• Les contes...............Hégésippe Moreau..........1818 - 1838

    Les contes

    Les contes...............

    Orphelin, sous un ciel avare,
    Radcliffe m’a donné son lait ;
    Puis de la reine de Navarre,
    Je devins amant et varlet.
    Schérazade est ma favorite,
    Et la nuit, rimeur ennuyé,
    Sur ma petite
    Couche d’ermite,
    Quand je m’agite,
    Si par pitié
    La sultane entrait chez moi, vite
    Elle en obtiendrait la moitié.

    Je préfère un conte en novembre
    Aux doux murmures du printemps.
    Bons amis, qui peuplez ma chambre,
    Parlez donc, j’écoute et j’attends :
    Tombant des tréteaux de la foire,
    Ou glissant du sopha des cours,
    Que votre histoire
    Soit blanche ou noire.
    Chante la gloire
    Ou les amours,
    Vieil enfant, je promets d’y croire :
    Contez, amis, contez toujours.

    En tremblant, voilà qu’un beau page
    À sa dame écrit ses douleurs ;
    Il écrit, et sur chaque page
    Répand moins de vers que de pleurs.
    Pauvre Arthur ! son teint frais se plombe ;
    Mais en roucoulant sous les tours,
    Tendre colombe,
    Quand il succombe,
    Un baiser tombe
    Sur ses yeux lourds ;
    Ce baiser l’enlève à la tombe…
    — Contez, amis, contez toujours.

    Pélerin, dans l’hôtellerie,
    Vois : de sang les draps sont tachés ;
    Aux trous de la tapisserie
    Vois les yeux des brigands cachés.
    Hélas ! suffoqué par la crainte,
    Contre eux il sanglote : Au secours !
    Mais minuit tinte ! …
    De leur atteinte,
    O vierge sainte,
    Sauvez ses jours !
    Rallumons notre lampre éteinte,
    Mes amis, et contez toujours.

    Qui babille en cet oratoire ?
    Ce sont les nymphes d’un couvent,
    Long chapelet aux grains d’ivoire
    Que dévide un moine fervent ;
    Le jour en chaire il moralise ;
    Mais, sans bruit, au déclin des jours,
    Hors de l’église,
    Il catéchise
    Quelque Héloïse
    En jupons courts…
    — Un instant, que j’embrasse Élise,
    Mes amis, et contez toujours.

    Ou bien, histoires plus charmantes,
    Épanchons nos cœurs, et parlons
    De nos sœurs et de nos amantes ;
    Parlons de cheveux noirs ou blonds.
    Doux secrets que le monde ignore,
    Allez, partez : les murs sont sourds.
    En vain l’aurore,
    Qui vient d’éclore,
    Brille et veut clore
    Nos longs discours :
    Jusqu’à la nuit contons encore,
    Jusqu’à demains contons toujours.

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