• L'anneau de Jeanne d'Arc


    Cet anneau de Jeanne d’Arc qui rembourse
    la France pour la Guerre de Cent ans


    Une relique historique d’exception, l’anneau
    de Sainte Jeanne d’Arc, est revenue en France
    après avoir été présenté à l’enchère à Londres.

    Depuis la Guerre de Cent ans, combien de
    siècles s’étaient écoulés depuis ce conflit
    franco-britannique?

    Aujourd’hui, l’histoire devient l’actualité
    avec ce retour heureux.

    L'anneau doré a été acheté pour 376.000 euros
    qui ont été collectés parmi l'ensemble des
    Français fiers de leur histoire et de leur
    culture, raconte Nicolas de Villiers,
    directeur du parc historique Puy du Fou,
    lieu où la relique a finalement trouvé
    refuge, dans un entretien accordé à Sputnik.

    "Ils ont réagi en un seul élan avec leur cœur
    de Français, avec leur cœur d'amoureux non
    seulement de la France, mais de l'histoire
    de France et qui se sont dit: on ne peut pas
    laisser passer cette opportunité, et qui nous
    ont suivi", explique le directeur du parc qui
    était l'un des initiateurs de l'achat de
    l'anneau et de son retour définitif en France.

    Selon M.de Villiers, les donateurs qui ont
    contribué à la collecte d'argent pour effectuer
    cet achat historique représentaient des couches
    sociales tout à fait différentes, et les sommes
    collectées étaient également très différentes.

    Une chose réunissait tous les participants:
    ils étaient absolument attachés à leur pays.

    "C'est vraiment toute la France qui était
    représentée parmi les donateurs", souligne
    l'interlocuteur de Sputnik.

    A noter également que l'anneau est une relique
    qui a réellement appartenu à Jeanne d'Arc,
    personnalité historique qui a survécu au temps
    dans l'âme de la France.

    "C'est assez simple: quand nous avons acquis
    l'anneau, nous avons eu accès à un certain
    nombre de documents qui nous ont permis de
    nous présenter à l'enchère et qui nous ont
    certifiés que l'anneau était bien authentique",
    raconte M.de Villiers.

    Après l'achat effectué, Londres s'est prononcé
    pour le retour de l'anneau sur le sol britannique
    en faisant référence à des particularités de la
    législation. Cependant, une telle approche ne
    semble pas provoquer l'inquiétude des Français
    et des responsables du Puy du Fou hébergeant
    désormais la relique.

    "Lorsqu'ils ont vu l'énorme buzz médiatique que
    l'anneau de Jeanne d'Arc revenant en France a
    provoqué, ils se sont ravisés, semble-t-il, et
    ils ont sans doute été pris de regret, de remords
    en se disant +il faut absolument qu'on trouve
    le moyen de le rapatrier+ ce qu'ils appellent +
    un objet de forte valeur symbolique nationale+.

    (…) Mais je vous rassure, l'anneau restera en
    France, nous en avons bien la ferme intention",
    déclare l'interlocuteur de Sputnik.

    "Nous avons eu des réactions de toute la France
    fantastiques, d'un enthousiasme extraordinaire
    parce que Jeanne d'Arc est une femme d'une
    grande modernité en ce qu'elle dépasse toutes
    les époques, tous les clivages. Elle a surpassé
    tous les régimes politiques qui ont marqué
    l'histoire de France jusqu'à nos jours", conclut
    M.de Villiers.
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  • Homme au masque de fer .

                                Homme au masque de fer
     
    L'Homme au masque de fer, gravure anonyme, 1789.

    L'homme au masque de fer est un mystérieux prisonnier
    anonyme emprisonné, en France, entre 1669 et 1703, année à
    laquelle il meurt. Ses conditions de détention très particulières
    (il était forcé de porter un masque ressemblant à un heaume,
    le fameux masque de fer)
     
    L'obstination avec laquelle le Roi de France Louis XIV et
    ses geôliers voulaient le maintenir dans un isolement total,
    la longueur peu commune de son emprisonnement
    (trente-quatre ans) et surtout le doute qui plane autour de
    son identité (il était connu sous le nom d'Eustache Danger)
    et de son motif d'arrestation en font l'un des
    plus grands mystères de l'Histoire de France.

    Popularisé par des écrivains comme Voltaire et
    Alexandre Dumas, il fut aussi un symbole sous la
    Révolution française, considéré comme un martyr de
    l'Ancien Régime.

    Selon certaines versions, Danger s'appellerait en réalité
    Dauger. Pour des raisons de commodité, c'est Danger qui
     a été repris dans cet article.

    Les premières années

    En août 1669, Bénigne de Saint-Mars, gouverneur de la
    citadelle de Pignerol dans les Alpes, reçoit un nouveau prisonnier,
    Eustache Danger, avec pour ordre de le maintenir dans le plus
    total isolement, sans aucune communication avec l'extérieur.
    Le prisonnier a alors pour compagnon de prison l'ex-surintendant
    Nicolas Fouquet, qui vient de perdre les faveurs du roi et d'être
    condamné à l'emprisonnement à vie.

    Il se lie aussi avec le valet de ce dernier, un certain La Rivière.
     

    En prison, Eustache Danger se lie avec le serviteur de Nicolas
    Fouquet, l'ancien surintendant des finances.
    Au bout de quelques années, Saint-Mars assouplit ses conditions
    de détention et autorise Danger à aider la Rivière dans son travail :
    il devient donc serviteur de Fouquet. Mais Fouquet meurt en 1680
    et Danger voit son régime carcéral durci.

    L'homme au masque de fer
    n'avait aucun contact avec l'extérieur.

    Changements de prison

    Ensuite, Saint-Mars devient gouverneur du château d'Exilles,
    dans les Alpes. Il n'amène avec lui que deux prisonniers qu'il
    gardait à Pignerol (« les deux de la tour d'en bas » pour
    reprendre l'expression du ministre Louvois) : Danger et La
    Rivière.

    En 1687, Saint-Mars devient cette fois gouverneur de l'île
    de Sainte-Marguerite : il n'emmène avec lui que Danger,
    La Rivière étant décédé de maladie. Danger a le visage
    dissimulé sous un masque de velours fermé par une
    armature de fer, ce qui évoque un heaume.

    Mort

    Le 19 novembre 1703 est enterré dans la plus grande
    discrétion un dénommé "Marchioly" au cimetière
    Saint-Paul. On sait de lui qu'il était emprisonné à la Bastille.
    Il semblerait que cette personne soit Danger, inhumé sous
    un faux nom afin de ne pasattirer l'attention.

                                                  Pourquoi un masque ?
     
    Pourquoi donc Saint-Mars a-t-il fait
    porter un masque évoquant un heaume
    à Danger ?

    C'est lors du transfert entre la prison d'Exilles et celle de
    Sainte-Marguerite, en 1687, alors que Danger était déjà
    détenu depuis 18 ans, que Saint-Mars fait porter un
    masque évoquant un heaume à son prisonnier, le fameux
    masque de fer.

    C'est cette décision étonnante, ainsi que toutes les
    précautions prises par le gouverneur pour isoler Danger
    du reste du monde, qui a fait la légende du masque de fer.

    Danger n'a pas le droit de révéler son identité (on peut
    alors supposer que Danger est un faux nom) sous peine
    d'être tué sur-le-champ.

    Le fait que l'on ne puisse connaître ni son nom, ni son
    visage, peut laisser croire qu'il s'agissait d'un prisonnier
    important, dont il fallait à tout prix éviter qu'on le
    reconnaisse.

    C'est sur cette idée que de nombreux romanciers sont
    partis pour écrire leur propre version de cette énigme.

    Une autre hypothèse moins romanesque, proposée par
    l'historien Jean-Christian Petitfils, avance que Saint-Mars,
    après avoir perdu son plus fameux
    prisonnier Nicolas Fouquet, aurait tenté de retrouver un
    peu d'importance en entretenant le « mystère » autour
    d'Eustache Danger, en en faisant un énigmatique
    "Homme au masque de fer".

    Si cette hypothèse est véridique, alors Danger n'était
    autre qu'un prisonnier comme les autres et ne possédait
    en réalité pas du tout l'importance qu'on lui a supposée !

    Un lourd secret ?
     
    Le ministre Louvois était terrorisé à l'idée
    que Danger puisse révéler son secret.

    Danger était l'objet d'une grande attention parmi les
    grands du royaume de France : l'insistance de Louvois,
    qui exige de Saint-Mars que toutes les dispositions soient
    prises pour que le mystérieux prisonnier n'ait absolument
    aucun contact avec l'extérieur, laissent en effet croire
    que Danger détient un secret compromettant qu'il ne
    fallait surtout pas qu'il révèle.

    Toutefois, Danger ne vécut pas le début de sa détention
    dans la solitude totale : il avait en effet pour compagnie
    Nicolas Fouquet et La Rivière, aidant le second à servir
    le premier.

    Danger n'a obtenu l'autorisation de faire ce travail, qui
    l'aidait sans doute à combattre l'ennui, que parce les
    trois hommes (Fouquet, Danger et La Rivière) étaient
    tous trois destinés à ne jamais sortir de prison : ainsi, si
    Danger faisait des révélations compromettantes, elles
    ne sortiraient jamais de la prison.

    Malgré cela, Louvois était terrorisé à l'idée que Danger
    puisse malgré tout révéler son secret : il envoya même
     une lettre à Fouquet, lui demandant si Eustache avait
    révélé « ce à quoi il a été employé ».

    C'est donc son secret, peut-être plus que son identité,
    qui rendait ce détenu si dangereux. On peut alors se
    demander pourquoi Danger n'a pas été directement
    exécuté plutôt qu'emprisonné, surtout s'il causait une
    telle frayeur aux grands du royaume.

                                      Quelle était son identité ?

    Parmi les nombreuses hypothèses sur la véritable
    identité d'Eustache Danger, on peut en trouver une
    avançant qu'il serait le frère caché de Louis XIV.

    Un des plus grands mystères concernant le prisonnier
    était son nom (car Eustache Danger était peut-être un
    faux nom). Parmi les nombreuses hypothèses, on peut
    trouver :

    1) Un frère caché de Louis XIV7, aîné ou cadet voire
    même jumeau ou demi-frère selon les versions. Pour
    une raison inconnue, Mazarin et Anne d'Autriche
    l'auraient écarté et élevé dans un lieu secret. Après
     la mort de Mazarin, Louis XIV découvre ce frère et
    décide de le faire emprisonner sous un faux nom pour
    qu'il n'y ait pas de contestation de son titre de roi.
    Cette hypothèse est notamment celle de Voltaire8
    et a été popularisée par
    Alexandre Dumas dans son roman
    Le Vicomte de Bragelonne9.

    2) Nicolas Fouquet10, officiellement mort en 1680 :
    ce serait en réalité Danger qui serait mort à cette date,
    mais le gouverneur aurait fait croire qu'il s'agissait de
    Fouquet. Ce complot aurait été orchestré par Colbert
    et Louvois, craignant une libération, puis un retour en
    grâce de l'ancien surintendant. Il faut préciser que si
    l'Homme au masque de fer était bel et bien Fouquet,
    ce dernier aurait alors vécu 88 ans, ce qui est peu
    probable pour l'époque.

    3) Un messager, qui aurait été chargé de transmettre
    des messages secrets entre les monarques français et
    anglais pour une éventuelle conversion au catholicisme
    de Charles II d'Angleterre. Ces négociations auraient pu
    déboucher sur des relations plus étroites entre ces deux
    nations, habituellement rivales, et auraient été
    forcément négatives pour les Provinces-Unies, il fallait
    donc qu'elles se déroulent dans le plus grand secret.
    Il est donc possible que Danger ait été un de ces messagers
    de confiance, détenant nombre d'informations
    extrêmement importantes, et qu'il fallait donc empêcher
    de parler. Dans ce cas, Eustache Danger était peut-être
    son véritable nom.
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  • Quand domination rime avec concessions. L’évêque de Clermont et l’octroi de franchises (XIIIe-XIVe siècles)

    *********

    When Domination Rhymes with Concession: The Bishop of Clermont and Grants of Franchise
    Thomas Areal

     

    **********

    Résumés

    Durant le bas Moyen Âge, la mise en place de nouveaux pouvoirs et de leur domination passe par divers actes. Parmi eux, l’octroi d’une charte de franchises semble couramment employé. En Auvergne, l’évêque de Clermont accorde ainsi plusieurs chartes aux localités qu’il contrôle, avec des pratiques et des objectifs différents selon le lieu. Leur analyse permet ainsi d’étudier la mise en place d’une domination politique et sociale de la part d’un prélat, qui est aussi un important seigneur foncier.

    *****

    Entrées d’index

    Index géographique :

    Europe, France, Auvergne, Clermont

    Index chronologique :

    Moyen Âge, XIIIe siècle, XIVe siècle
     
     
    ***************
     
    L’étude des rapports de domination est courante lorsqu’on aborde le Moyen Âge. La simple évocation de ce mot fait songer à l’ancienne vision de la pyramide féodale et aux rapports entre grands seigneurs – les suzerains – et leurs vassaux – petits seigneurs ou grands bourgeois. Mais d’autres types de relations amènent également à la mise en place d’une domination : l’octroi de franchises est l’un d’eux. Les franchises sont des « privilèges octroyés par une autorité seigneuriale aux hommes qui lui sont liés, afin de leur garantir des droits de nature et d’ampleur variables1 ». Elles sont une partie de ce que l’on nomme la coutume, un « ensemble de règles juridiques fondé sur l’usage de fait sanctionné par les décisions de justice2 ». Les franchises constituent donc la référence en matière de droit lorsqu’elles sont octroyées et fixent les relations entre celui qui octroie et ceux qui bénéficient de telles franchises. Le roi a été le premier à octroyer des franchises à certaines localités. Afin de ne pas perdre la main sur leurs propres territoires, les princes et autres grands nobles ont accordé à leur tour des franchises. Dans le cas de l’Auvergne médiévale3, de nombreux lieux en ont obtenu au cours du Moyen Âge. Le roi semble avoir été l’un des premiers à affranchir une localité, avec la charte de Nonette, mais les seigneurs l’ont imité dans les siècles qui ont suivi, surtout au XIIIe siècle4. Il faut d’ailleurs rappeler que l’image des libertés arrachées et obtenues par le peuple à force d’affrontements est aujourd’hui dépassée. Trop influencée par les théories romantiques et marxistes, cette approche a laissé la place à une reconnaissance plus libérale de franchises par l’élite seigneuriale, parfois poussée il est vrai par des tensions avec les groupes sociaux concernés.
     

    Il n’est pas ici question de traiter de toutes les franchises auvergnates, chose à laquelle certains chercheurs se sont par ailleurs déjà attachés5. Notre approche est centrée sur celles accordées par le plus grand clerc d’Auvergne au Moyen Âge, l’évêque de Clermont : en effet, en plus d’être en charge du diocèse sur le plan spirituel, l’évêque doit gérer un temporel, au demeurant fort développé6. La plupart de ces biens relèvent par hommage du prélat, qui est le suzerain des seigneurs locaux. Mais dans une zone spécifique située entre les cours d’eau de la Dore et de l’Allier, l’évêque a de nombreux biens qui lui appartiennent en propre. Et c’est dans cet espace précis que nous allons étudier l’octroi de franchises à cinq localités pour lesquelles le texte nous est parvenu : Clermont, Cournon, Mezel, Billom et Lezoux. Il ne faut pas pour autant croire que ce sont les seuls lieux qui ont bénéficié des largesses de leur seigneur. La majorité des localités appartenant à l’évêque dans cet espace entre Dore et Allier s’est vue octroyer des libertés, mais malheureusement les actes ne nous sont pas parvenus.

    Document n° 1 : Les chartes de franchises entre Dore et Allier aux XIIIe-XIVesiècles

     

    Cartographie : Thomas Areal, décembre 2011 (© MEEDAT – BDCarthage 2008). Pointage d’après Roger Sève, « La seigneurie épiscopale de Clermont des origines à 1357 », Revue d’Auvergne, t. 94, 1980 et Marcellin Boudet, Collection inédite de Chartes de franchises de Basse-Auvergne (XIIIe-XVe siècles), Clermont-Ferrand, Imprimerie Générale, 1914

    3L’étude de ces octrois de franchises permet de mesurer la domination politique et sociale de l’évêque, et ainsi de comprendre comment le prélat, autorité religieuse mais aussi seigneur terrien important, parvient à s’imposer progressivement. Elle permet également de voir comment les principaux concernés par les octrois de franchises réagissent et mettent parfois à mal la domination de l’évêque. Mais avant tout cela, une contextualisation sommaire apparaît nécessaire.

    Une mise en place progressive de la domination de l’évêque-seigneur

     

    4Prendre en considération le contexte local ou plus large permet de faire ressortir des moments de crises à l’origine des octrois de franchises. À Clermont, les franchises qui sont accordées à la fin du XIIe siècle par l’évêque Robert ne sont qu’un acte de plus dans un conflit ouvert depuis quelques années déjà. En effet, Robert est issu de la famille des comtes d’Auvergne, et s’oppose à son frère, le comte Guy II. Cette querelle concerne surtout les droits que chacun peut avoir sur des terres appartenant ou relevant de l’autre. C’est le cas de l’épisode de 1195 à Vertaizon, fief dont l’évêque a tenté de s’emparer et que son frère lui dispute, le seigneur du lieu Pons de Chapteuil étant un des ses proches7. À Clermont même, les deux hommes s’opposent. En effet, l’évêque n’a pas le contrôle de toute la ville, et doit composer avec la présence de son frère qui semble en effet posséder un palais et quelques biens dans la ville8. À Clermont donc, c’est la rivalité politique entre deux frères qui va précéder l’octroi de franchises par l’évêque en 1198. Cette opposition n’en reste d’ailleurs pas là, elle finit par atteindre son paroxysme dans les deux premières décennies du XIIIe siècle et se conclut par l’intervention de l’armée royale en Auvergne. L’évêque, premier soutien du monarque dans la région, bénéficie du don de plusieurs localités, seigneuries ou châteaux pris par l’armée, tandis que le roi s’installe à Riom, et constitue la Terre royale d’Auvergne avec les localités conquises sur le comte

     

    5À quelques kilomètres de Clermont se trouve Cournon. Située près de l’Allier, cette localité est le siège d’une coseigneurie. L’évêque est l’un des coseigneurs, tandis qu’un lignage noble dispose de l’autre partie de la seigneurie. Et chacun des deux seigneurs décide d’octroyer des franchises à sa partie de seigneurie10. L’évêque semble être le premier à faire ce geste, si l’on en croit le texte de la charte concédée par le coseigneur Raoul de Cournon. C’est aussi ce qui ressort d’une enquête menée en 1408, qui laisse entendre que de bonne mémoire, on se souvient que l’évêque avait accordé une charte, suivi peu de temps après par Raoul de Cournon en mai 1244. Il faut souligner deux points concernant ce double octroi des franchises. Tout d’abord, l’évêque, lorsqu’il accorde ces franchises, le fait pour les habitants des deux coseigneuries, afin d’éviter des transferts de populations vers un quartier privilégié au détriment de l’autre. Alors quand Raoul de Cournon l’imite, il associe à son acte son seigneur suzerain, le prince apanagiste Alphonse de Poitiers, dans une démarche de reconquête de la domination. Ce dernier est à ce moment-là un opposant à l’évêque, désirant récupérer certains droits, entre autres sur Clermont11. Derrière l’octroi de franchises se cachent donc des arrière-pensées politiques. La charte de Cournon connaît néanmoins un destin malheureux. En effet, pour conserver l’acte, les habitants de Cournon décident de l’archiver dans la collégiale Saint-Martin. Et au début du XVe siècle, un cierge aidant, le coffret d’archives part en fumée. Le texte de la charte de franchises tel qu’on le connaît aujourd’hui est une reconstitution à la suite de cet événement.

     

    6Une autre localité est concernée par ce cas de disparition du document de franchises originel. Il s’agit de Lezoux, autre gain territorial de l’évêque à la suite du conflit avec son frère le comte au XIIIe siècle. Aucune information n’existe quant à l’octroi des premières franchises, et on ne peut que supposer que l’évêque a intégré Lezoux dans le mouvement d’octroi du XIIIe siècle. Durant la guerre de Cent Ans, la ville est prise et, semble-t-il, ravagée et la charte est détruite. La version connue aujourd’hui est en fait une version de 1392 recréée à partir d’un double de l’ancienne charte que l’évêque avait conservé dans ses propres archives

     

    7Le cas de Mezel est quant à lui plus flou. Cette localité est elle aussi une coseigneurie, partagée entre l’évêque et deux lignages nobles, les Mezel et les Arvey. Pour autant, les premiers sont des vassaux fidèles du prélat, tout comme les seconds qui fournissent en plus de nombreux chanoines à la cathédrale. L’évêque est quant à lui maître d’une portion depuis le début du XIIIe siècle. Pourquoi l’évêque Guy de La Tour accorde-t-il des franchises confirmées par acte en 1259 ? La question reste entière. Il est difficile de proposer une théorie, si ce n’est celle de l’octroi simultané au sein de la seigneurie épiscopale au XIIIe siècle

     

    8Dernière localité, Billom. Première seigneurie de l’évêque, cette localité est le siège de la baylie de Billom qui permet à l’évêque d’administrer une bonne partie de ses biens de l’autre côté de l’Allier. Cette ville est aussi un centre économique reconnu où se tiennent de nombreux marchés qui alimentent toute la région environnante. Pour autant, la réalité structurelle des pouvoirs sur place est encore une fois complexe. Billom est en effet au Moyen Âge scindée en deux quartiers. Celui de Billom, au sud, est dominé par la collégiale Saint-Cerneuf, siège d’un chapitre de chanoines ancien et puissant. Celui de Saint-Loup au nord est concentré autour de l’église qui lui donne son nom. Passé par les mains de l’abbaye de Sauxillanges, ce quartier de la ville échoit rapidement à l’évêque. À partir de celui-ci, le prélat clermontois étend sa domination à tout Billom, tout en restant conciliant avec les chanoines voisins. Le texte de la charte de franchises connu aujourd’hui est daté de 1281, et octroyé encore une fois par Guy de La Tour15. Mais dès son introduction, elle précise qu’elle n’est que l’héritière de franchises accordées auparavant par les prédécesseurs de Guy. L’ancienneté de la charte la fait d’ailleurs remonter au niveau des premières concédées en Auvergne, sans pouvoir être plus précis. Son existence plus ancienne que la version actuelle est aussi corroborée par une autre charte, celle d’Ambert, octroyée en 1239, qui reprend 41 des 43 articles de Billom, que les seigneurs d’Ambert, vassaux de l’évêque, ont pris comme modèle16. Il semble que des conflits ont opposé l’évêque et les habitants de la ville de Billom durant une bonne partie du XIIIe siècle avant l’octroi de la charte de 1281, ce qui semble d’ailleurs justifier le geste de Guy de La Tour. Ainsi, vers 1222, un différend oppose l’évêque et les habitants de Billom au sujet de la propriété des excédents de taxes levées dans la ville17. Les plaintes verbales laissent d’ailleurs la place aux affrontements armés en 1224, une intervention militaire étant devenue nécessaire pour contenir la révolte18. L’octroi de la nouvelle charte en 1281 est donc sans doute une conséquence des conflits opposant l’évêque et les habitants de Billom, pour lesquels la charte précédente ne devait pas être assez explicite sur certains points. Dans un acte de reconquête de son autorité et de sa domination sur Billom, l’évêque redonne à Billom des franchises.

    9Pour trois de ces localités, il apparaît ainsi clairement que l’évêque, même s’il est souvent en position de force, n’est pas dans un état de contrôle absolu du territoire ou du pouvoir. En face de lui se dresse un opposant politique, le comte d’Auvergne ou le prince apanagiste, ou encore religieux, comme c’est le cas à Billom avec le chapitre de Saint-Cerneuf. C’est dans ce contexte de partage de la domination, que l’évêque décide d’accorder des franchises. Grâce aux textes conservés, il est possible d’envisager les aspects de la domination épiscopale, mais aussi de repérer comment les principaux concernés par celle-ci l’acceptent, la contestent ou la négocient.

    Aspects de la domination épiscopale au travers des chartes de franchises

     

    10Selon la localité et les préoccupations de sa communauté d’habitants, la nature des franchises accordées peut différer. Mais la plupart du temps, les thèmes abordés sont récurrents, sans pour autant être traités de la même manière. Au bon vouloir du seigneur qui octroie, mais aussi par la négociation des habitants, le sort réservé à un privilège peut varier. Il va s’agir ici de voir quelques exemples choisis parmi les franchises des cinq localités évoquées.

    11Dans un premier temps, penchons-nous sur les personnes qui bénéficient des franchises. À Clermont et Lezoux, il semble que cela concerne au sens général les habitants, la « communitas » des hommes et femmes. Mais les termes pour désigner les bénéficiaires des franchises trahissent parfois la volonté de domination de l’évêque. Ainsi pour Billom et ses deux quartiers distincts, l’évêque entend bien rappeler dans sa charte de franchises qu’il doit être considéré comme le seigneur des deux parties de la ville. Il parle ainsi de « ladite ville de Billom, dans laquelle nous comprenons la ville de Saint-Loup ». Ainsi donc est affirmée pour de bon cette domination. Dans le cadre des deux autres coseigneuries de Cournon et Mezel, l’évêque joue tout autant sur l’octroi des franchises pour s’affirmer. Il installe sa domination à Cournon, en les octroyant à tous les habitants des deux coseigneuries, ou à Mezel en n’évoquant jamais les deux lignages nobles, qui sont après tout ses vassaux.

    12Pour autant les habitants n’étaient pas exemptés de parole, et disposaient, comme dans de nombreuses villes de franchises, d’une représentation par des consuls. Ils sont évoqués dans toutes les chartes connues, sauf celle de Clermont. Dans celles de Billom et Mezel, un article les institue et fixe leur nomination. Dans celles de Lezoux et Cournon, ils sont mentionnés comme requérant la recréation des franchises de leur ville. Leur existence permet ainsi aux habitants d’être représentés, mais aussi d’avoir un quorum qui gère les affaires « municipales » de la localité, échange avec les autres institutions, et leur donne de la sorte une autonomie relative car la supériorité reste à celui qui accorde les franchises. Ainsi, les consuls nommés, représentant tous les habitants, mais aussi les habitants eux-mêmes, de leur propre voix, se doivent de prêter serment de fidélité à l’évêque, de respecter son droit et ses biens, et de défendre ses intérêts. C’est le cas à Lezoux, comme il est précisé dans le premier article, ou à Billom, où les consuls doivent « incontinent » jurer fidélité, et « tous les hommes desdites villes de Billom et Saint-Loup âgés de quinze ans et plus jurent fidélité à l’évêque ». La charte de Billom est d’ailleurs encore plus précise, en interdisant de « prêter serment ou de se lier dans une conjuration » avec toute autre personne si c’est pour nuire au droit du seigneur. La fidélité est unique. Mais cette fidélité est aussi réciproque, tel l’hommage-lige. Ainsi à Billom, « l’élu au siège épiscopal de Clermont, un mois après avoir été confirmé […] devra jurer d’observer de manière inviolable les usages, coutumes ». À Clermont, l’évêque en accordant des franchises, prête un serment de respect aux habitants. Trois articles de la charte commencent d’ailleurs par le terme occitan « promete » : « Je promets. »

    13Passons maintenant aux divers thèmes évoqués dans les franchises. Il apparaît que sur certains points l’évêque fait preuve d’intransigeance, alors que sur d’autres, réflexion et négociations semblent avoir permis une certaine souplesse. La justice reste entièrement dans les mains du seigneur justicier. Plusieurs articles de chacune des chartes évoquent la conduite à tenir en cas de litige, d’agressions, de vols ou autres comportements criminels dans la localité. À Billom, c’est le baile de l’évêque, son représentant, qui est chargé de prendre bon nombre de décisions concernant le traitement des personnes responsables de délits ou de crimes. La totalité des amendes revient dans la main de l’évêque, et les consuls n’obtiennent le droit de regard que sur quelques rares affaires mineures. L’économie est en revanche plusieurs fois favorisée par les franchises. Si l’évêque se réserve dans de nombreuses localités le droit de leyde, c’est-à-dire le droit de prélever une taxe sur les marchandises vendues dans la localité, il concède aussi plusieurs libertés afin de permettre un développement économique. Ainsi à Billom, il autorise la libre circulation des monnaies, sans restriction aucune, permettant à l’économie de rester ouverte à tout acheteur. Afin de rendre équitable le commerce, des dispositions permettent aux habitants de mener leurs transactions correctement. C’est le cas de la « grande quarte de fer » à Billom, ou de la « bonne mesure » à Mezel. Enfin, le seigneur dominant peut parfois accepter de laisser à ses sujets, au moyen des franchises, un droit seigneurial qui est le sien, ou au contraire réaffirmer le contrôle total qu’il doit avoir de celui-ci. Il en va ainsi pour le four de la localité, comme à Cournon où l’évêque rappelle dans sa charte que « personne ne peut avoir de four dans la ville sans son accord ». Il en est de même pour les vendanges, dont le droit et l’organisation appartiennent normalement au seigneur, en tant que banalité. À Mezel, le prélat rappelle que les vignes doivent être surveillées, que les amendes concernant des délits sur le droit de vendange doivent lui être versées, et que la décision de faire les vendanges revient à son représentant le baile. Il y a donc ici clairement affirmation de la domination. Dans la charte de Billom, il en va tout autrement puisque liberté complète est donnée par l’évêque sur un droit qui normalement lui appartient :

    « Les consuls et particuliers ou n’importe qui de Billom ou de Saint-Loup, clercs, laïcs, hommes et femmes, peuvent vendanger à leur gré quand ils le voudront […] et cela sans que nous ou notre baile en soyons requis. »

    14Dans une charte de franchises, il est aussi possible de donner une réponse à un conflit qui a pu ruiner l’entente entre les deux parties dans les années précédant l’octroi. C’est ce qui se retrouve à Billom, avec un article de la charte. Ainsi qu’il a été souligné plus haut, dans le premier quart du XIIIe siècle, un conflit avait éclaté au sujet de la propriété des excédents résultant de taxes prélevées par les représentants de la communauté, et il avait fallu en venir aux armes pour résoudre le problème. Lorsqu’il accorde les franchises en 1281, Guy de La Tour inclut significativement dans l’acte un article qui fournit une réponse juridique à cette situation, afin d’éviter que le cas ne se reproduise :

    « Les consuls lèveront des taxes pour les besoins de la ville et s’il y a un résidu qui n’a pas été dépensé, ils le conserveront jusqu’à ce qu’ils l’utilisent pour les nécessités. De cet impôt, ni nous, ni notre baile, ni nos sergents ne doivent rien avoir, ou par accord mutuel. »

    15Ainsi, nul conflit ne devrait se déclarer désormais sur ce point précis des relations entre le seigneur et les habitants franchisés. La domination est rétablie au moyen de concessions, ici favorables au corps de la population. Mais les chartes de franchises ne permettent pas de régler toutes les oppositions qui peuvent exister entre les différents acteurs, et parfois la domination du seigneur épiscopal est remise en cause.

     

     Une domination parfois malmenée

     

    16L’octroi de franchises ne sonne pas la fin des conflits entre le seigneur et la communauté d’habitants, et la domination du prélat n’est pas forcément totalement acquise. À Clermont, le serment prêté par l’évêque, et les quelques franchises octroyées, ne parviennent pas à résoudre le conflit latent qui pèse sur la cité épiscopale. Un an après, alors que l’évêque a été emprisonné par ses soins, le comte Guy II octroie à son tour des franchises à la ville de Clermont, espérant ainsi supplanter son frère. Mais il n’y parvient pas, et en 1202, il cède même la majorité de ses droits au prélat. L’évêque Robert est désormais maître de la ville, mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Les habitants n’acceptent en effet pas les termes de la domination de l’évêque. Des révoltes les amènent à s’unir au sein d’une confrérie qui entend bien récupérer l’exercice de nombreuses prérogatives municipales. Il faut l’intervention du roi de France et un jugement royal pour déclarer nulles et non avenues les prétentions des bourgeois. Avec l’arrivée d’Alphonse de Poitiers, les Clermontois trouvent un nouveau défenseur de leurs intérêts. Ce prince, qui a accordé une grande charte à Riom, représente en effet leur espoir de s’émanciper de la domination de l’évêque sur leur ville, et ils cherchent donc à s’attacher son soutien19. Guy de La Tour parvient à écarter le prince apanagiste, mais la révolte des habitants éclate encore une fois, causant même un mort en 1261. Après plusieurs années de procès et de luttes locales, fort du soutien du roi dans ce domaine, l’évêque de Clermont finit par retrouver sa domination sur la cité clermontoise. À la fin du XIIIe siècle, les habitants perdent leurs acquis du début du siècle, et l’idée de franchises est oubliée à Clermont.

     

    17À Billom, la domination de l’évêque semble relativement plus respectée. La ville prospère grâce aux libertés accordées par le prélat. Néanmoins, de petits incidents peuvent parfois émailler les relations entre le seigneur dominant et ses fidèles sujets. L’un des cas les plus extrêmes a lieu au XVe siècle, sous l’épiscopat de Jacques de Comborn. Il y a en effet contestation du droit de boutage de l’évêque, c’est-à-dire du droit du seigneur sur la vente de chaque tonneau de vin, qui se traduit par le prélèvement d’une certaine quantité de vin pour chaque fût vendu20. Il s’agit d’un droit banal, dû normalement au seigneur. Les habitants de Billom arguent que leurs franchises les en exemptent, l’évêque surenchérit en brandissant les franchises, ce à quoi les Billomois opposent la coutume. Le différend se règle par une nouvelle mesure, une sorte d’avenant à la charte faisant office de jurisprudence. Mais ce fait démontre bien que malgré l’octroi des franchises, écrites et connues normalement par les deux parties, le règlement de conflit peut encore et toujours faire référence aux anciens us et coutumes, et mettre à mal la domination que l’évêque pensait obtenir par la concession de ces franchises à ses sujets.

    18L’octroi de franchises dans certaines localités peut aussi avoir des conséquences dans d’autres lieux voisins. Ainsi à Chauriat, localité distante de cinq kilomètres de Billom, des tensions éclatent vers 1325 concernant le droit de vendanges et la publication des bans pour celles-ci. Ignorant des franchises qu’ils semblaient eux aussi avoir obtenues de l’évêque, les habitants de Chauriat, partie de la châtellenie de Vertaizon, en appellent à la coutume de Billom et demandent à avoir les mêmes libertés pour la récolte du raisin et la vente de vin. L’outil de domination d’une localité peut donc déclencher une opposition à cette même domination dans un autre lieu.

    Conclusion

    19L’évêque de Clermont est à la fin du XIVe siècle l’un des hommes les plus puissants en Auvergne. Mais la mise en place de sa domination, c’est-à-dire d’un contrôle fort sur les plans politique et social dans son diocèse, et surtout sur ses biens, a supposé de composer avec les diverses autres forces en présence, comtes, princes et autres seigneurs. L’octroi de franchises est alors apparu comme un moyen d’imposer une domination sur les communautés de sujets qui dépendaient de lui. Loin des anciennes idées de franchises arrachées aux cruels et avides seigneurs, cette pratique démontre l’intérêt de l’évêque de Clermont pour ceux qui sont sous sa coupe, mais aussi la volonté de cet homme de faire savoir à ses opposants qu’il est bien celui qui domine en ces lieux.

    • 21 Marcel Mauss, « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques »,L’An (...)

    20Dans les franchises évoquées plus précisément, l’évêque apparaît sous divers angles qui révèlent sa conception de la domination. Intransigeant sur certains points, comme la justice, il est parfois prêt à accorder plus de libertés aux hommes des localités, si cela peut permettre à plus long terme un profit pour lui. Tel était le cas de Billom, fille principale de l’Église de Clermont, où l’évêque laisse de nombreuses libertés en matière d’économie et de droits seigneuriaux, afin de permettre un développement et un enrichissement de la ville, qui finit par lui rapporter. Pour autant, cette installation de la domination par l’octroi de franchises ne laisse pas les opposants de l’évêque indifférents. Le cas de Clermont est le plus éloquent. Les bourgeois de la ville n’ont pu se contenter du peu que leur avait octroyé l’évêque, et ont toujours cherché à obtenir plus. Cette attitude les a menés à leur perte, puisque cent ans après avoir obtenu leurs franchises, ils les perdent définitivement, et devront rester sous la coupe plus sévère que jamais de l’évêque. Jusqu’à un certain point, domination rime donc avec concessions. Les conséquences de l’octroi de franchises ne peuvent être maîtrisées et bénéfiques que si les deux parties concernées, le seigneur donateur et les sujets, acceptent de jouer le jeu de la concession, suivant la fameuse théorie du don/contre-don21.

    Notes

    1 Claude Gauvard, Alain De Libera et Michel Zink (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de France, 2002, p. 553.

    2 Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, Paris, Fayard, 1993, p. 319.

    3 L’Auvergne médiévale correspond à l’ancien diocèse de Clermont, amputé en 1317 du diocèse de Saint-Flour. Elle correspond aux départements actuels du Cantal et du Puy-de-Dôme auxquels s’ajoutent le Brivadois et le Langeadois.

    4 Pour une liste de ces localités pourvues de franchises, voir Marcellin Boudet,Collection inédite de Chartes de franchises de Basse-Auvergne (XIIIe-XVe siècles), Clermont-Fd, Imprimerie Générale, 1914.

    5 Voir entre autres Pierre Charbonnier, « Les Chartes de franchises d’Auvergne : des franchises en terre seigneuriale », La Charte de Beaumont et les franchises municipales entre Loire et Rhin (actes du colloque de Nancy, 22-25 sept. 1982), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1988, p. 251-267 ; idem, « La taille dans les chartes de franchises de la France centrale », Les Libertés au Moyen Âge, s.n., Montbrison, 1987, p. 281-289 ; idem, « Les Chartes urbaines dans la France centrale : un mouvement seigneurial ? », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, vol. 16, n° 16, 1985, p. 265-280 ; Gabriel Fournier, « Chartes de franchises et fortifications villageoises en Basse Auvergne au XIIIe siècle », Les Libertés urbaines et rurales du XIe au XIVe siècle (actes du colloque international de Spa, 5-8 sept. 1966), Bruxelles, Pro Civitate, 1968, p. 223-244 ; Josiane Teyssot, « Le mouvement communal en Auvergne, XIIe-XVe siècles », Annales du Midi, t. 109, n° 218, 1997, p. 201-210.

    6 Cf. Roger Sève, « La seigneurie épiscopale de Clermont des origines à 1357 »,Revue d’Auvergne, t. 94, n° 2, 1980, p. 85-268 (publication posthume de la thèse soutenue à l’École des Chartes en 1947).

    7 Sur ce cas rocambolesque, voir les récits de Jean Perrel, « Le Troubadour Pons, seigneur de Chapteuil et de Vertaizon : son temps, sa vie, son œuvre », Revue d’Auvergne, t. 90, n° 464-465, 1976, no 2-3, p. 89-199 ; Emmanuel Teilhard de Chardin, « Chartes concernant Vertaizon », Bulletin Historique et Scientifique de l’Auvergne, t. 13, 1893, p. 254-291.

    8 R. Sève, « Les Franchises de Clermont à la fin du XIIe siècle », Recueil de travaux offerts à M. Clovis Brunel, Paris, 1955, t. II, p. 521-555.

    9 Voir notamment à ce sujet Rémy Roques, Noblesse auvergnate et pouvoir royal : De la « conquête » de Philippe Auguste à la fin de l’apanage d’Alphonse de Poitiers (XIIe-XIIIe siècles), mémoire de master (dir. Jean-Luc Fray), Clermont-Fd, 2010.

    10 Sur l’histoire de Cournon et l’octroi des chartes de franchises, voir M. Boudet,Cournon, ses franchises et ses chartes (avant 1244 et mai 1244). Chartes de coutumes d’Auvergne inédites, Paris, Champion, 1909.

    11 Ibid.

    12 M. Boudet, Collection inédite […], p. 445-479.

    13 A.D. du Puy-de-Dôme, 1 G 13/9 (original) et 1 G 13/16 (vidimus) ; transcription et analyse dans Anne-Cécile Roche, Actes de Guy de La Tour, évêque de Clermont(1250-1286), mémoire de maîtrise (dir. J.-L. Fray), Clermont-Fd, 1995.

    14 R. Sève, « La seigneurie épiscopale […] », chap. IV.

    15 A.D. du Puy-de-Dôme, 3 G, armoire 2, sac A, cote 11 ; transcription dans A.-C. Roche, Actes de Guy […].

    16 Pour une édition de la charte d’Ambert, voir M. Boudet, Collection inédite […], p. 87-95.

    17 A.D. du Puy-de-Dôme, 1 G 16/26 : « Refus par les habitants de Billom de remettre à l’évêque un “commun” levé par eux – 1222/1223 ».

    18 BnF, Ms. lat. 12746, f°370 : « Anno MCCXXIV coacti fuere Billomenses per vim armatam episcopo obedire ».

    19 Sur cette opposition de pouvoirs, consulter Michel Estienne, Le Pouvoir partagé. La Basse-Auvergne au Moyen Âge classique, 1150-1350, thèse de l’École des Chartes, Paris, 1986.

    20 On parle aussi parfois de véherie.

    21 Marcel Mauss, « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », L’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924.

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    Table des illustrations

    Titre Document n° 1 : Les chartes de franchises entre Dore et Allier aux XIIIe-XIVe siècles
    Légende Cartographie : Thomas Areal, décembre 2011 (© MEEDAT – BDCarthage 2008). Pointage d’après Roger Sève, « La seigneurie épiscopale de Clermont des origines à 1357 »,Revue d’Auvergne, t. 94, 1980 et Marcellin Boudet,Collection inédite de Chartes de franchises de Basse-Auvergne (XIIIe-XVe siècles), Clermont-Ferrand, Imprimerie Générale, 1914
    URL http://siecles.revues.org/docannexe/image/1690/img-1.jpg
    Fichier image/jpeg, 1015k

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Thomas Areal, « Quand domination rime avec concessions. L’évêque de Clermont et l’octroi de franchises (XIIIe-XIVe siècles) », Siècles [En ligne], 35-36 | 2012, mis en ligne le 05 mars 2014, consulté le 23 août 2016. URL : http://siecles.revues.org/1690

    Auteur

    Thomas Areal

    Doctorant en histoire médiévale
    Centre d’Histoire « Espaces et Cultures » (CHEC), Clermont Université, Université Blaise-Pascal, EA 1001

    Droits d’auteur

    Tous droits réservés

     

     

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  • Mutilation de l’Histoire de France :
    détruire le passé pour
    glorifier le monde nouveau
    (D’après « Histoire partiale, Histoire vraie » (Tome 1), paru en 1911)
    Publié / Mis à jour le DIMANCHE 14 JUIN 2015, par LA RÉDACTION
    **********
     
    Voici un siècle, dans son oeuvre en 4 volumes intitulée Histoire partiale, histoire vraie, l’historien Jean Guiraud, spécialiste de l’histoire de l’Église et professeur d’histoire et de géographie de l’Antiquité et du Moyen Âge à l’université de Besançon, dénonce les erreurs et mensonges historiques que renferment les manuels scolaires : l’Histoire la plus généralement admise enseigne selon lui ce qui est faux, et induit un désamour de notre passé doublé d’une haine de l’Ancien Régime, afin de mieux glorifier une République « donnant au monde la paix et la liberté ». Aperçu des méthodes visant à mutiler le Moyen Age et la féodalité...

    Pour Jean Guiraud, la plupart des faiseurs de manuels d’histoire pèchent par une instruction superficielle qui leur a dispensé « quelques clartés de tout » sans leur permettre de rien approfondir et étudier par eux-mêmes, leur donnant à la fois un simple vernis de culture et une foi imperturbable en leur modeste bagage scientifique, fait uniquement d’emprunts et de connaissances livresques.

    De là une facilité toute particulière à se lancer dans des inductions dont ils ne soupçonnent pas la témérité ou la fausseté, une tendance fâcheuse aux généralisations les plus aventureuses, fruit naturel d’esprits simplistes et niaisement sûrs d’eux-mêmes. Compilateurs sans originalité, ils manquent d’un sens critique qu’on n’a pas cultivé au contact des textes ; et ainsi, leur documentation est faite sans discernement, selon le hasard, ou, ce qui est encore plus grave, d’après les passions politiques et religieuses du jour.

    Sous leur plume se pressent les affirmations les plus fantastiques et les assertions les plus naïves, d’un pessimisme farouche, quand l’époque décrite a le malheur de leur déplaire, d’un optimisme rêveur et béat, lorsqu’elle a la bonne fortune de leur agréer. D’un côté, aucun trait pour corriger d’une teinte claire la noirceur du tableau ; de l’autre, aucune ombre pour souligner la splendeur de l’ensemble ; ici le noir est sans mélange ; là on nage en plein azur !

    Le Moyen Age représenté comme une époque de misère et de désespoir
    Notre historien prend l’exemple du célèbre manuel d’histoire de l’époque édité par la librairie Delaplane, signé J. Guiot — professeur d’école normale, directrice de l’école annexe à l’école normale d’Aix — et F. Mane — professeur de septième au lycée de Marseille. Voyez quelle sombre description elle nous trace du Moyen Age, nous dit Guiraud :

    Page 81, du Cours supérieur, elle noue parle d’une « Marseillaise du désespoir entonnée par cent mille affamés ». Quelle était cette Marseillaise, où a-t-elle été chantée, quels étaient ces cent mille affamés ? M. Mane ne nous le dit pas, pour une raison bien simple, c’est que cette Marseillaise n’a existé que dans son imagination de Marseillais et que ces cent mille affamés sont aussi réels que la sardine monumentale qui, toujours à Marseille, bouchait jadis l’entrée du Vieux Port !

    Page 35, du Cours moyen, Guiot et Mane nous décrivent la féodalité, « cette époque excessivement malheureuse..., cet affreux régime » où le seigneur est un guerrier brutal, cruel, ignorant (p. 36), foulant les moissons dorées (p. 37). Plus loin : « Le Moyen Age est l’époque des épouvantables famines ; alors sur les chemins les forts saisissent les faibles, les déchirent et les mangent ! Quelques-uns présentent un fruit à un enfant, ils l’attirent à l’écart pour le dévorer ! »

    Représentation du fléau de la famine au Moyen Age
    Représentation du fléau de la famine au Moyen Age

    Page 34, du Cours élémentaire, on lit : « Le seigneur est constamment en guerre, ses plaisirs sont cruels..., le Moyen Age est l’époque des affreuses famines : le paysan mange l’herbe des prairies, les forts saisissent les faibles, les déchirent et les dévorent..., bien peu d’enfants reçoivent l’instruction..., plaignons les écoliers ; ils sont constamment battus de verges (p. 35)... Que font ces enfants à l’école ? Tous pleurent ! » Et le résumé affirme gravement qu’ « au Moyen Age le sort du paysan est affreux : il vit dans l’épouvante et travaille gratuitement pour le seigneur..., dans les rares écoles les enfants sont constamment fouettés.

    Enfin le Cours préparatoire écrit (p. 30) : « Qu’il est triste le village d’il y a mille ans ! C’est la misère noire..., le paysan pleure et se désole à la vue du château qui lui rappelle qu’il est serf... Ses enfants ne lui appartiennent pas ; ils peuvent être vendus, le fils est séparé de son père, et la fille de sa mère. »

    A quel homme tant soit peu instruit, ou simplement à quel homme de bon sens fera-t-on admettre que les choses se passaient ainsi, « il y a mille ans » ? Dans quel pays, si déshérité qu’on le suppose, tous les enfants, sans exception, pleurent-ils dans les écoles, parce qu’ils sont sans cesse battus de verges ? Concevez-vous une école où le maître passe tout son temps — sans en distraire une minute — à fouetter les enfants et où tous les enfants sont uniquement occupés à pleurer ? Mais quand donc le maître enseignait-il ? Quand donc les enfants faisaient-ils leurs devoirs et récitaient-ils leurs leçons ? C’est ce que nous racontent Guiot et Mane : « tous les enfants pleurent..., parce qu’ils sont constamment battus de verges ! » Ce n’est pas de l’histoire de France, c’est plutôt une histoire de loup-garou destinée à effrayer les petits enfants !

    A quel homme raisonnable fera-t-on croire que dans ce pays, que la poésie populaire du Moyen Age a appelé la « douce France », TOUS les paysans pleuraient devant le château du seigneur, comme leurs enfants sous le fouet du maître (que de larmes !), qu’ils ne se nourrissaient QUE D’HERBE et qu’ils étaient dépouillés de leurs fils vendus comme esclaves ? A qui fera-t-on croire que la France du Moyen Age était un pays de cannibales où les forts, au lieu de manger la viande des moutons ou des bœufs, absorbaient la chair des faibles, où, dès qu’un enfant sortait sur la route, on lui présentait une pomme pour l’attirer à l’écart, et le manger ! C’est là une histoire d’ogres et non une histoire de France !

    Remarquez d’ailleurs que les documents protestent contre les traits d’un pareil tableau. Nous avons des inventaires de granges, de fermes, de maisons de paysans au Moyen Age. Le dénombrement de leurs provisions nous prouve qu’ils vivaient non d’herbe — à moins que ce ne fût, comme de nos jours, de la salade ! — mais de viande de mouton et de porc — plus rarement de bœuf — de veau quand on était malade, de salaisons, de poissons frais ou salés, et de légumes.

    Nous avons plusieurs lois des empereurs chrétiens du IVe siècle interdisant formellement de séparer un esclave de sa femme et de ses enfants. Quant à la famille du serf, un tout petit raisonnement aurait prouvé à Guiot et Mane qu’elle ne pouvait pas être dispersée par le seigneur, puisqu’elle était attachée à la glèbe, et que, par conséquent, s’il ne lui était pas permis de quitter la terre où elle vivait, on n’avait pas non plus le droit de l’en détacher, et d’en vendre isolément les membres.

    Enfin, M. Luchaire, professeur à la Sorbonne et membre de l’Institut, déclare avec raison dans la grande Histoire de France de Lavisse, qu’à la fin du XIIe siècle, c’est-à-dire en pleine féodalité, il n’y avait que peu de serfs et qu’en tout cas, ils ne devaient pas tout leur travail au seigneur. « On constate qu’au début du XIIIe siècle, les affranchissements individuels ou collectifs ont diminué beaucoup le nombre des serfs. Les terres, qui ont la malheureuse propriété de rendre serfs ceux qui les habitent, ont été graduellement absorbées par les terres libres. L’hérédité même du servage est atteinte.

    Des provinces entières, la Touraine, la Normandie, la Bretagne, le Roussillon, plusieurs régions du Midi semblent ne plus connaître le servage, ou être en très grande partie libérées. Dans les pays où il subsiste, par exemple le domaine royal et la Champagne, même quand les propriétaires ne se relâchent pas facilement de leurs droits, la condition servile est devenue moins intolérable. La taille arbitraire n’existe plus en beaucoup d’endroits ; le formariage, la main-morte sont souvent supprimés. Nombre de paysans ne sont plus soumis qu’à la capitation, impôt de trois ou quatre deniers. » Ainsi, au Moyen Age, la plupart des paysans étaient libres, les serfs étaient l’exception.

    Le château féodal
    Le château féodal

    Au XIVe siècle, le mouvement vers la liberté s’accentua dans des proportions considérables ; en 1315, Louis X affranchissait tous les serfs du domaine royal et de la Champagne qui avait résisté jusque-là au mouvement d’émancipation. Quant aux paysans libres, c’est-à-dire à la presque totalité de la population rurale, « les concessions de privilèges et d’exemptions leur sont vraiment prodiguées (au XIIe siècle) par les seigneurs du temps de Louis VII et de Philippe-Auguste. C’est l’époque de la grande diffusion de la charte de Lorris. A l’exemple de Louis VII et de son fils, les seigneurs de Courtenay et de Sancerre et les comtes de Champagne la distribuent assez libéralement aux villages de leurs fiefs. Même quand cette charte n’est pas octroyée intégralement et d’une manière explicite, son influence se fait sentir, surtout par l’abaissement du taux des amendes judiciaires, dans la plupart des contrats qui intervenaient alors, de plus en plus nombreux, entre les seigneurs et leurs paysans.

    « En 1182, l’archevêque de Reims, Guillaume de Champagne, concéda à la petite localité de Beaumont-en-Argonne une charte qui allait servir de modèle à la plupart des chartes d’affranchissement accordées aux localités rurales des comtés de Luxembourg, de Cheny, de Bar, de Réthel, et du duché de Lorraine. En Champagne, elle fit concurrence à la charte de Soissons et à la loi de Verviers. Elle ne donnait pas seulement aux villageois des franchises étendues, elle leur concédait une apparence d’autonomie, des représentants librement élus, les échevins, un maire et le libre usage des bois et des eaux... D’autres constitutions, moins répandues que celles de Lorris et de Beaumont, transformaient peu à peu l’état civil et économique des campagnes... Le village ne formait pas une personne morale, mais il était représenté par un maire. » (Histoire de France, Lavisse)

    Des paysans signant des contrats librement débattus avec leurs seigneurs, recevant d’eux pour leurs villages des constitutions et des chartes où leurs droits étaient nettement précisés, élisant leurs maires et s’administrant eux-mêmes, comme les habitants de nos communes, vivaient-ils sans cesse dans l’épouvante, comme l’écrivent Guiot et Mane ? Le seigneur avait-il tout pouvoir sur eux, et en particulier celui de leur saccager leurs moissons dorées ? Les documents disent précisément tout le contraire. Mais alors Guiot et Mane sont-ils des faussaires ? Certes non. Ce sont tout simplement des esprits insuffisamment renseignés qui ont généralisé des cas particuliers, en les grossissant démesurément par ignorance, excès d’imagination et passion.

    Ils ont trouvé, dans quelques histoires, des citations de Raoul Glaber ou de tel autre chroniqueur du Moyen Age, signalant, à une date donnée et dans tel pays, une famine ou même simplement un renchérissement des vivres, quelques actes criminels suggérés par la misère ; ailleurs, ils ont vu un seigneur abusant de son pouvoir et imposant à ses paysans des vexations arbitraires ou des impôts écrasants. Ils ont accepté ces faits sans les contrôler — car, en bons « primaires », ils manquent de critique — ils n’ont pas vu, par exemple, avec M. Gebhart — professeur de la Sorbonne et membre de l’Académie française — que Raoul Glaber avait une imagination débordante poussant tous les faits au drame, et que par conséquent, il faut se défier de ses affirmations.

    Bien plus, ces faits admis, ils ne se sont pas demandé s’ils étaient signalés précisément parce qu’ils étaient exceptionnels ; ils n’ont pas vu qu’ils avaient produit, sur l’esprit du chroniqueur qui les rapporte, une impression d’autant plus profonde qu’ils étaient rares et monstrueux. Et par une induction prématurée et dès lors antiscientifique, ils ont fait de l’exception la règle. Raoul Glaber cite comme un événement particulièrement abominable et inouï qu’un jour par misère un brigand a tué un homme et l’a mangé ; Guiot et Mane écrivent que, pendant tout le Moyen Age, tous les forts mangeaient les faibles et que les enfants qui acceptaient d’un passant un fruit étaient attirés à l’écart, dépecés et mangés sans poivre ni sel ! Voilà la généralisation hâtive dans toute sa fausseté. Et voilà l’histoire qu’au nom de l’Etat, on enseigne de force aux enfants pour les délivrer de tout préjugé et libérer leur esprit !

    Méconnaissance du rôle de la féodalité dans l’évolution des sociétés
    La féodalité est parée de tous les défauts. Elle est tyrannique ; elle exploite par la violence le travail du peuple : « Le pauvre paysan, dit Calvet dans son Cours préparatoire, travaille toujours ; s’il refuse, on le met en prison, on le bat, on lui coupe le nez et les oreilles, on lui arrache les dents, on lui crève les yeux... Les rois protégeaient les pauvres gens à peu près de même que les bergers gardent les brebis du loup, pour pouvoir traire leur lait et vendre leur laine ».

    Pour Léon Brossolette, ancien inspecteur de l’enseignement primaire à Paris, tous les barons féodaux sont « brutaux et farouches », affirme-t-il dans son Cours moyen. Il nous parle de serfs qui « se lassèrent d’être sans cesse pillés, battus, emprisonnés, pendus » ; il nous montre les marchands, tapis de peur dans leur ville et leurs sombres boutiques. Quant au paysan, disent Louis-Eugène Rogie et Paul Despiques, il vivait dans une cabane « dont les murs étaient faits de lattes entremêlées de torchis... le toit de chaume, le parquet de terre battue, le plus souvent sans fenêtre ». Aucun de ces auteurs ne se pose même cette question : « Comment un régime que l’on nous dit aussi affreux a-t-il duré plusieurs siècles ? »

    Une ville au Moyen Age
    Une ville au Moyen Age

    Encore moins nous exposent-ils la raison que nous en a donnée Taine : si dans toute l’Europe du Moyen Age la féodalité est restée puissante et a été acceptée pendant plusieurs siècles, c’est parce qu’elle répondait à une nécessité sociale, que cette organisation convenait le mieux à ces temps-là et que, pendant l’anarchie que les invasions et la dissolution de l’empire carolingien avaient déchaînée, les paysans et les habitants des villes avaient été heureux de trouver dans les seigneurs de puissants protecteurs, derrière les murs de leurs châteaux un asile, dans leur épée une sauvegarde pour la sécurité de leurs récoltes, de leur industrie et de leur commerce.

    Méconnaissance du rôle historique de la royauté
    La royauté est la négation de la République ; les auteurs de manuels s’efforceront en conséquence de démontrer qu’elle a eu tous les vices, exercé toutes les tyrannies, qu’elle s’est opposée à l’instruction, faisant de l’ignorance la complice de son despotisme, explique Jean Guiraud. Dans un de ses exercices, M. Calvet demande à ses élèves de prouver qu’un « roi absolu à qui rien ne résiste est incapable de bien gouverner » (Cours élémentaire, p. 117), comme si des souverains absolus tels que Pierre le Grand en Russie, Frédéric II en Prusse, Henri IV en France n’avaient pas bien gouverné leurs Etats. Pour Brossolette, « Louis XI ne fut ni plus fourbe ni plus méchant que les princes ses contemporains » (Cours moyen, p. 143) ; ce qui revient à dire qu’au XVe siècle TOUS les princes sans exception étaient fourbes et méchants, même quand ils s’appelaient le « bon roi » René.

    Pour nous faire connaître le « peuple sous Louis XIV », le même auteur, qui nous indique à peine d’un mot les efforts souvent couronnés de succès que fit Colbert pour diminuer les impôts par la réforme de la taille, trouve plus scientifique de résumer tout le règne en quatre faits mis en images : la révolte des Boulonnais contre les receveurs de l’impôt, une sédition à Rennes, une scène purement fantaisiste de famine, et l’histoire de M. de Charnacé abattant d’un coup de fusil un couvreur qui travaillait sur un toit.

    En admettant que tous ces faits soient exacts et que la royauté ait commis ou approuvé toutes sortes de crimes, écrit Guiraud, il est une vérité qui a son importance et que passent sous silence tous les manuels, sauf celui de Calvet, c’est qu’elle a fait la France. N’est-ce pas elle qui a réuni patiemment au domaine royal toutes les provinces qui s’étaient enfermées si longtemps en elles-mêmes ? Par un travail persévérant de plusieurs siècles, elle a reformé en une seule nation la poussière d’Etats qui était sortie du chaos des invasions, et donné à la race française, avec l’unité, la prépondérance politique et économique dans l’Europe du Moyen Age, sous saint Louis, dans l’Europe du XVIIe siècle, avec Louis XIV. Un pareil rôle ne méritait-il pas d’être rappelé ? Mais en le signalant, on aurait montré aussi la part qu’ont prise à la formation et à la gloire de la patrie des tyrans qui n’étaient ni révolutionnaires ni laïques ; on a préféré passer ces grands faits et mutiler l’histoire.

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  • HISTOIRE du MONT SAINT-MICHEL

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    L’histoire du Mont Saint-Michel commence par une légende, elle-même, étroitement liée à celle du Monte Gargano, dans les Pouilles (Italie) :

    Au début du VIIIe siècle, en 708, Aubert, évêque d’Avranches, suite à une apparition de l’archange Saint-Michel, reçoit l’ordre de construire un édifice dans lequel seraient loués les mérites de l’archange. Le pauvre évêque, croyant follir*, n’ose rien faire et décide d’attendre.

    Une seconde fois l’archange lui apparaît, et Aubert doute toujours. Mais à la troisième apparition de l’archange plus aucun doute ne subsiste à l’esprit de l’évêque, car Saint-Michel, furieux de ne point avoir été écouté laisse à Aubert une preuve de son pouvoir: dans le crâne de l’évêque apparaît un trou circulaire. Mais l’évêque ne doit pas trop en souffrir, car il ne mourra que des années plus tard. Aujourd’hui le crâne d’Aubert est conservé dans la basilique d’Avranches. Cette histoire est-elle vraie ou fausse? Personne ne peut apporter la preuve qui fera pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Quoi qu’il en soit, l’évêque certain que ces visions n’étaient point à mettre sur le compte de la folie, entreprend les travaux commandés par l’archange. Il fait construire un petit oratoire en forme de grotte pouvant contenir une centaine de personnes. Il ne reste rien de cette construction sauf un mur visible dans l’une des salles de l’abbaye (Notre Dame sous terre). En 709, construction d’une petite église par Aubert.

    Pendant deux siècles des chanoines accueilleront les pèlerins, mais au fil du temps, ils délaisseront leur mission.

    Las de cette chose, le duc de NormandieRichard 1er, décide de remplacer les chanoines par des moines bénédictins, venus de l’abbaye de Saint-Wandrille. Cela se passe en 966, année retenue comme celle de la fondation de l’abbaye.

    Les bénédictins sont de grands bâtisseurs. Ils font construire une église et quelques bâtiments. Les pèlerins affluent, de plus en plus nombreux et la renommée du Mont Saint-Michel ne tarde à être connue de par tout le royaume.

     Par temps de brouillard, de nombreux pèlerins se perdent sur les grèves et périssent noyés. De plus, les lises, sortes de sables mouvants, ensevelissent les imprudents qui s’aventurent dans la baie sans l’aide d’un guide. Le Mont est alors appelé Mont Saint-Michel au Péril de la Mer.

    Au pied de l’abbaye, une petite ville se construit. Les maisons, pour la plupart en bois, servent à accueillir les pèlerins. Dès le début du millénaire, le métier d’hôtelier existe donc au Mont Saint-Michel. Au sommet du rocher, les moines, quant à eux, ne perdent pas leur temps, grâce à de nombreux dons, ils bâtissent une vaste église et plusieurs bâtiments annexes : un réfectoire,  un dortoir, une salle de travail, un promenoir ,une aumônerie (lieu où les pauvres sont reçus et reçoivent l’aumône qui consiste souvent en un léger repas).

    Quand le duc deNormandie Guillaume le Conquérant décide d’envahir l’Angleterre, il demande son aide à l’abbé du Mont. Celui-ci fait armer quatre bateaux. Après la victoire d’Hastings, Guillaume en signe de reconnaissance fera don de plusieurs territoires Anglais à l’abbaye. En un siècle, l’abbaye s’est considérablement enrichie et agrandie. Mais en ce début de XIIe siècle, les malheurs vont se succéder.

     En 1103, le côté nord de la nef de l’église s’effondre. Dix ans plus tard, un incendie se déclare dans une maison de la ville. Le feu se propage de maison en maison et finit par atteindre l’abbaye. Moins de vingt ans après cette catastrophe, un nouvel incendie enflamme de nouveau l’abbaye. Cette fois, s’en est trop pour les moines, qui se relâchent et ne font plus sérieusement leur office.

    Pourtant un homme parvient à lui seul à redonner à l’abbaye son éclat antérieur: Robert de Thorigny, élu abbé en 1154. Diplomate, il parvient à réconcilier le roi de France avec le duc de Normandie. Erudit, il acquiert un nombre important de livres (les livres à cette époque ont beaucoup de valeur) et en écrit quelques-uns. Bâtisseur, il fait construire plusieurs bâtiments, dont une plus vaste aumônerie, pour accueillir plus de pèlerins. A sa mort, l’abbé Robert de Thorigny laisse une abbaye plus puissante, plus riche et totalement revitalisée au niveau spirituel.

    Dès le début du XIIIe siècle, le duc de Normandie et le roi de France entrent en guerre. Les Bretons, alliés pour l’occasion au roi de France, montent une armée et marchent vers le Mont qu’ils enflamment. En 1204 la Normandie est rattachée au royaume de France.

    Le roi de France, Philippe-Auguste, pour dédommager le monastère du préjudice causé par les Bretons, alloue une forte somme d’argent à l’abbaye. Cet argent est immédiatement investi dans la construction de la Merveille. La construction de ce bâtiment, sur un terrain aussi peu propice (le terrain est en pente), est un véritable tour de force. En 1228, le cloître, sommet de l’édifice, est achevé.

    Très peu d’évènements viendront marquer le reste du XIIIe siècle, les abbés se succèdent, tous apportent leur marque dans la construction du Mont : pour remplacer l’ancienne palissade en bois, des tours et des remparts sont construits, leslogis abbatiaux sont également bâtis durant cette période.

     Au début du XIVe siècle commence la guerre dite, de Cent Ans. L’abbaye perd la totalité de ses revenus provenant de ses prieurés Anglais. En 1356, les Anglais s’emparent de Tombelaine et prennent pour cible le Mont Saint-Michel. Le chevalier Du Guesclin est nommé chef de la garnison du Mont. A la tête de ses troupes, il remporte victoire sur victoire et éloigne pour plusieurs années la menace Anglaise. Pierre le Roy est élu abbé en 1386, conscient du danger que représentent les Anglais, il décide de construire de nouvelles défenses pour l’entrée de l’abbaye. La tour Perrine, la tour des Corbins et plus particulièrement le Châtelet donnent à l’entrée du monastère une défense infranchissable. Les Anglais, après une période de répit, reprennent l’offensive et, après la défaite du roi de France à Azincourt, plus rien ne semble pouvoir les arrêter. Robert Jolivet le nouvel abbé, organise, grâce à de nombreux impôts, la construction des remparts afin de protéger la ville qui devient elle-même une protection pour l’abbaye.

    En homme prévoyant, il fait construire une citerne pour alimenter en eau douce les moines, les soldats et les habitants du Mont. Quand Rouen, capitale de la Normandie, tombe aux mains des Anglais, toute la région, sauf le Mont Saint-Michel, est occupée par les Anglais. Devant tant de puissance, l’abbé Robert Jolivet abandonne son monastère et propose ses services au roi d’Angleterre. En 1424, les Anglais assiègent le Mont, mais l’aide de l’abbé est inutile. Il a si bien conçu le système défensif de la ville que rien ne parvient à l’ébranler.

    Les Montois (nom donné aux habitants du Mont) parviennent même, par quelques attaques éclair, à décourager les Anglais. En 1425, après avoir subi une défaite plus cuisante que les autres, les Anglais se replient.

    Après cette victoire, malgré les menaces qui pèsent toujours sur la région, les pèlerins affluent au Mont pour rendre hommage a l’ultime défenseur du royaume : l’archange Saint-Michel.

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     En 1433, un incendie ravage une partie de la ville, les Anglais, voulant profiter de cette occasion, regroupent leur armée et préparent l’attaque. En 1434, les Anglais se ruent sur le Mont Saint-Michel, une bataille sanglante s’en suit. Les Anglais parviennent à faire une brèche dans le rempart et pénètrent dans la ville, en criant déjà victoire. Heureusement, le capitaine du Mont réorganise ses troupes et contre-attaque si puissamment que les Anglais prennent la fuite, en abandonnant deux bombardes. La victoire des troupes Montoises redonne confiance aux armées Françaises et, sur tout le territoire, les Anglais reculent. La bataille de Formigny, en 1450 apportera finalement la paix à la Normandie.

    http://www.le-mont-saint-michel.org/histoire.htm

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  • Grande histoire médiévale de Concarneau (Finistère)

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    Sa beauté en fait l’une des toutes premières destinations touristiques de Bretagne. Pourtant, bercée par l’océan, Concarneau reste à l’abri du temps.

    C’est une cité médiévale que sa baie protège des caprices de l’Atlantique. En breton, Concarneau veut dire « l’abri des Cornouailles », et son histoire commence sur les remparts de la ville close. Pour la découvrir, France 2 a fait confiance à Michel Pencoat, conteur spécialisé de la ville.

    Encore de nombreux secrets
    Le temps d’une balade, il nous plonge dans la Bretagne du Moyen-Âge, quand la ville était une place forte convoitée. « Les Anglais ont occupé Concarneau pendant une trentaine d’années avant qu’un breton réputé plutôt tenace et teigneux ne vienne mettre le siège devant Concarneau. C’était en 1373, il était connétable de France et s’appelait Bertrand du Guesclin », raconte-t-il.

    Les tours de la ville cachent encore aujourd’hui les traces d’autrefois, mais encore faut-il en connaitre les moindres recoins. Des petits passages, presque secrets, pour accéder par exemple à la plage de la Ville dorée comme l’appelle les habitants. C’est l’ancien port de pêche de la ville, devenu au fil du temps le repère des goélands.

    Pour avoir accès à la grande histoire médiévale de Concarneau, cliquer ci-dessous

    http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article12655

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  • Il y a 320 ans, Madame de Sévigné posait définitivement sa plume

    Il y a 320 ans, Madame de Sévigné posait définitivement sa plume

     

    De A comme abbé de Coulanges à V comme Vichy, focus sur Madame de Sévigné, disparue le 17 avril 1696, il y a tout juste 320 ans.

    C'est au château de Grignan dans la Drôme que s'éteint la marquise de Sévigné le 17 avril 1696. Elle a alors 70 ans. Femme d'esprit et de talent, elle porte tout au long de sa vie l'art épistolaire au plus haut. Ses lettres à sa fille et à ses amis sont devenues un classique de la littérature française.

    A comme Abbé de Coulanges

    Orpheline de père à 18 mois et de mère à 7 ans, la jeune Marie de Rabutin-Chantal, future Madame de Sévigné, est confiée à ses oncles maternels. C'est Christophe de Coulanges, abbé de Livry qui se charge plus particulièrement de son éducation. Très présent au côté de sa nièce après son veuvage, il est surnommé par elle le «bien bon» dans sa correspondance. Elle fait de fréquents séjours dans son abbaye de Livry dans la forêt de Bondy. A sa mort, elle confie à son cousin Bussy-Rabutin: «Je lui devais la douceur et le repos de ma vie; c'est à lui que vous devez la joie que j'apportais dans votre société: sans lui nous n'aurions jamais ri ensemble; vous lui devez toute ma gaieté, ma belle humeur, ma vivacité, le don que j'avais de bien vous entendre, l'intelligence que me faisait comprendre ce que vous aviez dit et deviner ce que vous alliez dire…»

    B comme Bussy-Rabutin

    Roger de Bussy-Rabutin, le cousin par alliance, le prétendant, le correspondant précieux avec lequel la marquise peut «rabutiner». Se moquer avec esprit est pourtant un talent qui causera la perte du libertin. Militaire et homme de lettres, membre de l'Académie française, Bussy sera plusieurs fois condamné à l'exil en son château de Bourgogne pour ses mœurs et surtout pour avoir commis le fameux Histoire amoureuse des Gaules, texte satirique raillant les frasques de la cour de Louis XIV. Ecornée dans le livre dans un portrait peu flatteur, Madame de Sévigné restera longtemps fâchée avant de lui pardonner.

    C comme Carnavalet

    La marquise déménage six fois à Paris avant de trouver dans l'hôtel Carnavalet, aujourd'hui musée parisien, le havre idéal. Elle y emménage en 1677 dans l'attente d'accueillir sa fille et sa famille qui s'installeront à Paris en 1680 pour un séjour de quatre années. Ainsi lui écrit-elle au mois de septembre: «Il y a des heures du soir et du matin pour ceux qui logent ensemble qu'on ne remplace point quand on est pèle-mêle avec les visites, -Dieu merci!-nous avons l'hôtel Carnavalet! c'est une affaire admirable, nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air.»

    F comme FilleMadame de Grignan, «la plus jolie fille de France» selon sa mère.

    La majeure partie des lettres de Madame de Sévigné est adressée à fille, Françoise Marguerite, devenue par son mariage en 1669 comtesse de Grignan. La séparation qui suivit quand la jeune femme dût partir rejoindre son mari alors nommé lieutenant-général de Provence, fut extrêmement difficile. Ainsi, lorsque sa fille prend la route le 4 février 1671, il lui semble que son «cœur veuille se fendre par la moitié». Elle ajoute «soyez assurée aussi que je pense continuellement à vous: c'est ce que les dévots appellent une pensée habituelle; c'est ce qu'il faudrait avoir pour Dieu, si l'on faisait son devoir.» Son amour pour son fils Charles fut bien plus tiède.

    Grignan c'est d'abord son gendre, François Adhémar de Monteil de Grignan, un homme de qualité:«Toutes ses femmes sont mortes pour faire place à votre cousine, écrit-elle à son cousin Bussy, et même son père et son fils, par une bonté extraordinaire, de sorte qu'étant plus riche qu'il n'a jamais été […] nous ne le marchandons pas, comme on a accoutumé de faire ; nous nous en fions bien aux deux familles qui ont passé avant nous.»

    Mais Grignan c'est aussi ce château de Provence battu par les vents et qui l'a tant privée de sa fille. Le tableau qu'elle en fait en février 1695 alors qu'elle y séjourne est apocalyptique: «Nous sommes exposés à tous les vents; c'est le vent du midi, c'est la bise, c'est le diable, c'est à qui nous insultera; ils se battent entre eux pour avoir l'honneur de nous enfermer dans nos chambres, […]nos écritoires sont gelées; nos plumes ne sont plus conduites par nos doigts, qui sont transis; nous ne respirons que de la neige…»

    G comme Grignan

    Grignan c'est d'abord son gendre, François Adhémar de Monteil de Grignan, un homme de qualité:«Toutes ses femmes sont mortes pour faire place à votre cousine, écrit-elle à son cousin Bussy, et même son père et son fils, par une bonté extraordinaire, de sorte qu'étant plus riche qu'il n'a jamais été […] nous ne le marchandons pas, comme on a accoutumé de faire ; nous nous en fions bien aux deux familles qui ont passé avant nous.»

    Mais Grignan c'est aussi ce château de Provence battu par les vents et qui l'a tant privée de sa fille. Le tableau qu'elle en fait en février 1695 alors qu'elle y séjourne est apocalyptique: «Nous sommes exposés à tous les vents; c'est le vent du midi, c'est la bise, c'est le diable, c'est à qui nous insultera; ils se battent entre eux pour avoir l'honneur de nous enfermer dans nos chambres, […]nos écritoires sont gelées; nos plumes ne sont plus conduites par nos doigts, qui sont transis; nous ne respirons que de la neige…»

    L comme Lettres

    Lettre manuscrite de la marquise de Sévigné

    Combien de lettres Madame de Sévigné a-t-elle écrites? Aucune certitude évidemment. Plus de 1.100 lettres sont connues. La publication de cette correspondance a été laborieuse et source d'erreurs. Le premier homme à reconnaitre les qualités littéraires des lettres de la marquise fut son cher cousin Bussy-Rabutin. Il faisait circuler autour de lui les lettres particulièrement brillantes de son amie. En 1734, après la mort de Madame de Sévigné et pour mettre fin à la publication furtive de plusieurs recueils de lettres parus en 1725-1726, sa petite fille Pauline de Simiane confie à l'éditeur Perrin le soin de publier 614 lettres mais expurgées de ce qu'elle juge peu convenable. Elle est elle-même fort dévote. Les réponses de madame de Grignan sont détruites à la demande de sa famille. En 1873, une nouvelle édition est établie grâce à la découverte par un professeur de droit Charles Capmas, d'un manuscrit inédit contenant la copie des lettres de la marquise à sa fille. A partir de ces différentes éditions, l'historien Roger Duchêne, établira dans les années 1970 une édition de référence pour la Pléiade.

    M comme Mademoiselle

    Narrer les histoires de la cour, est une activité qu'affectionne Madame de Sévigné et qu'elle fait avec un talent certain. Elle sait ménager ses effets comme dans cette lettre du 15 décembre 1670 à son cousin à qui elle apprend le prochain mariage de la «Grande Mademoiselle» (Anne Marie Louise d'Orléans, la cousine de Louis XIV, duchesse de Montpensier, déjà agée de 43 ans) avec un simple gentilhomme, le comte de Lauzun:

    «Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus digne d'envie: enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n'est-il pas juste; une chose que l'on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon?); une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d'Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire; devinez-la: je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens?»

    Le mariage sera finalement annulé par le roi.

    S comme Sévigné

    Avant Madame il y eut bien sûr Monsieur de Sévigné. Malheureusement le bel Henri n'eut pas le temps de devenir un correspondant régulier de sa femme. Jeune homme exalté, coureur de jupons, celui qu'elle épousa à 19 ans la laissa veuve à 25 ans, tué en duel par le chevalier d'Albret pour les beaux yeux de sa maîtresse, Mme de Gondran. Il lui laissa, outre ses deux enfants nés en 1646 et 1648, le château des Rochers-Sévigné près de Vitré qu'elle affectionnait particulièrement et où elle séjourna régulièrement.

    Il y a 320 ans, Madame de Sévigné posait définitivement sa plume

    V comme Vichy

    Atteinte de rhumatisme, Madame de Sévigné se rend en 1676, elle a alors cinquante ans, en cure à Vichy. Elle découvre alors le supplice de la douche réservé aux curistes. «J'ai commencé aujourd'hui la douche, écrit-elle à sa fille, c'est une assez bonne répétition du purgatoire. On est toute nue dans un petit lieu sous terre, où l'on trouve un tuyau de cette eau chaude, qu'une femme vous fait aller où vous voulez. Cet état où l'on conserve à peine une feuille de figuier pour tout habillement est une chose assez humiliante.»

    Le Festival de la correspondance qui a lieu chaque année au château de Grignan, se tiendra cette année du 5 au 10 juillet. Il aura pour thème un sujet d'actualité, «Lettres d'exils».

    A lire: Madame de Sévigné, Correspondance, édition de Roger Duchêne avec la collaboration de Jacqueline Duchêne, Bibliothèque de La Pléiade.

    La rédaction vous conseille :

    http://www.lefigaro.fr/histoire/

     

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  • Il y a 80 ans, le Front populaire triomphait

    Il y a 80 ans, le Front populaire triomphait...........Camille Lestienne..

     

    LES ARCHIVES DU FIGARO - La victoire du Front populaire aux élections législatives du 3 mai 1936 est diversement appréciée dans la presse française. Au Figaro, l'ambiance est plutôt morose.

    C'est un scrutin historique! Le 3 mai 1936, le Front populaire, coalition formée entre les communistes, les socialistes et les radicaux remporte les élections législatives. Pour la première fois sous la IIIe République, la gauche, conduite par Léon Blum, va gouverner la France. La suite de l'histoire, on la connaît. D'abord les grandes conquêtes sociales: accords de Matignon, création des conventions collectives, congés payés, semaine de 40 heures puis, de nouveau, les tensions, le chômage, les grèves, la démission de Léon Blum en 1937 et enfin la rupture en 1938.

    Si L'Humanité, organe officiel du Parti communiste, barre sa une d'un immense Victoire!,au Figaro, quotidien conservateur, c'est un jour sombre. Au soir des élections, l'heure est à l'analyse. Le vote des Parisiens est décrypté sous l'angle socio-économique: crise et chômage, terreau du vote extrême (tiens tiens…). Ainsi, le journaliste Lucien Romier écrit dans son éditorial du 4 mai:

    «Dans Paris même, il est évident que de nombreux commerçants, employés, artisans, atteints durement par la crise des affaires et la misère depuis plusieurs années, ont passé aux partis avancés. La petite et la grande banlieue, où habitent beaucoup de travailleurs dont l'activité dépend de la marche des entreprises parisiennes, ont subi aussi l'influence déprimante du chômage. Et les petits commerçants de la banlieue, qui souffrent de l'appauvrissement de leur clientèle populaire, ont voté comme elle.

    Ainsi apparaît la faute énorme, qui a été commise depuis longtemps: après avoir grossi démesurément le rôle économique et social de l'agglomération parisienne dans la vie nationale, on n'a rien fait d'efficace ni pour aménager cette agglomération sur des bases nouvelles ni surtout pour atténuer les conséquences de la crise à l'égard de ses industries ou commerces essentiels.»

    Paris à l'heure soviétique

    Plus loin, le journaliste Louis Chauvet narre aux lecteurs ses pérégrinations dans les quartiers populaires de la capitale au soir de la victoire. Elles commencent dans le jardin des Buttes-Chaumont, où déjà «les strophes de l'Internationale, chantées avec acharnement par un chœur de fanatiques sur la place Armand-Carrel» arrivent jusqu'à lui. Devant la mairie du 19e arrondissement, rebelote: «Le moindre propos favorable aux Soviets qui parcourt la foule, un bruit vrai ou faux, pourvu qu'il flatte un espoir de chambardement, le simple résultat d'une course cycliste gagnée par un coureur travailliste, et l'Internationale retentit aussitôt». Sur la place Gambetta, la foule est encore plus nombreuse, des milices «font la chaine pour maintenir le public assez loin du terre-plein central». Enfin, rencontre insolite rue du Japon, derrière la mairie du 20e arrondissement: «Rue du Japon? s'indigne un militant qui passe. A bas tous les fascismes! Nous la ferons débaptiser. Nous rappellerons: rue de l'U.R.S.S...»

    Il y a 80 ans, le Front populaire triomphait...........Camille Lestienne..

    Un programme économique incohérent

    Retour aux choses sérieuses. Le 5 mai Le Figaro s'attaque au programme économique. «Le Front populaire est victorieux. Que veut-il? On se penche sur son programme. Les textes qui en tiennent lieu ne forment aucune doctrine cohérente», déplore le chroniqueur financier François-Félix Legueu. Réforme bancaire insignifiante, projets fiscaux contradictoires, contrôle des capitaux, «rien n'a été oublié de ce qui mène tout droit, par l'inflation et la dévaluation, à la faillite» ajoute-t-il. Et de conclure: «Est-il permis de l'avouer? On éprouve quelque peine à prendre au sérieux ce méli-mélo malfaisant. S'il en était autrement, son application garantirait à coup sûr, aux vaincus de dimanche, une revanche éclatante.»

     

    L'opposition en marche

    L'éditorial en Une du Figaro du 9 mai 1936.

     

    Enfin, le 9 mai place à l'opposition. «Elle s'organise», clame l'éditorialiste Henri Vonoven. Attention!, tonne-t-il, «on entend çà et là trop de gens déclarer que l'expérience du Front populaire doit être tentée, que les élections l'imposent, que tel est le jeu parlementaire loyal... Ces formules de défaitisme sont insupportables. Qu'il faille subir ce qu'on ne peut empêcher, M. de La Palisse le reconnaît. Mais il y a deux façons de supporter la défaite. La mauvaise consiste à l'accepter, à s'y résigner.»

    Heureusement certains relèvent la tête. Une offensive du centre et des modérés se prépare et ce ne sera pas «une opposition à l'eau de rose». L'unité, voilà ce que demande le journaliste qui exhorte les groupes d'opposition à se rassembler, «oublieux des nuances qui les ont séparées et des divisions lamentables qui leur ont fait essuyer tant de défaites.» «Qu'ils laissent la discorde aux vainqueurs» ajoute-t-il.

    En effet, il ne faudra que deux ans à l'alliance du Front populaire pour se saborder. En 1938, c'est la rupture, et le retour d'une politique libérale sous la houlette d'Edouard Daladier et Paul Reynaud.

     

    La rédaction vous conseille :

    http://www.lefigaro.fr/histoire/archives

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  • Jeanne d'Arc, la bague au doigt

    Jeanne d'Arc, la bague au doigt

     

    ENQUETE - Vrai ou faux ? L'anneau de Jeanne d'Arc acquis par le Puy du Fou le 26 février a suscité des réactions contrastées. Or la polémique ne résiste pas au jugement des experts. Le point complet sur le dossier.

    «Rendez le moi!» La requête de Jeanne résonne dans la salle de parement du château de Rouen, où se déroule son procès.

    «Rendez le moi!» Celui à qui s'adresse cette requête, c'est son juge, son accusateur, Pierre Cauchon, évêque de Beauvais. L'objet de sa requête, un simple anneau que l'ecclésiastique lui a confisqué.

    «Rendez le moi!» Elle ne sera pas entendue. L'évêque de Beauvais remettra au contraire l'une des bagues de la Pucelle au cardinal de Winchester, Henri Beaufort, qui était venu assister à la fin de son procès et à son exécution. C'est cet anneau que six siècles plus tard le Puy du Fou a acquis à la fin du mois de février, à Londres, afin de le ramener en grande pompe à la mère patrie.

    Seule face à ses juges, Jeanne décrit l'anneau que lui avaient offert ses parents.

    Seule face à ses juges, Jeanne répond aux questions. Et décrit l'anneau que lui avaient offert ses parents: «Et lui semble qu'il y avait écrit les noms JHESUS MARIA, note le greffier; ne sait qui les fit écrire; et n'y avait pas de pierre, à ce qu'il lui semble.» Deux semaines plus tard, le 17 mars, ses interrogateurs y reviennent: «Interrogée de quelle matière était l'un de ses anneaux, où étaient écrits les mots: JHESUS MARIA, répondit qu'elle ne le sait proprement; et s'il était d'or, ce n'était pas de fin or; et ne sait si c'était d'or ou de laiton; et pense qu'il y avait dessus trois croix et non autre signe qu'elle sache, excepté les mots: JHESUS MARIA.»

    Jeanne est accusée de sorcellerie. L'anneau qu'elle portait à la main et qu'elle regardait souvent, très souvent même selon les témoins, avant chaque bataille, «par plaisance et en l'honneur de son père et de sa mère», cet anneau est fortement suspecté parmi quelques autres objets symboliques, comme son étendard, d'être ensorcelé. On lui demande si elle n'a fait de guérison avec lui. Il figure dans l'acte d'accusation qu'on lui lit le 27 mars: «Article 20: Item, ladite Jeanne a mis un sort dans son anneau, dans son étendard, dans certaines pièces de toile ou panonceaux.» Il apparaît ainsi comme une pièce à conviction d'importance et c'est en tant que telle que l'une des bagues de Jeanne est offerte à l'issue du procès comme butin de guerre au cardinal Beaufort. De retour en Angleterre, ce dernier en fait cadeau au roi Henry VI d'Angleterre qui l'aurait remis à son demi-frère Edmond Tudor, qui épousera bientôt la nièce du cardinal, Lady Margaret Beaufort.

    Au début du XXe siècle réapparaît un anneau attribué à Jeanne d'Arc et correspondant à la description du procès dont la propriétaire est une aristocrate anglaise Ottoline Morrell. Descendante directe de la sœur du cardinal Beaufort, son arbre généalogique croise également la descendance de Margaret Tudor, à qui son aïeule Margaret Beaufort avait remis l'anneau.

    Ottoline Morrell offre la relique au peintre Augustus John, qui lui-même la vend à un gardien des armoiries royales avant que la bague parte aux enchères lors d'une vente de la Sotheby's dans une collection privée. Il est par la suite acheté en 1947 par le Dr James Hasson et c'est son héritier qui en a confié la vente à la maison Timeline Auctions auprès de qui le Puy du Fou l'a rachetée.

    «Il y a peu de doute, c'est sa bague. Avoir un autre anneau du XVe siècle qui correspond parfaitement à sa description, ce serait vraiment plus qu'une coïncidence»

    Brett Hammond, directeur exécutif de Timeline Auctions

    Durant l'ensemble de cette période, l'anneau a toujours été présenté comme étant celui de Jeanne d'Arc, et son authenticité n'a pas été sérieusement remise en question: il est exposé trois fois en France dans les années 1950, notamment en 1954 et 1956 à Paris et à Rouen, à l'initiative de l'historienne Régine Pernoud, ainsi qu'au Museum of Lancashire Millennium Exhibition durant l'année 2000. Dans les années 1980, alors que le Dr Hasson envisageait d'en faire cadeau aux Musées départementaux de la Seine-Maritime, le conservateur montre dans ses lettres un très vif intérêt. Quand Timeline Auctions le met en vente, la garantie d'authenticité n'est donc bien sûr pas totale, mais la correspondance de l'anneau à la description qu'a faite Jeanne lors de son procès, assortie à la crédibilité de la légende familiale qui entoure le bijou, constituent un fort faisceau de présomptions. Pour Brett Hammond, directeur exécutif de Timeline Auctions, «il y a peu de doute, c'est sa bague. Avoir un autre anneau du XVe siècle qui correspond parfaitement à sa description, ce serait vraiment plus qu'une coïncidence». Les Villiers n'étaient d'ailleurs pas seuls à croire à cette appartenance puisque les collectionneurs ont fait monter les enchères.

    Course contre la montre

    Avertis en effet de la vente 48 heures plus tôt par Jacques Trémolet de Villers, auteur d'une récente édition commentée du procès de Jeanne d'Arc (Les Belles Lettres), Philippe de Villiers, qui a lui-même consacré l'un de ses livres à la sainte chevaleresque, et son fils Nicolas, actuel président du Puy du Fou, prennent rapidement une décision: l'anneau de Jeanne doit être rendu aux Français. Nicolas de Villiers le sait bien: les 80 000 € que la Fondation Puy du Fou Espérance peut investir dans l'affaire ne lui laissent aucune chance. Qu'à cela ne tienne: en 36 heures, père et fils sollicitent et reçoivent suffisamment de promesses de dons pour aborder la vente avec une enveloppe de 350 000 €, qui leur permettra d'être compétitifs.

    Le 26 février, Nicolas de Villiers est accroché à son téléphone, suivant les enchères par l'intermédiaire de l'avocat qui le représente. Le seuil est dépassé; mais il sent qu'en face, le dernier adversaire faiblit. Il décide de continuer à enchérir. Bien lui en prend: à 20 000 pounds près, le Puy du Fou devient le nouveau propriétaire de l'anneau pour la somme de 376 000 €. Dans la salle, le public pense que l'acquéreur est le gouvernement français: le hasard veut que l'un et l'autre aient le même avocat.

    Le 4 mars, alors que Nicolas de Villiers part pour Londres se faire remettre la précieuse relique, toute la presse française titre sur le retour en France de l'anneau de Jeanne. L'instant de grâce est pourtant de courte durée. Des voix se font bientôt entendre pour remettre en question l'authenticité de l'anneau.

    Jeanne d'Arc, la bague au doigt.........Par Marie-Amélie Brocard.

    ***

    La première objection porte sur l'identité même de l'anneau dont il est question. Car Jeanne a eu en réalité non pas un mais deux anneaux. Le premier, qui lui avait été donné par ses parents lui avait été confisqué par les Bourguignons; le second, qui lui avait été offert par son frère, avait été pris par Cauchon. C'est du premier anneau que nous avons, dans les minutes du procès, la description. Et c'est cette description qui se révèle en tout point conforme à celui dont on peut suivre la trace, en Angleterre, de la famille Beaufort à la vente de Timeline Auctions. Mais cela suppose -ce dont on ne possède pas de preuve formelle-, que Cauchon ait réuni les deux anneaux entre ses mains, et donné au cardinal de Winchester celui qu'il avait préalablement récupéré auprès des Bourguignons.

    Il est cependant tout à fait probable que Cauchon ait réclamé l'anneau aux Bourguignons en même temps que la Pucelle puisqu'il s'agissait, à ses yeux, d'une pièce à conviction. Et de fait, quand le 1er mars Jeanne demande à Cauchon s'il l'a repris aux Bourguignons, sa question demeure sans réponse, soit qu'elle ait été ignorée par l'évêque, soit que le greffier n'ait pas jugé nécessaire d'en retranscrire la réponse. L'évêque en aurait ainsi demandé la description à sa prisonnière pour s'assurer que c'était bien le bon anneau qu'il avait désormais en sa possession. Quelle autre raison aurait-il eu de faire décrire jusqu'aux matériaux dont il était composé? Il aurait ainsi pu remettre au cardinal anglais l'anneau que les Bourguignons avaient pris à la jeune guerrière, celui qu'elle portait sur le champ de bataille, celui qui était un symbole de sa mission.

    Des preuves crédibles

    Auteur de Jeanne d'Arc en son siècle, directeur adjoint du Centre Jeanne-d'Arc à Orléans, l'historien Olivier Bouzy s'est déclaré, quant à lui, «sceptique» sur l'authenticité de l'anneau qui a été mis en vente. Il lui semble en effet qu'il y a «une contradiction majeure entre l'anneau vendu et la description faite de la relique par Jeanne d'Arc elle-même: elle décrit un anneau en cuivre alors que celui qui a été vendu est en argent». D'autres évoquent un faux du XIXe siècle.

    Sur l'anneau, l'étude de la calligraphie a permis l'identification des restes de ­l'inscription IHS soit Iesu Hominum Salvator, Jésus Sauveur des Hommes.

    Les experts anglais et français sollicités par la maison de ventes britannique et par les Villiers à fin de vérification ont balayé leurs arguments. Ils sont en effet formels: l'anneau est en argent avec un peu de cuivre et des traces d'or indiquant qu'il était plaqué or, ce qui rejoint parfaitement la description de Jeanne, qui ne parle nullement d'un anneau en cuivre mais précise que «s'il était d'or, ce n'était pas de fin or; et ne sait si c'était d'or ou de laiton». Quant à l'analyse aux rayons X, elle a confirmé la datation du XVe siècle. Les orfèvres et les joalliers sollicités y ont en outre discerné des traces de forge spécifique de ce siècle, faite avec des outils du temps.

    Sur l'anneau, l'étude de la calligraphie a permis l'identification des restes de l'inscription IHS -soit Iesu Hominum Salvator, Jésus Sauveur des Hommes- tel qu'il était également inscrit sur l'étendard de Jeanne et MAR pour Maria. Sur le côté une première croix (lobée comme celle des Lorrains) est nettement visible; à l'opposé, le M identifié par l'ensemble des experts -de par la graphie et le type de gravure- comme ayant été rajouté, probablement au XIXe ou XXe siècle, a fait selon toute vraisemblance disparaître une deuxième croix dont on peut distinguer une très vague trace; quant à la troisième, elle était en toute logique selon l'usage de l'époque sur le talon, mais celui-ci ayant été modifié pour être mis à taille (il y a des traces de coupe et de soudure) elle a disparu.

    De leur côté, les documents accompagnant la vente de l'anneau présentent une généalogie de la transmission de l'anneau parfaitement crédible à défaut de documents certifiant le détail de chaque étape. Mais combien d'objets historiques peuvent prétendre à une telle assurance? Le Puy du Fou est par ailleurs en contact avec plusieurs historiens pour tenter de retrouver de nouvelles traces de l'anneau dans les archives anglaises.

    «C'est un petit bout de France qui revient, un petit morceau d'espoir, un peu de grandeur, d'héroïsme.»

    Philippe de Villiers

    Le 20 mars c'est quoi qu'il en soit avec faste que se déroulera la cérémonie d'accueil de l'anneau au cœur du Puy du Fou pour célébrer la reprise à «l'Anglois» -certes contre rançon- de la seule relique crédible qu'il reste de notre sainte nationale, et son retour en terre de France. «Jeanne a été brûlée à Rouen pour qu'il ne reste rien d'elle, rappelle Philippe de Villiers avec émotion. Elle a été brûlée pour que le peuple s'éloigne de son souvenir, pour qu'il n'en reste que des cendres. Il ne restait rien d'elle sauf un objet qui lui avait été confisqué. Cet anneau qui était l'anneau de dévotion de Jeanne, l'anneau de ses combats, l'anneau de ses apparitions, cet anneau a vécu l'exil pendant six cents ans. C'est un petit bout de France qui revient, un petit morceau d'espoir, un peu de grandeur, d'héroïsme. Le Puy du Fou est fier d'être l'institution française qui l'a ramené en France.»

    Plus d'informations sur: www.stejeannedarc.net

    http://www.lefigaro.fr/histoire

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