• À un myrte

    : À un myrte .........................: Évariste de Parny (1753-1814)

    Bel arbre, je viens effacer 
    Ces noms gravés sur ton écorce, 
    Qui par un amoureux divorce 
    Se reprennent pour se laisser. 
    Ne parle plus d'Éléonore ; 
    Rejette ces chiffres menteurs ; 
    Le temps a désuni les cœurs 
    Que ton écorce unit encore.

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  • Casino des lumières crues

    Casino des lumières crues ....................... Louis Aragon (1897-1982)

    Un soir des plages à la mode on joue un air 
    Qui fait prendre aux petits chevaux un train d'enfer 
    Et la fille se pâme et murmure Weber 
    Moi je prononce Wèbre et regarde la mer.

    Recueil : Feu de joie (1920)

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  • Acrobate Poète

     Acrobate Poète : ...................Louis Aragon (1897-1982)

    Bras en sang Gai comme les sainfoins 
    L'hyperbole retombe Les mains

    Les oiseaux sont des nombres 
    L'algèbre est dans les arbres 
    C'est Rousseau qui peignit sur la portée du ciel 
    Cette musique à vocalises

    Cent À Cent pour la vie

    Qui tatoue

    Je fais la roue sur les remparts.

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  • Le cours de la vie 

    Le cours de la vie ................

    Dans douze châteaux acquis

    pour douze bouchées de pain

    douze hommes sanglotent de haine

    dans douze salles de bains

    Ils ont reçu le mauvais câble

    la mauvaise nouvelle du mauvais pays

    Là-bas un indigène

    debout dans sa rizière

    a jeté vers le ciel

    d'un geste dérisoire

    une poignée de riz.

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  • Le ruisseau

    Le ruisseau - ................ d'Jacques Prévert

    Beaucoup d'eau a passé sous les ponts

    et puis aussi énormément de sang

    Mais aux pieds de l'amour

    coule un grand ruisseau blanc

    Et dans les jardins de la lune

    où tous les jours c'est ta fête

    ce ruisseau chante en dormant

    Et cette lune c'est ma tête

    où tourne un grand soleil bleu

    Et ce soleil c'est tes yeux.

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  • Voyage en perse

    Voyage en perse..............

    Ce jour-là

    la mort était déjà venue plusieurs fois

    me demander

    Mais je lui avais fait dire que je n'étais pas là

    car j'avais autre chose à faire que de l'écouter

    d'autres chats à fouetter

    Et tout particulièrement le 
    Shah de 
    Perse

    que j'avais capturé

    avec un superbe morceau de viande verte

    — les 
    Shahs de 
    Perse en sont très friands —

    un jour qu'il s'en allait

    avec ses gens

    musique en tête

    sur la route de 
    Téhéran

    C'était un grand jour de 
    Fouette...

    et il était très content

    rien qu'à l'idée qu'on fouette

    les pauvres paysans



    Et je l'emmenai h dans une grande valise

    et le montrais

    gratuitement

    aux paysans

    et puis je le fouettais publiquement

    à titre gracieux

    et tous les paysans étaient très heureux

    Le remettant dans la valise

    je continuais un peu partout en 
    Perse

    mon voyage d'agrément

    Agrément pour les autres

    pour les petits enfants et puis pour leurs parents

    car pour moi je n'éprouvais aucun plaisir

    en corrigeant le monarque

    Simplement la même fatigue

    qu'on a en battant les tapis

    persans

    C'est alors que se présenta

    un animal londonien

    et parfait gentleman de 
    Limehouse sur les toits

    Il était de passage et se présenta

    Je suis le chat à neuf queues

    je connais le travail

    et peux voue donner un coup de main

    Voilà mon tarif

    je veux des souris tous les jours

    Parfait lui dis-je parfait

    Et je veux aussi qu'on me laisse m'arrêter



    sur la route à mon gré

    s'il passe sur cette route

    la chatte qui me plaît

    D'accord lui dis-je d'accord

    Et qu'on me laisse lui faire l'amour

    précisa le chat

    Et je veux des oiseaux

    pour lui en faire cadeau

    D'accord d'accord tout ce que vous voudrez

    lui dis-je

    J'étais si fatigué

    Et tout s'arrangea pour le mieux

    L'animal battait le 
    Shah de 
    Perse

    fort correctement

    Et moi je battais le tambour

    et les paysans étaient de plus en plus contents

    et ils apportaient au chat

    des souris et des rats des champs

    Et pour moi

    c'était comme toujours

    des boissons fraîches

    et de jolies filles qui m'embrassaient sur la bouche

    Enfin c'était merveilleux

    et même un jour

    des tisserands

    nous offrirent au chat et à moi

    un véritable tapis volant

    Vous irez plus vite nous dirent-ils



    pour faire votre tournée

    comme ça tout le monde persan

    pourra profiter du spectacle

    qui est très réconfortant

    Mais voilà qu'un jour

    le 
    Shah

    nous regarda douloureusement

    Est-ce que ça va durer longtemps ce petit jeu-là

    Je me rappelle exactement

    la tête qu'il faisait et le temps qu'il faisait

    ce jour-là en même temps

    Un très beau temps

    Nous arrivions sur le tapis

    à deux ou trois mille mètres au-dessus de 
    Téhéran

    Et le chat dit au 
    Shah

    gentiment en souriant

    Allez allez

    Vous plaignez pas 
    Sa 
    Majesté

    si on avait voulu

    on aurait pu vous tuer

    ou bien vous enfermer

    dans un grand bocal transparent

    avec des cornichons méchants

    Et là vous seriez mort de soif

    et la proie de mille et un tourments

    Tout de même



    dit le 
    Shah

    c'est pas des choses à faire

    et puis il poursuivit

    Dans les débuts ça m'a surpris ça m'a étonné et je dirai même que ça m'a fait plaisir pour ne rien vous cacher c'était nouveau vous comprenez maia maintenant je commence à en avoir assez

    Ça fait très mal vous savez et puis c'est humiliant sans compter que j'ai l'air d'un zèbre maintenant un zèbre sur le trône de 
    Perse avouez que c'est pour le moins choquant et je pèse mes mots mais je vous avoue là vraiment que je ne suis pas content mais ça alors pas content pas content du tout

    Du tout du tout du tout

    du tout du tout

    du tout

    Et qu'est-ce que ça peut faire

    dit le chat

    puisqu'on est contents

    nous

    Et nous descendîmes dans la ville

    où partout c'était la fête

    Et partout la joie de vivre

    se promenait nue dans les rues

    Et partout des 
    Persans ivres

    nous souhaitaient la bienvenue



    Ça va

    dit le chat

    La vie est belle

    le trône est vide

    mais les tonneaux sont pleins

    Hélas

    je ne reconnais plus ma ville

    dit le 
    Souverain

    Et qu'est-ce que je vais devenir

    Moi

    dans tout cela

    Tu vas te rendre utile lui répondit le chat 
    Et pour commencer tu nettoieras mon plat

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  • La petite infanticide

    La petite infanticide.......Jules Laforgue..

    Ô saisons d’Ossian, ô vent de province,
    Je mourrais encor pour peu que t’y tinsses
    Mais ce serait de la démence
    Oh! je suis blasée
    Sur toute rosée

    Le toit est crevé, l’averse qui passe
    En évier public change ma paillasse,
    Il est temps que ça cesse

    Les gens d’en bas
    Et les voisins se plaignent
    Que leur plafond déteigne

    Oh! Louis m’a promis, car je suis nubile
    De me faire voir Paris la grand ville
    Un matin de la saison nouvelle
    Oh ! mère qu’il me tarde
    D’avoir là ma mansarde…

    Des Édens dit-il, des belles musiques
    Où des planches anatomiques passent…
    Tout en faisant la noce
    Et des sénats de ventriloques

    Dansons la farandole
    Louis n’a qu’une parole

    Et puis comment veut-on que je précise
    Dès que j’ouvre l’oeil tout me terrorise.
    Moi j’ai que l’extase, l’extase

    Tiens, qui fait ce vacarme ?…
    Ah ! ciel le beau gendarme
    Qui entr’ par la lucarne.

    Taïaut! taïaut ! À l’échafaud !

    Et puis on lui a guillotiné son cou,
    Et ça n’a pas semblé l’affecter beaucoup
    (de ce que ça n’ait pas plus affecté sa fille)
    Mais son ami Louis ça lui a fait tant de peine
    Qu’il s’a du pont des Arts jeté à la Seine

    Mais un grand chien terr’ neuve
    L’a retiré du fleuve

    Or justement passait par là
    La marquise de Tralala,
    Qui lui a offert sa main
    D’un air républicain.

    Jules Laforgue, Premiers poèmes

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  • La première nuit

    La première nuit ........

    Voici venir le soir doux au vieillard lubrique. 
    Mon chat 
    Mûrr, accroupi comme un sphinx héraldique, 
    Contemple inquiet de sa prunelle fantastique 
    Monter à l'horizon la lune cblorotique.



    C'est l'heure où l'enfant prie, où 
    Paris-lupanar 
    Jette sur le pavé de chaque boulevard 
    Ses filles aux seins froids qui sous le gaz blafard 
    Vaguent, flairant de l'œil un mâle de hasard.



    Moi, près de mon chat 
    Miirr, je rêve à ma fenêtre. 
    Je songe aux enfants qui partout viennent de naître, 
    Je songe à tous les morts enterrés d'aujourd'hui.



    Et je me figure être au fond du cimetière

    Et me mets à la place en entrant dans leur bière

    De ceux qui vont passer là leur première nuit.

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  • Merci

    Merci...............

    Je ne dis plus merci.

    Je ne dis plus pardon.

    Je charge mes poèmes

    de vous porter

    ma frayeur et mon doute,

    ma certitude et ma tendresse.

    Je ne dis plus oiseau.

    Je ne dis plus tangage.

    Je charge mes poèmes

    de vous offrir

    les neiges, les merveilles,

    les chagrins, le printemps, le cœur lourd.

    Je ne dis plus midi.

    Je ne dis plus demain.

    Je charge mes poèmes

    de changer la colombe

    en tulipe qui flambe.

    Je ne dis plus la vie.

    Je ne dis plus la mort

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