• LE ROI RENAUD............(folklore) ***..

    LE ROI RENAUD

    LE ROI RENAUD............(folklore) ***.. 

    Le roi Renaud de guerre vint
    Tenant ses tripes dans ses mains.
    Sa mère était sur le créneau
    Qui vit venir son fils Renaud.
     
    « Renaud, Renaud, réjouis-toi !
    Ta femme est accouchée d’un roi !
    — Ni de ma femme ni de mon fils
    Je ne saurais me réjouir.
     
    Allez ma mère, allez devant,
    Faites-moi faire un beau lit blanc.
    Guère de temps n’y resterai :
    À la minuit trépasserai.
     
    Mais faites-le moi faire ici-bas
    Que l’accouchée n’l’entende pas. »
    Et quand ce vint sur la minuit,
    Le roi Renaud rendit l’esprit.
     
    Il ne fut pas le matin jour
    Que les valets pleuraient tretour.
    Il ne fut temps de déjeuner
    Que les servantes ont pleuré.
     
    « Mais dites-moi, mère, m’amie,
    Que pleurent nos valets ici ?
    — Ma fille, en baignant nos chevaux
    Ont laissé noyer le plus beau.
     
    — Mais pourquoi, mère m’amie,
    Pour un cheval pleurer ainsi ?
    Quand le roi Renaud reviendra,
    Plus beau cheval ramènera. »
     
    « Et dites-moi, mère m’amie,
    Que pleurent nos servantes ici ?
    — Ma fille, en lavant nos linceuls
    Ont laissé aller le plus neuf.
     
    — Et pourquoi donc, mère m’amie,
    Pour un linceul pleurer ainsi ?
    Quand le roi Renaud reviendra,
    Plus beau linceul on brodera. »
     
    « Mais, dites-moi, mère m’amie,
    Que chantent les prêtres ici ?
    — Ma fille c’est la procession
    Qui fait le tour de la maison. »
     
    Or, quand ce fut pour relever,
    À la messe elle voulut aller,
    Et quand ce fut passé huit jours,
    Elle voulut faire ses atours.
     
    « Ah dites-moi, mère m’amie,
    Quel habit prendrai-je aujourd’hui ?
    — Prenez le vert, prenez le gris,
    Prenez le noir pour mieux choisir.
     
    — Mais dites-moi, mère m’amie,
    Ce que ce noir-là signifie ?
    — Femme qui relève d’enfant,
    Le noir lui est bien plus séant. »
     
    Quand elle fut dans l’église entrée,
    Un cierge on lui a présenté.
    Aperçut en s’agenouillant
    La terre fraîche sous son banc.
     
    « Mais dites-moi, mère m’amie,
    Pourquoi la terre est rafraîchie ?
    — Ma fille, ne puis plus le céler,
    Renaud est mort et enterré.
     
    — Renaud, Renaud, mon réconfort,
    Te voilà donc au rang des morts !
    Divin Renaud, mon réconfort,
    Te voilà donc au rang des morts !
     
    Puisque le roi Renaud est mort,
    Voici les clefs de mon trésor.
    Prenez mes bagues et mes joyaux,
    Prenez bien soin du fils Renaud.
     
    Terre, ouvre-toi, terre fends-toi,
    Que j’aille avec Renaud, mon roi ! »
    Terre s’ouvrit, terre se fendit,
    Et ci fut la belle engloutie.
     

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  • Commentaires

    4
    Dimanche 18 Novembre à 14:11

    Ermite-roi
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    D’avoir eu des sujets, il ne s’en souvient guère ;
    Ni des moulins royaux pour dévorer le grain,
    Ni des fiers messagers courant par les chemins,
    Ni du trône massif, hérité de son père.

    Mais il connaît les mots que disait sa grand-mère,
    Elle qui avait cru à de beaux lendemains ;
    Il va parfois en ville et prend un peu de vin,
    Il a même acheté un oeuf, l’année dernière ;

    Or, ce roi sans royaume écrit, quand il est tard,
    Sur ce monde agité qui le mit à l’écart,
    Lui pour qui ont chanté les prêtres des églises ;

    Car en rêve il entend les sons qu’il entendit,
    Et d’étranges oiseaux écoutent ce qu’il dit ;
    Le roi ne trouve pas que ses journées sont grises.

      • Lundi 19 Novembre à 16:40

        Merci cochonfucius pour ajouter ce poème

        Je te souhaite une bonne semaine

        LD

    3
    Samedi 21 Avril à 13:39

    Merci Cochonfucius pour ces deux poèsies sour le poème du Roi Renaud

    Bon week-end

    LD

    2
    Samedi 21 Avril à 13:09

    Sonnet du roi Renaud

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    Quand notre roi Renaud s’en revient de la guerre,
    On le voit transporter ses tripes dans ses mains
    En faisant attention aux pierres du chemin.
    Sur le plus haut créneau se tient la reine-mère.

    « Renaud, réjouis-toi, tu es devenu père. »
    « Comment me réjouir, je serai mort demain.
    Mettez-moi dans un lit et versez-moi du vin,
    Minuit sera le temps de mon heure dernière ;

    N’en parlez à ma femme, à présent ni plus tard. »
    Ils l’ont mis à minuit dans un drap de brocart,
    Et vite ils ont creusé la terre dans l’église.

    Au terme de huit jours, la veuve s’y rendit.
    Elle a vu sous ses pieds le terreau rafraîchi ;
    Elle a rejoint le roi dans les profondeurs grises.

     

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    Oiseau de jadis
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    Cet oiseau d’autrefois, je ne m’en souviens guère ;
    Ni de mes grands-parents, qui lui offraient du grain.
    Pourtant, je l’ai souvent trouvé sur mon chemin,
    Cet oiseau que j’aimais, du temps de ma grand-mère.

    Je n’oublie pas les mots que disait mon grand-père,
    Cet homme qui vivait sans peur du lendemain ;
    Il s’asseyait à table, il se versait du vin,
    Il ne songeait pas trop à son heure dernière ;

    J’écris ces quelques mots la nuit, quand il est tard,
    De ce monde agité je me tiens à l’écart,
    À peine si j’entends les cloches de l’église ;

    Mais en rêve j’entends l’oiseau que j’entrendis,
    J’écoute mon grand-père et j’aime ce qu’il dit ;
    Le rêve est coloré, si les journées sont  grises.

     

     

     

     

     

     

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