• Le Printemps................Michel d'Amboise.......1505/1506 - 1547/1551,

    Le Printemps

    Au temps de Ver qu'un chacun prend plaisance 
    A écouter la musique accordance 
    Des oisillons qui par champs, à loisir, 
    A gergonner prennent joie et plaisir 
    Voyant les fleurs en verdures croissantes, 
    Arbres vêtus de feuilles verdoyantes, 
    Prendre Cérès sa robe jà couverte 
    Totalement de branche ou herbe verte, 
    Dame Nature aorner les branchettes 
    De prunes, noix, cerises et pommettes 
    Et d'autres biens qui servent de pâture 
    A toute humaine et fragile facture,

    Le Dieu Priape, en jardins cultiveur, 
    Donnait aux fleurs délicate saveur, 
    Faisait herbette hors des boutons sortir, 
    Dont mettent peine amoureux s'assortir 
    Pour présenter à leurs dames frisquettes 
    Quand en secret sont dedans leurs chambrettes ; 
    Pan, le cornu, par forêt umbrifère, 
    Commençait jà ses maisons à refaire 
    Par froid hiver et gelée démolies, 
    Et les avait alors tant embellies 
    Que chose était par leur grande verdure, 
    Consolative à toute regardure ; 
    Les champs étaient verts comme papegay ! 
    De quoi maint homme était joyeux et gai, 
    Et bien souvent aucun, par sa gaieté, 
    Lors d'amourette hantait l'aménité 
    Faisant rondeaux, chansonnette et ballades, 
    Dames menaient par jardins et feuillades 
    Et leur donnaient souvent sur le pré vert 
    Ou une oeillade ou un baiser couvert 
    Dont ils étaient résolus comme pape ; 
    Un autre ôtait son manteau ou sa cape 
    Pour faire sauts et pour bondir en l'air 
    A cette fin que de lui fît parler.

    En ce temps-là, si propre aux amoureux,

    Moi qui étais pensif et douloureux 
    Et qui n'avais du plaisir une goutte 
    Non plus que ceux que tourmente la goutte, 
    Vouloir me prit de ma chambre laisser 
    Pour un petit aller le temps passer 
    En un vert bois qui près de moi était, 
    Le plus souvent où personne n'était,

    Afin que pusse un mien deuil étranger,,

    Pour un petit m'ébattre et soulager.

    En ce vert bois doncques m'acheminai 
    Et ci et là, seulet, me promenai 
    Dessous rameaux et branches verdelettes ; 
    Me promenant, pensais mille chosettes.
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