• Apaisement

     

    La vie c'est parfois un moment solennel, de calme, quelques secondes de plénitude, de tranquillité, où l'apaisement est le meilleur remède à toutes les agressions qui peuvent contrarier. Un paysage, le chant d'un oiseau, des fleurs dans le vent, le bruit de l'eau, le ciel avec ou sans nuages suffisent à s'évader... 

     

    BadiS

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  • Ou vous savez tromper bien finement,

    Ou vous savez tromper bien finement,
    Ou vous m’aimez assez fidèlement,
    Lequel des deux je ne le saurais dire ;
    Mais cependant je pleure et je soupire,
    Et ne reçois aucun soulagement.
     
    Pour votre amour j’ai quitté franchement
    Ce que j’avais acquis bien sûrement ;
    Car on m’aimait et j’avais quelque empire
                  Où vous savez.
     
    Je n’attends pas tout le contentement
    Qu’on peut donner aux peines d’un amant,
    Et qui pourrait me tirer de martyre.
    À si grand bien mon courage n’aspire ;
    Mais laissez-moi vous toucher seulement
                  Où vous savez.

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  • LA BERLINE ARRÊTÉE DANS LA NUIT

    En attendant les clefs
    — Il les cherche sans doute
    Parmi les vêtements
    De Thècle morte il y a trente ans —
    Écoutez, Madame, écoutez le vieux, le sourd murmure
    Nocturne de l’allée...
    Si petite et si faible, deux fois enveloppée dans mon manteau
    Je te porterai à travers les ronces et l’ortie des ruines jusqu’à la noire porte
    Du château.
    C’est ainsi que l’aïeul, jadis, revint
    De Vercelli avec la morte.
    Quelle maison muette et méfiante et noire
    Pour mon enfant !
    Vous le savez déjà, Madame, c’est une triste histoire.
    Ils dorment dispersés dans les pays lointains.
    Depuis cent ans
    Leur place les attend
    Au cœur de la colline.
    Avec moi leur race s’éteint.
    Ô Dame de ces ruines !
    Nous allons voir la belle chambre de l’enfance : là,
    La profondeur surnaturelle du silence
    Est la voix des portraits obscurs.
    Ramassé sur ma couche, la nuit,
    J’entendais comme au creux d’une armure,
    Dans le bruit du dégel derrière le mur,
    Battre leur cœur.
    Pour mon enfant peureux quelle patrie sauvage !
    La lanterne s’éteint, la lune s’est voilée,
    L’effraie appelle ses filles dans le bocage.
    En attendant les clefs
    Dormez un peu, Madame. — Dors, mon pauvre enfant, dors
    Tout pâle, la tête sur mon épaule.
    Tu verras comme l’anxieuse forêt
    Est belle dans les insomnies de juin, parée
    De fleurs, ô mon enfant, comme la fille préférée
    De la reine folle.
    Enveloppez-vous dans mon manteau de voyage :
    La grande neige d’automne fond sur votre visage
    Et vous avez sommeil.
    (Dans le rayon de la lanterne elle tourne, tourne avec le vent
    Comme dans mes songes d’enfant
    La vieille, — vous savez, — la vieille.)
    Non, Madame, je n’entends rien.
    Il est fort âgé,
    Sa tête est dérangée.
    Je gage qu’il est allé boire.
    Pour mon enfant craintive une maison si noire !
    Tout au fond, tout au fond du pays lithuanien.
    Non, Madame, je n’entends rien.
    Maison noire, noire.
    Serrures rouillées,
    Sarment mort,
    Portes verrouillées,
    Volets clos,
    Feuilles sur feuilles depuis cent ans dans les allées.
    Tous les serviteurs sont morts.
    Moi, j’ai perdu la mémoire.
    Pour l’enfant confiant une maison si noire !
    Je ne me souviens plus que de l’orangerie
    Du trisaïeul et du théâtre :
    Les petits du hibou y mangeaient dans ma main.
    La lune regardait à travers le jasmin.
    C’était jadis.
    J’entends un pas au fond de l’allée,
    Ombre. Voici Witold avec les clefs.
     

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  • GRINCEMENT DOUX...

     

    Grincement doux et rouillé d’une berline...
    Le crépuscule pleure de vieille joie...
    — Il faudrait pourtant aller voir qui est là.
    — « Bonsoir, comment vous portez-vous, Mylord Spleen ? »
     
    Les chevaux, les chevaux du passé hennissent
    Le soir, le soir, aux fenêtres de l’oubli.
    — « La diva que vos sentiments applaudissent,
    Mylord, l’avez-vous revue en Italie ? »
     
    Il pleut, il pleut doux de la pluie ancienne
    Sur les toits, sur les toits rouges d’autrefois.
    — « Merci pour votre aimable lettre de Sienne ;
    Et Noël, se souvient-il encor de moi ? »
     
    Ton coq, ton coq, girouette, dit jamais plus,
    J’ai mal, j’ai mal, ô grand-père soir, à l’âme.
    — « Ces maudites routes d’automne, goddam !
    À propos... Godwyn et Percy vous saluent. »
     
    Soir de jadis naïf, doux comme un qui cuve
    Son vieux vin de l’an vingt près d’un feu léger.
    — « Et puis vous savez, je suis si distrait ! — J’ai
    Oublié de jeter moi dans le Vésuve. »
     

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  • INSOMNIE

    Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison !
    Maison des beaux étés obscurs de mon enfance, à vous
    Qui n’avez jamais grondé ma mélancolie, à vous
    Qui saviez si bien me cacher aux regards cruels, ô
    Complice, douce complice ! Que n’ai-je rencontré
    Jadis, en ma jeune saison murmurante, une fille
    À l’âme étrange, ombragée et fraîche comme la vôtre,
    Aux yeux transparents, amoureux de lointains de cristal,
    Beaux, consolants à voir dans le demi-jour de l’été !
    Ah ! j’ai respiré bien des âmes, mais nulle n’avait
    Cette bonne odeur de nappe froide et de pain doré
    Et de vieille fenêtre ouverte aux abeilles de juin !
    Ni cette sainte voix de midi sonnant dans les fleurs !
    Ah ces visages follement baisés ! ils n’étaient pas
    Comme le vôtre, ô femme de jadis sur la colline !
    Leurs yeux n’étaient pas la belle rosée ardente et sombre
    Qui rêve en vos jardins et me regarde jusqu’au cœur
    Là-bas, au paradis perdu de ma pleureuse allée
    Où d’une voix voilée l’oiseau de l’enfance m’appelle,
    Où l’obscurcissement du matin d’été sent la neige.
    Mère, pourquoi m’avez-vous mis dans l’âme ce terrible,
    Cet insatiable amour de l’homme, oh ! dites, pourquoi
    Ne m’avez-vous pas enveloppé de poussière tendre
    Comme ces très vieux livres bruissants qui sentent le vent
    Et le soleil des souvenirs et pourquoi n’ai-je pas
    Vécu solitaire et sans désir sous vos plafonds bas,
    Les yeux vers la fenêtre irisée où le taon, l’ami
    Des jours d’enfance, sonne dans l’azur de la vieillesse ?
    Beaux jours ! limpides jours ! quand la colline était en fleur,
    Quand dans l’océan d’or de la chaleur les grandes orgues
    Des ruches en travail chantaient pour les dieux du sommeil,
    Quand le nuage au beau visage ténébreux versait
    La fraîche pitié de son cœur sur les blés haletants
    Et la pierre altérée et ma sœur la rose des ruines !
    Où êtes-vous, beaux jours ? où êtes-vous, belle pleureuse,
    Tranquille allée ? aujourd’hui vos troncs creux me feraient peur
    Car le jeune Amour qui savait de si belles histoires
    S’est caché là, et Souvenir a attendu trente ans,
    Et personne n’a appelé : Amour s’est endormi.
    — Ô Maison, Maison ! pourquoi m’avez-vous laissé partir,
    Pourquoi n’avez-vous pas voulu me garder, pourquoi, Mère,
    Avez-vous permis, jadis, au vent menteur de l’automne,
    Au feu de la longue veillée, à ces magiciens,
    Ô vous qui connaissiez mon cœur, de me tenter ainsi
    Avec leurs contes fous, pleins d’une odeur de vieilles îles
    Et de voiliers perdus dans le grand bleu silencieux
    Du temps, et de rives du Sud où des vierges attendent ?
    Si sage vous saviez pourtant que les vrais voyageurs,
    Ceux qui cherchent la Baie du Sincère et l’Île des Harpes
    Et le Château Dormant ne reviennent jamais, jamais !
      Mon cœur est tout seul dans la froide auberge et l’insomnie
    Debout dans le vieux rayon contemple mon vieux visage
    Et nul, nul avant moi n’avait compris de quelles morts
    Sourdes, irrémédiables sont faits ces jours de la vie !

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  • DATE LILIA

    Oh ! si vous rencontrez quelque part sous les cieux
    Une femme au front pur, au pas grave, aux doux yeux,
    Que suivent quatre enfants dont le dernier chancelle,
    Les surveillant bien tous, et, s’il passe auprès d’elle
    Quelque aveugle indigent que l’âge appesantit,
    Mettant une humble aumône aux mains du plus petit ;
    Si, quand la diatribe autour d’un nom s’élance,
    Vous voyez une femme écouter en silence,
    Et douter, puis vous dire : — Attendons pour juger.
    Quel est celui de nous qu’on ne pourrait charger ?
    On est prompt à ternir les choses les plus belles.
    La louange est sans pieds et le blâme a des ailes. —
    Si, lorsqu’un souvenir, ou peut-être un remords,
    Ou le hasard vous mène à la cité des morts,
    Vous voyez, au détour d’une secrète allée,
    Prier sur un tombeau dont la route est foulée,
    Seul avec des enfants, un être gracieux
    Qui pleure en souriant comme l’on pleure aux cieux ;
    Si de ce sein brisé la douleur et l’extase
    S’épanchent comme l’eau des fêlures d’un vase ;
    Si rien d’humain ne reste à cet ange éploré ;
    Si, terni par le deuil, son œil chaste et sacré,
    Bien plus levé là-haut que baissé vers la tombe,
    Avec tant de regret sur la terre retombe
    Qu’on dirait que son cœur n’a pas encor choisi
    Entre sa mère aux cieux et ses enfants ici ;
     
    Quand, vers Pâque ou Noël, l’église, aux nuits tombantes,
    S’emplit de pas confus et de cires flambantes,
    Quand la fumée en flots déborde aux encensoirs
    Comme la blanche écume aux lèvres des pressoirs,
    Quand au milieu des chants d’hommes, d’enfants, de femmes,
    Une âme selon Dieu sort de toutes ces âmes,
    Si, loin des feux, des voix, des bruits et des splendeurs,
    Dans un repli perdu parmi les profondeurs,
    Sur quatre jeunes fronts groupés près du mur sombre,
    Vous voyez se pencher un regard voilé d’ombre
    Où se mêle, plus doux encor que solennel,
    Le rayon virginal au rayon maternel ;
     
    Oh ! qui que vous soyez, bénissez-la. C’est elle !
    La sœur, visible aux yeux, de mon âme immortelle !
    Mon orgueil, mon espoir, mon abri, mon recours !
    Toit de mes jeunes ans qu’espèrent mes vieux jours !
     
    C’est elle ! la vertu sur ma tête penchée ;
    La figure d’albâtre en ma maison cachée ;
    L’arbre qui, sur la route où je marche à pas lourds,
    Verse des fruits souvent et de l’ombre toujours ;
    La femme dont ma joie est le bonheur suprême ;
    Qui, si nous chancelons, ses enfants ou moi-même,
    Sans parole sévère et sans regard moqueur,
    Les soutient de la main et me soutient du cœur ;
    Celle qui, lorsqu’au mal, pensif, je m’abandonne,
    Seule peut me punir et seule me pardonne ;
    Qui de mes propres torts me console et m’absout ;
    À qui j’ai dit : toujours ! et qui m’a dit : partout !
    Elle ! tout dans un mot ! c’est dans ma froide brume
    Une fleur de beauté que la bonté parfume !
    D’une double nature hymen mystérieux !
    La fleur est de la terre et le parfum des cieux !
                               

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  • LE REVENANT

    Ma santé fuit ; cette infidèle
    Ne promet pas de revenir,
    Et la nature qui chancelle
    A déjà su me prévenir
    De ne pas trop compter sur elle.
    Au second acte brusquement
    Finira donc ma comédie ;
    Vite je passe au dénouement,
    La toile tombe, et l’on m’oublie.
     
    J’ignore ce qu’on fait là-bas.
    Si du sein de la nuit profonde
    On peut revenir en ce monde,
    Je reviendrai, n’en doutez pas.
    Mais je n’aurai jamais l’allure
    De ces revenans indiscrets,
    Qui, précédés d’un long murmure
    Se plaisent à pâlir leurs traits,
    Et dont la funèbre parure,
    Inspirant toujours la frayeur,
    Ajoute encore à la laideur
    Qu’on reçoit dans la sépulture.
    De vous plaire je suis jaloux,
    Et je veux rester invisible.
    Souvent du zéphir le plus doux
    Je prendrai l’haleine insensible ;
    Tous mes soupirs seront pour vous ;
    Ils feront vaciller la plume
    Sur vos cheveux, noués sans art,
    Et disperseront au hasard
    La faible odeur qui les parfume.
    Si la rose que vous aimez
    Renaît sur son trône de verre ;
    Si de vos flambeaux rallumée
    Sort une plus vive lumière ;
    Si l’éclat d’un nouveau carmin
    Colore soudain votre joue,
    Et si souvent d’un joli sein
    Le nœud trop serré se dénoue ;
    Si le sofa plus mollement
    Cède au poids de votre paresse,
    Donnez un souris seulement
    À tous ces soins de ma tendresse.
    Quand je reverrai les attraits
    Qu’effleura ma main caressante,
    Ma voix amoureuse et touchante
    Pourra murmurer des regrets ;
    Et vous croirez alors entendre
    Cette harpe qui sous mes doigts
    Sut vous redire quelquefois
    Ce que mon cœur savait m’apprendre.
    Aux douceurs de votre sommeil
    Je joindrai celles du mensonge ;
    Moi-même, sous les traits d’un songe,
    Je causerai votre réveil.
    Charmes nus, fraicheur du bel âge,
    Contours parfaits, grâce, enbompoint,
    Je verrai tout : mais quel dommage !
    Les morts ne ressuscitent point.
     

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  • LA PIEUVRE

    La pieuvre est dans sa caverne.
    Elle s’amuse avec un crabe.
    Elle le poursuit.
    Elle l’a avalé de travers.
    Hagarde, elle se marche sur les pieds.
    Elle boit un verre d’eau salée pour se remettre.
    Cette boisson lui fait grand bien et lui change les idées.
     

    17 mars 1914

     

     

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  • MÉDITATION

    à Albert Roussel.
    Un peu vif


    Le Poète est enfermé dans sa vieille tour.
    Voici le vent.
    Le Poète médite, sans en avoir l’air.
    Tout à coup il a la chair de poule.
    Pourquoi ?
    Voici le Diable !
    Non, pas Lui : c’est le vent, le vent du génie qui passe.
    Le Poète en a plein la tête,
    du vent !
    Il sourit malicieusement, tandis que son cœur pleure comme un saule.
    Mais le Génie est là ! qui le regarde d’un mauvais œil : d’un œil de verre.
    Et le Poète devient tout humble et tout rouge.
    Il ne peut plus méditer : il a une indigestion !
    une terrible indigestion de mauvais vers blancs et de
    Désillusions amères !
     

    6 octobre 1915
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