• Pensée D'automne -

    https://images.dailyhive.com/20181005093839/shutterstock_395667178.jpg

    L'automne revêt son long manteau.

    Pour la tristesse des roses fanées.

    Mon coeur dépose son lourd fardeau.

    Pour un moment d'éternité.

    Écoute ma chanson du soir.

    Quelque part égarée dans l'enclos.

    L'automne a les couleurs de l'espoir.

    De poupre s'habille mes mots.

    Ils sont câlins & si doux.

    Que mon âme éclate & flamboie.

    Seul le ciel en sera jaloux.

    L'automne en sera pantois.

    Sissy -

     

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  • Qu'autres que Vous Soient Désirées

     Qu'autres que Vous Soient Désirées............... François de Malherbe

    Fait conjointement avec la duchesse
    de Bellegarde et le marquis de Racan.

    1606.

    Qu'autres que vous soient désirées,
    Qu'autres que vous soient adorées,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'il soit des beautés pareilles
    À vous, merveille des merveilles,
    Cela ne se peut nullement.

    Que chacun sous votre puissance
    Captive son obéissance,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'il soit une amour si forte
    Que celle-là que je vous porte,
    Cela ne se peut nullement.

    Que le fâcheux nom de cruelles
    Semble doux à beaucoup de belles,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'en leur âme trouve place
    Rien de si froid que votre glace,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'autres que moi soient misérables
    Par vos rigueurs inexorables,
    Cela se peut facilement :
    Mais que de si vives atteintes
    Parte la cause de leurs plaintes,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'on serve bien lorsque l'on pense
    En recevoir la récompense,
    Cela se peut facilement :
    Mais qu'une autre foi que la mienne
    N'espère rien et se maintienne,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'à la fin la raison essaie
    Quelque guérison à ma plaie,
    Cela se peut facilement :
    Mais que d'un si digne servage
    La remontrance me dégage,
    Cela ne se peut nullement.

    Qu'en ma seule mort soient finies
    Mes peines et vos tyrannies,
    Cela se peut facilement :
    Mais que jamais par le martyre
    De vous servir je me retire,
    Cela ne se peut nullement.

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  • Prosopopée D'ostende

     Prosopopée D'ostende ...............François de Malherbe

    (Imitée du latin de Hugues Grotius.)

    1604.

    Trois ans déjà passés, théâtre de la guerre,
    J'exerce de deux chefs les funestes combats,
    Et fais émerveiller tous les yeux de la terre,
    De voir que le malheur ne m'ose mettre à bas.

    À la merci du Ciel en ces rives je reste,
    Où je souffre l'hiver froid à l'extrémité,
    Lors que l'été revient, il m'apporte la peste,
    Et le glaive est le moins de ma calamité.

    Tout ce dont la fortune afflige cette vie
    Pêle-mêle assemblé, me presse tellement,
    Que c'est parmi les miens être digne d'envie,
    Que de pouvoir mourir d'une mort seulement.

    Que tardez-vous, Destins, ceci n'est pas matière,
    Qu'avecque tant de doute il faille décider :
    Toute la question n'est que d'un cimetière,
    Prononcez librement qui le doit posséder.

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  • Prière pour le Roi Henri le Grand

     Prière pour le Roi Henri le Grand................ François de Malherbe

    Pour le roi allant en Limousin.

    1605.

    Ô Dieu, dont les bontés, de nos larmes touchées,
    Ont aux vaines fureurs les armes arrachées,
    Et rangé l'insolence aux pieds de la raison ;
    Puisqu'à rien d'imparfait ta louange n'aspire,
    Achève ton ouvrage au bien de cet empire,
    Et nous rends l'embonpoint comme la guérison !

    Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage,
    Et qui si dignement a fait l'apprentissage
    De toutes les vertus propres à commander,
    Qu'il semble que cet heur nous impose silence,
    Et qu'assurés par lui de toute violence
    Nous n'avons plus sujet de te rien demander.

    Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes
    Les funestes éclats des plus grandes tempêtes
    Qu'excitèrent jamais deux contraires partis,
    Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paraître,
    En ce miracle seul il peut assez connaître
    Quelle force a la main qui nous a garantis.

    Mais quoi ! de quelque soin qu'incessamment il veille,
    Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille,
    Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien,
    Comme échapperons-nous en des nuits si profondes,
    Parmi tant de rochers qui lui cachent les ondes,
    Si ton entendement ne gouverne le sien ?

    Un malheur inconnu glisse parmi les hommes,
    Qui les rend ennemis du repos où nous sommes :
    La plupart de leurs vœux tendent au changement ;
    Et, comme s'ils vivaient des misères publiques,
    Pour les renouveler ils font tant de pratiques,
    Que qui n'a point de peur n'a point de jugement.

    En ce fâcheux état ce qui nous réconforte,
    C'est que la bonne cause est toujours la plus forte,
    Et qu'un bras si puissant t'ayant pour son appui,
    Quand la rébellion, plus qu'une hydre féconde,
    Aurait pour le combattre assemblé tout le monde,
    Tout le monde assemblé s'enfuirait devant lui.

    Conforme donc, Seigneur, ta grâce à nos pensées :
    Ôte-nous ces objets qui des choses passées
    Ramènent à nos yeux le triste souvenir ;
    Et comme sa valeur, maîtresse de l'orage,
    À nous donner la paix a montré son courage,
    Fais luire sa prudence à nous l'entretenir.

    Il n'a point son espoir au nombre des armées,
    Étant bien assuré que ces vaines fumées
    N'ajoutent que de l'ombre à nos obscurités.
    L'aide qu'il veut avoir, c'est que tu le conseilles ;
    Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles,
    Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.

    Les fuites des méchants, tant soient-elles secrètes,
    Quand il les poursuivra n'auront point de cachettes ;
    Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés :
    II verra sans effet leur honte se produire,
    Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire
    Aussitôt confondus comme délibérés.

    La rigueur de ses lois, après tant de licence,
    Redonnera le cœur à la faible innocence
    Que dedans la misère on faisait envieillir.
    À ceux qui l'oppressaient il ôtera l'audace ;
    Et, sans distinction de richesse ou de race,
    Tous de peur de la peine auront peur de faillir.

    La terreur de son nom rendra nos villes fortes ;
    On n'en gardera plus ni les murs ni les portes ;
    Les veilles cesseront au sommet de nos tours ;
    Le fer, mieux employé, cultivera la terre ;
    Et le peuple, qui tremble aux frayeurs de la guerre,
    Si ce n'est pour danser n'aura plus de tambours.

    Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices,
    L'oisive nonchalance et les molles délices,
    Qui nous avaient portés jusqu'aux derniers hasards ;
    Les vertus reviendront de palmes couronnées,
    Et ses justes faveurs aux mérites données
    Feront ressusciter l'excellence des arts.

    La foi de ses aïeux, ton amour et ta crainte,
    Dont il porte dans l'âme une éternelle empreinte,
    D'actes de piété ne pourront l'assouvir ;
    II étendra ta gloire autant que sa puissance,
    Et, n'ayant rien si cher que ton obéissance,
    Où tu le fais régner il te fera servir.

    Tu nous rendras alors nos douces destinées ;
    Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
    Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs.
    Toute sorte de biens comblera nos familles,
    La moisson de nos champs lassera les faucilles,
    Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

    La fin de tant d'ennuis dont nous fûmes la proie
    Nous ravira les sens de merveille et de joie ;
    Et, d'autant que le monde est ainsi composé
    Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise,
    Ton pouvoir absolu, pour conserver notre aise,
    Conservera celui qui nous l'aura causé.

    Quand un roi fainéant, la vergogne des princes,
    Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces,
    Entre les voluptés indignement s'endort,
    Quoique l'on dissimule on en fait peu d'estime ;
    Et, si la vérité se peut dire sans crime,
    C'est avecque plaisir qu'on survit à sa mort.

    Mais ce roi, des bons rois l'éternel exemplaire
    Qui de notre salut est l'ange tutélaire,
    L'infaillible refuge et l'assuré secours,
    Son extrême douceur ayant dompté l'envie,
    De quels jours assez longs peut-il borner sa vie,
    Que notre affection ne les juge trop courts ?

    Nous voyons les esprits nés à la tyrannie,
    Ennuyés de couver leur cruelle manie,
    Tourner tous leurs conseils à notre affliction ;
    Et lisons clairement dedans leur conscience
    Que, s'ils tiennent la bride à leur impatience,
    Nous n'en sommes tenus qu'à sa protection.

    Qu'il vive donc, Seigneur, et qu'il nous fasse vivre !
    Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre,
    Et, rendant l'univers de son heur étonné,
    Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque
    Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque
    Que ta bonté propice ait jamais couronné !

    Cependant son Dauphin d'une vitesse prompte
    Des ans de sa jeunesse accomplira le compte ;
    Et, suivant de l'honneur les aimables appas,
    De faits si renommés ourdira son histoire,
    Que ceux qui dedans l'ombre éternellement noire
    Ignorent le soleil ne l'ignoreront pas.

    Par sa fatale main qui vengera nos pertes
    L'Espagne pleurera ses provinces désertes,
    Ses châteaux abattus et ses camps déconfits ;
    Et si de nos discordes l'infâme vitupère
    A pu la dérober aux victoires du père,
    Nous la verrons captive aux triomphes du fils.

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  • Pour une Mascarade

     Pour une Mascarade ..................François de Malherbe

    Ceux-ci, de qui vos yeux admirent la venue,
    Pour un fameux honneur qu'ils brûlent d'acquérir
    Partis des bords lointains d'une terre inconnue,
    S'en vont au gré d'Amour tout le monde courir.
    Ce grand démon, qui se déplaît
    D'être profané comme il est,
    Par eux veut repurger son temple ;
    Et croit qu'ils auront ce pouvoir
    Que ce qu'on ne fait par devoir
    On le fera par leur exemple.

    Ce ne sont point esprits qu'une vague licence
    Porte inconsidérés à leurs contentements ;
    L'or de cet âge vieil où régnait l'innocence
    N'est pas moins en leurs mœurs qu'en leurs accoutrements.
    La foi, l'honneur et la raison
    Gardent la clef de leur prison ;
    Penser au change leur est crime ;
    Leurs paroles n'ont point de fard ;
    Et faire les choses sans art
    Est l'art dont ils font plus d'estime.

    Composez-vous sur eux, âmes belles et hautes ;
    Retirez votre humeur de l'infidélité ;
    Lassez-vous d'abuser les jeunesses peu cautes,
    Et de vous prévaloir de leur crédulité.
    N'ayez jamais impression
    Que d'une seule passion,
    À quoi que l'espoir vous convie.
    Bien aimer soit votre vrai bien ;
    Et, bien aimés, n'estimez rien
    Si doux qu'une si douce vie.

    On tient que ce plaisir est fertile de peines,
    Et qu'un mauvais succès l'accompagne souvent :
    Mais n'est-ce pas la loi des fortunes humaines
    Qu'elles n'ont point de havre à l'abri de tout vent ?
    Puis cela n'advient qu'aux amours
    Où les désirs, comme vautours,
    Se paissent de sales rapines ;
    Ce qui les forme les détruit :
    Celles que la vertu produit
    Sont roses qui n'ont point d'épines.

     
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  • Pour les Pairs de France

     Pour les Pairs de France .................... François de Malherbe

    Pour les Paladins de France,
    Assaillants dans un combat de barrière.

    1605.

    Et quoi donc ? la France féconde
    En incomparables guerriers,
    Aura jusqu'aux deux bouts du monde
    Planté des forêts de lauriers,
    Et fait gagner à ses armées
    Des batailles si renommées,
    Afin d'avoir cette douleur
    D'ouïr démentir ses victoires,
    Et nier ce que les histoires
    Ont publié de sa valeur ?

    Tant de fois le Rhin et la Meuse,
    Par nos redoutables efforts
    Auront vu leur onde écumeuse
    Regorger de sang et de morts ;
    Et tant de fois nos destinées
    Des Alpes et des Pyrénées
    Les sommets auront fait branler,
    Afin que je ne sais quels Scythes,
    Bas de fortune et de mérites,
    Présument de nous égaler ?

    Non, non, s'il est vrai que nous sommes
    Issus de ces nobles aïeux,
    Que la voix commune des hommes
    A fait asseoir entre les dieux ;
    Ces arrogants, à leur dommage,
    Apprendront un autre langage ;
    Et dans leur honte ensevelis
    Feront voir à toute la terre,
    Qu'on est brisé comme du verre
    Quand on choque les fleurs de lis.

    Henri, l'exemple des monarques,
    Les plus vaillants et les meilleurs,
    Plein de mérites et de marques,
    Qui jamais ne furent ailleurs ;
    Bel astre vraiment adorable,
    De qui l'ascendant favorable
    En tous lieux nous sert de rempart,
    Si vous aimez votre louange,
    Désirez-vous pas qu'on la venge
    D'une injure où vous avez part ?

    Ces arrogants, qui se défient
    De n'avoir pas de lustre assez,
    Impudemment se glorifient
    Aux fables des siècles passés ;
    Et d'une audace ridicule,
    Nous content qu'ils sont fils d'Hercule,
    Sans toutefois en faire foi ;
    Mais qu'importe-t-il qui puisse être
    Ni leur père ni leur ancêtre,
    Puisque vous êtes notre Roi ?

    Contre l'aventure funeste
    Que leur garde notre courroux,
    Si quelque espérance leur reste,
    C'est d'obtenir grâce de vous ;
    Et confesser que nos épées,
    Si fortes et si bien trempées
    Qu'il faut leur céder, ou mourir,
    Donneront à votre couronne
    Tout ce que le Ciel environne,
    Quand vous le voudrez acquérir.

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  • Pour la Vicomtesse D'auchy

     Pour la Vicomtesse D'auchy ................. François de Malherbe

    STANCES.

    1608.

    Laisse-moi, Raison importune,
    Cesse d'affliger mon repos,
    En me faisant mal-à-propos
    Désespérer de ma fortune ;
    Tu perds temps de me secourir,
    Puisque je ne veux point guérir.

    Si l'Amour en tout son empire,
    Au jugement des beaux esprits,
    N'a rien qui ne quitte le prix
    À celle pour qui je soupire,
    D'où vient que tu me veux ravir
    L'aise que j'ai de la servir ?

    À quelles roses ne fait honte
    De son teint la vive fraîcheur ?
    Quelle neige a tant de blancheur
    Que sa gorge ne la surmonte ?
    Et quelle flamme luit aux cieux
    Claire et nette comme ses yeux ?

    Soit que de ses douces merveilles
    Sa parole enchante les sens,
    Soit que sa voix de ses accents
    Frappe les coeurs par les oreilles,
    À qui ne fait-elle avouer
    Qu'on ne la peut assez louer ?

    Tout ce que d'elle on me peut dire
    C'est que son trop chaste penser,
    Ingrat à me récompenser,
    Se moquera de mon martyre ;
    Supplice qui jamais ne faut
    Aux désirs qui volent trop haut.

    Je l'accorde, il est véritable ;
    Je devais bien moins désirer :
    Mais mon humeur est d'aspirer
    Où la gloire est indubitable.
    Les dangers me sont des appas :
    Un bien sans mal ne me plaît pas.

    Je me rends donc sans résistance
    À la merci d'elle et du sort ;
    Aussi bien par la seule mort
    Se doit faire la pénitence
    D'avoir osé délibérer
    Si je la devais adorer.

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  • Pleine de Langues et de Voix

     Pleine de Langues et de Voix .................François de Malherbe

    De la Renommée du Roi Henri le Grand, dans le
    Ballet de la Reine, dansé au mois de mars 1609.

    Pleine de langues et de voix,
    Ô roi, le miracle des rois,
    Je viens de voir toute la terre,
    Et publier en ses deux bouts
    Que pour la paix ni pour la guerre
    Il n'est rien de pareil à vous.

    Par ce bruit je vous ai donné
    Un renom qui n'est terminé
    Ni de fleuve ni de montagne ;
    Et par lui j'ai fait désirer
    À la troupe que j'accompagne
    De vous voir et vous adorer.

    Ce sont douze rares beautés,
    Qui de si dignes qualités
    Tirent un cœur à leur service,
    Que leur souhaiter plus d'appas,
    C'est vouloir avecque injustice
    Ce que les cieux ne peuvent pas.

    L'Orient, qui de leurs aïeux
    Sait les titres ambitieux,
    Donne à leur sang un avantage
    Qu'on ne leur peut faire quitter
    Sans être issu du parentage
    Ou de vous ou de Jupiter.

    Tout ce qu'à façonner un corps
    Nature assemble de trésors,
    Est en elles sans artifice ;
    Et la force de leurs esprits,
    D'où jamais n'approche le vice,
    Fait encore accroître leur prix.

    Elles souffrent bien que l'Amour
    Par elles fasse chaque jour
    Nouvelle preuve de ses charmes ;
    Mais sitôt qu'il les veut toucher,
    Il reconnaît qu'il n'a point d'armes
    Qu'elles ne fassent reboucher.

    Loin des vaines impressions
    De toutes folles passions,
    La vertu leur apprend à vivre,
    Et dans la cour leur fait des lois
    Que Diane aurait peine à suivre
    Au plus grand silence des bois.

    Une reine qui les conduit
    De tant de merveilles reluit,
    Que le soleil, qui tout surmonte,
    Quand même il est plus flamboyant,
    S'il était sensible à la honte,
    Se cacherait en la voyant.

    Aussi le temps a beau courir,
    Je la ferai toujours fleurir
    Au rang des choses éternelles,
    Et non moins que les immortels,
    Tant que mon dos aura des ailes,
    Son image aura des autels.

    Grand roi, faites-leur bon accueil ;
    Louez leur magnanime orgueil
    Que vous seul avez fait ployable ;
    Et vous acquérez sagement,
    Afin de me rendre croyable,
    La faveur de leur jugement.

    Jusqu'ici vos faits glorieux
    Peuvent avoir des envieux ;
    Mais quelles âmes si farouches
    Oseront douter de ma foi,
    Quand on verra leurs belles bouches
    Les raconter avecque moi ?

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  • Philis, qui me Voit le Teint Blême.

    Philis, qui me Voit le Teint Blême.................... François de Malherbe..

    Pour M. le duc de Bellegarde, à une femme qui
    s'était imaginé qu'il était amoureux d'elle.

    1606.

    Philis, qui me voit le teint blême,
    Les sens ravis hors de moi-même,
    Et les yeux trempés tout le jour,
    Cherchant la cause de ma peine,
    Se figure, tant elle est vaine,
    Qu'elle m'a donné de l'amour.

    Je suis marri que la colère
    Me porte jusqu'à lui déplaire ;
    Mais pourquoi ne m'est-il permis
    De lui dire qu'elle s'abuse,
    Puisqu'à ma honte elle s'accuse
    De ce qu'elle n'a point commis ?

    En quelle école nonpareille
    Aurait-elle appris la merveille
    De si bien charmer ses appas,
    Que je pusse la trouver belle,
    Pâlir, languir, transir pour elle,
    Et ne m'en apercevoir pas ?

    Ô qu'il me serait désirable
    Que je ne fusse misérable
    Que pour être dans sa prison !
    Mon mal ne m'étonnerait guère,
    Et les herbes les plus vulgaires
    M'en donneraient la guérison.

    Mais, ô rigoureuse aventure !
    Un chef-d'œuvre de la nature,
    Au lieu du monde le plus beau
    Tient ma liberté si bien close,
    Que le mieux que je m'en propose
    C'est d'en sortir par le tombeau.

    Pauvre Philis mal avisée,
    Cessez de servir de risée,
    Et souffrez que la vérité
    Vous témoigne votre ignorance,
    Afin que, perdant l'espérance,
    Vous perdiez la témérité.

    C'est de Glycère que procèdent
    Tous les ennuis qui me possèdent,
    Sans remède et sans réconfort.
    Glycère fait mes destinées ;
    Et, comme il lui plaît, mes années
    Sont ou près ou loin de la mort.

    C'est bien un courage de glace
    Où la pitié n'a point de place,
    Et que rien ne peut émouvoir ;
    Mais quelque défaut que j'y blâme,
    Je ne puis l'ôter de mon âme,
    Non plus que vous y recevoir.

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