• Vile potabis

    (Études latines, VI)

    En mes coupes d'un prix modique 
    Veux-tu tenter mon humble vin ? 
    Je l'ai scellé dans l'urne Attique 
    Au sortir du pressoir Sabin. 
    Il est un peu rude et moderne ; 
    Cécube, Calès ni Falerne
    Ne mûrissent dans mon cellier ; 
    Mais les Muses me sont amies, 
    Et les Muses font oublier 
    Ta vigne dorée, ô Formies !
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  • J'ai une telle conscience...

    J'ai une telle conscience................

    J'ai une telle conscience de ton 
    être, rose complète, 
    que mon consentement te confond 
    avec mon coeur en fête.

    Je te respire comme si tu étais, 
    rose, toute la vie, 
    et je me sens l'ami parfait 
    d'une telle amie.
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  • Les quatre saisons - L'automne

    L'automne fait les bruits froissés
    De nos tumultueux baisers.

    Dans l'eau tombent les feuilles sèches
    Et sur ses yeux, les folles mèches.

    Voici les pèches, les raisins,
    J'aime mieux sa joue et ses seins.

    Que me fait le soir triste et rouge,
    Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

    Le vin qui coule des pressoirs
    Est moins traître que ses yeux noirs.
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  • Verger (IV)

    De leur grâce, que font-ils, 
    tous ces dieux hors d'usage, 
    qu'un passé rustique engage 
    à être sages et puérils ?

    Comme voilés par le bruit 
    des insectes qui butinent, 
    ils arrondissent les fruits ; 
    (occupation divine).

    Car aucun jamais ne s'efface, 
    tant soit-il abandonné ; 
    ceux qui parfois nous menacent 
    sont des dieux inoccupés.
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  • Le Solitaire

    Le Solitaire.................

    (Extrait)

    ... Ô plaisirs passagers de notre vanité ! 
    Êtes-vous donc suivis de quelque éternité ? 
    Éternité de bien, éternité de peine, 
    Lorsque je pense à toi tu m'assèches la veine :
    Ma plume ni mes vers ne peuvent plus couler, 
    Ma langue s'engourdit, je ne peux plus parler. 
    Gouffre d'éternité, tu n'as ni fond ni rive, 
    De la fin de tes jours jamais le jour n'arrive, 
    Et ce jour éternel qui toujours s'entre-suit, 
    Aux plus clairs jugements n'est qu'une obscure nuit. 
    Que si quelqu'un te nomme alors que je t'écoute, 
    Hélas ! éternité, mon esprit ne voit goutte. 
    Tous les siècles qu'on peut figurer par les sens, 
    Les cents de millions, les milliards de cents, 
    Ne font d'une minute une moindre parcelle,
    Si l'on veut les marquer à l'horloge éternelle. ...
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  • Les cierges

    Ongles de feu, cierges ! - Ils s'allument, les soirs,
    Doigts mystiques dressés sur des chandeliers d'or, 
    A minces et jaunes flammes, dans un décor
    Et de cartels et de blasons et de draps noirs.

    Ils s'allument dans le silence et les ténèbres, 
    Avec le grésil bref et méchant de leur cire, 
    Et se moquent - et l'on croirait entendre rire 
    Les prières autour des estrades funèbres.

    Les morts, ils sont couchés très longs dans leurs remords 
    Et leur linceul très pâle et les deux pieds dressés
    En pointe et les regards en l'air et trépassés 
    Et repartis chercher ailleurs les autres morts.

    Chercher ? Et les cierges les conduisent ; les cierges 
    Pour les charmer et leur illuminer la route 
    Et leur souffler la peur et leur souffler le doute 
    Aux carrefours multipliés des chemins vierges.

    Ils ne trouveront point les morts aimés jadis, 
    Ni les anciens baisers, ni les doux bras tendus, 
    Ni les amours lointains, ni les destins perdus ; 
    Car les cierges ne mènent pas en paradis.

    Ils s'allument dans le silence et les ténèbres, 
    Avec le grésil bref et méchant de leur cire 
    Et se moquent - et l'on entend gratter leur rire 
    Autour des estrades et des cartels funèbres.

    Ongles pâles dressés sur des chandeliers d'or !
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  • Yver, vous n'estes qu'un villain

    Yver, vous n'estes qu'un villain !
    Esté est plaisant et gentil, 
    En tesmoing de May et d'Avril 
    Qui l'acompaignent soir et main*.

    Esté revest champs, bois et fleurs,
    De sa livree de verdure
    Et de maintes autres couleurs, 
    Par l'ordonnance de Nature.

    Mais vous, Yver, trop estes plain
    De nege, vent, pluye et grezil ;
    On vous deust banir en essil**.
    Sans point flater, je parle plain,
    Yver, vous n'estes qu'un villain !

    (*) matin
    (**) exil
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  • L'olive

    I
    je ne quiers pas la fameuse couronne, 
    Saint ornement du Dieu au chef doré, 
    Ou que, du Dieu aux Indes adoré, 
    Le gai chapeau la tête m'environne.
    Encores moins veux je que l'on me donne 
    Le mol rameau en Cypre décoré 
    Celui qui est d'Athènes honoré, 
    Seul je le veux, et le Ciel me l'ordonne.
    O tige heureux, que la sage Déesse
    En sa tutelle et garde a voulu prendre, 
    Pour faire honneur à son sacré autel
    Orne mon chef, donne moi hardiesse 
    De te chanter, qui espère te rendre 
    Égal un jour au Laurier immortel.
    II
    Loire fameux, qui, ta petite source, 
    Enfles de maints gros fleuves et ruisseaux, 
    Et qui de loin coules tes claires eaux 
    En l'Océan d'une assez vive course
    Ton chef royal hardiment bien haut pousse 
    Et apparais entre tous les plus beaux, 
    Comme un taureau sur les menus troupeaux, 
    Quoi que le Pô envieux s'en courrouce.
    Commande doncq' aux gentilles Naïades 
    Sortir dehors leurs beaux palais humides 
    Avecques toi, leur fleuve paternel,
    Pour saluer de joyeuses aubades 
    Celle qui t'a, et tes filles liquides, 
    Deifié de ce bruit éternel.
    III
    Divin Ronsard, qui de l'arc à sept cordes 
    Tiras premier au but de la mémoire 
    Les traits ailés de la Française gloire, 
    Que sur ton luth hautement tu accordes.
    Fameux harpeur et prince de nos odes, 
    Laisse ton Loir hautain de ta victoire, 
    Et viens sonner au rivage de Loire 
    De tes chansons les plus nouvelles modes.
    Enfonce l'arc du vieil Thébain archer, 
    Ou nul que toi ne sut onq' encocher 
    Des doctes Sueurs les sagettes divines.
    Porte pour moi, parmi le ciel des Gaules, 
    Le saint honneur des nymphes Angevines, 
    Trop pesant faix pour mes faibles épaules.
    IV
    Si notre vie est moins qu'une journée 
    En l'éternel, si l'an qui fait le tour 
    Chasse nos jours sans espoir de retour, 
    Si périssable est toute chose née,
    Que songes tu, mon âme emprisonnée ? 
    Pourquoi te plaît l'obscur de notre jour, 
    Si pour voler en un plus clair séjour, 
    Tu as au dos l'aile bien empennée ?
    Là, est le bien que tout esprit désire, 
    Là, le repos où tout le monde aspire, 
    Là, est l'amour, là, le plaisir encore.
    Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée, 
    Tu y pourras reconnaître l'Idée 
    De la beauté, qu'en ce monde j'adore.
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  • A George Sand (III)

    Puisque votre moulin tourne avec tous les vents, 
    Allez, braves humains, où le vent vous entraîne ;
    Jouez, en bons bouffons, la comédie humaine ; 
    Je vous ai trop connus pour être de vos gens.

    Ne croyez pourtant pas qu'en quittant votre scène, 
    Je garde contre vous ni colère ni haine, 
    Vous qui m'avez fait vieux peut-être avant le temps ;
    Peu d'entre vous sont bons, moins encor sont méchants.

    Et nous, vivons à l'ombre, ô ma belle maîtresse ! 
    Faisons-nous des amours qui n'aient pas de vieillesse ; 
    Que l'on dise de nous, quand nous mourrons tous deux :

    Ils n'ont jamais connu la crainte ni l'envie ; 
    Voilà le sentier vert où, durant cette vie, 
    En se parlant tout bas, ils souriaient entre eux.
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