• Les Douze Tables des Lois D'amour .................Honoré D'urfé 1567 - 1625

    Les Douze Tables des Lois D'amour

     Les Douze Tables des Lois D'amour .................Honoré D'urfé

    Première table.

    Qui veut être parfait amant,

    Il faut qu'il aime infiniment ;

    L'extrême amour seule en est digne ;

    Aussi la médiocrité

    De trahison est plutôt signe

    Que non pas de fidélité.

    Deuxième table.

    Qu'il n'aime jamais qu'en un lieu,
    Et que cet
    Amour soit un
    Dieu
    Qu'il adore pour toute chose ;
    Et n'ayant jamais qu'un objet,
    Tous les bonheurs qu'il se propose
    Soient pour cet unique sujet.

    Troisième table

    Bornant en lui tous ses plaisirs,
    Qu'il arrête tous ses désirs
    Au service de cette belle ;
    Voire qu'il cesse de s'aimer,
    Sinon que d'autant qu'aimé d'elle.
    Il se doit pour elle estimer.

    Quatrième table

    Que s'il a le soin d'être mieux,
    Ce ne soit que pour les beaux yeux
    Dont son amour a pris naissance ;
    S'il ne souhaite plus de bonheur,
    Ce ne soit que pour l'espérance
    Qu'elle en recevra plus d'honneur.

    Cinquième table

    Telle soit son affection,

    Que même la possession

    De ce qu'il désire en son âme,

    S'il doit l'acheter au mépris

    De son honneur ou de sa
    Dame,

    Lui soit moins chère que ce prix.

    Sixième table
    Pour sujet qui se vienne offrir,
    Qu'il ne puisse jamais souffrir
    La honte de la chose aimée ;
    Et si devant lui par dédain
    D'un médisant elle est blâmée,
    Qu'il meure ou la venge soudain.

    Septième table

    Que son amour fasse en effet
    Qu'il juge en elle tout parfait ;
    Et quoique sans doute il l'estime
    Au prix de ce qu'il aimera,
    Qu'il condamne comme d'un crime
    Celui qui moins l'estimera.

    Huitième table

    Qu'épris d'un amour violent,

    Il aille sans cesse brûlant,

    Et qu'il languisse et qu'il soupire,

    Entre la vie et le trépas,

    Sans toutefois qu'il puisse dire

    Ce qu'il veut ou qu'il ne veut pas.

    Neuvième table

    Méprisant son propre séjour,

    Son âme aille vivre d'amour

    Au sein de celle qu'il adore,

    Et qu'en elle ainsi transformé,

    Tout ce qu'elle aime et qu'elle honore

    Soit aussi de lui bien aimé.

    Dixième table

    Qu'il tienne les jours pour perdus,
    Qui loin d'elle sont dépendus,
    Toute peine soit embrassée
    Pour être en ce lieu désiré,
    Et qu'il y soit de la pensée,
    Si le corps en est séparé.

    Onzième table
    Que la perte de la raison,
    Que les liens et la prison
    Pour elle en son âme il chérisse,
    Et se plaise à s'y renfermer,
    Sans attendre de son service
    Que le seul honneur de l'aimer.

    Douzième table

    Qu'il ne puisse jamais penser
    Que son amour doive passer ;
    Qui d'autre sorte le conseille
    Soit pour ennemi réputé,
    Car c'est de lui prêter l'oreille
    Crime de lèse-majesté.

    « un tout petit rien ............... caroline baucher ? Les ceps brûlés .............. Jean Ciphan (Jean Yvon Chapin) 1942- »
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