un vol plein de vitesse.............. Marc de PAPILLON DE LASPHRISE 1555 - 1599.

    Sur ses ailes, Amour, d'un vol plein de vitesse, 
    Sans donner à mon âme un moment de repos, 
    Plus vite qu'un dauphin qui traverse les flots, 
    Me transporte haut-volant vers ma chaste déesse.

    Jamais de tel randon* des aquilons la presse, 
    Franchissant à l'envi d'Amphitrite les sauts, 
    Si raide n'élança par le glacis des eaux 
    Le vaisseau désarmé vide de toute adresse.

    Comme sur les cerceaux de cent mille désirs 
    Le vent impétueux de mes ailés soupirs 
    Me trajette à grands bonds au phare de sa vue :

    Flambes d'amour et vous, soupirs, enfants de l'air, 
    Passez-moi sans danger cette amoureuse mer, 
    Et puis à mon retour que votre feu me tue.

    (*) mouvement impétueux
    .. Marc de PAPILLON DE LASPHRISE 1555 - 1599.
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  • Prière de Théophile aux Poètes de ce temps

     Prière de Théophile aux Poètes de ce temps.............Théophile de VIAU 1590 - 1626

    Vous à qui des fraisches vallees
    Pour moy si durement gelees
    Ouvrent les fontaines de vers,
    Vous qui pouvez mettre en peinture
    Le grand object de l'Univers
    Et tous les traicts de la nature,

    Beaux esprits si chers à la gloire, 
    Et sans qui l'oeil de la memoire 
    Ne sçauroit rien trouver de beau, 
    Escoutez la voix d'un Poëte 
    Que les alarmes du tombeau 
    Rendent à chasque fois muette.

    Vous sçavez qu'une injuste race 
    Maintenant fait de ma disgrace 
    Le jouët d'un zele trompeur, 
    Et que leurs perfides menees, 
    Dont les plus resolus ont peur, 
    Tiennent mes Muses enchaisnees.

    S'il arrive que mon naufrage
    Soit la fin de ce grand orage
    Dont je voy mes jours menassez,
    Je vous conjure ô trouppe saincte 
    Par tout l'honneur des trespassez, 
    De vouloir achever ma plainte. [...]
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  • Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie

    Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie......... Paul VERLAINE 1844 - 1896 ...

    Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie, 
    Et même je t'en aime et t'en admire mieux.
    Il montre ton grand coeur et la gloire inflétrie 
    D'un amour tendre et fort autant qu'impétueux.

    Car tu n'eus peur ni de la mort ni de la vie,
    Et, jusqu'à cet automne fier répercuté 
    Vers les jours orageux de ta prime beauté, 
    Ton beau sanglot, honneur sublime, t'a suivie.

    Ton beau sanglot que ton beau rire condolait
    Comme un frère plus mâle, et ces deux bons génies
    T'ont sacrée à mes yeux de vertus infinies
    Dont mon amour à moi, tout fier, se prévalait

    Et se targue pour t'adorer au sens mystique :
    Consolations, voeux, respects, en même temps
    Qu'humbles caresses et qu'hommages ex-votants
    De ma chair à ce corps vaillant, temple héroïque

    Où tant de passions comme en un Panthéon, 
    Rancoeurs, pardons, fureurs et la sainte luxure 
    Tinrent leur culte, respectant la forme pure 
    Et le galbe puissant profanés par Phaon.

    Pense à Phaon pour l'oublier dans mon étreinte 
    Plus douce et plus fidèle, amant d'après-midi, 
    D'extrême après-midi, mais non pas attiédi,
    Que me voici, tout plein d'extases et de crainte.

    Va, je t'aime... mieux que l'autre : il faut l'oublier. 
    Toi : souris-moi du moins entre deux confidences, 
    Amazone blessée ès belles imprudences
    Qui se réveille au sein d'un vieux brave écuyer.
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  • Les deux bacheliers

     Les deux bacheliers................ Jean-Pierre Claris de FLORIAN 1755 - 1794

    Deux jeunes bacheliers logés chez un docteur
    Y travaillaient avec ardeur
    A se mettre en état de prendre leurs licences.
    Là, du matin au soir, en public disputant,
    Prouvant, divisant, ergotant
    Sur la nature et ses substances,
    L'infini, le fini, l'âme, la volonté,
    Les sens, le libre arbitre et la nécessité,
    Ils en étaient bientôt à ne plus se comprendre :
    Même par là souvent l'on dit qu'ils commençaient,
    Mais c'est alors qu ils se poussaient
    Les plus beaux arguments ; qui venait les entendre
    Bouche béante demeurait,
    Et leur professeur même en extase admirait.
    Une nuit qu'ils dormaient dans le grenier du maître
    Sur un grabat commun, voilà mes jeunes gens
    Qui, dans un rêve, pensent être
    A se disputer sur les bancs.
    Je démontre, dit l'un. Je distingue, dit l'autre.
    Or, voici mon dilemme. Ergo, voici le nôtre...
    A ces mots, nos rêveurs, criants, gesticulants,
    Au lieu de s'en tenir aux simples arguments
    D'Aristote ou de Scot, soutiennent leur dilemme
    De coups de poing bien assenés
    Sur le nez.
    Tous deux sautent du lit dans une rage extrême,
    Se saisissent par les cheveux,
    Tombent, et font tomber pêle-mêle avec eux
    Tous les meubles qu'ils ont, deux chaises, une table,
    Et quatre in-folios écrits sur parchemin.
    Le professeur arrive, une chandelle en main,
    A ce tintamarre effroyable :
    Le diable est donc ici ! Dit-il tout hors de soi :
    Comment ! Sans y voir clair et sans savoir pourquoi,
    Vous vous battez ainsi ! Quelle mouche vous pique ?
    Nous ne nous battons point, disent-ils ; jugez mieux :
    C'est que nous repassons tous deux
    Nos leçons de métaphysique.
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  • Marine

     Marine..............Paul VERLAINE 1844 - 1896

    L'Océan sonore
    Palpite sous l'oeil
    De la lune en deuil
    Et palpite encore,

    Tandis qu'un éclair
    Brutal et sinistre
    Fend le ciel de bistre
    D'un long zigzag clair,

    Et que chaque lame,
    En bonds convulsifs,
    Le long des récifs
    Va, vient, luit et clame,

    Et qu'au firmament,
    Où l'ouragan erre,
    Rugit le tonnerre
    Formidablement.
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  • Découverte de l'évidence

     Découverte de l'évidence............ Odilon-Jean PÉRIER 1901 - 1928...

    La vie est simple. Je dis 
    Que nous ignorons sa grâce, 
    Masque transparent, visage 
    Ridicule, tu souris.

    Toi, frère des champs, merci :
    La vie est à ton image. 
    Parle donc, pour être un sage. 
    Soyons plus forts que l'ennui.

    J'enferme les vieilles Muses, 
    Car ces filles ont des ruses 
    Terribles et sans beauté.

    Vite en cage ! - Moi, j'existe
    Et je vois avec fierté 
    Qu'on ne saurait être triste

    Aux jardins que j'ai plantés.
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  • Marie-Madeleine au Tombeau

     Marie-Madeleine au Tombeau.............. Jean de LA CEPPÈDE 1550 - 1623..

    Elle exprimait encor la cause douloureuse
    De ses pleurs, quand elle oit un petit bruit léger
    A son dos ; et soudain cette aveugle amoureuse
    Se tourne et voit le Christ, mais c'est comme étranger.

    " Ô femme, lui dit-il, quel deuil te peut ranger
    A tant et tant de pleurs ? Que cherches-tu, pleureuse ?
    - Ah, dit-elle, Seigneur, si ta main valeureuse
    A mon Christ enlevé, où l'as-tu pu loger ?

    " Dis-le moi promptement ; j'irai, j'irai le prendre. "
    Mais à qui penses-tu cette réponse rendre,
    Ô Marie ? Tu crois le Christ un jardinier ?

    Voire, il planta I'Eden. Il sème, il rend fertile
    Ton coeur de ses vertus, et d'un soin matinier
    L'arrose des liqueurs que sa grâce distille.
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  • Le cap Trinité

    Le cap Trinité............... Louis-Honoré FRÉCHETTE 1839 - 1908

    C'est un bloc écrasant dont la crête surplombe
    Au-dessus des flots noirs, et dont le front puissant
    Domine le brouillard, et défie en passant
    L'aile de la tempête ou le choc de la trombe.

    Enorme pan de roc, colosse menaçant
    Dont le flanc narguerait le boulet et la bombe,
    Qui monte d'un seul jet dans la nue, et retombe
    Dans le gouffre insondable où sa base descend !

    Quel caprice a dressé cette sombre muraille ?
    Caprice ! qui le sait ? Hardi celui qui raille
    Ces aveugles efforts de la fécondité !

    Cette masse nourrit mille plantes vivaces ;
    L'hirondelle des monts niche dans ses crevasses ;
    Et ce monstre farouche a sa paternité !
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  • A un poète ignorant

     A un poète ignorant.............. Clément MAROT 1497 - 1544.

    Qu'on mène aux champs ce coquardeau,
    Lequel gâte (quand il compose)
    Raison, mesure, texte et glose,
    Soit en ballade ou en rondeau.

    Il n'a cervelle ne cerveau.
    C'est pourquoi si haut crier j'ose :
    " Qu'on mène aux champs ce coquardeau. "

    S'il veut rien faire de nouveau,
    Qu'il oeuvre hardiment en prose
    (J'entends s'il en sait quelque chose) :
    Car en rime ce n'est qu'un veau,
    Qu'on mène aux champs.
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