• Rondeau amoureur

    Rondeau amoureux..............

    M'aimerez vous bien,
    Dictes, par vostre ame ?
    Mais que je vous aime
    Plus que nulle rien,
    M'aimerez vous bien ?

    Dieu mit tant de bien
    En vous que c'est basme,
    Pour ce je me clame
    Vostre. Mais combien
    M'aimerez vous bien ?

     

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Aux morts

    Aux morts............

    Après l'apothéose après les gémonies,
    Pour le vorace oubli marqués du même sceau,
    Multitudes sans voix, vains noms, races finies,
    Feuilles du noble chêne ou de l'humble arbrisseau ;

    Vous dont nul n'a connu les mornes agonies,
    Vous qui brûliez d'un feu sacré dès le berceau,
    Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies,
    Ajoutés au fumier des siècles par monceau ;

    Ô lugubres troupeaux des morts, je vous envie,
    Si, quand l'immense espace est en proie à la vie,
    Léguant votre misère à de vils héritiers,

    Vous goûtez à jamais, hôtes d'un noir mystère,
    L'irrévocable paix inconnue à la terre,
    Et si la grande nuit vous garde tout entiers !

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Paraphrase du psaume CXLV

    N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ;
    Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde
    Que toujours quelque vent empêche de calmer.
    Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre ;
    C'est Dieu qui nous fait vivre,
    C'est Dieu qu'il faut aimer.

    En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,
    Nous passons près des rois tout le temps de nos vies
    A souffrir des mépris et ployer les genoux.
    Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont comme nous sommes,
    Véritablement hommes,
    Et meurent comme nous.

    Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière
    Que cette majesté si pompeuse et si fière
    Dont l'éclat orgueilleux étonne l'univers ;
    Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hautaines
    Font encore les vaines,
    Ils sont mangés des vers.

    Là se perdent ces noms de maîtres de la terre,
    D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre ;
    Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs ;
    Et tombent avec eux d'une chute commune
    Tous ceux que leur fortune
    Faisait leurs serviteurs.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Maraud, qui n'es maraud que de nom seulement

    Maraud, qui n'es maraud que de nom seulement..........Joachim DU BELLAY   (1522-1560)..

    Maraud, qui n'es maraud que de nom seulement,
    Qui dit que tu es sage, il dit la vérité :
    Mais qui dit que le soin d'éviter pauvreté
    Te ronge le cerveau, ta face le dément.

    Celui vraiment est riche et vit heureusement
    Qui, s'éloignant de l'une et l'autre extrémité,
    Prescrit à ses désirs un terme limité :
    Car la vraye richesse est le contentement.

    Sus donc, mon cher Maraud, pendant que notre maître,
    Que pour le bien public la nature a fait naître,
    Se tourmente l'esprit des affaires d'autrui,

    Va devant à la vigne apprêter la salade :
    Que sait-on qui demain sera mort ou malade ?
    Celui vit seulement, lequel vit aujourd'hui.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • J'aime tant ce parler bégayement mignard

    J'aime tant ce parler bégayement mignard............

    J'aime tant ce parler bégayement mignard
    Qui sent encor le lait d'une voix enfantine,
    Toutefois bien souvent il donne du poignard
    Qui m'objecte soudain à faire maigre mine.

    Mais tout ainsi qu'il faut que le brave soldard
    Doute moins l'ennemi que son bon capitaine,
    Ainsi, ma chère amour, je crains votre regard,
    Plus que de mes haineux la présence inhumaine.

    J'ai peur en vous aimant que vous soyez fâchée,
    Mais si vous courroucez de vous voir recherchée,
    N'ayez plus de rigueur, fuyez l'ombre commun,

    Ô sotte invention, ou bien devenez laide.
    Alors je ne serai nullement importun :
    Qui veut guérir d'Amour, en voilà le remède !

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le retour

    C'est toi, chère exilée ! Oh ! Laisse que j'adore
    Ta figure divine où rayonne l'aurore,
    Ô république, amour vivace de nos coeurs !
    La fosse où, dix-huit ans, de sinistres vainqueurs
    T'ont murée, est ouverte, et tu viens, souriante,
    Claire étoile aux rayons de qui tout s'oriente !
    Les tombeaux ne t'ont rien laissé de leur pâleur ;
    Tu viens la lèvre fière et le visage en fleur,
    Tes beaux cheveux au vent, comme en quatre-vingt-douze,
    Dire au monde : " ouvre-moi tes bras, je suis l'épouse,
    Je suis la fiancée ! Aimons-nous ! Nous allons
    Par le bois, par la plaine et par les noirs vallons
    Epouvanter encor ceux qui me croyaient morte.
    Nous allons retrouver la France libre et forte,
    Dont le regard, hâtant les lenteurs du berceau,
    En tirait ces enfants sacrés, Hoche et Marceau !
    Les rois font leur métier en vendant la patrie ;
    Nous la leur reprendrons, toujours belle, inflétrie.
    Nous balaîrons encor ces louches majestés,
    Ces demi-dieux poussahs, aux doigts ensanglantés,
    Qu'on appelle césars, rois, empereurs, que sais-je ?
    Le sol redeviendra vierge comme la neige
    Des glaciers éternels, partout où nous aurons
    Fait retentir le chant triomphal des clairons !
    Oh ! Lorsqu'on entendra mon rire de gauloise,
    Ce rire dont l'éclat printanier apprivoise
    Les lions du désert, comme l'espoir joyeux
    Rentrera dans les coeurs sombres et soucieux,
    Et comme on redira follement sous les chênes :
    Les tyrans sont vaincus, l'homme n'a plus de chaînes ! "
    Oui, c'est toi ! C'est ta voix pure qui, ce matin,
    A réveillé l'écho de son timbre argentin.
    Oh ! Je doutais ! En proie à l'angoisse mortelle ;
    Nous demandions depuis si longtemps : " viendra-t-elle ? "
    Hélas ! Nous t'attendions si désespérément,
    Que nous disions : " encore un songe qui nous ment ! "
    C'était bien toi pourtant, république, ô guerrière !
    Qui nous apparaissais dans un flot de lumière.
    Tu savais ton pays presque désespéré ;
    Alors, brisant du poing le sépulcre effaré
    Qu'avait fermé sur toi la main d'un bandit corse,
    Tu surgis dans ta grâce auguste et dans ta force,
    En criant : " me voici ! Peuple, espère et combats ! "
    Va, nous te garderons ! Va, si tu succombas
    Pour avoir, dans ta foi divinement sincère,
    Pensé qu'un prince peut n'être pas un corsaire,
    Qu'un serment est sacré, que l'honneur luit pour tous,
    Sois tranquille, à présent nous prendrons garde à nous.
    Te voilà revenue. Il suffit. Qu'on te voie
    Encor, encor, toujours, messagère de joie !
    Que mon regard s'enivre à force de te voir !
    Rappelle-nous les mots presque oubliés : devoir,
    Liberté, dévoûment, amour, paix et concorde.
    Ô bonheur du retour ! Comme le coeur déborde,
    Et comme l'air se teint d'azur, de pourpre et d'or !...
    Ô république ! Si Barbès vivait encor !

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Autant comme l'on peut en un autre langage

    Autant comme l'on peut en un autre langage..............

    Autant comme l'on peut en un autre langage
    Une langue exprimer, autant que la nature
    Par l'art se peut montrer, et que par la peinture
    On peut tirer au vif un naturel visage :

    Autant exprimes-tu, et encor davantage,
    Avecques le pinceau de ta docte écriture,
    La grâce, la façon, le port et la stature
    De celui qui d'Énée a décrit le voyage.

    Cette même candeur, cette grâce divine,
    Cette même douceur et majesté latine
    Qu'en ton Virgile on voit, c'est celle même encore

    Qui française se rend par ta céleste veine.
    Des Masures sans plus, à faute d'un Mécène
    Et d'un autre César, qui ses vertus honore.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Vous qui n'ensorcelez les troupes vagabondes

    Vous qui n'ensorcelez les troupes vagabondes,
    Mais toujours tourmentés, endurez tant de maux,
    Voyez tant seulement baigner les animaux,
    Et détournez vos yeux de ces sacrées ondes.

    Gardez l'orage saint, ce sont les Nymphes blondes,
    Actéon cerf fuyant, après tant de travaux
    Fut enfin dévoré, et court par monts et vaux
    Encore celui-là des cavernes profondes.

    Indigne fut Saunio, de ces vertes vallées,
    Indigne fut Siphos, des âmes recélées,
    Dans les joncs verdoyants des éternels palus.

    Indigne fut Cheron, de l'ancienne Prêtresse,
    Indigne fut l'amant de la divine tresse,
    Et du ruisseau fatal, où baigne Tantalus.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Comme tous les soirs

    Comme tous les soirs..............Émile VERHAEREN   (1855-1916)...

    Le vieux crapaud de la nuit glauque
    Vers la lune de fiel et d'or,
    C'est lui, là-bas, dans les roseaux,
    La morne bouche à fleur des eaux,
    Qui rauque.

    Là-bas, dans les roseaux,
    Ces yeux immensément ouverts
    Sur les minuits de l'univers,
    C'est lui, dans les roseaux,
    Le vieux crapaud de mes sanglots.

    Quand les taches des stellaires poisons
    Mordent le plomb des horizons
    - Ecoute, il se râpe du fer par l'étendue -
    C'est lui, cette toujours voix entendue,
    Là-bas dans les roseaux.

    Monotones, à fleur des eaux,
    Monotones, comme des gonds,
    Monotones, s'en vont les sons
    Monotones, par les automnes.

    Les nuits ne sont pas assez longues
    Pour que tarissent les diphtongues,
    Toutes les mêmes, de ces sons,
    Qui se frôlent comme des gonds.

    Ni les noroîts assez stridents,
    Ni les hivers assez mordants
    Avec leur triple rang de dents,
    Gel, givre et neige,
    Afin que plus ne montent en cortège
    Les lamentables lamentos
    Du vieux crapaud de mes sanglots.

    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique