• L'EXPRESSION DU JOUR "Bâton merdeux"

    "Bâton merdeux"

    ***********


    Au sens propre (si l’on ose dire !), il s’agit d’un ustensile si souillé qu’on nepeut le saisir par aucun bout. Au sens figuré, c’est un individu acariâtre aucaractère si détestable qu’on ne sait comment l’aborder. C’est en ce sens quegrand-mère disait (rarement et à voix basse) de quelque connaissance peufréquentable : "C’est un bâton merdeux."

    L’expression a ensuite évolué pour désigner toute situation si délicate, toutproblème si épineux qu’on ne sait comment les appréhender. Le bâton enquestion a peut-être été l’accessoire principal d’un jeu d’enfants, celui que cite Rabelais au chapitre XXII de Gargantua (1534), entre "pet en gueulle" et"brandelle", parmi quelque deux cent vingt autres auxquels s’adonnait le filsde Grandgousier : "Guillemin, baille my ma lance."

    La règle de ce jeu est donnée par l’abbé François Guyet (1575-1655) dans l’une des nombreuses notes qu’il écrivit en marge de son Rabelais : "On bandeles yeux à l’un de la troupe, lequel on traite de Chevalier. En cet état ilcommande à son Écuyer, soit Guillemin ou Robin, de lui bailler sa lance. 'Attendez, Monsieur', répond l’Écuyer, 'je vous l’agence'. L’Écuyer disant ensuite à son Maître qu’il lui présente effectivement une lance : dans le temps que Monsieur le Chevalier ouvre la main pour empoigner cette lance, son Écuyer lui met en main un bâton qu’il a pris le loisir d’enduire de m… à l’endroit que l’autre doit toucher."

    On voit ici que "Guillemin" est construit sur l’ancien verbe guiller, "tromper,attraper", également à l’origine de "guilledou" ["courir le guilledou", c'est être volage, ]. Est-ce la véritable origine du bâton merdeux ? Une autre

    possible source est évoquée dans certaines pages de littératurepornographique qui, pas plus que le bâton en question, n’est à mettre entretoutes les mains, par exemple :

    "Oh ! par ma foi, moi qui suis sans culture / J’appelle un con un con, et dissans bouffissure / Qu’un vit de bougre est un bâton merdeux"

    (L’Odissée en raccourci, in Origine des puces, 1793.)
    Quand on sait que "bougre" (déformation de "bulgare" datant du XIIe siècle)fut un surnom donné aux sodomites, on comprend l’allusion graveleuse.

    « Quand la beauté et la tendresse s’invitent autour de nousL'EXPRESSION DU JOUR "Avoir les nerfs en pelote" »
    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :