• LE BON ROI DAGOBERT.............

    LE BON ROI DAGOBERT

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    Qui n’a pas plusieurs fois dans sa vie fredonné quelques couplets de cette chanson parodique qui connut un renouveau lors de la Révolution ? Qui n’a pas souri à ces questions saugrenues que son ministre, le grand saint Éloi, lui adressait, et aux réponses encore plus étranges que ce prince lui faisait ?

    Sans aucun doute un pareil jeu d’esprit doit avoir pour origine quelque tradition, quelque souvenir populaire qui se rattache à l’histoire de ce roi. Si l’on veut savoir précisément à quelle époque la chanson fut composée, les indications manquent. Seulement il paraît certain qu’elle est antérieure à la Révolution de 1789, et que l’air sur lequel ont été faites les paroles est une ancienne fanfare de chasse dont les habiles en cette matière renoncent à trouver l’origine. Il faut donc se contenter, quant à la chanson, de ce renseignement verbal, sans précision, et chercher dans l’histoire la cause de celle familiarité qui paraît avoir existé entre Dagobert et son ministre.

    Si l’on veut ne s’en rapporter qu’aux documents authentiques de l’histoire, le règne de Dagobert Ier — arrière-arrière-petit-fils de Clovis et qui fut roi des Francs de 629 à 639 — présente une grande obscurité. L’un des évènements les plus considérables est la fondation de l’illustre abbaye de Saint-Denis attribuée à ce prince, et qui fut cause de la vénération profonde des moines à son égard.

    Le roi Dagobert. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville) publiée dans Les héros comiques d'Émile Faguet (1847-1916)

    Le roi Dagobert. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville
    publiée dans Les héros comiques d’Émile Faguet (1847-1916)

    Mais que l’on ouvre les Grandes Chroniques de Saint-Denis, par exemple, ce recueil antique des anciennes croyances relatives à notre histoire, et l’on trouvera sur Dagobert des détails aussi nombreux que circonstanciés ; on y verra comment Dagobert, tout jeune encore et confié par son père Clotaire II — roi de Neustrie (584-613) et roi de Paris (596-613), puis roi des Francs de 613 à 629 — au soin d’un gouverneur, irrité des habitudes familières que ce dernier voulait prendre, profita d’une infraction légère que commit ce gouverneur en versant à boire, pour lui infliger une punition regardée comme infamante chez les peuples du Nord, celle de lui raser la barbe et les cheveux.

    On lira dans cette chronique le récit de plusieurs visions miraculeuses qu’a eues ce prince et celui d’un combat singulier qu’il soutint contre Berthoul, chef saxon ; on y lira encore comment quelques désordres dans sa conduite privée furent pardonnés à ce prince en faveur de ses fondations pieuses, et comme Dieu, pour le punir, permit au Démon de transporter son âme en purgatoire dans un bateau ; comment ce prince invoqua, pour venir à son aide, saint Denis, saint Maurice et saint Martin, qui délivrèrent son âme pour la déposer dans le séjour des bienheureux.

    Presque toutes ces légendes se retrouvent dans une chronique latine fort ancienne, intitulée : Gesta Dagoberti, et qui paraît avoir été composée avec ces chants populaires qui se retrouvent à toutes les époques parmi nous.

     

    Le roi Dagobert, sur la fin de ses jours, paraît avoir eu beaucoup de bonté pour ses serviteurs et ceux qui l’entouraient. La Chronique Saint-Denis fait mention du discours qu’il leur adressa étant à son lit de mort, et dans la rédaction française on lit : « pour sa mort fut le palais soudainement rempli de pleurs et de cris, et tout le royaume de douleur et de lamentation ».

    La tradition populaire a gardé pieusement le souvenir de la bonté du roi Dagobert. Deux expressions devenues proverbiales l’ont consacrée. La première : Quand le roi Dagobert avait dîné, il laissait dîner ses chiens ; la seconde : Le roi Dagobert en mourant disait à ses chiens : il n’est si bonne compagnie qui se sépare, allusion touchante et qui s’accorde parfaitement avec les plus anciens témoignages.

    C’est peut-être à cette réputation de bonté du roi Dagobert pour ceux qui l’entouraient qu’il faut rattacher l’intimité que le chansonnier suppose entre ce prince et le grand saint Éloi. Quoiqu’il ait été évêque de Noyon, Éloi paraît avoir cultivé avec succès l’art de l’orfèvrerie. S’il faut en croire les Chroniques de Saint-Denis, Éloi quitta le Limosin, sa patrie, et vint offrir ses secours à Dagobert. Ce dernier lui demanda de fabriquer un fauteuil en or, et remit au saint artisan autant de matière qu’il en fallait pour un pareil ouvrage.

     Non seulement Éloi exécuta le meuble qu’on lui avait indiqué, mais encore il en fit un autre plus petit avec le métal qui lui restait. Surpris d’une habileté aussi grande et d’autant de probité, le roi voulut garder près de lui saint Éloi, et le nomma intendant de son palais. Chargé de toute la confiance de son maître, le pieux serviteur ne lui pardonnait aucune faute, et lui reprochait librement ses écarts et son incontinence. Dagobert supporta toujours avec douceur les censures de saint Éloi, et bien loin de lui en savoir mauvais gré, il le combla de faveurs. Saint Éloi en profita pour attacher son nom à plusieurs fondations pieuses, non seulement dans le diocèse de Noyon, mais encore à Limoges, principale ville de la province où il était né.

     Le roi Dagobert, le Diable et saint Éloi. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville) publiée dans Les héros comiques d'Émile Faguet (1847-1916)

     


    Le roi Dagobert, le Diable et saint Éloi. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy
    de Bréville publiée dans Les héros comiques d’Émile Faguet (1847-1916)

    Ces traditions, qui se rattachent aux premiers temps de notre histoire, ont traversé tout le Moyen Age sans se perdre, et sans même qu’un grand nombre de documents nous en ait conservé la mémoire. En effet, après la chronique latine citée plus haut, le nom du roi Dagobert disparaît des poèmes et des autres documents écrits qui auraient pu nous transmettre ces traditions. Le grand nom de Charlemagne s’est attaché à presque toutes ; elles sont aujourd’hui confondues et composent la vie héroïque de ce monarque puissant.

    Quoi qu’il en soit, une trace bien effacée existait encore des faits relatifs à Dagobert, et c’est une chanson populaire, satirique, qui en a ravivé le souvenir après un espace de douze cents années.

     

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