• IMAGES D’UN SOU......Paul Verlaine (1844-1896)

    IMAGES D’UN SOU

    À Léon Dierx 

    De toutes les douleurs douces
    Je compose mes magies !
    Paul, les paupières rougies,
    Erre seul aux Pamplemousses.
    La Folle-par-amour chante
    Une ariette touchante.
    C’est la mère qui s’alarme
    De sa fille fiancée.
    C’est l’épouse délaissée
    Qui prend un sévère charme
    À s’exagérer l’attente
    Et demeure palpitante.
    C’est l’amitié qu’on néglige
    Et qui se croit méconnue.
    C’est toute angoisse ingénue,
    C’est tout bonheur qui s’afflige :
    L’enfant qui s’éveille et pleure,
    Le prisonnier qui voit l’heure,
    Les sanglots des tourterelles,
    La plainte des jeunes filles.
    C’est l’appel des Inésilles
    — Que gardent dans des tourelles
    De bons vieux oncles avares — 
    À tous sonneurs de guitares.
    Voici Damon qui soupire
    Sa tendresse à Geneviève
    De Brabant qui fait ce rêve
    D’exercer un chaste empire
    Dont elle-même se pâme
    Sur la veuve de Pyrame
    Tout exprès ressuscitée,
    Et la forêt des Ardennes
    Sent circuler dans ses veines
    La flamme persécutée
    De ces princesses errantes
    Sous les branches murmurantes,
    Et madame Malbrouck monte
    À sa tour pour mieux entendre
    La viole et la voix tendre
    De ce cher trompeur de Comte
    Ory qui revient d’Espagne
    Sans qu’un doublon l’accompagne.
    Mais il s’est couvert de gloire
    Aux gorges des Pyrénées
    Et combien d’infortunées
    Au teint de lys et d’ivoire
    Ne fit-il pas à tous risques
    Là-bas, parmi les Morisques !...
    Toute histoire qui se mouille
    De délicieuses larmes,
    Fût-ce à travers des chocs d’armes,
    Aussitôt chez moi s’embrouille,
    Se mêle à d’autres encore,
    Finalement s’évapore
    En capricieuses nues,
    Laissant à travers des filtres
    Subtils talismans et philtres
    Au fin fond de mes cornues
    Au feu de l’amour rougies.
    Accourez à mes magies !
    C’est très beau. Venez d’aucunes
    Et d’aucuns. Entrez, bagasse !
    Cadet-Roussel est paillasse
    Et vous dira vos fortunes.
    C’est Crédit qui tient la caisse.
    Allons vite qu’on se presse !
       

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