• Le panama ou les aventures de mes sept oncles.........Blaise Cendrars (1887 - 1961).....

    Le panama ou les aventures de mes sept oncles

    Le panama ou les aventures de mes sept oncles

    Des livres

    Il y a des livres qui parlent du
    Canal de Panama
    Je ne sais pas ce que disent les catalogues des bibliothèques

    Et je n'écoute pas les journaux financiers
    Quoique les bulletins de la
    Bourse soient notre prière quotidienne

    Le Canal de 

    Panama est intimement lié à mon enfance...

    Je jouais sous la table

    Je disséquais les mouches

    Ma mère me racontait les aventures de ses sept frères

    De mes sept oncles

    Et quand elle recevait des lettres

    Ëblouissement!

    Ces lettres avec les beaux timbres exotiques qui portent

    les vers de
    Rimbaud en exergue
    Elle ne me racontait rien ce jour-là
    Et je restais triste sous ma table

    Cest aussi vers cette époque que j'ai lu l'histoire du tremblement de terre de Lisbonne

    Mais je crois bien

    Que le crach du
    Panama est d'une importance plus universelle
    Car il a bouleversé mon enfance.

    J'avais un beau livre d'images

    Et je voyais pour la première fois

    La baleine

    Le gros nuage

    Le morse

    Le soleil

    Le grand morse

    L'ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes et la mouche 
    La mouche
    La terrible mouche


    Maman, les mouches! les mouches! et les troncs d'arbres!


    Dors, dors, mon enfant.
    Ahasvérus est idiot

    J'avais un beau livre d'images

    Un grand lévrier qui s'appelait
    Dourak

    Une bonne anglaise

    Banquier

    Mon père perdit les 3/4 de sa fortune

    Comme nombre d'honnêtes gens qui perdirent leur argent dans ce crach, 
    Mon père
    Moins bête

    Perdait celui des autres,
    Coups de revolver.

    Ma mère pleurait

    Et ce soir-la on m'envoya coucher avec la bonne anglaise

    Puis au bout d'un nombre de jours bien long..

    Nous avions dû déménager

    Et les quelques chambres de notre petit appartement

    étaient bourrées de meubles
    Nous n'étions plus dans notre villa de la côte
    J'étais seul des jours entiers
    Parmi les meubles entassés
    Je pouvais même casser de la vaisselle
    Fendre les fauteuils
    Démolir le piano-Puis au bout d'un nombre de jours bien long
    Vint une lettre d'un de mes oncles

    C'est le crach du  Panama qui fit de moi un poète!

    C'est épatant

    Tous ceux de ma génération sont ainsi

    Jeunes gens

    Qui ont subi des ricochets étranges

    On ne joue plus avec des meubles

    On ne joue plus avec des vieilleries

    On casse toujours et partout la vaisselle

    On s'embarque

    On chasse les baleines

    On tue les morses

    On a toujours peur de la mouche tsé-tsé

    Car nous n'aimons pas dormir.

    L'ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes m'avaient appris à lire..

    Oh cette première lettre que je déchiffrai seul et plus grouillante que toute la création 
    Mon oncle disait
    Je suis boucher à
    Galveston
    Les abattoirs sont à 6 lieues de la ville
    C'est moi qui ramène les bêtes saignantes, le soir, tout

    le long de la mer
    Et quand je passe les pieuvres se dressent en l'air
    Soleil couchant..

    Et il y avait encore quelque chose
    La tristesse
    Et le mal du pays.



    Mon oncle, tu as disparu durant le cyclone de 1895

    J'ai vu depuis la ville reconstruite et je me suis promené au bord de la mer où tu menais les bêtes saignantes

    Il y avait une fanfare salutiste qui jouait dans un kiosque en treillage

    On m'a offert une tasse de thé

    On n'a jamais retrouvé ton cadavre

    Et à ma vingtième année j'ai hérité de tes 400 dollars d'économie

    Je possède aussi la boîte à biscuits qui te servait de reliquaire

    Elle est en fer-blanc

    Toute ta pauvre religion

    Un bouton d'uniforme

    Une pipe kabyle

    Des graines de cacao

    Une dizaine d'aquarelles de ta main

    Et les photos des bêtes à prime, les taureaux géants que

    tu tiens en laisse
    Tu es en bras de chemise avec un tablier blanc

    Moi aussi j'aime les animaux

    Sous la table

    Seul

    Je joue déjà avec les chaises

    Armoires portes

    Fenêtres

    Mobilier modern-style

    Animaux préconçus

    Qui trônent dans les maisons

    Comme la reconstitution des bêtes antédiluviennes dans les musées

    Le premier escabeau est un aurochs!

    J'enfonce les vitrines

    Et j'ai jeté tout cela

    La ville, en pâture à mon chien

    Les images

    Les livres

    La bonne

    Les visites

    Quels rires!

    Comment voulez-vous que je prépare des examens?
    Vous m'avez envoyé dans tous les pensionnats d'Europe
    Lycées

    Gymnases

    Université

    Comment voulez-vous que je prépare des examens

    Quand une lettre est sous la porte

    J'ai vu

    La belle pédagogie!

    J'ai vu au cinéma le voyage qu'elle a fait

    Elle a mis soixante-huit jours pour venir jusqu'à moi

    Chargée de fautes d'orthographe

    Mon deuxième oncle :

    J'ai marié la femme qui fait le meilleur pain du district

    J'habite à trois journées de mon plus proche voisin

    Je suis maintenant chercheur d'or à
    Alaska

    Je n'ai jamais trouvé plus de 500 francs d'or dans ma pelle 
    La vie non plus ne se paye pas à sa valeur!
    J'ai eu trois doigts gelés
    Il fait froid...

    Et il y avait encore quelque chose
    La tristesse
    Et le mal du pays.

    Oh mon oncle, ma mère m'a tout dit

    Tu as volé des chevaux pour t'enfuir avec tes frères

    Tu t'es fait mousse à bord d'un cargo-boat

    Tu t'es cassé la jambe en sautant d'un, train en marche

    Et après l'hôpital, tu as été en prison pour avoir arrêté

    une diligence
    Et tu faisais des poésies inspirées de
    Musset
    San-Francisco
    C'est là que tu lisais l'histoire du général
    Suter qui a conquis la
    Californie aux États-Unis
    Et qui, milliardaire, a été ruiné par la découverte des

    mines d'or sur ses terres
    Tu as longtemps chassé dans la vallée du
    Sacramento

    où j'ai travaillé au défrichement du sol
    Mais qu'est-il arrivé

    Je comprends ton orgueil

    Manger le meilleur pain du district et la rivalité des

    voisins 12 femmes par 1.000 kilomètres carrés
    On t'a trouvé

    La tête trouée d'un coup de carabine
    Ta femme n'était pas là

    Ta femme s'est remariée depuis avec un riche fabricant de confitures



    J'ai soif

    Nom de Dieu

    De nom de Dieu

    De nom de Dieu

    Je voudrais lire la
    Feuille d'Avis de
    Neuchâtel ou Je

    Courrier de
    Pampelune
    Au milieu de l'Atlantique on n'est pas plus à l'aise que

    dans une salle de rédaction
    Je tourne dans la cage des méridiens comme un écureuil

    dans la sienne

    Tiens voilà un
    Russe qui a une tête sympathique
    Où aller

    Lui non plus ne sait où déposer son bagage

    A
    Léopoldville ou à la
    Sedjérah près
    Nazareth, chezMr
    Junod ou chez mon vieil ami Perl
    Au
    Congo en
    Bessarabie à
    Samoa
    Je connais tous les horaires
    Tous les trains et leurs correspondances
    L'heure d'arrivée l'heure du départ
    Tous les paquebots tous les tarifs et toutes les taxes Ça m'est égal
    J'ai des adresses
    Vivre de la tape

    Je reviens d'Amérique à bord du
    Voltumo, pour 35 francs de
    New
    York à
    Rotterdam

    C'est le baptême de la ligne

    Les machines continues s'appliquent de bonnes claques

    Boys

    Platch

    Les baquets d'eau

    Un
    Américain les doigts tachés d'encre bat la mesure

    La télégraphie sans fil

    On danse avec les genoux dans les pelures d'orange et

    les boîtes de conserve vides
    Une délégation est chez le capitaine
    Le
    Russe révolutionnaire expériences erotiques
    Gaoupa

    Le plus gros mot hongrois
    J'accompagne une marquise napolitaine enceinte de

    8 mois
    C'est moi qui mène les émigrants de
    Kichinef à
    Hambourg
    C'est en 1901 que j'ai vu la première automobile,
    En panne,
    Au coin d'une rue
    Ce petit train que les
    Soleurois appellent un fer à

    repasser
    Je téléphonerai à mon consul
    Délivrez-moi immédiatement un billet de 3e classe
    The
    Uranium
    Steamship

    J'en veux pour mon argent
    Le navire est à quai
    Débraillé

    Les sabords grand ouverts
    Je quitte le bord comme on quitte une sale putain

    En route

    Je n'ai pas de papier pour me torcher

    Et je sors

    Comme le dieu
    Tangaloa qui en péchant à la ligne tira

    le monde hors des eaux
    La dernière lettre de mon troisième oncle :
    Papeete, le
    Ier septembre 1887.
    Ma sœur, ma très chère sœur
    Je suis bouddhiste membre d'une secte politique
    Je suis ici pour faire des achats de dynamite
    On en vend chez les épiciers comme chez vous la chicorée
    Par petits paquets

    Puis je retournerai à
    Bombay faire sauter les
    Anglais Ça chauffe

    Je ne te reverrai jamais plus...
    Et il y avait encore quelque chose
    La tristesse
    Et le mal du pays.

    Vagabondage

    J'ai fait de la prison à
    Marseille et l'on me ramène de

    force à l'école
    Toutes les voix crient ensemble
    Les animaux et les pierres
    C'est le muet qui a là plus belle parole
    Pai été libertin et je me suis permis toutes les privautés

    avec le monde

    Vous qui aviez la foi pourquoi n'êtes-vous pas arrivé

    à temps
    A votre âge
    Mon oncle

    Tu étais joli garçon et tu jouais très bien du cornet à pistons

    Cest ça qui t'a perdu comme on dit vulgairement

    Tu aimais tant la musique que tu préféras le ronflement des bombes aux symphonies des habits noirs

    Tu as travaillé avec des joyeux
    Italiens à la construction d'une voie ferrée dans les environs de
    Baghavapour

    Boute en train

    Tu étais le chef de file de tes compagnons

    Ta belle humeur et ton joli talent d'orphéoniste

    Tu es la coqueluche des femmes du baraquement

    Comme
    Moïse tu as assommé ton chef d'équipe

    Tu t'es enfui

    On est resté 12 ans sans aucune nouvelle de toi

    Et comme
    Luther un coup de foudre t'a fait croire à
    Dieu

    Dans ta solitude

    Tu apprends le bengali et l'urlu pour apprendre à fabriquer les bombes

    Tu as été en relation avec les comités secrets de
    Londres

    C'est à
    White-Chapel que j'ai retrouvé ta trace

    Tu es convict

    Ta vie circoncise

    Telle que

    J'ai envie d'assassiner quelqu'un au boudin ou à la gaufre pour avoir l'occasion de te voir

    Car je ne t'ai jamais vu

    Tu dois avoir une longue cicatrice au front

    Quant à mon quatrième oncle il était valet de chambre du général
    Robertson qui a fait la guerre aux
    Boërs
    Il écrivait rarement des lettres ainsi conçues
    Son
    Excellence a daigné m'augmenter de 50 £
    Ou
    Son
    Excellence emporte 48 paires de chaussures à la guerre

    Ou

    Je fais les ongles de
    Son
    Excellence tous les matins...

    Mais je sais

    Qu'il y avait encore quelque chose

    La tristesse

    Et le mal du pays.

    Mon oncle
    Jean, tu es le seul de mes sept oncles que j'aie

    jamais vu
    Tu étais rentré au pays car tu te sentais malade
    Tu avais un grand coffre en cuir d'hippopotame qui était

    toujours bouclé
    Tu t'enfermais dans ta chambre pour te soigner
    Quand je t'ai vu pour la première fois, tu dormais
    Ton visage était terriblement souffrant
    Une longue barbe
    Tu dormais depuis 15 jours
    Et comme je me penchais sur toi
    Tu t'es réveillé
    Tu étais fou

    Tu as voulu tuer grand'mère
    On t'a enfermé à l'hospice

    Et c'est là que je t'ai vu pour la deuxième fois
    Sanglé

    Dans la camisole de force

    On t'a empêché de débarquer

    Tu faisais de pauvres mouvements avec tes mains

    Comme si tu allais ramer

    Transvaal

    Vous étiez en quarantaine et les horse-guards avaient

    braqué un canon sur votre navire
    Pretoria

    Un
    Chinois faillit t'étrangler

    Le
    Tougéla

    Lord
    Robertson est mort

    Retour à
    Londres

    La garde-robe de
    Son
    Excellence tombe à l'eau ce qui

    te va droit au cœur
    Tu es mort en
    Suisse à l'asile d'aliénés de
    Saint-Aubain
    Ton entendement
    Ton enterrement

    Et c'est là que je t'ai vu pour la troisième fois
    Il neigeait
    Moi, derrière ton corbillard, je me disputais avec les

    croque-morts à propos de leur pourboire
    Tu n'as aimé que deux choses au monde
    Un cacatoès
    Et les ongles roses de
    Son
    Excellence

    Il n'y a pas d'espérance

    Et il faut travailler

    Les vies encloses sont les plus denses

    Tissus stéganiques

    Remy de
    Gourmont habite au 71 de la rue des
    Saints-Pères

    Filagore ou seizaine

    «
    Séparés un homme rencontre un homme mais une montagne ne rencontre jamais une autre montagne »

    Dit un proverbe hébreu

    Les précipices se croisent

    Pétais à
    Naples

    1896

    Quand j'ai reçu le
    Petit
    Journal
    Illustré

    Le capitaine
    Dreyfus dégradé devant l'armée

    Mon cinquième oncle :

    Je suis chef au
    Club-Hôtel de
    Chicago

    Pai 400 gâte-sauces sous mes ordres

    Mais je n'aime pas la cuisine des
    Yankees

    Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

    Tunis etc.

    Amitiés de la tante
    Adèle

    Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

    Biarritz etc.

    Oh mon oncle, toi seul tu n'as jamais eu le mal du pays
    Nice
    Londres
    Buda-Pest
    Bennudes
    Saint-Pétersbourg

    Tokio
    Memphis
    Tous les grands hôtels se disputent tes services
    Tu es le maître

    Tu as inventé nombre de plats doux qui portent ton nom
    Ton art

    Tu te donnes tu te vends on te mange
    On ne sait jamais où tu es
    Tu n'aimes pas rester en place
    Il paraît que tu possèdes une
    Histoire de la
    Cuisine à

    travers tous les âges et chez tous les peuples
    En 12 vol. in-8°

    Avec les portraits des plus fameux cuisiniers de l'histoire
    Tu connais tous les événements
    Tu as toujours été partout où il se passait quelque chose
    Tu es peut-être à
    Paris.
    Tes menus
    Sont la poésie nouvelle

    Pai quitté tout cela

    J'attends

    La guillotine est le chef-d'œuvre de l'art plastique

    Son déclic



    Mouvement perpétuel

    Le sang des bandits

    Les chants de la lumière ébranlent les tours

    Les couleurs croulent sur la ville

    Affiche plus grande que toi et moi

    Bouche ouverte et qui crie

    Dans laquelle nous brûlons

    Les trois jeunes gens ardents

    Hananie
    Mizaël
    Azarie

    Adam's
    Express
    Cr

    Derrière l'Opéra

    Il faut jouer à saute-mouton

    A la brebis qui broute

    Femme-tremplin

    Le beau joujou de la réclame

    En route!

    Siméon,
    Siméon

    Paris-adieux

    C'est rigolo

    Il y a des heures qui sonnent

    Quai-d'Orsay-Saint-Nazaire !

    On passe sous la
    Tour
    Eiffel — boucler la boucle — pour

    retomber de l'autre côté du monde
    Puis on continue



    Les catapultes du soleil assiègent les tropiques irascibles
    Riche
    Péruvien propriétaire de l'exploitation du guano

    d'Angamos
    On lance rAcaraguan
    Bananan
    A l'ombre
    Les mulâtres hospitaliers

    J'ai passé plus d'un hiver dans ces
    Des fortunées

    L'oiseau-secrétaire est un éblouissement

    Belles dames plantureuses

    On boit des boissons glacées sur la terrasse

    Un torpilleur brûle comme un cigare

    Une partie de polo dans le champ d'ananas

    Et les palétuviers éventent les jeunes filles studieuses

    My gun

    Coup de feu

    Un observatoire au flanc du volcan

    De gros serpents dans la rivière desséchée

    Haie de cactus

    Un âne claironne la queue en l'air

    La petite
    Indienne qui louche veut se rendre à
    Buenos-

    Ayres
    Le musicien allemand m'emprunte ma cravache à

    pommeau d'argent et une paire de gants de
    Suède
    Ce gros
    Hollandais est géographe
    On joue aux cartes en attendant le train
    C'est l'anniversaire de la
    Malaise
    Je reçois un paquet à mon nom, 200.000 pesetas et une

    lettre de mon sixième oncle :
    Attends-moi à la factorerie jusqu'au printemps prochain
    Amuse-toi bien bois sec et n'épargne pas les femmes
    Le meilleur électuaire
    Mon neveu...

    Et il y avait encore quelque chose
    La tristesse
    Et le mal du pays.

    Oh mon oncle, je t'ai attendu un an et tu n'es pas venn

    Tu étais parti avec une compagnie d'astronomes qui allait

    inspecter le ciel sur la côte occidentale de la
    Patagonie

    Tu leur servais d'interprète et de guide
    Tes conseils
    Ton expérience

    Il n'y en avait pas deux comme toi pour viser l'horizon au sextant

    Les instruments en équilibre

    Électro-magnétiques

    Dans les fjords de la
    Terre de
    Feu

    Aux confins du monde

    Vous péchiez des mousses protozoaires en dérive entre deux eaux à la lueur des poissons électriques

    Vous collectionniez des aérolithes de peroxyde de fer

    Un dimanche matin :

    Tu vis un évêque mitre sortir des eaux

    Il avait une queue de poisson et t'aspergeait de signes de croix

    Tu t'es enfui dans la montagne en hurlant comme un vari blessé

    La nuit même

    Un ouragan détruisit le campement

    Tes compagnons durent renoncer à l'espoir de te retrouver vivant

    Ils emportèrent soigneusement les documents scientifiques

    Et au bout de trois mois,

    Les pauvres intellectuels,

    Us arrivèrent un soir à un feu de gauchos où l'on

    causait justement de toi
    Pétais venu à ta rencontre
    Tupa

    La belle nature
    Les étalons s'enculent 200 taureaux noirs mugissent
    Tango-argentin

    Bien quoi

    Il n'y a donc plus de belles histoires

    La
    Vie des
    Saints

    Dos
    Nachîbuechleùi von
    Schuman

    Cymbàlum mundi

    La
    Tariffa délie
    Puttane di
    Venegia

    Navigation de
    Jean
    Struys,
    Amsterdam », 1528

    Shalom
    Aleïchem

    Le
    Crocodile de
    Saint-Martin

    Strindberg a démontré que la terre n'est pas ronde

    Déjà
    Gavarni avait aboli la géométrie

    Pampas

    Disque

    Les iroquoises du vent

    Saupiquets

    L'hélice des gemmes

    Maggi

    Byrrh

    Daily
    Chronicle

    La vague est une carrière où l'orage en sculpteur abat

    des blocs de taille
    Quadriges d'écume qui prennent le mors aux dents
    Eternellement

    Depuis le commencement du monde
    Je siffle
    Un frissoulis de bris

    Mon septième oncle

    On n'a jamais su ce qu'il est devenu

    On dit que je te ressemble

    Je vous dédie ce poème

    Monsieur
    Bertrand

    Vous m'avez offert des liqueurs fortes pour me prémunir contre les fièvres du canal

    Vous vous êtes abonné à l'Argus de la
    Presse pour recevoir toutes les coupures qui me concernent.

    Dernier
    Français de
    Panama (il n'y en a pas 20)

    Je vous dédie ce poème

    Barman du
    Matachine

    Des milliers de
    Chinois sont morts où se dresse maintenant le
    Bar flamboyant

    Vous distillez

    Vous vous êtes enrichi en enterrant les cholériques

    Envoyez-moi la photographie de la forêt de chênes-lièges qui pousse sur les 400 locomotives abandonnées par l'entreprise fi-ançaise

    Cadavres-vivants

    Le palmier greffé dans la banne d'une grue chargée d'orchidées

    Les canons d'Aspinwall rongés par les toucans

    La drague aux tortues

    Les pumas qui nichent dans le gazomètre défoncé

    Les écluses perforées par les poissons-scie

    La tuyauterie des pompes bouchée par une colonie d'iguanes

    Les trains arrêtés par l'invasion des chenilles

    Et l'ancre gigantesque aux armoiries de
    Louis
    XV dont vous n'avez su m'expliquer la présence dans la forêt

    Tous les ans vous changez les portes de votre établissement incrustées de signatures

    Tous ceux qui passèrent chez vous

    Ces 32 portes quel témoignage

    Langues vivantes de ce sacré canal que vous chérissez tant

    Ce matin est le premier jour du monde

    Isthme

    D'où l'on voit simultanément tous les astres du ciel

    et toutes les formes de la végétation

    Préexcellence des montagnes équatoriales

    Zone unique
    Il y a encore le vapeur de l'Amidon
    Paterson
    Les initiales en couleurs de l'Adantic-Pacific
    Tea-Trust
    Le
    Los
    Angeles limited qui part à 10 h 02 pour arriver le troisième jour et qui est le seul train au monde avec wagon-coiffeur
    Le
    Trunk les éclipses et les petites voitures d'enfants
    Pour vous apprendre à épeler l'A
    B
    C de la vie sous la

    férule des sirènes en partance
    Toyo
    Kisen
    Kaïsha
    J'ai du pain et du fromage
    Un col propre
    La poésie date d'aujourd'hui

    La voie lactée autour du cou
    Les deux hémisphères sur les yeux
    A toute vitesse
    II n'y a plus de pannes
    Si j'avais le temps de faire quelques économies je prendrais part au rallye aérien
    J'ai réservé ma place dans le premier train qui passera

    le tunnel sous la
    Manche
    Je suis le premier aviateur qui traverse l'Atlantique en

    monocoque 900 millions

    Terre
    Terre
    Eaux
    Océans
    Ciels
    J'ai le mal du pays

    Je suis tous les visages et j'ai peur des boîtes aux lettres
    Les villes sont des ventres
    Je ne suis plus les voies
    Lignes

    Câbles

    Canaux

    Ni les ponts suspendus !

    Soleils lunes étoiles

    Mondes apocalyptiques

    Vous avez encore tous un beau rôle à jouer

    Un siphon éternue

    Les cancans littéraires vont leur train

    Tout bas

    A la
    Rotonde

    Comme tout au fond d'un verre

    J'ATTENDS

    Je voudrais être la cinquième roue du char

    Orage

    Midi i quatorze heures

    Rien et partout

    « Incognito dévoile........Blaise Cendrars (1887 - 1961).Le matin m'appartient.............Blaise Cendrars (1887 - 1961). »
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