• LES FEMMES TRISTES............Georges Rodenbach (1855-1898)

    LES FEMMES TRISTES

      

    Les fronts blancs, les fronts doux, les fronts mélancoliques
    Des femmes dont les yeux étoilent la pâleur
    Font tant sympathiser mon âme avec la leur,
    Que j’y mettrais ma lèvre ainsi qu’à des reliques.
     
    Je voudrais dans mon être amasser la chaleur
    Et les parfums d’encens des vieilles basiliques
    Pour faire refleurir l’amour des bucoliques
    Et faire évaporer en elles la douleur.
     
    Oh ! les femmes qui sont tristes ! Je les préfère
    Et mon cœur se dilate à la tiède atmosphère
    Des pleurs discrets auxquels je trouve un charme amer ;
     
    Car mon amour ressemble aux lueurs qui s’étirent
    Dans la phosphorescence étrange de la mer :
    Mon amour est un feu que les larmes attirent.

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