• Les Anses-d’Arlet, toute la douceur des îles

    Les Anses-d’Arlet, toute la douceur des îles

    Par Sophie Denis

    À la pointe sud-ouest de la Martinique, à 15 kilomètres de Fort-de-France, Les Anses-d’Arlet décline toutes les couleurs des Antilles : bleu azur du ciel et de la mer des Caraïbes, vert tendre des mornes et des volcans éteints, blanc, rouge, jaune des maisons traditionnelles aux volets bleus. Avec ses 18 kilomètres de plages, ses anses préservées et la silhouette élégante de son église, on comprend qu’il soit le village le plus photographié de l’île et le deuxième « village préféré des Français » 2020.

    Baie turquoise, langoureusement cambrée devant le vert tendre de la végétation ; cocotiers penchés, comme pour mieux écouter les confidences de la brise ; des maisons blanches, jaunes, bleues, coiffées de toits rouges ; pile au bout du ponton de bois jeté sur la mer azur, un clocher qu’on dirait posé sur le sable, avec en arrière-plan, la silhouette bossue des mornes alentour : oui, Les Anses-d’Arlet ont tout d’une carte postale. C’est d’ailleurs un des sites les plus photographiés de la Martinique.

     

    Convoité par les Anglais en 1762

    Ici, l’agitation n’est pas de mise, on la laisse à Fort-de-France, à 35 kilomètres. On lui préfère la douce nonchalance des îles, le farniente et la pêche au filet, pratiquée ici le matin de bonne heure. Difficile d’imaginer que ce petit bout de paradis, les pieds dans la mer des Caraïbes, ait pu résonner du fracas des canons et des cris des hommes en guerre… C’est pourtant ce qui est arrivé ici à plusieurs reprises.

    Les anses, ici au nombre de cinq, étaient alors très convoitées par les bateaux sur la route des Amériques pour y faire provision d’eau ou réparer les avaries. Elles jouaient aussi un rôle stratégique : en 1762, les Anglais, établis sur les îles de Sainte-Lucie et de la Dominique, voulaient s’en emparer pour conquérir Fort-de-France. Ils essuyèrent une défaite, perdirent 1 500 hommes, et, de rage, détruisirent le village. Les Français, qui devaient leur victoire au courage des esclaves venus leur prêter main-forte, accordèrent la liberté… à quelques-uns. C’est un siècle auparavant qu’a commencé l’histoire du village, avec l’arrivée d’Indiens caraïbes chassés du nord de l’île par les colons. Leur chef, Arlet, établit son territoire entre la baie de Fort-de-France et le village du Diamant, au pied de son rocher : les Anses en devint le centre. Cependant, l’avance des colons fut la plus forte, et Arlet fila encore plus au sud, laissant la place aux Jésuites. 

    Du tabac fumé à la cour de Louis XIV

    Côté mer, des anses, des caps et des pointes, où règne un air sec et chaud ; côté terre, des mornes – nom antillais donné aux collines – qui bénéficient d’un air humide et ventilé, favorable aux cultures. Le microclimat des Anses a en effet facilité la production du café, du tabac et bien sûr de la canne à sucre. Le café était si réputé qu’il partit à Cuba et Trinidad pour améliorer les plantations locales. Quant au tabac, il eut aussi son heure de gloire, puisqu’il était fumé à la cour de Louis XIV ! Aujourd’hui, les Anses vivent essentiellement du tourisme et de la pêche et comptent un peu plus de 3 500 habitants, qu’on appelle… les Arlésiens !

    Commencez votre découverte par l’église Saint-Henri, le long de la plage. Elle n’est pas le premier édifice religieux des lieux puisque plusieurs chapelles se sont succédé, la première en 1671, mais les cyclones et les Anglais eurent raison d’elle. C’est à Henri Larcher, descendant d’une famille locale, que l’on doit sa reconstruction, et à une histoire d’amour contrariée. En 1768, il voulait y épouser Madeleine Roblot, une mulâtresse, mais sa famille s’y opposa et contraint le couple à s’enfuir à Saint-Pierre, plus au nord.

    Au passage, Henri donna son nom au morne Larcher, un ancien volcan éteint qui culmine à 478 mètres d’altitude et domine les Anses et le Diamant. En remerciement, les villageois ont dédié l’église à saint Henri, alors que les précédentes l’étaient à saint Antoine. Il est d’ailleurs représenté sur un des vitraux de la nef, avec un énorme coeur rouge. Les vitraux sont l’oeuvre d’une famille de maîtres verriers réputés, les Tournel. Dévastée par un ouragan en 2007, l’église a été restaurée en 2012 à l’identique de ce qu’elle était au début du XXe siècle.

    La case, à la base de l'habitat créole

    Rue Schoelcher, rue Félix-Éboué, allée des Arlésiens… tout autour de l’église, les maisons créoles rivalisent de couleurs. Les plus vieilles sont des cases, blotties les unes contre les autres, où habitaient autrefois les travailleurs des plantations ; traditionnellement en planches de bois, elles reposent sur un muret de pierres ou de briques pour se prémunir de l’humidité. Au fil des années, les propriétaires rajoutaient des cases en agrandissant ainsi le module principal, la cuisine pouvant ainsi être séparée de la case principale, en cas d’incendie. Certaines de ces maisons ont encore des toits de tuiles écailles, typiques de l’architecture du début du XXe siècle, comme l’épicerie à côté de la mairie.

    Remarquez les volets qui protègent portes et fenêtres des cyclones. Rue Schoelcher, en face du bureau de poste, la maison Larcher date de 1828, la plus ancienne du village, facilement reconnaissable à ses chiens assis. Dans sa cour, on peut observer les vestiges d’un four à pain et d’une case à eau, réservée à la toilette. Autre curiosité des Anses : la façade jaune à volets bleus, rue Félix-Éboué, du cinéma Atlas, vénérable institution qui ouvrit ses portes en… 1905 ! Sièges en moleskine rouge, film projeté sur une estrade, et commentaires en direct du public, il a tout le charme du cinéma comme autrefois mais a bien failli faire sa dernière séance en 2013. La municipalité s’est heureusement portée propriétaire des lieux et l’a rouvert en 2015, sans lui faire perdre son âme.

    Les Anses-d’Arlet ont encore de quoi vous surprendre : le lacis des petites ruelles du quartier des pêcheurs, bordées d’arbres à pain ; à côté de la plage de Petite Anse, Dlo Ferré, des sources d’eau chaudes ferrugineuses, qui sortent à 35 °C dans des petits bassins ; pour les amoureux de la marche, le sentier du Piton, qui, sur 5 kilomètres, rejoint la plage de Grande Anse à celle de Petite Anse ; au nord du village, la découverte de l’Anse Dufour et ses cabanes de pêcheurs, où les gommiers, pirogues traditionnelles, attendent l’heure de partir en mer ; et sa voisine l’Anse noire, ruban de sable volcanique réputé pour sa tranquillité, où viennent se reposer les tortues.

    « « omo-valley-tribes-in-ethiopia.ppsx »« Bob Marley le confirme ... elle . elle a la langue longue.ppsx » »
    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :