• LA NUICT...............Louvigné du Dézert (1884-1945)

    LA NUICT

    LA NUICT...............Louvigné du Dézert (1884-1945)    

    Déa ! les instans énivrans, 
    Qu’en fust douce la mort jumelle, 
    Quand, pasmés mamelle à mamelle, 
    Nous meslions nos esprits errans ! 
      
    Ceste Nuict nous fist ce loysir, 
    Et son deüil de Cérémonie 
    Pend de la Vouste rembrunie 
    Pour ceux qui meurent de Plaisir. 
      
    Mais ce deüil comme ceste mort 
    N’ont du tout rien d’espouvantable, 
    Et l’Ombre n’est insupportable 
    Qu’à la pucelle qui se mord. 
      
    Pour mieux gouster ce que vas veoir, 
    Une mascarade ymagine, 
    Qui balle devant la Dauphyne 
    Le Convoy des Astres du Soir. 
      
    Voy le cortège fabuleux 
    De ceste pompe funéraire : 
    Sans bruict, le pas du Sagittaire 
    Va foulant les Cirrus moelleux. 
      
    Arcture escorte le Chariot
    Qu’il suyt, en pleureur taciturne ; 
    Le Verseau transporte son urne, 
    Et l’Hyas(1) estouffe un sanglot. 
      
    Là, c’est l’Émyr Aldébaran
    Dont on ne veoit la face More, 
    Mais une aigrette de phosphore 
    Tremble au sommet de son turban ; 
      
    Persée, amoureux Chevalier, 
    Androméda et Cassiope
    VénusHercule, et le Canope
    Orion, ceint du baudrier
      
    En fin, la faune d’almanac, 
    Les ymages d’Astrologie, 
    L’Hydre, de sang toute rougie, 
    Et la Licorne sans cornac. 
      
    Si le restant soulois compter, 
    Avant que d’en treuver la somme 
    Ton Louvigné seroit vieil homme 
    Que tu ne voudrois mignotter ! 
      
    Ne restons le néz dans les Cieux, 
    Nous deviendrions Catholicques, 
    Je veux dire mélancholicques, 
    Imbécilles et soucieux. 
      
    Voy ce ruisselet serpentant 
    Dont reluisent les mille escailles : 
    Il se coule emmy les brossailles 
    Pour attaquer ce bœuf brouttant. 
      
    Ces arbres-cy causent tout bas, 
    Ils méditent la mort du Chesne ; 
    Mais la racine les enchaisne, 
    Et, de rage, ils battent des bras. 
      
    Comme peinture de trumeau, 
    En sa fluste un Berger(2) souspire, 
    Et, de son lunaticque Empire, 
    Diane entend ce chalumeau. 
      
    À veoir ce grand oyseau de nuict, 
    L’on croiroit que c’est le Silence, 
    Qui revient de chez l’Indolence, 
    Chargé des plumes de son lict. 
      
    Le bief chantonne foiblement, 
    Pour assoupir la vieille rouë : 
    Tout le jour avecq’elle il joue 
    À culebutter vistement. 
      
    De son nid contre le linteau, 
    Progné doucettement susurre, 
    Et sa légendaire torture 
    Sa Sœur(3) récitte dans l’ormeau. 
      
    Ne diroit-on pas à l’ouyr, 
    Isnelle forme palpitante, 
    D’une feuille des boys qui chante, 
    Premièrement que de flestrir ? 
      
    O, escoutte, escoutte un petit 
    Ceste pathéticque Infortune ! 
    Le toict s’esgoutte souz la Lune, 
    Pleurante et pasle à ce récit ! 
      
    Zéphyr ce chant transmet aux Dieux ; 
    Le hibou d’ululer s’arreste, 
    Et le saule, inclinant sa teste, 
    Sanglotte en ses pendans cheveux. 
      
    De la Ville Rome exilé, 
    Au bord de la rive Ponticque, 
    Ovide, seul, donroit réplicque 
    À ce dolent Poesme aislé ! 
      
    Lors que Philomelle aura teü 
    Ceste sublime Mélodie, 
    Tel qu’après une Tragédie, 
    Tout restera comme abattu. 
      
    Quoy ! tu pleures tout contre moy, 
    Vaze empli d’amour et de peine ! 
    Qu’il boyve à ta double fontaine, 
    Le bel object de ton émoy ! 
      
    Ha ! que ne vient-il en ce pleur 
    Tremper sa languette altérée : 
    Il oublîroit viste Térée 
    Qui lui causa ceste Douleur ! 
      
    Corine, tu ne m’entens plus ; 
    Phantase(4) un philtre te prodigue, 
    Et les liens de la fatigue 
    Enchevestrent ton corps perclus. 
      
    Dessus l’Oubly, Fleuve endormeur, 
    Le Sommeil nonchalant arrive : 
    Corine, allons à la dérive 
    Sur ceste barque sans rameur ! 
      
    _____________ 
    (1) Singulier d’Hyades, qu’on emploie parfois pour désigner cette constellation. Inserena Hyas
    (2) Endymion. 
    (3) Philomèle. 
    (4) Fils du Sommeil. 
      

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