• L’HIVER...........Antoinette Deshoulières (1638-1694).

    L’HIVER

    L’HIVER

    IDYLLE À M.... DE BELLESBAT


    L’hiver, suivi des vents, des frimas, des orages,
    De ces aimables lieux trouble l’heureuse paix.
    Il a déjà ravi par de cruels outrages
              Ce que la terre avait d’attraits.
              Quelles douloureuses images
    Le désordre qu’il fait imprime dans l’esprit !
    Hélas, ces prés sans fleurs, ces arbres sans feuillages,
              Ces ruisseaux glacés, tout nous dit :
    Le temps fera chez vous de semblables ravages !
              Comme la terre nous gardons
              Jusques au milieu de l’automne
    Quelques-uns des appâts que le printemps nous donne
              L’hiver vient-il ? nous les perdons.
    Pouvoir, trésors, grandeurs, n’en exemptent personne,
    On se déguise en vain ces tristes vérités ;
              Les terreurs, les infirmités
    De la froide vieillesse ordinaires compagnes,
    Font sur nous ce que font les autans irrités
              Et la neige sur les campagnes.
              Encor, si, comme les hivers
    Dépouillent les forêts de leurs feuillages verts,
    L’âge nous dépouillait des passions cruelles
    Plus fortes à dompter que ne le sont les flots,
              Nous goûterions un doux repos
              Qu’on ne peut trouver avec elles.
    Mais nous avons beau voir détruire par le temps
    La plus forte santé, les plus vifs agréments,
    Nous conservons toujours nos premières faiblesses.
    L’ambitieux, courbé sous le fardeau des ans,
    De la fortune encor écoute les promesses ;
    L’avare, en expirant, regrette moins le jour
              Que ses inutiles richesses ;
    Et qui jeune a donné tout son temps à l’amour,
    Un pied dans le tombeau veut encor des maîtresses :
    Il reste dans l’esprit un goût pour les plaisirs,
    Presqu’aussi dangereux que leur plus doux usage.
              Pour être heureux, pour être sage,
    Il faut savoir donner un frein à ses désirs.
              Mieux qu’un autre, sage Timandre,
    De cet illustre effort vous connaissez le prix.
    Vous, en qui la nature a joint une âme tendre
              Avec un des plus beaux esprits,
    Vous, qui dans la saison des grâces et des ris,
    Loin d’éviter l’amour, faisiez gloire d’en prendre ;
              Et qui, par effort de raison,
    Fuyez de ses plaisirs la folle inquiétude
              Avant que l’arrière-saison
    Vous ait fait ressentir tout ce qu’elle a de rude.
     

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