• Histoire du département des Alpes-Maritimes

    Histoire du département des Alpes-Maritimes
    (Région Provence-Alpes-Côte d’Azur)
     
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    Le territoire compris dans la circonscription actuelle du département des Alpes-Maritimes fut d’abord habité par les Liguriens, chassant, devant la civilisation qu’ils apportaient d’Orient, les sauvages aborigènes, sur l’histoire et les moeurs desquels on ne possède aucune notion. Le premier héros qui ait laissé sa trace sur ce sol, foulé depuis par les pas de tant de vainqueurs, fut Hercule. On lui attribue la fondation de Villefranche.

    Trois siècles plus tard, dit-on, les Phocéens de Marseille, jaloux de la prospérité de ce port, en creusent un autre à l’embouchure du Paillon ; émerveillés de la fertilité des campagnes, de la beauté du climat, ils y envoient de nombreux colons ; on défriche le sol, on y apporte la vigne et l’olivier de la Grèce. Les Romains convoitent à leur tour ce qui a séduit les Phocéens : sur ces rivages fortunés, ils plantent leurs aigles dominatrices. Le Forum Julii (Fréjus), le monument de la Turbie sont comme deux empreintes de la puissance romaine. La voie de mer, les vaisseaux de Marseille et du port d’Hercule ne suffisent plus aux besoins de communications nouvelles ; des routes sont ouvertes à travers les rochers ; la voie Aurélienne, faite pour les légions, livrera bientôt le passage des Alpes aux barbares. Ils sont précédés par les apôtres de la foi évangélique : saint Barnabé descend des Gaules, saint Nazaire débarque d’Afrique.

    Pendant trois siècles, le pays fut incessamment traversé et ravagé par les barbares. Ces colonies isolées, qu’aucun lien ne rattachait entre elles, ne pouvaient offrir aux envahisseurs aucune résistance ; elles imploraient le secours de leurs voisins. La Ligurie eut pour première protectrice la république de Gênes, au VIIe siècle. Elle s’abrita, en 741, sous le bouclier de Charles Martel.

    L’impuissance des descendants de Charlemagne livra la malheureuse province à de nouveaux et plus redoutables ennemis, aux Sarrasins, aux pirates d’Afrique. Pas un point de la côte n’était à l’abri de leurs invasions ; ils s’étaient construit de distance en distance, sur des rochers, dans des endroits inaccessibles, des espèces de repaires du haut desquels ils s’abattaient sur les campagnes et sur les villes. Cet état de choses devint si intolérable, ces horreurs furent poussées à un tel point que la chrétienté s’en émut, et le pape Martin Il organisa une espèce de croisade contre les Maures, qui possédaient tous les passages des Alpes maritimes et qui en opprimaient si cruellement les habitants.

    C’est à Othon, le grand empereur d’Allemagne, que revient l’honneur d’avoir porté le coup décisif à la domination des Sarrasins ; c’est lui qui prit d’assaut La Garde-Fraxinet, la plus redoutable de leurs forteresses. L’époque de cette délivrance, le XIe siècle, coïncide malheureusement avec les développements les plus caractéristiques de la féodalité. Aussi les guerres intérieures, les discordes civiles permirent-elles à peine de relever les ruines que les Sarrasins laissaient derrière eux. D’une part, les Grimaldi travaillent à affranchir et à étendre leur souveraineté de Monaco ici, le spectacle des prospérités de Gènes et de Pise suscite des conspirations républicaines ; ailleurs, les héritiers de Boson, les comtes de Provence, revendiquent leurs droits sur ce qu’ils prétendent être une dépendance du royaume d’Arles.

    Il n’y a de trêve à ces déchirements que pendant le règne de Raymond-Berenger IV, comte de Barcelone et de Provence, dans la première moitié du XIIIe siècle. En 1246, recommence, avec l’avènement de Charles d’Anjou, une longue période de calamités. Entraînée par ce prince dans sa désastreuse croisade et dans sa fatale expédition contre Naples, la Ligurie y perdit quatre galères et l’élite de ses enfants. Le comté de Nice fut ruiné et vit disparaître les trois quarts de sa population, qui était alors de 80 000 âmes, en comprenant les bailliages de Barcelonnette et de Puget-Théniers. Le commerce était presque anéanti, la désolation régnait dans les familles décimées par la guerre. Les terres, faute de bras, restaient incultes.

    L’autorité était exercée au nom du souverain absent par un grand sénéchal qui faisait peser sur les petits une tyrannie d’autant plus impitoyable qu’elle était plus impunément bravée par les grands. Les possesseurs de hauts fiefs, l’évêque de Nice et l’abbé de Saint-Pons, les Caïs et les Badat, les Marquesans et les Riquieri, les Grimaldi de Vintimille échappaient à sa juridiction et agitaient de leurs querelles incessantes l’intérieur de la cité ; à l’extérieur, c’étaient de grands vassaux plus indépendants encore : les Lascaris, comtes de Tende, qui descendaient parles femmes des empereurs de Constantinople, et les Doria de Dolceaqua, qui dominaient dans la vallée de la Roya ; par eux le Piémont et la république de Gènes pesaient sur le comté de Nice.

    Il y eut pourtant une compensation à tant de malheurs. Le pays de Nice doit aux règnes des deux Charles les orangers de Sicile, qui, arrosés à leur naissance de bien des larmes, font aujourd’hui la fortune de la contrée. Après l’extinction de la branche aînée d’Anjou, et la renonciation de la branche cadette, le 5 octobre 1419, le comté de Nice vint s’ajouter aux États déjà si considérablement agrandis d’Amédée VIII, duc de Savoie. Pendant plus d’un demi-siècle, la Ligurie put s’applaudir d’avoir changé de maîtres. Mais l’Europe tremblait sur ses bases, bientôt allait commencer le grand duel entre la France et l’Espagne ; Charles-Quint et François Ier, allaient se disputer l’Italie ; les Alpes- Maritimes étaient le passage indiqué des deux armées ; elles étaient destinées à la fois à devenir théâtre et victimes de ces luttes acharnées. Peste, guerre et famine, tels furent les fléaux qui inaugurèrent le XVIe siècle.

    L’entrevue de Villefranche, ménagée par le pape Paul III entre François Ier et Charles-Quint, devait procurer une trêve de dix années ; au commencement de la cinquième, les hostilités recommencèrent, le monarque français amenant cette fois avec lui le forban apostat, devenu bey de Tunis, Hariadan Barberousse.

    Après la paix de Cateau-Cambrésis, sous l’administration réparatrice de Philibert-Emmanuel, la Ligurie respirait à peine, heureuse de pouvoir effacer de si longs et de si cruels désastres, quand survint le fameux tremblement de terre du 20 juillet 1564. Les secousses se prolongèrent jusque dans les premiers jours d’août et bouleversèrent tout le pays. Le fond du port de Villefranche s’affaissa, le cours de la Vésubie fut un moment interrompu ; les villages de Bollène, Lantosque, Belvedère, Saint-Martin, Roccabigliera et Venanson, furent écrasés par la chute des rochers environnants, et beaucoup de sources non thermales jusque là devinrent chaudes et sulfureuses.

    Les règnes les plus heureux dans les États voisins, les administrations les plus habiles semblent être pour notre malheureuse province l’occasion, la cause de nouvelles infortunes. C’est elle encore qui paye une partie de la gloire de Henri IV et de ses généraux ; et quand, rompant la paix de Suse, Richelieu endosse la cuirasse par-dessus la pourpre romaine, c’est la Ligurie que menace le cardinal, devenu capitaine. En 1689, lorsque se forma la ligue d’Augsbourg, Victor-Amédée, contraint de renoncer à la neutralité, prit parti contre la France ; ce fut le signal d’une nouvelle invasion, et, le 11 mars 1691, Catinat établissait son quartier général à Saint-Laurent-du-Var, l’occupation française dura jusqu’à la paix de Turin, signée le 29 août 1696.

    Quelques années plus tard éclatait la guerre de Succession ; c’est sur les mêmes rivages et sous les mêmes murailles que le prince Eugène et le duc de Berwick développèrent leurs talents stratégiques ; Louis XIV victorieux ordonna, en 1706, de raser toutes les fortifications du comté. La guerre cependant continua encore avec des succès divers jusqu’au traité d’Utrecht, en 1713 ; son oeuvre avait été complétée par les rigueurs de l’hiver de 1709, pendant lequel, dans la nuit du 13 au 14 février, un froid de 9 degrés gela tous les oliviers.

    Une trêve de vingt années, dans cette suite continuelle de guerres, permit aux princes de Savoie, Victor-Amédée et Charles-Emmanuel, de faire preuve des bonnes intentions dont ils étaient animés envers les Liguriens ; mais il était écrit que toute secousse européenne devait avoir son contrecoup au pied des Alpes. A propos de la succession de Pologne, les soldats de l’Autriche, les vaisseaux de l’Angleterre et les armées franco-espagnoles se mettent en marche ; c’est encore dans le couloir et dans les ports des Alpes-Maritimes que s’établit le principal courant des troupes et des arrivages l’excessive sécheresse de l’été de 1734 occasionne disette et famine, laissant à Patinée suivante le nom de mortelle.

    Nous renonçons à décrire les péripéties de ces luttes éternelles, qui sont presque aussi semblables dans leurs détails que dans leurs résultats ; toujours des sièges, des batailles, puis des traités, l’un refaisant ce que l’autre a défait ; c’est à peine si les noms des lieux changent. Le traité d’Aix-la-Chapelle ne fait que rétablir un état de choses qui avait existé auparavant. Ce qu’il constate surtout, ce sont les inépuisables ressources de ce pays, qui, pour célébrer la paix, surprend l’Europe par le faste et l’éclat de ses fêtes, alors qu’on pouvait le croire épuisé par tous les sacrifices de la guerre.

    Le 24 mars 1760, fut signée, à Paris, la partie du traité définitif qui rectifiait la ligne de frontière entre la Savoie et la France. Les communes de Gattières, Dosfraines, Bouyon, Ferres, Conségudes, Aiglun et la moitié de Roquesteron, situées au delà du Var et de l’Estéron, furent échangées contre les villages provençaux de Balnis, Auvare, Saint-Léger, La Croix, Puget Rostang, Cubéris, Saint-Antonin et La Pène, qui passèrent au comté de Nice. La sagesse du roi de Piémont conserva la paix à ses États pendant la guerre de Sept ans. Les afflictions d’une disette, que les sécheresses rendaient imminente en 1767, furent épargnées aux populations par d’habiles mesures ; d’importants travaux d’utilité publique furent menés à bonne fin : la route du col de Tendefut considérablement améliorée ; deux beaux ponts en pierre, jetés sur la Roya, assurèrent le dangereux passage des gorges de Saorgio.

    Ce calme fut troublé, en 1788, par des calamités, préludes d’autres orages. A la suite de pluies torrentielles et de tempêtes effroyables, d’affreux éboulements eurent lieu dans la vallée de Roccabigliera ; la montagne du col de Becca s’affaissa et ensevelit, avec de nombreuses victimes, une partie du territoire de Coaraze. Pendant l’hiver de l’année suivante, dans la nuit du 11 au 12 janvier, à la suite d’une tempête qui avait couvert le sol de deux pieds de neige, une désastreuse gelée de 9 degrés frappa de mort jusque dans leurs racines les orangers et les oliviers : c’était la richesse de toute la contrée, et elle était ruinée pour longtemps.

    Quand éclata la Révolution française, des liens de parenté unissaient trop étroitement la maison de Savoie aux Bourbons de France pour qu’elle pût assister indifférente et inactive au -rand drame qui allait se dérouler. Turin devint un centre d’émigration, un foyer de conspirations royalistes. Une armée sarde fut réunie sous les ordres du général Courten et du major Pinto, qui firent garnir de redoutes les hauteurs de la rive gauche du Var, depuis le rivage jusqu’au delà d’Aspremont, sur une étendue de 12 kilomètres.

    A ces dispositions hostiles, l’Assemblée constituante opposa un rassemblement de volontaires marseillais campés à La Brague, entre Cagnes et Antibes ; ordre fut donné à M. Lesueur, consul à Nice, de demander ses passeports qui lui furent refusés. Une panique que rien. ne justifiait entraîna dans les montagnes les défenseurs de la frontière piémontaise. Les notables du pays vinrent implorer la présence des forces françaises comme garantie d’ordre, et ce fut sans brûler une amorce et comme libérateur que le général Anselme prit possession de la Ligurie.

    Alors fut organisé le département des Alpes-Maritimes, qui était compris entre le Var et la rive droite de la Taggia ; il avait pour chef-lieu Nice et comprenait les arrondissements de Nice, de Monaco, et de Puget-Théniers ; sa superficie était de 322 654 hectares et sa Population (1804) de 88 000 habitants. Plus tard, l’Autriche, alliée au Piémont, voulut nous enlever notre conquête. La Convention envoya sur les lieux trois de ses membres : l’un d’eux était Robespierre jeune, qui venait d’assister à la délivrance de Toulon ; il amenait avec lui deux jeunes officiers dont il avait remarqué l’ardeur et deviné les talents ; l’un était Corse, l’autre était né près d’Antibes : c’étaient Bonaparte et Masséna.

    Pour l’Autriche, ce n’était déjà plus la Ligurie qu’il fallait songer à reprendre, c’était l’Italie qu’il s’agissait de garder. Le premier corps d’armée qui s’organisa dans le département des Alpes-Maritimes, et qui en partit pour cette première fabuleuse campagne d’Italie, comptait dans ses rangs Junot, Berthier, Charlet, Laharpe et Suchet. Le pays fut administré, de 1802 à 1814, par un préfet qui y laissa d’excellents souvenirs, M. le vicomte Joseph du Bouchage.

    Rappelons le débarquement de la duchesse de Berry, venue en France sur un navire sarde, imitation malheureuse de l’épisode du golfe Jouan ; mentionnons aussi les révolutions microscopiques de Monaco. Ce furent les seules agitations qui troublèrent le pays pendant la période pacifique du XIXe siècle.

     

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