• L’AGONISANT.........Germain Nouveau (1851-1920)

    L’AGONISANT

    L’AGONISANT.........Germain Nouveau (1851-1920)

    Ce doit être bon de mourir,
    D’expirer, oui, de rendre l’âme,
    De voir enfin les cieux s’ouvrir ;
    Oui, bon de rejeter sa flamme
    Hors d’un corps las qui va pourrir ;
    Oui, ce doit être bon, Madame,
    Ce doit être bon de mourir !
     
    Bon, comme de faire l’amour,
    L’amour avec vous, ma Mignonne,
    Oui, la nuit, au lever du jour,
    Avec ton âme qui rayonne,
    Ton corps royal comme une cour ;
    Ce doit être bon, ma Mignonne,
    Oui, comme de faire l’amour ;
     
    Bon, comme alors que bat mon cœur,
    Pareil au tambour qui défile,
    Un tambour qui revient vainqueur,
    D’arracher le voile inutile
    Que retenait ton doigt moqueur,
    De t’emporter comme une ville
    Sous le feu roulant de mon cœur;
     
    De faire s’étendre ton corps,
    Dont le soupirail s’entrebâille.
    Dans de délicieux efforts,
    Ainsi qu’une rose défaille
    Et va se fondre en parfums forts,
    Et doux, comme un beau feu de paille ;
    De faire s’étendre ton corps ;
     
    De faire ton âme jouir,
    Ton âme aussi belle à connaître,
    Que tout ton corps à découvrir ;
    De regarder par la fenêtre
    De tes yeux ton amour fleurir,
    Fleurir dans le fond de ton être
    De faire ton âme jouir ;
     
    D’être à deux une seule fleur,
    Fleur hermaphrodite, homme et femme,
    De sentir le pistil en pleur,
    Sous l’étamine toute en flamme,
    Oui d’être à deux comme une fleur,
    Une grande fleur qui se pâme,
    Qui se pâme dans la chaleur.
     
    Oui, bon, comme de voir tes yeux
    Humides des pleurs de l’ivresse,
    Quand le double jeu sérieux
    Des langues que la bouche presse,
    Fait se révulser jusqu’aux cieux,
    Dans l’appétit de la caresse,
    Les deux prunelles de tes yeux ;
     
    De jouir des mots que ta voix
    Me lance, comme des flammèches,
    Qui, me brûlant comme tes doigts,
    M’entrent au cœur comme des flèches,
    Tandis que tu mêles ta voix
    Dans mon oreille que tu lèches,
    À ton souffle chaud que je bois ;
     
    Comme de mordre tes cheveux,
    Ta toison brune qui ruisselle,
    Où s’étalent tes flancs nerveux,
    Et d’empoigner les poils de celle
    La plus secrète que je veux,
    Avec les poils de ton aisselle,
    Mordiller comme tes cheveux ;
     
    D’étreindre délicatement
    Tes flancs nus comme pour des luttes,
    D’entendre ton gémissement
    Rieur comme ce chant des flûtes,
    Auquel un léger grincement
    Des dents se mêle par minutes,
    D’étreindre délicatement,
     
    De presser ta croupe en fureur
    Sous le désir qui la cravache
    Comme une jument d’empereur,
    Tes seins où ma tête se cache
    Dans la délicieuse horreur
    Des cris que je... que je t’arrache
    Du fond de ta gorge en fureur ;
     
    Ce doit être bon de mourir,
    Puisque faire ce que l’on nomme
    L’amour, impérieux plaisir
    De la femme mêlée à l’homme,
    C’est doux à l’instant de jouir,
    C’est bon, dis-tu, c’est bon... oui... comme,
    Comme si l’on allait mourir ?
     

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