• La Voulzie...................Hégésippe Moreau 1818 - 1838

    La Voulzie

    La Voulzie...................

    Élégie

    S'il est un nom bien doux fait pour la poésie, 
    Oh ! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie ? 
    La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles ? Non ; 
    Mais, avec un murmure aussi doux que son nom, 
    Un tout petit ruisseau coulant visible à peine ; 
    Un géant altéré le boirait d'une haleine ; 
    Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots, 
    Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots. 
    Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres,
    Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures. 
    Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons, 
    Dans le langage humain traduit ces vagues sons ; 
    Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage, 
    Quand j'émiettais mon pain à l'oiseau du rivage, 
    L'onde semblait me dire : " Espère ! aux mauvais jours 
    Dieu te rendra ton pain. " - Dieu me le doit toujours ! 
    C'était mon Égérie, et l'oracle prospère 
    À toutes mes douleurs jetait ce mot : " Espère ! 
    Espère et chante, enfant dont le berceau trembla ; 
    Plus de frayeur : Camille et ta mère sont là. 
    Moi, j'aurai pour tes chants de longs échos... " - Chimère ! 
    Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère. 
    J'avais bien des amis ici-bas quand j'y vins, 
    Bluet éclos parmi les roses de Provins :
    Du sommeil de la mort, du sommeil que j'envie, 
    Presque tous maintenant dorment, et, dans la vie, 
    Le chemin dont l'épine insulte à mes lambeaux, 
    Comme une voie antique est bordé de tombeaux. 
    Dans le pays des sourds j'ai promené ma lyre ; 
    J'ai chanté sans échos, et, pris d'un noir délire, 
    J'ai brisé mon luth, puis de l'ivoire sacré 
    J'ai jeté les débris au vent... et j'ai pleuré ! 
    Pourtant, je te pardonne, ô ma Voulzie ! et même, 
    Triste, tant j'ai besoin d'un confident qui m'aime, 
    Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant 
    De clore au jour mes yeux battus d'un si long vent, 
    Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage, 
    Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge, 
    Dormir encore au bruit de tes roseaux chanteurs, 
    Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.

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