• LES REGRETS

    LES REGRETS.............. 

    Le sombre hiver va disparaître ;
    Le printemps sourit à nos vœux ;
    Mais le printemps ne semble naître
    Que pour les cœurs qui sont heureux.
     
    Le mien, que la douleur accable,
    Voit tous les objets s’obscurcir,
    Et quand la nature est aimable,
    Je perds le pouvoir d’en jouir.
     
    Je ne vois plus ce que j’adore,
    Je n’ai plus de droit au plaisir.
    Pour les autres, tout semble éclore ;
    Et pour moi tout semble finir.
     
    Les souvenirs errent en foule
    Autour de mon cœur abattu,
    Et chaque moment qui s’écoule
    Me rappelle un plaisir perdu.
     
    Que m’importe que le temps fuie ?
    Heures, dont je crains la lenteur,
    Vous pouvez emporter ma vie,
    Vous n’annoncez plus mon bonheur.
     
    Je n’ai plus la douce pensée
    Qui s’offrait à moi le matin,
    Et qui vers le soir retracée
    M’entretenait du lendemain.
     
    Mon œil voit reverdir la cîme
    Des arbres de ce beau vallon,
    Et de l’oiseau qui se ranime
    J’entends la première chanson.
     
    Ah ! c’est vers ce temps que Thémire
    À mes yeux parut autrefois ;
    C’est là que je la vis sourire,
    C’est là que j’entendis sa voix ;
     
    Sa voix qui sous le frais ombrage
    Où je l’écoutais à genoux,
    Rassemblait autour du bocage
    Les oiseaux charmés et jaloux.
     
    Les témoins, la crainte et l’envie
    Combattaient souvent mes désirs.
    Mais sous l’œil de la jalousie
    L’amour sent croître ses plaisirs.
     
    Beaux soirs d’été, charmante veille,
    Où je saisissais au hasard
    Un baiser, un mot à l’oreille,
    Un soupir, un geste, un regard !
     
    Que de fois, dans cet art instruite,
    Thémire, au milieu des jaloux,
    Jeta, dans des discours sans suite,
    Le mot, signal du rendez-vous !
     
    Oh ! comment remplacer l’ivresse
    Que l’amour répand dans ses jeux ?
    Non, la gloire, autre enchanteresse
    N’a point d’instants si précieux.
     
    Du soin d’une vaine mémoire
    Pourquoi voudrais-je me remplir ?
    Pourquoi voudrais-je de la gloire
    Quand je n’ai plus à qui l’offrir ?
     
    Les arts, dont la pompe éclatante
    À mes yeux vient se déployer,
    Me rappellent à mon amante,
    Loin de me la faire oublier.
     
    À ce spectacle, où l’harmonie
    Tous nos sens donne la loi,
    Je dis : Celle qui m’est ravie
    Chantait mieux, et chantait pour moi.
     
    Dans le temple de Melpomène,
    Je songe qu’en nos jours heureux,
    Nos cœurs retrouvaient sur la scène
    Tout ce qu’ils sentaient encor mieux.
     
    Souvent un trouble involontaire
    Me dit que je ne suis plus loin
    De cette retraite si chère
    Qui nous recevait sans témoin.
     
    Souvent elle ne put se rendre
    Au lieu qui dut nous retenir.
    Que ne puis-je encore l’attendre ;
    Dût-elle encor ne pas venir.
     
    Mon âme, aujourd’hui solitaire,
    Sans objet comme sans désir,
    S’égare et cherche à se distraire
    Dans les songes de l’avenir.
     
    Tel quand la neige est sur la plaine,
    L’oiseau, n’osant plus la raser,
    Voltige d’une aile incertaine,
    Sans savoir où se reposer.
     
    Je m’aperçois que sans contrainte,
    Mon cœur, pour tromper son ennui,
    Se permet une longue plainte
    Qui ne peut occuper que lui.
     
    Mais qu’importe qu’on s’intéresse
    Aux maux qu’on ne peut soulager ?
    Je veux épancher ma tristesse
    Et non la faire partager.
     
    Que dis-je ? hélas ! je me repose
    Sur ces désolants souvenirs.
    Ce sentiment est quelque chose ;
    C’est le dernier de mes plaisirs.
     
    Un jour, quand la froide vieillesse
    Viendra retrancher mes erreurs,
    Peut-être que de la tendresse
    Je regretterai les douceurs.
     
    Alors à cet âge où s’efface
    L’illusion de nos beaux jours,
    Je veux dans ces vers que je trace,
    Retrouver encor mes amours.
     

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  • À UN AMANT QUI PLEURAIT BEAUCOUP

    À UN AMANT QUI PLEURAIT BEAUCOUP................ 

          Connaissez mieux le prix des larmes ;
    C’est en les ménageant que l’on sent leur douceur.
    À la volupté même elles prêtent des charmes ;
          Elles soulagent le malheur.
    Le malheur et l’amour, souvent c’est même chose ;
          Qu’il en soit autrement pour vous.
          Recueillez ce nectar si doux,
    Que l’amour a placé sur des lèvres de rose,
          Et laissez pleurer les jaloux.
     

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  • PRÉLUDE À UNE FÊTE

    PRÉLUDE À UNE FÊTE.............Alain-Fournier (1886-1914)

     
    Vieux château millénaire
    Surgi de la clairière
    Au détour du chemin.
    Les Elfes de ma vie
    Sous l’étoile jaunie
    Me prennent par la main.
     
    On forme le cortège
    Qui s’en va par la neige
    Dans le sentier glacé.
    Mon visage est livide
    Car la clairière est vide
    De tout son temps passé.
     
    La châtelaine étrange
    A les yeux bleus de l’ange
    Qu’on voit par les étangs ;
    Mais les bruits de la fête
    Confondent dans ma tête
    Son corps et le printemps.
     
    Vieux château de légende
    Les genêts de ta lande
    Remplacent ta moisson ;
    Il n’est de pire ivresse
    Que le vin d’une messe
    Pour ma pauvre chanson.
     
    Château du bout du monde
    Ta châtelaine blonde
    A grand froid en mon cœur ;
    Qui peut rompre le charme
    S’il n’est pour une larme
    Que le saule pleureur ?
     

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  •         VÉRITÉ

          VÉRITÉ.............  

    Princes puissants, qui trésors affinez
    Et ne finez de forger grands discours,
    Qui dominez, qui le peuple aminez,
    Qui ruminez, qui gens persécutez,
    Et tourmentez les âmes et les corps,
    Tous vos recours sont de piteux ahors,
    Vous êtes hors d’excellence boutés :
    Pauvres gens sont à tous lés rebutés.

    Que faites-vous, qui perturbez le monde
    Par guerre immonde et criminels assauts,
    Qui tempêtez et terre et mer parfonde
    Par feu, par fronde et glaive furibonde,
    Si qu’il n’abonde aux champs que vieilles saulx ?
    Vous faites sauts et mangez bonhommots,
    Villes, hameaux et n’y sauriez forger
    La moindre fleur qui soit en leur verger.

    Êtes-vous dieux, êtes-vous demi-dieux,
    Argus plein d’yeux, ou anges incarnés ?
    Vous êtes faits, et nobles et gentieux,
    D’humains outils, en ces terrestres lieux,
    Non pas ès cieux, mais tous de mère nés ;
    Battez, tonnez, combattez, bastonnez
    Et hutinez, jusques aux têtes fendre :
    Contre la mort nul ne se peut défendre.

    Tranchez, coupez, détranchez, découpez,
    Frappez, happez bannières et barons,
    Lancez, heurtez, balancez, behourdez,
    Quérez, trouvez, conquérez, controuvez,
    Cornez, sonnez trompettes et clairons,
    Fendez talons, pourfendez orteillons,
    Tirez canons, faites grands espourris :
    Dedans cent ans vous serez tous pourris.

    [...]

    On trouve aux champs pastoureaux sans brebis,
    Clercs sans habits, prêtres sans bréviaire,
    Châteaux sans tours, granges sans fourragis,
    Bourgs sans logis, étables sans seulis,
    Chambres sans lits, autels sans luminaire,
    Murs sans parfaire, églises sans refaire,
    Villes sans maire et cloîtres sans nonnettes :
    Guerre commet plusieurs faits déshonnêtes.

    Chartreux, chartiers, charretons, charpentiers,
    Moutons, moustiers, manouvriers, marissaux,
    Villes, vilains, villages, vivandiers,
    Hameaux, hotiers, hôpitaux, hôteliers,
    Bouveaux, bouviers, bosquillons, bonhommots,
    Fourniers, fourneaux, fèves, foins, fleurs et fruits
    Par vos gens sont indigents ou détruits.

    Par vos gens sont laboureurs lapidés,
    Cassis cassés, confrères confondus,
    Galants gallés, gardineurs gratinés,
    Rentiers robés, receveurs rançonnés,
    Pays passés, paysans pourfendus,
    Abbés abus, appentis abattus,
    Bourgeois battus, baguettes butinées,
    Vieillards vannés et vierges violées.

    Que n’est exempt de ces cruels débats
    Le peuple bas à vos guerres soumis !
    Il vous nourrit, vous ne le gardez pas
    Des mauvais pas, mais se trouve plus las
    Dedans vos lacs que pris des ennemis ;
    Il est remis de ses propres amis,
    Perdu et mis à tourments éprouvés :
    Il n’est tenchon que de voisins privés.

    Pensez-vous point que de vos grands desroix
    Au roi des rois il vous faut rendre compte ?
    Vos pillards ont pillé, par grands effrois,
    Chapes, orfrois d’église et cloche et croix,
    Comme je crois et chacun le raconte,
    Dieu, roi et comte et vicaire et vicomte,
    Comtesse et comte et roi et roinotte,
    Au départir faudra compter à l’hôte.

    De sainte Église êtes vous gardiens
    Quotidiens, vous y devez regards ;
    Mais vous mangez, en boutant le doy ens,
    Docteurs, doyens, chapitres, citoyens,
    Gerbes, liens, greniers, gardins et gars :
    Gouges et gars, garnements et esgars
    Sous leurs hangars ont tout gratté si net
    Qu’on ne voit grain en gar n’en gardinet.

    Lisez partout, vous verrez en chronique,
    Bible authentique, histoires et hauts faits
    Que toutes gens qui, par fait tyrannique,
    Pillent relique, église catholique
    Ou paganique, endurent pesants faix ;
    D’honneurs défaits, sourds, bossus, contrefaits
    Ou déconfits sont en fin de leurs jours :
    Qui qui paie, Dieu n’accroit pas toujours.

    Oyez-vous point la voix des pauvres gens,
    Des indigents péris sans allégeance,
    Des laboureurs qui ont perdu leurs champs,
    Des innocents, orphelins impotents,
    Qui mal contents crient à Dieu vengeance ?
    Vieillesse, enfance, air, feu, fer, florissance,
    Brute naissance et maint noble édifice
    Sont vrais témoins de votre maléfice.

    Du firmament le grand cours cessera,
    Le ciel sera cornu sans être rond,
    Jamais en mer, fleuve n’arrivera,
    Plomb nagera, le feu engèlera,
    Glace ardera, cabillauds voleront,
    Bœufs parleront, les femmes se tairont,
    Et si seront monts et vaux tous unis,
    Si vos méfaits demeurent impunis.

    [...]

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  • Fourbissez votre ferraille,
    Aiguisez vos grands couteaux.

    Fourbissez votre ferraille
    Quotinailles, quetinailles,
    Quoquardaille, friandeaux,
    Garsonaille, ribaudaille,
    Laronnaille, brigandaille,
    Crapaudaille, lésardeaux,
    Cavestraille, goulardeaux,
    Villenaille, bonhommaille,
    Fouillardaille, paillardeaux,
    Truandaille et Lopinaille,
    Aiguisez vos grands couteaux.
     

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  • MATHILDE


    Princesse dont les bras blancs portaient la peine des pauvres,
    Mathilde dont les mains blanches usaient les durs psautiers,
    Mathilde, reine de trois mille et l’une des mille servantes,
    Mathilde dont le cilice de fer avait trois pointes,
    Mathilde, dont les genoux furent le sceau des dalles,
    Ô Mathilde, baisers, sandale et bracelet,
    Rose d’automne tombée dans l’eau des pénitences,
    Sainte Mathilde jetez nos cœurs sur les pavés.
     

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  • AGNÈS


    Agnelle épouse du feu, agnelle amie de l’Agneau,
    Agnès, plus forte que la magie des jeunes cheveux,
    Agnès, fille sacrée du signe de la croix,
    Agnès, Agnelle et Danielle, toi qui caressas
    D’une main pure la crinière cruelle des brasiers,
    Blanche Agnès, décollée par le glaive aveugle,
    Et trempée dans la gloire vierge des lys rouges,
    Brebis, Toison, Manteau, trame et chaîne des palliums,
    Sainte Agnès, filez pour nous la laine éternelle.
     

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  • LA NEIGE

    LA NEIGE................  

    Simone, la neige est blanche comme ton cou,
    Simone, la neige est blanche comme tes genoux.
     
    Simone, ta main est froide comme la neige,
    Simone, ton cœur est froid comme la neige.
     
    La neige ne fond qu’à un baiser de feu,
    Ton cœur ne fond qu’à un baiser d’adieu.
     
    La neige est triste sur les branches des pins,
    Ton front est triste sous tes cheveux châtains.
     
    Simone, ta sœur la neige dort dans la cour,
    Simone, tu es ma neige et mon amour.
     

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  • HIÉROGLYPHES

    HIÉROGLYPHES...............


    Ô pourpiers de mon frère, pourpiers d’or, fleur d’Anhour,
    Mon corps en joie frissonne quand tu m’as fait l’amour,
    Puis je m’endors paisible au pied des tournesols.
    Je veux resplendir telle que les flèches de Hor :
    Viens, le kupi embaume les secrets de mon corps,
    Le hesteb teint mes ongles, mes yeux ont le kohol.
    Ô maître de mon cœur, qu’elle est belle, mon heure !
    C’est de l’éternité quand ton baiser m’effleure,
    Mon cœur, mon cœur s’élève, ah ! si haut qu’il s’envole.
    Armoises de mon frère, ô floraisons sanglantes,
    Viens, je suis l’Amm où croît toute plante odorante,
    La vue de ton amour me rend trois fois plus belle.
    Je suis le champ royal où ta faveur moissonne,
    Viens vers les acacias, vers les palmiers d’Ammonn ;
    Je veux t’aimer à l’ombre bleue de leurs flabelles.
    Je veux encore t’aimer sous les yeux roux de Phrâ
    Et boire les délices du vin pur de ta voix,
    Car ta voix rafraîchit et grise comme Elel.
     
    Ô marjolaines de mon frère, ô marjolaines,
    Quand ta main comme un oiseau sacré se promène
    En mon jardin paré de lys et de sesnis,
    Quand tu manges le miel doré de mes mamelles,
    Quand ta bouche bourdonne ainsi qu’un vol d’abeilles
    Et se pose et se tait sur mon ventre fleuri,
    Ah ! je meurs, je m’en vais, je m’effuse en tes bras,
    Comme une source vive pleine de nymphéas,
    Armoises, marjolaines, pourpiers, fleurs de ma vie !
     

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