• LES DEMI-AMES

    LES DEMI-AMES.......

     

    Le jour où, la boîte au dos et la pipe aux dents, je découvris pour la première fois, à travers son rideau d’élyme gris, la petite grève d’or dans laquelle fort probablement je mourrai, un couple en arpentait le sable. Il marchait à petits pas, frileusement, comme des vieillards qui se chauffent au soleil, et suivait exactement les lignes sinueuses et les demi-cercles d’écume que tracent les vagues vertes en bavant. Les prenant pour des amoureux en quête de solitude, je me gardai bien de les déranger, et je piquai mon chevalet à l’ombre d’un rocher taillé en forme de sphinx allongé, qui est bien le produit le plus extraordinaire de l’art statuaire de la mer.

    Mais ils m’aperçurent et vinrent à moi. Ils  riaient, la bouche ouverte sur les dents, sans mot dire, en sauvages, et je vis qu’ils étaient plus jeunes que je ne l’avais imaginé d’après leurs démarches sautillantes. A eux d’eux, ils n’emplissaient pas l’urne de quatre-vingts ans. La femme avait dû être assez jolie, mais l’homme était superbe encore. Avec ses traits nets et simplifiés, on l’eût dit taillé lui aussi et modelé largement par la mer dans un bloc de quartz.

    Aux réponses qu’ils firent à quelques questions banales, je ne tardai pas à m’apercevoir que j’avais affaire à un couple d’innocents ou, comme on dit ici, de « diots ». D’ailleurs, ils ne prononçaient pas un mot sans se consulter longuement du regard, et le geste que l’un hasardait, l’autre le reproduisait aussitôt, et comme une ombre sur un mur. Le soir, lorsque je pliai bagage, ils marchaient encore dans les baves multicolores de la marée descendante, qu’ils avaient suivie presque à l’horizon.

    Et comme je m’informais d’eux auprès du cabaretier de la route :

    — Ah ! me dit-il, vous avez vu les Demi-Ames ?

    — Les Demi-Ames ? fis-je, assez étonné de la désignation. 

    — Oui, reprit-il ; on les appelle ainsi parce qu’ils n’ont qu’une âme pour deux.

    Des Bretons qui buvaient se mirent à rire, et grâce à l’appât des bolées, j’obtins que l’un d’eux me contât l’histoire singulière des Demi-Ames de la Roche-Pelée.

    — Lui, fit le conteur, il s’appelle Élie ; elle, on l’appelle Anne-Marie. Ils sont bel et bien mari et femme, tels que vous les voyez, avec leurs apparences d’amoureux sempiternels. Figurez-vous, monsieur, qu’ils étaient aussi futés et fins auparavant qu’ils sont aujourd’hui simples et sans idées. Mais surtout Anne-Marie, que nous avons tous connue piquante comme tête de chardon et tout à fait avisée. Lui moins.

    « Ils venaient de se marier, lorsqu’Élie prit engagement pour la pêche au port de Saint-Malo, sur la Belle-Sophie, capitaine Géflot, car il était gars de flétan (marin de Terre-Neuve). Dès avant le départ, fixé à deux jours de là, le pauvre Élie, en manoeuvrant les tonnes de saumure sur le pont, tourne du pied, glisse et tombe à la mer. Comme il ne savait pas nager, il se perd, et voilà son corps, à la dérive. Toute la nuit on le chercha, dans un rocher et dans un autre, et tout le long de la côte. Mais  point de corps, point d’Élie. Lorsqu’un matin on vint dire à Anne-Marie, laquelle ne savait rien encore :

    « — Il y a sur la grève de la Roche-Pelée un cadavre tout blanc qui ressemble à ton homme si ce n’est lui.

    « Car il fallait la ménager.

    « Elle y va et le trouve amarré sur ce rocher qui est tout pareil à une bête couchée, avec une tête de femme. Pour tout le monde et pour vous-même, si vous eussiez été là, le gars était mort. Mais pour elle, il ne l’était pas. Il faut croire aussi que le bon Dieu fait des miracles. Toujours est-il qu’elle se colla sur lui, comme un minard (pieuvre), bouche à bouche, à croire que leur nuit de noces recommençait. Où avait-elle appris ce remède, cette Anne-Marie ? Pendant des heures et des heures, elle lui souffla dans la poitrine, sans débrider des lèvres, et, monsieur, elle l’a fait revenir, car c’est lui que vous avez vu tout à l’heure.

    Et le narrateur breton ajouta :

    — Seulement, pour le ressusciter, elle a été obligée de lui passer la moitié de son âme.

    Et le cabaretier conclut :

    — Voilà la cause pour laquelle on les appelle dans le pays : les Demi-Ames. Mais ils sont  inoffensifs, et vous n’avez rien à craindre d’eux, quand vous dessinez sur la grève. Est-ce triste, une fille si malicieuse ! la voilà « diote » à présent.

    Aujourd’hui, jour des Morts, j’ai appris que les Demi-Ames s’étaient envolées. Ils sont morts ensemble presque à la même minute et dans la même heure. On les a trouvés dans leur chaumière assis devant l’âtre éteint, et côte à côte sur deux escabeaux rapprochés.

    Un vieux Breton m’a dit :

    — Moi, je me demande qui va les prendre ?

    Oui, qui va les prendre ? dites-le moi. Car les Demi-Ames n’avaient qu’une âme pour deux, et là-haut on veut des âmes bien entières. Que ce soit Satan ou le bon Dieu qui les jugent, ces juges exigent une âme par corps. Leurs lois sont formelles. Quand ils se réincorporeront pour l’éternité, comment le pauvre Élie arrivera-t-il à faire entrer la sienne, la vraie, celle qu’il a perdue à l’eau, dans le fourreau déjà à moitié rempli ? Il lui en sortira donc une partie hors du corps ? Et d’autre part, Anne-Marie, dépourvue de sa moitié d’âme, avec quoi remplira-t-elle sa gaine demi-vide ? Peut-être, et je le crois, avec le surplus de celle  d’Élie et ce qu’il y en aura hors de lui. Alors ils se tiendront une fois encore, et j’incline à penser que n’importe où on les enverra de la sorte, soit toujours unis, ils se trouveront dans le vrai paradis.

     
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  • L’ENFANT PERDU

     Contes féeriques et rustiques

    L’ENFANT PERDU.....Émile Bergerat  (1845 – 1923)



    A une portée de fusil du hameau breton que j’habite, il y a une ferme importante, appelée la Ville-Eyrnaud, du nom de son fermier, ou plutôt de sa fermière, Jacquemine Eyrnaud, car Pierre Eyrnaud est mort l’an dernier. Dieu ait son âme !

    Établie dans une espèce de manoir, d’ailleurs sans caractère et d’un style hybride, la métairie se relie par de hautes futaies de châtaigniers et des allées magnifiques à cette forêt de Ponthual, sombre et légendaire, qui fut et redeviendrait, au besoin, un repaire de chouans. Un « doué », ou ruisseau aux eaux intermittentes, sépare le corps d’habitation de ses dépendances, potagers, vergers, étables et prairies ; il aboutit à un vivier devenu une canarderie tumultueuse, comique, toujours en  batailles d’ailes ou de becs. Un radeau, vert de graminées, y flotte et se déplace, et c’est sur le pont rustique qui la traverse que, le soir, au soleil tombant, la mère Eyrnaud préside à la rentrée de ses vaches. Les enfants qui les mènent, avec des baguettes de coudrier, ont l’air de les pousser avec des rayons.

    Puis, c’est le tour des chevaux, reconduits à l’écurie par les gars de la fermière. Elle les voit venir, blancs sur le vert bruni des sentes, écartant du garrot les éventails des fougères, et quand ils ont bu au « dormoir », chacun à leur tour, elle est contente et s’en va à la soupe.

    Au loin, l’orchestre de la mer enfle ses rumeurs, et les lignes violettes des bois tremblent à l’horizon.

    La mère Eyrnaud a sept enfants. Elle les a tous allaités, élevés et gardés. Elle les aime profondément. Ils l’aiment également.

    — Ah vère dam, oui, par exemple !

    Et, cependant, elle est toujours triste.

    Nul ne peut se vanter de l’avoir vue une seule fois rire ou chanter au rouet, et non seulement depuis la mort d’Eyrnaud, mais même auparavant. Une ride, creuse comme une ornière, lui fait deux fronts sous un seul bonnet.  Et ils ne savent pas, les gars, ils n’ont jamais su la cause de sa mélancolie. Eyrnaud non plus, ne l’a pas sue, le pauvre cher homme ! Quand, de son vivant, il la surprenait les yeux perdus, l’ouïe tendue au bruit des chemins et l’âme toute hors du corps, il soupirait et lui disait :

    — A la fin des fins, Jacquemine, tu n’es donc pas heureuse ?

    — Très heureuse, Pierre, tout va bien.

    Mais elle repartait à rêver. Alors, il branlait de la tête et s’en allait fumer sa pipe au bord de la canarderie.

    Une seule chose la tirait de son brouillard. Régulièrement, aux temps de la moisson, quand on embauche des gars pour les travaux de la récolte, elle s’activait. C’était elle qui recevait ceux qui venaient se proposer à la ferme, qui traitait avec eux et leur versait la bolée de cidre. Elle les examinait longuement, anxieusement, les tâtait et les faisait causer. Ceux qui avaient vingt ans étaient tous pris et acceptés, fussent-ils ivrognes avérés et fainéants reconnus. S’ils n’avaient pas d’outils, elle leur en procurait, et s’ils prolongeaient plus que de raison la sieste de quatre heures, elle empêchait Eyrnaud de les malmener.  

    Un jour, il en vint un qui était faible et contrefait, un pauvre « diot » comme on dit ici, plus propre à mendier son pain qu’à le gagner.

    — D’où es-tu ? lui demanda Jacquemine.

    — De Saint-Brieuc.

    — Ton nom ?

    — Je n’en ai pas. Je sommes enfant trouvé.

    — Sors-tu de l’asile ?

    — Da, j’en sortions, comme vous me voyez.

    L’infortuné avait les vingt ans requis. La fermière devint pâle et s’accrocha à la table pour ne pas défaillir.

    — Je te garde, lui dit-elle, tu vas rester ici, et je te nourrirai.

    Elle s’empara du « diot », le décrassa, l’habilla et le fit coucher dans sa chambre. Il resta un mois entier à la Ville-Eyrnaud, inutile et béat ; il y serait encore si Eyrnaud ne l’avait, un soir, remis sur le chemin de Saint-Brieuc. Il retourna à l’asile, et il conta son aventure aux Enfants-Trouvés.

    De telle sorte qu’à l’août suivant, il amenait quatre camarades à l’embauchage. Mais comme, sur le nombre, il n’y en avait que deux qui eussent vingt et un ans, elle envoya les deux plus jeunes à la fauche et ne garda dans la ferme que les deux autres. Quinze jours, ils y  vécurent comme coqs en pâte. Jacquemine, silencieuse à l’ordinaire, les harcelait de questions bizarres, leur écartait les cheveux sur le front, leur prenait les mains et les gardait entre les siennes, allait les écouter dormir, veillait à ce que leurs vêtements fussent en bon état ; enfin, elle semblait quelque vieille poule soignant les poussins d’une autre. Quand ils partirent, elle pleura.

    Pour le coup, ses sept enfants se fâchèrent, et ils lui adressèrent des reproches. Ils étaient jaloux :

    — Sont-ils donc du même sang que nous, pour que tu te lamentes du départ de ces « hossouères » ? (étrangers), que tes sept enfants ne te suffisent plus ? Tu n’en as que pour eux, et les voilà dételés sans qu’ils t’aient tant seulement payée d’un « merci, madame » !

    Eyrnaud mourut à la Saint-Michel dernière, et dans un mois on embauchera à la ferme, pour les moissons d’août.

    Il en viendra de Pleurtruit, de Ploubalay et de Plouher, de Saint-Caast et de Saint-Jacut, des solides et des malingres, des paresseux et des braves, et Jacquemine entre eux choisira. Mais pour ce qui est de ceux de Saint-Brieuc, où est l’asile des Enfants-Trouvés, elle ne choisira pas, elle les engagera tous, et s’ils ont vingt-deux ans, ni plus ni moins, et au prix qu’ils y mettront encore. Eyrnaud n’est plus là pour parer à ce vertigo de charité. Et si les sept enfants se fâchent, les sept enfants se fâcheront, il n’en ira ni mieux ni pis, et ce sera tout comme. Voici pourquoi :

    Il y a vingt-deux ans, Jacquemine n’était pas encore mariée, ni veuve. Elle s’appelait Morizot, du nom de ses père et mère, et elle était jeune fille, belle jeune fille voire : les anciens se la rappellent et ils l’ont encore dans les yeux. Sans compter qu’elle était aussi vive et chansonnière, en ce temps-là, qu’elle est, aujourd’hui, triste et taciturne. Un voyageur de commerce, qui vendait des rubans et des fanfreluches, la rencontra, une vesprée, au détour d’une sente. Il l’enjôla, lui donna des cravates de couleur et, finalement, la poussa sur une botte de paille. Ce qu’il est devenu, nul ne le sait et personne n’en a cure. Il faut que jeunesse se passe. Papa Morizot, d’ailleurs, n’en fit que rire, et la mère de même. Seulement, quand l’enfant arriva, neuf mois après, au jour requis, ils sellèrent l’âne, mirent l’enfant dans une manne et allèrent le porter à Saint-Brieuc, où il y a un hospice pour les malvenus. Au retour, ils embrassèrent leur chère Jacquemine, la soignèrent, la guérirent, et quand elle fut sur pied, fraîche comme une rose et svelte comme un jonc, ils la marièrent à Pierre Eyrnaud qui en était féru et proprement en dépérissait.

    Mariage heureux s’il en fut, et fameux dans tout le pays pour la suite de ses prospérités. Ils eurent sept enfants l’un de l’autre, tous forts, bien portants et avisés, comme pas un.

    Mais Jacquemine ne pense qu’à L’AUTRE, l’enfant perdu et le premier ! O terre immense, où est-il ? l’aîné, l’enfant de l’amour ?
    Source: https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99enfant_perd

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  • Le Petit Garçon et les Epis de Blé

    Le Petit Garçon et les Epis de Blé (Version Intégrale) en audio

    Il était une fois un petit garçon qui avait toujours faim. Et plus il mangeait, plus il avait faim. Il passait sa vie dans le cellier, à se gaver des denrées destinées à toute la maisonnée. Un jour, une merveilleuse odeur de viande rôtie l’attira hors de chez lui. Il découvrit une table exquisement dressée de mets en quantité. Son estomac en tressauta de contentement. Sa mère l’invita à s’asseoir, le servit en abondance, le resservit à outrance. N’en pouvant plus de tant de plaisirs, il souhaita s’allonger pour se reposer. Mais gonflé de tant d’excès, il ne put passer la porte. C’est alors que sa mère le chassa : « Je te redonnerai le gîte et le couvert quand tu auras prouvé mériter ta pitance. » Le petit garçon s’assit sur le seuil et se mit à pleurer. La nuit vint, qu’il sanglotait encore. Il supplia sa mère de le laisser entrer. Ce à quoi elle répliqua : « Je te redonnerai le gîte et le couvert quand tu auras prouvé mériter ta pitance. » Comme ce n’était pas une méchante femme, elle lui donna une besace contenant un quignon de pain et une gourde d’eau. Le petit garçon s’en alla.

    Il marchait depuis peu, et déjà la faim le tiraillait. Il s’apprêtait à ne faire qu’une bouchée de son pain quand il entendit : « Cela fait si longtemps que je n’ai pas mangé, que je n’aurai bientôt plus la force de mastiquer. » Le petit garçon vit, assis à l’ombre d’un arbre, un vieil homme si chétif et décharné, qu’il l’invita à partager son frugal repas. Au moment de se séparer, l’ancien remit à l’enfant trois épis de blé en lui disant : « Bien utilisé, il y en aura toujours assez. »
    Le petit garçon continua sa route. Il marchait depuis peu, et déjà la soif le tenaillait. Il s’apprêtait à vider sa gourde d’un trait, quand il entendit : « Cela fait si longtemps que je n’ai pas bu, que je n’aurai bientôt plus la force d’avaler. » Le petit garçon aperçut, étendu dans le fossé, un vieil homme si chétif et décharné, qu’il l’invita à se désaltérer. Il ne restait que quelques gouttes quand le vieil homme donna trois petits coups sur la gourde, en déclarant : « Bien utilisé, il y en aura toujours assez. »
    Le petit garçon poursuivit son périple. Il marchait depuis peu, et déjà une grande fatigue l’envahissait. Il s’apprêtait à rebrousser chemin quand il entendit « Cela fait si longtemps que je marche, que je n’aurai bientôt plus la force d’avancer. » Il remarqua un vieil homme si chétif et décharné, qu’il semblait sur le point de tomber. Ce dernier n’ayant plus très loin à aller, le petit garçon l’emmena sur son dos. Arrivés à une bicoque bancale, le vieil homme lui glissa un sou dans la main, en affirmant : « Bien utilisé, il y en aura toujours assez. »

    Le petit garçon marchait depuis quelques temps, quand il arriva près d’un moulin. Il vit un homme, la tête entre les mains, se désolant : « Je suis un homme perdu. » Le petit garçon lui demanda s’il n’avait pas un peu de pain. « Du pain ! » s’écria le meunier, « si seulement j’avais du blé ! » Et il expliqua au petit garçon que le Roi mariait sa fille et que le boulanger attendait la farine pour confectionner les pains. Malheureusement, à cause de la sécheresse, la récolte avait été mauvaise et il n’avait pas assez de céréale. Le petit garçon lui tendit ses trois épis : « Je vous les donne, si vous m’apprenez à moudre la farine.» Devant tant d’ingénuité et de volonté, le meunier accepta, gardant pour lui que trois épis de blé seraient bien insuffisants. L’un enseigna, l’autre apprit. Ébahi, le meunier dut admettre qu’il y avait là bien assez de farine. Il ne restait plus qu’à livrer le boulanger, ce que firent, sans plus tarder, le meunier et le petit garçon.
    Arrivés près des fours, ils virent un homme, la tête entre les mains, se désolant : « Je suis un homme perdu. » Le boulanger leur expliqua qu’à cause de la sécheresse, la rivière était à sec et qu’il n’avait pas assez d’eau pour confectionner la pâte. Le petit garçon lui tendit sa gourde : «je vous la donne, si vous m’apprenez à fabriquer le pain.» Devant tant d’ingénuité et de volonté, le boulanger accepta, gardant pour lui qu’une gourde d’eau serait bien insuffisante. L’un enseigna, l’autre apprit. Ébahi, le boulanger dut admettre qu’il y avait là bien assez de miches dorées à croquer. Il ne restait plus qu’à livrer le château, ce que firent, sans plus tarder, le boulanger, le meunier et le petit garçon.
    Arrivés à l’entrée du palais, ils furent hélés par un percepteur zélé, qui leur lut l’ordonnance spéciale : « Par décision du Ministre des Finances, et afin de faire face au faste de la dépense, tout fournisseur, désirant honorer sa commande, doit s’acquitter d’un sou. » Le boulanger tenta d’expliquer qu’il pourrait le payer en sortant, qu’il lui fallait livrer pour être rétribué. Imperturbable l’officier continua : «Et si, pour quelque motif que ce soit, la livraison se trouvait retardée, il serait appliquée une pénalité. » « Autant garder mes pains ! » s’exclama le boulanger. « Enfin, si le fournisseur ne livre pas la marchandise commandée, il sera emprisonné. » L’officier se tut, impassible. Le boulanger était atterré, il lui manquait un sou pour connaître la fortune. Il se tourna vers le meunier, qui, tout aussi désargenté, était fort dépité devant tant d’infortune. C’est alors que le petit garçon tendit sa pièce, ce sou bien suffisant pour accéder aux royales dépendances. Le boulanger et le meunier s’en retournèrent, compères échappés de galère, et mieux encore, les poches richement alourdies du prix de leur labeur.

    Vint le moment de se séparer. Le boulanger remboursa le petit garçon, remplit sa gourde et le récompensa d’une miche encore tiède. Le meunier lui offrit une brassée d’épi de blé et un sac de farine. Le cœur léger de tous ces présents, le petit garçon s’en retourna chez lui.
    « Mère ! Mère ! Accueillez-moi, je peux dorénavant assurer ma pitance. » Fier, il lui montra comment pétrir le pain. Fière, elle le regarda faire. Ils dînèrent de quelques tartines et d’une soupe claire, et firent meilleur chaire qu’en mangeant, solitaires, une sole meunière.

    Morale :
    En bonne compagnie, point besoin d’excès pour être rassasié.

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  • Étoile et coquelicots

    Étoile et coquelicots............


    Stella, petite étoile du jour tombée de son lit à l’aube naissante, se retrouva, tout ébaubie, au milieu d’un champ de coquelicots.
    - Bonjour, lui dirent-ils.
    Stella cligna des yeux sans comprendre tout en cherchant Vénus du regard. Ne voyant que le vert des prés et le rouge des fleurs, toute perturbée, elle se mit à pleurer des perles de rosée.
    Les coquelicots en furent très chiffonnés et baissant la tête cherchèrent comment la consoler. Stella perdait de son éclat. Toute étoile qu’elle était, elle ne savait pas comment briller sous la clarté du jour. Recroquevillée sur elle-même, elle se mit à fredonner un petit air mélancolique qu’elle chantait en famille, le soir au clair de lune.


    Les coquelicots, charmés, relevèrent la tête et se mirent à se balancer. Ils dansaient la complainte du vent frôlant les herbes hautes. Stella les regarda, d’abord étonnée, puis amusée, fredonna de plus en plus vite, de plus en plus fort, de plus en plus gaiement. La complainte se changea en valse dans laquelle elle se laissa entraîner jusqu’à en perdre la tête…

    Une étoile filante, à la nuit tombante, passant au-dessus du pré reconnut le chant mélodieux des étoiles. Elle ralentit sa course, tendit l’oreille, et d’un geste secourable emporta Stella dans sa longue écharpe blanche, vers le pays nocturne où les étoiles brillent pendant que dorment les coquelicots.

    Ainsi rêvent les étoiles quand s’épanouissent les fleurs, et rêvent les fleurs quand brillent les étoiles !


    Une histoire publiée dans un recueil de comptines et histoire pour mes petits loups. j'aime tant les coquelicots !!!

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  • De quoi êtes-vous fait?

     ****

    Une jeune femme alla visiter sa mère

    et lui parla de tous ses malheurs.

    La vie semblait dure pour elle, et elle

    était dans un état désespéré.

    A peine qu’un problème était passé,

    qu’un autre survenait aussitôt.

    Elle était à deux doigts de s’effondrer.

     

    Sa mère l’emmena dans la cuisine et

    Prit trois pots qu’elle remplit d’eau.

    Dans le premier, elle mit une carotte,

    dans le deuxième, un œuf, et dans le

    troisième des grains de café.

    Elle alluma la gazinière et mit les

    trois pots à cuire, sans dire une

    seule parole.

     

    20 minutes plus tard, elle sortit la

    carotte et la mit dans un bol, ainsi

    que l’œuf qu’elle mit dans un autre

    bol, et pour finir, elle passa le café

    dans un filtre dans une tasse.

    Se retournant vers sa fille, elle lui

    dit : « Qu’est-ce que tu vois ? »

     

    « Une carotte, un œuf, et du café »,

    Lui répondit sa fille.

     

    « Prends la carotte », lui dit sa mère.

    Elle essaya d’attraper la carotte,

    mais elle s’écrasa entre ses doigts.

     

    « Maintenant, prend l’œuf » lui dit

    sa mère, une nouvelle fois ». Sa fille

    prit l’œuf et le pela. « C’est un œuf

    dur », dit-elle à sa mère.

     

    « Maintenant, prend la tasse de café

    et boit là ! » Sa fille fit ce que sa mère

    lui demanda, et après avoir bu la

    première gorgée, elle s’exclama :

    « C’est délicieux, quel arôme ! »

     

    Intriguée, elle dit à sa mère :

    « Pourquoi tous ces mystères

    maman, qu’est-ce que tu

    essais de me montrer ? »

     

    « Le point, ma fille, c’est que

    la carotte, l’œuf, et le café,

    sont tous les trois passés à

    travers la même épreuve ;

    l’eau bouillante, mais chacun

    a réagit d’une façon différente.

     

    La carotte est devenue faible et

    immangeable. L’œuf, lui par

    contre qui était mou et fragile,

    est devenu dur. Quant aux grains

    de café, après l’épreuve, ils sont

    devenu un délicieux breuvage ».

     

    Alors la mère dit à sa fille :

     

    « Quand les difficultés frappent

    dans ta vie, comment réagis-tu,

    es-tu une carotte, un œuf ou une

    délicieuse tasse de café ?

    De quoi es-tu faite ? »

     

    (Une histoire vraie, réécrite par

    Gabe Rucker)

     **************

    « Je clame…

    De quoi êtes-vous fait  .................Gabe Rucker).

    Que la vie est indestructible, malgré la mort.

    Que l’espoir est un vent vif qui doit balayer le désespoir.

    Que l’autre est un frère avant d’être un ennemi.

    Qu’il ne faut jamais désespérer de soi-même et du monde.

    Que les forces qui sont en nous, les forces qui peuvent nous soulever, sont immenses.

    Qu’il faut parler l’amour et non les mots de la tempête et du désordre.

    Que la vie commence aujourd’hui et chaque jour, et qu’elle est l’espoir. »

     

    Martin Gray

    (écrivain franco-américain, 1922-2016)

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