• LA SAUTERELLE..................Maurice Rollinat (1846-1903)

    LA SAUTERELLE

    LA SAUTERELLE..................

    À Georges Landry.


    Sa tête a l’air d’être en bois peint,
    Malgré ses mandibules moites ;
    Elle a l’œil gros comme un pépin.
    Pareille aux bêtes en sapin,
    Mouton, cheval, bœuf et lapin,
    Que les enfants ont dans des boîtes,
    Sa tête a l’air d’être en bois peint,
    Malgré ses mandibules moites.
     
    Grise, elle a les ailes doublées
    De rouge antique ou de bleu clair
    Qu’on entrevoit dans ses volées
    Brusques, ronflantes et tremblées.
    Verte, ses jambes endiablées
    Sont aussi promptes que l’éclair ;
    Grise, elle a les ailes doublées
    De rouge antique ou de bleu clair.
     
    Elle saute sans nul effort
    Les ruisselets et les ornières ;
    Et son coup de cuisse est si fort
    Qu’elle semble avoir un ressort.
    Puis, quand elle a pris son essor
    Autour des trous et des marnières,
    Elle saute sans nul effort
    Les ruisselets et les ornières.
     
    La toute petite grenouille
    La regarde et croit voir sa sœur,
    Au bord du pacage qui grouille
    De fougères couleur de rouille.
    Dans sa rigole où l’eau gargouille,
    Sur son brin de jonc caresseur,
    La toute petite grenouille
    La regarde et croit voir sa sœur.
     
    Elle habite loin des marais,
    Sous la feuillée, au pied du chêne ;
    Dans les clairières des forêts,
    Sur le chaume et dans les guérets.
    Aux champs, elle frétille auprès
    Du vieil âne tirant sa chaîne ;
    Elle habite loin des marais,
    Sous la feuillée auprès du chêne.
     
    Nids de taupes et fourmilières,
    Champignon rouge et caillou blanc,
    Le chardon, la mousse et les lierres
    Sont ses rencontres familières.
    Sur les brandes hospitalières,
    Elle vagabonde en frôlant
    Nids de taupes et fourmilières,
    Champignon rouge et caillou blanc.
     
    Quand le soleil a des rayons
    Qui sont des rires de lumière,
    Elle se mêle aux papillons
    Et cliquette avec les grillons ;
    Elle abandonne les sillons
    Et les abords de la chaumière,
    Quand le soleil a des rayons
    Qui sont des rires de lumière.
     
    Cheminant, sautant, l’aile ouverte
    Elle va par monts et par vaux,
    Et voyage à la découverte
    De quelque pelouse bien verte :
    En vain, elle a plus d’une alerte
    Parmi tant de pays nouveaux,
    Cheminant, sautant, l’aile ouverte,
    Elle va par monts et par vaux.
     
    Son chant aigre est délicieux
    Pour l’oreille des buissons mornes.
    C’est l’acrobate gracieux
    Des grands vallons silencieux.
    Les liserons sont tout joyeux
    En sentant ses petites cornes ;
    Son chant aigre est délicieux
    Pour l’oreille des buissons mornes.
     
    Cauchemar de l’agriculteur,
    Tu plairas toujours au poète,
    Au doux poète fureteur,
    Mélancolique observateur.
    Beau petit insecte sauteur,
    Je t’aime des pieds à la tête :
    Cauchemar de l’agriculteur,
    Tu plairas toujours au poète !
     

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