• Sur Le Tasse en prison

    Le poète au cachot, débraillé, maladif,
    Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
    Mesure d'un regard que la terreur enflamme
    L'escalier de vertige où s'abîme son âme.

    Les rires enivrants dont s'emplit la prison
    Vers l'étrange et l'absurde invitent sa raison ;
    Le Doute l'environne, et la Peur ridicule,
    Hideuse et multiforme, autour de lui circule.

    Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
    Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l'essaim
    Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,

    Ce rêveur que l'horreur de son logis réveille,
    Voilà bien ton emblème, Ame aux songes obscurs,
    Que le Réel étouffe entre ses quatre murs !
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  • Douceur du soir !...

    Douceur du soir ! Douceur de la chambre sans lampe ! 
    Le crépuscule est doux comme une bonne mort 
    Et l'ombre lentement qui s'insinue et rampe 
    Se déroule en fumée au plafond. Tout s'endort.

    Comme une bonne mort sourit le crépuscule
    Et dans le miroir terne, en un geste d'adieu,
    Il semble doucement que soi-même on recule,
    Qu'on s'en aille plus pâle et qu'on y meure un peu.

    Des tableaux appendus aux murs, dans la mémoire
    Où sont les souvenirs en leurs cadres déteints,
    Paysage de l'âme et paysages peints,
    On croit sentir tomber comme une neige noire.

    Douceur du soir ! Douceur qui fait qu'on s'habitue
    A la sourdine, aux sons de viole assoupis ;
    L'amant entend songer l'amante qui s'est tue
    Et leurs yeux sont ensemble aux dessins du tapis.

    Et langoureusement la clarté se retire ;
    Douceur ! Ne plus se voir distincts ! N'être plus qu'un !
    Silence ! deux senteurs en un même parfum :
    Penser la même chose et ne pas se le dire.
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  • Mon Ciel à moi !

    Mon Ciel à moi !.............

    Pour supporter l'exil de la vallée des larmes
    Il me faut le regard de mon Divin Sauveur
    Ce regard plein d'amour m'a dévoilé ses charmes
    Il m'a fait pressentir le Céleste bonheur
    Mon Jésus me sourit quand vers Lui je soupire
    Alors je ne sens plus l'épreuve de la foi
    Le Regard de mon Dieu, son ravissant Sourire,
    Voilà mon Ciel à moi !…

    Mon Ciel est de pouvoir attirer sur les âmes
    Sur l'Eglise ma mère et sur toutes mes sœurs
    Les grâces de Jésus et ses Divines flammes
    Qui savent embraser et réjouir les cœurs.
    Je puis tout obtenir lorsque dans le mystère
    Je parle cœur à cœur avec mon Divin Roi
    Cette douce Oraison tout près du Sanctuaire
    Voilà mon Ciel à moi !...

    Mon Ciel, il est caché dans la petite Hostie
    Où Jésus, mon Epoux, se voile par amour
    A ce Foyer Divin je vais puiser la vie
    Et là mon Doux Sauveur m'écoute nuit et jour
    " Oh ! quel heureux instant lorsque dans la tendresse
    Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en toi
    Cette union d'amour, cette ineffable ivresse
    Voilà mon Ciel à moi !... "

    Mon Ciel est de sentir en moi la ressemblance
    Du Dieu qui me créa de son Souffle Puissant
    Mon Ciel est de rester toujours en sa présence
    De l'appeler mon Père et d'être son enfant
    Entre ses bras Divins, je ne crains pas l'orage
    Le total abandon voilà ma seule loi.
    Sommeiller sur son Cœur, tout près de son Visage
    Voilà mon Ciel à moi !... 

    Mon Ciel, je l'ai trouvé dans la Trinité Sainte
    Qui réside en mon cœur, prisonnière d'amour
    Là, contemplant mon Dieu, je lui redis sans crainte
    Que je veux le servir et l'aimer sans retour.
    Mon Ciel est de sourire à ce Dieu que j'adore
    Lorsqu'Il veut se cacher pour éprouver ma foi
    Souffrir en attendant qu'Il me regarde encore
    Voilà mon Ciel à moi !... 


    (en religion, Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus)
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  • La colombe et le lis

    La colombe et le lis

    Femme, cette colombe au col rose et mouvant,
    Que ta bouche entr'ouverte baise,
    Ne l'avait pas sentie humecter si souvent
    Son bec léger qui vibre d'aise.

    Elle n'avait jamais reçu de toi tout bas
    Les noms émus que tu lui donnes,
    Ni jamais de tes doigts, à l'heure des repas,
    Vu pleuvoir des graines si bonnes.

    Elle n'avait jamais senti ton coeur frémir
    Au vivant toucher de son aile,
    Ni ses plumes trembler sous ton jeune soupir,
    Ni tes larmes rouler sur elle.

    Tu la laissais languir captive dans l'osier,
    Et vainement d'un sanglot tendre,
    D'un sanglot suppliant elle enflait son gosier :
    Tu ne daignais jamais l'entendre.

    Jamais les fleurs du vase où rêve le printemps
    Ne furent si bien arrosées ;
    Jamais, sur le lis pur et grave, si longtemps
    Tes lèvres ne s'étaient posées.

    Quel ancien souvenir ou quel récent amour,
    Quel berceau, femme, ou quelle tombe,
    A fait naître en ton coeur ce suprême retour
    Vers ton lit et vers ta colombe ?
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  • La vie antérieure

    La vie antérieure..............

    J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
    Que les soleils marins teignaient de mille feux
    Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
    Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

    Les houles, en roulant les images des cieux,
    Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
    Les tout-puissants accords de leur riche musique
    Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

    C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
    Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
    Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

    Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
    Et dont l'unique soin était d'approfondir
    Le secret douloureux qui me faisait languir.
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  • Petites misères de mai

    Petites misères de mai.............Jules LAFORGUE 1860 - 1887

    On dit : l'Express
    Pour Bénarès !

    La Basilique
    Des gens cosmiques !....

    Allons, chantons
    Le Grand Pardon !

    Allons, Tityres
    Des blancs martyres !

    Chantons: Nenni !
    A l'Infini,

    Hors des clôtures
    De la Nature !

    (Nous louerons Dieu,
    En temps et lieu.)

    Oh ! les beaux arbres
    En candélabres !....

    Oh ! les refrains
    Des Pèlerins !....

    Oh ! ces toquades
    De Croisades !....

    - Et puis, fourbu
    Dès le début.

    Et retour louche....
    - Ah ! tu découches !
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  • Qui sont, qui sont ceux-là, dont le coeur idolâtre

    Qui sont, qui sont ceux-là, dont le coeur idolâtre..........Jean de SPONDE 1557 - 1595...

    Qui sont, qui sont ceux-là, dont le coeur idolâtre
    Se jette aux pieds du Monde, et flatte ses honneurs,
    Et qui sont ces valets, et qui sont ces Seigneurs,
    Et ces âmes d'Ebène, et ces faces d'Albâtre ?

    Ces masques déguisés, dont la troupe folâtre
    S'amuse à caresser je ne sais quels donneurs
    De fumées de Cour, et ces entrepreneurs
    De vaincre encor le Ciel qu'ils ne peuvent combattre ?

    Qui sont ces louvoyeurs qui s'éloignent du Port ? 
    Hommagers à la Vie, et félons à la Mort,
    Dont l'étoile est leur Bien, le Vent leur fantaisie ?

    Je vogue en même mer, et craindrais de périr
    Si ce n'est que je sais que cette même vie
    N'est rien que le fanal qui me guide au mourir.
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  • La Jeune Baigneuse

    La Jeune Baigneuse..............

    L'aube sur la baie éclatante
    Se joue encor,
    Et sème au loin l'eau palpitante
    D'écailles d'or.

    Déjà le cap Percé rayonne:
    Sur ses pieds bleus
    Le flux rejaillant résonne
    Harmonieux.

    O beau rocher ! tes blanches lignes
    Courent dans l'air,
    Puis s'enfoncent comme des cygnes
    Dans le flot clair !

    En longues flammes frissonneuses,
    Sous ton arceau
    Pendant des mousses lumineuses
    Au fil de l'eau.

    Silence !... Une baigneuse blonde,
    Seule en ce lieu,
    Rit et se fait des plis de l'onde
    Un voile bleu.

    Voici qu'une vague s'avance
    En folâtrant ;
    Conque humide, elle se balance
    Dans le courant.

    La joueuse qu'elle a frôlée
    Rit aux éclats,
    Et roule, bruyante et perlée,
    Dans l'eau lilas.

    O fraîcheur divine ! ô délices !...
    Ses doigts joyeux
    Ouvrent frileusement les lisses
    De ses cheveux.

    Ainsi, quand les pleurs de l'aurore
    Baignent son sein,
    Frémit l'iris qui se colore
    Sur le bassin.

    Dans l'écume une écaille rose
    Pend au rocher...
    Elle vole, s'écrie et n'ose
    La détacher ;

    Car, au long de la pierre humide,
    Effroi soudain !
    Une lame a sauté rapide
    Jusqu'à sa main.

    Qu'elle a de plaisir !... Enfantine !
    Elle est debout,
    Plus vermeille qu'une églantine
    De la fin d'août.

    Sa chevelure que l'air roule,
    - Voile ingénu -
    Fléchit sur son col, puis se moule
    A son flanc nu,

    Et bat l'eau. Par l'arceau de roche,
    L'astre naissant
    Dans ces plis longs et frais décoche
    Un trait perçant.

    Couvrant d'une main qui ruisselle
    Son oeil châtain,
    Ah !... la baigneuse au vent chancelle
    Et sort du bain !

    Près d'elle, une abeille sauvage,
    Fille du ciel,
    S'abat, laissant sur son passage
    L'odeur du miel.

    L'enfant la voit... " L'abeille est lasse
    De voltiger ! "
    Dit-elle, et, comme un souffle, passe
    D'un pied léger.

    A peine, sur la marge étroite
    De galets bruns,
    Effleure-t-elle le jonc moite,
    Plein de parfums...

    Au loin, d'une aile soleilleuse,
    Un goéland
    Rase au bord la grève écailleuse
    En s'envolant.
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  • L'avertisseur

    L'avertisseur.................

    Tout homme digne de ce nom
    A dans le coeur un Serpent jaune,
    Installé comme sur un trône,
    Qui, s'il dit : " Je veux ! " répond : " Non ! "

    Plonge tes yeux dans les yeux fixes
    Des Satyresses ou des Nixes,
    La Dent dit : " Pense à ton devoir ! "

    Fais des enfants, plante des arbres,
    Polis des vers, sculpte des marbres,
    La Dent dit : " Vivras-tu ce soir ? "

    Quoi qu'il ébauche ou qu'il espère,
    L'homme ne vit pas un moment
    Sans subir l'avertissement
    De l'insupportable Vipère.
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