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    Les sorciers de l’île d’Orléans

     

    La très pittoresque île d’Orléans, qui émerge du fleuve à quelques lieues de Québec, aurait été autrefois le pays favori des sorciers. Comment se forma cette légende? On ne peut que le présumer. Sans doute les habitants de l’île, pour vaquer à leurs occupations le soir, devaient se munir de lanternes. Les riverains de la terre ferme, au sud comme au nord, voyaient alors des points lumineux qui vagabondaient dans les ténèbres, mais nul ne pouvait dire que ces lumières étaient portées par des chrétiens. Les Orléanais faisaient aussi de grands feux sur la grève les nuits de pêche, et sur l’horizon s’apercevaient des ombres agrandies aux formes fantastiques. En fallait-il plus pour suggérer aux enfants, aux simples, aux loustics, que les feux follets, les sorciers, les noctambules fabuleux de toute espèce se donnaient rendez-vous en cet endroit?

    Cette légende a été extraordinairement popularisée par M. de Gaspé dans les Anciens Canadiens. Voici comment il décrit une ronde des sorciers de l’île:

    Un grand diable, n’ayant qu’un oeil, coiffé d’un tricorne surmonté d’un plumet énorme, battait la marche sur une marmite grosse comme un chaudron à sucre. À sa suite, il entraînait une légion de nains grimaçant, gambadant, dansant sur cette folle cadence.

    Suivant José Dubé qui, nous dit l’auteur, racontait ce dont son père avait été témoin, la bande satanique ne mettait qu’une minute à faire le tour de l’île. Cependant ce train d’enfer n’empêchait pas les diablotins de chanter et leur ronde est restée inoubliable:

     

    Les paroles de fleurs et de diamants

     

    Une veuve avait deux filles. L’aînée était aussi désagréable que sa mère, tandis que la cadette était belle, douce et honnête. Cependant, la veuve aimait mieux son aînée et c’est à la cadette qu’elle confiait les plus durs travaux. Ainsi, elle l’envoyait deux fois le jour, puiser l’eau à une demi-lieue du logis.

    Une fois que la malheureuse se trouvait à la fontaine, une pauvre femme lui demanda à boire. Charitablement la douce enfant lui présenta sa cruche et la bonne femme lui déclara que, dorénavant:

    À chaque parole que vous direz, il sortira de votre bouche une fleur ou une pierre précieuse.

    À son retour à la maison, la mère gronda sa cadette qui s’était attardée, mais en s’excusant, la jeune fille laissa échapper de sa bouche, deux roses, deux perles et deux diamants. Etonnée, la mère se fit expliquer ce miracle. Puis elle résolut d’envoyer son aînée à la fontaine le lendemain.

    Mais, cette fille orgueilleuse se conduisit de telle façon que la vieille femme, qui était fée, la dota comme suit:

    À chaque parole que vous direz, il sortira de votre bouche, un serpent ou un crapaud.

    Ce que constatant, la mère entra en colère et voulut battre sa cadette. Celle-ci s’enfuit dans la forêt où elle rencontra le fils du roi. Le prince se fit raconter son aventure; il devint amoureux de la jeune fille et l’épousa.


    Le prince de l’épée verte.

     

    Un jeune homme et sa soeur vivaient pauvrement dans une forêt. Le jeune homme s’étant fait chasseur amassa une quantité de pelleteries qu’il troqua avec un géant magicien. Devenu riche, le jeune chasseur alla s’établir à la ville, prit le nom de prince de l’Épée verte s’amouracha de la soeur du roi et celui-ci de la soeur du prince. Mais à ce moment, une sorcière résolut de causer des ennuis aux deux parvenus. Durant le sommeil de la jeune fille, elle lui passa au cou une chaîne d’or qui métamorphosa la pauvre fille en poisson et l’obligea à vivre au fond de la mer. Quant à son frère le prince de l’Épée verte, il devint paralysé, ne pouvant ni bouger ni parler. Par une suite de maléfices, le prince immobilisé fut logé au bord de la mer. Chaque soir, sa soeur venait du fond des eaux pour l’embrasser et lui dire:

    Si quelqu’un entendait ce que je vais te dire sans nous voir, il pourrait nous délivrer en coupant ma chaîne à cinq brasses sous l’eau au moyen d’un marteau et d’une tranche d’or massif.

    Ces propos furent entendus par un passant qui raconta la chose au roi. Celui-ci procura les outils nécessaires et le passant coupa la terrible chaîne. Du coup, le prince de l’Épée verte et sa soeur revinrent comme avant.

    Il y eut alors grande noce double. Le roi se maria à la soeur du prince et le prince épousa la soeur du roi.


    La serviette magique.

     

    Un roi avait trois fils qui, un jour, demandent à leur père de leur gréer chacun un bâtiment pour aller voir du pays. Le roi consent et les trois princes quittent leur père. Mais le plus jeune, Jean, étant descendu de son bâtiment pour explorer une île, son équipage l’abandonna sans arme et sans nourriture. Heureusement, une bonne fée lui procura une petite serviette en lui disant:

    Quand tu voudras manger tu étendras ta serviette et tu diras: Par la vertu de ma serviette, je veux que le couvert se mette. pour une personne ou pour plusieurs, à ton choix.

    Peu après, il rencontre un géant à qui il sert un repas plantureux. En retour, il reçoit un sabre qui coupe jusqu’à sept lieues. Puis il croise un autre géant qui, pour un repas, lui remet un cor duquel en soufflant, sort le nombre d’hommes dont on a besoin. Le prince arrive ensuite devant un château où une princesse est retenue prisonnière par une méchante fée. Jean tue la fée et délivre la princesse ainsi qu’une quantité de prétendants que la vilaine fée avait métamorphosée et parmi lesquels se trouvaient les deux frères du prince. Celui-ci trouve le moyen de ramener la princesse à son père et à ses deux soeurs et malgré la haine des prétendants, les trois frères finissent par épouser les trois filles du roi.


    La complainte de Cadieu.

    Cadieu était un voyageur-interprète marié à une Algonquine; il passait l’hiver à la chasse et l’été il faisait la traite de fourrures. Un jour du mois de mai, alors qu’il était cabané avec sa femme et d’autre familles au portage des Sept-Chutes, sur la rivière Ottawa, un jeune sauvage vint les avertir qu’un groupe d’Iroquois ennemis s’approchait. Aussitôt on décida de mettre les familles dans les canots et de sauter les rapides, tandis que Cadieu resterait pour empêcher les Iroquois de suivre les fugitifs. Ceux-ci franchirent les Sept-Chutes heureusement, car une Grande Dame Blanche qui voltigeait devant les canots leur montrait le chemin.

    Quand au pauvre Cadieu, il réussit à retarder les Iroquois mais, traqué sans relâche, il mourut d’épuisement et on le trouva tenant dans ses mains une écorce de bouleau sur laquelle il avait écrit la complainte immortalisée.

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  • Le chien d’or

    L’Hôtel des Postes à Québec, érigé en 1872, occupe l’emplacement de la fameuse Maison du Chien d’Or.

    Hôtel des Postes à Québec le chien d'or

    Hôtel des Postes à Québec
    le chien d’or

    Cette maison avait été construite en 1735 par Nicolas Jacquelin dit Philibert, lequel était marchand et fournisseur de l’armée. Au cours d’une querelle, Philibert ayant été blessé mortellement, le 19 janvier 1748, par M. Le Gardeur de Repentigny, celui-ci s’enfuit en France.

    Mais le fils du défunt qui avait dessein de venger la mort de son père aurait alors fait poser sur la façade de sa maison, une inscription menaçante, surmonté d’un chien rongeant un os. L’inscription qui existe encore est ainsi libellée:

    Je suis un chien qui ronge l’os

    En le rongeant, je prends mon repos

    Un temps viendra qui n’est pas venu

    Que je morderay qui m’aura mordu

    Suivant la tradition, l’infortuné Philibert fils partit un jour, à la recherche de M. de Repentigny et découvrit sa retraite. Il y eut duel, mais le pauvre jeune homme succomba à son tour.


    Le vaisseau fantôme

    Non loin du fameux rocher Percé, à l’extrémité de la Gaspésie, existe un autre rocher qui a l’apparence d’un vaisseau sans voile. A son sujet, on raconte qu’au XVIIe siècle, Blanche de Beaumont quitta, un jour la vieille France pour venir épouser son fiancé à Québec.

    Rendu dans le golfe Saint-Laurent, le navire sur lequel elle était fut attaqué par des pirates. Plutôt que de tomber aux mains des bandits, Blanche se précipita dans les flots. Elle préférait la mort au déshonneur.

    Le lendemain, on aperçut que le vaisseau corsaire était changé en roche. Des marins virent souvent le spectre de Blanche de Beaumont planant au-dessus du navire éternellement soumis à la malédiction de l’innocence outragée.

     

    Le champ du Diable

    Dans une revue mensuelle de juin 1927, on a raconté, en la romançant, la légende du Champ du diable, qu’on nomme aussi la Pièce des guérêts.

    Le chien d’or..................Canadien

     

    Un poète, aujourd’hui directeur d’un grand quotidien, a fait de cette légende le sujet d’un joli poème.

    Voyons, en résumant le récit, pourquoi les guérêts de la montagne de Rigaud sont un endroit maudit.

    Rigaud, dit-il, est non seulement renommé par son site, ses édifices, ses villas, il l’est encore par sa légende des guérêts. Sur la montagne qui couronne le village, s’étend un champ de gros galets, qui gisent là sans beaucoup d’ordre, en couche épaisse, travail patient d’un glacier ou d’un cours d’eau rapide, dont le lit se serait soulevé sous une poussée volcanique ou bien, oeuvre de la colère divine, à en croire une vieille légende.

    Il y a très longtemps, vint se fixer à Rigaud un mystérieux étranger qui ne faisait aucune religion. Même, un dimanche matin, les pieux cultivateurs le virent qui labourait son champ au lieu d’aller à la messe… Justement courroucé, Dieu engloutit le misérable dans le sein de la terre et changea ses guérêts en un champ de cailloux qui subsisteront toujours pour rappeler aux hommes qu’on ne profane pas impunément le jour du Seigneur…

    Le soir des tempêtes, pendant longtemps, on entendait du champ de pierres des soupirs lugubres et des appels plaintifs. Les passants se signaient et les plus audacieux n’osaient pas s’aventurer dans ces parages redoutés…

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    Les sorciers de l’île d’Orléans

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    La très pittoresque île d’Orléans, qui émerge du fleuve à quelques lieues de Québec, aurait été autrefois le pays favori des sorciers. Comment se forma cette légende? On ne peut que le présumer. Sans doute les habitants de l’île, pour vaquer à leurs occupations le soir, devaient se munir de lanternes. Les riverains de la terre ferme, au sud comme au nord, voyaient alors des points lumineux qui vagabondaient dans les ténèbres, mais nul ne pouvait dire que ces lumières étaient portées par des chrétiens. Les Orléanais faisaient aussi de grands feux sur la grève les nuits de pêche, et sur l’horizon s’apercevaient des ombres agrandies aux formes fantastiques. En fallait-il plus pour suggérer aux enfants, aux simples, aux loustics, que les feux follets, les sorciers, les noctambules fabuleux de toute espèce se donnaient rendez-vous en cet endroit?

    Cette légende a été extraordinairement popularisée par M. de Gaspé dans les Anciens Canadiens. Voici comment il décrit une ronde des sorciers de l’île:

    Un grand diable, n’ayant qu’un oeil, coiffé d’un tricorne surmonté d’un plumet énorme, battait la marche sur une marmite grosse comme un chaudron à sucre. À sa suite, il entraînait une légion de nains grimaçant, gambadant, dansant sur cette folle cadence.

    Suivant José Dubé qui, nous dit l’auteur, racontait ce dont son père avait été témoin, la bande satanique ne mettait qu’une minute à faire le tour de l’île. Cependant ce train d’enfer n’empêchait pas les diablotins de chanter et leur ronde est restée inoubliable:

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  • Amérique, contes et légendes

    Amérique, contes et légendes

    Section du site consacrée aux contes des pays du continent (du nord, central et du sud, réunis sous un seul vocable.) Pour rendre la navigation plus facile, toutes les appellations (du Nord, du Sud, etc.) sont réunis dans une seule section. Ainsi vous trouverez donc dans cette section des contes et légendes du Canada, des États Unis, du Mexique, du Brésil, du Vénézuela, etc.

    Amérique, contes et légendes

    Canada, contes et légendes

    Dans cette section vous trouverez des contes et légendes du Canada et des nations autochtones.

    Les premiers contes sont d’origine diverses et je n’ai pas encore retracé de quelle région du Québec (ou du Canada) ils sont originaires.

    Les générations se succèdent et les mentalités s’affinent ou se transforment, cependant l’attrait du merveilleux exerce toujours sa fascination.

    Dans les fictions populaires, la plupart naïves, on ne cesse de trouver un charme, une poésie, un pittoresque qui contrastent agréablement avec le merveilleux scientifique, mais complexe des temps actuels.

    Certains de nos contes et de nos légendes viennent de France et d’Orient, d’autres remontent aux aborigènes, d’autres enfin, sont dus à l’imagination fertile de nos pères. Quelle que soit leur origine, ces récits ont fait notre joie et celle de ceux qui nous ont précédés, ils forment partie de notre patrimoine et nous leur devons un souvenir ému.

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    Québec, contes et légendes

    On retrouve plusieurs contes et légendes au Québec:

    Le Garou du Québec

    Le Québec compte plusieurs histoires de garou. Il suffit d’interroger nos aïeuls pour s’en rendre compte. On retrouve certains récits sous la plume de Pamphile Le May (1837-1918), Fables canadiennes (1882), Fables (1891), Contes vrais (1899), mais également dans plusieurs de nos légendes un peu partout dans la province. Si l’on se fie aux recoupements, le lycanthrope québécois prendrait la forme d’un gros chien noir, haut sur pattes et… inoffensif ! Il chercherait à entrer en contact avec les hommes en qui il a confiance (afin d’être délivré du sortilège) plutôt que de les attaquer sauvagement. Rassurant, non ?

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    La bête à grand’queue

    Présente chez Honoré Beaugrand mais aussi chez les Sioux, la hère (ou bête à grand’queue) hantait à l’époque les camps de bûcherons du Québec. On dit que la bête reconnaissable par sa longue queue fournie de deux mètres, ne se manifeste qu’une fois tous les 50 ans, lors des nuits noires, et qu’elle serait responsable encore aujourd’hui, de plusieurs disparitions inexpliquées de campeurs.

    La croix maudite de Causapscal

    On trouve, tout près de Causapscal en Gaspésie, une croix plantée dans le sol qui servait autrefois de lieu de culte pour certains habitants de la région réduits à invoquer les forces du mal pour obtenir une vie plus douce. Plusieurs habitants de la vallée de la Matapéda auraient pratiqué ce rituel, ce qui conférerait à cette croix, encore aujourd’hui, le pouvoir d’attirer le malheur sur quiconque la touche…

    La Corriveau

    Tout le monde ou presque connaît l’histoire de Marie-Josephte Corriveau, emprisonnée en 1763 pour le meurtre de son septième mari. Mais les versions diffèrent selon les historiens ou les conteurs. Ainsi, certains historiens prétendent qu’après avoir été exhibée sur la place publique dans une cage en fer, la dépouille de la condamnée à la pendaison aurait mystérieusement disparu exactement sept jours plus tard (un jour pour chacun de ses époux). Selon certains témoins, il semble que son spectre hante encore la rue Wolfe, dans le Vieux-Lévis. Il est alors conseillé aux hommes célibataires de fuir en courant.


    La destruction d’ Hochelaga

    Pour expliquer la disparition des fondateurs d’ Hochelaga, plusieurs légendes racontent qu’une guerre fratricide éclata après le départ de Jacques Cartier et une tradition iroquoise résout le problème ainsi:

     

    Si l’on peut en croire l’historien des Wyandotts, M. Peter Dooyentate Clarke, un descendant de cette tribu, les Sénécas et les Hurons vécurent en paix, côte à côte, à Hochelaga, jusqu’à ce que dans un moment fatal, un rigide chef sénécas refusa à son fils l’autorisation d’épouser une certaine fille. Celle-ci, indignée, renvoya tous ses prétendants et jura de marier le brave qui tuerait le chef qui l’avait offensée. Un jeune Huron accomplit la tâche et conquit la demoiselle, mais les Sénécas prirent fait et cause pour leur chef et attaquèrent les Hurons qui plièrent et s’enfuirent vers l’ouest.


    La sirène du lac Supérieur

    Les sauvages, comme la plupart des voyageurs croyaient que le lac Supérieur était dominé par une Sirène qui avait sa demeure dans les environs de l’île Paté et il circulait toutes sortes de racontars sur cet être fabuleux.

    Son existence ayant un jour été mise en doute, un fameux traiteur de l’Ouest, Venance Saint-Germain, déclara sous serment qu’au mois de mai 1782, en compagnie de trois nautonniers et d’une sauvagesse, il vit très bien la sirène, qu’il voulut la saluer d’un coup de fusil. Mais la Sauvagesse l’en empêcha et lui prédit que cette divinité des eaux et des lacs le punirait de son audace. Peu de temps, une tempête terrible éclata qui dura trois jours.


    Le Dragon de feu

    Un roi était dans le deuil, car une de ses filles devait être dévorée le lendemain par le Dragon de feu. Rien ne pouvait empêcher ce malheur, le roi ayant déjà, sans succès, envoyé plusieurs armées pour détruire le féroce dragon. Petit Jean qui était au service du roi se chargea de la chose. Ayant eu l’occasion d’obliger un bon géant il en avait reçu divers dons, entre autres une jument merveilleuse. Il se rend donc au château de la princesse et quand le dragon arrive tout en feu, Petit Jean rassure la princesse qui défaille et il commande sa jument:

    Bois la moitié de la mer et éteint le dragon de feu.

    Ce fut fait et le dragon demanda quartier.

    Après d’autres aventures, plus extraordinaires les unes que les autres, dont Petit Jean sortit avec bonheur, le roi offrit la main de sa fille à Petit Jean et lui donna même son royaume.

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  • Ghana, contes et légendes

    Ghana, contes et légendes: Ouagadou-bida
    Ghana, contes et légendes: Ouagadou-bida

     

    Le serpent d’Ouagadou

    Au Ghana fut autrefois une grande cité, populeuse et riche que l’on appelait Ouagadou. Le long de ses ruelles blanches, sur ses marchés multicolores, dans le parfum des fruits, des léumes, des épices, les femmes ornées de lourds bijoux, les hommes, leur canne au pommeau d’or sous le bras, allaient, insouciants parmi leurs enfants vifs. Ils ignoraient la pauvreté. Mais la prospérité d’Ouagadou n’était pas leur oeuvre: ils la devaient à un énorme et merveilleux serpent qui vivait au fond d’un puits, au coeur de la ville, dans un vaste jardin. Son nom était Bira. Or le serpent Bira n’était pas un bienfaiteur désintéressé. Il acceptait de fertiliser la terre, de faire pousser l’or dans la montagne et les fruits dans les vergers, à condition d’être payé en vies humaines. On lui donnait donc, en offrande, le jour de chaque nouvel an, la plus belle fille de la ville que l’on conduisait en grande cérémonie au bord du puits sacré, parée comme une mariée. On l’abandonnait là, et personne ne la revoyait jamais.

    Un jour, une jeune fille nommée Sia est désignée par le tribunal des anciens de la cité pour être offerte en sacrifice au serpent Bira. Elle a seize ans, ses yeux noirs sont lumineux comme le soleil à midi, sa peau est fine et douce comme le sable. Elle est belle, elle est la fiancé d’un jeune homme nommé Adou-le-taciturne. Adou-le-taciturne aime Sia plus que la vie paisible parmi les siens, plus que le ciel calme sur les terrasses d’Ouagadou, plus que cet étrange, terrible et merveilleux serpent qui fait depuis si longtemps le beau temps sur sa tête. Mais songeant à l’amie condamnée, il ne peut rien entreprendre pour la sauver. Il pleure à perdre les yeux. Le voici devant sa porte, assis contre le mur, le front dans ses mains. Le soir tombe. Dans le ciel les premières étoiles s’allument. Demain matin Sia sera sacrifiée. Adou-le-taciturne a si mal dans sa poitrine qu’il ne peut rester ainsi, sans rien faire. Il tire son sabre de son fourreau de cuir et l’aiguise lentement sur une pierre dure. Toute la nuit il affûte la lame d’acier. A l’aube, l’arme est si tranchante qu’elle coupe le vent. Alors il va dans le jardin au coeur de la ville, et tout près du puits sacré, dans un tas d’herbes sèches, il se cache.

    Parmi les premier rayons du soleil, les anciens en cortège marchent lentement, conduisant Sia, tête basse, au sacrifice. Le battement sourd des tambours résonne dans les rues lointaines. Le long d’une allée de figuiers s’avance la procession. Sia est vêtue d’habits blancs brodés d’or. A ses poignets, à ses chevilles, tiintent des bracelets. Au bord du puits elle s’agenouille, les mains sur les yeux. Les vieillards qui l’on accompagnée la saluent gravement et lui disent l’un après l’autre ces mots solonnels et résignés:

    Reste ici et pardonne-nous.

    Ils s’en vont.

    A peine ont-ils disparu, derrière les arbres que la tête pointue du serpent Bira émerge du puits. Ses yeux sont luisants comme des eaux dormantes, son cou est puissant comme un tronc de palmier, son ventre blanc comme l’aube et son corps ondulant se courbe vers Sia agenouillée. Adou-le-taciturne, dans son tas de feuilles, serre les poings sur son sabre. Des écailles pareilles à des pépites d’or brillent sur le front du serpent Bira. Sa gueule s’ouvre armée de dents aiguës comme des pointes de lances. Le sabre d’Adou-le-taciturne fend l’air et s’abat. Dans un jaillissement d’écume sanglante le corps du serpent Bira plonge au fond du puits et sa tête s’envole.

    Elle tournoie un instant, cette tête fabuleuse, au-dessus de Sia et d’Adou enlacés, elle tournoie lentement de le temps de dire, d’une voix terrible et calme:

    Pendant sept ans, sept mois et sept jours la cité d’Ouagadou et le pays alentour ne recevront ni pluie d’eau ni pluie d’or.

    Puis elle s’éloigne et disparaît dans le ciel bleu.

    Le serpent Bira était étrangement puissant et les Anciens avaient raison de le craindre. Le jeune téméraire qui osa trancher sa tête ruina du même coup l’empire du Ghana, le plus fameux d’Afrique. Les rivières se sont taries; les dunes du désert ont roulé sur les prairies, la famine et la soif ont poussé les hommes vers des terres plus accueillantes. C’est pourquoi, maintenant, les splendeurs de la ville d’Ouagadou ne sont plus que des rêves tristes sous des linceuls de sable.

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  • Le Guéla d’en haut et le Guéla d’en bas

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    Il y avait avant que toutes les choses soient, sur la Terre et dans le ciel, deux créatures très puissantes: le Guéla d’en haut et le Guéla d’en bas. Un jour, un jour de silence, un jour de longue paix dans l’univers, le Guéla d’en bas s’ennuya, et se mit à bâiller. Alors une motte d’argile sortit de sa bouche. Voyant cela le Guéla d’en bas dit:

    Oh, je vais faire des hommes, des femmes, des poissons, des animaux et des plantes avec cette argile.

    Et il fit des hommes, des femmes, des poissons, des animaux et des plantes. Puis il dit:

    Maintenant je vais mettre du sang dans le corps de ces hommes, de ces femmes, de ces poissons, de ces animaux et de ces plantes que j’ai pétris d’argile.

    Le Guéla d’en bas versa du sang dans le corps des hommes, des femmes, des poissons, des animaux mais la vie ne vint pas en eux, ils restèrent froids comme des statues. Le Guéla d’en bas fit la gueule. Il rentra dans sa grotte et laissa les hommes, les femmes, les poissons, les animaux et les plantes d’argile dehors. Ce jour-là, un orage déchire le ciel, la pluie tomba et un grand nombre de créatures d’argile furent réduites en tas de boue informes. Alors le Guéla d’en bas, considérant ce désastre, fut prit de remords. Il ramassa quelques hommes, femmes, poissons, animaux et plantes que la pluie n’avait pas réduits en bouillie et il les mit à l’abri dans une grotte.

    Je vous parle d’un temps très lointain. En ce temps-là, la nuit opaque régnait sur la Terre, et le Guéla d’en bas devait à toute heure faire du feu pour s’éclairer. La nuit habitait sur Terre mais le jour habitait au ciel. Le temps était immobile. Or, voici que le Guéla d’en haut se penchant au bord du ciel vit que le Guéla d’en bas avait de beaux jouets d’argile.

    Il lui dit:

    Hé, Guéla d’en bas, donne-moi quelques-uns de tes hommes, de tes femmes, de tes poissons, de tes animaux, de tes plantes d’argile. J’allumerai la vie en eux, et à toi, je te donnerai la lumière de mon soleil.

    Le Guéla d’en bas répondit:

    D’accord, mais donne la vie d’abord.

    Le Guéla d’en haut souffla la vie dans le corps des hommes, des femmes, des poissons, des animaux, des plantes et il fit descendre sur Terre la lumière du soleil.

    Aussitôt les hommes, les femmes se levèrent et se mirent à marcher, les poissons se levère et se mirent à nager, les animaux se levèrent et se mirent à bondir, les plantes se levèrent et se mirent à pousser. Et le Guéla d’en haut dit:

    Maintenant, Guéla d’en bas, tiens ta promesse. J’ai donné la vie à tes créatures d’argile, je t’ai donné la lumière du soleil. En échange donne-moi quelques-uns de tes hommes, de tes femmes, de tes poissons, de tes animaux, de tes plantes.

    Mais le Guéla d’en bas ne voulut rien entendre, il refusa de tenir sa promesse et les deux Guéla se disputèrent.

    Ils se disputeront jusqu’à la fin des temps, je vous le dis, et c’est un grand malheur. Car depuis le premier jour de leur dispute, le Guéla d’en haut cherche à reprendre la vie qu’il a soufflée dans les corps terrestres. Et chaque fois que le Guéla d’en haut parvient à reprendre la vie dans le corps des hommes, des femmes, des poissons, des animaux, des plantes, un homme, une femme, un poisson, un animal ou une plante meurt.

    Et chaque fois que le Guéla d’en bas insulte le Guéla d’en haut, les hommes, les femmes, les poissons, les animaux, les plantes sont malades, la tempête souffle, la guerre ravage le pays. Et sachez encore que la lune est l’oeil du Guéla d’en haut. De cet oeil ouvert, le Guéla d’en haut surveille le Guéla d’en bas, son ennemi, même la nuit, qu’en le Guéla d’en haut reprend au Guéla d’en bas le soleil qu’il lui a donné avec l’âme des hommes, des femmes, des poissons, des animaux, des plantes, au temps où les hommes, les femmes, les poissons, les animaux, les plantes n’étaient que des statues d’argile.

    Ainsi va la vie.




    Comment Lune fit le monde.

    En ce temps-là, sur terre, il n’y avait pas de forêts ni de savanes, il n’y avait pas d’animaux, ni d’hommes, ni de femmes. En ce temps-là, la terre était un vaste désert de boue lisse. Sur ce désert aucun pied n’avait jamais gravé son empreinte, Dieu seul vivait dans le ciel noir, et il s’ennuyait beaucoup. C’est pourquoi l’envie lui vint de troubler un iinstant l’infini. Il se pencha vers la terre, prit dans sa main une boule de boue et fit un homme, qu’il appela Lune.

    Lune construisit une hutte. Dans cette hutte il s’assit, le menton sur ses genoux et attendit: que pouvait-il faire d’autre? Il était seul vivant en ce monde. Il espéra, triste et solitaire, le front ridé, les yeux mouillés de larmes. Alors Dieu, le voyant malheureux, pétrit dans le ciel une femme. Puis il dit à Lune:

    Ne pleure plus, j’ai fait une épouse pour toi. Elle s’appelle Étoile-du-matin. Je te la donne pour deux ans. Dans deux ans elle reviendra vivre dans le ciel près de moi.

    Étoile-du-matin descendit du ciel, avec un précieux cadeau: elle portait, dans ses mains jointes, le feu.

    Ce feu, tout crépitant, elle déposa au milieu de la hutte de Lune, et se coucha. Lune la regarda, et pour la première fois, il sourit. Le feu répandait dans la hutte une bonne chaleur, et sur le corps d’Étoile-du-matin une lumière douce. Lune se coucha près d’elle et la caressa tendrement. Ils firent l’amour ensemble. Le lendemain, le ventre d’Étoile-du-matin était rebondi, remuant de vie impatiente. Elle sortit devant la hutte, s’agenouilla sur la terre boueuse, et cette merveille survint: elle mit au monde les arbres, les plantes, les savanes. Et les arbres, les plantes, les savanes se répandirent sur la terre, et la terre entière fut verte, hospitalière et belle. Les arbres se mirent à pousser jusqu’à atteindre le ciel. Le soleil se leva sur ce monde neuf. Lune et son épouse Étoile-du-matin connurent le bonheur et l’abondance.

    Deux ans passèrent ainsi. Alors Dieu rappela Étoile-du-matin dans le ciel, et Lune fut à nouveau très malheureux. Il pleura pendant huit jours. Le neuvième jour, Dieu eut pitié de lui:

    Ne te désole pas ainsi, tu m’attristes. Je te donne une seconde épouse. Elle s’appelle Étoile-du-soir. Elle vivra deux ans avec toi. Mais dans deux ans, homme, tu devras mourir.

    Étoile-du-soir descendit du ciel et se coucha dans la hutte, près du feu. Lune dormit avec elle, et le lendemain, le ventre d’Étoile-du-soir était tout rebondi. Alors elle sortit devant la hutte, s’agenouilla dans l’herbe et mit au monde les antilopes et les oiseaux, des garçons et des filles. Lune fut très content, si content que le soir venu, devant le feu, il voulut encore dormir avec Étoile-du-soir. Mais Dieu lui dit:

    Ce soir, tu coucheras de l’autre côté du feu.

    Lune en ronchonnant fit semblant d’obéir, mais dès que Dieu eut le dos tourné, tout doucement, il vint se coucher près d’Étoile-du-soir et fit encore l’amour avec elle. Le lendemain, Étoile-du-soir mit au monde les tigres, les léopards, les serpents, les scorpions, toutes les bêtes malfaisantes qui rampent et qui tuent sur la terre. Dieu, penché au bord du ciel, se désola. Il dit à Lune:

    Je t’avais prévenu. Tu ne m’as pas écouté, tant pis pour toi.

    Mais Lune, insouciant, haussa les épaules. La terre était vaste, sa femme était belle, ses enfants innombrables, qu’importaient les tigres et les scorpions.

    Or, du haut du ciel, Étoile-du-matin, sa première épouse, voyant accoucher pour la deuxième fois sa rivale, Étoile-du-soir, lança un mauvais regard au père Lune. Étoile-du-matin, en vérité, était très jalouse d’Étoile-du-soir, que Lune semblait aimer plus fort qu’il ne l’avait aimée aux premiers temps du monde. Elle se fit malfaisante: elle interdit à la pluie de tomber sur la terre. Aussitôt voici les fleuves secs, les sources taries, les herbes brusquement jaunies, les feuilles racornies craquant sous les pas, et les innombrables enfants de Lune criant famine.

    Votre père est seul coupable de vos malheurs, car il m’a oubliée , leur dit Étoile-du-matin, assise sur un petit nuage blanc dans le ciel trop bleu.

    Alors les fils de Lune se révoltèrent. Pour que revienne la pluie, l’aîné empoigna son père, l’étrangla et le jeta dans l’océan.

    Mais le soir venu, Lune sortit des vagues et s’éleva dans le ciel. Il chercha partout Étoile-du-matin pour se venger d’elle, et ne la trouva pas. Il la cherche encore maintenant, toutes les nuits. Sa face ronde et jaune traverse le ciel, poursuivant Étoile-du-mation qui lui donna tant de bonheur au premier soir, dans sa hutte devant le feu. C’est ainsi que se fit le monde. Si vous ne me croyez pas, comment faites-vous pour vivre?

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  • Égypte, contes et légendes

    La destruction de l’humanité.

    Égypte: Râ ou Rê, Dieu solaire

    Égypte: Râ ou Rê, Dieu solaire

    Avant les temps historiques, le Seigneur Rê, le dieu grand qui s’était créé lui-même, régnait sur les hommes comme sur les dieux. Lorsqu’il eut vieilli, ses os étaient comme de l’argent, sa chair comme de l’or, ses cheveux de véritables lazurites. Les hommes se mirent à comploter contre lui et il eut vent de cette intrigue. Il convoqua les dieux de son empyrée, y compris Noun, dieu de ce Gouffre des eaux dont il était sorti. Il leur recommanda de se réunir en secret pour ne pas donner l’éveil aux hommes. Lorsqu’ils furent tous rangés en bon ordre devant le dieu Rê, ils le prièrent de leur dire ce qu’il attendait d’eux. Il dit alors à Noun:

    O toi, notre aîné dont je suis issu, et vous dieux des premiers âges, sachez que les hommes complotent contre moi. Que faire ? Je ne veux pas les détruire avant de vous avoir consultés.

    Rê, mon fils, dit Noun, toi qui es plus grand que moi et plus ancien que celui qui te créa, ton trône n’est pas menacé. Grande est la terreur qui règne lorsque ton œil, le Soleil, sévit contre tes ennemis.

    Ils ont fui dans le désert, dit Rê, tant ils redoutaient le son de ma voix.

    D’un commun accord, la divine assemblée déclara:

    Envoi ton œil se saisir de ceux qui complotent contre toi, il n’est pas de meilleure arme contre eux.

    Et sur le conseil des dieux il donna à son œil la forme de la déesse Hathor.

    Égypte, contes et légendes La destruction de l’humanité.

    Égypte: dieu HathorÉgypte: dieu Hathor

    Il est curieux de voir Hathor jouer ce rôle redoutable, car elle est généralement considérée comme une déesse douce et bienveillante. Mais il est clair qu’elle ne l’était pas toujours, et c’est avec une joie inattendue qu’elle accueillit l’ordre de Rê, toute heureuse de se faire l’instrument de sa colère, de poursuivre avec furie les hommes qui s’étaient réfugiés dans le désert et d’en massacrer un bon nombre. Rê la félicita de son succès, qui lui valut par la suite le nom de Sekhmet, c’est-à-dire la Puissante. Malheureusement elle exultait immodérément d’aoir versé tout ce sang, et Rê commença à craindre qu’elle n’outrepassât ses ordres. Car ce n’était pas un dieu implacable qui voulait la destruction totale de l’humanité.

    Il manda ses plus rapides messagers et leur enjoignit de courir jusqu’à Eléphantine et d’en ramener un chargement d’ocre rouge vif qu’on y trouve. Cela fait, Rê ordonna au grand prêtre de Memphis de venir moudre cet ocre, qui fut ensuite dilué dans une vaste quantité de bière, brassée par des servantes pour la circonstance. Le mélange ressemblait à du sang humain. Rê et les autres dieux assistèrent à la préparation de ce liquide, dont sept mille cruches furent remplies.

    Le lendemain, à l’aube, tandis que Hathor s’apprêtait à retourner au carnage, Rê déclara la bière excellente et ordonna de la transporter à l’endroit choisi par Hathor pour un nouveau massacre.

    Je protégerai les hommes contre elle.

    Sur ses instructions, les sept mille cruches de bière furent déversées sur le sol par les serviteurs du dieu, et les champs en furent recouverts sur une hauteur de trois palmes.

    Bientôt apparut Hathor, assoiffée de sang, prête à reprendre le combat contre les hommes. Elle vit les champs innondés de la bière écarlate, et trouva merveilleux l’éclat vermeil de son visage qui s’y reflétait. Trompée par ce stratagème, elle crut que c’était réellement du sang. Elle en but avidement et s’en délecta.

    Mais la bière fit bientôt son effet. Complètement ivre, Hathor était incapable de reconnaître les hommes et, par conséquent, de les massacrer. C’est ainsi que fut déjoué son dessein néfaste d’exterminer toute l’humanité et qu’elle fut réduite à l’impuissance.

    Lorsqu’elle sortit de son état de torpeur et d’ivresse, sa furie sanglante s’était évanouie, et Rê l’accueillit comme étant son œil, le Soleil. Il prescrivit une nouvelle coutume, celle de préparer pour la déesse des boissons enivrantes à l’occasion de toutes les fêtes de l’année, leur fabrication étant confiée à des servantes.

    C’est ainsi que chaque année, dès lors, le festival de la déesse Hathor fut célébré par des libations, en vue desquelles tous les hommes chargeaient leurs servantes de préparer des breuvages alcooliques. Hathor devint ainsi la déesse du vin.

    Malheureusement, Rê ne fut pas entièrement satisfait par ce dénouement. Il dut s’avouer qu’il gardait rancune aux hommes. Il regrettait cette faiblesse, mais il ne pouvait rien contre elle. Les dieux s’efforçaient de le rassurer en lui rappelant sa toute-puissance, mais sans réussir à le convaincre.

    Il s’en plaignit à Noun, le Gouffre des eaux:

    Mon corps est aussi faible qu’à l’origine; je crois que je ne retrouverai ma puissance que lorsque le cycle de mon existence aura accompli la révolution nécessaire.

    Noun pria alors sa fille Nout de se changer en vache et de porter Rê sur son dos. Ce qu’elle fit, pour satisfaire aux désirs de son père. Lorsque les hommes virent ce phénomène, ils en furent stupéfaits, et certains d’entre eux manifestèrent leur intention de se venger de leurs semblables, qui avaient provoqué le courroux de Rê et son départ de la terre. Ce départ avait plongé le monde dans les ténèbres, mais dès que revint le jour, ces hommes s’armèrent d’arcs et de flèches contre les ennemis de Rê. Dès que le dieu vit ce qui arrivait, il déclara que les hommes avaient commencé à s’entre-tuer, et ils n’ont cessé de le faire depuis lors.

    Cependant, de la position élevée qu’il occupait sur Nout, qui était le ciel, Rê se mit à créer les corps célestes, tout en jouissant d’un excellent observatoire pour surveiller les hommes. Tout allait à souhait lorsque Nout fut prise de vertige. Alors Rê donna naissance à des divinités spéciales dont le rôle était de soutenir Nour, le ciel, tandis que Shou, dieu de l’air, avait ordre de se placer au desous de Nout pour assurer la protection des divinités. Le dieu Geb était chargé de veiller sur la terre.

    Tout n’était pas réglé, cependant, parce qu’en abandonnant les hommes, Rê les avait privés de la lumière de son œil, le Soleil. Il fallait lui trouver un remplaçant.

    Rê manda le dieu Thot et lui tint ce langage:

    Je suis maintenant installé au ciel, et ma tâche est d’apporter la lumière aux régions infernales. Tu seras mon assistant sur la terre, tu surveilleras les hommes que nous avons créés et ceux qui se sont révoltés contre nous. Agissant comme mon délégué, tu règleras les difficultés qui pourraient survenir.

    Et Thot fut doté pour la circonstance d’une tête d’ibis. Mais Rê voulait aussi qu’il fournit de la lumière à la terre, et à cet effet fut créée la lune de Thot. Il fut transformé pour ce rôle en cynocéphale, et Rê déclara:

    Tu seras mon représentant, et lorsque les hommes te verront, leurs yeux perceront l’obscurité et ils t’en rendront grâce.

    C’est ainsi qu’en créant la lune, Rê put compenser son abandon de la terre. Et ainsi furent expliqués la nuit et le jour, et la création du firmament. Aux yeux des anciens Égyptiens, le dieu était Nout, dont le corps formait voûte sur le monde, qu’elle fût représentée sous l’aspect d’une vache ou d’une femme. De jour Rê était le soleil, et lorsqu’il disparaissait la nuit c’était pour passer au royaume des morts. Sa place était alors prise par Thot, la lune.

    Égypte: Thot (temple de Ramsès)Égypte: Thot (temple de Ramsès)

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  • Marie-Morgane, la fée des eaux

    Marie-Morgane, la fée des eaux

    Lorsque la mer fut apaisée, le saint homme Guénolé, servi par le vieux Gradlon, voulut dire une messe pour le salut de la ville engloutie. Dressé sur le rocher de Pentrêz, il élevait dans ses mains le calice en cristal de Byzance quand apparut, soudain, surgi des eaux scintillantes, le torse blanc d’une fille aux cheveux de cuivre, un bras levé au ciel. Une lourde queue aux écailles bleuâtres terminait son corps. Et c’était Ahès-Dahut, devenue Marie-Morgane pour le temps de sa damnation. La main de Guénolé trembla de si forte surprise que le précieux calice lui échappa et vint se briser sur le rocher. Ainsi, la messe du rachat ne fut point consommée. Is demeure maudite et Morgane sirène, en attendant le jour où le saint sacrifice pourra se dérouler jusqu’au bout, un vendredi de la Croix, dans une église de la cité des abîmes. C’est pourquoi les pêcheurs de la baie ont rencontré, la nuit, sur la mer de lune, l’ardent fantôme de la fille-poisson. Elle sépare ses cheveux de cuivre avec le peigne de ses longs doigts et chante, en vieux langage, une complainte si désolée que le coeur manque de leur faillir dans la poitrine. Mais ils s’éloignent à grand-hâte: chaque fois que se montre Ahès, un orage terrible est bien près de crever.

     

    Un jour, le patron Porzmoger avait mouillé sa barque en baie. Quand il voulut remonter l’ancre, il ne put parvenir à la décrocher. Il se dévêtit, se laissa glisser le long du filin. L’ancre était engagée dans les branches d’une croix dorée qui sommait une église. Des cloches s’ébranlèrent sourdement au-dessous de lui. A Dieu va ! Il sombra le long de la tour et, par une fenêtre sans vitrail, pénétra dans une nef illuminée où se pressait une foule fervente. Au ban du choeur, se tenaient quarante seigneurs à manteaux rouges. Immobile, dans une haute cathèdre, une princesse aux cheveux de cuivre tenait les yeux fixés sur Porzmoger. Adossé à l’autel, un prêtre en ornements attendait on ne sait quoi. Le sacristain quêteur présenta au marin, avec insistance, un large plat où s’entassaient des pièces d’or aux curieuses marques: “Pour les chers trépassés!”. Porzmoger n’avait pas un liard. Un pêcheur, sur la mer, n’a besoin que d’un couteau. Il secoua les épaules. Alors le prêtre ouvrit les bras et se mit à chanter: Dominum vobiscum ! . Pas de réponse. Tous les fidèles regardaient Porzmoger intensément. Deux fois encore s’éleva le dominum vobiscum. Puis, une grande plainte monta de la nef, où les assistants furent cadavres livides puis squelettes blanchis. La princesse vint vers le pêcheur, naviguant de sa lourde queue aux écailles bleuâtres, les yeux couleur de désespoir: “Ne pouvais-tu répondre et cum spiritu tuo, Porzmoger ! Tu nous aurais sauvés tous.”

     

    À l’instant, il reconnut Marie-Morgane, et il sut qu’il était dans Is. Il n’eut que le temps de remonter par la corde des cloches et le filin de l’ancre. À peine avait-il sectionné le filin et hissé la voile que l’orage fantastique de la sirène creusait déjà les vagues autour de lui.

     

    Et la ville d’Is attend toujours que finisse, enfin, la messe du rachat.

     

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  • La cloche et le dragon

    La cloche et le dragon (Breton)

    La cloche miraculeuse de St-Pol-de-Léon

     

    La cloche et le dragon

    Devant le comte Guithur de Léon, en son manoir de l’île de Batz, se tenait Pol Aurélien. Il avait quitté Bretagne la Grande et abordé l’île d’Ouessant à l’endroit que l’on appelle aujourd’hui Porz-Ool. Mais un ange vint lui dire que là n’était pas sa destiinée. Alors, il se résolut à gagner la grande terre. Il avait fait plusieurs actions mémorables, dans le Léon, quand un gardien de pourceaux lui proposa de le conduire à son maître Guithur qui gouvernait le pays pour l’empereur Childebert, Guithur s’était retiré à l’île de Batz qu’il tenait en particulière affection. Quand il vit Pol, il le reconnu pour l’un de ses proches parents. Lui-même avait passé la mer, plusieurs années auparavant, pour venir en Armorique.

    Ainsi, Pol Aurélien, vous vous êtes mis au service de Dieu ?

    Oui, comte Guithur. Comme l’a fait ma soeuf ainée, Sicofolla, qui est abbesse de monastère en Bretagne la Grande. J’ai fait retraite auprès d’elle avant d’appareiller sur la mer.

    Mais pourquoi vouliez-vous partir ? Il y a des âmes à gagner, en Bretagne la Grande.

    Le roi Marc et ses barons désiraient me faire évêque. C’est un trop pesant fardeau pour mes épaules. Hélas, j’ai bien peur d’avoir mécontenté le roi. Quand je l’ai quitté, il m’a durement refusé le gage de paix que je demandais: une cloche de son carillon de table. Elle s’appelle Hirglaz, la Longue-Verte.

    À peine Pol avit-il dit ces mots qu’un pêcheur de Guithur se présenta dans la salle et déposa devant le comte un gros poisson qu’il venait de pêcher aux rivages de l’île et qui tenait une cloche en sa gueule.

    Je n’ai jamais vu, devant mes yeux, poisson de cette espèce, dit Guithur. Mais si la cloche vous plaît, Pol Aurélien, je serai plus riche parrain que le roi Marc. Je vous la donne de bon vouloir pour vous servir à votre gré.

    Pol Aurélien fait sonner la cloche et puis la fit sonner encore. Pour la seule fois de sa vie, il éclate d’un rire si clair que tout le manoir en tressaille.

    C’est la Longue-Verte elle-même. Apparemment, le Seigneur me l’avait destiné et m’en a fait l’envoi chez vous par la mer. Comte Guithur, par ceci je vois bien qu’il vous aime. Et moi, son serviteur, je dois vous aider autant qu’il me donnera pouvoir de le faire.

    Hélas, Pol Aurélien, je n’osait point vous parler du serpent monstrueux qui désole mon île. Sa puante haleine empoisonne jusqu’à l’herbe. Il ne se passe pas de jour sans qu’il étouffe un homme ou qu’il enlève une tête de bétail. J’ai pris les armes contre lui, mais je n’ai pu lui causer la moindre blessure.

    Si le Seigneur nous aide, Guithur, nous lui écraserons la tête.

    Aussitôt, il part vers l’antre du serpent. Le seul qui veut le suivre est le chevalier Nuz, de Cléder. Pol Aurélien dompte le monstre pas son pouvoir surnaturel. Il lui noue une étole au cou, dans le noeud il passe un bâton et Nuz emmène la bête au nord de l’île, comme il l’aurait fait d’un mouton. Là, sur un ordre de Pol, le dragon se jette à la mer du haut d’un rocher. L’endroit s’appelle Toull ar Sarpant.

    Dans la cathédrale de Saint-Pol est conservée la Longue-Verte. Au cours des siècles, elle a sonné au-dessus des fidèles et les a préservés des maux de tête. Le chevalier Nuz, après son exploit, reçut le nom de Gournadeh, “l’homme qui ne fuit pas”, et son manoir de Kergourdaneh se dresse toujours dans le Léon. Quant à Pol Aurélien, à sa mort, il choisit de reposer dans sa cathédrale de la grande terre, par devoir ou humilité. Mais, de même qu’entre ses trois soeurs il aimait mieux Sicofolla, entre tous les séjours de son temps mortel, il préférait Batz, son île de mer.

    KergourdanehKergourdaneh

     

     

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  • La Légende De Krampus

    La Légende De Krampus

    Krampus , légende populaire d’Europe centrale, un monstre mi-chèvre, mi-démon...

    Punissant les enfants mal élevés  . Il est le compagnon diabolique de  Saint-Nicolas . 

    On pense que Krampus est originaire d’ Allemagne et son nom dérive du mot allemand Krampen , qui signifie «griffe».

    On pensait que Krampus avait fait partie des rituels païens du solstice d’hiver . Selon la légende, il est le fils de  Hel , le dieu nordique des enfers. 

    Avec la diffusion du christianisme , Krampus est devenu associé à Noël – malgré les efforts de l’ église catholique pour l’interdire. 

    On dit que la créature et Saint-Nicolas arriveront le soir du 5 décembre ( Krampusnacht ; «La nuit de Krampus»). 

    Tandis que Saint-Nicolas récompense les beaux enfants en leur laissant des cadeaux, Krampus bat ceux qui sont vilains avec des branches et des bâtons. 

    Dans certains cas, on dit qu’il les mange ou les emmène en enfer. Le 6 décembre  Saint-Nicolas , les enfants se réveillent pour trouver leurs cadeaux ou soigner leurs blessures.

    Les fêtes impliquant Krampus comprennent le Krampuslauf («course de Krampus»). 

    Dans cette activité, qui implique souvent de l’alcool, des personnes déguisées en créatures défilent dans les rues, effrayant les spectateurs et parfois les pourchassant.

     À partir de la fin du 20ème siècle, dans le cadre des efforts de préservation du patrimoine culturel, les courses de Krampus sont devenues de plus en plus populaires en Autriche et en Allemagne. 

    Au cours de cette période, Krampus a commencé à être célébré dans le monde entier, et de nombreux films d’horreur en témoignent.

     Certains ont affirmé que la popularité croissante de Krampus était une réaction à la commercialisation de Noël.

    (Source : Britannica)

    La Légende De Krampus

    Krampus -

    Le Krampus est une créature mythique anthropomorphe et munie de cornes, fréquemment décrite comme « mi-chèvre, mi-démon » et présente dans un certain nombre de folklores européens...

    Comme l'Autriche, la Bavière, la Croatie, la République tchèque, la Hongrie, l'Italie du Nord et le Tyrol du Sud, la Slovaquie et la Slovenie1ainsi que le Liechtenstein.

    Ces folklores lui donnent pour rôle, à l'époque de Noël, de punir les enfants s'étant mal conduits. Il est fréquemment associé à saint Nicolaslors de la fête homonyme...

    Qui, lui, récompense les enfants avec des cadeaux. Son origine reste mal connue...

    Mais certains anthropologues et folkloristes lui attribuent une origine pré-chrétienne.

    Origine -

    L'histoire du Krampus peut probablement être ramenée à une époque pré-chrétienne dans les régions alpines. Le premier à proposer cette théorie fut Maurice Bruce qui dans un article de 1958 écrit...

    « Il semble y avoir peu de doute quant à sa véritable identité, car dans aucune autre représentation, on ne retrouve autant deregalia du Dieu Cornu des Sorcières si bien préservées.

    Le bouleau - abstention faite de sa signification phallique - peut avoir une relation avec les rites d'initiation de certains cercleswicca.

    Cela dans des rites avec des comportements d'attachement et de flagellation comme une forme rituelle de mise à mort.

    Les chaînes ont pu être introduites dans une tentative de christianisation du rituel pour "lier le Diable" ou être une persistance d'un rituel païen quelconque3. »

    L'anthropologue John J. Honigmann écrit, concernant les observations qu'il a faites à Irdning, en Styrie, en 1975...

    « La fête de Saint-Nicolas que nous décrivons ici, incorpore plusieurs éléments culturels qui sont largement répandus en Europe...

    Dans certains cas ils remontent à des époques pré-chrétiennes. Saint Nicolas lui-même devint très populaire en Allemagne autour du XIe siècle.

    La fête de ce saint tutélaire d'enfants est l'une des occasions de l'hiver de fêter les enfants, les autres étant la Saint-Martin, lesSaints Innocents ou encore le Nouvel An.

    Des diables masqués tapageurs et dérangeants sont connus en Allemagne depuis le XVIe siècle, pendant que des diables avec...

    Des masques d'animaux tiennent un rôle (Schauriglustig ) dans des pièces jouées au Moyen Âge dans les églises. Une grande quantité d'écrits de folkloristes européens portent sur le sujet.4 »

    Saint Nicolas

    Guillaneu

    Cernunnos

     Fête païenne

    Personnage de Noël

    Créature du folklore populaire

    Portail des fêtes et des traditions

    Portail des créatures et animaux légendaires

    Krampus, sur Wikimedia Commons

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