• LA ROSE ET LE PAPILLON............Antoine Houdar de La Motte (1672-1731)...

    LA ROSE ET LE PAPILLON

    LA ROSE ET LE PAPILLON...............  

          Qu’est devenu cet âge où la nature
                Riait sans cesse au genre humain ;
                Cet âge d’or, dont la peinture
          Nous flatte encor ? Songe doux quoique vain.
                Mais ce n’est pas que j’en rappelle
          Les jours sereins et les tranquilles nuits.
                Que la nature fût plus belle,
    Que Flore eût plus de fleurs, Pomone plus de fruits,
          Ce n’est pas là ce qui fait mes ennuis.
                J’en regrette d’autres délices ;
          La foi naïve et la simple candeur,
                Les vertus hôtesses du cœur,
                L’ignorance même des vices.
          Oui, ce fut là son plus rare trésor,
    Les discours n’étaient point des embûches dressées ;
                Les paroles et les pensées
                N’étaient point en divorce encor.
                Quoi ! Ces gens étaient-ils des hommes,
                Demanderait-on volontiers ?
                Tant on les trouve singuliers
                Et tout autres que nous ne sommes !
                Oui, c’en était. Ces bonnes gens
                Furent vos pères et vos mères.
                Qui croirait, messieurs leurs enfants,
                Que vous vinssiez d’aïeux sincères ?
    De mensonge aujourd’hui vous donnez des leçons ;
          Tout se viole et tout se falsifie.
    Promesses et serments passent pour des chansons :
                Sot qui les tient : fou qui s’y fie.
                À nous voir en si mauvais train,
    Ce n’est plus l’âge d’or qu’à présent je regrette.
                C’en serait trop. Je ne souhaite
                Que de revoir l’âge d’airain.
    Environ ce temps-là fleurissait ma coquette.
     
    Il était une rose en un jardin fleuri,
    Se piquant de régner entre les fleurs nouvelles.
                Papillon aux brillantes ailes,
                Digne d’être son favori,
    Au lever du soleil lui compte son martyre :
                Rose rougit et puis soupire.
    Ils n’ont pas comme nous le temps des longs délais ;
                Marché fut fait de part et d’autre.
    Je suis à vous, dit-il : moi : je suis toute vôtre ;
    Ils se jurent tous deux d’être unis à jamais.
    Le papillon content la quitte pour affaire :
                Ne revient que sur le midi.
    Quoi ! Ce feu soi-disant si vif et si sincère,
          Lui dit la rose, est déjà refroidi ?
    Un siècle s’est passé, (c’était trois ou quatre heures)
          Sans aucun soin que vous m’ayez rendu.
                Je vous ai vu dans ces demeures,
    Porter de fleurs en fleurs un amour qui m’est dû.
    Ingrat, je vous ai vu baiser la violette,
                Entre les fleurs simple grisette,
                Qu’à peine on regarde en ces lieux ;
    Toute noire qu’elle est, elle a charmé vos yeux.
    Vous avez caressé la tulipe insipide,
                La jonquille aux pâles couleurs,
          La tubéreuse aux malignes odeurs.
    Est-ce assez me trahir ? Es-tu content, perfide ?
                Le petit-maître papillon
                Répliqua sur le même ton :
    Il vous sied bien, coquette que vous êtes,
                De condamner mes petits tours ;
                Je ne fais que ce que vous faites ;
    Car j’observais aussi vos volages amours.
          Avec quel goût je vous voyais sourire
    Au souffle caressant de l’amoureux Zéphire !
                Je vous passerais celui-là :
                Mais non contente de cela,
          Je vous voyais recevoir à merveille
                Les soins empressés de l’abeille ;
    Et puis après l’abeille arrive le frelon ;
    Vous voulez plaire à tous jusques au moucheron.
                Vous ne refusez nul hommage ;
    Ils sont tous bien venus, et chacun à son tour.
     
                C’est providence de l’amour
                Que coquette trouve un volage.
     

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